Valeurs nutritionnelles des céréales et coproduits

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Synthèse des compositions chimiques, teneurs en énergie, protéines, fibres et minéraux des grains de céréales et de leurs coproduits, avec leurs impacts sur la digestion chez différents animaux.

Céréales et Co-produits : Synthèse Alimentaire

Les céréales sont des plantes monocotylédones de la famille des poacées produisant des grains comestibles. Elles constituent des concentrés énergétiques majeurs en alimentation animale, sources d'énergie pour les herbivores et ration de base pour les porcs et volailles. Leurs co-produits, issus des transformations industrielles, offrent des profils nutritionnels complémentaires.

Classification et Anatomie des Céréales

Les grains se classent en deux catégories :

  • Grains nus : sans glumelles (enveloppes fibreuses)
  • Grains vêtus : avec glumelles adhérentes (orge, avoine) ou non adhérentes, riches en glucides pariétaux et donc moins énergétiques que les grains nus

Structure anatomique d'un grain :

  • Glumelles : contiennent des glucides pariétaux
  • Tégument et péricarpe : riches en glucides pariétaux, surtout hémicellulose
  • Couche à aleurone : riche en protéines dégradables; contient des vacuoles protéiques emprisonnant l'amidon
  • Albumen (endosperme) : partie noble contenant protéines, amidon et lipides; structure du grain d'amidon affecte la digestibilité
  • Germe (embryon) : riche en protéines et lipides

L'extraction du péricarpe sans dégradation de l'albumen s'avère impossible, influençant la composition des co-produits.

Céréales Principales et Cycles de Culture

Céréales d'automne-printemps : blé, orge, avoine, seigle, triticale

  • Semis : automne/début printemps
  • Récolte : juillet
  • Récupération de la paille pour litière ou alimentation

Céréales estivales : maïs, sorgho

  • Semis : avril-mai
  • Croissance estivale en conditions chaudes et humides
  • Récolte : automne
  • Le maïs offre le rendement maximum mais consomme beaucoup d'eau

Le maïs, bien que très productif, demeure controversé en contexte de sécheresse. Orge et triticale, moins productifs, offrent davantage de rusticité et résistance aux maladies.

Conservation des Grains

La dessiccation spontanée survient à partir de 88 % de matière sèche, sauf pour le maïs (28 à 40 % d'humidité naturelle). À partir de 15 % d'humidité, les champignons se développent, produisant des mycotoxines dangereuses.

Critères de bonne conservation :

  • Aspect lisse et brillant, homogénéité de couleur
  • Absence d'odeur désagréable ou de moisissure
  • Tolérance : jusqu'à 5 % de substances étrangères (impuretés botaniques)
  • Graines toxiques : maximum 3 000 ppm (datura : 1 000 ppm maximum en raison de sa toxicité extrême)

Le datura, mortel contrairement à la nielle des blés (toxique mais non fatale), se développe aux mêmes périodes que le maïs et doit être rigoureusement éliminé avant utilisation.

Composition Chimique Moyenne des Céréales

Composant Teneur (% de matière brute)
Amidon > 50 % (avoine : 37 %)
Cellulose brute 2–11 %
Protéines 8–11 %
Matières grasses 1–4 %
Calcium 0,03–0,10 %
Phosphore total 0,25–0,34 %
Phosphore phytique 55–80 % du phosphore total
Xanthophylles (maïs jaune) 17 ppm
Vitamines Groupe B (sauf B12), vitamine E

Les céréales demeurent pauvres en protéines et matières grasses, et très pauvres en calcium. Le phosphore, majoritairement sous forme phytique, reste inutilisable par les monogastriques. Les ruminants exploitent cette forme grâce aux phytases bactériennes ruminales. L'absence de B12 et l'énergie issue des xanthophylles du maïs (coloration jaune des œufs et carcasses) constituent des éléments nutritionnels importants.

Valeur Énergétique et Types d'Amidon

La valeur énergétique dépend de la teneur en cellulose et de l'espèce animale destinataire.

Types d'amidon chez les ruminants :

  • Amidon lent (maïs sec, sorgho) : dégradation prolongée, prévention de l'acidose ruminale
  • Amidon rapide (blé, orge, avoine, seigle) : dégradation facile, libération importante d'acides gras volatils, risque d'acidose

Digestibilité de l'amidon par espèce :

  • Cheval : avoine (CUD 90 %), maïs (30 % en grain entier)
  • Volailles : ne digèrent pas les fibres
  • Porcs : digestion faible des fibres
  • Ruminants : meilleure digestibilité de la cellulose que les monogastriques

L'avoine, moins riche en amidon (37 %) et plus riche en cellulose brute (11 %), offre une valeur énergétique inférieure mais supérieure digestibilité pour le cheval. Le triticale, hybride entre seigle et blé, combine avantages énergétiques du blé. Le seigle, riche en bêta-glucanes formant des gels visqueux, diminue la digestibilité chez les monogastriques.

Profil Protéique et Acides Aminés

Les céréales ne constituent pas d'excellentes sources protéiques (environ 10 % de matière brute). Leur équilibre en acides aminés demeure déséquilibré, la lysine étant le facteur limitant systématique.

Dégradabilité des protéines chez les ruminants :

  • Orge, blé, avoine, seigle : dégradabilité élevée (~75 %)
  • Sorgho, maïs : dégradabilité basse (40 %)

Lorsque les céréales constituent une part importante de la ration (porcs, volailles), elles deviennent sources protéiques plus significatives, mais la carence en lysine persiste.

Améliorations de la Valeur Alimentaire

Décorticage : Suppression des glumelles des grains vêtus, produisant le gruau, surtout utilisé pour les jeunes animaux et monogastriques. Réduction de la cellulose brute et amélioration de l'accessibilité nutritionnelle.

Broyage : Production de mouture grossière (grains aplatis/concassés) ou mouture fine (farines). Rend l'albumen accessible aux enzymes digestives. Chez le cheval, le CUD du maïs passe de 30 % à 50 % grâce au broyage. Attention : chez les ruminants, broyage trop fin transforme l'amidon lent en amidon rapide, augmentant le risque d'acidose.

Traitements thermiques :

  • Cuisson simple, cuisson-extrusion-expansion, floconnage
  • Éclatement de la structure du grain d'amidon, augmentant l'accessibilité enzymatique
  • Chez le cheval : CUD du maïs broyé et chauffé atteint 80 %
  • Technique privilégiée pour carnivores afin de favoriser digestion et prévenir diarrhées
  • Moins utile chez ruminants (fermentation ruminale suffisante)

Additifs enzymatiques :

  • Phytases : permettent aux monogastriques d'utiliser phosphates phytiques, réduisant pollution fécale
  • Xylases : digestion d'hémicellulose chez porcs/volailles ; omises chez chevaux (transit fragile)
  • Amylases, bêta-glucanases : amélioration ponctuelle de digestibilité

Germination : Développement enzymatique et vitaminique bénéfique pour chevaux aux troubles digestifs. Consomme réserves énergétiques du grain, réduisant intérêt pour autres animaux. Utilisation peu courante.

Utilisation des Céréales en Alimentation

Ration ménagère carnivores : semoule, riz, pâtes transformées, représentant 3 300–3 500 kcal d'énergie métabolisable/kg de ration. Amidon cru indigeste : cuisson obligatoire. Absence d'allergie au gluten documentée chez carnivores domestiques (sauf rare race de chien de chasse). Pas de maladie cœliaque ni d'intolérance gluten confirmée. Distinction critique : intolérance (déficit enzymatique, inflammation locale) versus allergie (réaction immunitaire systémique avec IgE).

Gluten le plus difficile à digérer : blé. Riz : gluten minimal. Quinoa, pommes de terre, sarrasin ne sont pas des céréales et ne contiennent pas de gluten.

Index glycémique (IG) pertinent pour animaux diabétiques :

  • IG bas : boulgour, maïs doux, riz étuvé, flocons d'avoine, pâtes
  • IG moyen : pain complet, seigle, riz basmati, semoule
  • IG élevé : pain blanc, riz blanc cuisson rapide, corn flakes

Propriétés minérales : Céréales dites décalcifiantes (très pauvres en calcium). Critique pour carnivores (absence calcique également dans viande). Aliments commerciaux équilibrés en calcium. Son et péricarpe riches en fibres insolubles (propriétés laxatives) et arabinoxylanes (prébiotiques) ; bêta-glucanes régulant absorption et transit.

Aliments industriels (croquettes) : Diverses céréales utilisées sans constituer sources protéiques ou minérales. Standardisation énergétique majeure.

Utilisations Spécifiques par Espèce

Volailles (60–70 % ration base) : Équilibrées par compléments azotés, minéraux, vitamines.

  • Maïs : Prédominant (gavage, absence de facteurs anti-foie gras), apport xanthophylles (coloration carcasse/œuf)
  • Orge, seigle, avoine : Augmentation volume fécal via fibres, humidité litière, problèmes podaux et respiratoires en bâtiment hors-sol → éviter en élevage intensif
  • Triticale, sorgho : Utilisation croissante; sorgho doit être pauvre en tanins (variétés sélectionnées)

Chevaux (transit fragile) :

  • Orge, avoine (céréales vêtues) : Prédominantes ; riche cellulose, digestibilité compatibles
  • Maïs : Mal digéré (30 % entier, 50 % broyé, 80 % floconné). Amidon résiduel côlon → diarrhées, coliques, fourbures. Si administré, flocons uniquement dans mashes
  • Blé : Quantités limitées (risque coliques, fourbures, « pâtons » = boules pâte pain obstructives, mortalité élevée). Propriétés gluten problématiques. Myoglobinurie non élucidée. Chevaux compétition : maximum 0,5 kg/100 kg poids vif, fractionné 2–3 repas/jour. Déficit calcique → ostéofibrose
  • Triticale : Mêmes défauts, valeur alimentaire inférieure → jamais utilisé

Porcs : Céréales concentrées énergétiques (engraissement, VLHP). Équilibre par fourrage pour herbivores. Amidons rapides : risque acidose chez ruminants.

Ruminants : Concentrés énergétiques complétant fourrage. Amidons rapides plus acidogènes que lents. Triticale combine avantages énergétiques du blé au seigle.

Co-produits de Meunerie

Processus : Extraction de farine blanche, réalisée principalement avec blé. Triage initial, puis broyage et tamisage progressifs.

Fractions obtenues (ordre de grossièreté décroissante) :

  • Criblures : Écarts de triage, non valorisés
  • Son : Péricarpe + tégument + couche aleurone + peu d'amidon. Riche glucides pariétaux
  • Remoulages : Progressivement plus d'albumen, moins de cellulose
  • Farines basses : Proches farine blanche, beaucoup albumen/amidon, un peu cellulose
  • Farine blanche : Albumen uniquement, usage alimentation humaine

Farines « complètes » ou « semi-complètes » : farine blanche enrichie en fibres (son, farines basses) pour standardisation commerciale.

Son de blé :

  • Déséquilibre phospho-calcique marqué (risque ostéofibrose chez chevaux de meuniers)
  • Ruminants : peu appétant donné brut
  • Chevaux : très apprécié (20–30 % ration); hygroscopique → trempage obligatoire pour éviter obstructions intestinales
  • Porcs : très utilisé aliments industriels, fibres (<5 %, jusqu'à 15 % truies); excès = effet laxatif
  • Fibre pour transit chez autres espèces

Remoulages : Source d'énergie dans aliments industriels, profil similaire céréales.

Co-produits d'Amidonnerie (Maïs)

Extraction humide de l'amidon :

Processus :

  1. Trempage ramollissant enveloppes, récupération glucides solubles
  2. Broyage grossier séparant germes (protéines dégradables, lipides) → huile, tourteaux
  3. Broyage fin séparant enveloppes (son)
  4. Raffinage albumen corné → amidon noble et protéines non dégradables + xanthophylles

Coproduits :

  • Gluten feed (enveloppes + tourteau germes) : Glucides pariétaux, protéines dégradables; utilisé ruminants granulés, très appétant; chevaux <10–15 % ration
  • Gluten meal (protéines albumen + xanthophylles) : Volailles (coloration jaune jaune/coquille)
  • Amidon : Produit noble

Co-produits de Distillerie (Blé)

Processus : Broyage rendant albumen accessible, cuisson hydrolyse l'amidon, fermentation levures produit éthanol.

Drêche : Glucides pariétaux, protéines solubles, amidon résiduel parfois présent (séparations imparfaites). Coproduit principal récupéré.

Co-produits de Brasserie (Orge)

Ancien processus de conservation :

  1. Torréfaction : Chaleur réduisant solubilité/dégradabilité protéines, origine couleur/goût bière
  2. Maltage : Germination développant potentiel enzymatique plantule
  3. Extraction humide : Enzymes plantule digèrent amidon, détruisent enveloppes
  4. Concassage : Séparation grains/germes (radicelles)
  5. Brassage eau chaude : Extraction protéines solubles, sucres fermentescibles (issus amidon hydrolysé)
  6. Fermentation alcoolique levures : Produit final = bière (non éthanol)

Drèches de brasserie : Résidu riche glucides pariétaux, protéines variables; source protéine (ruminants <15 kg ensilage/vache laitière).

Composition Nutritionnelle des Co-produits

Paramètre Son de Blé Drèches Brasserie Gluten Feed Drèches Blé
Énergie Ruminants (UF/kg MS) 0,8–0,9 1–1,1
Type Amidon Rapide Lent Rapide
EN Porcs (Mcal/kg MB) 1,5 1,8
Protéines Brutes (% MB) 15 20 30
Dégradabilité Azote Élevée Faible Élevée Élevée
Valeur Biologique Lysine limitante
Minéraux Pauvre Ca; Ca <

Sources protéiques (≥20 % protéines brutes) : Corn gluten meal (majoritaire), drèches, gluten feed (légèrement).

Dégradabilité azote : Élevée (sauf corn gluten meal, drèches brasserie). Lysine demeure acide aminé limitant. Valeur énergétique coproduits inversement proportionnelle à cellulose brute (son/glumelles). Ruminants valorisent mieux glucides pariétaux que autres mammifères, jamais 100 %.

Minéraux coproduits : Concentration marquée vs grain originel (enveloppes riches minéraux), particulièrement phosphore phytate aggravant déséquilibre phospho-calcique. Exemple : ostéofibrose chevaux meuniers consommant beaucoup son.

Remarque : Dosage cellulose brute n'inclut pas hémicelluloses → taux cellulose brute son de blé à nuancer.

Utilisations Fonctionnelles des Co-produits

Globalement, coproduits concentrés en fibres → utilisation ruminants. Autres espèces : source fibre pour transit.

Gluten feed : Granulés ruminants (très appétant), <10–15 % ration chevaux.

Gluten meal : Volailles, colorants xanthophylles.

Drèches orge : Ruminants, <15 kg ensilage/vache laitière.

Drèches blé : Ruminants, <1,6 kg déshydraté/vache laitière (appétence faible).

Résumé Nutritionnel et Hiérarchie Énergétique

À retenir : Ordres de grandeur valeurs alimentaires céréales et coproduits pour établir échelle valeurs et regroupement aliments.

Céréales : Concentrés énergétiques. Source énergie herbivores; ration base porcs/volailles.

Co-produits : Énergétiques similaires céréales; riches protéines et cellulose brute herbivores. Profils minéraux déséquilibrés (Ca/P, phosphore phytique). Lysine acide aminé systématiquement limitant protéines céréales et coproduits.

Digestibilité énergétique varie espèce animale et traitement (broyage, thermique). Fibres solubles (arabinoxylanes, bêta-glucanes) régulent transit via viscosité; fibres insolubles (cellulose) stimulent transit effet mécanique. Utilisation coproduits dépend partie grain conservée transformation.

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