Nutrition and Non-Communicable Diseases Epidemiology

50 cards

An overview of the epidemiology of non-communicable diseases, including mortality, prevalence, and incidence rates, along with the process for developing nutritional recommendations and their relationship with cardiovascular diseases, cancer, and eating behaviors.

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Review
Question
Comment la mortalité par accident vasculaire cérébral (AVC) a-t-elle évolué en France?
Answer
Globalement, la mortalité par AVC a diminué en France, pour tous âges et sexes, à l'exception des plus de 85 ans.
Question
Quel est l'avantage principal d'une méta-analyse?
Answer
Synthèse quantitative des données issues de plusieurs études, offrant une meilleure estimation de l'effet.
Question
Quel grade de recommandation HAS correspond au niveau de preuve 1?
Answer
Le grade de recommandation A (preuve établie) correspond au niveau de preuve 1.
Question
La consommation de boissons sucrées est-elle associée à une augmentation du poids chez les adultes et les enfants?
Answer
Oui, la consommation de boissons sucrées est associée à une augmentation du poids chez les adultes et les enfants, indépendamment de la méthodologie d'étude.
Question
Quelle est la prévalence globale de l'obésité chez les adultes en France?
Answer
La prévalence globale de l'obésité chez les adultes en France est de 17,2%.
Question
Qu'est-ce que l'Evidence-Based Medicine (EBM)?
Answer
L'EBM, ou médecine fondée sur les preuves, utilise la recherche scientifique pour guider les décisions cliniques, en intégrant les préférences du patient et l'expérience du médecin.
Question
Quels sont les mécanismes par lesquels les fruits et légumes protègent contre les maladies cardiovasculaires?
Answer
Les fruits et légumes protègent contre les maladies cardiovasculaires grâce à leur richesse en fibres, vitamines C, caroténoïdes et antioxydants, réduisant le cholestérol et la pression artérielle.
Question
Combien de nouveaux cas de cancers sont estimés en France métropolitaine en 2018?
Answer
Environ 382 000 nouveaux cas de cancers ont été estimés en France métropolitaine en 2018.
Question
La consommation de fruits et légumes est-elle associée à une diminution ou une augmentation du risque de maladie coronaire?
Answer
La consommation de fruits et légumes est associée à une diminution du risque de maladie coronaire. Le risque diminue de manière linéaire jusqu'à 400g/jour.
Question
Que signifie un RR < 1?
Answer
Un RR < 1 signifie que l'exposition est un facteur protecteur, réduisant le risque de développer la maladie.
Question
Comment calcule-t-on le taux d'incidence?
Answer
Le taux d'incidence se calcule en divisant le nombre de nouveaux cas par la population à risque sur une période donnée.
Question
Comment la prévalence du surpoids et de l'obésité infantile en France se compare-t-elle à celle des autres pays européens?
Answer
En France, la prévalence du surpoids et de l'obésité infantile est plus faible que dans la plupart des autres pays européens.
Question
Qu'est-ce qu'une méta-analyse?
Answer
Une méta-analyse combine quantitativement les données de plusieurs études pour une estimation plus précise de l'effet global.
Question
Comment la prévalence du surpoids et de l'obésité en France a-t-elle évolué entre 2006 et 2015?
Answer
Entre 2006 et 2015, la prévalence du surpoids et de l'obésité en France s'est stabilisée après une augmentation notable jusqu'en 2006.
Question
Comment le taux d'incidence du cancer a-t-il évolué entre 2010 et 2018 pour les hommes?
Answer
Entre 2010 et 2018, le taux d'incidence du cancer chez les hommes a eu une baisse de 1,4 % par an, principalement due à la diminution du cancer de la prostate.
Question
Comment l'espérance de vie varie-t-elle en fonction du revenu et du sexe?
Answer
L'espérance de vie augmente avec le revenu. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, quelle que soit la catégorie de revenu.
Question
Comment la prévalence du diabète évolue-t-elle avec l'âge et le sexe?
Answer
La prévalence du diabète augmente avec l'âge et est plus faible chez les femmes que chez les hommes.
Question
En France, les maladies non transmissibles représentent quelle part de la morbi-mortalité?
Answer
Les maladies non transmissibles représentent 86,8% de la mortalité totale en France. Les cancers et maladies cardiovasculaires en sont les principales causes.
Question
Quelle est la prévalence globale du diabète en France?
Answer
La prévalence globale du diabète en France est de 5%, plus faible chez les femmes, et augmente avec l'âge.
Question
Quelle est la prévalence totale des cancers en 2018 en France métropolitaine?
Answer
En 2018 en France métropolitaine, environ 3,8 millions de personnes de 15 ans et plus avaient déjà eu un cancer.
Question
Quel est le principal enjeu lors de l'établissement des recommandations nutritionnelles en santé publique?
Answer
La synthèse de l'ensemble des données scientifiques et des facteurs de risque/protection dans une vision globale de santé publique.
Question
Quel est le lien entre la consommation de viande et charcuterie et le risque de mortalité CV?
Answer
Une consommation accrue de viande et charcuterie est associée à une augmentation du risque de mortalité CV, avec un risque relatif de 1,23 entre faibles et grands consommateurs. Cet effet est potentiellement dû à leur teneur élevée en acides gras saturés, gras trans et sel.
Question
Pourquoi la recherche en nutrition n'est-elle pas exempte de conflits d'intérêt?
Answer
L'industrie agro-alimentaire finance de nombreuses études, influençant potentiellement la question, la méthodologie, et les conclusions de la recherche nutritionnelle.
Question
Qu'est-ce qu'un déterminant social de la santé?
Answer
Les circonstances de naissance, de vie, de travail et de vieillissement, ainsi que les systèmes de soins, qui créent des disparités de santé.
Question
Quelles sont les composantes de la nutrition en tant qu'exposition complexe?
Answer
Les composantes de la nutrition sont l'alimentation, l'activité physique et la sédentarité, influencées par des facteurs individuels et environnementaux.
Question
Quel est le lien entre la consommation de produits céréaliers complets et le risque de MCV?
Answer
La consommation de produits céréaliers complets diminue le risque de MCV de manière linéaire, avec une réduction de 22 % pour 90 g/jour, puis l'effet se stabilise.
Question
À quoi sert la standardisation en épidémiologie?
Answer
La standardisation permet de comparer des données d'incidence ou de mortalité entre populations en neutralisant les effets de structure démographique, notamment l'âge.
Question
Quels sont les facteurs alimentaires ou nutritionnels qui augmentent le risque de cancer selon le WCRF/AICR 2018 (mentionnez-en au moins deux)?
Answer
Selon le WCRF/AICR 2018, les facteurs alimentaires augmentant le risque de cancer incluent la consommation d'alcool et la consommation de viande rouge et de charcuterie.
Question
Comment la prévalence de l'obésité adulte en France se compare-t-elle à celle de l'Europe?
Answer
En France, la prévalence de l'obésité adulte est inférieure à la moyenne européenne, les pays les plus touchés étant ceux de l'Est et le Royaume-Uni.
Question
Quel est le rôle ambivalent de l'alimentation?
Answer
L'alimentation est une source de facteurs de risque (contaminants, déséquilibres nutritionnels) et de facteurs protecteurs (apport de nutriments, habitudes équilibrées).
Question
Quelle est la formule de la Fraction de Risque Attribuable (FRA)?
Answer
La FRA est calculée par : FRA=IncidenceexposeˊsIncidencenon exposeˊsIncidenceexpositionFRA = \frac{\text{Incidence}_{\text{exposés}} - \text{Incidence}_{\text{non exposés}}}{\text{Incidence}_{\text{exposition}}}
Question
Quels sont les principaux déterminants nutritionnels des maladies cardiométaboliques?
Answer
Les principaux déterminants nutritionnels incluent la consommation de charcuterie et viande rouge (facteurs de risque), et de boissons sucrées. Les facteurs de protection sont les fruits et légumes, et les produits céréaliers complets.
Question
Comment le taux d'incidence du cancer a-t-il évolué entre 2010 et 2018 pour les femmes?
Answer
Entre 2010 et 2018, l'incidence du cancer chez les femmes a légèrement augmenté, d'environ 0,7 % par an, principalement en lien avec l'augmentation du cancer du poumon et, dans une moindre mesure, celle du cancer du sein.
Question
Quelle est la prévalence globale de l'obésité chez les enfants en France?
Answer
La prévalence globale de l'obésité chez les enfants en France est de 3,9%. Regardez aussi les données ESTEBAN pour 2020-2021 (4,6%).
Question
Quel est le lien entre la consommation de boissons sucrées et le risque de MCV?
Answer
La consommation de boissons sucrées augmente le risque de MCV de 8% par verre, en raison de l'excès d'énergie, de l'intolérance au glucose et de la résistance à l'insuline.
Question
Quelles sont les principales causes de mortalité dans le monde?
Answer
Les maladies non-transmissibles sont les principales causes de mortalité dans le monde, représentant 86,8% des décès en France en 2021. Les cancers et les maladies cardio-neurovasculaires en sont les principaux contributeurs.
Question
Quelles sont les instances d'expertise scientifique en nutrition au niveau national?
Answer
Au niveau national, les instances d'expertise scientifique en nutrition sont l'ANSES et Santé publique France.
Question
Quelle est la référence scientifique internationale pour les relations nutrition-cancer?
Answer
La référence scientifique internationale est le World Cancer Research Fund (WCRF) / American Institute for Cancer Research (AICR).
Question
Que signifie un RR > 1?
Answer
Un RR > 1 indique que l'exposition est un facteur de risque de la maladie. Il y a plus de risque chez les exposés que chez les non exposés.
Question
Quels sont les quatre niveaux de preuve pour les études scientifiques?
Answer
Les quatre niveaux de preuve sont : 1 (essais randomisés de forte puissance, méta-analyses), 2 (essais de faible puissance, cohortes), 3 (cas-témoins) et 4 (séries de cas, études descriptives).
Question
Quels sont les facteurs nutritionnels qui influent sur la balance énergétique et la prise de poids?
Answer
Les facteurs incluent la fréquences des consommations (grignotage), les aliments à haute densité énergétique, les boissons sucrées et la taille des portions.
Question
Quelles sont les étapes de la cancérogenèse chimique?
Answer
Les étapes sont : initiation (anomalies génétiques), promotion (multiplication des cellules anormales), et progression (accumulation d'anomalies, angiogenèse, métastases).
Question
Quelle est la formule du Risque Relatif (RR)?
Answer
Le Risque Relatif (RR) est le rapport entre le risque chez les exposés et le risque chez les non exposés : RR = Risque exposés / Risque non exposés.
Question
Quel a été l'impact de la crise sanitaire COVID-19 sur le statut pondéral des enfants dans le Val de Marne entre 2018 et 2021?
Answer
La crise sanitaire du COVID-19 a entraîné une augmentation du surpoids (8,6% à 11,2%) et de l'obésité (2,8% à 4,6%) chez les enfants du Val-de-Marne.
Question
Quels sont les principaux déterminants environnementaux du comportement alimentaire et de l'activité physique?
Answer
Les déterminants environnementaux incluent l' environnement bâti, le marketing alimentaire, les tailles de portion, l'offre alimentaire et les prix. Les inégalités sociales influencent aussi ces comportements.
Question
Qu'est-ce que la prévalence en épidémiologie?
Answer
La prévalence mesure la proportion de cas d'une maladie dans une population à un instant donné. Elle s'exprime en pourcentage.
Question
Quelles sont les principales causes de mortalité en France en 2021?
Answer
En 2021 en France, les principales causes de décès étaient les cancers (25,7%), les maladies cardio-neurovasculaires (20,9%) et le Covid-19 (9,2%).
Question
Comment la mortalité par maladies non-transmissibles a-t-elle évolué en France?
Answer
En France, la mortalité par maladies non-transmissibles a globalement diminué sur le long terme, particulièrement pour les maladies cardio-circulatoires par rapport aux cancers.
Question
Quel pourcentage de la mortalité totale en France est attribuable aux maladies non transmissibles en 2021?
Answer
En 2021, les maladies non transmissibles représentaient 86,8% de la mortalité totale en France.
Question
Quels sont les facteurs alimentaires ou nutritionnels qui diminuent le risque de cancer selon le WCRF/AICR 2018 (mentionnez-en au moins deux)?
Answer
Les fibres et les produits laitiers diminuent le risque de cancer, avec un niveau de preuve probable.

Relations Nutrition-Santé

La nutrition joue un rôle fondamental dans la santé humaine, influençant de manière significative le risque de développer diverses maladies non transmissibles (MNT) telles que les maladies cardio-métaboliques et les cancers. Cette fiche de cours explore en profondeur l'épidémiologie de ces maladies, les processus d'élaboration des recommandations nutritionnelles basées sur des preuves scientifiques, les liens spécifiques entre la nutrition et les maladies cardio-métaboliques et les cancers, ainsi que les déterminants individuels et environnementaux du comportement alimentaire.

I. Introduction

La relation entre la nutrition et la santé est complexe et multifactorielle. L'alimentation, l'activité physique et la sédentarité sont des facteurs interdépendants qui modèlent notre état de santé tout au long de la vie. Ces facteurs sont influencés par des déterminants individuels (biologiques, génétiques, psychologiques, croyances) et environnementaux (sociétaux, politiques, législatifs). Au cours d'une vie, un individu ingère des milliers de tonnes d'aliments et de litres de boissons, composés de nutriments, de constituants végétaux, mais aussi de contaminants et de produits de dégradation, tous corrélés entre eux et ayant un impact sur la santé. L'alimentation peut agir à la fois comme source de facteurs de risque (déséquilibres nutritionnels, contaminants) et comme facteur protecteur (alimentation variée et équilibrée). L'impact des constituants alimentaires dépend de leur nature, quantité, modifications technologiques et de la constance des habitudes alimentaires à travers le temps.

II. Épidémiologie des Maladies Non-Transmissibles

L'épidémiologie est l'étude de la distribution et des déterminants des états ou événements liés à la santé dans des populations spécifiques, et l'application de cette étude au contrôle des problèmes de santé. En nutrition-santé, elle permet de comprendre l'ampleur des MNT et le rôle de la nutrition.

Généralités et Objectifs

Les objectifs de cette partie sont de :

  • Connaître les principales causes de morbi-mortalité liées à la nutrition dans le monde et en France.

  • Quantifier la part attribuable à la nutrition dans la morbi-mortalité en France.

  • Comprendre le processus d'établissement des recommandations nutritionnelles.

  • Identifier les facteurs de risque et de protection nutritionnels pour les MNT.

  • Connaître les déterminants du comportement alimentaire.

Indicateurs Épidémiologiques

  • Prévalence : C'est un indicateur statique de morbidité, représentant la proportion du nombre de cas d'une maladie observée à un instant donné sur la population dont sont issus les cas. Elle s'exprime en chiffre ou en pourcentage. Par exemple, 14,5% des adultes en France étaient en situation d'obésité en 2009.

  • Incidence : C'est un indicateur dynamique de morbidité qui mesure la vitesse de survenue de la maladie dans une population. Elle est utilisée pour les maladies transmissibles (ex: Covid) mais aussi non-transmissibles. Le numérateur est le nombre de nouveaux cas apparus pendant une période donnée.

  • Standardisation : Méthode permettant de comparer des indicateurs (incidence, mortalité) entre différentes populations ou pour une même population à des moments différents, en s'affranchissant des effets liés à la démographie (ex: structure d'âge). On rapporte les indicateurs observés à ceux d'une "population de référence" par pondération. Pour les comparaisons internationales, une population "moyenne" est utilisée.

Principales Causes de Mortalité

  • Monde : Les maladies non transmissibles (MNT) sont désormais les principales causes de mortalité, ayant dépassé les maladies transmissibles.

  • Europe : En Europe occidentale, les MNT dominent très majoritairement les causes de mortalité. La France a un taux de mortalité particulièrement faible parmi les pays européens.

  • France (Données 2021) :

    • Cancers : 25,7% des décès.

    • Maladies cardio-neurovasculaires : 20,9%.

    • Covid-19 : 9,2%.

    • Les MNT représentent au total 86,8% de la mortalité totale.

    • Avant la Covid-19 (2018-2019), les estimations étaient de 28% pour les cancers et 23% pour les MCV. La pandémie a temporairement modifié la proportion entre maladies transmissibles et non-transmissibles.

Tendances Temporelles de la Mortalité

  • Globalement : Une diminution de la mortalité est observée sur le long terme, notamment pour les MNT. Cette baisse est plus marquée pour les maladies cardio-circulatoires que pour les cancers.

  • Accident Vasculaire Cérébral (AVC) : La mortalité par AVC a globalement diminué, tous sexes et classes d'âge confondus (sauf au-delà de 85 ans). Les gains sont plus importants chez les jeunes.

Prévalence des Maladies Spécifiques

  • Cancer (France Métropolitaine, 2018) :

    • Incidence : 382 000 nouveaux cas.

    • Prévalence totale : Environ 3,8 millions de personnes de 15 ans et plus ayant eu un cancer au cours de leur vie, en augmentation en raison de l'accroissement des nouveaux cas et de l'amélioration de la survie. Le risque de second cancer est augmenté de 36% pour ces personnes.

    • Chez les femmes : 177 400 nouveaux cas, principalement sein, colorectal et poumon. Le taux standardisé monde (TSM) est de 374,0 pour 100 000 habitants, avec un âge médian au diagnostic de 67 ans.

    • Chez les hommes : 204 600 nouveaux cas, principalement prostate, poumon et colorectal. Le TSM est de 330,2 pour 100 000 habitants, avec un âge médian au diagnostic de 58 ans.

    • Tendance temporelle : Stabilisation ou baisse des taux d'incidence du cancer (ralentissement de la progression de par an entre 2010 et 2018 pour les femmes – lié à l'augmentation des cancers du poumon et du sein ; baisse de par an pour les hommes – lié à la baisse du cancer de la prostate) et baisse du taux de mortalité, attribuée aux politiques de dépistage et à l'amélioration des traitements.

  • Diabète :

    • Prévalence globale : 5%.

    • Plus faible chez les femmes que chez les hommes, elle augmente avec l'âge (pour le diabète de type 2).

    • Les données de prévalence sont souvent sous-estimées, car elles se basent sur le diabète traité pharmacologiquement, ignorant les cas non diagnostiqués.

  • Corpulence (Obésité et Surpoids) :

    • Prévalence globale de l'obésité chez les adultes : 17,2%.

    • Prévalence globale de l'obésité chez les enfants : 3,9%.

    • En Europe : La France a une prévalence du surpoids et de l'obésité infantile plus faible que la moyenne européenne, notamment des pays méditerranéens. Pour les adultes, la France est également en dessous de la moyenne européenne. Ces chiffres, basés sur des données déclaratives, peuvent sous-estimer la réalité.

    • Tendance temporelle (Adultes en France) :

      • Avant 2006 : Augmentation inquiétante de la prévalence de l'obésité (Études ObEPI sur données déclarées).

      • Après 2006 : Stabilisation de la prévalence du surpoids et de l'obésité, selon des études robustes (ENNS 2006, ESTEBAN 2014-2015) utilisant une méthodologie standardisée et représentative. Les données ObEPI, malgré leur biais déclaratif, ont montré une stabilisation.

    • Impact de la crise sanitaire Covid-19 (Val-de-Marne, enfants en maternelle) : Évolution défavorable avec doublement des pourcentages de surpoids et d'obésité entre 2018-2019 et 2020-2021.

    • Projections : Le vieillissement de la population et l'augmentation de la prévalence du diabète et de l'obésité laissent prévoir une augmentation de l'incidence des MNT liées à la nutrition.

Inégalités Sociales de Santé

  • Définition : Les inégalités sociales de santé sont des différences systématiques, évitables et injustes en matière de santé entre différents groupes sociaux. Elles sont dues aux déterminants sociaux de la santé (circonstances de vie, de travail, etc.).

  • Gradient social : L'état de santé varie selon un gradient progressif en fonction des déterminants sociaux (revenu, niveau d'études).

    • Espérance de vie : Elle est plus élevée pour les femmes que pour les hommes, et augmente avec le revenu. La différence entre le premier et dernier vingtile de revenu est de 13,1 ans pour les hommes et 8,3 ans pour les femmes, une différence plus grande que celle entre hommes et femmes. Le niveau d'études module également l'espérance de vie, et le revenu ne compense que partiellement un faible niveau d'études.

    • Mortalité et prévalence du diabète : Les populations défavorisées ont des taux de mortalité standardisés plus élevés pour des maladies comme l'infarctus du myocarde, l'AVC, ou l'insuffisance cardiaque. La prévalence du diabète est également plus élevée dans les zones de fort désavantage social.

    • Statut pondéral : L'étude ESTEBAN montre un gradient social clair de la prévalence de l'obésité selon le niveau d'éducation (de 30% chez les > Bac+3 à 60% chez les non-bacheliers). Ces disparités se reproduisent d'une génération à l'autre.

    • Impact Covid-19 : Les zones d'éducation prioritaire (familles défavorisées) ont connu un risque accru de surpoids et d'obésité chez les enfants pendant la crise sanitaire.

  • Conclusion : Les MNT représentent la majeure partie de la morbi-mortalité en France, avec les cancers et les maladies cardiovasculaires en tête. Bien que des améliorations soient observées pour l'incidence et la mortalité des MCV et cancers, on constate une augmentation de la prévalence du diabète et une stabilisation fragile de l'obésité. Les disparités sociales sont omniprésentes dans toutes les MNT, ce qui en fait un enjeu majeur en prévention et traitement.

III. Processus d'Élaboration des Recommandations

L'élaboration de recommandations nutritionnelles repose sur une démarche scientifique rigoureuse visant à synthétiser les données de la recherche.

Principes et Définitions

  • Objectifs : Connaître le processus d'établissement des preuves scientifiques, comprendre l'apport de différents types d'études et identifier les structures d'expertise.

  • Evidence-Based Medicine (EBM) : La Médecine fondée sur les preuves propose une démarche structurée :

    1. Formuler la question clinique.

    2. Rechercher la littérature pertinente.

    3. Évaluer la fiabilité et l'applicabilité des résultats.

    4. Utiliser ces résultats pour répondre à la question. Elle implique un esprit critique et de synthèse, car toutes les études n'ont pas le même niveau de preuve. La décision médicale intègre les données de la recherche, les préférences du patient et l'expérience clinique.

  • Démarche : Une étude seule, même bien menée, ne peut apporter une réponse définitive. Différents types d'études sont nécessaires pour apporter des pièces du puzzle. Seule une évaluation rigoureuse et collective de l'ensemble des résultats disponibles permet d'élaborer des recommandations.

Établissement du Niveau de Preuve et de l'Association

L'expertise scientifique fournit deux types de réponses :

  • Niveau de preuve : Degré de certitude apporté par les données disponibles. Il dépend de l'avancement des travaux, de la qualité et de la complémentarité des études.

    • Niveau 1 (le plus élevé) : Essais comparatifs randomisés (ECR) de forte puissance, Méta-analyses d'ECR, analyses de décision basées sur des études bien menées.

    • Niveau 2 : ECR de faible puissance, études comparatives non randomisées bien menées, études de cohortes.

    • Niveau 3 : Études cas-témoins.

    • Niveau 4 (le plus faible) : Études comparatives avec biais, études rétrospectives, séries de cas, études descriptives.

  • Association : Évaluation de la relation statistique entre un facteur d'exposition et un événement de santé.

    • Direction de l'association : Facteur de protection ou facteur de risque.

    • Force de l'association : Calcul du risque relatif (RR).

Méta-analyse

  • Définition : Analyse combinée de plusieurs études indépendantes sur un même sujet.

  • Présentation ("Forest Plot") : Chaque ligne représente une publication avec son Risque Relatif (RR) et son Intervalle de Confiance (IC). La taille du carré correspond à la taille de l'étude. La dernière ligne (diamant) résume l'effet combiné.

  • Avantages : Synthèse quantitative exhaustive et reproductible, meilleure estimation de la taille de l'effet, utile pour les grandes variabilités entre études.

  • Limites : Coûteuse en temps et ressources, dépend de l'existence et de la qualité intrinsèque des études, biais de publication (études négatives moins publiées).

Mesures d'Association

  • Risque Relatif (RR) : Rapport entre le risque chez les exposés et chez les non-exposés, ou rapport d'incidence.

    • : Pas de lien entre exposition et maladie.

    • : L'exposition est un facteur protecteur. Ex: signifie 20% de risque en moins.

    • : L'exposition est un facteur de risque. Ex: signifie 23% de risque en plus.

  • Fraction de Risque Attribuable (FRA) : Proportion des cas de maladie chez les personnes exposées qui peut être attribuée à cette exposition. Elle dépend de l'incidence de la maladie chez les exposés et non-exposés, et de l'incidence de l'exposition. Utilisée pour estimer l'importance relative d'une exposition (ex: part des cancers attribuables à l'alcool).

Niveau de Preuve et Grade de Recommandation HAS

Le niveau de preuve détermine le grade de recommandation (méthodologie à connaître, souvent à l'examen) :

Grade de recommandation

Niveau de preuve

Type d'études

A – Preuve établie

Niveau 1

ECR de forte puissance, Méta-analyses d'ECR, Analyse de décision

B – Présomption scientifique

Niveau 2

ECR de faible puissance, Études comparatives non randomisées, Études de cohortes

C – Faible niveau de preuve

Niveau 3 ou 4

Études cas-témoins, études comparatives avec biais, études rétrospectives, séries de cas, études descriptives

Établissement des Recommandations en Nutrition

  • Nutrition : une exposition complexe : L'alimentation est une exposition complexe, comprenant des nutriments, des constituants végétaux, des contaminants. Elle est influencée par des facteurs individuels (biologiques, génétiques, psychologiques, culturels) et environnementaux (sociaux, politiques).

  • Rôle ambivalent de l'alimentation : L'alimentation est à la fois source de facteurs de risque (déséquilibres, contaminants) et de protection (alimentation équilibrée, nutriments protecteurs). Les effets dépendent de la nature, de la quantité et des modifications technologiques des apports, ainsi que des habitudes alimentaires sur la durée. La "toile causale de l'obésité" illustre cette complexité.

  • Objectifs des recommandations nutritionnelles : Établir des repères pour une alimentation favorable à la santé à partir des données scientifiques, en identifiant les relations spécifiques entre consommations alimentaires/nutritionnelles et la santé (cancers, maladies cardiovasculaires, etc.). Il s'agit d'identifier les facteurs de risque et de protection, ainsi que les quantités/doses optimales. L'enjeu est de synthétiser ces informations dans une vision de santé publique.

  • Point de vigilance : Conflits d'intérêt : La recherche en nutrition peut être soumise à des conflits d'intérêt, notamment financiers, de l'industrie agro-alimentaire. Ceux-ci peuvent influencer la définition des questions de recherche, la méthodologie, les résultats et les conclusions. Il est crucial que les recommandations scientifiques soient produites de manière indépendante de ces biais.

    • Exemple : Une étude a montré un Risque Relatif (RR) de 5,00 (IC95% 1,29-10,34) pour les conclusions d'études sur les boissons sucrées et l'obésité en présence d'un conflit d'intérêt, versus un RR de 1 en absence de conflit, même après ajustement (Bes-Rastrollo, 2013).

  • Instances d'expertise scientifique en nutrition :

    • National : ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail), Santé publique France, Haut Conseil de la Santé Publique.

    • International : IARC (International Agency for Research on Cancer), WHO (World Health Organization).

  • Relations nutrition-cancer : Le World Cancer Research Fund (WCRF) est une référence scientifique internationale pour ces relations, produisant des expertises continues par exposition et localisation de cancer. Le réseau NACRe (National Alimentation Cancer Recherche) assure la diffusion de ces rapports en France.

  • Bilan des recommandations : L'élaboration des recommandations repose sur l'Evidence-Based Medicine, intégrant différents types d'études. L'expertise collective détermine le niveau de preuve et l'association. En nutrition, cela nécessite une expertise scientifique indépendante et structurée.

IV. Relations Nutrition / Maladies Cardio-Métaboliques

Cette section détaille les liens entre la nutrition et les principales maladies cardio-métaboliques (maladies cardiovasculaires, diabète, obésité).

Part Attribuable à la Nutrition

  • Les MNT sont multifactorielles. La nutrition y contribue de manière significative.

  • Mortalité totale en France (2021) : Les cancers (25,7%) et les maladies cardio-neurovasculaires (20,9%) sont les principales causes. Les MNT représentent 86,8% de la mortalité.

  • Part attribuable à la mortalité des MNT :

    • Pression artérielle : 14,8%

    • Tabac : 13,1%

    • Facteurs alimentaires : 11%

    • Indice de Masse Corporelle (IMC) : 8% Cela souligne l'importance des facteurs nutritionnels comme l'un des piliers des maladies non transmissibles.

Relations Nutrition / Maladies Cardiovasculaires (MCV)

Les MCV incluent la mortalité CV, les maladies coronaires (infarctus du myocarde, syndrome coronaire aigu) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

  • Consommation de fruits et légumes et maladie coronaire : Une méta-analyse de 17 études montre une association inverse. La consommation de fruits et légumes est associée à une diminution du risque de maladie coronaire (RR = 0,92 pour chaque 200g/jour consommés), avec une relation linéaire qui se stabilise après 400g/jour.

    • Mécanismes sous-jacents : Richesse en fibres, vitamines (C, caroténoïdes), antioxydants. Ces composés réduisent le cholestérol sanguin, la pression artérielle et améliorent la fonction immunitaire et vasculaire.

  • Consommation de produits céréaliers complets et MCV : Une méta-analyse de 10 études indique une diminution du risque de MCV (RR = 0,78 pour chaque 90g/jour consommés), avec une relation linéaire qui se stabilise ensuite.

    • Mécanismes sous-jacents : Richesse en fibres, vitamines du groupe B et E. Ceux-ci ont une activité antioxydante et régulent la réponse glycémique.

  • Consommation de viande et charcuterie et mortalité CV : Une méta-analyse de 6 études révèle une augmentation du risque de mortalité CV (RR = 1,23 entre faibles et grands consommateurs), avec une association linéaire.

    • Mécanismes sous-jacents : Richesse en acides gras saturés et trans, et en sel. Ces composés favorisent l'hypercholestérolémie, le dysfonctionnement endothélial et la résistance à l'insuline.

  • Consommation de boissons sucrées et MCV : Une méta-analyse de 10 études montre une augmentation du risque de MCV (RR = 1,08 pour chaque verre consommé), avec une association linéaire.

    • Mécanismes sous-jacents : Richesse en sucres libres. Ceci conduit à un excès d'apport énergétique (risque d'obésité) et favorise l'intolérance au glucose et la résistance à l'insuline.

Recommandations de l'AHA (American Heart Association)

  • Aliments à privilégier : Fruits et légumes, produits céréaliers complets, sources saines de protéines (poissons, fruits de mer, légumineuses, noix, produits laitiers faibles en gras, volailles, viandes maigres), huiles végétales liquides (soja, canola).

  • Recommandations générales : Ajuster l'apport énergétique pour maintenir un poids corporel sain, peu importe où les aliments sont préparés ou consommés.

  • Aliments à limiter ou éviter : Boissons et aliments avec sucres ajoutés, aliments ultra-transformés, viandes transformées, aliments riches en sel, boissons alcoolisées, huiles tropicales.

Relations Nutrition - Diabète

Une méta-analyse d'études observationnelles prospectives (53 publications) évaluant l'association entre régimes alimentaires et diabète de type 2 (DT2).

  • Facteurs de risque du DT2 : Viande et charcuterie, protéines animales, produits "fast food", boissons sucrées et édulcorées.

  • Facteurs de protection du DT2 : Produits céréaliers complets, fibres, fruits et légumes.

  • Exemple de résultats dose-réponse (MAR - Risque Relatif) :

Exposition

Nº études

Nº cas

Comparaison

Quantité

MAR ajusté (IC95%)

Qualité de preuve

Céréales complètes

12

22 247

Dose-réponse

Par 35 g/j

0.81 (0.82 à 0.93)

Élevée

Viande rouge

14

45 193

Dose-réponse

Par 100 g/j

1.11 (1.08 à 1.16)

Élevée

Viande transformée

14

45 193

Dose-réponse

Par 50 g/j

1.31 (1.22 à 1.54)

Élevée

Bacon

5

3866

Dose-réponse

Par 3 min/sem/j

2.01 (1.49 à 2.65)

Élevée

Boissons sucrées

14

36 349

Dose-réponse

Par 1 J/j

1.36 (1.11 à 1.43)

Élevée

Café (total)

38

53 018

Dose-réponse

Par 1 tasse/j

0.94 (0.93 à 0.95)

Modérée

Fibres céréales

12

27 077

Dose-réponse

Par 10 g/j

0.75 (0.65 à 0.86)

Élevée

Relations Nutrition - Obésité

L'obésité est une maladie complexe dont la "toile causale" (selon Ritembaugh) montre l'interconnexion de multiples facteurs.

  • Balance énergétique : Le concept clé est l'équilibre entre les "entrées" (calories consommées) et les "sorties" (calories dépensées).

    • : Équilibre, maintien du poids.

    • : Prise de poids.

    • : Perte de poids.

  • Facteurs nutritionnels influençant l'obésité :

    • Sédentarité.

    • Fréquence des consommations (grignotage).

    • Consommations d'aliments à haute densité énergétique.

    • Consommation de boissons sucrées.

    • Tailles de portion.

  • Boissons sucrées et obésité : Des études observationnelles et des essais d'intervention (avec addition ou retrait de boissons sucrées) chez les adultes et les enfants montrent de manière cohérente une association entre la consommation de boissons sucrées et une augmentation du poids. Le poids moyen est augmenté de [0,47-1,19] kg dans les groupes ayant une addition de boissons par rapport aux groupes contrôle (méta-analyse).

  • Conclusion (Maladies Cardio-Métaboliques) : Les facteurs nutritionnels sont des déterminants majeurs des maladies non-transmissibles et cardio-métaboliques. Des facteurs de risque (charcuterie, viande rouge, boissons sucrées) et de protection (céréales complètes, fruits et légumes) ont été identifiés, avec une cohérence des relations quelle que soit la pathologie.

V. Relations Nutrition / Cancer

Cette section explore les liens entre la nutrition et le développement de cancers, en s'appuyant sur la cancérogenèse chimique et les expertises internationales.

Objectifs

  • Connaître les étapes de la cancérogenèse.

  • Comprendre la structure de l'expertise scientifique dans les relations nutrition-cancer.

  • Identifier les facteurs de risque et de protection nutritionnels des cancers et leurs mécanismes.

Étapes de la Cancérogenèse Chimique

Les facteurs alimentaires agissent à toutes les étapes :

  1. Initiation : Mutagenèse par agents exogènes ou endogènes.

    • Non ou mauvaise détoxication.

    • Anomalies génétiques (mutations).

    • Non ou mauvaise réparation de l'ADN.

  2. Promotion : Prolifération des cellules initiées.

    • Multiplication des cellules anormales.

    • Diminution de la mort cellulaire (apoptose).

  3. Progression : Développement de la tumeur, instabilité génétique.

    • Accumulation de nouvelles anomalies génétiques.

    • Angiogenèse (formation de nouveaux vaisseaux sanguins pour nourrir la tumeur).

    • Migration vers d'autres tissus (métastases).

    • Échappement aux défenses immunitaires.

Expertise Scientifique en Cancérologie

  • Le World Cancer Research Fund (WCRF) / American Institute for Cancer Research (AICR) est le centre de référence, fournissant une analyse synthétique continue de la littérature scientifique sur nutrition et cancer. Ils ont publié 3 rapports principaux (1997, 2007, 2018) avec des actualisations.

Relations Convaincantes et Probables entre Facteurs Nutritionnels et Risque de Cancer (WCRF/AICR 2018)

  • Augmentation du risque :

Facteur alimentaire ou nutritionnel

Localisation du cancer

Boissons alcoolisées

Bouche, Pharynx, Larynx, Œsophage (carcinome épidermoïde), Côlon-rectum, Sein (après/avant ménopause), Estomac

Surpoids et obésité

Œsophage (adénocarcinome), Pancréas, Côlon-rectum, Sein (après ménopause), Endomètre, Rein, Vésicule biliaire, Bouche, Pharynx, Larynx, Ovaire, Prostate (cancer avancé), Estomac (cardia)

Taille à l'âge adulte

Côlon-rectum, Sein, Ovaire

Prise de poids à l'âge adulte

Pancréas, Prostate, Rein, Endomètre, Peau (mélanome malin)

Charge glycémique

Endomètre

Viande rouge

Côlon-rectum

Charcuterie

Côlon-rectum

Aflatoxines

Foie

Supplémentation en bêta-carotène (à forte dose, fumeurs)

Poumon

Aliments conservés par le sel

Estomac

Poisson salé à la cantonaise

Nasopharynx

  • Diminution du risque (Facteurs de protection) :

Facteur alimentaire ou nutritionnel

Localisation du cancer

Activité physique

Côlon, Sein (après ménopause, AF vigoureuse), Endomètre

Allaitement

Sein

Aliments contenant des fibres

Côlon-rectum

Grains entiers

Côlon-rectum

Produits laitiers

Côlon-rectum

Supplémentation en calcium

Côlon-rectum

Café

Foie, Endomètre

Surpoids et obésité chez la femme jeune

Sein (avant ménopause)

Boissons alcoolisées (<30g d'alcool/j)

Rein (effet paradoxal observé à faible dose)

Facteurs Nutritionnels Influençant le Risque de Cancer

Les facteurs nutritionnels agissent à différents niveaux (génétique, épigénétique, métabolique, hormonal, inflammation, microbiote) et interagissent entre eux.

  • Boissons alcoolisées :

    • Augmentation du risque de nombreux cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, sein, foie, estomac, côlon-rectum) avec un niveau de preuve convaincant ou probable. Le risque augmente avec la quantité d'alcool (dès un verre/jour).

    • Mécanismes : Acétaldéhyde cancérigène, dénutrition, effet solvant, perturbations hormonales, inflammation, métabolisme des folates.

    • Exposition en France (2017) : 23,6% des 18-75 ans dépassent les repères de consommation.

    • Exemple de méta-analyse dose-réponse (alcool et cancer colorectal) : Un Risque Relatif global de 1.07 (IC95% 1.05, 1.09) pour 10g/jour d'augmentation de consommation.

  • Surpoids et obésité :

    • Augmentation du risque de nombreux cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, sein, foie, estomac, rein, pancréas, vésicule biliaire, côlon-rectum, endomètre, ovaire, prostate) avec un niveau de preuve convaincant ou probable.

    • Risque minimal pour un IMC entre 18,5 et 25 .

    • Mécanismes : Résistance à l'insuline, production de facteurs de croissance et cytokines, aromatase.

    • Facteurs nutritionnels du surpoids/obésité :

      • Diminuent le risque : marche (convainquant), activité physique d'endurance, aliments à fibres, régime méditerranéen, allaitement (probable).

      • Augmentent le risque : temps d'écran (enfant - convainquant ; adulte - probable), boissons sucrées (convainquant), restauration "fast food", régime occidental (probable).

  • Viandes rouges et charcuteries :

    • Augmentation du risque de cancer colorectal avec un niveau de preuve convaincant ou probable.

    • Mécanismes : Fer héminique, formation de composés N-nitrosés, amines hétérocycliques (issues de la cuisson).

    • Exposition en France (Esteban, 2019) : 32% des 18-54 ans consomment plus de 500g de viandes rouges/semaine (recommandation plus stricte), et 63% plus de 150g de charcuteries/semaine.

  • Sel et aliments salés :

    • Augmentation du risque de cancer de l'estomac (INCAP/ANCA, 2019).

    • Mécanismes : Altérations de la muqueuse gastrique, synergie avec les composés N-nitrosés et Helicobacter pylori.

    • Exposition en France (Esteban, 2019) : 79% des 18-54 ans consomment plus de 6g de sel/jour (recommandation PNNS 4 : moins de 5g/jour).

  • Compléments à base de bêta-carotène :

    • Augmentation du risque de cancer du poumon chez les fumeurs et ex-fumeurs à forte dose (niveau de preuve convaincant).

    • Mécanismes : Activation des pro-cancérogènes du tabac, effet pro-oxydant.

    • Exposition en France : 29% des adultes consomment des compléments alimentaires (INCA3). 11% des femmes fumeuses ont déclaré un complément à base de bêta-carotène (cohorte NutriNet-Santé).

Facteurs Diminuant le Risque de Cancers

  • Fruits et légumes :

    • Diminution du risque de plusieurs cancers (bouche, pharynx, larynx, nasopharynx, œsophage, poumon, estomac, côlon-rectum) avec un niveau de preuve probable.

    • Mécanismes : Composants modulant la cancérogenèse (statut rédox, métabolisme des xénobiotiques, système immunitaire, prolifération cellulaire, hormones, méthylation de l'ADN). Effet indirect par la réduction du surpoids/obésité.

    • Exposition en France (Esteban, 2018-2019) : 58% des 18-74 ans et 72% des 18-54 ans consomment moins de 5 fruits et légumes par jour.

  • Fibres :

    • Diminution du risque de cancer du côlon-rectum et d'autres cancers avec un niveau de preuve probable.

    • Mécanismes : Aliments riches en fibres sont peu énergétiques, source d'acides gras à chaîne courte (par le microbiote), réduction de l'absorption du glucose, de l'insulinorésistance, des hormones stéroïdiennes, de l'inflammation, du temps de transit, renforcement de la barrière intestinale.

    • Exposition en France (Esteban, 2019) : Les adultes consomment en moyenne 17,5g de fibres/jour (recommandation : minimum 25g/jour). 61% des 18-54 ans ne mangent jamais de produits céréaliers complets, 87% consomment des légumes secs moins de 2 fois par semaine.

  • Produits laitiers :

    • Diminution du risque de cancer colorectal avec un niveau de preuve probable.

    • Mécanismes : Le calcium agit favorablement sur plusieurs mécanismes impliqués dans la cancérogenèse ; rôle des bactéries lactiques.

    • Exposition en France (Esteban, 2019) : 35% des 18-54 ans consomment moins de 2 produits laitiers/jour.

  • Activité physique :

    • Diminution du risque de plusieurs cancers (côlon, sein, endomètre, etc.) avec un niveau de preuve convaincant ou probable.

    • Mécanismes : Diminution des taux plasmatiques d'insuline et de l'IGF-1 (Insulin-like Growth Factor 1), accélération du transit intestinal, diminution des taux d'œstrogènes. Effet indirect par la réduction du risque de surpoids et d'obésité.

    • Exposition en France (Esteban, 2018) : 47% des femmes et 30% des hommes ont un niveau d'activité physique inférieur aux recommandations.

  • Bilan (Nutrition / Cancer) : Les associations entre nutrition et cancer sont bien établies par des structures internationales (IARC, WCRF). Les facteurs de risque incluent l'alcool, le surpoids/obésité, la viande rouge et charcuterie, le sel, et les compléments de bêta-carotène. Les facteurs de protection sont les fruits et légumes, les fibres, les produits laitiers et l'activité physique.

VI. Déterminants du Comportement Alimentaire

Les choix alimentaires et l'activité physique ne sont pas uniquement des décisions individuelles, mais sont fortement influencés par l'environnement.

Objectifs

  • Reconnaître l'importance des facteurs environnementaux.

  • Connaître les principaux déterminants environnementaux (environnement bâti, paysage alimentaire, marketing, tailles de portion).

Déterminants Environnementaux de l'Alimentation

Les déterminants environnementaux influencent indirectement les comportements, soulignant que tout n'est pas lié à l'individu.

  • Environnement alimentaire :

    • Offre alimentaire : La disponibilité des aliments. Les fast-foods sont souvent concentrés dans les zones défavorisées, offrant un accès plus facile à une alimentation peu saine. Faire des choix sains demande alors plus d'effort.

    • Marketing alimentaire : Publicités massives pour produits gras, salés, sucrés (écrans, internet, jeux publicitaires, proximité des écoles).

    • Prix des produits.

  • Marqueurs sociaux et inégalités : Les inégalités sociales de santé se reflètent aussi en nutrition. Les personnes défavorisées ont des comportements alimentaires moins favorables (moins de fruits/légumes/poisson, plus de produits gras/salés/sucrés) et moins d'activité physique. Ces déterminants sont à la fois individuels et environnementaux, avec une prépondérance de ces derniers.

'Marchabilité' de l'Environnement (Walkability)

  • Description : Cette notion concerne l'environnement urbain. Un environnement "marchable" intègre :

    • La présence de trottoirs et de zones sécurisées pour la marche.

    • Une forte densité de commerces de proximité et d'établissements publics par rapport aux habitations.

  • Impact : Ces éléments favorisent les déplacements actifs (marche), car les besoins quotidiens sont accessibles à pied. Plus un environnement est "marchable", plus l'activité physique de la population augmente.

Marketing Alimentaire

Le marketing influence fortement les choix alimentaires, surtout chez les enfants.

  • Stratégies :

    • Publicités pour des produits gras, salés, sucrés omniprésentes (écrans, internet, "advertgames").

    • Publicité à proximité des écoles.

    • Sponsoring d'événements sportifs par des marques alimentaires.

    • Utilisation de mascottes ou personnages appréciés des enfants, associant des valeurs positives aux produits.

    • Placement des produits en magasin à hauteur des enfants ou en caisse.

    • Promotions et jeux associés à l'achat (ex: jouets dans les menus enfants, créant des collections).

    • Utilisation de célébrités (sportifs) pour associer une image positive au produit.

    • Appel à un imaginaire positif et valorisé.

    • Promotions liées à des pratiques non favorables (ex: "goûter") pour le grignotage.

Tailles de Portion

  • Description : Les tailles de portion ont considérablement augmenté au fil du temps. Les produits vendus en portions individuelles sont souvent perçus comme des apports suffisants pour un repas, même si leur taille a doublé.

  • Impact : L'augmentation des portions est associée à un risque d'excès calorique et de prise de poids.

  • Influence de la vaisselle : La taille de la vaisselle peut influencer les consommations. Les verres de vin, par exemple, ont vu leur taille augmenter de manière considérable depuis le XVIIe siècle. Même si les portions servies en restauration sont standardisées, l'augmentation de la taille des verres à la maison peut entraîner une surconsommation, influencée par des éléments culturels (ex: séries télévisées montrant une consommation d'alcool "normalisée").

Conclusion (Déterminants du Comportement Alimentaire)

Les comportements alimentaires sont influencés par des déterminants :

  • Individuels : Préférences, culture, éducation. L'éducation nutritionnelle vise à agir sur ces déterminants, responsabilisant l'individu.

  • Environnementaux : Éléments sur lesquels les individus n'ont pas la possibilité d'agir directement (offre alimentaire, marketing, urbanisme). Les actions de santé publique doivent prendre en compte ces différents déterminants dans une perspective de responsabilité collective, afin de "rendre le choix sain le choix simple".

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