Marché du travail et chômage : Analyses et perspectives
60 cardsAnalyse détaillée des définitions, faits statistiques, visions classiques et keynésiennes, et perspective marxiste du chômage et du marché du travail.
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Chapitre 5 : Le marché du travail et la question du chômage
1) Le chômage : son analyse et quelques faits aujourd'hui.
a) Définition du chômage.
- Définition générique du taux de chômage : Le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs).
- Population active : La part de la population en âge de travailler qui travaille ou recherche un emploi.
Critères du BIT (Bureau International du Travail) pour être au chômage (15 ans ou plus) :
- N'ont pas travaillé, ne serait-ce qu'une heure, au cours de la semaine de référence.
- Sont disponibles pour travailler dans les deux semaines.
- Ont entrepris des démarches actives de recherche d'emploi dans le mois précédent, ou ont trouvé un emploi qui commence dans les 3 mois.
- INSEE : Utilise les critères du BIT via son enquête emploi pour le taux de chômage officiel.
- Recensement INSEE : Comptabilise les personnes de 15 ans ou plus se déclarant au chômage (inscrits ou non à Pôle emploi, sauf si ne recherchent pas de travail) ou celles ne se déclarant ni en emploi ni au chômage mais recherchant un emploi.
- DARES et Pôle emploi : Comptabilisent les personnes inscrites comme demandeurs d'emploi à Pôle emploi.
- Catégorie A (Pôle emploi) : Regroupe les personnes tenues d'effectuer des actes positifs de recherche d'emploi et sans emploi au cours du mois.
- Différence BIT vs Pôle emploi (Catégorie A) :
- Un demandeur d'emploi en catégorie A peut ne pas être chômeur au sens du BIT (ex: pas de démarche active autre que l'actualisation).
- Un chômeur au sens du BIT peut ne pas être en catégorie A (ex: suivi par une autre structure et non inscrit à Pôle emploi).
- Différence méthodologique : L'INSEE s'appuie sur une enquête, la DARES et Pôle emploi sur les données d'inscription à Pôle emploi.
b) Quelques faits statistiques sur le chômage.
- Taux de chômage en France (2021) : 7,9 % des actifs (hors Mayotte) selon le BIT.
- Évolution historique :
- Forte augmentation après le premier choc pétrolier (1973), dépassant 8% au milieu des années 80.
- Alternance de baisses et hausses liées au cycle économique (récessions de 1993, 2008-2009, ralentissement de 2001).
- Baisse de 2,3 points entre 2015 et 2020.
- En 2020, recul "en trompe l'œil" dû aux restrictions d'activité.
- En 2021, poursuit sa baisse pour atteindre 7,4% (plus bas niveau depuis 2008).
Chômage par tranche d'âge :
- Les jeunes (15-24 ans) ont un taux de chômage plus élevé.
- Explications :
- Entrée sur le marché du travail, recherche active.
- Manque d'expérience.
- Variable d'ajustement en période économique difficile (moins coûteux à licencier).
Chômage par niveau de diplôme (2021) :
- Le niveau de diplôme influence la probabilité d'être au chômage.
- Les personnes moins qualifiées sont plus touchées.
- Explication : Évolution du système productif vers des biens et services plus complexes, nécessitant une main-d'œuvre plus qualifiée.
Temps de chômage (ancienneté au chômage en 2021) :
- 54,1 % des chômeurs le sont depuis moins de 6 mois.
- Une partie non négligeable est en chômage de longue durée (plus d'un an).
- Le chômage de longue durée est en augmentation.
- Conséquences du chômage de longue durée : Problèmes matériels, psychologiques, isolement social.
Chômage selon la catégorie socioprofessionnelle (CSP) :
- Les employés et ouvriers sont les catégories les plus impactées par le chômage.
- Cela recoupe le fait que les moins diplômés sont plus touchés.
- Les emplois peu qualifiés servent souvent de variables d'ajustement en période de crise.
- Exemple de la crise des subprimes (2007-2009) : Les emplois précaires (ouvriers, employés) ont été les plus touchés, ce qui a pu fausser la perception du salaire moyen (augmentation apparente car seuls les mieux rémunérés restaient en emploi).
Citation de Jean de Largentaye (1968) :
«Le plein emploi,..., n'est pas seulement le critère de la bonne marche d'une économie. Il est encore et surtout la base d'un statut satisfaisant de la main d'œuvre, et par suite la condition, dans une société libre, de l'équilibre politique et social. »
«Le chômage effectif et même la simple menace de chômage sont pour les travailleurs une cause d'aliénation et de démoralisation. Lorsque la main d'œuvre risque de manquer d'emploi, elle ne peut être pleinement indépendante de ses employeurs.»
2) Le chômage : une même variable, différentes visions.
- Contexte actuel (début 2020) : Perte de 750 000 emplois en France due à la crise sanitaire, augmentant le taux de chômage.
- Spécificité du chômage en France : Rigidité à la baisse depuis plus de quarante ans.
Types de chômage :
- Chômage structurel ou classique : Dû à un marché du travail pas assez flexible.
- Chômage conjoncturel ou keynésien : Dû à une faible demande.
- Chômage frictionnel : Inévitable même en plein emploi, dû aux entrées et sorties constantes sur le marché du travail.
- Ces trois types sont des formes de chômage involontaire (les individus veulent travailler mais ne trouvent pas d'emploi).
- Chômage volontaire : Les individus préfèrent ne pas travailler au salaire proposé.
a) La vision classique du marché du travail : un marché à l'équilibre.
- Marché du travail classique :
- Entreprises : demandent du travail (facteur de production).
- Ménages : offrent leur travail en échange d'une rémunération (salaire nominal w).
- Postulat classique : Le marché du travail est toujours en équilibre grâce à l'ajustement du salaire réel (w/p, salaire nominal rapporté au niveau général des prix - NGP).
- Équilibre : Déterminé par une quantité de travail d'équilibre (L*) et un salaire réel d'équilibre (w*/p*).
- Principes classiques : Économie de marché dominante, prix flexibles, horizon à long terme.
- Demande de travail (Ld) : Fonction décroissante du salaire réel. Plus le salaire réel diminue, plus la demande de travail augmente.
- Explication : Le salaire réel est le coût du travail pour l'entreprise. L'entreprise embauche tant que la productivité marginale du travail (PmL = ) est supérieure au salaire réel. Elle arrête quand PmL = salaire réel.
- Offre de travail (Lo) : Fonction croissante du salaire réel. Plus le salaire réel augmente, plus les ménages offrent de travail.
- Équilibre de plein emploi : Pour les classiques, l'équilibre sur le marché du travail est un équilibre de plein emploi.
- Chômage possible : Uniquement volontaire (individus ne souhaitant pas travailler au salaire réel d'équilibre, ayant d'autres sources de revenus comme les allocations chômage).
- Taux de chômage en plein emploi : Environ 3-4 % de la population active.
- Origines du chômage (classiques) : Rigidités sur le marché du travail (syndicats, salaire minimum, réglementation des licenciements).
b) La vision Keynésienne : un marché du travail en déséquilibre.
- Contexte : La crise de 1929 a contredit les postulats classiques (mécanismes de retour à l'équilibre n'ont pas fonctionné).
- Keynes : La crise est due à l'effondrement de la demande effective (demande anticipée par les entreprises).
- Solution keynésienne : Une politique économique appropriée peut résoudre la crise.
- Déterminant de l'emploi : La demande effective détermine le niveau d'emploi.
- Équilibre de sous-emploi : Pour Keynes, le marché du travail est en équilibre de sous-emploi, avec un chômage involontaire.
- Chômage involontaire : Des individus sont prêts à travailler pour un salaire réel plus faible mais ne trouvent pas d'emploi.
- Politiques économiques : Toute mesure visant à augmenter la demande effective (monétaire, budgétaire, fiscale expansionniste) réduit le chômage. L'État doit intervenir en cas de demande effective insuffisante.
- Salaires nominaux (w) : Rigides à la baisse (conventions entre employeurs et salariés).
- Illusion monétaire : Les salariés ajustent leur offre de travail au salaire nominal (w) et non au salaire réel (w/p). Ils sont satisfaits d'une hausse du salaire nominal sans se préoccuper de la hausse des prix (p).
- Réduction du chômage (Keynes) : Possible si les prix augmentent à salaire nominal donné, ce qui diminue le salaire réel (coût du travail) et encourage les entreprises à embaucher.
- Arbitrage inflation-chômage : Accepter une inflation positive pour réduire le chômage (Courbe de Phillips).
- Critique à long terme : Les salariés finissent par prendre conscience de l'inflation et réclament des hausses de salaires nominaux équivalentes, annulant l'effet sur le salaire réel et donc sur l'emploi.
c) Une analyse des agrégats macroéconomiques : La relation de Phillips.
- Cadre d'analyse : Sortie du modèle de concurrence pure et parfaite (CPP).
- Rigidités :
- Marchés des biens et services : Les firmes sont "faiseuses de prix" (oligopoles, monopoles).
- Marché du travail : Relation institutionnelle entre entreprises et salariés, négociations sur les salaires nominaux.
- Courbe de Phillips : Relation empirique négative entre le taux de chômage et le taux de croissance des salaires (ou de l'inflation).
- Observation de Phillips : Plus le chômage est bas, plus le taux de salaire est fort (et donc plus l'inflation est importante).
- Explication :
- Chômage bas les salariés ont plus de pouvoir de négociation pour des hausses de salaires nominaux.
- Si les firmes sont faiseuses de prix, elles répercutent ces hausses de salaires sur les prix, générant de l'inflation.
- Rôle de l'illusion monétaire :
- Si les hausses de salaires négociées sont inférieures à l'inflation, le salaire réel diminue, permettant aux entreprises d'embaucher.
- Si les hausses de salaires sont égales à l'inflation, le salaire réel reste stable, le chômage ne varie pas.
- Si les hausses de salaires sont supérieures à l'inflation, le salaire réel augmente, entraînant un chômage plus élevé.
3) Aller plus loin... Une vision Marxiste du marché du travail et du chômage.
- Économie de subsistance : Le travail produit juste assez pour survivre.
- Surplus de main-d'œuvre : Une fois la productivité augmentée au-delà de la subsistance, il y a un surplus (travail nécessaire + surplus). Ce surplus est accaparé par les classes dirigeantes.
- Plus-value (société capitaliste) : Revenu de la classe bourgeoise, fourni par les travailleurs (prolétariat) sans contrepartie équivalente.
- Valeur d'échange des marchandises : Basée sur le temps de travail nécessaire pour les produire.
- Productivité et profits : Les entrepreneurs peuvent augmenter la productivité au-dessus de la moyenne pour générer des profits supplémentaires.
- Exploitation du travailleur : L'entrepreneur embauche des travailleurs à un prix inférieur à la valeur totale de la production. Le salaire d'un travailleur est une fraction du travail journalier fourni.
- Source de toute valeur : Pour Marx, le travail est la source de toute valeur (la terre et le capital étant générés par le travail).
- Lutte des classes : Le capitalisme est caractérisé par la lutte entre la classe ouvrière et les employeurs, ces derniers exploitant la plus-value grâce à leur pouvoir (droits de propriété).
- Pouvoir des travailleurs : Les travailleurs n'ont pas de pouvoir sur leur propre production, qui est utilisée par l'employeur. Ce pouvoir est encore plus faible face aux grandes entreprises monopolistiques.
Analyse Marxiste du chômage :
- Inhérence au capitalisme : Le chômage est une caractéristique intrinsèque du fonctionnement instable du système capitaliste.
- Chômage de masse : Constante des périodes régulières de crise du capitalisme.
- Division du prolétariat : Entre ceux en situation de surtravail (salariés) et de sous-travail (chômeurs).
- Armée industrielle de réserve : Les chômeurs constituent une "armée industrielle de réserve" qui permet aux capitalistes de faire pression à la baisse sur les salaires.
- Avantage pour le capitaliste individuel : Le chômage assure une main-d'œuvre disponible et maintient les salaires bas.
- Rentabilité pour le capitalisme global : Le chômage est rentable s'il permet de baisser les salaires d'un pourcentage plus important que le taux de chômage.
- Pression sur les actifs : L'excès de travail demandé aux actifs augmente le nombre de chômeurs, ce qui accroît la pression sur les actifs à être plus dociles (accepter des conditions de travail plus difficiles ou des rémunérations plus faibles).
- Solution : Pour Marx, le seul moyen de supprimer définitivement le chômage est de dépasser le système capitaliste.
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