Organisations Partisanes & Carrières Politiques
25 cardsExploration des partis politiques : définitions, approches, évolutions, crise et renouveau. Analyse de l'accès au pouvoir, des élites et des trajectoires professionnelles en politique.
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Organisations Partisanes
Les partis politiques sont des acteurs clés de la démocratie, structurant l'offre politique et encadrant la compétition électorale. L'étude des partis est un domaine distinct de la science politique, la `partitologie`.Que sont les « partis politiques » : définitions etapproches
L'enjeu de la définition
La définition des partis politiques fait l'objet de débats et peut être abordée sous plusieurs angles : juridique, fonctionnel, et sociologique (Weber).
Définitions juridiques et institutionnelles
En France, la loi de 1901 sur les associations octroie un statut juridique aux partis. L'article 4 de la Constitution reconnaît leur contribution à l'élaboration du suffrage, garantissant leur liberté de création.
Le Conseil Constitutionnel définit un parti politique comme: « Une personne morale de droit privé qui s’est assignée un but politique si elle est éligible à l'aide publique ou si elle a régulièrement désigné un mandataire financier »
En 2021, 588 formations étaient tenues de déposerleurs comptes auprès de la CNCCFP si elles correspondaient à cette définition juridique.
Joseph LaPalombara et Myron Weiner (1966) proposent quatre critères pour définir un parti :
- Organisation durable : Supérieure à ladurée de vie de ses dirigeants.
- Organisation locale complète et apparemment durable : Présence nationale et locale stable, contrairement aux comités électoraux temporaires.
- Volonté délibérée des dirigeants de prendre et d'exercer le pouvoir : Distingue les partis des groupesd'intérêt ou des organisations à buts limités.
- Recherche d'un soutien populaire : Via les élections ou d'autres moyens.
Cette définition, bien que critiquée (ne prenant pas en compte les partis émergents ou thématiques), souligne quele parti est à la fois une marque collective et personnalisée.
Les fonctions des partis politiques
- Rôle de structuration : Ils organisent l'offre politique, encadrent la compétition électorale, et permettentaux électeurs de s'identifier à des valeurs et idéologies.
- Fonction programmatique : Les partis élaborent des programmes distincts et crédibles, vérifiés par des experts pour leur réalisme budgétaire.
- Fonction de sélection des candidats et deproduction des élites politiques : Ils investissent les candidats, monopolisant progressivement ce processus. L'investiture représente une délégation du capital collectif du parti. Les partis servent aussi de lieux d'apprentissage et de coordination pour les élites politiques.
- Fonction de tribun : Ils portentles revendications et les colères des groupes sociaux, stabilisant ainsi la démocratie en canalisant les mécontentements.
Un type particulier de relations sociales
Max Weber définit les partis comme des "sociations" (relations sociales fondées sur un compromisou une coordination d'intérêts, motivées rationnellement).
Weber : « Sociation reposant sur un engagement (formellement) libre ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir au sein d’un groupement et à leurs militants actifs des chances – idéales ou matérielles– de poursuivre des buts objectifs, d’obtenir des avantages personnels ou de réaliser les deux ensemble ».
Cette perspective met en lumière que les partis visent la conquête du pouvoir pour leurs dirigeants, tout en offrant aux militants des avantages symboliques (estime de soi, liens sociaux).
Lesapproches des partis politiques
L'étude des partis peut se faire à travers leur fonctionnement interne et leur interaction avec l'environnement.
Le parti comme champ de force et de concurrence
Un parti est une structure concurrentielle où les acteurs luttent pour l'accès aux ressources.
Les ressources
Un parti combine les ressources collectives (capitalisées et objectivées) et les ressources personnelles de ses membres.
- Sigle : Points de repère identitaires (ex: PS, RN, LR) qui garantissent une notoriété et des profits variables selon le contexte.
- Financières : Encadrées par la loi, elles proviennent des dons (particuliers, élus) et, en France, principalement de financements publics. Ce phénomène a donné naissance au concept de parti cartel.
- Organisationnelles : Réseaux avec associations, militants, syndicats, ainsi que des alliances stratégiques basées sur des clivages politiques (droite/gauche) qui ciblent des clientèles électorales stables.
Michel Offerlé propose une typologie des partis selon leurs ressources :
- Partis d'intérimaire : Structure souple, fonctionnement épisodique, basés sur des agents rémunérés (consultants, sondeurs). Correspondent aux partis digitaux ouentreprises.
- Partis de patronage : Reposent sur le contrôle et la distribution de postes (administratifs, électifs). Le spoils system, bien que déclinant, est remplacé par d'autres formes de patronage via des experts et les postes électifs.
- Partis de militants : S'appuient sur la mobilisation de réseaux sociaux en l'absence de ressources monétaires suffisantes.
Concurrence entre partis
La concurrence s'exerce non seulement entre les partis pour le pouvoir, mais aussi au seinmême des partis pour l'accès aux ressources. Les partis ne sont pas monolithiques ; leurs divisions peuvent se manifester par des votes internes ou des désaccords sur des questions clés. La compétition interne peut mener à la dilution du programme. Par exemple, des fractions au sein d'un parti (ex: les frondeurs au PS) s'opposent à la ligne majoritaire.
Ces concurrences peuvent être institutionnalisées (ex: courants au PS) ou résolues temporairement par des congrès ou primaires. Elles peuvent aussi conduire à des scissions (ex: Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en 2008, ou Horizons). Être président d'un petit parti peut offrir plus d'autonomie et un meilleur financement que d'être une tendance minoritaire au sein d'un grand parti.
La régulation des concurrences internes dépendde l'organisation des directions de parti :
- Bureaucraties de permanents : Corps de salariés permanents (ex: PCF des années 1960).
- Bureaucraties centralisées et mutualisées : Direction centralisée (ex: PSdes années 1980-1990), avec des antennes locales animées par des bénévoles.
- Coalisations d'élus : Pouvoir issu des mandats électifs locaux (ex: "barons locaux" du PS des années 2000).
- Monocraties : Partis liés à un chef, direction très personnalisée (ex: parti gaulliste).
Dans les partis, la loi d'airain de l'oligarchie favorise certains profils. Les dirigeants sont souvent moins représentatifs deleur base (ex: moins de femmes). Les partis de gauche valorisent plus le capital culturel, tandis que les partis de droite privilégient le capital économique et les profils issus du secteur privé.
Division du travail et profits différenciés
Le capital politique personnel des porte-parole est attribué selon diverses propriétés (genre, études, etc.). Les trajectoires individuelles influencent le rôle partisan.
La relation partisane est la rencontre entre le capital collectif du parti et le capital individuel du membre. Certains peuvent s'appuyer davantage sur lecapital collectif délégué, tandis que d'autres possèdent des ressources individuelles (nom, fortune) leur conférant plus d'indépendance.
- Ceux qui ont beaucoup de ressources personnelles peuvent être moins fidèles au parti.
- Ceux qui doivent tout au parti sontplus loyaux.
Les militants, bien qu'indispensables, ont suffisamment de ressources pour s'occuper de politique, mais pas l'appétence de vivre de la politique. Leur stabilité renforce le parti, alors que leur instabilité assure la stabilité desdirigeants.
Le militantisme est en déclin en France (moins d'1% de la population adhère à un parti). Les partis réduisent le coût symbolique et économique de l'adhésion pour attirer un plus grand nombre de membres.
Pourquoi les militants s'engagent-ils ? Selon M. Olson (logique de l'action collective), les individus rationnels n'ont pas intérêt à s'engager si une action peut réussir sans leur participation. Un engagement continu doit donc s'accompagner de rétributions individuelles et d'incitations sélectives :
- Négatives : Menaces, sanctions (ex: réprobation en cas d'absence à une action).
- Positives : Récompenses matérielles (emplois) ou symboliques (responsabilités au sein du parti).
La relation partisane est donc :
- Un marché scolaire : Acquisition de savoir-faire politiques (éloquence, rédaction de tracts).
- Un marché économique : Constitution d'un réseau professionnel.
- Un marché sexuel et matrimonial : Lieu de rencontres amoureuses, de camaraderie et de solidarité.
Le désengagement des militants peut être dû à un désaccord avec la ligne du parti ou un coût trop élevé (temps, argent).
A.O. Hirschman propose une typologie des comportements militants :
- Voice : Protester contre les changements de ligne.
- Exit : Quitter le parti.
- Loyalty : Rester fidèle au parti.
Le choix entre ces stratégies dépend des coûts d'entrée (investissement, réputation) et des coûts de sortie (perte de réseau, statut). Des coûts élevés favorisent la loyalty.Ceux ayant un capital individuel important ont plus de facilité à quitter un parti.
Les partis et leur environnement
Une analyse sociétale étudie les partis en fonction de leur réseau d'influence (syndicats, associations, professionnels).
Frédéric Sawicki(Les réseaux du parti socialiste) analyse trois fédérations du PS :
- La fédération du Pas-de-Calais : Militante et ouvrière, enracinée dans la tradition de la SFIO, caractérisée par un fort engagement et une discipline.
- La fédération d'Ille-et-Vilaine : À l'origine peu socialiste, marquée par la démocratie chrétienne, puis investie par les catholiques de gauche et les réseaux étudiants.
- La fédération du Var : Historiquement "rouge", liée à la figure d'Édouard Soldani et à une forme de clientélisme méditerranéen (sociétés de chasse, franc-maçonnerie).
Ces milieux combinent des réseaux de sociabilité, des organisations formelles et informelles, des pratiques militantes spécifiques, et des trajectoires biographiques communes.
Sawicki souligne que le PS s'est construit fortement sur l'ancrage municipal, à l'inverse des partis sociaux-démocrates étrangers établis sur le mouvement ouvrier. Les municipalités sont devenues des positions essentielles pour sonimplantation, représentant un nombre considérable d'emplois par rapport au nombre de militants. Elles ont servi de laboratoires pour l'alternance politique.
Marchés politiques et systèmes partisans
L'étude des relations inter-partisanes permet de comprendre comment les modes de compétition et decoopération entre partis façonnent les régimes politiques.
Un système de partis se définit comme : « Ensemble des partis en interaction dans un système politique donné ».
Maurice Duverger établit un lien entre les systèmes de partis et les modes descrutin :
| Mode de scrutin | Système de partis | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Proportionnel | Multiples, rigides, indépendants | Favorise les petits partis, maintien des idéologies, alliances post-électorales. |
| Majoritaire à deux tours | Multiples, souples, dépendants | Permet à tous les candidats de se présenter au1er tour, pousse aux alliances dès le 2nd tour. |
| Majoritaire à un tour | Dualisme politique | The winner takes it all, favorise les deux grands partis, système stablemais peu représentatif. |
D'autres facteurs influencent le système partisan :
- Seuils électoraux (ex: 5% en Allemagne, 10% en Turquie) : Plus le seuil estélevé, moins il y a de petits partis au parlement.
- Découpage des circonscriptions : Les grandes circonscriptions avec plusieurs sièges favorisent les petits partis ; les petites circonscriptions favorisent les grands partis. Le gerrymandering consiste à manipuler le découpage pour avantager un parti (ex: "réserves d'indiens" ou "dissolution/cracking").
Les modes de scrutin ne sont pas neutres ; ce sont des outils de pouvoir.
G. Sartori insiste sur le degréde polarisation idéologique :
- Faible polarisation : Favorise les coalitions au centre.
- Forte polarisation : Rend les alliances plus difficiles.
- Présence de partis anti-système : Facilite les alliances aveceux.
Un degré élevé de polarisation et la présence de partis anti-système favorisent l'instabilité politique.
Approche des partis politiques comme des marchés politiques
Michel Offerlé met l'accent sur la perspective relationnelle : chaque parti occupe une position relativedans le marché et le champ politique, influençant ses stratégies.
Les partis, collectivement, légitiment l'activité politique en participant à la concurrence. Cette légitimation repose sur cinq accords tacites selon Offerlé :
- Nécessité de représentants politiques professionnalisés.
- Nécessité des partis et de leur pluralisme.
- Importance du travail politique comme moyen de changement.
- Nature de la compétition : basée sur les mots, proscrivant la violence.
- Définition de l'espace de jeu politique.
La lutte partisane délimite l'univers du possible, du pensable et du dicible. Les partis ont un quasi-monopole sur la productionet la distribution des produits politiques.
L'offre politique
L'offre politique ne se limite pas aux programmes ; elle a une dimension symbolique, proposant des biens publics et indivisibles. Les programmes politiques sont les produits les plus valorisés, mais les gestes, corps et rituels des politiques y contribuent également. Les chefs de parti incarnent les valeurs du parti.
Les programmes comprennent un agenda général (questions canoniques historiques) et un agenda conjoncturel (produitdes luttes inter et intra-partisanes). Ils prennent sens dans des logiques de concurrence ("triangulations" possibles). L'offre politique est délimitée par les compétitions passées et présentes, les intérêts des professionnels, et les attentes des citoyens (qui doivent être saisies par un professionnel pour intégrer l'agenda).
Les partis politiques sont des marques positionnées qui mobilisent des corps électoraux ayant des positions homologues dans l’espace social. L’homologie structurelle établit le lien entre la position du parti et celle du corpsélectoral.
Exemple du RN : Longtemps stigmatisé, il occupe une position dominée dans le champ politique qui résonne avec la position dominée de ses électeurs (classes moyennes en déclin, classes populaires). Marine Le Pen, bien qu'héritière, estune candidate dominée car le RN n'a jamais exercé le pouvoir exécutif.
Exemple de LREM : Fonctionne sur une homologie inversée, avec des dirigeants en position dominante dans le champ politique et des électeurs dominants dans l'espace social (haut capital culturel, trajectoire méritocratique valorisée, comme Emmanuel Macron).
Le crédit politique repose sur la croyance en des personnes incarnant des dispositions homologues à celles des électeurs.
Les militantspopulaires ne sont pas homogènes (ex: UMP, PC, RN). Le travail de représentation des partis contribue à construire l'image et les frontières de ces groupes sociaux. Souvent, les cadres intermédiaires sont issus des groupes qu'ils représentent, dans une stratégie consciente et intériorisée.
Transformation et « crise » des partis politiques
La crise de la représentation affecte les partis, entraînant un déclin de l'adhésion, de l'ancrage idéologique et du militantisme.
Le rétrécissement des répertoires partisans
Bernard Manin parle de la « démocratie du public », caractérisée par :
- La personnalisation du parti par le leader.
- La médiatisation du débat politique.
- L'influence déterminante des sondages d'opinion.
- La volatilité des comportements électoraux et le déclin du vote de classe.
Ces transformations affaiblissent les loyautés partisanes traditionnelles, créant un rapport plus direct mais fluctuant entre dirigeants et citoyens. Les électeurs agissent comme un "public" réagissant à l'offre politique.
L'affaiblissement de l'ancrage social des partis
Historiquement, le vote de classeétait fort (ex: 70% des ouvriers votaient PC, 80% des catholiques pratiquants votaient à droite). L'ancrage social des partis était lié à l'homologie structurelle.
Aujourd'hui, les engagements sont devenus des « engagements post-it ». Les associations se professionnalisent et maintiennent une distance avec les partis. Les liens entre mouvements sociaux et partis s'affaiblissent, et le vote de classe décline. Ces facteurs indiquent un affaiblissement de l'ancrage social des partis.
Exemple du PCF : Entre les deux guerres, le PCF a construit une forte base ouvrière, répondant à leurs demandes sociales et transformant le stigmate ouvrier en fierté. Après-guerre, il était le 1er parti français(1946-1958) avec un million d'adhérents, un milieu de vie complet. Son apogée a eu lieu dans les années 1950-1960, avec un organe de presse actif (L'Humanité) et une forte influence intellectuelle. Son assise principale était le mouvement ouvrier, offrant protection, identification et sociabilité. Le PCF formait ses militants et, en valorisant l'ethos ouvrier, revendiquait le monopole de leur représentation. Il y a eu un processus circulaire : le PCF a donné de la consistance àla classe ouvrière, et cette dernière a légitimé le PCF comme son unique représentant.
À partir des années 1980, le PCF a connu un déclin : chute du nombre d'adhérents, disparition des organisations satellites, délitement du lien avec la CGT, baisse du tirage de L'Humanité, et un vieillissement de la base militante. Ce déclin est lié à la désindustrialisation et à la désagrégation de la sociabilité ouvrière, face à la montée de l'individualisme et la concurrence sur le marché du travail.
Le déclindu militantisme
En France, le militantisme est faible et en déclin (moins d'1% des électeurs sont militants). Toutefois, les partis adaptent leurs campagnes d'adhésion en fonction des cycles électoraux (élections des dirigeants, présidentielles).
Recomposition de la fonction programmatique
Otto Kirchheimer a développé le concept de partis « attrape-tout », s'opposant aux partis de masse. Ces partis visent moins les militants idéologisés que les électeurs, privilégiant les objectifs électoraux. Ils externalisent la production de programmes (think tanks, sondages) et leurs alternatives sont moins tranchées (sauf pour certains partis comme le RN qui n'a jamais eu à mettre en œuvre son programme).
La crise des partis est donc caractérisée par l'affaiblissement de l'ancrage social, du militantisme, et la recomposition de la fonction programmatique.
Cependant, Richard Katz et Peter Mair remettent en question cette idée de crise, parlant plutôt d'une transformation des partis politiques, qu'ils qualifient de « partis cartels ». Cette thèse repose sur deux constats :
- Le rapprochement du parti et de l'État.
- La professionnalisation des partis politiques.
Dans cemodèle, la compétition idéologique s'estompe au profit d'une concurrence entre acteurs du champ politique. Les partis mettent en place des mécanismes de coopération implicite pour assurer leur pérennité institutionnelle collective. Cette entente vise à protéger leur position privilégiée d'intermédiaires entre la société civile etl'appareil étatique, ainsi qu'à sécuriser l'accès aux ressources publiques. Il s'agit d'un renversement de la relation traditionnelle où les partis étaient des intermédiaires entre la société et l'État ; désormais, l'État finance les partis cartels comme des agences pour animerla vie publique.
Le financement public introduisant en France pour lutter contre la corruption a consolidé les partis :
- Il a augmenté leurs ressources.
- Mais les a rendus dépendants de l'État (ex: en 2021,le financement public représentait une part significative des recettes de LREM ou LFI, alors que les cotisations d'adhérents étaient faibles).
La régulation étatique croissante des médias de masse favorise également les formations établies. Les partis cartels (essentiellement despartis de gouvernement) s'entendent pour réduire la compétition électorale. Le vote est libre, mais les candidats les plus médiatisés et financés sont ceux des partis établis, ce qui délégitime les partis hors cartel. En France, les partis bénéficient de financements publics s'ils ontrécolté au moins 1% des suffrages exprimés.
La professionnalisation entraîne une centralisation des partis, qui s'appuient sur la démocratie d'opinion, les sondages et les techniques de communication. Avec la baisse du nombre de militants, des partis commele PS s'appuient sur de nombreux élus locaux.
Les grands partis historiques (UMP, LR) s'appuient sur des responsables municipaux adhérents. Ces partis peuvent user de la discrétion partisane, mettant en avant leur implantation locale. L'importance desélus renforce le recentrage sur les enjeux électoraux, conduisant à un recours accru aux prestataires externes (consultants, sondages).
Les partis gardent une emprise sur l'entrée en politique (professionnalisation des auxiliaires, socialisation politique, sélection et distribution des candidatures).
Deux thèses s'opposent :
- Fin des partis politiques (avec le déclin du militantisme et la personnalisation accrue).
- Cartellisation (transformation vers des partis plus liés à l'État).
Élites, professions, carrières et métier politiques
La politique est aujourd'hui exercée par des individus professionnalisés. La critique de Michels sur la monopolisation des fonctions politiques par une « élite politique » pointe une crise de la représentation. Cependant, la politique a toujoursété exercée par des professionnels ou des individus en voie de professionnalisation.
Les questions clés sont : Qui entre en politique ? Quelles ressources favorisent cet accès ?
Une élite politique ?
La sélection sociale du personnel politique
Legroupe des responsables élus est peu représentatif de la population. Plus on monte dans la hiérarchie des postes, plus la surreprésentation des catégories supérieures est flagrante. La hiérarchie des postes organise le champ politique (ex: ministre des finances vs. ministre de l'environnement).
Il n'y a pas de progrès social linéaire en matière de représentativité. La IIIème et IVème Républiques ont connu une relative démocratisation qui s'est inversée sous la Vème, fermant l'accès à une réelle ouverture sociale.
- 1871-1914 : Professionnalisation de la politique, déclin de l'aristocratie au profit d'élites intellectuelles (bourgeois, professions libérales et intellectuelles). Les enseignants sont surreprésentés, les hauts fonctionnaires sontrares.
- IVème République : Ouverture plus tardive aux classes populaires (ouvriers et employés représentent jusqu'à 11% des députés entre 1919-1940).
- Vème République : L'ouverture s'est inversée. Le poids des ouvriers/employés n'a jamais dépassé 3,5% des députés. La proportion d'élus cadres s'est renforcée. La diversité reste faible (peu de députés issus de l'immigration en 2012, mais 35 en 2017).
Les ministres sont socialement homogènes : entre 1959 et 1980, 92% étaient issus des catégories sociales supérieures (représentant 7% de la population). Les hauts fonctionnaires sont passés de 12% à 30% parmi les ministres. Les ministres de gauche ont souvent un capital culturel élevé, tandis que ceux de droite ont un capital économique élevé. Plus de 78% des élus entre 1986 et 2014 étaient issus des catégories sociales supérieures ; 12% n'avaient fait que de la politique.
Les élus sont souvent des élites en ascension sociale plutôt que des élites déjà installées. En 2012, de nombreux novices sont arrivés à l'Assemblée Nationale (plus jeune, plus féminisée, mais toujours socialement fermée). En 2017, un basculement vers le privé et les fractions managériales/entreprenariales s'est opéré.
Au niveau local, la surreprésentation des catégories supérieures s'accroît avec la hiérarchie des postes. La décentralisation a renforcé l'importance des cadres et professions intellectuelles supérieures parmi les maires.
Les déterminants de l'accès au capital politique
Bien que l'accès à la politique dépend de l'élection et non de l'affiliation, êtreissu d'une famille politique (grâce à la notoriété, à l'introduction dans des réseaux, ou à une socialisation spécifique) peut renforcer les chances d'éligibilité et d'ascension au sein d'un parti. Les Le Pen, les Debré, ou les lignées politiquesrurales sont des exemples de cet héritage.
Le diplôme est un autre critère important. Le niveau de diplôme des députés et ministres est élevé, souvent combiné à un statut social (origine, profession). Certaines professions sont propices à la carrière politique :les fonctionnaires, par exemple, bénéficient de disponibilités et de la possibilité de réintégrer leur ancien métier. D'autres professions (médecins) sont moins compatibles en raison de la nécessité de maintenir une clientèle.
Les savoir-faire spécifiques (rhétorique, carnet d'adresses) sont utiles. L'instauration de l'ENA a renouvelé les élites politiques, apportant de nouvelles compétences (gestion des finances publiques). Les diplômés de l'ENA intègrent rapidement le champ politique, créant des carrières au centre du pouvoir.
La surreprésentation de certaines catégories socio-professionnelles reflète la domination de certains capitaux (social, économique, culturel) dans la compétition politique. Le capital culturel est devenu très important depuis la Seconde Guerre mondiale, corrélé à l'origine sociale.
Le niveau de diplôme, la profession et l'origine socialesont des indicateurs de la position d'un individu dans le champ politique. L'importance du capital culturel révèle une transformation des compétences techniques valorisées (économie plutôt que droit).
Des mécanismes d'autocensure jouent un rôle dans la sélection : il faut sesentir légitime, disposer d'une aisance sociale, de hauts diplômes, d'une légitimité de compétence et de ressources économiques stables. Se penser candidat implique une socialisation familiale et politique spécifique.
Le genre est un déterminant majeur : les femmes sont sous-représentées malgré les lois sur la parité (36% des députés en France, place au 35e rang mondial en 2025). Le droit de vote et d'éligibilité n'ayant été acquis que tardivement (1944), lesfemmes ont accumulé moins de capital politique et souffrent d'un déficit de légitimité structurel. La politique est historiquement un domaine masculin.
La socialisation politique différenciée a privé les femmes des opportunités d'apprendre les codes et rituels dela compétition politique. Les lois sur la parité (1999, 2000, 2007, 2013, 2014) visent à réduire la crise de représentation, partant du principe qu'une assemblée plus représentative de la société seraitplus légitime. Ces lois ont pu conduire à une augmentation des femmes dans les exécutifs locaux, mais les positions de commandement restent majoritairement masculines.
Les lois sur la parité ont des contraintes variables :
- Contraintes strictes : Alternancehomme/femme pour les postes peu prestigieux.
- Contraintes incitatives : Pour les postes prestigieux, les partis peuvent préférer payer des pénalités plutôt que de présenter des candidates féminines.
- Aucune contrainte : Pour les postes exécutifs dominés par les hommes.
Pour contourner ces règles, les partis peuvent présenter des femmes dans des circonscriptions non gagnables, organiser des dissidences (ex: listes sénatoriales), ou faire démissionner des femmes pour faire remonter des hommes. Les femmes sont souvent victimesd'une « loi d'airain de l'oligarchie genrée ». Elles cumulent moins de mandats et ont moins de capital politique, en partie à cause de la division inégale des tâches domestiques et des injonctions contradictoires (être compétitive mais féminine, représenter les femmes etla population).
Les médias jouent un rôle majeur dans la construction sexuée des postes politiques, et peuvent stigmatiser les femmes (virilisées si compétentes, hypersexualisées si incompétentes, ou réduites à la figure de la "bonne mère").
Un effet générationnel est observable depuis 2010 : la parité est devenue une cause sans adversaire. Cependant, la répartition genrée des fonctions (femmes au "care", hommes aux fonctions régaliennes) persiste.
La longévité élective : L'âge moyen des députés a longtemps vieilli (57,5 ans en 2017) mais a rajeuni depuis (49 ans à l'AN en 2017) grâce à la loi sur le non-cumul des mandats. Lecumul des mandats (vertical ou horizontal) a favorisé la longévité et la professionnalisation des carrières, en neutralisant la concurrence et permettant d'accumuler des indemnités et des gratifications symboliques. Cependant, plusieurs lois (1985, 2000, 2014) ont progressivement réduit le cumul des mandats en France.
Faire carrière en politique
La profession politique, longtemps taboue au nom du désintéressement, est désormais plus acceptée. La professionnalisation est perçue comme nécessaire pour gérer la complexité des problèmes publics. Elles'est engagée depuis la fin du XIXème siècle.
Devenir politique, c'est appartenir à un groupe social spécifique (avec ses codes, coûts d'entrée/sortie) et acquérir un "métier" (savoir-faire hétérogènes, expérience).
Vivre pour et de la politique
Les savoirs politiques ne sont pas standardisés et s'apprennent par l'expérience. Les savoirs de gouvernement sont devenus essentiels (économie, communication).
Les savoirs rationalisés se sont transformés avecle temps :
- IIIème République : Importance de l'éloquence, du droit, de la rhétorique (avocats, juristes surreprésentés).
- Années 1960 : Afflux d'énarques et hauts fonctionnaires, redéfinissant les savoir-faire légitimes (gestion des finances publiques). Valéry Giscard d'Estaing incarne ces nouveaux profils.
- Crise économique : Renforcement de la maîtrise des savoirs économiques.
- Experts : Les politiques doivent savoir dialoguer avec des experts.
- Politiques publiques : Les élus sont perçus comme responsables des décisions de politiques publiques.
La communication politique et le marketing sont devenus centraux (médias, internet, réseaux sociaux). Les professionnels doivent maîtriser ces outils pour créer une identité stratégique et se mettre en scène. Ils sont entourés d'experts pour façonner leur image. Étienne Ollion montre que les novices en politique sont troublés par la gestion de la différence entre leurpersonne physique et leur personne publique, apprenant à maîtriser leur image et à gérer l'exposition de leur vie privée.
Les compétences liées à la compétition politique sont l'éloquence et la capacité à faire de la « popol » (politique politicienne : transactions, attaques médiatiques, capacité à jouter et à trahir). Ces savoir-faire dépendent du type de parti, de mandat, et du public.
Le métier politique ne se résume pas à des compétences rationnelles ; il est souvent « bricolé ». Christian Le Bart identifie 4 dimensions de ce bricolage :
- Identitaire : Construire une identité cohérente, adaptable aux publics, promouvoir des identités collectives (nation, ville, classe).
- Rhétorique : Produire des discours distinctifs, justifier les actions.
- Décisionnelle : Endosser la responsabilité des décisions (même si collectives).
- Idéologique : Se référer à des valeurs, des traditions, des visions du monde, concilier des exigences contradictoires.
Le professionnel politique doit jongler entre ces identités et publics (ex: le maire, entre proximité locale, gestion, tradition). Cet « habitus politique professionnel » s'acquiert par la socialisation politique de terrain. Les études récentesmontrent une file d'attente croissante pour entrer dans le jeu politique, qui forme, discipline et sélectionne. Lucie Bargel, sur les organisations de jeunesse, montre comment les jeunes apprennent à apprécier la politique (même les tâches peu valorisantes) et à discipliner leurs attentes.
La socialisation politique sélectionne des individus avec des dispositions conformes au jeu politique. La plupart des mandats locaux ne permettent pas de vivre uniquement de la politique. Les carrières politiques sont difficiles, incertaines, mais peuvent offrir des rétributions symboliques (notoriété, honneur, pouvoir, prestige, estime de soi)et matérielles (indemnités). L'indemnité parlementaire, instaurée en 1789, permet aux députés d'en vivre à partir de 1906. Cependant, à partir des années 2000, les députés ont connu un double « décrochage » économique : par rapport à l'élite financière et à la population générale (leur revenu étant indexé sur la fonction publique). Le statut est passé d'une fonction libérale très bien payée à celle d'un cadre salarié correctement payé. L'activité politique offre une ascension sociale plutôt qu'économique.Seul le cumul de fonctions politiques locales permet de vivre de la politique locale.
Il existe deux types de cumuls des mandats :
- Cumul mixte/vertical : Entre un mandat parlementaire et un mandat local. Historiquement fort en France, il a étéréglementé par plusieurs lois (1985, 2000, 2014) qui l'ont progressivement réduit. Il favorise la longévité des carrières, la professionnalisation, et permet d'articuler les échelons locaux et nationaux.
- Cumul horizontal : Plusieurs mandats locaux.
Les carrières et leurs transformations
Le « cursus honorum » désigne la progression dans les carrières politiques, qui peuvent être distinguées en plusieurs filières :
- Filière notabiliaire : Dominée par les notables sous la IIIème République (propriétaires fonciers), caractérisée par un cursus honorum local et traditionnel.
- Filière partisane : Grâce à la collectivisation des organisations partisanes, elle permet l'accès aux ressources collectives et aux positions électives. Elle favorise une ouverture sociale du personnel politique (enseignants, ouvriers, employés).
- Filière technocratique : Propre à la Vème République, elle permet aux hauts fonctionnaires(souvent issus de grandes écoles comme l'INSPI) d'accéder directement à des fonctions politiques après un passage en cabinet ministériel. Elle est caractérisée par une forte sélectivité et une fermeture sociale. Cinq présidents de la République sur huit ont suivi cette filière.
- Filière professionnelle : Accès via la socialisation politique universitaire (IEP), puis collaboration d'élu, suivie de l'obtention d'un mandat local, parlementaire, puis gouvernemental.
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