Métrorragies du premier trimestre de grossesse

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Définit les hémorragies du premier trimestre, leurs étiologies, diagnostics et prise en charge.

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Question
Quel est le principal critère échographique de l'évolutivité de la grossesse ?
Answer
Le principal critère échographique de l'évolutivité de la grossesse est l'apparition d'une activité cardiaque embryonnaire, constatée au plus tard à 7 SA.
Question
Quels sont les principaux facteurs de risque de la Grossesse Extra-Utérine (GEU) ?
Answer
Les principaux facteurs de risque sont : antécédents inflammatoires (IST), chirurgie tubaire, tabagisme, contraceptions hormonales, DIU, endométriose, et AMP.
Question
Quelle est la définition des métrorragies du premier trimestre de la grossesse ?
Answer
Saignements utérins survenant entre 4 et 13 semaines d'aménorrhée (SA). Lig. 25% des grossesses T1. Lig. risque vital et fonctionnel. Lig. urgence.
Question
Quels sont les signes cliniques de la môle hydatiforme ?
Answer
Signes de grossesse exacerbés, vomissements, hyperthyroïdie, métrorragies, utérus trop gros et mou, parfois présence de vésicules.
Question
Quel est l'objectif principal du traitement de la grossesse molaire ?
Answer
L'objectif principal est de prévenir l'évolution vers des formes cancéreuses comme le choriocarcinome.
Question
Quels sont les signes cliniques d'une menace d'avortement ?
Answer
Aménorrhée, contractions utérines, métrorragies variables. Le spéculum confirme l'origine endo-utérine, le TV montre un col fermé et un utérus mou.
Question
Quels sont les signes cliniques confirmant un avortement spontané ?
Answer
Douleurs hypogastriques type colique expulsive, métrorragies, col ouvert avec présence de débris ovulaires, utérus de taille augmentée et molle.
Question
Décrivez les signes échographiques caractéristiques d'une môle complète.
Answer
L'échographie montre une image en nid d'abeille ou en tempête de neige, remplissant la cavité utérine, avec possibles kystes ovariens.
Question
Comment le dosage des β-hCG évolue-t-il normalement pendant le premier trimestre de la grossesse ?
Answer
Le taux de β-hCG double approximativement toutes les 48 heures, jusqu'à 8-10 semaines d'aménorrhée.
Question
Quels sont les signes d'une Grossesse Extra-Utérine (GEU) non rompue à l'examen clinique ?
Answer
Douleurs pelviennes latéralisées, utérus petit, masse latéro-utérine sensible chez la femme maigre.

Métrorragies du Premier Trimestre de la Grossesse

Les métrorragies du premier trimestre désignent tout saignement provenant de l'utérus survenant entre 4 et 13 semaines d'aménorrhée (SA). Ce symptôme est un motif fréquent de consultation, touchant environ 25% des femmes enceintes au premier trimestre. Parmi celles-ci, la moitié aboutit à une interruption spontanée de grossesse et l'autre moitié évolue vers un accouchement viable. Il s'agit d'une urgence obstétrico-chirurgicale potentielle, car elle peut mettre en jeu le pronostic vital maternel et fonctionnel. Le diagnostic précoce, souvent grâce à l'échographie et au dosage des , est crucial pour une prise en charge adaptée, notamment en raison de la hantise de la grossesse extra-utérine (GEU).

1. Démarche Diagnostique

La démarche diagnostique repose sur une approche structurée combinant interrogatoire, examen clinique et examens complémentaires.

1.1. Interrogatoire

L'interrogatoire doit être minutieux pour recueillir des informations essentielles:
  • Âge de la femme : Un âge maternel avancé augmente le risque d'anomalies chromosomiques et diminue la fécondité.
  • Date des dernières règles et régularité des cycles : Permet d'estimer l'âge gestationnel et d'évaluer la fiabilité de cette estimation.
  • Antécédents obstétricaux et gynécologiques :
    • Accouchements antérieurs.
    • Fausses couches, parfois à répétition, ou antécédents d'infertilité.
    • Grossesses extra-utérines (GEU) précédentes, incluant les modalités de traitement et les complications éventuelles.
  • Histoire de la maladie actuelle :
    • Date de début, volume et durée des métrorragies.
    • Présence et siège des douleurs (spontanées ou provoquées).
    • Existence d'une fièvre, qui doit faire suspecter une cause infectieuse ou des manœuvres abortives.
    • Date de positivité d'un éventuel test de grossesse.
    • Disparition des signes sympathiques de grossesse (nausées, vomissements, tension mammaire), suggérant un arrêt de la grossesse.

1.2. Examen Clinique

L'examen clinique permet d'orienter le diagnostic et d'évaluer la gravité de la situation.
  • Étude des signes généraux :
    • Pâleur des muqueuses.
    • Pouls (tachycardie).
    • Tension artérielle (hypotension).
    • Ces signes peuvent indiquer un choc hémorragique.
  • Signes sympathiques de grossesse : Leur présence ou absence, comme les nausées et vomissements, fournit des indices sur l'évolutivité de la grossesse.
  • Examen de l'abdomen :
    • Souple ou ballonné.
    • Contracturé ou non.
    • Douloureux ou non (douleur pelvienne latéralisée, généralisée).
  • Examen au spéculum :
    • Aspect du col (gravide ou non).
    • Origine du saignement : il est crucial de confirmer qu'il s'agit bien d'un saignement d'origine endocervicale et non extragénitale (urinaire, digestive).
  • Toucher vaginal (TV) :
    • Col utérin : Long, postérieur, fermé (menace d'avortement, GEU) ou court, ouvert, laissant passer le doigt (avortement en cours).
    • Utérus : Taille et consistance (correspondant à l'âge de la grossesse et mou, ou petit et dur, ou trop gros et mou).
    • Masse latéro-utérine : Palpation d'une masse douloureuse évoquant une GEU.
    • Cul-de-sac de Douglas : Bombant et douloureux ("cri du Douglas") en cas d'hémopéritoine, signe d'une GEU rompue.
  • Examen des autres appareils : Recherche de signes de retentissement général.

1.3. Examens Complémentaires

Les examens complémentaires sont essentiels pour confirmer le diagnostic étiologique.
  • Dosage quantitatif de plasmatique :
    • La est sécrétée par le trophoblaste 6 jours après la fécondation, et son dosage devient positif 8 à 10 jours après.
    • Normalement, le taux d' double toutes les 48 heures jusqu'à 8-10 SA.
    • Les taux d' ne renseignent pas sur la localisation de l'œuf (intra- ou extra-utérine). Des taux anormalement élevés ou bas, ou une cinétique de doublement anormale, peuvent orienter le diagnostic.
  • Autres examens à visée pronostique : Groupe Sanguin, Rhésus (GSRH), Numération Formule Sanguine (NFS), Temps de Prothrombine (TP), Protéine C Réactive (CRP), Bilan d'hémostase, etc., notamment en cas de suspicion de choc ou de chirurgie imminente.
  • Échographie pelvienne : C'est l'examen essentiel pour évaluer la vitalité et la topographie de l'œuf.
    • Chronologie d'apparition des signes échographiques :
      • 5 SA : Sac gestationnel intra-utérin entouré d'une couronne trophoblastique.
      • 6 SA : Apparition d'échos embryonnaires.
      • 7 SA au plus tard : Apparition d'une activité cardiaque embryonnaire, le seul vrai critère d'évolutivité de la grossesse.
    • Questions clés pour l'échographie :
      • Utérus vide ou contenant un sac ovulaire ?
      • Si sac ovulaire intra-utérin : contours réguliers ou non ? Présence d'un hématome ? Embryon vivant ? Mesure de la Longueur Cranio-Caudale (LCC).
      • Si utérus vide : Recherche d'une masse latéro-utérine ou d'un épanchement dans le Douglas.

1.4. Diagnostic Différentiel

Le diagnostic différentiel principal se fait avec les hémorragies extragénitales, telles que l'hématurie (saignement urinaire) ou les rectorragies (saignement digestif bas). Un examen clinique rigoureux du spéculum est essentiel pour confirmer l'origine utérine du saignement.

2. Étiologies des Saignements du Premier Trimestre

Les causes principales des métrorragies au premier trimestre sont la grossesse extra-utérine, la môle hydatiforme, la menace d'avortement et l'avortement spontané, ainsi que des causes cervicales ou vaginales sans rapport avec la grossesse elle-même.

2.1. Grossesse Extra-Utérine (GEU)

2.1.1. Définition et Intérêt
La GEU est la nidation et le développement de l'œuf en dehors de la cavité utérine, le plus souvent dans la trompe de Fallope (95% des cas). C'est le premier diagnostic à éliminer de façon absolue, car il s'agit d'une urgence vitale. L'aphorisme de Mondor insiste sur l'importance d'y penser constamment.
2.1.2. Signes Cliniques
  1. Signes fonctionnels (forme non rompue) :
    • Aménorrhée ou retard de règles chez une femme habituellement bien réglée.
    • Métrorragies brunâtres (dites sépia), répétées, d'abondance variable, survenant après le retard de règles.
    • Douleurs pelviennes latéralisées, souvent au niveau d'une fosse iliaque. Elles peuvent être modérées au début.
  2. Signes physiques (forme non rompue) :
    • La palpation retrouve une douleur pelvienne latéralisée.
    • Au spéculum : saignement d'origine endocervicale avec des métrorragies brunâtres de faible abondance.
    • Au toucher vaginal : utérus de taille plus petite que ne le voudrait l'âge de la grossesse, de consistance molle. Possibilité de palper une masse latéro-utérine sensible, la "petite chose latéro-utérine de Mondor", surtout chez la femme maigre.
  3. Signes généraux : Souvent pauvres dans la forme non rompue, avec une stabilité hémodynamique.
2.1.3. Signes Paracliniques
  • Biologie :
    • : Souvent > , mais la cinétique est anormale (doublement insuffisant ou stagnation).
    • Progestéronémie : Généralement inférieure à dans les GEU non évolutives.
  • Échographie pelvienne :
    • Signes indirects : Absence de sac ovulaire intra-utérin malgré un dosage de au-dessus du seuil de visibilité ( par voie vaginale, par voie abdominale) ; présence d'une masse latéro-utérine hétérogène (hématosalpinx) ; présence d'un épanchement liquidien dans le Douglas.
    • Signe direct : Visualisation d'un sac gestationnel avec un embryon vivant en dehors de l'utérus, mais ce signe est rare.
  • Cœlioscopie : Examen diagnostique et thérapeutique. Révèle un nodule bleuté (GEU) le plus souvent au niveau de l'ampoule tubaire.
2.1.4. Évolution et Complications (GEU rompue)
La GEU peut évoluer vers une rupture tubaire, entraînant un tableau clinique dramatique :
  • Choc hémorragique : Hypotension, pâleur intense des muqueuses et des téguments, dyspnée, tachycardie.
  • Douleurs abdominales intenses : Souvent associées à une irradiation scapulaire due à l'irritation diaphragmatique par le sang libre intrapéritonéal.
  • Léger augmentation de volume de l'abdomen, matité des flancs, "cri de l'ombilic".
  • Au toucher vaginal : le classique "cri du Douglas" (douleur vive à la palpation du cul-de-sac de Douglas), signe d'hémopéritoine.
  • L'échographie, si réalisable et non gênée par une défense abdominale, montrerait une inondation péritonéale (sang libre dans l'abdomen).
2.1.5. Facteurs de Risque
  • Causes inflammatoires : Salpingites, infections sexuellement transmissibles (IST, notamment Chlamydia), inflammations périsalpingiennes, tuberculose (RR = 6).
  • Séquelles de chirurgie tubaire : Syndrome de Pattel (RR = 5-7).
  • Tabagisme.
  • Prises hormonales : Minipilule, pilule du lendemain (progestatifs seuls).
  • Dispositif Intra-Utérin (DIU).
  • Endométriose.
  • Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Doublant le risque (RR = 2).
  • Antécédent de GEU.
  • Anomalies congénitales des trompes.
2.1.6. Traitement
Le traitement dépend du plateau technique disponible, du tableau clinique, de la taille de la GEU et du taux de .
  • Mesures de réanimation : En cas de choc hémorragique (remplissage vasculaire, transfusion).
  • Traitement médical (Lyse de la GEU) :
    • Surveillance simple pour les cas très précoces avec bas et en décroissance.
    • Méthotrexate (antifolinique) : Traitement de première intention pour les GEU non rompues, stables, de petite taille, avec des taux de inférieurs à des seuils définis.
  • Traitement chirurgical : Pour les GEU rompues, instables hémodynamiquement, ou en échec du traitement médical.
    • Cœlioscopie : Approche privilégiée. Permet une salpingotomie (incision de la trompe pour retirer l'œuf en conservant la trompe) ou une salpingectomie (ablation de la trompe).
    • Laparotomie : En cas de contre-indication à la cœlioscopie (adhérences importantes, état de choc sévère) ou d'échec de la cœlioscopie.

2.2. Môle Hydatiforme

2.2.1. Définition et Risques
La môle hydatiforme est une anomalie de l'œuf caractérisée par une dégénérescence kystique des villosités choriales et une prolifération trophoblastique anormale. Sa fréquence est d'environ 1/300 grossesses au Sénégal. Le risque majeur est son évolution vers des formes cancéreuses, notamment le choriocarcinome.
2.2.2. Clinique
  • Signes sympathiques de grossesse exacerbés : Nausées et vomissements très intenses (hyperemesis gravidarum).
  • Signes d'hyperthyroïdie : Secondaires à l'activité thyrotrope de l' très élevée produite par la môle.
  • Métrorragies : Souvent intermittentes, de couleur foncée, parfois avec expulsion de vésicules.
  • Utérus mou et de taille excessive par rapport à l'âge de l'aménorrhée, dont le volume peut varier ("utérus en accordéon" de Jeannin).
  • Au toucher vaginal : Palpation de gros ovaires (kystes lutéiniques) dans les culs-de-sac. Le doigtier peut ramener des vésicules hydatiformes.
2.2.3. Paraclinique
  • Biologie : Dosage plasmatique des extrêmement élevé, souvent > .
  • Échographie : Images caractéristiques en "flocons de neige", "nid d'abeille" ou "grappe de raisin" remplissant la cavité utérine. Présence fréquente de kystes lutéiniques au niveau des ovaires.
  • Anatomo-pathologique : Après évacuation, l'examen macroscopique révèle un aspect en grappe de raisin. La microscopie montre une hyperplasie trophoblastique, une transformation hydropique des villosités et une absence de vascularisation des villosités.
2.2.4. Traitement
  • Évacuation utérine : Consiste à vider l'utérus par aspiration intra-utérine, suivie d'un curage doux. Le matériel est envoyé pour examen anatomopathologique.
  • Surveillance post-molaire : Suivi biologique et échographique régulier jusqu'à la négativation de l'hormone . Ce suivi est essentiel pour dépister une maladie trophoblastique gestationnelle persistante.
  • Contraception : Une contraception efficace est indispensable pendant toute la durée du suivi (au moins 6 mois à 1 an) pour ne pas confondre une nouvelle grossesse avec une persistance molaire.
  • Chimiothérapie et/ou hystérectomie : Si des complications surviennent (persistance molaire, choriocarcinome).

2.3. Avortements

2.3.1. Menace d'Avortement
2.3.1.1. Signes Cliniques
  • Aménorrhée.
  • Douleur vague du bas ventre : À type de coliques, traduisant des contractions utérines.
  • Métrorragies : Variables en quantité et en fréquence, mais généralement modérées.
  • Au spéculum : Confirme l'origine endo-utérine du saignement.
  • Au toucher vaginal : Utérus mou, augmenté de volume (correspondant à l'âge gestationnel). Col habituellement fermé, ferme, long et postérieur. Culs-de-sac indolores.
2.3.1.2. Signes Paracliniques
  • HCG : Le taux est en rapport avec l'âge de la grossesse et sa cinétique est habituellement normale.
  • Échographie : Visualise un embryon vivant avec une activité cardiaque, confirmant la vitalité de la grossesse. Recherche un décollement du trophoblaste (hématome décidual) ou la lyse d'un jumeau.
2.3.1.3. Évolution et Conduite
  • L'évolution est parfois imprévisible, pouvant régresser ou évoluer vers un avortement.
  • Conduite : Repos strict, antalgiques, antispasmodiques, et parfois progestérone (controversé, mais souvent prescrit).
2.3.2. Avortement Spontané (Fausse Couche Spontanée)
2.3.2.1. Définition
L'arrêt, sans intervention extérieure, d'une grossesse avant l'âge de la viabilité fœtale. Selon l'OMS, c'est avant 22 SA et/ou avec un poids fœtal inférieur à .
2.3.2.2. Signes Cliniques
  • Douleurs à type de coliques expulsives : Siégeant dans l'hypogastre, de plus en plus intenses.
  • Métrorragies : Abondantes, souvent avec expulsion de caillots et de débris ovulaires.
  • Au spéculum : Abondance des saignements, présence de débris ovulaires dans l'orifice cervical ou le vagin.
  • Au toucher vaginal : Confirme le diagnostic. Col ouvert, raccourci. Produit de conception palpable dans l'isthme utérin ou en intracervical. L'utérus est mou, diminue de taille si une partie de l'œuf a été expulsée.
2.3.2.3. Signes Paracliniques (Échographie)
L'échographie permet de classer l'avortement :
  • Un décollement ovulaire important.
  • Un sac intra-utérin hypotonique (peu tonique) avec un embryon sans activité cardiaque.
  • Un œuf clair (absence de structure embryonnaire à 7 SA ou LCC sans activité cardiaque).
  • Une grossesse arrêtée (embryon visible mais sans activité cardiaque).
  • Un sac gestationnel en voie d'expulsion (isthmique).
  • Un utérus contenant des débris ovulaires (avortement incomplet).
  • Un utérus vide (avortement complet).
2.3.2.4. Évolution et Conduite
  • Évolution : Peut être hémorragique, pouvant entraîner un état de choc. Risque de complications infectieuses (endométrite). Des récidives sont possibles, nécessitant un bilan étiologique sous contraception efficace.
  • Conduite :
    • Expulsion complète : Contraception et surveillance.
    • Expulsion incomplète : Nécessite de compléter l'évacuation par traitement médical (prostaglandines) ou par aspiration intra-utérine (dans le cadre d'un Service d'Aide à l'Avortement, SAA). Contraception post-procédure.
2.3.3. Avortement Provoqué
2.3.3.1. Contexte
Les avortements provoqués peuvent être réalisés dans un cadre médical (Interruption Volontaire de Grossesse - IVG, Interruption Médicale de Grossesse - IMG si la vie de la mère est en danger, non autorisé au Sénégal pour l'IVG "de confort") ou clandestin. Les avortements clandestins sont fréquents en cas de grossesse non désirée, de besoins non satisfaits en contraception, ou d'échec de la contraception.
2.3.3.2. Clinique
  • Hémorragie abondante.
  • Douleurs abdominales : Souvent apparues secondairement, intenses.
  • Signes infectieux : Fréquents (fièvre, leucorrhées fétides, endométrite, choc septique).
  • Signes d'irritation péritonéale : Parfois présents.
  • Au spéculum : Débris ovulaires fétides, lésions du col dues aux instruments (lésions de préhension, déchirures).
2.3.3.3. Conduite
  • Réanimation : Stabilisation hémodynamique en urgence.
  • Antibiotiques : Traitement d'une infection possible ou avérée.
  • Antipyrétiques : Pour la fièvre.
  • Aspiration utérine : Pour évacuer le contenu utérin et juguler l'hémorragie.
  • Contraception : Prévention de nouvelles grossesses non désirées.

2.3.4. Lésions Cervico-Vaginales et Autres Causes

Il est crucial de toujours s'assurer que le saignement provient bien de l'utérus et n'est pas lié à d'autres causes non gravidiques. Un examen au spéculum est le premier geste à effectuer pour localiser l'origine du saignement.
  • Lésions cervicales :
    • Cervicites (inflammations du col de l'utérus).
    • Polype cervical (petite excroissance bénigne qui peut saigner au contact).
    • Cancer du col utérin (rare mais possible pendant la grossesse).
  • Lésions vaginales : Vaginites infectieuses, tumeurs vaginales.
  • Lésions vulvaires.
  • Pathologies de l'hémostase : Troubles de la coagulation chez la mère.

3. Signes de Choc Hémorragique et Mesures d'Urgence

Le choc hémorragique est une complication grave et potentiellement mortelle, notamment en cas de GEU rompue ou d'avortement hémorragique.

3.1. Signes de Choc Hémorragique

  • Hypotension artérielle : Chute de la tension systolique ().
  • Tachycardie : Pouls rapide et filant ().
  • Pâleur : Des muqueuses (conjonctives, lèvres) et des téguments (peau froide et moite), signe de vasocontriction périphérique.
  • Polypnée, dyspnée : Respiration rapide et parfois laborieuse.
  • Agitation ou obnubilation : Troubles de la conscience.
  • Oligurie : Diminution de la production d'urine.
  • Marbrures cutanées.

3.2. Mesures d'Urgence

En cas de choc hémorragique, la prise en charge doit être immédiate et rigoureuse :
  1. Position de Trendelenburg : Patient en décubitus dorsal, jambes surélevées pour favoriser le retour veineux.
  2. Libération des voies aériennes et oxygénothérapie : Administration d'oxygène à haut débit (masque à haute concentration).
  3. Abord veineux périphérique : Pose de deux grosses voies veineuses (calibre 14 ou 16 gauge) pour un remplissage rapide.
  4. Remplissage vasculaire rapide : Administration de cristalloïdes (sérum physiologique, Ringer Lactate) ou de colloïdes.
  5. Bilan sanguin en urgence : Groupe sanguin, Rhésus, RAI (Recherche d'Agglutinines Irrégulières), NFS, Bilan d'hémostase.
  6. Transfusion sanguine : Si l'hémorragie est massive, débuter la transfusion de concentrés de globules rouges (CGH) en urgence, idéalement après confirmation du groupe sanguin.
  7. Recherche rapide de la cause de l'hémorragie : Échographie si possible, sinon examen clinique et interventions chirurgicales si nécessaire.
  8. Préparation à l'intervention chirurgicale : En cas de GEU rompue ou d'hémorragie non contrôlée.
  9. Surveillance continue : Des signes vitaux (pouls, TA, conscience, diurèse).

4. Comparaison des Caractères des Hémorragies

Caractéristique Grossesse Extra-Utérine (GEU) Môle Hydatiforme Menace d'Avortement Avortement Spontané
Aménorrhée Oui, généralement présente, peu longue. Oui, plus ou moins longue. Oui, présente. Oui, présente.
Métrorragies Brunâtres (sépia), faibles, intermittentes, parfois accompagnées de débris déciduaux. Variées, souvent foncées, parfois expulsant des vésicules. Rouges, modérées, intermittentes, précédant la douleur. Rouges, abondantes, avec caillots et débris ovulaires expulsés.
Douleur Pelvienne latéra-utérine, uni ou bilatérale, irradiant parfois à l'épaule si rupture. Peu ou pas de douleur pelvienne, douleurs de tension utérine rares. Modérée, à type de colique lombaire ou hypogastrique. Intense, à type de colique expulsive dans l'hypogastre.
Signes sympathiques de grossesse Souvent diminués ou absents. Souvent très exacerbés (hyperemesis gravidarum, signes d'hyperthyroïdie). Présents et bien développés. Disparition récente.
Utérus au TV Petit pour l'âge de la grossesse, col ferme et fermé, masse latéro-utérine douloureuse. Cri du Douglas si rupture. Très gros, mou (trop gros pour l'aménorrhée), consistance molle, col souvent fermé. Kystes ovariens. Taille normale pour l'âge gestationnel, mou, col fermé, culs-de-sac libres et indolores. Diminué de taille, mou. Col ouvert, raccourci, passage de débris.
Taux insuffisant pour l'âge, cinétique anormale (doublement lent ou stagnation). Taux très (très) élevé (> ). Taux normal ou légèrement élevé pour l'âge, cinétique normale. Taux en chute, ou négatif si avortement complet.
Échographie Utérus vide, masse latéro-utérine (hématosalpinx), épanchement dans le Douglas. Images en "tempête de neige" ou "grappe de raisin" intra-utérines, kystes lutéiniques ovariens. Sac intra-utérin avec embryon viable et activité cardiaque. Hématome décidual possible. Sac hypotonique, embryon sans activité cardiaque (œuf clair, grossesse arrêtée), utérus vide (avortement complet) ou débris.

5. Comparaison de l'Examen Clinique dans la GEU Rompue et non Rompue

Il est essentiel de distinguer une GEU non rompue, souvent stable hémodynamiquement, d'une GEU rompue, qui est une urgence vitale.
Signe Clinique GEU non Rompue GEU Rompue
État hémodynamique Stable (TA et pouls normaux). Instable (hypotension, tachycardie, signes de choc).
Douleur abdominale Localisée à la fosse iliaque, modérée, intermittente. Intense, brutale, généralisée, irradiant à l'épaule.
Abdomen à la palpation Souple, douleur unilatérale. Défense ou contracture généralisée, abdomen tendu, matité des flancs, cri de l'ombilic.
Métrorragies Brunâtres (sépia), faibles, régulières. Peuvent être plus abondantes ou absentes, mais souvent les mêmes que dans la forme non rompue, ne reflétant pas la gravité de l'hémorragie interne.
Toucher Vaginal (TV) Utérus petit et mou. Masse latéro-utérine sensible ("petite chose de Mondor"). Douglas indolore. Utérus difficilement mobilisable. Douglas bombant et très douloureux ("cri du Douglas").
Examen général Bon état général, pâleur modérée ou absente. Altération de l'état général, pâleur intense, sueurs, dyspnée, agitation.
Échographie Utérus vide, masse latéro-utérine, épanchement minime. Inondation péritonéale (sang libre abondant), masse latéro-utérine souvent difficile à visualiser.

6. Signes Échographiques de la GEU et de la Môle Complète

L'échographie est l'outil diagnostique clé dans ces situations.

6.1. Signes Échographiques de la GEU

6.1.1. Signes Indirects
  • Utérus vide : Absence de sac gestationnel intra-utérin avec un taux de plasmatique supérieur au seuil de détection échographique (typiquement par voie vaginale).
  • Masse latéro-utérine hétérogène : Visibilité d'une formation tubaire complexe, souvent appelée hématosalpinx (sang accumulé dans la trompe), sans sac gestationnel intra-utérin.
  • Épanchement liquidien dans le Douglas : Présence de liquide anéchogène (noir) ou échogène (gris) dans le cul-de-sac postérieur, témoignant d'une hémorragie intrapéritonéale, signe de rupture ou fissuration tubaire.
6.1.2. Signes Directs (Rares)
  • Visualisation d'un sac gestationnel avec une vésicule vitelline ou un embryon vivant (avec activité cardiaque) en dehors de la cavité utérine (le plus souvent dans la trompe). Confirme le diagnostic de manière univoque.

6.2. Signes Échographiques de la Môle Complète

  • Cavité utérine remplie d'images hyperéchogènes hétérogènes : Aspect caractéristique de "flocons de neige", "nid d'abeille" ou "grappe de raisin" sans fœtus ni sac amniotique. Ces images correspondent aux villosités choriales dégénérées.
  • Kystes lutéiniques bilatéraux : Présence de kystes ovariens multiples, souvent de grande taille, dus à la stimulation excessive des ovaires par les taux très élevés d'.
  • Absence de visualisation d'un fœtus ou d'un sac amniotique : Un signe distinctif de la môle complète.

Conclusion

Les métrorragies du premier trimestre sont un symptôme alarmant qui nécessite une évaluation rapide et précise. Le défi diagnostic réside dans la distinction entre les diverses étiologies, allant de la menace d'avortement, où la grossesse peut être sauvée, aux urgences vitales comme la grossesse extra-utérine rompue et la môle hydatiforme avec son potentiel de malignité. Une anamnèse rigoureuse, un examen clinique complet et des examens complémentaires clés comme le dosage des et l'échographie pelvienne sont indispensables pour guider la prise en charge. La reconnaissance des signes de choc hémorragique et la mise en œuvre de mesures d'urgence sont primordiales pour la sécurité de la patiente.

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