Med unités motrices
27 cardsLe document explique la structure et le fonctionnement des unités motrices, incluant leur rôle dans la motricité volontaire, leur composition (motoneurone alpha et fibres musculaires), et leur classification en types S, FR et FF. Il aborde également les méthodes d'étude des unités motrices, leur recrutement selon le principe de Henneman, et l'impact de facteurs comme l'entraînement ou l'immobilisation sur leur typologie et leurs propriétés contractiles.
27 cards
Unité Motrice et Adaptations Musculaires
L'unité motrice (UM) est la plus petite structure fonctionnelle de la motricité volontaire. Elle est essentielle à la compréhension de la contraction musculaire et de ses adaptations.
Anatomie et Fonctionnement de l'Unité Motrice
Composition de l'UM
L'UM est constituée d'un motoneurone α (en entier) et de l'ensemble des fibres musculaires qu'il innerve. Chaque fibre musculaire est innervée et commandée individuellement par un seul motoneurone donné.
Contraction de l'UM
L'apparition d'un potentiel d'action (PA) sur l'axone du motoneurone α provoque la contraction unique, maximale et complète de toutes les fibres musculaires innervées par ce motoneurone. Cette contraction est appelée secousse unique ou twitch.
La contraction d'une UM répond à la loi du tout ou rien : soit toutes les fibres de l'UM se contractent simultanément, soit aucune ne se contracte (s'il n'y a pas de PA).
Organisation des Motoneurones
Les corps cellulaires des motoneurones α destinés à un muscle spécifique ne sont pas tous au même endroit dans la moelle épinière. Ils sont regroupés en noyaux moteurs, répartis sur plusieurs niveaux segmentaires. Ainsi, une anomalie sur une racine n'entraîne pas une paralysie totale du muscle.
Territoire d'une UM
L'axone du motoneurone α se ramifie en plusieurs filaments avant d'entrer dans le muscle, chaque filament innervant une seule fibre musculaire. C'est le territoire de l'UM. Les fibres musculaires d'une même UM sont dispersées à l'intérieur du muscle.
Expérience d'isolement et de caractérisation des UM (Sherrington)
Protocole expérimental
Laminectomie : Ouverture du rachis pour accéder à la moelle épinière.
Dissection des racines : Dissection précise des racines médullaires ventrales (motrices) pour isoler fonctionnellement un axone unique.
Stimulation électrique : Stimulation électrique d'une fibre de la racine ventrale avec des électrodes.
Mesure de la force : Le tendon distal du muscle est accroché à une jauge de contraintes pour mesurer la force de contraction.
Si un seul PA est généré, cela correspond à l'activation d'un seul axone de motoneurone α, donc à une seule UM. Cela a permis d'étudier le comportement individuel des UM.
Réponse des UM à la stimulation
Faible intensité : Pas de PA → pas de contraction.
Augmentation d'intensité : Apparition d'un PA → contraction du muscle. La force de contraction augmente avec l'intensité jusqu'à un maximum pour l'UM, correspondant à la contraction unique, maximale et complète de cette seule UM.
Caractéristiques des Unités Motrices
Il existe une correspondance entre la taille de l'UM, les caractéristiques du motoneurone α et celles des fibres musculaires.
Paramètres de détermination de la taille et des propriétés
Vitesse de conduction de l'axone : Plus le diamètre de l'axone est grand, plus la vitesse de propagation du PA est élevée (relation linéaire). Les motoneurones α ont de gros axones (en moyenne 8 μm) et des vitesses de conduction élevées.
Taille du corps cellulaire du neurone : Un volumineux corps cellulaire est associé à un axone de plus gros diamètre et une plus grande excitabilité.
Force développée par l'UM.
Temps de contraction de l'UM.
Classifications des fibres nerveuses (pour information)
Groupe (Lloyd & Hunt) | Exemple de fonction | Diamètre moyen (μm) | Vitesse moyenne (m.s-1) |
I | Afférences primaires des fuseaux neuro-musculaires (Ia), Afférences des organes tendineux de Golgi (Ib) | 13 | 75 |
II | Aff. secondaires des FNM (II), Aff. des mécanorécepteurs cutanés | 9 | 55 |
III | Aff. des récepteurs profonds à la pression dans les muscles | 3 | 11 |
IV | Aff. des récepteurs cutanés à la douleur (amyéliniques) | 0,5 | 1 |
Groupe (Erlanger & Gasser) | Exemple de fonction | Diamètre moyen (μm) | Vitesse moyenne (m.s-1) |
A α | Afférences primaires des fuseaux NM | 15 | 100 |
A β | Motoneurones α des muscles squelettiques | 8 | 50 |
A γ | Aff. des mécanorécepteurs cutanés et pression / Aff. des récepteurs cutanés à la température et douleur, Motoneurones γ des FNM | 5 | 20 |
A δ | 3 | 15 | |
B | Fibres efférentes sympathiques préganglionnaires (SNA) | 3 | 7 |
C | Aff. des récepteurs cutanés à la douleur, Fibres efférentes sympathiques post-ganglionnaires (amyéliniques) | 0,5 | 1 |
Taille de l'UM (nombre de fibres musculaires par UM)
La taille de l'UM est le nombre de fibres musculaires innervées par le motoneurone et ses branches de division. Elle varie considérablement selon le muscle :
Muscles oculomoteurs : 5-10 fibres par UM (petite taille).
Muscles lombricaux : ~100 fibres par UM.
Gastrocnémien : environ 2000 fibres par UM (très grosse taille).
La taille des UM est corrélée à la taille du muscle et a un impact fonctionnel sur la régulation de la force et la précision des mouvements. Le muscle oculaire externe est une exception avec un grand nombre d'UM pour un petit muscle, permettant une grande précision.
Muscle | UM | Fibres musc | Fibres musc/UM | ⊗ moy fibres musc (μm) |
Oculaire externe | 1740 | 22 000 | 13 | 15 |
Tenseur du tympan | 55 | 1100 | 20 | |
Lombricaux | 95 | 10 300 | 108 | 19 |
Biceps brachial | 774 | 580 000 | 750 | 50 |
Gastrocnémien médian | 579 | 1 000 000 | 1730 | 54 |
Propriétés dynamiques des UM : Sommation et Tétanos
Un seul PA entraîne une secousse unique. Si les PA se succèdent à une fréquence élevée, la force musculaire se modifie par sommation des secousses, puis par potentialisation. Une fréquence encore plus élevée peut entraîner un tétanos : une fusion mécanique des contractions aboutissant à une contraction soutenue.
Classification selon la fréquence de fusion
UM lentes (S pour Slow) : Fusion des secousses pour des fréquences plus basses.
UM rapides (F pour Fast) : Fusion des secousses pour des fréquences très élevées. Il existe deux sous-types :
FR (Fast Resistant) : Rapides, résistantes à la fatigue.
FF (Fast Fatigable) : Rapides, fatigables.
Caractérisation de la secousse unique
La secousse unique a une allure constante : croissance rapide suivie d'une relaxation plus lente. Elle est caractérisée par :
Force au pic (sommet de la stimulation).
Temps de contraction (TTP - Time To Peak) : temps pour atteindre le sommet.
Temps de demi-relaxation (HRT - Half Relaxation Time) : temps pour que l'UM diminue sa force maximale de moitié.
Les UM lentes ont un TTP et HRT longs (contraction lente), et fusionnent à des fréquences d'activation plus basses que les UM rapides (FR ou FF).
Test de fatigue
Le test de fatigue permet de distinguer les types d'UM. Une stimulation continue jusqu'à épuisement des réserves énergétiques par déplétion glycogénique montre que :
UM S : Non fatigables, force faible mais maintenue.
UM FR : Résistantes à la fatigue, force élevée.
UM FF : Fatigables, force élevée mais diminue rapidement.
Classification des UM selon diverses propriétés
Les UM peuvent être classées selon :
Le nombre de fibres musculaires innervées (taille de l'UM).
La dimension du corps cellulaire et le diamètre de l'axone du motoneurone (vitesse de conduction).
Type | S (Slow) | FR (Fast Resistant) | FF (Fast Fatigable) |
Dimension du corps cellulaire | petite | moyenne | grand |
Diamètre de l'axone | petit | moyen | grand |
Nombres de fibres musculaires : taille de l'UM | faible | moyen | élevé |
Les fibres musculaires d'une même UM sont toutes du même type histologique, mais il existe un certain polymorphisme basé sur la composition en myosine myofibrillaire.
Isoformes de myosine (MHC - Myosin Heavy Chain)
MHC I : Fibres lentes, UM S.
MHC IIa : Fibres rapides, UM FR.
MHC IIx : Fibres rapides, UM FF.
MHC IIb : Existe chez les rongeurs, mais pas chez l'homme.
La composition en MHC varie avec l'entraînement et l'immobilisation. L'entraînement peut favoriser le passage de fibres I vers IIa, IIa vers IIx. L'immobilisation, elle, tend à faire passer les fibres du type lent au type rapide.
Force spécifique
La force maximale développée varie selon le type de fibres :
Force fibres I < force fibres IIa < force fibres IIx
Pour une même fréquence d'activation :
Force UM S < force UM FR < force UM FF
Vitesse de raccourcissement (contraction isotonique)
La vitesse de contraction est étudiée sur une contraction isotonique (le muscle se raccourcit sous charge constante). Il existe une relation hyperbola entre la vitesse de contraction et la charge développée. La vitesse de contraction varie entre les UM :
Vitesse UM FF > vitesse UM FR > vitesse UM S
La puissance d'une UM augmente avec la fréquence de stimulation pour une même vitesse, et avec la vitesse pour une même fréquence.
Recrutement et Module de la Force Musculaire
Principe de la taille de Henneman
Le recrutement des UM s'effectue dans l'ordre croissant de leur taille : d'abord les petites UM S (les plus excitables), puis les UM FR, et enfin les grosses UM FF. Ce principe permet d'obtenir une force musculaire progressivement croissante.
Le système nerveux central (SNC) doit :
Obtenir une force précise et adaptée.
Maîtriser et stabiliser la force de contraction dans le temps (sans secousse).
La force dépend du nombre d'UM stimulées. Une petite UM offre une force faible mais une bonne précision, tandis qu'une grosse UM donne une force importante mais une moindre précision.
Régulation de la force
L'augmentation de la force volontaire se fait par :
Augmentation de la fréquence d'activation de chaque UM (recrutement temporel).
Augmentation du nombre d'UM mises en jeu (recrutement spatial).
Les UM à seuil bas (UM S) sont les premières recrutées et ont les fréquences d'activation les plus lentes. L'ordre de recrutement ne varie pas selon le type d'exercice.
La gradation de la mise en jeu des UM dépend de la puissance de l'exercice :
Marche/footing : UM S (activité aérobie, fibres lentes).
Cyclisme/400m nage : UM FR (fibres rapides IIa).
100m/Courses Olympiques : UM FF (activité glycolytique, fibres rapides IIx).
Mécanismes de stabilisation de la force
Pour maintenir une force stable (tétanos fusionné) :
Le SNC recrute le nombre d'UM nécessaires et les stimule à une fréquence suffisante.
Un système de relais entre UM de même taille est mis en place : les UM de même force sont recrutées à tour de rôle pour éviter la fatigue et maintenir la force.
Neurone de Renshaw
Le motoneurone α envoie un PA excitateur à un neurone de Renshaw via une collatérale. Le neurone de Renshaw, après avoir reçu plusieurs PA, envoie des PA inhibiteurs au motoneurone α. Ce rétrocontrôle négatif limite et régule la fréquence de décharge maximale des motoneurones.
Cela rend l'UM inexcitable temporairement et permet son remplacement par une UM de même taille, évitant ainsi la fatigue mais limitant la puissance maximale.
En conditions physiologiques, la contraction tétanique est obtenue par « rotation entre les UM », même à des fréquences d'activation relativement basses (ex: 22 Hz pour l'abducteur du pouce).
Électromyographie (EMG)
EMG à l'aiguille (invasif)
Permet d'étudier l'activité des UM individuellement en enregistrant les PA. Les logiciels d'acquisition permettent de décomposer le signal pour différencier les UM.
EMG global (non invasif)
Le recueil par électrodes extérieures au muscle enregistre la fusion des potentiels d'unité motrice (PUM), formant un signal interférentiel. Ce signal, traité par rectification et filtrage, est proportionnel à la force développée par le muscle.
L'EMG global permet de lire les programmes moteurs du SNC, codant l'intensité et la durée de la contraction. Un exemple est le pattern triphasique d'un mouvement.
2
2
2
2
.
.
Influence de la commande motrice et du milieu sur les muscles
Suppression ou diminution de l'influence nerveuse (Dénervation)
La diminution ou disparition de la commande nerveuse (par section de la moelle épinière, blocage de la propagation axonale) entraîne une amyotrophie et des modifications du phénotype musculaire.
Amyotrophie : Atrophie des fibres musculaires.
Conversion vers un profil plus rapide : Augmentation de la proportion de fibres de type II (rapides) et diminution des enzymes du métabolisme oxydatif.
Que le muscle soit rapide ou lent, la perte de la commande nerveuse induit une conversion vers un phénotype contractile plus rapide.
Modification du mode d'activation nerveuse (Stimulations électriques chroniques)
La stimulation électrique chronique (durée, fréquence) d'un muscle modifie son phénotype.
Fréquences basses (toniques) : La stimulation chronique à des fréquences faibles (ex: 10-40 Hz) modifie les propriétés du muscle vers un profil plus lent.
Augmentation du temps de contraction (CT) et du temps de demi-relaxation (HRT).
Déplacement de la courbe force-fréquence vers la gauche (diminution de la fréquence de fusion).
Augmentation de la résistance à la fatigue.
Fréquences élevées (phasiques) : La stimulation à des fréquences élevées (ex: 100 Hz) d'un muscle lent (soléaire) induit des effets inverses, le rendant plus rapide :
Accélération de la secousse.
Déplacement de la courbe force-fréquence vers la droite (hautes fréquences).
Augmentation du pourcentage de fibres de type II.
Ces effets sont souvent réversibles après arrêt de la stimulation.
Innervation croisée
Le transfert d'un nerf d'un muscle lent vers un muscle rapide (et inversement) inverse le profil des propriétés contractiles des deux muscles. Un muscle lent innervé par le nerf d'un muscle rapide devient plus rapide, et vice-versa. Cela démontre que c'est le nerf qui impose la typologie du muscle.
Suppression ou diminution de l'efficacité mécanique (Ténotomie, Apesanteur, Immobilisation)
Ces conditions entraînent des modifications du muscle.
Ténotomie : Interruption du tendon du muscle.
Apesanteur/Microgravité : Diminution ou abolition de la gravité terrestre (vols spatiaux, bed rest).
Atrophie musculaire (surtout des fibres de type I dans les muscles posturaux).
Augmentation du pourcentage de fibres de type II.
Diminution de l'activité EMG dans le soléaire (muscle antigravitaire).
Immobilisation : Par plâtre ou broches.
Amyotrophie importante.
Chute de l'activité EMG spontanée.
Acquisition d'un profil contractile plus rapide du muscle (diminution du CT et HRT, augmentation de la fréquence de fusion).
Ces effets sont majorés si le muscle est immobilisé à une longueur inférieure à sa longueur de repos physiologique.
Augmentation de la sollicitation mécanique (Surcharge mécanique)
L'ablation de muscles synergiques (ceux qui travaillent avec le muscle étudié) met en surcharge d'autres muscles.
Augmentation de la force de secousse et tétanique.
Augmentation de la masse du muscle.
Peu ou pas de modification de la vitesse de contraction pour les muscles lents.
Modification du temps de demi-relaxation (HRT) et augmentation de la force tétanique des UM, mais les paramètres n'évoluent pas toujours en parallèle (ex: certaines UM rapides peuvent montrer une diminution de résistance à la fatigue, tandis que les UM lentes augmentent leur résistance).
Changement de fonction (Transposition tendineuse)
La transposition d'un tendon pour changer la fonction d'un muscle (ex: fléchisseur devient extenseur) entraîne une adaptation de ses propriétés.
Le muscle acquiert un profil qui se rapproche de la fonction qu'il exerce.
Exemple : un soléaire (muscle rouge, lent) transposé peut acquérir des caractéristiques de muscle pâle par diminution de la myoglobine.
Les UM lentes transposées peuvent acquérir un profil rapide (accélération de la secousse, augmentation de la force tétanique, augmentation de la fréquence de fusion).
Ces transpositions sont utilisées en chirurgie réparatrice (ex: paralysie radiale) et montrent une certaine plasticité du système neuromusculaire, bien que l'apprentissage de nouveaux programmes moteurs puisse être plus aisé pour les mouvements volontaires que pour les mouvements automatiques.
Conclusion
L'unité motrice est la base de la motricité. Ses caractéristiques (taille, vitesse, force, fatigabilité) sont finement régulées par la commande nerveuse et peuvent être adaptées par l'environnement et l'expérience motrice. Ces adaptations sont essentielles pour comprendre la physiologie musculaire et les stratégies de rééducation.
Start a quiz
Test your knowledge with interactive questions