Le Monde dans les Années 1930 Face à la Crise Économique et Sociale
No cardsAnalyse des conséquences mondiales de la crise économique de 1929, incluant les réactions des États, le repli national, et les tensions internationales.
Les années 1930 sont marquées par une crise économique et sociale mondiale, profondément enracinée dans le krach boursier de 1929 et ses répercussions.
1. La Crise de 1929 : De Wall Street à la Dépression Mondiale
1.1. De la Crise Financière à la Grande Dépression
Octobre 1929, Wall Street : Le « jeudi noir » marque l'effondrement boursier (13 millions d'actions vendues), déclenchant une crise financière.
Causes américaines :
Surproduction : Les "roaring twenties" ont vu une hausse de production non suivie par la consommation.
Spéculation excessive : Déconnexion entre l'économie réelle et la finance, bulle spéculative alimentée par le crédit et les call loans.
Crise bancaire : Panique générale, retraits massifs, faillites bancaires (nombre divisé par deux entre 1919 et 1933).
Crise économique et sociale :
Consommateurs ruinés baisse de la consommation fermetures d'usines.
Production industrielle chute de moitié (1929-1932).
12 millions de chômeurs en 1933 aux États-Unis (1/4 de la population active).
Manifestations : Bonus Army (20 000 vétérans en 1932 à Washington).
1.2. De la Crise Américaine à la Crise Mondiale
Propagation : La crise se propage à partir de 1931 par « effet domino » (échanges commerciaux et financiers).
Conséquences mondiales :
Rapatriement des capitaux américains fragilisation des économies européennes, latino-américaines et japonaises.
Abandon de l'étalon-or désintégration du système monétaire.
Commerce mondial chute de plus de moitié (1929-1932).
La crise en Europe :
Affecte principalement le Royaume-Uni, l'Autriche et l'Allemagne.
Allemagne : 6 millions de chômeurs en 1932, faillites bancaires (Kredit Anstalt à Vienne), fragilisée par les réparations du Traité de Versailles.
La crise en Amérique latine :
Accélération du ralentissement économique (chute des prix des matières premières, réduction des exportations, désinvestissement américain).
Favorise l'instabilité politique et l'arrivée de « dictateurs de la dépression » (Mexique, Équateur, Bolivie, Brésil).
Brésil : Getúlio Vargas au pouvoir (Révolution de 1930), instauration d'un « populisme », puis d'une dictature (Estado Novo en 1937) inspirée de Salazar et Mussolini.
2. La Réaction des États Face à la Crise Économique
2.1. Les Tentations de Repli National
La majorité des États optent pour le repli national, le protectionnisme et l'affirmation des intérêts nationaux.
Europe : Fait de maintenir la paix passe au second plan, la SDN est inefficace.
États-Unis (initiallement) :
Président Herbert Hoover (républicain) : orthodoxie budgétaire et protectionnisme (Hawley-Smoot tariff en 1930), qui accentuent la crise.
Royaume-Uni :
Import Duties Act (1932) : fin du libre-échange.
Accords d'Ottawa (1932) : préférence impériale, consolidation de la zone sterling, débouchés pour l'industrie britannique.
France :
Mesures protectionnistes et déflationnistes (à partir de 1931).
Repli sur l'empire colonial : création d'une Zone-franc.
Allemagne :
Politique d'austérité et déflation monétaire.
Montée du national-socialisme (NSDAP) d'Hitler, soutenu par les industriels et une partie des ouvriers mécontents.
Remise en cause du Traité de Versailles (moratoire des dettes en 1931, droit au réarmement en 1932).
Impérialisme japonais :
Nationalisme accru par la crise de 1929.
Volonté de défendre et étendre les territoires asiatiques pour garantir des ressources (Corée, Mandchourie du Sud).
Invasion de la Mandchourie en 1931, création du Mandchoukouo, départ du Japon de la SDN en 1934.
Début de la « guerre de Quinze Ans » (invasion de la Chine à partir de 1937).
« Dictatures de la dépression » en Amérique latine :
Renforcement du rôle de l'État dans l'économie et le social.
Brésil (Getúlio Vargas) : développement industriel, politiques sociales (réglementation du travail, congés payés, semaine de 40h), tout en interdisant l'opposition politique et syndicale.
2.2. Les Démocraties Libérales : Entre Interventionnisme d'État et Isolationnisme International
2.2.1 Les États-Unis : Rupture avec l'Orthodoxie Libérale (New Deal)
Échec de l'administration Hoover, crise s'aggrave (PNB divisé par 2, moitié des banques en faillite, malnutrition).
Élection de Franklin Delano Roosevelt (Démocrate) en 1932 : Promesse d'un New Deal (politique volontariste de relance).
Dès mars 1933 :
Rupture avec la tradition libérale, renforcement du rôle de l'État.
Contrôle public sur les banques et la finance.
Programme de relance par la consommation.
Gouvernement interventionniste :
Création d'agences publiques (ex: WPA - Work Progress Administration) pour créer des millions d'emplois.
Aménagement de régions (ex: TVA - Tennessee Valley Authority : reboisement, centrales hydroélectriques).
Inspiration keynésienne : Met en œuvre les théories de John Maynard Keynes (relance par la demande).
Bilan mitigé : Chômage stagne après 1936, production industrielle retrouve le niveau d'avant-crise seulement en 1939.
Héritage : Pose les bases de l'État-providence (loi de sécurité sociale en 1935, bien qu'excluant les plus pauvres et les Noirs).
Plein-emploi atteint seulement avec l'entrée en guerre en 1941.
2.2.2 La France : Le Front Populaire (1936)
Crise tardive (1931), mais paralysie jusqu'en 1939 (baisse des prix, ralentissement production).
Crise économique crise politique : instabilité ministérielle, scandales (affaire Stavisky 1934), montée de l'antiparlementarisme (émeutes du 6 février 1934).
Réaction : Union des forces de gauche (SFIO, PC, Radicaux) Front Populaire (élections 1936).
Gouvernement Léon Blum :
Interventionnisme d'État : Office du blé, nationalisations (armement, aéronautique, chemins de fer).
Politique sociale volontariste (Accords Matignon, 7 juin 1936) :
Hausse des salaires ( ).
Représentation ouvrière dans les entreprises.
Premiers congés payés (15 jours).
Semaine de 40 heures.
Limites : Difficultés économiques et tensions internationales affaiblissent rapidement cette politique.
2.2.3 Le Choix de l'Isolationnisme International
Priorité nationale : Les démocraties libérales se concentrent sur leurs problèmes internes.
Faiblesse de la sécurité collective :
Pacte Briand-Kellog (1928) : « met la guerre hors la loi » mais sans sanctions en cas de non-respect.
États-Unis : Refusent tout engagement international (Sénat rejette l'adhésion à la SDN en 1920).
Conférence de Genève sur le désarmement (1932) : Échec (divergences franco-allemandes), l'Allemagne obtient le droit au réarmement et quitte la conférence, puis la SDN (avec le Japon) en 1933.
Impuissance de la SDN :
Ne parvient pas à stopper le Japon en Mandchourie (1931-1932) ni l'Italie en Éthiopie (1935).
Sanctions économiques contre l'Italie débouchent sur l'« axe Rome-Berlin » (1936), puis le pacte anti-Komintern (1937).
Isolationnisme américain renforcé :
Opinion publique considère que les difficultés proviennent de l'engagement dans la Première Guerre mondiale.
Franklin D. Roosevelt : malgré une préférence pour l'engagement, doit renforcer l'isolationnisme.
Neutrality Acts (1935-1939) : Interdictions de vendre armes et matériel de guerre aux États belligérants.
La Guerre d'Espagne (1936) renforce ce sentiment de neutralité.
Fin de l'embargo seulement en novembre 1939 avec la clause cash and carry, à l'entrée de la Seconde Guerre mondiale.
Conclusion : Points Clés
La crise de 1929, initialement financière et américaine, devient une Grande Dépression mondiale, accentuant les déséquilibres.
Réponse majoritaire : repli national et protectionnisme, favorisant le nationalisme et l'autoritarisme.
Échec des institutions internationales (SDN) face à la montée des tensions impérialistes et totalitaires.
Innovations politiques et économiques :
New Deal aux États-Unis (interventionnisme étatique, bases de l'État-providence).
Front Populaire en France (avancées sociales, nationalisations).
La crise économique a été un levier majeur des bouleversements politiques des années 1930.
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