Nationalisme et oppositions de la IIIe République
40 cardsCette note explore le rôle du nationalisme dans la formation de la IIIe République, les conséquences de la guerre franco‑prussienne, les lois républicaines majeures, l'école républicaine, les symboles nationaux, ainsi que les diverses oppositions, dont les crises de Boulanger, l'affaire Dreyfus et les mouvements anti‑républicains, illustrant les tensions politiques et sociales de l'époque.
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La IIIe République française : de la crise à l'affirmation
Origines et contexte de fondation
La IIIe République naît des ruines de la défaite militaire contre la Prusse en 1870-1871. Cette période traumatique marque profondément la conscience politique française et détermine les enjeux fondamentaux de la nouvelle République.
La guerre franco-prussienne et ses conséquences
La victoire prussienne éclatante aboutit à l'invasion du nord de la France et à l'encerclement de Paris. Le traité de Versailles, signé à la Galerie des Glaces, impose à la France des conditions humiliantes : paiement de 5 milliards de francs en trois ans (soldés en deux ans), perte de l'Alsace, de la Moselle et de parties de la Meurthe et des Vosges. L'Allemagne maintient une présence militaire en France jusqu'en 1873.
Cette défaite provoque famine et misère à Paris pendant le siège. Elle engendre surtout un sentiment d'humiliation national et un esprit revanchard entretenus par la République elle-même, créant une rancœur qui débouche rapidement sur la Commune de Paris.
La naissance difficile des institutions
En février 1871, les royalistes remportent les élections législatives avec une majorité écrasante. Ils cherchent à restaurer la monarchie, mais légitimistes (partisans des Bourbons, hostiles aux droits de la Révolution) et orléanistes (plus modérés, favorables au maintien des libertés) ne parviennent pas à s'entendre sur un candidat commun.
Adolphe Thiers devient président en 1871, mais la République n'a pas d'assise institutionnelle stable. En 1873, MacMahon est élu président avec un mandat de sept ans pour restaurer la monarchie. Cependant, les victoires électorales des républicains aux scrutins partiels contraient ce projet.
Un compromis entre républicains et monarchistes libéraux aboutit, en janvier 1875, à l'amendement Wallon, établissant l'élection du président à la majorité absolue par le Parlement. Entre février et juillet 1875, trois lois constitutionnelles officialisant la République sont votées.
Louise Michel et la Commune : opposition et légitimité républicaine
Louise Michel incarne la gauche révolutionnaire de la Commune. Communiste, marxiste, socialiste et féministe, elle prône une démocratie directe et défend les travailleurs. Ses actions combinent des formes non-violentes (journalisme, ambulancière, direction de comités de vigilance) et des actes violents (incendies, combats).
Arrêtée et condamnée au bagne, elle écrit ses Mémoires et crée la légende politique de la Commune, participant ainsi à la mythologie républicaine en tant qu'opposante héroïque.
Les grandes lois républicaines : consolidation et transformation
La République se consolide par un ensemble de lois libérales qui transforment la vie quotidienne française :
- Lois Ferry (1881-1882) : instauration d'une école gratuite, laïque et obligatoire, élargissant l'accès à l'instruction de 1 million d'écoliers en 1850 à 2 millions en 1906.
- Loi sur la liberté de réunion et de la presse : encadrement des abus (diffamation) mais garantie des libertés fondamentales.
- Loi Waldeck-Rousseau : droit de syndicalisation pour défendre les conditions de travail (naissance de la CGT en 1895).
- Loi sur les associations : droit de se regrouper sans but lucratif.
- Élection des élus de proximité plutôt que domination du pouvoir central.
L'école au service de la République
L'école devient le vecteur principal d'enracinement de la République. Les lois Ferry suppriment tout enseignement religieux au profit de programmes basés sur la science et la raison. Une France « base commune à tous » émerge de cette instruction unifiée.
Le curriculum inclut aussi un enseignement revanchard contre les « ennemis héréditaires » et des rudiments militaires, maintenant vive la conscience de la défaite de 1870.
Rites et symboles républicains
La République consolide son emprise par des symboles s'installant dans le quotidien des Français. L'image de la nation devient celle de la République elle-même. Les funérailles de Victor Hugo en 1885 illustrent cette stratégie : hommage voté par 408 voix contre 3, cercueil exposé sous l'Arc de Triomphe, procession dans Paris, célébration du Victor Hugo républicain associant la population entière.
Émergence du nationalisme
Le nationalisme devient une idéologie plaçant la nation comme valeur centrale et communauté de référence essentielle, exigeant l'épanouissement intérieur et le rayonnement extérieur dans le cadre d'un État-nation. Les « nationalismes d'existence » cherchent à réunir des populations dispersées dans plusieurs États.
Opposition à la République : menaces et crises
Malgré ces succès, la République affronte des oppositions multiformes :
- Boulangisme (1888) : le général Boulanger, anti-parlementariste, menace un coup d'État. Ses partisans échouent et il s'exile.
- Terrorisme anarchiste (1893-1894) : attentats à la bombe contre la Chambre des députés et assassinats. Répression par lois limitant la liberté de presse.
- Scandales de corruption : financements illégaux (canal de Panama) et trafic de décorations (1887) alimentent l'anti-parlementarisme et l'antisémitisme.
L'affaire Dreyfus : de crise judiciaire à question d'État
Alfred Dreyfus, officier juif, est accusé d'espionnage pour l'Allemagne en 1894, avec preuves fabriquées. Condamné au bagne à vie en Guyane, son cas devient une affaire d'État quand la presse s'en empare. Émile Zola publie son célèbre article « J'accuse », donnant naissance aux « intellectuels » en tant que catégorie politique.
L'affaire divise extrêmement le pays entre dreyfusards (défenseurs de la justice et de la République) et anti-dreyfusards (militaires, nationalistes, monarchistes de l'Action Française de Charles Maurras). Ces derniers préfèrent la « raison d'État » à la vérité judiciaire et tentent même un coup d'État.
Dreyfus est finalement gracié, mais les anti-dreyfusards demeurent dépités de ne pas avoir pu prouver son innocence pleine et entière. Cette victoire fragile marque cependant le triomphe des dreyfusards et des radicaux de gauche aux élections, consolidant la République face à ses opposants.
Exclusion politique des femmes
Malgré les progrès républicains, plus de la moitié de la population reste exclue du droit de vote. Des préjugés tenaces maintiennent les Françaises écartées de la vie politique. Cependant, exploitant les libertés d'expression, de réunion et d'association, les féministes fondent des mouvements et journaux, soutenus par des hommes politiques comme Victor Hugo. En 1912, elles n'ont toujours pas obtenu le droit de vote.
Héritages de 1866 et consolidation républicaine
La réhabilitation de 1866 symbolise le tournant républicain par la défense des valeurs de justice et égalité. Elle aboutit à la naissance de la Ligue des droits de l'homme, l'émergence d'une gauche dreyfusarde au sein des radicaux, et finalement la naissance d'une droite républicaine dreyfusarde participant au succès électoral répétés de la République.
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