Psychologie des émotions et expressions faciales
No cardsCe document explore la psychologie des émotions, incluant les théories de Darwin, James, et Scherer, ainsi que l'expression faciale des émotions et leur universalité culturelle.
Introduction à la Psychologie des Émotions
La psychologie des émotions est un vaste domaine de recherche qui explore comment les émotions influencent nos comportements et nos expressions. Il est complexe de saisir toutes les facettes des émotions, de leurs manifestations variées aux différences individuelles dans leur expression.
Les émotions peuvent être gérées, mais leur gestion dépend du contexte interne (pensées, état corporel) et externe (environnement). Souvent, elles s'accompagnent de réactions physiologiques intenses, comme un cœur qui bat vite ou une transpiration, qui peuvent être mesurées objectivement.
Il est possible de ressentir plusieurs émotions simultanément, et le processus émotionnel est souvent très rapide. Les pensées influencent également les émotions : les pensées négatives génèrent des émotions négatives, et vice versa. Les émotions ont une valence, pouvant être positives (joie, calme) ou négatives (tristesse, colère).
Les émotions agissent à la fois comme déclencheurs de comportements (expressions corporelles, faciales) et comme réponses à des événements extérieurs. Comprendre cette dualité est essentiel pour appréhender le phénomène émotionnel.
L'étude des émotions a oscillé entre des approches biologiques et cognitives (liées à la pensée), toutes deux nécessaires pour une compréhension complète.
I. Pionniers et Théories Historiques
1. Charles Darwin (1809 – 1882) : L'Origine et l'Expression des Émotions
Naturaliste anglais et père de la théorie de l'évolution, Darwin s'est intéressé à l'adaptation des espèces à leur environnement, incluant les émotions.
1.1. Méthodologie et Observations
- Voyages et Observations Interculturelles: Il a observé divers peuples et animaux, notant systématiquement leurs comportements et expressions, utilisant photos et schémas.
- Observations Personnelles: Il a étudié les comportements de ses dix enfants, traçant l'évolution de leurs expressions émotionnelles.
1.2. Thèse de l'Évolution et des Fonctions Adaptatives des Émotions
- Les espèces évoluent pour s'adapter à leur environnement. Les comportements non utiles disparaissent par sélection naturelle.
- Exemple: Un enfant en colère crie, un adulte exprime sa colère par des contractions musculaires ou le langage.
- Ses idées sur la descendance de l'homme à partir d'un ancêtre commun avec les singes ont défié les dogmes religieux de son temps.
1.3. Approche Expérimentale
- Il a collaboré avec des missionnaires, utilisant questionnaires et photos pour étudier l'expression des émotions dans différentes cultures.
- Ses conclusions suggèrent l'universalité et l'héritage évolutif des expressions émotionnelles, ainsi que leur valeur adaptative.
1.4. Influences
- Inspiré par Charles Bell (anatomiste écossais) qui pensait que les expressions faciales étaient un dessein divin.
- Darwin a réfuté cette idée, affirmant que les expressions sont le produit de l'évolution.
1.5. Ouvrages Majeurs
- The Origin of Species (1859): Description de la théorie de l'évolution.
- The Expression of Emotions in Man and Animals (1872): Analyse des expressions émotionnelles chez l'homme et l'animal, illustrée par des photos de ses enfants et de patients.
1.6. Apports Clés
- Lien Émotion-Corps: Association des parties du corps à des émotions spécifiques (ex: tristesse et traits du visage affaissés, mépris et rehaussement du nez).
- Expressions Innnées et Évolutives: Les émotions sont innées, présentes dès la naissance, et évoluent avec le développement. Elles sont biologiquement programmées, expliquant leur universalité.
- Exemples d'Adaptation: Le pleur du nourrisson (survie), la surprise (levée des sourcils pour mieux observer).
- Phylogenèse et Ontogenèse: Les émotions sont héritées du passé de l'espèce (phylogenèse, ex: montrer les dents) et de l'individu (ontogenèse, ex: sourire du bébé).
- Catégories d'Émotions: Émotions regroupées en catégories limitées, avec des expressions et des fonctions adaptatives spécifiques (ex: peur pour la fuite).
- Activation Musculaire: Chaque émotion active des muscles faciaux spécifiques (ex: joie-muscle zygomatique).
- Communication Sociale: Les expressions communiquent notre état interne aux autres, facilitant l'interaction sociale.
2. Thèses Ultérieures de Darwin
- Universalité de l'Expression: Les expressions émotionnelles sont universelles, comprises au-delà des cultures, car elles sont un héritage évolutif.
- Impact de l'Expression sur l'Expérience Subjective (Feedback Facial): L'expression faciale peut influencer ce que l'on ressent (ex: sourire peut intensifier la joie).
- Double Rôle des Émotions: Les émotions sont un héritage primitif et peuvent parfois entraver la rationalité (ex: colère). Cependant, elles ont un rôle positif pour motiver les actions, se connecter aux valeurs et comprendre les pensées.
3. William James (1842 – 1910) : Les Sensations Corporelles
Philosophe et psychologue américain, James a souligné le rôle central du corps dans l'émotion.
- Idée Centrale: L'émotion est intrinsèquement liée aux modifications corporelles (respiration, rythme cardiaque).
- Inversion de la Séquence Émotionnelle: Contrairement à la vision classique (Émotion → Sentiment → Réactions Corporelles), James propose: Réactions Corporelles → Perception de ces Réactions → Émotion (sentiment).
- Exemple: On ne se sent pas anxieux et le cœur s'accélère, mais on ressent l'anxiété parce qu'on perçoit le cœur battre vite.
- Origine Corporelle de l'Émotion: L'émotion naît des sensations physiologiques (activation du système nerveux autonome et des muscles).
- Théorie James-Lange: Développée en parallèle avec Carl Lange.
4. Sigmund Freud (1856–1939) : Le Corps et l'Esprit
Fondateur de la psychanalyse, Freud a mis en lumière l'interdépendance du corps et de l'esprit.
- Lien Corps-Esprit: Les émotions intenses, surtout traumatiques, laissent des traces psychiques.
- L'élaboration Mentale: La cure psychanalytique vise à mettre en mots les émotions refoulées pour en réduire l'impact négatif.
4.1. Vignette Clinique : Le Cas de Katharina
L'histoire de Katharina illustre la complexité des états émotionnels et leurs liens avec le corps et le subjectif. Katharina souffrait d'attaques de panique (suffocation, bourdonnements, vertiges) sans objet clair de peur, perçues comme des perturbations corporelles intenses.
Freud a révélé que ces attaques étaient liées à un traumatisme refoulé : des tentatives d'abus par son oncle, réactivées par une scène qu'elle a vue entre lui et sa cousine. Son corps exprimait l'émotion (dégoût, peur) avant que son esprit ne comprenne. Une fois l'événement mis en mots, Katharina a ressenti un soulagement, son visage s'est transformé.
- L'inconscient et les Symptômes Corporels: Les émotions non comprises ou refoulées peuvent se manifester par des symptômes physiques.
- Importance de la Compréhension: L'élaboration émotionnelle en thérapie permet de transformer la panique en compréhension.
- Complexité des Émotions: Les émotions ne sont pas toujours appropriées ou comprises; elles peuvent être intenses et nécessitent parfois un accompagnement thérapeutique.
5. Les Philosophes Grecs : Platon et Aristote
5.1. Platon (Avant Aristote)
- Conception Négative des Passions: Pour Platon, les émotions (appelées "passions") pervertissent la raison et doivent être contrôlées.
5.2. Aristote (Post-Platon)
- Vision plus Optimiste: L'homme a un certain contrôle sur ses émotions, qui ne sont pas purement perturbatrices.
- Manifestations Biologiques: Premier à lier l'esprit et le corps dans l'expérience émotionnelle.
- Construction de l'Univers Émotionnel:
- Implique les croyances et les préférences personnelles.
- Exemple: La peur dans une rue sombre dépend de la croyance sur la sécurité du quartier.
- Valence Émotionnelle: Distinction entre émotions à valence positive (joie) et négative (tristesse).
- Besoin d'Action (Tendance à l'Action): Les émotions impliquent un besoin d'action et une préparation corporelle (ex: peur → fuite, joie → sourire). La mobilisation du corps accompagne l'expérience émotionnelle. Ces réactions physiologiques automatiques échappent au contrôle volontaire.
- Influence sur le Jugement: L'état émotionnel affecte le jugement et l'analyse d'une situation, influençant les comportements (ex: bonne humeur → gentillesse).
6. René Descartes (1596-1650) : La Dualité Corps-Esprit
Philosophe français, il a publié "Des passions de l'âme" (1649), défendant le dualisme.
- Dualité Corps-Esprit: Les émotions résident dans la partie pensante de l'âme (esprit), le corps étant à part. Les animaux, sans âme, seraient donc dépourvus d'émotions.
- Perturbation de la Raison: Comme Darwin, il croyait que l'émotion perturbe le jugement rationnel.
- Valence de la Situation: La colère, par exemple, peut être positive si elle pousse au dépassement.
- Liste d'Émotions Fondamentales: Admiration, amour, haine, désir, joie, tristesse (similaire à Darwin).
- Concepts Clés Tirés de ses Écrits:
- Tendance à l'Action: Les passions incitent l'âme à vouloir les choses pour lesquelles le corps se prépare (ex: peur → fuir).
- Processus Cognitifs Sous-jacents: L'émotion (ex: admiration) implique des processus cognitifs qui informent sur les préférences et ce qui mérite attention.
- Régulation des Émotions: La volonté peut contrôler et maîtriser les passions, bien que les plus violentes y échappent partiellement.
- Consolidation de la Mémoire: Les émotions fortifient et prolongent les pensées importantes, consolidant la trace mnésique.
- Rétablissement du Lien: Freud rétablira plus tard la connexion corps-esprit.
II. L'Émergence d'une Vision Biologique des Émotions
1. Le Rôle du Cerveau : Damasio et Hess
Les deux auteurs ont examiné les liens entre les structures cérébrales et les processus émotionnels.
1.1. Damasio (Études sur les Lésions Cérébrales)
- Témoignage de Phineas Gage (1848): Une lésion cérébrale accidentelle (cortex cérébral) a entraîné un changement de personnalité radical.
- Un individu calme et consciencieux est devenu agressif et impatient.
- Conclusion: La destruction de zones cérébrales (notamment le cortex préfrontal) impacte les capacités cognitives, les réactions émotionnelles et la personnalité.
1.2. Hess (Études sur les Stimulations Cérébrales)
- Programme de Recherche sur Chats (Années 1920):
- Implantation d'électrodes dans l'hypothalamus.
- Stimulation de l'hypothalamus accélère le cœur et provoque agitation, agressivité ("réaction affective de défense").
- Conclusion: Certaines parties de l'hypothalamus sont spécialisées dans l'organisation des réponses émotionnelles (attaque, fuite). Les programmes moteurs de l'émotion sont ancrés dans le cerveau.
- Les structures corticales contrôlent les structures sous-corticales impliquées dans les comportements émotionnels.
- Lobotomie: Ancienne pratique pour réduire l'agitation, mais causant un "émoussement émotionnel", montrant qu'il n'y a pas de zone unique pour les émotions.
2. Contributions de Magda Arnold (XXe Siècle) : Psychologie Cognitive des Émotions
Pionnière de l'étude cognitive des émotions, elle a proposé un modèle basé sur l'appréciation des événements.
- Signification de l'Événement: L'émotion est induite par l'évaluation cognitive d'une situation selon les critères de l'individu (valeurs, besoins, buts).
- Processus d'Évaluation Cognitive: Repris par Nico Frijda (Appraisal).
- Implique la mémoire (expériences antérieures) et les attentes.
- Déroulement d'une action émotionnelle basée sur l'anticipation des conséquences.
- Influence de Hebb (1949): Le cerveau n'est pas seulement stimulé par l'extérieur; des réactions corticales préexistantes (attentes) influencent la perception.
3. Modèle de Magda Arnold (Synthèse)
- Stimulus → Perception de la Stimulation (dépend des expériences antérieures) → Tendance à l'Action (non-raisonnée, automatique, valence décidée) → "Attitude Émotionnelle" (émotion spécifique, ex: peur, surprise) → Initialisation Impulsions Nerveuses (Cortex vers Thalamus/Hypothalamus) → Changements Périphériques (réponses physiologiques spécifiques) → Feedback au Cortex → Réévaluation Cognitive → Déploiement/Inhibition de l'Action.
- La valence émotionnelle se décide dès la tendance à l'action.
- Les changements périphériques (transpiration, rythme cardiaque) sont essentiels et peuvent être spécifiques à chaque émotion.
4. Silvan Tomkins : Théorie Biologique et Faciale des Afffects
Psychologue américain, il a actualisé les recherches de Darwin sur les expressions faciales, parlant d'"affect" plutôt que d'"émotion".
- Lien Affect-Motivation: L'affect donne de l'importance à l'environnement et priorise certaines actions.
- Expression Faciale Spécifique: Chaque affect a une expression faciale et une fonction motivationnelle typique.
- Système d'Amplification: L'affect amplifie le signal émotionnel, maintenant son impact conscient et priorisant l'action adaptative.
- Feedback Facial: Les contractions musculaires, les aspects vasculaires et glandulaires du visage produisent l'émotion en envoyant des informations au cortex, qui évalue la valence (positive/négative).
- Manifestations Biologiques: Sont à l'origine de l'affect (ex: manque d'oxygène → expression de peur → priorisation des actions de survie).
III. Effets des Émotions sur le Fonctionnement Cognitif et Social
1. Expériences sur les Effets sur le Fonctionnement Cognitif
1.1. Technique d'Induction de Velten
- Méthode: Lire des phrases à connotation joyeuse ou triste pour induire une émotion.
- Objectif: Évaluer l'impact de l'émotion sur l'état cognitif.
- Mesures: Écriture rapide de chiffres, prise de décision, associations verbales, choix d'adjectifs, verbalisations spontanées.
- Résultats:
- Les personnes tristes sont plus lentes et moins efficaces (écriture, prise de décision, associations).
- Elles choisissent plus d'adjectifs tristes et verbalisent moins.
- Conclusion:
- État émotionnel positif (humeur joyeuse): meilleures performances cognitives (traitement rapide, fluide, créatif).
- État émotionnel négatif (tristesse): performances plus faibles (ralentissement général).
- L'état émotionnel influence directement nos capacités cognitives.
2. Expériences sur les Effets sur le Comportement Social
2.1. Isen et ses Collaborateurs
- Méthode: Induire un état émotionnel positif (joie) et observer l'impact sur le comportement social.
- Expérience 1 (Feedback Positif):
- Groupe expérimental: Feedback positif sur leurs performances.
- Groupe contrôle: Aucun feedback (état émotionnel neutre).
- Observation: L'expérimentateur laisse tomber des livres.
- Résultats: Ceux avec feedback positif sont plus enclins à aider.
- Expérience 2 (Cadeau):
- Groupe 1: Reçoit un petit cadeau.
- Groupe 2: Ne reçoit rien.
- Observation: Répondre à un sondage sur le fonctionnement de TV/voiture.
- Résultats: Ceux qui ont reçu un cadeau (état émotionnel positif) évaluent plus favorablement le fonctionnement de leurs biens.
- Conclusion: Un affect positif favorise les comportements sociaux, la prise de décision rapide, la résolution créative de problèmes, la coopérativité et l'aide à autrui. Un état émotionnel négatif produit l'effet inverse (ralentissement cognitif, réduction des comportements sociaux).
3. Effets sur la Mémoire (Gordon et ses Collaborateurs)
- Hypothèse: L'état émotionnel influence le rappel des souvenirs.
- Méthode: Hypnose pour induire un état joyeux ou agressif.
- Expérience 1 (Mots Neutres):
- Participants sous hypnose (joyeuse ou agressive).
- Associent librement des réponses à cinq mots neutres.
- Juges évaluent les réponses.
- Résultats: 81% des réponses joyeuses pour le groupe joyeux, 73% des réponses agressives pour le groupe agressif. L'état émotionnel influence le contenu des associations.
- Expérience 2 (Souvenirs Quotidiens):
- Participants consignent expériences quotidiennes (agréables/désagréables) avec intensité.
- Divisés en groupe hypnotique heureux et triste.
- Résultats:
- Groupe heureux: rappelle plus de souvenirs agréables.
- Groupe triste: rappelle plus de souvenirs désagréables.
- Conclusion: L'état émotionnel favorise le rappel de souvenirs de la même tonalité affective (congruence), créant un cercle vicieux.
IV. Définir et Mesurer l'Émotion
1. Évolution Historique de l'Étude de l'Émotion
- Début XXe siècle: Peu de publications sur les émotions.
- Années 1920: Augmentation générale des publications, mais lenteur pour les émotions.
- Années 1940-1950: Expansion de la psychologie, mais les émotions sont peu étudiées (influence de Watson et du behaviorisme qui privilégie le mesurable et l'observable).
- Années 1980-1990: Retour des émotions dans la recherche, avec l'intégration de la dimension évaluative (cognitive).
- Aujourd'hui: Élargissement de l'étude des émotions à l'ensemble des sciences humaines (ex: ISRE par Paul Ekman).
2. Concepts Fondamentaux en Psychologie des Émotions
- Affect: Terme très large englobant tous les phénomènes émotionnels (émotions, sentiments, humeurs). Caractérisé par une évaluation (plaisir/déplaisir) et un mode d'installation automatique.
- Émotion: Manifestation la plus spectaculaire des états affectifs. Haut niveau d'intensité, très rapide, déclenchée par un stimulus spécifique. Mobilise simultanément plusieurs systèmes (corporel, facial). Durée généralement brève (4-5 secondes).
- Controverse sur la Durée:
- Frijda: L'émotion peut durer plusieurs jours, liée à un épisode émotionnel se terminant quand l'événement est géré.
- Ekman et Cannon: L'émotion est brève (4-5 secondes). Ce qui se prolonge est un traitement cognitif, non l'émotion initiale.
- Sentiment: État subjectif résultant de sensations (olfactives, visuelles) ou de stimulations organiques (faim, plaisir). Né d'une analyse cognitive, comparaison entre attentes et réalité vécue. Moins d'activation physiologique intense que l'émotion (ex: sentiment de faim vs colère intense).
- Humeur: État affectif plus durable (minutes à heures) sans stimulus déclencheur spécifique. Intensité faible à modérée. Peut abaisser le seuil de réactivité des émotions (mauvaise humeur → petite chose peut déclencher émotion intense).
- Tempérament: Traits affectifs stables, prédisposition naturelle à éprouver certains types d'émotions. Fait partie de la personnalité.
- Névrosisme: Tendance à ressentir des affects négatifs (vulnérabilité dépressive).
- Extraversion: Tendance à éprouver des affects positifs (humeur positive).
- Troubles Affectifs: Syndromes psychopathologiques (semaines à années).
- Troubles de l'humeur: Dépression, manie.
- Troubles anxieux: Attaque de panique, anxiété sociale.
- Mesurés par des échelles (ex: Échelle de dépression de Beck).
- Attitudes: Manifestations affectives envers un objet/personne/situation, se traduisant par attraction ou rejet (tendance à l'action "vers" ou "contre").
3. Le Processus Émotionnel (Modèle de Scherer)
L'émotion est un ensemble de processus coordonnés. Scherer identifie 5 dimensions de la manifestation émotionnelle :
- Pensées Suscitées par la Situation: Processus cognitifs liés à l'événement.
- Modifications Biologiques: Neuronales, physiologiques, neuro-végétatives.
- Tendances à l'Action: Pulsion qui pousse à agir.
- Modifications Expressives et Comportementales: Expressions faciales, posture, voix.
- Expérience Subjective: Ressenti personnel, perception de l'état émotionnel.
Ces composantes sont corrélées mais ne sont pas toujours toutes actives. Leur activation simultanée forme une émotion prototypique.
4. Méthodes d'Induction des Émotions
4.1. Images Émotionnelles
- Utilisation: Stimuli visuels variés (plantes, cadavres, nourriture) pour moduler l'état émotionnel et les changements moteurs/physiologiques.
- Exemple: Photos de l'IAPS demandant de décrire l'émotion ressentie.
4.2. Musique
- Potentiel: Peut induire des affects négatifs ou positifs, avec une capacité à différencier dès 500 ms.
- Variabilité: Grande variabilité individuelle.
- Application: En psychologie cognitive, l'émotion via la musique peut influencer les capacités cognitives (ex: plus d'erreurs d'orthographe avec musique triste).
4.3. Souvenirs
- Méthode: Rappeler un événement passé associé à une émotion spécifique et le revivre mentalement.
- Fiabilité: Efficace car basée sur des expériences personnelles.
- Script et Imagerie Mentale (Strack et al., 1985): Écrire des situations joyeuses pour cibler l'émotion.
- Imagerie du Citron: Imaginer un citron pour susciter des sensations et émotions.
4.4. Séquences Vidéo
- Puissance: Plus puissant que les images, maintient l'état émotionnel plus longtemps.
- Banques de Séquences: Schaefer et al. ont créé une banque de vidéos françaises et étrangères.
4.5. Jeux de Rôle (Thérapie Familiale/de Couple)
- Utilité: Revivre une interaction conflictuelle filmée pour identifier les émotions, observer les comportements non verbaux, comprendre les réactions et repérer les thématiques récurrentes.
- Contribue à l'empathie et à la communication émotionnelle.
4.6. Réalité Virtuelle (RV)
- Outil Efficace: Induction émotionnelle contrôlée et immersive (traitement des troubles anxieux, phobies).
- Applications Thérapeutiques:
- Thérapie d'exposition (peur, anxiété).
- Scénarios positifs (douleur chronique, stress).
5. Mesure et Évaluation des Émotions
5.1. Composante Comportementale
5.1.1. Expression Faciale
- Méthode des Composantes (FACS - Facial Action Coding System): Développé par Paul Ekman et Friesen (1978). Observé et code les mouvements musculaires du visage. Identifie quelles unités musculaires se contractent pour chaque émotion (ex: sourire social vs vrai sourire). Utilisable sur photos ou vidéos.
- Méthode des Juges: Présenter des expressions faciales (fixes ou mobiles) à des non-formés pour évaluer l'émotion (catégorie et intensité). Plus simple, mais risque de projection.
- Électromyographie (EMG): Mesure précise de l'activité électrique des muscles faciaux. Détecte des tensions très faibles, y compris non visibles à l'œil nu (tendances à l'action).
5.1.2. Voix
- Prosodie de la Voix: Étude de la mélodie et tonalité affective de la voix. Mesurée par des paramètres acoustiques (fréquence, intensité, durée). Plus complexe que l'expression faciale car nécessite une expertise.
5.2. Composante Physiologique
- Manifestations Diverses: Dilatation pupillaire, température corporelle, pression sanguine, taux d'hormones/neurotransmetteurs.
- Activité Électrodermale (AED): Mesure l'activité des glandes sudoripares (excitation émotionnelle) sur la main. Forte corrélation avec l'activation de l'émotion (plus l'émotion pousse à agir, plus l'AED est élevée).
- Rythme Cardiaque (RC): Accélère avec une émotion intense. Des études suggèrent un lien avec la valence: décélération pour valence négative (tristesse), accélération pour valence positive (joie). Mesuré par électrocardiogramme (ECG).
- Fréquence Respiratoire: Mesure des cycles inspiration/expiration (mouvements du thorax). Varie selon l'état émotionnel (ex: rapide/profonde pour colère/peur, lente/profonde pour calme).
- Électroencéphalographie (EEG): Capture l'activité électrique du cerveau. Les potentiels évoqués (PE) suite à une stimulation révèlent l'activité cérébrale lors de l'évaluation émotionnelle, même avant la conscience. Indique l'activation, mais pas la valence.
5.3. Composante Subjective (Rapports Verbaux)
- Méthode: Rapport verbal de l'individu sur son expérience émotionnelle (données subjectives). Utilisation de graphiques d'intensité dans le temps.
- Limites (Nisbett et Wilson, 1977):
- Fiabilité limitée: Sujet ne sait pas toujours identifier/verbaliser ce qu'il ressent.
- Peut ignorer l'influence des stimuli.
- Biais de récence (informations récentes), Biais de traitement (souvenir modifié), Biais mnésique (mémoire sélective).
- Délai et Contexte (Baron et al.): Plus le délai est court, plus le rapport est fiable. L'état émotionnel actuel influence le rappel du passé.
- Questionnaires: Peuvent induire des réponses.
- Rapports Consécutifs (Post-Situation): Analyse ce que la personne pense avoir ressenti. Avantage: indique la présence d'une émotion. Inconvénient: L'authenticité est difficile à vérifier.
- Rapports Simultanés (Pendant la Situation):
- "Pensée tout haut": Décrire ce qu'on voit/ressent. Limites: difficulté de verbalisation, attention focalisée sur le ressenti.
- "Échantillonnage de pensée" / "Interruption de tâche": Interruption de la tâche pour décrire l'état émotionnel. Évite la double tâche.
- Rapports Prédictifs (Avant la Situation): Anticiper l'expérience émotionnelle future. Demander d'imaginer l'activation des systèmes émotionnels.
5.4. Évaluation du Sentiment Subjectif
- Approche Catégorielle: Choisir une catégorie d'émotion parmi un nombre limité d'émotions "primaires" (innées, automatiques, universelles).
- Limites: Manque de fondements solides. Certaines émotions sont un mélange de base. Absence du mot "émotion" ou de certains termes dans certaines cultures (Russel, 1991).
- Approche Dimensionnelle: Toute émotion peut être appréhendée sur 2 ou 3 dimensions.
- Modèle Circulaire de Russel (1980): Espace bidimensionnel (plaisir négatif-positif, activation calme-excitation).
- SAM (Self-Assessment Manikin scale) (Bradley & Lang, 1994): Ajoute une dimension de dominance (contrôle/non-contrôle).
6. La Cognition est-elle Nécessaire ?
6.1. Théorie de William James (1884) : "La réaction constitue l'émotion."
- Perception d'un événement → Réactions corporelles/physiologiques → Interprétation des changements physiques comme émotion.
- Prémisses:
- Relation temporelle brève entre événement, réaction et prise de conscience.
- Activation physiologique différente pour chaque émotion (patterns spécifiques).
- Capacité des individus à percevoir l'entièreté des manifestations physiologiques.
- Point de vue: Périphériste (activation physiologique à l'origine de l'émotion).
6.2. Théorie de Cannon (1927) : "Les émotions et les réactions surviennent simultanément."
- Perception d'un stimulus → Thalamus envoie messages simultanés au système nerveux autonome (réactions physiques) et au cortex cérébral (analyse, production de l'émotion).
- Prémisses:
- Réactions physiologiques ne participent pas au déclenchement de l'émotion (activation du SNC).
- Pas besoin de patterns distincts.
- Point de vue: Centraliste (origine de l'émotion au niveau du SNC).
- Critiques de Cannon envers James:
- Suppression des inférences viscérales n'altère pas le comportement émotif.
- Mêmes manifestations viscérales dans états émotionnels et non émotionnels.
- Viscères relativement insensibles.
- Production artificielle de changements viscéraux n'engendre pas d'émotions.
- Temps de latence des réactions viscérales trop lent.
- Recherches Expérimentales sur le rôle de l'Activation Physiologique:
- Études de Lésions Cérébrales (animaux): L'élimination du SNA ralentit l'apprentissage de l'évitement. Les afférences viscérales peuvent jouer un rôle dans l'apprentissage.
- Études sur Lésions Médullaires (humains - Hohmann, 1966): Plus la lésion est haute, moins les réactions émotionnelles intenses sont rapportées. L'information viscérale joue un rôle, mais une diminution des réponses corporelles ne diminue pas forcément l'intensité émotionnelle. *Biais méthodologique: Pas de groupe contrôle, dépend du rapport verbal.*
- Conclusion: L'information viscérale n'est pas le déclencheur de l'émotion mais augmente son intensité. Les lésions médullaires n'impactent pas le déclenchement, mais l'intensité.
- Paralysie Faciale (Keillor et al., 2002): Expression faciale non nécessaire pour l'expérience émotionnelle.
- Patrons d'Activation Physiologique Spécifiques:
- Ax (1953): Peur vs Colère. Mesure de 14 variables physiologiques. Patrons différents pour peur et colère (même valence négative).
- Funkenstein et al. (1954-1955): Colère intériorisée/extériorisée, anxiété. Patrons cardiovasculaires différents.
- Sternback (1962): Films émotionnels sur enfants (joie, tristesse, peur). Résultats peu convaincants, mais dans le sens de réactions distinctes.
- Schwartz et al. (1981): Imagerie mentale (joie, tristesse, colère, peur, relaxation). Patrons cardiovasculaires propres à chaque émotion, surtout pour mesures cardiovasculaires.
- Ekman et al. (1983): Imagerie mentale ou mouvements faciaux. Différences physiologiques. Rage et peur > joie (RC). Colère garde mains chaudes > joie.
- Problèmes Méthodologiques:
- Les participants ont-ils réellement ressenti l'émotion induite?
- L'intensité des émotions était-elle comparable?
- Sufficient de variables physiologiques enregistrées?
- Différences individuelles dans l'évaluation (théorie de Scherer, personnalité).
- Conclusion: Pas de conclusion définitive sur des patrons distincts d'activation physiologique.
- Études sur la Remémoration des Sensations Corporelles:
- Shields (1984): Tristesse (léthargie), anxiété/colère (augmentation SNA et sudation/rougissement). Faible lien sensation spécifique et changement physiologique objectivable, mais perception du niveau d'activation général.
- Rimé et Giovaninni (1986): Pas de correspondance entre sensation corporelle et mesure physiologique objective, mais forte corrélation entre intensité des sensations rapportées et activations physiologiques mesurées.
- Rimé et al. (1990): Induction par films. Faible correspondance pour sensations spécifiques (chaleur). Plus forte pour le niveau d'action physiologique général.
- Pourquoi la Perception Corporelle est peu Objective ?: L'attention est d'abord captée par l'extérieur (processus "Top-down") avant l'interne. Les représentations mentales construites à partir des expériences influencent la perception.
6.3. Théorie Bi-Factorielle de Schachter (1962) : Rôle de l'Activation et de la Cognition
- Processus Émotionnel: Activation physiologique globale et diffuse + Activité cognitive de la situation (interprétation de la situation).
- La cognition détermine la coloration de l'expérience subjective.
- Vérification Empirique:
- Si activation sans explication, sujet l'identifie avec cognitions disponibles.
- Si activation avec explication, pas d'autres sources explicatives.
- Mêmes conditions cognitives, émotion subjective si activation physiologique.
- Expérience (Injection Épinéphrine/Placebo, Information Exacte/Erronée/Aucune, Situation Euphorie/Colère):
- Sujets sans explication adéquate réagissent plus fortement.
- Plus probant pour mesures comportementales.
- Placebo entre les groupes informés/non informés.
- Critiques: Non mesure de la colère, manque d'efficacité de la substance, non-reproductibilité des effets.
- Conclusion: Théorie non confirmée mais l'intensité de l'activation influence l'émotion perçue, et la cognition modulée par l'explication.
V. L'Expression Non Verbale des Émotions
L'étude de l'expression non verbale est essentielle pour comprendre les émotions, en particulier dans la communication et la génèse des émotions.
1. Importance et Fonctions
- Communication Non Verbale: Transmet une grande partie du contenu émotionnel (80%).
- Qualité des Relations Interpersonnelles: La capacité à exprimer et décoder les émotions est cruciale.
- Compréhension des Intentions: Indique l'état interne et les intentions d'autrui.
- Développement: La capacité de reconnaissance s'affine à l'adolescence.
2. Expression Faciale Émotionnelle
- Muscles Faciaux: Activés par les nerfs moteurs (ex: nerf facial).
- Volontaire vs Involontaire (Spontanée):
- Volontaire: Posée, contrôlée par le système moteur cortical (apprise, varie culturellement).
- Spontanée: Non contrôlée, filtrée par les "règles d'expression" (innée, universelle, système moteur sous-cortical).
- Ces deux systèmes sont indépendants. Les lésions montrent des déficits spécifiques (ex: lésion sous-corticale n'affecte pas l'expression volontaire).
2.1. Hypothèse de la Rétroaction Faciale (Facial Feedback)
- L'expression faciale d'une émotion génère automatiquement le sentiment émotionnel correspondant (rôle causal).
- Le visage (muscles, nerfs) est central dans l'expérience émotionnelle (Darwin, James, Tomkins, Izard, Ekman).
- Des études récentes montrent que la rétroaction faciale module l'activité neuronale de l'amygdale (ex: Botox).
2.1.1. Hypothèse de la Nécessité
- Pour ressentir une émotion, il faut une expression faciale.
- Contre-exemple: Femme avec paralysie faciale totale ressent des émotions malgré l'incapacité d'expression (Keillor et al., 2002).
2.1.2. Hypothèse de la Suffisance
- L'activité musculaire faciale seule peut produire l'expérience émotionnelle.
2.1.3. Hypothèse de la Continuité
- Relation causale monotone et positive entre l'expression faciale et l'état émotionnel subjectif. La modulation de l'expression peut augmenter ou diminuer l'intensité du sentiment.
- Recherche de Laird (1974): Manipulation de l'expression faciale (joie/colère) augmente le rapport subjectif correspondant. *Critiques: consignes implicites, contractions musculaires trop longues.*
- Recherche de Tourangeau et Ellsworth (1979): Expressions faciales artificielles n'ont pas d'effet sur l'intensité du ressenti. *Critiques: expressions artificielles, inconfort.*
- Recherche de Lanzetta et al. (1974): Modulation de la douleur par expression faciale. L'inhibition diminue l'intensité perçue et l'AED; l'exagération augmente les deux. Soutien à l'hypothèse de la continuité.
- Recherche de Cechsi et Scherer (2001): Enfants regardent sketches. Ceux qui pouvaient s'exprimer librement ressentaient plus intensément leurs émotions.
- Recherche de Hess et al. (1992): Combinant suffisance et continuité. Induit émotions par imagerie mentale. RED et RC plus intenses lorsque personnes expriment et ressentent l'émotion. Soutien à la suffisance.
- Mécanismes de la Rétroaction Faciale:
- Processus cognitifs (perception de l'expression génère l'émotion).
- Mécanismes physiologiques (pas besoin de médiation cognitive).
- Recherche de Strack, Martin et Stepper (1988): Tenir un crayon dans la bouche (simule sourire/inhibe sourire). Ceux simulant un sourire trouvent les dessins humoristiques plus plaisants. Les participants n'ont pas conscience de la manipulation. Expliqué par la théorie de l'auto-perception.
- Recherche sur le Maquillage (Femmes dépressives - Philippot, 2007): Maquillage accentuant sourire ou tristesse. Le maquillage accentuant le sourire entraîne une humeur plus positive. Exclut la médiation nerveuse, suggère un processus cognitif lié à l'apparence.
3. Autres Phénomènes de Rétroaction
3.1. Rétroaction Posturale
- Expérience de Stepper et Strack (1993): Posture recroquevillée (tristesse) vs droite (fierté). Ceux avec posture recroquevillée rapportent une satisfaction de vie moindre. L'état émotionnel induit biaise le jugement.
3.2. Rétroaction Respiratoire
- La manière de respirer module l'expérience subjective (lente/profonde → tranquillité; saccadée/irrégulière → colère). Plus importante que les expressions faciales.
- Lien avec l'hyperventilation dans les attaques de panique.
3.3. Rétroaction Vocale
- Le ton de la voix induit des états émotionnels.
- Scherer (1989): Intensité, hauteur, tempo de la voix varient selon l'émotion (ex: joie: voix élevée, forte, rapide).
- Contribue à la mécanique de l'émotion, effet modulateur.
4. Communication Non Verbale et Universalisme
4.1. Processus de Communication Non Verbale
- Reflet direct (expression spontanée) vs médiatisé par les règles de manifestation ("display rules" - expression volontaire, apprise culturellement).
- Décodage: Appréhension directe vs médiatisée par les règles de décodage (connaissances du récepteur).
4.2. Universalité des Expressions Faciales
- Darwin: Expressions innées, héréditaires et universelles (similaires chez l'homme et le singe). Sa méthodologie était critiquée.
- Théories des sciences sociales (jusqu'aux années 60-70): Comportements appris.
- Recherches d'Ekman et Friesen (1971), Izard (1971):
- Méthode des composantes (FACS): Étude des muscles faciaux.
- Méthode des juges: Décodage d'expressions par des personnes de cultures différentes.
- Études d'Ekman, Sorenson et Friesen (1969): Similarité des taux de réussite pour juger des photos d'expressions faciales dans diverses cultures.
- Étude d'Izard (1971): Soutient l'universalité d'expressions face à 8 émotions dans 9 pays.
- Étude sur les Papous de Nouvelle-Guinée (Ekman et Friesen): Peu de confusion pour les émotions primaires (joie, colère), plus pour les complexes (peur, surprise).
4.2.1. Critiques de l'Universalité
- Biais méthodologiques: Photos présélectionnées, choix forcé, listes d'émotions.
- Frank et Stennet (2001): Montrent que des scores de reconnaissance sont supérieurs au hasard même avec listes variables, confirmant une universalité.
4.2.2. Importance de la Culture
- On reconnaît plus facilement les expressions de notre propre groupe ethnique.
- Théorie Neuro-culturelle d'Ekman (1994): Substrat biologique inné modulé par le contexte social et culturel ("cultural display rules").
- Règles d'Expression: Normes sociales/culturelles définissant quand et comment exprimer les émotions.
- Modérer l'intensité (ex: expressions négatives).
- Stimuler des expressions (ex: faire semblant d'aimer un cadeau).
- Masquer des expressions (ex: au poker).
- Étude d'Ekman (Japonais vs Américains): Les Japonais masquent leurs affects négatifs en présence d'autorité. Expressions faciales universelles, mais modalités d'expression culturelles.
4.3. Information Véhiculée par l'Expression Faciale
- Ekman: L'expression émotionnelle est un reflet direct du sentiment subjectif.
- Fridlund: L'expression est un outil de communication sociale, non directement liée au sentiment subjectif, mais à l'intention.
- Études de Fridlund (1991, 1992): Individus sourient plus en présence d'autrui qu'en étant seuls, même pour des contenus agréables. La présence d'autrui influence l'expression des émotions.
5. Facteurs Influencant l'Identification de l'Expression Émotionnelle
5.1. Contexte de l'Émetteur
- Paradigme Personne-Scénario: Info faciale (photos) + info contextuelle (description verbale). Les indices faciaux ont plus de poids que les situationnels.
- Paradigme Images Candides: Jugements sur photos réalistes. Le contexte est aussi influent que les expressions faciales.
- Paradigme de Goldberg (Extraits de Films): Le contexte (peur vs joyeuse) influence les jugements émotionnels.
5.2. État Émotionnel du Décodeur
- Études de Schiffnauer (1974): Les participants en dégoût attribuent plus de dégoût.
- Études de Leppänen et Hietanen (2003): Les odeurs agréables influencent la reconnaissance de la joie.
- L'état émotionnel du décodeur colore sa perception des expressions d'autrui (biais de congruence).
5.3. Capacités Cognitives du Décodeur
- Enfants (Pollack et al., 2000):
- Négligés: Plus de difficultés à différencier expressions, plus de recours aux visages tristes.
- Maltraités: Plus de difficultés pour tristesse/dégoût, mais meilleure reconnaissance de la colère (hypervigilance).
- Adultes présentant des déficits:
- Phobiques sociaux, dépressifs, alcooliques chroniques, schizophrènes, déments, traumatismes crâniens.
- Âge du Décodeur: Les personnes âgées font plus d'erreurs d'identification (surtout pour émotions négatives). Baisse des capacités avec le vieillissement cognitif.
5.4. Développement des Capacités chez l'Enfant
- Très Tôt: Discrimination des expressions faciales dès la naissance.
- 3 mois: Discrimination du visage humain.
- 4 mois: Reconnaissance de la joie.
- 5-7 mois: Reconnaissance de la colère, peur, tristesse.
- 3 ans: Identification verbalement correcte de l'état émotionnel d'autrui.
- La culture familiale (expressivité positive vs négative) influence l'acquisition des compétences de décodage.
5.5. Traits et Mouvements Spécifiques
- Étude de Hess et al. (2000): Reconnaissance des expressions sur photos. La joie est plus facile à identifier. Patrons de confusion (peur-surprise, dégoût-colère).
- Étude sur les Portions du Visage: Mêmes performances pour des portions réduites. Certaines régions sont plus critiques (sourcils/front pour tristesse/peur; bouche pour joie/dégoût).
6. Le Regard
- Indique l'intensité de l'émotion, pas sa nature.
- Fonctions: Ouvrir le canal de communication, demander une rétroaction, informer sur la nature de la relation.
- Baron-Cohen: Les yeux et la bouche sont indicateurs pour états mentaux complexes. La taille de la pupille peut refléter le désir.
7. Les Gestes et la Posture
- Controverse: Indiquent-ils la nature ou l'intensité de l'émotion?
- Ekman: Expressions faciales (qualité), mouvements corporels (quantité/intensité).
- Types de Gestes: Emblématiques (traduisibles en mots), illustratifs (renforcent verbal), régulateurs (coordonnent), adaptatifs (besoin personnel), affectifs (signification émotionnelle).
- Observations de Darwin: Gestes et postures associés aux émotions spécifiques (ex: joie-sauter, tristesse-immobilité).
8. Le Paralangage
- Dimension vocale non verbale: Timbre, débit, pauses.
- Aide à reconnaître l'état émotionnel, surtout sans autres signaux (radio, téléphone).
- Silence: Fait partie du paralangage, véhicule de l'information émotionnelle (intérêt, irritation).
- Universalité: Aspects universels et culturels. Confusion fréquente (joie-neutre, peur-tristesse).
9. La Distance
- Distance intime (0-45 cm): Confidentiel, partage de secrets.
- Distance personnelle (45 cm-1.20 m): Amis, collègues, échange d'opinions.
- Distance sociale (1.20 m-3.60 m): Relations momentanées, informations non personnelles.
- Distance publique (>3.60 m): Orateur-public, information publique.
VI. Le Partage Social des Émotions
Défini par B. Rimé (1987) comme la ré-évocation des expériences émotionnelles de la vie quotidienne dans un langage socialement partagé. Implique la présence (symbolique ou réelle) d'un destinataire.
1. Observables Historiques et Études
- Séisme de San Francisco (1910): Observé par W. James, grand besoin de la population de raconter l'événement.
- Catastrophes et Traumatismes: Fréquence élevée de partage pour les sauveteurs, proches endeuillés, patients atteints de cancer, coopérants.
- Le partage social est une réponse normative, une facette du processus émotionnel.
2. Méthodes d'Étude du Partage Social
2.1. Études Rétrospectives (Rappel Autobiographique)
- Demander aux participants de se souvenir d'un événement émotionnel et de ses actions.
- Résultats:
- 88-96% des épisodes sont partagés (au moins une fois).
- 50-60% sont partagés le jour même.
- 60% sont partagés au moins deux fois.
- Problème méthodologique: Biais de mémoire sélective. On se souvient mieux des événements partagés.
2.2. Études par Journal de Bord
- Écrire l'événement émotionnel le plus marquant de la journée.
- Résultats: 60% des expériences sont partagées. La honte est moins partagée; la joie plus.
2.3. Études par "Follow Up" (Longitudinales)
- Contacter les individus après un événement émotionnel prévisible (naissance, examen).
- Résultats: Déclin de la fréquence du partage avec le temps, mais corrélation entre l'intensité de l'événement et la fréquence du partage.
2.4. Études Expérimentales (Luminet et al., 2000)
- Visionnage de films émotionnels d'intensités variées par un participant en présence d'un ami.
- Résultats:
- L'intensité de l'événement impacte le partage social (film "fort" suscite plus de partage).
- Il existe un seuil d'induction pour le partage.
- Corrélation entre l'intensité des manifestations expressives et l'importance du partage.
3. Différences liées au Partage Social
3.1. Sexe (Rimé, Charlet et Nils, 2003)
- Pas de différences significatives dans la fréquence du partage, mais les hommes parlent plus au conjoint, les femmes ont un réseau plus large.
3.2. Âge
- Enfants (Rimé et al., 1996):
- 6-8 ans: Partagent avec les parents (qui initient le partage), moins avec les amis.
- 71% pour l'histoire de "Xandi et le monstre" (plus émotionnelle) vs 42% pour "la vie à la ferme".
- Très Jeunes Enfants (Baez, 1998): 3-5 ans est une période cruciale pour l'émergence du partage.
- Personnes Âgées (Rimé, Finkenauer, Sevrin, 1995):
- Moins d'événements intenses après 60 ans.
- Fréquence de partage plus élevée avec l'âge.
- Rapports d'émotions plus "pures" (une émotion à la fois).
- Augmentation du nombre de répétitions de partage avec l'âge.
- Causes: Disponibilité sociale, meilleure régulation des émotions. Le partage aide à clarifier l'émotion et à prendre de la distance.
3.3. Éducation et Appartenance Culturelle
- Éducation (Barrufol, Gisle, Rimé, 1998): Le niveau d'éducation n'a pas d'impact sur le partage social.
- Culture (Rimé, Yogo et Pennebaker, 1996):
- Occidentaux: Partage rapide et plus répétitif (5-6 répétitions).
- Asiatiques: Partage plus lent et moins répété (2-3 répétitions) (liée au continuum individualisme-collectivisme).
3.4. Cibles du Partage Social
- Enfants (6-12 ans): Parents sont les premiers partenaires, puis amis, frères/sœurs.
- Adolescents/Jeunes Adultes: Amis deviennent importants.
- Adultes (+60 ans): Conjoint est le partenaire privilégié.
- Professionnels:
- Psychothérapeutes: collègues, superviseur, conjoint, leur propre thérapeute.
- Infirmiers: collègues, conjoint, amis proches, médecins, famille.
4. Bénéfices du Partage Social
- Croyance Populaire: Le partage est libérateur ("poupées à soucis" du Guatemala).
- Enquête Belge/Hong-Kong:
- Intra-personnel (+ Hong-Kong): Le partage social est bénéfique.
- Interpersonnel: Hong-Kong plus positif que les Belges.
- Pas de bénéfice à ne pas exprimer les émotions.
- Récupération Émotionnelle: Études montrent que le partage social est indépendant de la récupération émotionnelle.
- Finkenauer et Rimé (1998): Pas de différence d'intensité émotionnelle entre événements partagés ou secrets.
- Approche Longitudinale (Baruffol et al., 1999): Le partage n'impacte pas l'intensité initiale mais peut l'augmenter avec le temps.
- Un partage incessant peut révéler une difficulté à intégrer l'événement.
- Effet du Partage Induit Expérimentalement (Zach et Rimé, 2005): Pas de bénéfices spécifiques de la verbalisation "émotion" vs "faits". L'intensité diminue dans toutes les conditions.
- Bénéfices Subjectifs: Les personnes ressentent un bien-être après avoir parlé (soulagement, compréhension, lien interpersonnel), même si l'intensité émotionnelle ne diminue pas.
5. Débriefing Psychologique
- Intervention de groupe après un événement traumatisant, visant la prévention du stress post-traumatique.
- Processus: Explication du rôle, de la pensée marquante, du pire moment, description des expériences, information sur les symptômes.
- Absence d'effets prouvés, parfois des effets contraires (réactivation précoce du traumatisme).
- Rôle Symbolique: Offre un soutien social, mais les bénéfices spécifiques restent à évaluer.
- Critique d'Epstein (1984): L'émotion non exprimée ne se conserve pas comme un état d'excitation; ce qui persiste est une disposition à être activée, liée aux croyances.
VII. Fonctions Adaptatives des Émotions
1. Comprendre l'Émotion
L'émotion est un phénomène adaptatif qui mobilise l'individu pour répondre aux défis de l'environnement, assurant son bien-être et sa survie.
- Décodage de la situation (signification pour l'identité et les buts).
- Organisation d'une réponse immédiate.
- Ensemble de réponses (physiologiques, expressives, comportementales, cognitives).
L'émotion donne une priorité à certaines actions et planifications, accompagnée de changements corporels et expressions. L'approche cognitive est dominante dans la recherche.
2. Fonctions Principales
2.1. Source d'Information
- L'émotion renseigne l'individu sur la réalisation de ses objectifs et la satisfaction de ses besoins.
- Émotion négative: Obstacle à l'objectif.
- Émotion positive: Objectif atteint ou en bonne voie.
2.2. Facilitateur de l'Action
- Chaque émotion induit une "tendance à l'action" (besoin d'agir).
- Facilite certains comportements, en empêche d'autres.
- Fonction ultime: Adapter l'individu à son environnement, guider le comportement.
2.3. Support à la Décision
- Damasio (1944): Patients avec lésions cérébrales (atteignant les circuits émotionnels) prennent des décisions systématiquement désavantageuses, même avec des fonctions cognitives préservées.
- Les émotions sont indispensables aux processus de décision. Elles fournissent des "messagers" (réponses physiologiques) pour orienter le comportement.
2.4. Outil Indispensable à l'Adaptation (Cosmides et Tooby)
- L'esprit est une "boîte de programmes" adaptatifs. Les émotions sont des programmes d'ordre supérieur qui coordonnent les sous-programmes en fonction de l'environnement.
- Orchestrent les réponses des différents systèmes (cognitifs, physiologiques) pour une réponse optimale.
3. Le Rôle d'Orchestration des Émotions (Exemple de la Peur)
- Perception et Attention: Biais attentionnel vers le danger, seuil de perception abaissé (acuité visuelle et auditive accrue).
- Motivations et Priorités: La sécurité passe en priorité absolue (survie).
- Biais de Mémoire: Rappel facilité des informations pertinentes au danger (ex: moyens de défense).
- Changement de Catégorisation: Re-évaluation des environnements (sans → dangereux, dangereux → sûr).
- Hyper-activation des systèmes d'inférences: Analyse rapide des intentions d'autrui.
- Systèmes d'apprentissage spéciaux: Apprentissage rapide des stratégies de défense.
- Changements Physiologiques: Production d'hormones (cortisol, adrénaline) pour fournir de l'énergie (accélération RC, sang vers muscles/cerveau).
Ces modifications augmentent la probabilité de survie.
4. Tableau Synthétique des Émotions par Type (adaptatif)
| Émotion | Fonction adaptative | Stimulus déclencheur | Comportement | Corrélat biologique |
| Peur | Protection | Menace | S'enfuir | Paralysie momentanée, sang vers muscles (fuite) |
| Colère | Destruction | Obstacle, injustice | Mordre, frapper | Énergie vers muscles (défense) |
| Tristesse | Réinsertion/Réflexion | Échec, perte | Pleurer, appeler à l'aide | Ralentissement, baisse de motivation (réévaluation des buts) |
| Dégoût | Rejet | Objet/substance immonde | Vomir, jeter, rejeter | Nausées (rejet substances toxiques) |
| Surprise | Orientation | Objet nouveau, soudain | S'arrêter, alerter | Haussement de sourcils (élargit champ visuel) |
| Joie | Exploration | Atteinte d'un objectif | Sauter, explorer | Inhibition sentiments négatifs, augmentation énergie |
| Amour, tendresse | Affiliation, reproduction | Présence d'un être cher | Partager, prendre soin | Sécrétion d'hormones (confiance, coopération) |
5. Anatomie Cérébrale des Émotions
- Amygdale: Assigne valeur de récompense/punition aux stimuli sensoriels. S'active pour stimuli potentiellement pertinents.
- Voie courte: Rapide, imprécise (thalamus → amygdale pour danger imminent, survie).
- Voie longue: Plus lente, précise (thalamus → cortex sensoriel → amygdale pour évaluation détaillée).
- Cortex Préfrontal: Analyse des situations-problèmes, élaboration de plans d'action, inhibition d'actions contreproductives, contrôle des objectifs.
- Noyau Accumbens: Signale la présence de stimuli appétitifs (plaisir, récompense - ex: nourriture, sexe).
6. Réponses Physiologiques
- Système Sympathique (Noradrénaline, Adrénaline):
- Amplification cardio-pulmonaire (dilatation bronches, accélération RC, constriction vaisseaux sanguins) pour fournir de l'oxygène et du sang aux tissus.
- Érection des poils, augmentation activité glandes sudoripares (sueurs).
- Axe Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien (Cortisol):
- Fournit de l'énergie (transformation graisses en sucres).
- Priorise le sang aux muscles et au cerveau.
- Baisse réponses immunitaires, ralentissement cicatrisation.
- Ces effets, adaptatifs à court terme, peuvent devenir nocifs si le stress est chronique.
VIII. Identification et Régulation des Émotions
1. Alexithymie
Caractérisée par la difficulté à identifier et exprimer ses émotions, à les distinguer des sensations corporelles, et par une pensée opératoire (concrète).
- Risques: Dépression, hypertension, douleurs chroniques, diabète, impact négatif sur la longévité.
- Ouverture aux Émotions: Accepter l'existence des émotions pour en extraire l'information, puis les réguler.
2. Critères d'Ekman pour les Émotions de Base (1992)
- Expression faciale universelle, présente chez d'autres primates.
- Pattern de réponses physiologiques spécifiques.
- Rapidement déclenchée, apparaît spontanément.
- Associée à stimuli déclencheurs universels.
- Évaluée automatiquement, durée limitée.
- Composantes convergentes.
3. Remédiation du Déficit d'Identification Emotionnelle (Bellinghausen, 2007)
Basée sur le modèle à 5 dimensions de Scherer. Si la composante subjective est déficitaire, utiliser les autres dimensions comme indicateurs :
- Pensées suscitées par la situation.
- Modifications biologiques.
- Tendances à l'action.
- Modifications expressives et comportementales.
4. Niveaux de Conscience Émotionnelle
Décrivent l'organisation cognitive de l'expérience émotionnelle (Lane et Schwartz, 1987) :
- Conscience des sensations corporelles.
- Reconnaissance des tendances à l'action.
- Identification et nommage des émotions.
- Conscience des émotions complexes ou mélangées.
- Appréciation de la complexité des expériences émotionnelles (soi et autrui).
- Niveaux 1 et 2: Processus implicites (conscience primaire).
- Niveaux 3, 4 et 5: Conscience émotionnelle secondaire.
5. Importance d'Identifier les Émotions d'Autrui (Keltner et Kring, 1998)
- État des Relations: Indicateur de la tension ou du bon fonctionnement des relations.
- Besoins et Attentes: Les émotions signalent les besoins de l'interlocuteur.
- Information Rapide: Alertent sur l'état de l'environnement (ex: menace).
- Renforcement/Découragement: Les émotions (parentales) influencent le comportement d'autrui (enfants).
- La capacité de décoder est primordiale pour la régulation des échanges interpersonnels.
- Déficits: Difficultés relationnelles, rumination, dépression, anxiété.
6. Communication Digitale et Analogique (Watzlawick et al., 1972)
- Communication Digitale: Mots, convention sémantique arbitraire. Transmet le contenu du message.
- Communication Analogique: Non verbale (gestes, postures, mimiques, intonation). Plus directe, renseigne sur le cadre relationnel (émotions, hiérarchie).
- Les deux modes peuvent se compléter ou se contredire. L'observation du non verbal est essentielle pour comprendre l'émotion d'autrui.
- Règle 7%-38%-55% (Mehrabian): Importance des mots (7%), voix (38%), langage corporel (55%). Le non verbal prédomine pour communiquer les émotions, surtout en cas de divergence.
IX. Réponses Adéquates et Inadéquates en Situation de Détresse
1. Comportements Malvenus Face à la Détresse
Les personnes en détresse suscitent un malaise et de l'angoisse chez autrui, menant à des comportements inadaptés.
1.1. Réactions des "Non-Victimes"
- Évitement de l'interaction, réduction verbale, sourires moins fréquents, distance physique accrue, interactions plus courtes.
1.2. Causes (Trois Principales)
- Ignorance: Manque d'habitude, incertitude sur les comportements à tenir, mauvaise évaluation des besoins.
- Vulnérabilité Humaine: La souffrance d'autrui remet en question le sentiment d'invulnérabilité. Recours à la "théorie du monde juste" (la victime est responsable), ce qui réduit l'altruisme.
- Aliénation: La personne en souffrance est perçue comme "étrangère" à un monde où "tout va bien". Manque de guides d'action.
1.3. Réponses Malvenues Spécifiques
- Gêne, évitement, exploration curieuse, communication indirecte.
- Insensibilité, rudesse, inquiétude exagérée, pessimisme.
- Gaieté forcée, optimisme de façade, minimisation, déni.
- Découragement de l'expression, recours à des conseils stéréotypés.
- Attitudes hyper-protectrices, blâme, jugement.
- Attentes inappropriées de récupération rapide.
1.4. Indices de Réponses Malvenues (Ingram et al.)
Quatre facteurs expliquant 70% de la variance:
- Prise de distance: Désengagement émotionnel/comportemental.
- Maladresse: Gaucherie, intrusion, excès d'attention.
- Minimisation: Optimisme forcé, efforts pour réduire les préoccupations.
- Réprobation: Critique, recherche de faute.
- Ce sont des manifestations du malaise du récepteur ou de l'autoprotection.
2. Complexité des Situations de Détresse
- Les situations sont rarement simples et nécessitent des interventions complexes.
- Objectifs multiples: Préserver l'image de soi, maintenir la relation, fournir des informations, aider à l'articulation des sentiments, comprendre les causes, tenir compte des motivations à long terme.
3. Types de Soutien
3.1. Soutien Émotionnel
- Vise les émotions et sentiments.
- Manifestation d'affects positifs: Amour, disponibilité, estime, écoute empathique.
- Permet à la personne d'exprimer librement ses sentiments.
3.2. Soutien Informationnel
- Faire évoluer le regard de la personne sur sa situation.
- Conseils, avis, informations pertinentes pour aider à comprendre, prendre du recul, modifier la perspective.
- Vise la réévaluation de la situation.
3.3. Soutien Instrumental
- Intervention directe sur la situation objective.
- Aide matérielle concrète, distraction, repos, médicaments.
3.4. Messages Verbaux de Réconfort
- Inciter le récepteur à formuler des messages de réconfort.
- Classés par qualité (Applegate et Burleson):
- Bas (déni des sentiments).
- Milieu (acceptation implicite, tentatives de détournement ou de minimisation).
- Haut (reconnaissance explicite, légitimation, élaboration, analyse compréhensive, modalités de gestion).
- Les interventions sont d'autant plus fines qu'elles partent du point de vue de la personne, sont non évaluatives, se focalisent sur la réponse psychologique et proposent une analyse cognitive.
4. Réponses Adéquates vs Inadéquates (Synthèse)
- Réactions adéquates:
- Sérénité et objectivité.
- Guidance cognitive.
- Présence bienveillante.
- Analyse réaliste.
- Compréhension empathique.
- Soutien inconditionnel.
- Réactions inadéquates:
- Désintérêt, amplification.
- Attitude dirigiste.
- Distance non verbale.
- Opposition manifeste.
- Minimisation.
- Dédramatisation et humour.
- Écoute superficielle, égocentrisme.
- L'intensité de l'événement module les réactions inadéquates. Les réponses bienvenues sont toujours bienvenues, quelle que soit la gravité.
- Le type d'émotion (colère, tristesse, peur, etc.) a peu d'incidence décisive sur les jugements.
- La nature de l'événement a peu d'incidence déterminante sur les réponses attendues.
Conclusion
Les émotions sont des phénomènes complexes, mobilisant l'individu dans toutes ses facettes pour l'aider à interagir avec son environnement. Elles sont fondamentalement adaptatives.
Leur étude nécessite une approche interdisciplinaire, combinant les dimensions biologiques, cognitives et sociales.
L'émotion, prototype d'un ensemble de processus, se définit par:
- Le décodage de la situation selon sa signification pour l'identité et les buts.
- L'organisation d'une réponse immédiate mobilisant toutes les facettes de l'individu.
- Un ensemble de réponses physiologiques, expressives, comportementales et cognitives.
Elle est un état de tendance à l'action qui donne priorité à certains comportements, accompagné de changements corporels et d'expressions. L'approche cognitive est prédominante dans l'étude contemporaine des émotions.
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