Sources et défis de la croissance économique : facteurs et limites
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Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?
La croissance économique, définie comme l'augmentation soutenue et durable de la production de biens et services, est un phénomène central en économie. Elle est mesurée par le taux de variation du PIB réel et repose sur plusieurs facteurs, tout en soulevant d'importants défis.
I. Quelles sont les sources de la croissance économique ?
a. La croissance économique est un phénomène récent et cumulatif
La croissance économique est une caractéristique relativement nouvelle de l'histoire de l'humanité, ayant véritablement pris son essor avec la Révolution Industrielle à la fin du XVIIIe siècle. Elle se caractérise par son aspect cumulatif, où la richesse générée à une période contribue à la capacité de production future.
- Mesure de la croissance :
- La croissance est l'augmentation soutenue, sur longue période, du niveau de production d’une économie.
- Elle se calcule grâce au taux de variation du PIB réel (déduction faite de l’inflation).
- Le Produit Intérieur Brut (PIB) d’un pays s’obtient en additionnant les valeurs ajoutées de tous les producteurs sur le territoire (entreprises et administrations publiques).
- Limites du PIB :
- Le PIB ne comptabilise pas la production domestique (bénévolat, travail domestique).
- Il ne tient pas compte de l’utilité sociale des activités (ex: production de cigarettes ou d'armes).
- Il ignore les externalités négatives (pollution, épuisement des ressources).
- Phénomène récent et inégal :
- La croissance a démarré avec la Révolution Industrielle (fin XVIIIe siècle en Angleterre).
- Elle a entraîné des inégalités importantes de niveau de vie entre pays, malgré des phénomènes de rattrapage économique (ex: Chine, Inde).
b. Les sources de la croissance
La croissance économique est principalement alimentée par l'accumulation des facteurs de production (travail et capital) et l'accroissement de la productivité globale des facteurs (PGF), étroitement lié au progrès technique.
- Accumulation des facteurs de production :
- Facteur travail : augmentation de la population active (démographie, emploi des femmes) et de la durée du travail.
- Facteur capital : résultat de l'investissement (acquisition de capital fixe supplémentaire comme machines, immeubles).
- Limites : L'accumulation seule est limitée à long terme par les contraintes de ressources humaines et de financement.
- Progrès technique et productivité globale des facteurs (PGF) :
- Progrès technique : ensemble des innovations qui transforment les activités productives, permettant d'élever la productivité.
- Innovations :
- Innovations de procédés : nouvelles techniques de production, évolution de l'organisation du travail (ex: taylorisme).
- Innovations de produits : machines plus technologiques, nouveaux biens et services.
- Productivité Globale des Facteurs (PGF) : mesure la part de la croissance non expliquée par l'augmentation des quantités de facteurs. Elle est le "résidu" de la croissance.
- Calcul : Variation de la PGF = Variation du PIB - Variation du facteur travail - Variation du facteur capital.
- Impact de la PGF sur la croissance :
- Hausse de la PGF (gains de productivité).
- Baisse des coûts de production.
- Baisse des prix, hausse des salaires et des profits.
- Augmentation de la demande globale (consommation, investissements, exportations).
- Soutien à la croissance économique.
II. Comment la croissance économique peut-elle être auto-entretenue ?
a. Le progrès technique endogène
Contrairement aux théories classiques, la croissance endogène postule que le progrès technique n'est pas un facteur externe, mais qu'il est généré par les décisions d'investissement des agents économiques, créant ainsi un cercle vertueux.
- Progrès technique endogène : trouve son origine dans les décisions d’investissement des agents économiques (privés ou publics).
- Sources de l'endogénéité :
- Investissements en capital humain : éducation, formation, santé. Augmentent le stock de connaissances et la capacité d'innovation.
- Investissements en recherche et développement (R&D) : créent de nouvelles idées et technologies.
- Investissements en infrastructures publiques : réseaux de transport, énergie, communication, hôpitaux, universités.
- Rôle des externalités positives :
- Le savoir est non rival et cumulatif : la diffusion des connaissances se fait sans limites, favorisant le progrès technique.
- Les investissements en éducation et R&D génèrent des bénéfices pour l'ensemble de la société, au-delà du simple retour sur investissement privé.
- Rôle de l'État :
- L'État est essentiel pour créer un environnement favorable à la croissance en investissant dans le long terme (éducation, recherche fondamentale, infrastructures).
- Ces investissements, souvent peu rentables à court terme pour le secteur privé, sont cruciaux pour générer des externalités positives et soutenir le progrès technique.
- Cercle vertueux de la croissance endogène :
- Investissements (privés et publics) en R&D, capital humain, infrastructures.
- Soutien au progrès technique et aux innovations.
- Hausse de la PGF.
- Baisse des prix, hausse des profits et des salaires.
- Augmentation de la demande globale.
- Croissance économique.
- La richesse créée permet de nouveaux investissements, auto-entretenant la croissance.
b. L’innovation et la destruction créatrice
Selon Joseph Schumpeter, l'innovation est le moteur du capitalisme, mais elle s'accompagne d'un processus de destruction créatrice, où les nouvelles technologies et industries remplacent les anciennes.
- Innovation : application à des fins industrielles ou commerciales d'une invention.
- Rôle de l'entrepreneur (Schumpeter) : L'entrepreneur est un "révolutionnaire" qui introduit des innovations sous différentes formes :
- Nouveaux produits.
- Nouvelles méthodes de production.
- Nouveaux marchés.
- Nouvelles sources de matières premières.
- Nouvelles organisations industrielles.
- Destruction créatrice : mouvement par lequel l'innovation régénère le tissu productif en faisant apparaître de nouvelles activités qui font disparaître les plus anciennes.
- Exemple : L'appareil photo numérique a rendu obsolète l'argentique (Kodak).
- Les innovations apparaissent souvent par "grappes", entraînant des effets d'entraînement et des bouleversements profonds.
- Cycles économiques : Ce processus est discontinu et explique l'instabilité du capitalisme, avec des phases de destruction et de création.
- Révolutions industrielles :
- Première Révolution Industrielle (fin XVIIIe siècle) : machine à vapeur, chemin de fer, charbon.
- Seconde Révolution Industrielle (XXe siècle) : électricité, chimie, pétrole, plastique.
- Troisième Révolution Industrielle (fin XXe siècle) : Technologies de l'Information et de la Communication (TIC).
c. Le rôle des institutions dans la croissance économique
Les institutions sont fondamentales pour la croissance économique car elles établissent les règles du jeu, réduisent l'incertitude et incitent à l'investissement et à l'innovation.
- Institutions : règles et organisations qui encadrent les interactions humaines.
- Rôles principaux :
- Instaurer un climat de confiance.
- Réduire l'incertitude dans les échanges.
- Orienter les décisions économiques en agissant sur les incitations.
- Exemples d'institutions favorables à la croissance :
- Droits de propriété : garantissent la propriété des biens et des idées, incitant à l'investissement.
- Monnaie : facilite les échanges.
- Marchés : organisent l'offre et la demande.
- Brevets : droits de propriété intellectuelle.
- Le rôle des brevets :
- Accorde un monopole temporaire (souvent 20 ans) sur une invention, incitant les entreprises à investir en R&D.
- Sécurise les investissements en R&D en limitant l'imitation par les concurrents.
- Favorise la diffusion des connaissances : les brevets exigent la publication détaillée de l'innovation, rendant l'information accessible après l'expiration du monopole.
- Incite les entreprises non innovantes à investir à leur tour pour ne pas perdre de parts de marché.
III. Quels sont les défis de la croissance économique ?
a. La croissance économique génère des inégalités de revenus
Si la croissance économique peut améliorer le niveau de vie global, elle peut aussi creuser les inégalités de revenus, notamment en raison d'un progrès technique biaisé qui favorise certaines catégories d'emplois.
- Inégalités de revenus : différences en termes de revenus entre individus ou groupes sociaux.
- Progrès technique biaisé : les innovations technologiques favorisent certaines catégories d'emplois au détriment d'autres.
- Emplois très qualifiés (tâches abstraites non routinières) :
- Exemples : Médecins, architectes, analystes financiers, chercheurs.
- Impact : Complémentaire aux nouvelles technologies, augmente la productivité et les rémunérations déjà élevées.
- Emplois intermédiaires (tâches routinières) :
- Exemples : Caissiers, ouvriers d'usine, comptables, secrétaires.
- Impact : Substituable par le numérique, entraîne une baisse du nombre d'emplois et une pression sur les salaires, source de chômage.
- Emplois peu qualifiés (tâches manuelles non routinières) :
- Exemples : Serveurs, aides-soignants, chauffeurs, ouvriers du bâtiment.
- Impact : Neutre vis-à-vis des technologies numériques, ne sont pas directement menacés mais ne bénéficient pas non plus d'une augmentation de leur expertise ou de leurs salaires.
- Emplois très qualifiés (tâches abstraites non routinières) :
- Conséquence : Les innovations technologiques peuvent creuser les inégalités de revenus en substituant du capital (machines) au travail dans les emplois intermédiaires.
b. Les limites écologiques de la croissance
La croissance économique, telle qu'elle a été pratiquée, se heurte à des limites écologiques majeures, menaçant la soutenabilité à long terme.
- Soutenabilité de la croissance : La croissance est soutenable si elle répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins (développement durable).
- Externalités négatives de la croissance :
- Épuisement des ressources :
- L'empreinte écologique mesure la pression de l'activité humaine sur la nature.
- Le "dépassement écologique" survient lorsque les ressources sont consommées plus vite qu'elles ne se régénèrent (ex: biocapacité terrestre dépassée en 1987).
- Exemples : Épuisement de l'eau, du sable, des minerais.
- Pollution :
- Pollution de l'air : émissions industrielles, transports, chauffage. Conséquences sanitaires (décès prématurés) et économiques (coûts pour la collectivité).
- Pollution de l'eau et des sols : substances chimiques, plastiques, pesticides.
- Réchauffement climatique :
- L'empreinte carbone mesure les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine.
- La combustion d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) est la principale cause.
- Impacts : Montée des températures (canicules), augmentation des précipitations (inondations), sécheresses (incendies, famines), élévation du niveau des océans, acidification des océans.
- Épuisement des ressources :
c. Le progrès technique peut contribuer à la soutenabilité de la croissance
Face aux défis écologiques, l'innovation verte offre des pistes pour reculer les limites de la croissance, bien qu'elle ne soit pas sans ses propres défis.
- Innovation verte : innovations visant à réduire l'impact environnemental de la production et de la consommation.
- Objectifs : Découvrir de nouvelles sources d'énergie renouvelables, améliorer l'efficacité énergétique, adopter des comportements plus durables.
- Exemples : Véhicules électriques, énergies renouvelables (solaire, éolien), technologies de recyclage, agriculture durable.
- Rôle de l'État : L'innovation n'est pas spontanément verte. L'État doit intervenir pour rediriger l'innovation vers les technologies écologiques par des incitations (subventions, réglementations, taxes).
- Limites de la "croissance verte" :
- Effet rebond (paradoxe de Jevons) : L'amélioration de l'efficacité d'une ressource peut paradoxalement entraîner une augmentation de sa consommation totale (ex: lampes basse consommation et augmentation de l'éclairage).
- Découplage relatif : La croissance verte ne garantit pas un découplage absolu entre la croissance économique et l'utilisation des ressources. L'utilisation et la fin de vie des technologies vertes nécessitent elles-mêmes des ressources et de l'énergie.
- La "croissance verte" fait l'objet d'un débat car elle ne résout pas l'ensemble des limites écologiques induites par la croissance économique.
Définitions clés
- Croissance économique : hausse soutenue et durable de la production de biens et de services réalisée par les agents économiques sur un territoire (généralement mesurée sur une année ou sur un trimestre).
- Facteurs de production : ressources mises en œuvre pour assurer la production de biens ou de services, à savoir le facteur travail (évalué par le nombre d'heures travaillées chaque année sur un territoire) et le facteur capital (ensemble des biens utilisés durablement dans le processus de production : machines, immeubles, mobilier…).
- Productivité Globale des Facteurs (PGF) : rapport entre la quantité produite et le volume des facteurs de production utilisés. La croissance de la PGF est la partie de la croissance économique qui n'est pas expliquée ni par la croissance de la quantité de travail disponible ni par celle de la quantité de capital. Elle mesure donc le degré d'efficience de la combinaison productive et se mesure par la différence entre la croissance du PIB et les contributions à la croissance des variations du travail et du capital.
- Progrès technique : accroissement de la connaissance que les hommes ont des lois de la nature appliquées à la production se traduisant par des innovations et un accroissement de la PGF.
- Progrès technique endogène : progrès technique qui trouve son origine dans les décisions d’investissement des agents économiques (privés ou publics).
- Innovation : application à des fins industrielles ou commerciales d'une invention (découverte).
- Destruction créatrice : mouvement par lequel l'innovation régénère le tissu productif en faisant apparaître de nouvelles activités qui font disparaître les plus anciennes.
- Institutions : règles et organisations qui encadrent les interactions humaines. En agissant sur les incitations, elles orientent les décisions économiques à l'origine de la croissance. Ex : droits de propriété, monnaie, marché...
- Inégalités de revenus : différences en termes de revenus entre les individus ou les groupes sociaux qui sont à l'origine de hiérarchies entre ces individus ou ces groupes.
- Soutenabilité de la croissance : la croissance est soutenable si elle répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.
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