Rôle des firmes et États dans la mondialisation
27 cardsStratégies des firmes multinationales, différenciation des produits, économies d'échelle, et rôle des États dans l'attractivité territoriale.
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Chapitre 4.2 : Le rôle des firmes et des États dans la mondialisation
Ce chapitre explore comment les firmes et les États influencent la mondialisation, en se focalisant sur les stratégies des entreprises multinationales, la fragmentation de la chaîne de valeur et l'impact du commerce international.
1. Les stratégies des Firmes dans la mondialisation
1.1. Définition : Firme Multinationale (FMN)
Une FMN est une entreprise possédant au moins une unité de production à l'étranger.
Elle répartit sa production dans plusieurs pays via des filiales dépendant d'une société mère.
Exemples : Total, Engie, Airbus, L'Oréal.
1.2. Flux intrabranches entre pays comparables
La DIT traditionnelle expliquait le commerce interbranche (ex: Nord exporte voitures, Sud exporte café).
Comment expliquer les flux intrabranches (produits similaires) entre pays comparables (même niveau de développement) ?
Réponse : Les firmes construisent leurs avantages comparatifs par la différenciation et les économies d'échelle.
Exemple : Un Français achète une voiture allemande, et inversement. Les marques sont différentes (BMW vs Renault) pour différents segments de clientèle.
1.3. Les nouvelles théories du commerce mondial
Les théories de Ricardo ne prédisent pas le commerce entre pays similaires échangeant des produits différenciés.
Échanges intrabranches : Produits issus d'une même branche d'activité (ex: voitures contre voitures).
Échanges interbranches : Produits issus de branches d'activité différentes (ex: voitures contre café).
Économies d'échelle : Baisse du coût moyen par unité quand la quantité produite augmente.
Exemple : Une machine coûtant 100€ pour 10 boîtes produit à 10€/boîte ; pour 100 boîtes, c'est 1€/boîte.
Les firmes se spécialisent pour augmenter les quantités, réaliser des économies d'échelle et réduire les coûts.
1.4. Différenciation des produits
Stratégie de différenciation : Distinguer un produit de celui des concurrents.
Elle joue sur : le produit lui-même et le mode de consommation.
Types :
Différenciation verticale : Joue sur la gamme (qualité et prix) pour cibler un segment de clientèle.
Différenciation horizontale : Joue sur les attributs du produit (couleur, emballage, matériau, service après-vente, réputation).
Exemple : Le commerce intrabranche de lessives varie par innovation et différenciation.
2. Les stratégies de production des FMN
2.1. Qu'est-ce que l'internationalisation de la chaîne de valeur ?
Chaîne de valeur : Fractionnement des étapes de production dans différents pays pour réduire les coûts et améliorer le rapport qualité/prix.
Chaque étape ajoute de la valeur au produit.
Valeur ajoutée : Création de richesse par l'entreprise (Chiffre d'Affaires - Consommations Intermédiaires).
2.2. Contexte et facteurs favorisant les chaînes de valeur mondiales
Baisse des coûts de transport et de communication.
Progrès technologiques (satellite, informatique, conteneurisation).
Libéralisation des échanges (diminution des droits de douane).
Accès aux marchés étrangers, aux connaissances et à la main-d'œuvre.
2.3. Processus et modalités
Investissements Directs à l'Étranger (IDE) :
Acquisition d'une entreprise locale ou implantation.
Les capitaux à long terme (au moins 10% de la valeur de l'entreprise) sont des IDE, distincts des placements à court terme.
Exemple : Le groupe Atlantic utilise les IDE pour l'accès au marché et au savoir-faire.
Fragmentation de la chaîne de valeur :
Les FMN décident où produire (domestique ou étranger) et comment (interne ou sous-traitance).
Ce croisement mène à des options d'internalisation (produire en interne) ou d'externalisation (faire produire par des tiers).
2.4. La courbe du sourire
La courbe du sourire représente l'évolution de la valeur ajoutée le long des différentes phases de production.
Les activités immatérielles (conception, R&D, marketing, vente) génèrent plus de valeur ajoutée
Les activités matérielles (production, assemblage) génèrent moins de valeur ajoutée
Exemple : Un téléphone coûtant 200€ à fabriquer est vendu 1000€. La conception et la vente rapportent plus que la production.
Apple ne fabrique plus ses téléphones directement car l'assemblage est devenu le moins rentable.
2.5. Conséquences sur le volume et la nature du commerce
Commerce intrabranche : Échanges internationaux de biens d'une même branche.
Trois formes :
Horizontal : Échange de produits similaires mais différenciés par variété (marque, design). Ex : voitures françaises vs allemandes.
Vertical : Échange de produits similaires mais de qualités et prix différents (gamme). Ex : produits haut de gamme vs moindre qualité.
Spécialisation verticale de la production : Échange de produits similaires à différents stades (pièces détachées exportées, produits assemblés importés).
Explications :
Économies d'échelle : Production en grande quantité à moindre coût.
Différenciation des produits : Réponse au désir de diversité des consommateurs.
Similitude des dotations factorielles : Pays développés échangent davantage de produits comparables.
Avantages comparatifs dans les chaînes de valeur : Main-d'œuvre qualifiée pour R&D dans pays développés, peu qualifiée pour assemblage ailleurs.
3. Les États œuvrent à l'attractivité de leur territoire
3.1. Prérequis : le taux de change
Le taux de change est le prix d'une devise par rapport à une autre sur le marché des changes.
Les variations dépendent de l'offre et de la demande.
3.2. Compétitivité
Compétitivité : Capacité des entreprises à faire face à la concurrence.
Compétitivité-prix : Capacité à offrir des produits à un prix inférieur à celui des concurrents (liée à la productivité, aux coûts de production et au taux de change).
Compétitivité hors-prix : Capacité à vendre des produits grâce à leur qualité, leur innovation, leur image de marque (liée à la R&D, au design, au service).
3.3. De la productivité des firmes à la productivité d'un territoire
Productivité : Mesure l'efficacité des facteurs de production.
Les entreprises exportatrices sont plus grandes, plus productives, plus intensives en capital et travail qualifié.
L'État favorise le capital humain (éducation, santé) et les infrastructures pour la communication et le transport.
Exemple : En Corée du Sud, l'État a initié la stratégie de remontée des filières pour développer l'économie.
4. Quels sont les effets du commerce international ?
4.1. Conséquence : la polarisation des échanges
Le commerce se concentre entre les zones de développement similaire (Triade : Amérique du Nord, Europe, Asie).
Ces pôles dominent en volume de marchandises et en valeur ajoutée.
L'Afrique et l'Amérique du Sud sont souvent laissées de côté.
Les IDE sont parfois en baisse, posant la question d'une "démondialisation".
La mondialisation est souvent perçue comme un processus fait pour et par les pays riches.
4.2. Le dumping
Les États peuvent recourir au dumping pour attirer les investisseurs et renforcer l'attractivité de leur territoire.
Dumping social : Réduire les coûts en profitant de salaires bas et de mauvaises conditions de travail.
Dumping fiscal : Attirer les activités économiques grâce à une fiscalité faible. Ex : Irlande.
Dumping environnemental : Avoir des normes environnementales faibles ou inexistantes.
Dumping monétaire : Dévaluer volontairement sa monnaie pour rendre les exportations moins chères. Ex : Chine avec le Yuan.
Le dumping se fait au détriment de la population (salariés, environnement, fiscalité) ou d'autres pays.
4.3. Les effets sur les populations et les prix
Baisse des prix :
La délocalisation de la production vers l'Asie a réduit les prix.
Les produits manufacturés (électroménager, vêtements) sont plus accessibles, améliorant le confort de vie.
Cet effet est positif pour le pouvoir d'achat mais a un coût environnemental.
Effets divergents sur les inégalités :
Inégalités entre pays :
Baisse pour les pays ayant pu participer à la mondialisation.
Persistance pour les pays non intégrés, bien que l'extrême pauvreté diminue plus lentement.
Inégalités au sein des pays :
Dans les pays développés : Augmentation (classes moyennes et ouvrières touchées par le chômage ou la pression salariale, richesse concentrée dans la finance et la Tech).
Cependant, la redistribution (impôts, protection sociale) peut en réduire l'ampleur (ex : Allemagne, France).
Dans les pays en développement : Diminution des inégalités par la constitution de classes moyennes grâce aux IDE et à la création d'emplois stables.
La "courbe de l'éléphant" (Branco Milanovic) montre les gagnants et les perdants de la mondialisation en termes de revenus.
4.4. Libre-échange ou protectionnisme ?
Protectionnisme : Entraves aux échanges (inverse du libéralisme).
Mesures : droits de douane, normes sanitaires ou de sécurité, quotas.
Objectifs : protéger l'économie nationale, les emplois locaux, limiter le transport, générer des recettes fiscales.
Inconvénients : Réduction des gains de productivité, manque d'innovation dû à l'absence de concurrence, risque d'appauvrissement mondial.
Libre-échange : Politique visant à limiter ou démanteler les mesures protectionnistes.
Avantages : Favorise la croissance économique mondiale, améliore le niveau de vie et réduit la pauvreté.
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