Mobilité sociale

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Ce résumé explique les concepts clés de la mobilité sociale intergénérationnelle en France, incluant les tables de mobilité, les notions d’ascension, de déclassement et de reproduction, les limites des mesures, la différence entre mobilité observée, structurelle et fluide, ainsi que les facteurs influents tels que la structure socioprofessionnelle, la formation et le contexte familial.

1. La Mesure de la Mobilité Sociale Intergénérationnelle

Les sociétés démocratiques prônent un modèle méritocratique où les individus devraient atteindre leur position sociale par le talent et l'effort, et non par l'héritage de leur naissance. Les sociologues utilisent les tables de mobilité pour étudier la mobilité sociale intergénérationnelle, c'est-à-dire le passage d'un individu d'une position sociale (PCS) différente de celle de ses parents.

a) Définition et distinctions

  • La mobilité sociale intergénérationnelle se produit lorsque la position sociale (PCS) d'un individu diffère de celle de ses parents. C'est l'objet principal des études sociologiques en la matière.
  • Elle se distingue de la mobilité géographique (changement de lieu de résidence) et de la mobilité professionnelle (changement de PCS au cours de sa propre carrière).

b) Construction des tables de mobilité

Les tables de mobilité, élaborées par l'INSEE à partir de l'enquête "Formation et Qualification Professionnelle" (FQP), croisent la position sociale des individus (40 à 59 ans) avec celle de leur père (ou mère). Elles se basent sur deux questions principales : "Quelle est votre profession ?" et "Quelle était la profession de votre père ?"

Les données brutes sont ensuite transformées en pourcentages pour créer :

  • La table de destinée (ou des descendants) : Elle indique ce que deviennent les individus en fonction de la PCS de leur père. Par exemple, sur 100 enfants d'agriculteurs, combien sont devenus CPIS. Table de destinée
  • La table de recrutement (ou des origines) : Elle étudie la PCS d'origine des individus appartenant à une PCS donnée. Par exemple, sur 100 CPIS, combien avaient un père ouvrier. Table de recrutement

c) Types de mobilité et reproduction sociale

À partir de ces tables, on peut repérer :

  • La mobilité sociale ascendante : Un individu accède à une position sociale plus élevée que celle de ses parents (ex: enfant d'ouvrier devient cadre).
  • Le déclassement (ou mobilité sociale descendante) : Un individu accède à une position sociale plus basse que celle de ses parents (ex: enfant de cadre devient employé).
  • La reproduction sociale : Un individu occupe la même position sociale que ses parents. Ces cas se trouvent sur la diagonale des tables de mobilité.
  • La mobilité sociale horizontale : L'individu change de PCS, mais la nouvelle n'est ni meilleure ni moins bonne (ex: enfant d'ouvrier devient employé). Diagramme de mobilité sociale

En France, en 2015, 65% des hommes connaissaient une forme de mobilité sociale (ascendante, horizontale ou descendante), tandis que 35% étaient en situation de reproduction sociale.

d) Spécificités de la mobilité féminine

L'analyse de la mobilité des femmes est plus complexe et présente des particularités :

  • Comparées à leur père, les femmes sont souvent en situation de déclassement (plus de 25 % contre 15 % pour les hommes). Cela s'explique par les inégalités de genre qui ont historiquement concentré les hommes dans des postes de cadres (CPIS) plus souvent que les femmes.
  • Comparées à leur mère, les femmes connaissent plus souvent une mobilité sociale ascendante (40 % contre 28 % pour les hommes par rapport à leur père). Ceci est dû à l'évolution de la structure des emplois féminins au fil des décennies, avec une réduction des inégalités de genre et un accès accru aux emplois de cadres pour les femmes depuis les années 1980.

e) Limites des tables de mobilité

Malgré leur utilité, les tables de mobilité ont des limites :

  • Elles ne mesurent pas les petites mobilités au sein d'une même PCS, regroupant des professions parfois hiérarchisées (ex: agent de sécurité vs. gardien de la paix, tous deux "employés").
  • La hiérarchie des PCS n'est pas toujours claire pour les professions non-salariées (ACCE, agriculteurs), rendant difficile l'identification d'une mobilité ascendante ou d'un déclassement.
  • Elles ne rendent pas compte de la mobilité sociale subjective, c'est-à-dire le ressenti des individus, qui peut différer de la mobilité objective.
  • Elles délaissent souvent la mobilité des femmes, se concentrant principalement sur celle des hommes par rapport à leur père.

2. Mobilité et Fluidité Sociale

Une société mobile n'est pas nécessairement une société fluide. Ces deux concepts, bien que liés, mesurent des phénomènes distincts.

a) Qu'est-ce qu'une société mobile ?

Une société mobile est une société où le taux de mobilité sociale observée est élevé. Par exemple, si 65% des individus n'occupent pas la même PCS que leur père, la société est dite mobile. Ce taux peut évoluer dans le temps.

b) Qu'est-ce qu'une société fluide ?

Une société fluide est une société où l'origine sociale des individus (la PCS de leurs parents) n'a qu'un impact faible sur leur position sociale une fois adulte. En d'autres termes, les chances d'accéder à certaines positions sociales sont les mêmes, quelle que soit l'origine sociale. La fluidité sociale est mesurée par le "rapport de chances relatives" (odds ratio) : plus cet indicateur est élevé, plus le lien entre origine et position sociale est fort, et moins la société est fluide.

c) Société plus mobile n'est pas forcément plus fluide

Intuitivement, on pourrait penser qu'une société plus mobile est plus fluide, mais ce n'est pas toujours le cas. Entre 1977 et 1985 en France, la mobilité sociale observée a augmenté (de 57% à 62%), mais la fluidité sociale a régressé (le rapport de chances relatives est passé de 91,7 à 110,8). Cela signifie que le lien entre l'origine sociale et la position sociale s'est renforcé, malgré une hausse de la mobilité globale. Graphique mobilité vs fluidité

d) La mobilité structurelle

La mobilité structurelle est la part de la mobilité sociale observée qui est due aux changements dans la structure des emplois entre la génération des parents et celle des enfants. Si certains secteurs d'activité déclinent et d'autres émergent, des individus sont mécaniquement contraints d'occuper des emplois différents de ceux de leurs parents. Par exemple, la diminution du nombre d'agriculteurs contraint de nombreux fils d'agriculteurs à changer de PCS.

En 2015, en France, la mobilité structurelle représentait un quart de la mobilité sociale observée. C'est un facteur qui peut augmenter la mobilité globale sans pour autant améliorer la fluidité sociale.

3. Facteurs de la Mobilité Sociale

Plusieurs facteurs contribuent à la mobilité sociale des individus.

a) L'évolution de la structure socioprofessionnelle

L'évolution de la structure socioprofessionnelle est un moteur majeur de la mobilité structurelle. Des transformations économiques et sociales modifient la proportion et la nature des emplois disponibles :

  • La tertiarisation (depuis les années 1950) a entraîné un déclin des emplois ouvriers au profit des emplois du secteur tertiaire.
  • La salarisation (depuis les années 1970) a réduit les emplois non-salariés (agriculteurs, ACCE) au bénéfice des emplois salariés (CPIS, Professions intermédiaires, employés).
  • La féminisation des emplois a transformé la structure sociale des femmes, augmentant leur accès à diverses professions.

Ces évolutions obligent une partie de la population à changer de catégorie socioprofessionnelle par rapport à leurs parents.

b) La formation

Le niveau de formation (diplôme) est un déterminant essentiel de la position sociale. Un niveau de diplôme élevé augmente les chances d'accéder à des positions supérieures, favorisant ainsi la mobilité sociale ascendante. Inversement, une formation moins élevée que celle des parents peut conduire à un déclassement. L'augmentation générale du nombre de diplômés a contribué à la mobilité sociale observée.

c) Les ressources et configurations familiales

  • Les configurations familiales (nombre de parents, nombre d'enfants, place dans la fratrie) influencent les conditions de vie et d'étude des enfants (accès à un espace de travail calme, soutien parental, etc.). Les enfants issus de familles nombreuses, par exemple, connaissent souvent moins de mobilité sociale ascendante en raison de ressources partagées et de conditions de travail moins optimales.
  • Les ressources familiales désignent les avantages spécifiques à une famille qui peuvent aider ses membres. Cela inclut le soutien scolaire (ex: un frère aidant en maths) ou l'accès à un capital social (ex: un oncle influent avec un "réseau"), qui peuvent faciliter l'insertion professionnelle et la mobilité sociale ascendante.

Définitions Clés :

  • Position sociale : PCS à laquelle appartient un individu.
  • Origine sociale : PCS des parents d'un individu.
  • Mobilité sociale intergénérationnelle : L'individu n'appartient pas à la même PCS que ses parents.
  • Table de mobilité sociale : Tableau comparant la position sociale des parents et des enfants.
  • Mobilité sociale observée : Ensemble des individus ne se trouvant pas en situation de reproduction sociale.
  • Mobilité structurelle : Part de la mobilité sociale due à l'évolution des structures d'emplois.
  • Société fluide : Société où l'origine sociale n'a pas d'impact sur la position sociale adulte.
  • Mobilité sociale ascendante : Accession à une PCS plus élevée que celle des parents.
  • Déclassement : Accession à une PCS plus basse que celle des parents.
  • Reproduction sociale : Maintien de la même PCS que les parents.

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