Situation sanitaire : approche par grands risques
199 cardsAnalyse des effets de la sédentarité sur la santé, incluant les risques de maladies non transmissibles et les politiques de lutte contre ce phénomène.
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Les notes portent sur la sédentarité, l'activité physique, leurs impacts épidémiologiques, les bénéfices de l'activité physique (y compris l'équivalent métabolique de l'effort ou MET) et les politiques de santé publique en France et dans le monde.
I. Contexte et Sédentarité
1. La sédentarité
Définition : La sédentarité est un ensemble de comportements caractérisés par une position assise ou couchée dominante, résultant en une dépense énergétique très faible ou nulle.
Elle représente environ la moitié du temps d'éveil d'un adulte.
Elle se situe à l'extrémité de l'axe du comportement moteur, allant du sommeil à l'activité physique de haute intensité.
La dépense énergétique augmente progressivement de la position assise au fait d'être debout et aux activités physiques d'intensité croissante.
L'essentiel des activités modernes se fait en position allongée ou assise.
Il est crucial d'en évaluer l'impact sur la santé.
2. L'activité physique
Définition (OMS) : Tout mouvement corporel produit par les muscles qui requiert une dépense d'énergie. Cela inclut les mouvements liés au travail, au jeu, aux tâches ménagères, aux déplacements et aux loisirs.
L'activité physique commence à un niveau très faible et ne doit pas être confondue avec l'exercice physique.
Exercice physique : Sous-catégorie délibérée, structurée et répétitive de l'activité physique, visant à améliorer ou maintenir un ou plusieurs aspects de la condition physique.
Historiquement, nos ancêtres étaient plus actifs et avaient une dépense énergétique supérieure.
Aujourd'hui, moins d'activités professionnelles et récréatives impliquent un effort physique, conduisant à une diminution de la dépense énergétique.
II. Données épidémiologiques
1. Dans le monde
A. L'inactivité physique
Prévalence :
31% des adultes et 80% des adolescents ne respectent pas les niveaux d'activité physique recommandés.
Les proportions d'inactivité augmentent avec l'âge chez les adultes (18-44 ans, 45-69 ans, >70 ans), et sont plus importantes chez les femmes.
Chez les enfants, les filles sont surreprésentées dans le non-respect des recommandations, avec des taux plus élevés que chez les adultes, ce qui constitue un problème majeur de santé publique lié à la précocité de ce facteur de risque.
Coût économique : L'inactivité physique pourrait coûter environ 300 milliards de dollars aux systèmes de santé publics entre 2020 et 2030 en raison de ses répercussions sanitaires.
Disparités :
La prévalence des maladies non transmissibles attribuées à l'inactivité physique varie selon les niveaux de revenus des pays.
Les pays à revenus intermédiaires affichent des taux élevés (41%), tandis que les pays à très faibles revenus ont des taux plus bas (5%), et les pays à hauts revenus des taux encore alarmants (28-26%).
L'inactivité physique attribue des cas et des coûts importants pour des pathologies comme l'hypertension, le diabète de type 2, les maladies coronariennes, les AVC, les cancers, la dépression et la démence.
B. Un facteur de risque majeur des maladies non transmissibles
Définition (OMS) : Un facteur de risque est tout attribut, caractéristique ou exposition qui augmente la probabilité de développer une maladie ou de subir un traumatisme. Il doit avoir un effet propre et être dose-dépendant (plus la quantité est grande, plus l'effet est important).
L'inactivité physique est un facteur de risque majeur des maladies non transmissibles (MNT).
Au niveau mondial, la sédentarité est le quatrième facteur de risque de maladies et de décès, particulièrement dans les pays à revenus moyens et élevés. Dans les pays à faibles revenus, elle est en 8e position.
En France :
Les MNT constituent la majorité des principales causes de décès (maladies ischémiques, Alzheimer, AVC, cancers bronchopulmonaires, cancer du côlon/rectum, maladies pulmonaires obstructives, cancer du sein, cancer du pancréas).
En 2021, la COVID-19 était en deuxième position des causes de décès, mais ses facteurs de gravité sont souvent des MNT.
Les MNT représentent près de 79% de l'ensemble des causes de décès en France.
Exemples internationaux :
Danemark : Environ 88% des décès sont dus aux MNT.
Sénégal : Moins de MNT, mais les AVC et événements ischémiques cardiaques restent des causes majeures. Le diabète de type 2, un facteur de risque cardiovasculaire lié à l'inactivité physique, joue un rôle. La proportion de décès par MNT approche 50%.
Méta-analyse de Wilmot et al. (2012) : Une étude sur 800 000 sujets (18 études) a montré que des temps sédentaires élevés sont associés à des augmentations significatives du risque relatif de :
Diabète : +112%
Morbidité cardiovasculaire : +147%
Mortalité cardiovasculaire : +90%
Mortalité globale toutes causes confondues : +49%
III. Morbidité et mortalité évitables
Mortalité : Décès.
Morbidité : Survenue d'une pathologie.
La sédentarité, si elle n'est pas liée à une pathologie ou une incapacité, est un comportement "facilement" modifiable.
L'activité physique est un levier puissant pour la prévention des maladies non transmissibles et peut servir d'adjuvant thérapeutique.
IV. Activité physique ≠ Faire de l'exercice
1. Bienfaits de l'activité physique
L'activité physique, même d'intensité modérée, apporte des bienfaits pour la santé.
Pour une personne très sédentaire, même une légère augmentation de l'activité est déjà bénéfique.
Bienfaits directs :
Maintien ou développement des fonctions corporelles.
Ralentissement du déclin fonctionnel et cognitif.
Réduction des risques de maladies non transmissibles (cardiopathies coronariennes, AVC, HTA, diabète de type 2, cancer du côlon, cancer du sein, dépression).
Bienfaits indirects :
Bénéfices sociaux (notamment via l'activité physique collective).
Bénéfices économiques et environnementaux.
Effet dose-réponse : Une personne inactive qui augmente légèrement son activité physique obtiendra des bénéfices significatifs pour sa santé. Plus l'activité est élevée (modérée à très active), plus les bénéfices augmentent.
Défi sanitaire : L'évolution humaine a sélectionné des gènes adaptés à l'activité physique. Le mode de vie sédentaire actuel est trop rapide pour une adaptation génétique, entraînant des répercussions négatives sur la gestion de cette inactivité. Un déséquilibre entre les apports énergétiques et une faible dépense énergétique conduit à un excès de poids et de tissu adipeux, favorisant le développement de maladies métaboliques.
2. METS (Équivalents Métaboliques de l'Effort)
Les METs sont utilisés pour évaluer la dépense énergétique.
Définition : MET (Metabolic Equivalent of Task) = rapport du coût énergétique d'une activité à la dépense énergétique de repos.
1 MET : Dépense énergétique d'une personne assise au repos.
Formule : Dépense énergétique (kcal) = MET (kcal/kg/h) x Poids (kg) x Durée de l'activité (h).
Plus l'intensité de l'activité augmente, plus le nombre de METs est élevé.
Activité | METs |
Dormir | 0.9 |
Promenade lente (3 à 4 km/h) | 2 |
Stretching, Yoga | 2.5 |
Aquagym | 4 |
Cyclisme (effort léger) | 7 |
Course à pieds 8 km/h | 8 |
Cyclisme (effort modéré) | 8 |
Course à pieds 10 km/h | 10 |
Cyclisme (effort soutenu) | 12 |
Course à pied 12 km/h | 12 |
V. Politiques de lutte contre l'inégalité
La sédentarité étant un comportement modifiable, des politiques de santé publique visent à la réduire pour ses effets bénéfiques sur les pathologies, notamment les maladies non transmissibles.
1. Recommandations de l'OMS
56% des États Membres de l'OMS ont adopté des politiques de lutte contre la sédentarité.
L'objectif des États Membres est de réduire la sédentarité de 10% d'ici 2025.
Recommandations par tranches d'âge :
Tranche d'âge | Niveau d'activité | Recommandation |
Enfants de 5 à 17 ans | Niveau de base | Au moins 60 minutes quotidiennes d'activité physique d'intensité modérée à forte. |
Bienfaits supplémentaires | Plus de 60 minutes/jour d'activité physique. | |
Encore plus | Activités de renforcement musculaire et osseux au moins 3 fois par semaine (exercice physique). | |
Adultes de 18 à 64 ans | Niveau de base | 150 minutes d'activité physique d'intensité modérée / semaine OU 75 minutes d'activité physique de forte intensité / semaine OU une combinaison équivalente. |
Bienfaits supplémentaires | Plus de 300 minutes/semaine d'activité d'intensité modérée ou l'équivalent. | |
Encore plus | Activités de renforcement musculaire des principaux groupes de muscles 2 jours/semaine ou plus. | |
Adultes de 65 ans et plus | Niveau de base | 150 minutes d'activité physique d'intensité modérée / semaine OU 75 minutes d'activité physique de forte intensité / semaine OU une combinaison équivalente. |
Bienfaits supplémentaires | Plus de 300 minutes/semaine d'activité d'intensité modérée ou l'équivalent. | |
Encore plus | Activités de renforcement musculaire des principaux groupes de muscles 2 fois/semaine ou plus. | |
Personnes à mobilité réduite | Activité physique pour améliorer l'équilibre et prévenir les chutes 3 jours/semaine ou plus. |
Il existe des bénéfices à aller jusqu'à l'exercice physique, sans tomber dans les extrêmes.
2. Politiques nationales et programmes en France
La loi de modernisation de notre système de santé de 2016 a un volet de lutte contre la sédentarité, visant à favoriser le développement de la pratique régulière d'activités physiques et sportives à tous les âges.
Plusieurs plans nationaux intègrent la promotion de l'activité physique :
Programme National Nutrition Santé (PNNS 2001-2021, et reconduit pour 2019-2023).
Prise en charge de l'obésité (2019-2022).
Plan cancer (2009-2019) : inclut l'activité physique comme adjuvant thérapeutique.
Plan national santé environnement (PNSE 2009-2019) et Plan particules.
Plan maladies chroniques (2007-2011).
Plan vieillir en bonne santé (2020-2022).
Stratégie Nationale Sport Santé (2019-2024).
Ces plans sont coordonnés et pluriannuels, soumis à évaluation.
A. Stratégie nationale de santé 2018-2022
Elle a renforcé l'importance de l'activité physique.
Axe principal : Promotion de la santé et prévention à tous les âges et dans tous les milieux.
Objectifs :
Promouvoir une activité physique régulière (prévention primaire des MNT).
Encourager la pratique à tous les âges (développement de l'offre, aménagements publics).
Lutter contre les comportements sédentaires quotidiens.
Accompagner le déploiement de l'activité physique adaptée (APA) prescrite pour certaines pathologies (ex : cancers).
B. Exemple de recommandation de la HAS :
La Haute Autorité de Santé (HAS) est un organisme public indépendant à caractère scientifique créé en 2004, qui accompagne la décision publique et les professionnels de santé, et promeut les bonnes pratiques auprès du public.
Recommandations (2018) pour l'organisation de parcours de promotion, consultation et prescription médicale d'activité physique et sportive pour la santé.
Populations ciblées : Personnes en surpoids ou obésité, diabète de type 2, bronchopneumopathie obstructive (BPCO), hypertension artérielle, maladies coronariennes stables, ou ayant eu un AVC.
L'objectif est de proposer des parcours de soins aux professionnels de santé pour ces patients.
Bénéfice : Augmenter l'intensité de l'activité physique est bénéfique, que ce soit pour les patients chroniques ou la population générale.
Processus de prescription (HAS) :
Évaluation médicale minimale : Vérifier l'absence de contre-indications.
Indication ciblée : Adapter la prescription en fonction des risques et pathologies (pour patients chroniques, via consultation médicale spécifique). Pour la population générale, lors de consultation diagnostique si besoin.
Tests complémentaires : Tests d'effort, ECG de repos, selon les recommandations et pathologies.
Prescription individualisée : Réduction du temps sédentaire (toujours), activité physique quotidienne, exercice physique si possible, activité sportive choisie avec le patient. Programmes d'activité physique adaptée (APA) si indiqué, ou sport plus intense si pertinent.
3. Stratégie nationale de santé 2023 - 2033
Cette stratégie, proposée par le Haut Conseil à la Santé Publique, est en consultation.
Elle continuera de cibler les problèmes majeurs de santé publique, la promotion de la santé et la prévention, en se concentrant sur les déterminants de la santé, dont l'activité physique fait partie.
VI. Conclusion
La maîtrise des comportements liés à la sédentarité est essentielle et repose sur la promotion de la santé, qui nécessite la coopération de la population générale et des patients.
VII. Addictions
Ces notes ont pour objectif d'expliquer les addictions et leurs conséquences.
1. Définitions addictions
Du latin «ad/dicere» signifiant «s'adonner à», addictus désignait l'esclave pour dette, reflétant une absence d'indépendance.
Conduite caractérisée par une envie répétée et irrépressible d'un comportement ou d'un produit, malgré les efforts pour s'y soustraire.
Entraîne des conséquences négatives (physiques, psychiques, familiales, professionnelles, sociales).
Addictions comportementales (sans produits)
Anorexie/Boulimie.
Jeu (reconnu par l'OMS en juin 2018).
Sport, achat, sexe, internet.
Addictions aux substances psychoactives
Psychotrope: Produit agissant sur le système nerveux central, modifiant les fonctions psychiques, perceptions, sensations, humeur, conscience et/ou comportement.
Exemples: Tabac, alcool, médicaments détournés (poppers, solvants), drogues illicites (cannabis, cocaïne, ecstasy...).
La liste est régulièrement actualisée (ex: protoxyde d'azote, drogues de synthèse).
2. Les substances psychoactives
A. Modes de classification
Classifications évolutives et non toujours mutuellement exclusives.
B. Selon leurs effets sur le système nerveux central (Pelicier et Thuillier, 1991)
Dépresseurs: Ralentissent le fonctionnement du système nerveux central.
Ex: Alcool, barbituriques, benzodiazépines, neuroleptiques, analgésiques.
Stimulants:
Ex: Café, nicotine, amphétamines, ecstasy, anxiogènes, cocaïne, stimulants de l'humeur, antidépresseurs.
Perturbateurs: Perturbent la perception de la réalité.
Ex: Cannabis, solvants, hallucinogènes.
C. Selon leur dangerosité sanitaire et sociale (Rapport du Professeur Roques, 1998)
Catégorie | Niveau | Substances |
Dépendance physique | Très forte | Héroïne, alcool |
Faible ou très faible | Cocaïne, cannabis, ecstasy, psychostimulants | |
Dépendance psychique | Très forte | Héroïne, alcool, tabac |
Forte mais intermittente | Cocaïne, benzodiazépine | |
Faible | Cannabis | |
Neurotoxicité | Très forte | Ecstasy |
Faible | Héroïne | |
Toxicité générale | Très forte | Tabac |
Forte | Héroïne, psychostimulants, alcool, cocaïne | |
Dangerosité sociale | Très forte | Héroïne, cocaïne |
Cancer | Tabac (pathologies consécutives) |
Pouvoir addictif: Proportion de personnes dépendantes parmi les consommateurs.
Le tabac est la substance la plus addictive (32% des consommateurs sont dépendants).
D. Selon leur statut
Substances illicites: Cannabis (débat récent), cocaïne, héroïne, ecstasy, etc.
Substances licites: Vente contrôlée et consommation réglementée.
Ex: Tabac, alcool.
Médicaments psychoactifs: Soumis à prescription médicale, production et délivrance contrôlées, peuvent faire l'objet d'un usage détourné.
Ex: Anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques.
Ces classifications évoluent selon la législation et les pays.
3. Usages > Abus > Dépendance
Non-usage: Absence de consommation.
Pyramide de Skinner: Continuum des comportements d'usage, progressant en gravité et en dommages.
Usages simples
Usage social, expérimental, occasionnel, récréatif, festif, régulier mais modéré.
Le risque n'est pas nul, mais considéré comme "acceptable".
Dépend de la culture et de la période (ex: alcool en France: maximum deux verres par jour et pas tous les jours; pas plus de 10 verres standards par semaine avec des jours d'abstinence).
Usages à risque
Absence de dommages médicaux, psychologiques ou sociaux immédiats, mais potentiellement à court, moyen ou long terme.
Le consommateur est à risque.
Aigu: Usage ponctuel.
Chronique: Usage régulier.
Quantitatif: Consommation régulièrement excessive.
Situationnel: Conduite de véhicule, travail sur machine dangereuse, grossesse, situations exigeant vigilance.
Problématique si abus et répétition, impliquant des risques sanitaires et sociaux. La question de la réversibilité des dommages se pose.
Usages nocifs
Apparition de dommages sanitaires ou sociaux, sans répondre encore aux critères de la dépendance. Il est plus facile de revenir en arrière sans aide à ce stade.
Le consommateur est dit "à problèmes".
Dépendance
Progression de la consommation, symptômes physiques et psychiques, impossibilité de s'abstenir, manque au sevrage.
Le consommateur est dépendant, défini par la perte de maîtrise de la consommation, et non par la quantité consommée.
Dépendance psychique: Pulsion à consommer (craving = compulsion incontrôlable).
Dépendance physique: Syndrome de sevrage à l'arrêt brutal.
Tolérance au produit: Nécessité d'augmenter la dose pour obtenir les mêmes effets, pouvant mener à l'overdose.
À ce stade (usages nocifs, dépendance), un accompagnement est nécessaire, un arrêt total autonome est rare.
4. Processus menant à l'addiction (triade)
Déséquilibre du fonctionnement neurobiologique suite à une consommation régulière.
Processus plurifactoriels (non univoques) impliquant :
1. L'individu
Mécanismes: Génétique, neurobiologie.
Personnalité/Tempérament: Recherche de sensations, faible évitement du danger, faible capacités attentionnelles, forte réactivité émotionnelle, faible estime de soi, difficultés relationnelles et de gestion du stress.
Maladies psychiatriques.
Événements de vie.
Vulnérabilité ou résilience: Capacité à retrouver un état stable après un choc.
Modalités de consommation: Précocité, auto-thérapeutique, recherche d'ivresse, poly-consommation, répétition.
2. L'environnement
Facteurs démographiques, socioculturels, éducatifs: L'acceptation de certaines SPA varie (ex: alcool).
Situations: Macrosociale (crise), microsociale (chômage).
Entourage: Social, familial.
Exposition précoce au produit.
Politiques de promotion de la santé, de prévention et de soin.
3. Le produit
Risque de dépendance.
Risque de complications: Somatiques, psychologiques, sociales (alcool > cocaïne > cannabis).
Statut social du produit.
La prolifération de l'offre peut favoriser l'entrée dans les comportements addictifs.
La synergie de ces trois facteurs détermine l'initiation, la consommation, l'usage nocif et la dépendance.
5. Épidémiologie descriptive (OFDT)
L'OFDT (Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives) collecte des données via diverses enquêtes :
Baromètre santé (connaissances, attitudes, comportements).
ESCAPAD (Enquête sur la Santé et les Consommations lors d'Appel de Préparation à la Défense) auprès des 17 ans.
EnCLASS (Enquête nationale en Collèges et en Lycées chez les Adolescents sur la Santé et les Substances).
Expérimentation: Personne ayant consommé au moins une fois une substance psychoactive (11-75 ans).
Usagers dans l'année.
Usagers réguliers: Consommation 10 fois ou plus au cours des 30 derniers jours.
Usagers quotidiens: Consommation au moins 3 fois par semaine.
1. L'alcool
Substance psychoactive la plus consommée en France.
47 millions d'expérimentateurs.
43 millions d'usagers dans l'année.
9 millions d'usagers réguliers.
5 millions d'usagers quotidiens.
Consommation dans l'année (2017) :
86,5% des adultes (18-75 ans).
77,7% à 17 ans.
Usage quotidien (2017) :
10% des adultes (18-75 ans).
15,2% des hommes, 5,1% des femmes.
8,4% des adolescents (17 ans).
12% des garçons, 4,6% des filles.
Évolution des consommations :
Baisse de la consommation quotidienne depuis les années 60 (vins de table).
Baisse très lente de la bière.
Stabilité des spiritueux.
Alcoolisations ponctuelles importantes (API) :
5 verres ou plus en une seule occasion (17 ans).
6 verres ou plus (18-75 ans).
Concernait 16,2% des 18-75 ans et 44% des 17 ans en 2017.
2. Le tabac
37 millions d'expérimentateurs.
15 millions d'usagers dans l'année.
12 millions d'usagers quotidiens.
Fumeurs quotidiens :
25,5% des 18-75 ans en 2020 (majorité d'hommes).
25,1% des 17 ans en 2017 (majorité de garçons).
49,9% des 17 ans ont expérimenté la chicha.
29,9% des fumeurs quotidiens adultes ont tenté d'arrêter au moins une semaine en 2020.
Évolution : Baisse importante entre 2016 et 2019. En 2022, 31,8% des 18-75 ans étaient fumeurs, dont 24,5% quotidiens. La baisse n'a pas été maintenue après 2019.
Impact des déterminants sociaux :
Diplôme : Plus faible chez les diplômés du supérieur, plus élevée chez les non-diplômés (avec une diminution moins marquée dans ce groupe).
Revenu : Plus élevée dans le premier tercile (faibles revenus), plus faible dans le troisième tercile (revenus élevés).
Situation professionnelle : Plus élevée chez les chômeurs, intermédiaire chez les actifs, plus faible chez les étudiants.
3. Les drogues illicites
Généralités : Bien que la consommation soit marginale, les expérimentations augmentent. Les sous-déclarations sont probables pour les substances comme la cocaïne, l'ecstasy et l'héroïne.
A. Le cannabis
Produit illicite le plus consommé en France.
18 millions d'expérimentateurs.
5 millions de consommateurs dans l'année.
1,3 millions d'usagers réguliers.
850 000 usagers quotidiens.
Adultes (18-64 ans) :
46% ont expérimenté.
11% sont des usagers dans l'année.
Adolescents (17 ans) :
Diminution de l'usage régulier depuis 2000, avec des taux plus élevés chez les garçons.
Évolution (18-64 ans) : Augmentation nette de l'usage. La consommation au moins une fois dans les 12 derniers mois est passée de 4,4% à 11% en 25 ans, avec des fluctuations.
B. Les autres produits
Expérimentation :
Cocaïne: 2,1 millions de personnes.
Ecstasy: 1,9 millions.
Héroïne: 500 000.
Le taux d'usagers sur les 12 derniers mois de l'héroïne est stable, contrairement à l'ecstasy, la cocaïne et les autres drogues illicites qui augmentent.
6. Conséquences des addictions
Les addictions entraînent des conséquences sanitaires et sociales.
1. Les conséquences médicales et sanitaires
Complications :
Somatiques : Toxicité chronique, spécifique ou multifactorielle.
Neuropsychiatriques : Psychoses, anxiétés, délires, dépressions, diminution des capacités d'apprentissage.
Toxicité aiguë : Surdose.
Secondaires : Liées aux conditions d'utilisation, violences, prises de risque (risques infectieux, mortalité accidentelle).
A. Concernant l'alcool
Selon le BEH (2015), 41 080 décès étaient attribuables à l'alcool (7,2% des décès en France), majoritairement des cancers et maladies cardiovasculaires.
Surmortalité chez les hommes (10% des décès, 30 000) par rapport aux femmes (3% des décès, 11 000).
L'alcool est la 1ère cause de mortalité évitable.
Causes spécifiques :
2020: 2 400 accidents mortels sur la route.
2015: 16 000 décès par cancers ; 9 000 décès par MCV ; 800 décès par maladies digestives.
B. Concernant le tabac
1er facteur de risque de cancer évitable, lié à 17 types de cancers (20% des cancers en France).
75 000 décès en 2015 (13% des décès).
Une étude prospective (Doll et Hill, 1994) sur 40 ans a montré que 50% des fumeurs réguliers meurent de maladies liées au tabac.
Pathologies principales : Cancers bronchopulmonaires (35%), cancers des voies aéro-digestives supérieures, maladies respiratoires, maladies cardiovasculaires.
Disparités régionales des décès attribuables au tabac (2015) :
Moyenne nationale : 13% (19,3% hommes, 6,9% femmes).
Guadeloupe : 3,7% (le plus bas).
Hauts-de-France : 14,5%.
Grand Est : 14,7%.
Corse : 15,5% (le plus important).
C. Concernant les drogues illicites
Cannabis : Pas de décès par intoxication aiguë (surdose). La toxicité est encore débattue. Un conducteur positif au cannabis a 1,65 fois plus de risque d'être responsable d'un accident mortel.
Autres produits :
2016: 36 décès de personnes atteintes du sida parmi les usagers de drogues injectables.
2017: 22% des décès par sida chez les usagers de drogues.
2016: 463 décès par surdose.
Entre septembre et décembre 2020, 27 300 amendes forfaitaires délictuelles pour stupéfiants ont été émises, dont 98% pour le cannabis, suggérant une sous-déclaration de la consommation réelle.
2. Les conséquences sociales
Désinsertion/exclusion sociale, professionnelle, scolaire.
Perte de revenus.
Délinquance et incivilités, violences accidentelles et volontaires.
Infractions liées à l'usage et au trafic de stupéfiants.
Délits routiers aggravés (ex: un conducteur en état d'alcoolémie au-delà du seuil légal a 18 fois plus de risque).
En 2013, 208 325 faits de délinquance liés aux drogues ont été constatés (augmentation de 17% sur 5 ans).
7. Politiques de prévention et de prise en charge
Les problématiques sanitaires et sociales des addictions nécessitent des politiques de prévention et de prise en charge du mésusage (usage à risque et dépendance).
1. Actions
Actions environnementales pour la prévention (primaire) : Ciblent la consommation (jeunes) et la dépendance.
Réduction des risques chez les consommateurs : Produits de substitution, mise à disposition de seringues.
Prise en charge du sevrage : Accompagnement médico-psycho-social, gestion des conséquences.
2. Législation française
Régulation des drogues licites :
Loi Veil (1976) : Lutte contre le tabagisme (publicité, interdiction de fumer dans certains lieux, mention d'abus dangereux). A stabilisé la consommation de tabac.
Loi Évin (1991) : Contre l'alcoolisme et le tabagisme, a modifié les normes sociales et induit une baisse de consommation.
Actions: Réduction de l'accessibilité, protection des mineurs, actions éducatives, interdiction de fumer dans les lieux publics, mesures de sécurité routière, limitation de la promotion.
Répression des drogues illicites : Injonctions thérapeutiques.
3. Stratégie interministérielle de mobilisation contre les conduites addictives (SMICA 2023-2027)
Élaborée par la MIDELCA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), créée en 1982 et placée sous l'autorité du Premier Ministre.
Coordonne les actions du gouvernement dans la lutte contre les addictions.
Vise l'éducation à la santé et le développement des compétences psychosociales.
6 axes principaux : Feuille de route nationale déployée régionalement.
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