Synthèse de Chimie Physique : De l'Atome aux Acides/Bases
220 cardsLes concepts clés de la chimie physique abordés dans ce document, incluant la structure atomique, les liaisons chimiques, la géométrie moléculaire, les forces intermoléculaires, les propriétés de l'eau, et les acides/bases.
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Chapitre 1 : Modèle pour l'atome
Ce chapitre retrace l'évolution historique du modèle atomique et décrit la structure fondamentale de la matière, les propriétés des particules élémentaires, la quantification de l'énergie et le modèle de Bohr pour l'atome d'hydrogène.
Historique du modèle atomique
- 400 av. J.-C. : Démocrite propose la notion d'« atomos », des objets indivisibles expliquant la diversité de la matière.
- 1803 : Dalton modélise les atomes comme des sphères pleines et indivisibles.
- 1901 : Thompson découvre l'électron, décrivant l'atome comme une sphère positive parsemée d'électrons (modèle du « plum pudding »).
- 1911 : Rutherford met en évidence le noyau atomique, proposant un atome avec un noyau positif central et des électrons en mouvement autour.
- 1913 : Bohr introduit la quantification de l'énergie et la découverte des protons et neutrons, avec des électrons sur des orbites définies.
- 1926 : Schrödinger développe le modèle quantique de l'atome, décrivant les électrons par des fonctions d'onde.
Structure anatomique de la matière
- L'atome est constitué d'un noyau chargé positivement (protons et neutrons) et d'électrons évoluant autour sur des orbites définies.
- Il s'agit d'une structure lacunaire, principalement constituée de vide.
- Le rayon du noyau est de l'ordre de 10⁻¹⁵ m, tandis que le rayon de l'atome est de l'ordre de 10⁻¹⁰ m. Les électrons sont environ 100 000 fois plus éloignés du noyau que le rayon de ce dernier.
Symbolisme de l'atome
Un atome est représenté par son symbole chimique X, avec des indices :
- Z : Numéro atomique ou nombre de charge, représente le nombre de protons.
- A : Nombre de masse, représente le nombre de nucléons (protons + neutrons).
- N : Nombre de neutrons (N = A - Z).
Propriétés des particules élémentaires
Charge
- Électron : charge -e = -1,6.10⁻¹⁹ C
- Proton : charge +e = 1,6.10⁻¹⁹ C
- Neutron : charge = 0
Un atome est électriquement neutre, il possède donc Z protons et Z électrons.
- La cohésion globale de l'atome est assurée par les forces électrostatiques (coulombiennes) attractives entre protons et électrons.
- Dans le noyau, les forces électrostatiques sont répulsives entre protons. Les neutrons établissent des forces nucléaires pour assurer la cohésion du noyau et vaincre ces répulsions.
- Un déséquilibre de ces forces peut entraîner une désintégration et de la radioactivité.
Masse
- Électron : 0,9.10⁻²⁷ g (masse négligeable)
- Proton : 1,7.10⁻²⁴ g
- Neutron : 1,7.10⁻²⁴ g
La masse d'un atome, appelée masse atomique, est principalement localisée dans le noyau. Elle est approximée par le nombre de masse A en unités de masse atomique (u.m.a.).
- Le nombre d'Avogadro est de 6,02.10²³ mol⁻¹.
- Une mole d'atomes a une masse molaire atomique égale à A grammes par mole (A g/mol).
L'élément chimique
Un numéro atomique Z définit un élément chimique et son symbole X.
| Z | Élément chimique | Symbole |
| 1 | Hydrogène | H |
| 6 | Carbone | C |
| 7 | Azote | N |
| 8 | Oxygène | O |
Ions
Un ion est un atome (ou groupe d'atomes) ayant perdu ou gagné un ou plusieurs électrons, acquérant ainsi une charge électrique.
- Cation : Atome ayant perdu des électrons (charge positive).
- Xⁿ⁺ : (Z-n) électrons
- Anion : Atome ayant gagné des électrons (charge négative).
- Xⁿ⁻ : (Z+n) électrons
Isotopes
- Définition : Des isotopes sont des espèces d'un même élément qui possèdent le même nombre de protons (Z) mais un nombre de neutrons (et donc un nombre de masse A) différent.
- Exemples :
- Carbone : ¹²₆C, ¹³₆C, ¹⁴₆C
- Hydrogène : ¹₁H (Protium), ²₁D (Deutérium), ³₁T (Tritium)
Quantification de l'énergie
- La théorie d'Einstein (1921) postule que la radiation monochromatique est un flux de particules appelées photons, porteurs d'énergie lumineuse.
- L'énergie d'un photon est donnée par la formule : E = hν = hc/λ
- h : Constante de Planck
- ν : Fréquence
- c : Vitesse de la lumière
- λ : Longueur d'onde
- Le produit hν est un quantum d'énergie.
Modèle corpusculaire de la lumière et spectres
- Le spectre de la lumière blanche est continu.
- Les spectres de raies sont discontinus :
- Émission : Raies colorées émises par une entité excitée. L'électron passe d'un niveau d'énergie supérieur (E₁) à un niveau inférieur (E₂), émettant un photon d'énergie hν = E₁ - E₂. L'énergie de l'électron diminue.
- Absorption : Raies noires dues à l'absorption de lumière blanche par une entité chimique. L'électron passe d'un niveau d'énergie inférieur (E₁) à un niveau supérieur (E₂), absorbant un photon d'énergie hν = E₂ - E₁. L'énergie de l'électron augmente.
Modèle de Bohr
Le modèle de Bohr explique ces observations en postulant que les niveaux d'énergie accessibles aux électrons sont quantifiés (ne peuvent prendre que des valeurs définies).
- L'électron décrit des orbites circulaires de rayon et d'énergie bien définis autour du noyau.
- L'électron s'éloigne du noyau en absorbant un photon et s'en rapproche en émettant un photon.
- Les états de plus basse énergie sont les plus stables ; plus un électron est proche du noyau, plus l'atome est stable.
Formules et constantes (pour l'atome d'hydrogène)
- Rayons des orbites : Rn = a₀ * n² (en pm) (expression non à connaître)
- Niveaux d'énergie : En = -13,6 / n² (en eV) (à retenir)
- Conversion : 1 eV = 1,6.10⁻¹⁹ J
L'atome d'hydrogène dans le modèle de Bohr
- Le nombre quantique principal n est un entier non nul (1, 2, 3, ...), correspondant aux différents niveaux d'énergie.
- Plus n est grand, plus le rayon de l'orbite et l'énergie sont grands.
- État fondamental : n = 1, E₁ = -13,6 eV (niveau d'énergie le plus bas et le plus stable).
- États excités : n > 1 (niveaux accessibles si l'électron reçoit l'énergie nécessaire).
- Si l'électron atteint le niveau d'énergie nul (n → ∞), il n'est plus en interaction avec le noyau ; l'atome est ionisé.
- Énergie d'ionisation : Différence d'énergie entre l'état d'énergie nulle et l'état fondamental, soit 0 - (-13,6) = +13,6 eV. C'est l'énergie à fournir pour ioniser l'atome d'hydrogène.
Messages Essentiels
L'atome est composé d'un noyau central (Z protons, A-Z neutrons) et de Z électrons en orbite. Z est le numéro atomique (caractéristique de l'élément), A est le nombre de masse (masse de l'atome en u.m.a. ou masse molaire en g/mol).
La cohésion de l'atome est assurée par des forces coulombiennes, celle du noyau par des forces nucléaires.
La perte ou le gain d'électrons forme respectivement un cation ou un anion.
Un même élément peut avoir des isotopes (nombre de neutrons différent).
La spectroscopie atomique révèle des niveaux d'énergie quantifiés. L'absorption d'un photon fait passer un électron d'un niveau inférieur à supérieur (ΔE = hν), l'émission d'un photon fait l'inverse.
Dans le modèle de Bohr pour l'hydrogène, l'énergie des orbites est En = -13,6/n² (eV). L'état fondamental est à -13,6 eV, l'ionisation se produit à 0 eV (énergie d'ionisation de 13,6 eV).
Chapitre 2 : Chimie Physique - Transformations nucléaires
Ce chapitre explore les différents types de transformations nucléaires, qu'elles soient spontanées ou provoquées, et les implications de la stabilité des noyaux.
Transformations nucléaires spontanées
Ces transformations concernent les noyaux naturellement instables, appelés radionucléides, et se manifestent par des émissions de particules.
Émission α (Alpha)
- Découverte en 1896 par Becquerel.
- Émission d'un noyau d'hélium (⁴₂He), composé de 2 protons et 2 neutrons.
- L'élément est modifié car le nombre de protons change.
- Exemple : Transformation du Polonium 210 en Plomb 206 : ²¹⁰₈₄Po → ²⁰⁶₈₂Pb + ⁴₂He
Émission β⁻ (Bêta moins)
- Émission d'un électron (e⁻) et d'un antineutrino (ν̅).
- Un neutron se transforme en proton pour émettre l'électron.
- Exemple : Transformation du Bismuth 210 en Polonium 210 : ²¹⁰₈₃Bi → ²¹⁰₈₄Po + e⁻ + ν̅
Émission β⁺ (Bêta plus)
- Émission d'un positron (e⁺) et d'un neutrino (ν).
- Un proton se transforme en neutron pour émettre le positron.
- Exemple : Transformation du Fluor 18 en Oxygène 18 : ¹⁸₉F → ¹⁸₈O + e⁺ + ν
Radioactivité artificielle et naturelle
- La radioactivité artificielle implique des radionucléides créés par d'autres réactions nucléaires (souvent des émissions β⁺).
- La radioactivité naturelle concerne les radionucléides existant naturellement.
Stabilité et instabilité des noyaux
La stabilité d'un noyau dépend de l'équilibre entre la répulsion électrostatique des protons et l'interaction nucléaire forte assurée par les neutrons.
- Noyaux légers (Z < 20) : Stabilité assurée lorsque le nombre de neutrons (N) est égal ou proche du nombre de protons (Z).
- Noyaux lourds (Z > 20) : Nécessitent un ratio N/Z plus élevé (plus de neutrons que de protons) pour être stables.
Un diagramme de stabilité nucléaire (N en fonction de Z) permet de visualiser les régions de stabilité et les types de désintégration :
- Excès de neutrons : Noyaux au-dessus de la bande de stabilité, émetteurs β⁻ (un neutron se transforme en proton).
- Excès de protons : Noyaux en dessous de la bande de stabilité, émetteurs β⁺ (un proton se transforme en neutron).
- Noyaux très lourds (excès de nucléons) : Émetteurs α (émission d'un noyau d'hélium).
Transformations nucléaires provoquées
Ces réactions résultent de la capture de diverses particules (électron, neutron, proton, particule α) par un noyau.
Transmutation
Réaction où un noyau est transformé en un autre élément par capture de particules.
- Exemple : Capture d'une particule α par l'Aluminium 27 pour former du Phosphore 30 et un neutron : ²⁷₁₃Al + ⁴₂He → ³⁰₁₅P + ¹₀n
- Le Phosphore 30 est un émetteur β⁺.
Fusion
Réunion de deux noyaux légers pour former un noyau plus lourd, avec libération d'un neutron et d'une grande quantité d'énergie.
- Exemples :
- Fusion du Deutérium et du Tritium : ²₁D + ³₁T → ⁴₂He + ¹₀n
- Fusion de deux Deutérium : ²₁D + ²₁D → ³₁He + ¹₀n (ou ³₁T + ¹₁H)
- C'est le principe des réactions thermonucléaires du Soleil. La fusion contrôlée est un domaine de recherche prometteur pour l'énergie.
Rayonnement gamma (γ)
L'émission d'un rayonnement γ est un phénomène consécutif à une désintégration radioactive. Le noyau résultant est souvent dans un état excité et se désexcite en émettant un photon γ d'énergie E = hν = hc/λ.
Fission
Cassure d'un noyau lourd en deux noyaux plus légers excités, sous l'impact d'un neutron. Cela peut entraîner des réactions en chaîne libérant une énergie considérable.
- Exemple (centrales nucléaires) : L'Uranium 235 capte un neutron et se scinde en Lanthanum 146 et Bromine 87, libérant 3 neutrons et de l'énergie : ²³⁵₉₂U + ¹₀n → ¹⁴⁶₅₇La + ⁸⁷₃₅Br + 3 ¹₀n
- En moyenne, la fission de l'Uranium 235 émet 2,5 neutrons.
Utilisation des radionucléides en santé
- Radiothérapie γ : Destruction de tissus cancéreux.
- Stérilisation : Matériel médical par rayonnement γ.
- Traitement local : Fixation d'un radionucléide (ex: Iode 131 émetteur β⁻ pour l'hyperthyroïdie).
- Traceurs radioactifs : Imagerie médicale (scintigraphie, TEP pour émetteurs β⁺) pour localiser tumeurs ou inflammations.
- Dilution isotopique : Mesure de volume sanguin (ex: Sodium radioactif).
- Dosage : Hormones de croissance, insuline.
La prescription d'examens irradiants doit être justifiée légalement par les médecins en raison des conséquences possibles.
Messages Essentiels
Les noyaux légers stables ont Z ≈ N. Pour les noyaux plus lourds, N > Z est nécessaire pour la stabilité.
Les noyaux instables sont radioactifs : émetteurs α (excès de nucléons), β⁻ (excès de neutrons) ou β⁺ (excès de protons).
Une désintégration radioactive est souvent suivie de l'émission d'un rayonnement γ.
Chapitre 3 : De l'atome aux molécules
Ce chapitre explore comment les atomes interagissent pour former des molécules stables, en se basant sur la théorie de la liaison covalente et la représentation de Lewis.
Vers des entités chimiques stables : Stabilité des couches électroniques remplies
- Le modèle de Bohr organise les électrons en couches électroniques.
- Les électrons de valence sont ceux de la dernière couche occupée (couche de valence). Les électrons des couches inférieures sont des électrons de cœur.
- Les atomes atteignent une stabilité particulière lorsque leur couche de valence est saturée (remplie).
- 1ʳᵉ couche : 2 électrons (règle du duet)
- 2ⁿᵈ couche : 8 électrons (règle de l'octet)
- Exemples :
- Hélium (He) : 2 électrons de valence → très stable.
- Néon (Ne) : 10 électrons (2 de cœur, 8 de valence) → très stable.
Mise en commun des électrons : Théorie de la liaison covalente
- Une liaison covalente est la mise en commun de deux électrons de valence pour former un doublet d'électrons.
- Selon la théorie de Lewis, ces doublets sont appelés doublets liants (représentés par un trait plein entre les atomes).
- Les électrons mis en commun sont sous l'influence des deux noyaux. Deux atomes se lient si l'entité résultante est plus stable que les atomes séparés, ce qui se produit lorsque chaque atome acquiert une structure stable (couche de valence saturée).
Formule de Lewis
- La formule/structure/représentation/schéma de Lewis montre l'organisation des électrons de valence de chaque atome dans une molécule (ou ion polyatomique) en doublets liants et non liants.
- Multiplicité des liaisons :
- Liaison simple (A—B) : 2 électrons mis en commun, 1 doublet liant.
- Liaison double (A=B) : 4 électrons mis en commun, 2 doublets liants.
- Liaison triple (A≡B) : 6 électrons mis en commun, 3 doublets liants.
- Il n'existe pas de liaison de multiplicité supérieure à 3.
Doublets non liants
- Les électrons de valence d'un atome qui ne participent pas à une liaison covalente restent sous l'influence d'un seul noyau et s'organisent en doublets non liants (ou paires libres).
- Ils sont représentés par un trait à côté du symbole de l'atome.
- Si la somme des électrons de valence est impaire, il reste un électron célibataire, formant un radical.
Cas des atomes du vivant (H, C, N, O)
Ces quatre éléments constituent plus de 95% de la masse des organismes vivants.
Hydrogène (H)
- 1 proton, 1 électron de valence.
- Nécessite 1 électron pour saturer sa 1ʳᵉ couche (règle du duet).
- Représentation : H•
- Dans une molécule, l'hydrogène forme un seul doublet liant. Il est monovalent.
- Exemple : Dihydrogène (H₂) : H—H
Carbone (C)
- 6 protons, 2 électrons de cœur, 4 électrons de valence dans la 2ⁿᵈ couche.
- Nécessite 4 électrons pour saturer sa 2ⁿᵈ couche (règle de l'octet).
- Représentation : C avec 4 points autour.
- L'octet impose au carbone d'avoir 4 doublets liants. Il est tétravalent (4 liaisons simples, ou 2 simples et 1 double, ou 2 doubles, ou 1 simple et 1 triple).
- Exemple : Méthane (CH₄) : C central lié à 4 H par des liaisons simples.
Azote (N)
- 7 protons, 2 électrons de cœur, 5 électrons de valence dans la 2ⁿᵈ couche.
- Nécessite 3 électrons pour saturer sa 2ⁿᵈ couche (règle de l'octet).
- Représentation : N avec 3 points et un trait (doublet non liant).
- L'octet impose à l'azote d'avoir 3 doublets liants et 1 doublet non liant. Il est trivalent (3 liaisons simples, ou 1 simple et 1 double, ou 1 triple).
- Exemple : Ammoniac (NH₃) : N central lié à 3 H par des liaisons simples, avec 1 doublet non liant.
Oxygène (O)
- 8 protons, 2 électrons de cœur, 6 électrons de valence dans la 2ⁿᵈ couche.
- Nécessite 2 électrons pour saturer sa 2ⁿᵈ couche (règle de l'octet).
- Représentation : O avec 2 points et 2 traits (2 doublets non liants).
- L'octet impose à l'oxygène d'avoir 2 doublets liants et 2 doublets non liants. Il est divalent (2 liaisons simples ou 1 liaison double).
- Exemple : Eau (H₂O) : O central lié à 2 H par des liaisons simples, avec 2 doublets non liants.
Notion d'ions polyatomiques
- Définition : Édifices contenant plusieurs atomes et portant une ou plusieurs charges positives ou négatives.
- La représentation de Lewis doit faire apparaître les charges, de préférence entourées pour éviter la confusion avec les doublets.
- Exemple 1 : Ion ammonium (NH₄⁺) : L'azote, avec 4 électrons de valence (manque un électron, donc chargé +), réalise 4 liaisons pour respecter l'octet. Il est tétravalent.
- Exemple 2 : Ion hydronium (H₃O⁺) : L'oxygène, avec 5 électrons de valence (manque un électron, donc chargé +), réalise 3 liaisons pour respecter l'octet. Il est trivalent.
- Exemple 3 : Ion hydroxyde (HO⁻) : L'oxygène, avec 7 électrons de valence (un électron en trop, donc chargé -), réalise 1 liaison pour respecter l'octet. Il est monovalent.
Cas des atomes P et S
- Le phosphore (P) a 5 électrons de valence (comme l'azote).
- Le soufre (S) a 6 électrons de valence (comme l'oxygène).
- Attention : Pour les atomes de la 3ᵉ période et au-delà, il est possible de dépasser la règle de l'octet (contrairement à C, N, O qui la respectent toujours).
- Exemple 1 : Ion phosphate (PO₄³⁻) : Le phosphore forme 5 doublets liants (une double liaison et 3 simples), dépassant l'octet.
- Exemple 2 : Sulfure d'hydrogène (H₂S) : Le soufre respecte l'octet et est divalent (comme l'oxygène).
- Exemple 3 : Ion sulfate (SO₄²⁻) : Le soufre est engagé dans 6 doublets liants (hexavalent, 2 doubles liaisons et 2 simples), ne respectant pas l'octet.
Messages Essentiels
Les électrons de la dernière couche sont les électrons de valence. La formation de liaisons covalentes (mise en commun de 2 électrons) permet à chaque atome d'acquérir une structure stable (couche de valence saturée).
La structure de Lewis (ou formule/schéma/représentation de Lewis) d'une molécule ou d'un ion polyatomique montre l'organisation des électrons de valence en doublets liants et non liants, ainsi que les charges éventuelles.
Les liaisons peuvent être simples, doubles ou triples.
Le tableau suivant résume les caractéristiques de liaison pour H, C, N, O :
Élément Nb e⁻ de valence Nb e⁻ nécessaires pour saturer Valence (nb doublets liants) Type de liaisons Hydrogène, H 1 1 (duet) 1 (monovalent) 1 simple Carbone, C 4 4 (octet) 4 (tétravalent) 4 simples, ou 2 simples et 1 double, ou 2 doubles, ou 1 simple et 1 triple Azote, N 5 3 (octet) 3 (trivalent) 3 simples, ou 1 simple et 1 double, ou 1 triple Oxygène, O 6 2 (octet) 2 (divalent) 2 simples, ou 1 double
Chapitre 4 : Caractéristiques de la liaison covalente
Ce chapitre détaille les types de doublets, les propriétés énergétiques et géométriques des liaisons covalentes, ainsi que les concepts de délocalisation et de polarisation.
Doublets σ (sigma) et doublets π (pi)
- Liaison simple : Le doublet liant est un doublet σ.
- Liaison double : Composée d'un doublet σ et d'un doublet π.
- Liaison triple : Composée d'un doublet σ et de deux doublets π.
- Abus de langage : On parle souvent de "liaison sigma" ou "liaison pi".
Énergie et longueur de liaison
- L'énergie d'une liaison covalente est l'énergie nécessaire pour la rompre. Elle est de l'ordre de plusieurs centaines de kJ.mol⁻¹ pour les liaisons fortes.
- La longueur d'une liaison covalente est de l'ordre de la centaine de picomètres (pm), soit 10⁻¹² m.
- Propriétés :
- Plus une liaison est forte, plus elle est courte.
- Pour deux éléments donnés, les liaisons multiples sont plus fortes et plus courtes que les liaisons simples.
Notion de liaison délocalisée (Mésomérie)
- Problème : Dans l'ion carbonate (CO₃²⁻), les liaisons C=O (122 pm) et C-O (143 pm) devraient avoir des longueurs différentes. Expérimentalement, les trois liaisons C-O sont équivalentes et de longueur intermédiaire. La représentation de Lewis unique ne reflète pas la réalité.
- La théorie de la mésomérie (ou résonance) postule que la structure réelle est un hybride de plusieurs formes mésomères (ou formes limites).
- Les électrons des doublets non liants et les électrons π des liaisons multiples peuvent être délocalisés (peuvent bouger).
- Les enchaînements propices à la délocalisation sont n-σ-π et π-σ-π (où n représente un doublet non liant).
- Exemples :
- Benzène (C₆H₆) : Ses 6 liaisons C-C sont équivalentes et de longueur intermédiaire. Il est représenté par deux formes mésomères et un cercle à l'intérieur du cycle pour symboliser la délocalisation cyclique π-σ-π.
- Liaison peptidique : Formée entre acides aminés, elle présente un enchaînement n-σ-π (N avec doublet non liant, liaison simple C-N, double liaison C=O) permettant une délocalisation. La structure réelle est un intermédiaire entre deux formes limites.
Notion de liaison polarisée et Électronégativité
- L'électronégativité (χ) est la capacité d'un atome à attirer vers lui les électrons des liaisons covalentes.
- Un élément électronégatif a une valeur de χ élevée (ex: O (3,5), N (3)).
- Une liaison est polarisée si la différence d'électronégativité (Δχ) entre les deux atomes est importante (typiquement > 0,5).
- L'atome le plus électronégatif attire les électrons, conférant un caractère ionique partiel à la liaison. On attribue des charges partielles (δ⁻ sur l'atome le plus électronégatif, δ⁺ sur l'autre).
- Les liaisons polarisées d'importance biologique sont les liaisons O—H, N—H et C—O (simples ou doubles).
- Les liaisons C—H ne sont pas polarisées.
Messages Essentiels
L'énergie d'une liaison covalente (énergie de rupture) est de plusieurs centaines de kJ.mol⁻¹. Sa longueur est de l'ordre de la centaine de picomètres (1 pm = 10⁻¹² m).
Les liaisons multiples (un doublet σ + un ou deux doublets π) sont plus fortes et plus courtes que les liaisons simples (un doublet σ).
La théorie de la mésomérie est utilisée quand une seule formule de Lewis ne décrit pas la molécule réelle. On utilise alors plusieurs formes limites (mésomères) par délocalisation de doublets π et non liants pour représenter la répartition électronique réelle.
Une liaison est polarisée si la différence d'électronégativité entre les deux atomes est significative. Les liaisons O—H, N—H et C—O (simples et doubles) sont biologiquement importantes. Les liaisons C—H ne sont pas polarisées.
Chapitre 5 : Les principales géométries des molécules
Ce chapitre introduit la représentation de Cram et la théorie VSEPR pour prédire la géométrie spatiale des molécules, ainsi que la notion de polarité moléculaire.
Représentation de Cram
La représentation de Cram est une convention pour visualiser la géométrie tridimensionnelle des molécules sur un plan.
- Liaison dans le plan : Trait plein (──)
- Liaison vers l'avant du plan : Triangle plein (───)
- Liaison vers l'arrière du plan : Trait hachuré (----------)
Théorie VSEPR (Valence Shell Electron Pair Repulsion)
Développée par Gillespie, cette théorie prédit la géométrie spatiale d'une molécule en minimisant la répulsion entre les doublets électroniques de la couche de valence autour d'un atome central.
- A : Atome central.
- n : Nombre d'atomes liés à l'atome A.
- p : Nombre de doublets non liants sur l'atome A.
- Les liaisons doubles ou triples sont considérées comme ayant la même répulsion que les liaisons simples.
- Un doublet non liant génère plus de répulsion qu'un doublet liant.
Formalisme AXnEp
- La géométrie globale de l'entité est déterminée par le nombre de directions prises par les doublets autour de l'atome central (n+p).
- Exemple 1 : Eau (H₂O) : L'oxygène central est lié à deux hydrogènes (n=2) et possède deux doublets non liants (p=2). Type AX₂E₂.
- Exemple 2 : Ion carbonate (CO₃²⁻) : Le carbone central est lié à trois oxygènes (n=3) et n'a pas de doublets non liants (p=0). Type AX₃E₀ (ou AX₃).
Les principales géométries
| n+p | Figure de répulsion | Code VSEPR | Géométrie | Exemple | Angle caractéristique |
| 2 | Linéaire | AX₂E₀ | Linéaire | CO₂ | 180° |
| 3 | Triangle plan | AX₃E₀ | Triangle plan | H₂C=O (Méthanal) | 120° |
| 4 | Tétraédrique | AX₄E₀ | Tétraédrique | CH₄ (Méthane) | 109.5° |
| 4 | Tétraédrique | AX₃E₁ | Pyramidale (ou trigonale) | NH₃ (Ammoniac) | ~107° |
| 4 | Tétraédrique | AX₂E₂ | Coudée | H₂O (Eau) | ~104.5° |
Notion de polarité
- Une liaison polarisée a un caractère ionique partiel, avec des charges partielles δ⁺ et δ⁻. Les liaisons O—H, N—H, C—O et C=O sont biologiquement importantes.
Molécule polaire
- Une molécule est polaire si elle possède des liaisons polarisées et que le centre des charges partielles positives ne coïncide pas avec le centre des charges partielles négatives.
- Si les effets des liaisons polarisées s'annulent (par symétrie), la molécule est apolaire.
- Exemples :
- Méthane (CH₄) : Apolaire car les liaisons C—H ne sont pas polarisées. Les hydrocarbures sont généralement apolaires.
- Formaldéhyde (H₂CO) : Polaire en raison de la liaison C=O polarisée.
- Dioxyde de carbone (CO₂) : Apolaire. Malgré deux liaisons C=O polarisées, sa géométrie linéaire (AX₂E₀) fait coïncider les centres de charges positives et négatives.
- Eau (H₂O) : Polaire. Sa géométrie coudée (AX₂E₂) empêche la coïncidence des centres de charges. Les liaisons O—H polarisées induisent une polarité.
- Ammoniac (NH₃) : Polaire. Sa géométrie pyramidale (AX₃E₁) et les liaisons N—H polarisées entraînent une séparation des centres de charges.
Messages Essentiels
Une molécule est polaire si elle a des liaisons polarisées et que les centres des charges partielles positives et négatives ne coïncident pas. Sinon, elle est apolaire.
- CH₄ (méthane) est apolaire (pas de liaisons polarisées). Les hydrocarbures sont généralement apolaires.
- CO₂ (dioxyde de carbone) est apolaire en raison de sa géométrie linéaire.
- H₂CO (formaldéhyde), H₂O (eau) et NH₃ (ammoniac) sont polaires. Les cétones, alcools et amines sont généralement polaires.
Code VSEPR Géométrie Angle caractéristique Exemple AX₂E₀ Linéaire 180° CO₂ AX₃E₀ Trigonale (triangle plan) 120° H₂CO AX₄E₀ Tétraédrique ~109.5° CH₄ AX₃E₁ Pyramidale NH₃ AX₂E₂ Coudée H₂O
Chapitre 6 : Forces intermoléculaires
Ce chapitre aborde les interactions de faible énergie entre molécules, leur rôle dans la cohésion de la matière, les états physiques et les types de dipôles électrostatiques.
I. Cohésion moléculaire
- La cohésion intermoléculaire désigne les interactions entre molécules distinctes d'une même espèce chimique.
- Ce sont des liaisons de faible énergie (quelques kJ.mol⁻¹) comparées aux liaisons covalentes.
- Ces interactions sont réversibles et cruciales pour de nombreux phénomènes biochimiques transitoires (ex: repliement des protéines, reconnaissance enzyme-substrat, dénaturation).
- Elles sont de très courte portée et assurent la cohésion des solides et liquides moléculaires.
II. États de la matière
- Les transitions d'état (fusion, ébullition) impliquent la rupture ou la formation de ces interactions.
- Refroidissement (gaz → liquide → solide) : Les interactions intermoléculaires augmentent.
- Chauffage (solide → liquide → gaz) : Les interactions intermoléculaires sont rompues.
- Propriétés des états :
- Gaz : Pas de volume ni de forme propre. Molécules éloignées et désordonnées.
- Liquide : Volume propre, pas de forme propre. Molécules proches mais mobiles.
- Solide : Volume et forme propres. Molécules organisées et fixes.
- Plus les interactions intermoléculaires sont fortes, plus la cohésion est grande et plus les températures de changement d'état sont élevées.
III. Concept de dipôle électrostatique
- Un dipôle électrostatique est une distribution de charges électriques dont la somme est nulle, mais dont le centre des charges positives ne coïncide pas avec celui des charges négatives.
- La caractérisation la plus simple est une paire de deux charges de signes opposés séparées par une distance non nulle.
Dipôle électrostatique permanent
- Une molécule polaire (avec liaisons polarisées et centres de charges non coïncidents) est un dipôle électrostatique permanent en raison de sa dissymétrie de répartition électronique.
Dipôle électrostatique induit
- La polarisation est la déformation d'un nuage électronique sous l'action d'un champ électrique (ex: créé par un dipôle permanent).
- La polarisabilité est la capacité d'une espèce à subir une polarisation. Elle dépend de la taille : plus une espèce est grosse, plus elle est polarisable.
- Une molécule polaire peut induire un moment dipolaire dans une molécule apolaire polarisable à proximité.
Dipôle électrostatique instantané
- Même une molécule apolaire (répartition moyenne symétrique) peut présenter des fluctuations instantanées de densité électronique, lui conférant un caractère de dipôle non permanent (instantané).
- Ces dipôles instantanés peuvent polariser les molécules voisines, créant des dipôles induits. L'efficacité de cette polarisation de proche en proche dépend de la polarisabilité de l'espèce.
Interactions électrostatiques (Coulombiennes)
- L'interaction entre deux charges (q et q') séparées par une distance r est proportionnelle à q.q'/r pour le potentiel électrique, et à 1/r² pour la force.
- Charges de même signe : énergie positive, interaction répulsive.
- Charges de signe différent : énergie potentielle négative, interaction attractive.
Interaction ion-dipôle
- Un ion interagit avec la partie de charge opposée d'un dipôle électrostatique.
- Conséquence : Les ions ont une forte affinité avec l'eau, un solvant polaire. Les zones chargées dans une grosse molécule sont hydrophiles.
Interactions de Van der Waals
- Définition : Interactions entre dipôles électrostatiques (permanents, induits ou instantanés). Elles se produisent entre nuages électroniques de molécules polaires ou apolaires.
- Propriétés :
- Très courtes portées.
- Interactions faibles (de l'ordre du kJ/mol).
- Changements d'état :
- À taille identique, les molécules polaires ont des températures de changement d'état plus élevées (interactions entre dipôles permanents).
- L'augmentation de la taille des molécules (et donc de leur polarisabilité) favorise la formation de dipôles instantanés/induits, augmentant les températures de changement d'état.
- Exemple : La température de fusion des acides gras saturés augmente avec le nombre d'atomes de carbone en raison de l'augmentation des interactions de Van der Waals.
Liaison hydrogène
- Définition : Interaction entre un atome d'hydrogène lié à un élément très électronégatif (O ou N) et un autre élément très électronégatif (O ou N) portant au moins un doublet non liant.
- Aδ-—Hδ+ ----- B (où A et B sont O ou N)
- A—H est une liaison covalente polarisée.
- H-----B est la liaison hydrogène.
- Conséquences : L'existence de liaisons H augmente significativement les températures de changement d'état par rapport aux seules interactions de Van der Waals.
- Intérêts en biochimie : Essentielles pour la reconnaissance des bases nucléiques et la structure en double hélice de l'ADN.
Messages Essentiels
Les forces intermoléculaires (liaisons de faible énergie) sont des interactions électrostatiques de faible portée et énergie (quelques dizaines de kJ/mol) entre molécules. Elles sont réversibles et impliquées dans de nombreux phénomènes biochimiques transitoires, assurant la cohésion des solides et liquides moléculaires. Des interactions intermoléculaires plus fortes augmentent la cohésion et les températures de changement d'état.
Les interactions de Van der Waals sont des interactions entre dipôles électrostatiques (permanents, induits, instantanés). Elles augmentent avec la polarisabilité et la taille des molécules.
La liaison hydrogène est une interaction électrostatique spécifique, nécessitant des liaisons covalentes O—H ou N—H. Elle augmente les températures de changement d'état au-delà des seules interactions de Van der Waals.
Chapitre 7 : L'eau, solvant
Ce chapitre se concentre sur les propriétés uniques de l'eau, sa géométrie, sa polarité, sa capacité à former des liaisons hydrogène, et son rôle fondamental en tant que solvant biologique.
I. Rappels sur la géométrie et la polarité de l'eau
- L'eau (H₂O) est une petite molécule coudée, de géométrie globale tétraédrique (avec les doublets non liants sur l'oxygène).
- C'est une molécule plane et fortement polaire.
- L'oxygène porte une charge partielle δ⁻, et les hydrogènes portent des charges partielles δ⁺.
Généralités sur les liaisons hydrogènes dans l'eau
- Les liaisons hydrogènes sont possibles entre les molécules d'eau : l'hydrogène (δ⁺) d'une molécule interagit avec l'oxygène (δ⁻, possédant des doublets non liants) d'une autre molécule.
- La capacité de l'eau à former des liaisons hydrogènes est fondamentale.
- Le nombre de liaisons hydrogènes par molécule d'eau varie selon l'état :
- Glace : 4 liaisons H par molécule (structure cristalline très organisée).
- Liquide : 2, 3, voire 4 liaisons H par molécule (réversibles, une partie est brisée par l'agitation thermique).
- Vapeur : Presque aucune liaison H.
Propriétés physiques singulières de l'eau
Les liaisons hydrogènes confèrent à l'eau des propriétés uniques :
- Température d'ébullition élevée (100°C) : Remarquablement élevée pour une molécule de sa taille, ce qui permet à l'eau d'être liquide à température et pression ambiantes (essentiel à la vie).
- Température de fusion élevée.
- La phase solide (glace) est moins dense que la phase liquide (propriété rare).
- Forte chaleur de vaporisation et chaleur spécifique élevée.
- Tension superficielle élevée : L'eau "mouille" bien, adhérant aux matériaux.
Autres propriétés de l'eau : Interactions
Solubilisation des sels minéraux
- La solubilisation des sels minéraux s'établit par des interactions ion-dipôle avec l'eau polaire.
- L'eau interagit avec les cations via sa partie δ⁻ (oxygène) et avec les anions via sa partie δ⁺ (hydrogènes).
- Solvatation des ions : Un cation ou un anion en solution aqueuse s'entoure de molécules d'eau (souvent 6) par interactions ion-dipôle, il est dit solvaté ou hydraté.
- Exemple : Les ions Na⁺ et Cl⁻ issus de la dissolution de NaCl sont solvatés dans l'eau (noté Na⁺(aq)).
Solubilisation des molécules polaires
- De nombreuses molécules organiques polaires forment des liaisons hydrogènes avec l'eau, ce qui conduit à leur solubilisation sous forme hydratée.
- Cela concerne les petites molécules avec des liaisons O—H, N—H et C—O (ex: petits alcools, amines, cétones, aldéhydes, acides carboxyliques).
- Si la taille de ces molécules augmente, leur solubilité diminue car il y a moins d'espaces pour établir des liaisons hydrogènes efficaces. Les grosses molécules sont souvent peu solubles, sauf si elles possèdent de nombreux groupements permettant des liaisons hydrogènes.
- Exemple : Le saccharose (sucre) est très soluble dans l'eau grâce à ses nombreux groupements -OH permettant la formation de liaisons hydrogènes.
Hydrophilie, hydrophobie et amphiphilie
- Les composés hydrophiles sont souvent petits et polaires, ou possèdent de nombreuses parties polarisées (ex: saccharose). Ils aiment l'eau.
- Les composés hydrophobes sont apolaires et lipophiles. Ils n'aiment pas l'eau.
- Les composés amphiphiles sont des molécules ou ions polyatomiques comportant :
- Une longue chaîne carbonée non polarisée, lipophile et hydrophobe.
- Une extrémité polarisée (-OH, -COOH) ou chargée (-COO⁻), donc hydrophile.
- Exemples : Acides gras, qui forment des structures micellaires en solution aqueuse (effet hydrophobe).
Messages Essentiels
L'eau est une petite molécule coudée, fortement polaire, capable de former des liaisons hydrogènes.
Les liaisons hydrogènes entre molécules d'eau confèrent à l'eau liquide des propriétés physiques singulières, comme sa température d'ébullition remarquablement élevée.
L'eau, composant majeur des liquides biologiques, solvate efficacement les ions et les petites molécules polaires en formant des liaisons hydrogènes.
On distingue les composés hydrophiles (aiment l'eau), hydrophobes (n'aiment pas l'eau), et amphiphiles (possèdent une partie hydrophobe et une partie hydrophile).
Chapitre 8 : Généralités sur les acides et les bases - Partie 1/2
Ce chapitre introduit les concepts fondamentaux de l'équilibre chimique, la loi d'action des masses, la théorie acide-base de Brønsted-Lowry, et les notions de pH et de constantes d'acidité/basicité.
1) Préambule : L'équilibre chimique
1) Réaction totale / Réaction équilibrée
- Réaction totale : Le réactif limitant est entièrement consommé. Représentée par une flèche simple "→".
- Exemple : A → B + C + D
- Réaction équilibrée : Le système chimique atteint un état d'équilibre où tous les composés (réactifs et produits) sont présents à l'état final. Représentée par une double flèche "⇌" ou "↔", indiquant que deux réactions inverses se produisent simultanément à la même vitesse.
- Exemple : A + B ⇌ C + D
- Les concentrations des espèces sont constantes à l'état final.
2) Loi d'action des masses
Pour un équilibre chimique en solution aqueuse (ex: A + B ⇌ C + D), les concentrations des espèces à l'équilibre vérifient l'expression :
- K° = ([C] x [D]) / ([A] x [B]) (concentrations en mol/L).
- K° : Constante d'équilibre, une valeur numérique caractéristique de la réaction à une température fixée.
- Le quotient des produits de réaction est appelé quotient des réactions à l'équilibre.
- Les coefficients stœchiométriques apparaissent en puissance dans l'expression du quotient de réaction.
- Exemple : A + B ⇌ 2C + D → K° = ([C]² x [D]) / ([A] x [B])
- L'eau en solution aqueuse a une activité de 1 et ne modifie pas l'expression de K°.
- Exemple : A + H₂O ⇌ C + D → K° = ([C] x [D]) / [A]
II. Théorie acide-base de Brønsted-Lowry (B.L.)
Introduite par Brønsted et Lowry en 1923.
- Un acide de B.L. est une espèce susceptible de libérer un proton H⁺.
- Une base de B.L. est une espèce susceptible de capter un proton H⁺.
- Un proton H⁺ est un ion hydrogène (l'atome d'hydrogène perd son unique électron).
1) Couple acide-base
- À tout acide correspond une base conjuguée, et réciproquement.
- Notation : A/B (l'acide à gauche, la base à droite).
- Types de couples : AH/A⁻ (acide non chargé) ou BH⁺/B (base non chargée).
- Relation : Acide = Base + H⁺
- Exemples :
- H₃O⁺/H₂O (ion hydronium/eau)
- H₂O/HO⁻ (eau/ion hydroxyde)
- NH₄⁺/NH₃ (ion ammonium/ammoniac)
- CH₃COOH/CH₃COO⁻ (acide éthanoïque/ion éthanoate)
- L'ion hydrogène s'échange sous forme de proton s'il est lié à un atome très électronégatif. Les hydrogènes liés au carbone (ex: CH₃COOH) ne sont pas échangeables.
2) Différents types d'acides ou de bases
- Monoacides/Mono-bases : Libèrent/captent un seul proton.
- Poly-acides/Poly-bases : Libèrent/captent plusieurs protons (diacides, triacides, etc.).
- Exemple : Acide carbonique (H₂CO₃) est un diacide.
- H₂CO₃/HCO₃⁻ (1ʳᵉ acidité)
- HCO₃⁻/CO₃²⁻ (2ⁿᵈ acidité)
- L'ion hydrogénocarbonate (HCO₃⁻) est amphotère (ou ampholyte) car il peut agir comme acide ou comme base.
- La notation H₂CO₃ est souvent impropre en solution aqueuse car il se dissocie en CO₂ + H₂O.
3) Transfert protonique en solution aqueuse
- Le proton H⁺ n'existe pas à l'état libre en solution aqueuse ; il est toujours échangé.
- Un acide ne peut libérer un proton que si une base est présente pour le capter.
- Une base ne peut capter un proton que si un acide est présent pour le céder.
- En solution aqueuse, l'eau (solvant amphotère) peut jouer le rôle de base ou d'acide :
- L'eau comme base : AH + H₂O ⇌ A⁻ + H₃O⁺
- L'eau comme acide : H₂O + B ⇌ HO⁻ + BH⁺
- Ces réactions peuvent être équilibrées ou totales.
III. Le potentiel hydrogène (pH)
Le pH a été introduit en 1909 par Sorensen.
1) Notion de co-logarithme décimal
- Le co-logarithme décimal d'une grandeur X est noté pX.
- Formules : pX = -log X = log (1/X) et X = 10-pX
2) Autoprotolyse de l'eau
- L'eau est un solvant amphotère : elle peut agir comme acide (H₂O = HO⁻ + H⁺) ou comme base (H₂O + H⁺ = H₃O⁺).
- La réaction d'autoprotolyse de l'eau est le transfert protonique entre deux molécules d'eau :
- 2 H₂O ⇌ H₃O⁺ + HO⁻
- La constante d'équilibre de cette réaction est le produit ionique de l'eau, noté Ke.
- Ke = [H₃O⁺][HO⁻] = hω (où h = [H₃O⁺] et ω = [HO⁻]).
- À 25°C, Ke = 10⁻¹⁴.
- Le pKe = -log Ke = 14 à 25°C.
- Dans l'eau pure, h = ω = √Ke = 10⁻⁷ mol/L.
- Le pH de l'eau pure est de 7 à 25°C (solution neutre).
3) pH d'une solution aqueuse
- Le pH est défini par pH = -log [H₃O⁺] (ou -log h).
- Inversement, [H₃O⁺] = 10-pH.
- En solution aqueuse diluée, Ke = hω. Si on connaît l'une des concentrations (h ou ω), on peut déduire l'autre.
- À 25°C :
- pH < 7 : solution acide (h > ω)
- pH = 7 : solution neutre (h = ω)
- pH > 7 : solution basique (h < ω)
- Le pH neutre dépend de la température (ex: à 37°C, pH neutre = 6,8).
V. Constantes d'acidité et pKa
1) Constante d'acidité et de basicité
- Pour un couple acide/base AH/A⁻ :
- La constante d'acidité KA est associée à la réaction de dissociation de l'acide avec l'eau :
- AH + H₂O ⇌ A⁻ + H₃O⁺
- KA = ([A⁻] x [H₃O⁺]) / [AH]
- pKA = -log KA
- La constante de basicité KB est associée à la réaction de protonation de la base avec l'eau :
- A⁻ + H₂O ⇌ AH + HO⁻
- KB = ([AH] x [HO⁻]) / [A⁻]
- pKB = -log KB
- La constante d'acidité KA est associée à la réaction de dissociation de l'acide avec l'eau :
- Les constantes KA et KB d'un même couple sont reliées :
- KA x KB = Ke
- pKA + pKB = pKe
- À 25°C, pKA + pKB = 14.
- La seule donnée du pKA suffit pour caractériser un couple acide/base.
2) Les couples de l'eau
- Couple H₃O⁺/H₂O :
- Réaction : H₃O⁺ + H₂O ⇌ H₂O + H₃O⁺
- KA = 1, d'où pKA = 0.
- Couple H₂O/HO⁻ :
- Réaction : H₂O + H₂O ⇌ HO⁻ + H₃O⁺
- KA = Ke, d'où pKA = pKe = 14 à 25°C.
3) Force d'un acide/base
- Pour un acide : Plus un acide AH est fort (grande capacité à libérer H⁺) :
- Plus sa dissociation en A⁻ est grande.
- Plus la constante d'acidité KA est grande.
- Plus le pKA du couple est petit.
- Un acide est d'autant plus fort que le pKA du couple est faible.
- Pour une base : Plus une base A⁻ est forte (grande capacité à capter H⁺) :
- Plus sa protonation est grande.
- Plus la constante de basicité KB est grande.
- Plus la constante d'acidité KA du couple est petite.
- Plus le pKA du couple est grand.
- Une base est d'autant plus forte que le pKA du couple est élevé.
Messages Essentiels
La loi d'action des masses stipule que le quotient de réaction à l'équilibre d'une réaction équilibrée est égal à une constante d'équilibre K° qui ne dépend que de la température.
Selon Brønsted-Lowry, un acide libère un proton (H⁺) et une base le capte. Ils forment un couple acide/base (AH/A⁻ ou BH⁺/B).
L'autoprotolyse de l'eau (2 H₂O ⇌ H₃O⁺ + HO⁻) est associée à Ke = 10⁻¹⁴ (pKe = 14 à 25°C).
Le pH d'une solution aqueuse est pH = -log [H₃O⁺], donc [H₃O⁺] = 10-pH. La neutralité est à pH = 7 à 25°C.
L'eau, solvant amphotère, agit comme base face aux acides et comme acide face aux bases.
La constante d'acidité KA (pKA = -log KA) est associée à AH + H₂O ⇌ A⁻ + H₃O⁺. La constante de basicité KB (pKB = -log KB) est associée à A⁻ + H₂O ⇌ AH + HO⁻.
On a KA . KB = Ke = 10⁻¹⁴, soit pKA + pKB = 14 à 25°C. Le pKA seul suffit à caractériser un couple.
Un acide est d'autant plus fort que son pKA est faible. Une base est d'autant plus forte que son pKA est élevé.
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