Introduction à la Sociolinguistique
No cardsCe cours explore les fondements de la sociolinguistique, abordant ses origines, ses concepts clés tels que la variation linguistique, les normes, les communautés linguistiques, le changement linguistique, et les contacts entre langues. Il analyse comment le langage reflète et façonne les dynamiques sociales.
La Sociolinguistique : Une Exploration Exhaustive des Interactions Langue-Société
La sociolinguistique est un domaine disciplinaire relativement récent au sein des sciences du langage, ayant émergé aux États-Unis dans les années 1960. Elle se consacre à l'étude de la langue dans son contexte social, en portant une attention particulière aux usages concrets du langage plutôt qu'à la seule introspection du linguiste. Inspirée notamment par les travaux de William Labov, John J. Gumperz et Dell H. Hymes, cette discipline prend au sérieux la définition saussurienne de la langue comme « un produit social de la faculté de langage et un ensemble de conventions nécessaires adoptées par le corps social ».
I. Qu'est-ce que la Sociolinguistique ?
La sociolinguistique ne se réduit pas à un simple « supplément sociologique » à la linguistique. Elle développe ses propres objets et problématiques de recherche, explorant la relation indissoluble entre langue et société.
1. Une Première Approche de la Dimension Sociale du Langage
La fonction de communication est fondamentale, mais le langage dépasse la simple transmission d'un message informationnel. Il remplit des fonctions sociales cruciales, souvent involontaires.
1.1 Au-delà de la Simple Communication d'un Message
Bien que le langage serve à communiquer des messages, il est souvent utilisé pour d'autres raisons tout aussi importantes dans l'établissement des relations sociales. De plus, les locuteurs transmettent un grand nombre d'informations à leur insu.
- Exemple d'engagement de conversation : Deux voyageurs inconnus dans un train peuvent discuter du temps qu'il fait. L'objectif n'est pas tant d'échanger des informations climatiques que d'éviter le malaise du silence, établissant ainsi un lien social. Le sujet, de nature consensuelle, est secondaire.
- Informations involontaires : La manière de parler (accent, expressions, choix des mots, construction des phrases) révèle l'origine géographique, le niveau d'instruction, le statut socio-professionnel ou l'identité socioculturelle du locuteur. Ces indices sont utilisés par les interlocuteurs pour formuler des jugements, souvent inconsciemment.
1.2 Exemples d'informations sur l'origine géographique
Les variations phonétiques et lexicales permettent d'identifier l'origine des locuteurs. Par exemple, la prononciation du "r" (roulé vs. uvulaire), l'omission de certains "e" graphiques, ou des voyelles "a" plus ou moins fermées. Le vocabulaire peut aussi être un marqueur, comme l'usage du mot "présentement" au Québec ou de l'expression "j'étais toute trempe" dans le Sud-Ouest de la France. Ces variations montrent que la langue française est loin d'être un objet unifié et homogène.
2. Les Linguistes et la Conception Sociale de la Langue
L'idée de la dimension sociale de la langue n'est pas nouvelle, mais son traitement a évolué.
2.1 La Dimension Sociale de la Langue chez Ferdinand de Saussure
William Dwight Whitney (1827-1894) a été le premier à placer explicitement le caractère social du langage au cœur de sa réflexion. Il affirmait que le langage n'est ni biologique ni purement mental, mais un fait social et une institution. Ces thèses ont influencé Ferdinand de Saussure, qui, dans son Cours de linguistique générale (C.L.G.), a également décrit la langue comme une institution sociale et un produit des forces sociales.
Cependant, pour Saussure, la complexité sociale de la langue et ses diversités sont reléguées à une linguistique dite « externe » (la linguistique de la parole). La langue est conçue comme un système homogène et abstrait, un « trésor commun » partagé par une communauté linguistique unifiée par elle. Toute variation est attribuée à l'individu dans son exercice de la parole.
2.2 Antoine Meillet, une Conception Différente du 'Fait Social'
Antoine Meillet (1866-1936) considérait également la langue comme un fait social, mais son approche était plus rigoureuse et s'inscrivait dans la sociologie d'Émile Durkheim. Meillet critiquait Saussure pour avoir isolé la langue de son contexte social et de son histoire, rendant inexplicable le changement linguistique. Pour Meillet, la linguistique est une science sociale, et le changement linguistique est une conséquence du changement social. Il rejetait la distinction stricte entre linguistique de la langue et de la parole.
2.3 La Rupture 'Labovienne'
La vision restrictive de la langue a été remise en question dans les années 1960 par des linguistes comme Uriel Weinreich et William Labov. Labov a rompu avec l'idée d'une langue strictement homogène, montrant que la variation est au cœur des structures grammaticales elles-mêmes. Les langues varient et changent non seulement parce que les sociétés sont variables, mais aussi parce que les grammaires ont la capacité structurelle de varier. La sociolinguistique, à partir de Labov, considère les faits variables comme des manifestations d'une structure sous-jacente, permettant de comprendre l'origine du changement linguistique dans la structure variable d'un état de langue. La variation est corrélée à une variation sociale.
3. Les Différents Champs de la Sociolinguistique
La sociolinguistique est un domaine hétérogène, au carrefour de plusieurs disciplines.
3.1 Un Domaine Hétérogène au Carrefour de Différentes Disciplines
La sociolinguistique est un champ complexe, sans délimitation unifiée, et ses définitions reflètent souvent des positionnements théoriques spécifiques. Elle peut se rapprocher de la sociologie, l'anthropologie, l'ethnographie, l'histoire ou la psychologie. Des préoccupations communes incluent l'étude des langues dans leurs usages, la variabilité de ces usages, et l'analyse de données attestées chez les locuteurs, plutôt que la seule intuition du linguiste.
3.2 Trois Perspectives Principales
Dans la lignée des travaux de Labov, Gumperz et Hymes, trois directions principales peuvent être identifiées :
- La sociolinguistique variationniste : Se définit comme une linguistique dont le domaine est l'étude de la variation linguistique en corrélation avec des facteurs extralinguistiques (âge, sexe, niveau social, contexte d'échange) et intralinguistiques. Elle s'appuie sur des données systématiquement recueillies auprès d'un échantillon significatif et vise à repérer les signes du changement linguistique dans la variation.
- L'ethnographie de la communication : Initiée par Dell Hymes, elle s'intéresse aux normes sociales et culturelles régissant les performances verbales et les fonctions sociales de la parole. Elle introduit le concept de compétence communicative, qui inclut non seulement la maîtrise grammaticale, mais aussi les savoirs sociaux et culturels liés à l'utilisation appropriée de la langue (ex: usage de tu et vous en français).
- La sociolinguistique interactionnelle : Développée par John Gumperz, elle prolonge l'ethnographie de la communication. Elle étudie comment le sens des échanges linguistiques est construit en interaction, en tenant compte des conventions culturelles. La variation linguistique est utilisée comme une ressource communicative pour guider l'interprétation des énoncés, à travers des indices de contextualisation (choix lexicaux, syntaxiques, expressions stéréotypées, alternance codique, manières d'ouvrir/clore une conversation).
3.3 Sociolinguistique Interne et Sociolinguistique Externe
Labov distingue la sociolinguistique interne et externe :
- Sociolinguistique externe : S'intéresse aux rapports généraux entre langage et société. Cela inclut la sociologie du langage, la politique linguistique et la planification linguistique. Elle est moins préoccupée par le fonctionnement grammatical.
- Sociolinguistique interne : Place l'analyse des grammaires et des structures linguistiques au centre, en étudiant la variation à travers la diversité des pratiques. Elle vise à montrer l'hétérogénéité des grammaires et le double conditionnement structural et social du changement linguistique. C'est la linguistique variationniste.
II. La Variation Linguistique
La variation est essentielle au fonctionnement de la langue et reflète la stratification et la différenciation des communautés humaines.
1. La Variation et les Différents Niveaux de la Structure Linguistique
La variation peut s'observer à plusieurs niveaux d'analyse linguistique.
1.1 Lexique et Morphologie
- Lexique : Les langues peuvent avoir plusieurs mots pour des significations semblables (synonymes), et leur usage varie selon des facteurs externes (âge, région). Ex: voiture/automobile/auto. Les jeunes peuvent utiliser "bluffer" au sens d'"impressionner", tandis que les plus âgés l'utilisent au sens de "tromper".
- Morphologie : La construction des mots peut varier. Ex: les réfections analogiques en français canadien, comme "sontaient" pour "étaient" (calqué sur "sont").
1.2 Phonétique et Phonologie
La prononciation ("l'accent") est un domaine clé de variation.
- Phonétique : Décrit les sons du point de vue physique. La réalisation du phonème /r/ en français varie entre le "r uvulaire" [ʁ] (majoritaire) et le "r roulé" [r] (régional, souvent chez les plus âgés).
- Phonologie : Étudie les sons comme système distinctif. Certains locuteurs ne distinguent pas /a/ et /ɑ/ (patte/pâte), ou /w/ et /ɥ/ (huit prononcé [wit] en Belgique).
1.3 La Syntaxe
La syntaxe offre des choix pour exprimer un même contenu sémantique.
- Négation : Utilisation avec ou sans la particule "ne" (Ma voiture tombe jamais en panne vs Ma voiture ne tombe jamais en panne).
- Subjonctif/Indicatif : après que tu fus parti (indicatif) vs après que tu sois parti (subjonctif).
- Temps : il prit le bus (passé simple) vs il a pris le bus (passé composé).
- Passé surcomposé : Ex: Je l'ai eu connu (pour Je l'avais connu), courant dans le sud de la France.
2. Variation en Fonction de Dimensions Extérieures à la Langue
Ces variations sont corrélées à l'organisation sociale et aux habitudes d'une communauté.
2.1 Typologie et Terminologie
Les termes utilisés pour décrire la variation ont été sujets à débat. Flydal (1952) et Coseriu (1969) ont proposé les termes diatopique, diastratique, diaphasique pour éviter la confusion entre la variation linguistique et la dimension externe à laquelle elle se corrèle.
| Variation selon l'usager | ||
|---|---|---|
| Temps | changement | diachronie |
| Espace | géographique, régional, local, spatial | diatopie |
| Société, communauté | social | diastratie |
| Variation selon l'usage | ||
| Styles, niveaux, registres | situationnel, stylistique, fonctionnel | diaphasie |
| Canal | oral/écrit | diamésie |
2.2 Variation Diatopique
La variation diatopique désigne les phénomènes linguistiques qui varient selon l'origine géographique des locuteurs. Les atlas linguistiques tracent les limites d'usages typiques (isoglosses). Par exemple, les différences de prononciation du "r" ou l'usage du mot "présentement" au Québec sont des manifestations diatopiques.
2.3 Variation Diastratique
La variation diastratique désigne les phénomènes linguistiques qui varient selon la position des locuteurs dans la hiérarchie sociale. Plutôt que de "classes sociales" vagues, Labov utilise la notion de stratification sociale basée sur des paramètres comme la profession, l'éducation et le revenu. Un des acquis de Labov est de montrer que les locuteurs ne sont jamais « unistyles », mais adaptent leur usage à leur position sociale. Par exemple, l'étude sur le (r) à New York montre que plus on monte dans l'échelle sociale, plus les locuteurs prononcent le /r/.
2.4 Variation Diaphasique (Variation 'Stylistique')
La variation diaphasique décrit les phénomènes linguistiques qui varient selon le type de situation de communication et le degré de formalité. Elle concerne le locuteur lui-même, qui adapte son langage en fonction de son interlocuteur, du sujet abordé, du lieu, ou de son état psychologique. Cette variation ne clive pas la société, mais chaque locuteur la produit. Labov parle de contrôle linguistique et d'autosurveillance : chaque locuteur adapte son niveau d'attention à la norme selon le contexte.
| Terme | Synonymes présumés |
|---|---|
| Soutenu | Recherché, soigné, élaboré, châtié, cultivé, tenu, contrôlé, tendu |
| Standard | Standardisé, courant, commun, neutralisé, usuel |
| Familier | Relâché, spontané, ordinaire |
| Populaire | Vulgaire, argotique |
Ces classifications traditionnelles sont complexes car elles mélangent des dimensions sociales, situationnelles, psychologiques et morales. La variation diaphragique se situe sur un continuum, du plus formel au moins formel, plutôt que dans des catégories strictement segmentées.
2.5 La Variation Inhérente
La variation inhérente est une instabilité et hétérogénéité intrinsèque à la langue, irréductible à des dimensions extérieures. Même dans des contextes stables, des usages variables apparaissent. Ex: Un locuteur peut prononcer une phrase avec ou sans la particule négative "ne" (je ne vais pas y aller / je vais pas y aller), ou des liaisons variables (avons [z] assumé / avons//assumé).
3. Cas d'étude : Stratification Sociale du (r) à New York (W. Labov)
L'étude de Labov dans les grands magasins new-yorkais est un exemple emblématique. Il a testé l'hypothèse selon laquelle la stratification sociale se refléterait dans l'emploi du (r) post-vocalique.
3.1 Histoire de la Prononciation du /r/ à New York
La prononciation new-yorkaise était historiquement non-rhotique (le /r/ n'était pas prononcé après une voyelle). Au XXe siècle, la prononciation rhotique (avec /r/) est devenue prestigieuse aux États-Unis. La variable (r) désignait la variation entre la présence d'un [r] et son absence (0) en position finale de mot ou pré-consonantique. Les études préliminaires suggéraient que les groupes sociaux favorisés prononçaient plus souvent les [r] post-vocaliques.
3.2 L'Enquête de Labov
- Choix des lieux : Saks Fifth Avenue (prestigieux), Macy's (intermédiaire), S. Klein (moins prestigieux).
- Témoins : Les employés de ces magasins, appartenant à des groupes professionnels similaires.
- Méthode : Entretien rapide et anonyme. Labov posait une question pour obtenir la réponse "Fourth floor", contenant deux /r/ potentiels. Il simulait une incompréhension pour provoquer une répétition plus emphatique, révélateur du "style surveillé".
- Identification des employés : Basée sur le magasin, l'étage, le sexe, l'âge, la fonction et l'origine ethnique.
3.3 Résultats
Les résultats ont montré une corrélation claire entre le prestige du magasin et la proportion de /r/ prononcés par les employés.
| Saks | Macy's | Klein | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Rhoticité au moins partielle | 62% | > | 51% | > | 21% |
| Spontané | Surveillé | |||
|---|---|---|---|---|
| fourth | floor | fourth | floor | |
| 23% | 39% | 24% | 48% |
Labov a démontré que non seulement la variation est socialement déterminée (variation diastratique), mais qu'elle dépend aussi du contexte formel de l'échange (variation diaphasique). Plus l'interlocuteur est perçu comme prestigieux, plus les réalisations rhotiques sont fréquentes. De plus, les locuteurs ne sont pas « unistyles » : ils adaptent leur prononciation en fonction de la situation.
III. Normes, Communauté, Représentations et Attitudes
La langue, bien qu'hétérogène, est régie par des forces centripètes (normes) et centrifuges (variation). La notion de norme est essentielle pour comprendre la valeur attribuée aux formes linguistiques.
1. La Notion de Normes Linguistiques
Deux types de normes peuvent être distingués : la norme objective et la norme subjective.
1.1 Norme Objective
La norme objective correspond aux pratiques linguistiques les plus fréquentes au sein d'un groupe, sans jugement évaluatif. Elle est statistique et observable. Ex: l'absence de la particule "ne" dans la négation à l'oral en français est une norme objective, même si elle ne correspond pas à la norme prescriptive des manuels.
1.2 Norme Subjective
La norme subjective est un système de valeurs où un usage est valorisé par rapport à d'autres. C'est l'usage considéré comme légitime, un modèle à acquérir ou imiter (norme prescriptive). Elle est liée aux attitudes et représentations des locuteurs, attribuant des valeurs esthétiques, sociales, ou morales aux formes linguistiques. Les notions de "faute" sont socialement construites et n'ont rien d'intrinsèquement linguistique. Cette norme s'impose par le pouvoir politique et institutionnel (violence directe) et par la violence symbolique (acceptation de la domination comme naturelle).
1.3 Le « Français Standard » comme Exemple de Norme Subjective
Le français standard est un ensemble d'usages idéalisés et valorisés, souvent associés à une certaine classe sociale (personnes éduquées) et à une zone géographique (Paris). Vaugelas, membre de l'Académie française, définissait le "bon usage" comme la façon de parler de la "plus saine partie de la Cour". L'Académie française, dès sa fondation en 1635, visait à codifier et à imposer cette norme (dictionnaire, grammaire, règles d'orthographe). Des événements historiques comme l'Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) ou la Révolution française ont contribué à diffuser et unifier cette norme.
Cependant, le français standard reste une abstraction. Même en France, le français est pluriel. La norme légitime est variable dans le temps et l'espace. Ex: la prononciation du "r" uvulaire [ʁ] s'est imposée grâce à la cour au XVIIe siècle, remplaçant le "r" roulé [r] autrefois standard. De même, la prononciation en [wa] pour "roi" s'est généralisée après la Révolution, malgré les tentatives de la noblesse de maintenir [we]. Ces exemples soulignent le caractère arbitraire et relatif de la norme.
2. Communauté Linguistique, Marché(s) et Réseau
2.1 La Notion de « Communauté Linguistique » chez W. Labov
La définition simple d'une communauté linguistique comme l'ensemble des locuteurs parlant la même langue est trop vague. Labov la définit comme l'ensemble des locuteurs partageant, implicitement, les mêmes évaluations quant aux usages des formes linguistiques variables. Les membres d'une communauté linguistique partagent un même ensemble de normes sociales envers la langue, même s'ils présentent une grande diversité dans leurs usages.
2.2 Marché(s) Linguistique(s)
La notion de marché linguistique, proposée par Bourdieu, décrit comment les productions et variétés langagières se voient attribuer des valeurs différentielles dans un espace sociopolitique donné. L'évaluation dépend du degré de conformité avec les formes légitimes et standard, conférant prestige et accès à des ressources symboliques ou matérielles. Les dominés, lorsqu'ils interagissent sur des marchés soumis aux normes dominantes (école, justice), sont contraints à la correction ou au silence.
2.3 La Notion de Réseau
Introduite par Lesley et James Milroy, la notion de réseau social met en relation les pratiques et usages linguistiques avec l'intégration des locuteurs dans leur milieu social.
- Réseau dense (ou fermé) : Tous les membres se connaissent et ont des liens multiples. La pression du groupe est forte, favorisant l'uniformité du comportement linguistique et le maintien du vernaculaire.
- Réseau lâche : Liens unitaires et membres souvent étrangers les uns aux autres. Caractéristique des classes moyennes et des personnes mobiles, ces réseaux sont plus susceptibles d'être influencés par les formes standard.
Les Milroy ont montré que les membres d'un réseau dense conservent leur vernaculaire et rejettent les changements, tandis que ceux d'un réseau lâche adoptent plus facilement les formes standard pour progresser socialement.
2.4 Insécurité Linguistique et Hypercorrection
L'insécurité linguistique est l'attitude de locuteurs incertains de leur façon de parler, souvent pour des raisons diastratiques ou diatopiques. Elle est courante chez les groupes sociaux dominés qui aspirent à la mobilité sociale et est caractérisée par un sentiment de tiraillement entre leur usage et la norme prestigieuse. Ce malaise peut se manifester par l'hypercorrection.
- Hypercorrection : Tendance à une surenchère linguistique.
- Selon les grammairiens : Réalisation grammaticalement fautive par application excessive d'une règle imparfaitement maîtrisée (ex: liaison fautive, subjonctif après "après que").
- Selon Labov : Utilisation d'une forme prestigieuse de manière exagérée en fréquence ou dans des situations informelles.
3. Oral et Écrit
La distinction entre oral et écrit est fondamentale mais nuancée, et les représentations associées sont souvent influencées par la norme subjective.
3.1 Les Différences entre Oral et Écrit
Le contraste repose sur le médium (son vs. signes graphiques) et les conditions de production.
- Médium : L'oral est une suite de sons dans le temps (avec prosodie, intonation). L'écrit est une suite de signes graphiques dans l'espace (avec ponctuation pour la clarté).
- Conditions de production : L'écrit est généralement préparé, corrigé, et se présente comme un "produit fini". L'oral est spontané, instantané, et montre les étapes de sa confection (hésitations, reformulations). Il n'y a pas d'effacement possible à l'oral.
- Communication : L'oral implique une communication directe, en présence des interlocuteurs, avec un recours important aux déictiques (ici, maintenant, je, tu). L'écrit est une communication différée, ne nécessitant pas la présence simultanée des interlocuteurs.
Ces distinctions sont prototypiques. Il existe des formes d'oral préparées (discours de politiciens) et des formes d'écrit spontanées (SMS, chats en ligne) qui brouillent les frontières.
3.2 Les Représentations Liées à l'Oral et à l'Écrit
La norme subjective tend à légitimer l'écrit au détriment de l'oral, stigmatisant la pratique orale spontanée comme irrégulière, inachevée ou "moins noble". Cela est cohérent avec l'idée que la norme subjective est souvent définie à partir de la langue écrite. Les locuteurs ont souvent des représentations fausses de leurs propres usages oraux, influencées par l'écrit (ex: la prononciation du "l" dans "il va"). Les chercheurs en linguistique et sociolinguistique adoptent une approche objective, considérant l'oral comme primordial et aussi structuré et complexe que l'écrit.
3.3 Normes Subjectives et Contrôle Linguistique : Les « e » Muets (Schwas) chez les Locuteurs Méridionaux
L'étude des "e" muets (schwas) en fin de mot polysyllabique chez les locuteurs du Midi de la France (ex: Douzens) illustre la variation liée à l'autosurveillance. Pour ces locuteurs, il y a une forte corrélation entre la graphie et la phonie (phare [farə] vs fard [far]). En situation de lecture (contexte plus surveillé), les locuteurs ont tendance à réaliser davantage les schwas, se conformant ainsi à la norme écrite. En conversation spontanée, le taux de non-réalisation est plus élevé. Ce phénomène montre que la norme écrite, apprise à l'école, influence la prononciation en situation de surveillance, même si la norme locale diffère du "français standard".
IV. Le Changement Linguistique
Le changement linguistique est une variation qui s'inscrit dans le temps et l'histoire des langues (variation diachronique).
1. Variation Diachronique
1.1 Variation Diachronique et Étude en Temps Réel
Le changement linguistique est motivé par des facteurs externes (sociaux, historiques) et internes (hétérogénéité, instabilité du système linguistique). Une étude en temps réel compare des productions langagières sur de longues périodes (décennies, siècles) pour observer l'évolution historique.
- Exemple de la négation en français : En ancien français, la négation était marquée par "ne" (ne chante). Des mots comme "pas", "point" sont apparus pour renforcer la négation. Au XVIIe siècle, "ne...pas" est devenu la forme prédominante. Aujourd'hui, la particule "ne" tend à disparaître à l'oral ("je vais pas").
1.2 Diachronie et Synchronie, une Distinction à Nuancer
Tout changement linguistique est précédé d'une période de variation en synchronie, où différentes formes coexistent avant qu'une ne soit abandonnée au profit d'une autre. Le changement linguistique implique la variation diatopique (extension d'une variation régionale) et diastratique (adoption d'une forme par un groupe social).
2. Changement Linguistique et Temps Apparent
2.1 Usages Différentiels et Concurrents de la Langue selon les 'Générations'
Le changement linguistique est souvent lié à la succession des générations de locuteurs. Une étude en temps apparent compare des locuteurs de différentes générations à un moment donné pour observer des indices de changement.
2.2 Variation en Fonction de l'Âge, Exemples en Pays Basque
Une étude comparant trois générations de femmes au Pays Basque (grand-mère, fille, petite-fille) a montré des évolutions dans la prononciation :
- Prononciation du /r/ : La grand-mère utilise le "r roulé", tandis que la fille et la petite-fille utilisent le "r uvulaire", illustrant un changement.
- Disparition de la latérale palatale /ʎ/ : La grand-mère maintient l'opposition entre /j/ et /ʎ/ (étrier vs étriller), mais cette distinction a disparu chez les générations plus jeunes.
- Disparition du /h/ : Le "h" phonétique, présent chez la grand-mère (le hasard), est absent chez les générations suivantes.
2.3 L'« Effet de l'Âge » ('Age Grading')
La variation constatée en temps apparent ne signale pas toujours un changement linguistique. L'effet de l'âge ou classement selon l'âge explique que les jeunes locuteurs utilisent des formes stigmatisées pour se démarquer de leurs aînés et affirmer leur identité de groupe. En vieillissant, ils peuvent abandonner ces usages sous la pression de la norme standard. Les "parlers jeunes" sont souvent caractérisés par des innovations lexicales (troncation, aphérèse, verlanisation) qui peuvent ou non perdurer dans le temps.
3. Cas d'étude : Enquêtes de W. Ashby sur la Particule Négative "ne" en Français
Les travaux d'Ashby ont permis de trancher entre l'hypothèse de l'effet de l'âge et celle d'un changement linguistique concernant la chute du "ne" en français.
3.1 Deux Hypothèses d'Explication : "ne... pas" vs "... pas"
La variation de la particule "ne" (les plus âgés l'utilisant plus souvent) pouvait être due à un effet de l'âge (les locuteurs devenant plus conservateurs en vieillissant) ou à un véritable changement linguistique (élimination progressive du "ne" à l'oral).
3.2 Première Enquête (corpus de 1976)
Ashby (1981) a étudié la chute du "ne" à Tours en 1976, une région réputée pour son "bon" français. Il a utilisé une méthode similaire à celle des Milroy, s'intégrant à des réseaux sociaux. Les résultats ont montré que la chute du "ne" n'était pas un trait populaire mais affectait toutes les couches de la société, étant un phénomène inhérent à l'oral. La variation selon l'âge (19% chez les 14-22 ans vs 52% chez les 51-64 ans) suggérait un changement en cours.
3.3 Seconde Enquête (corpus de 1995) et Comparaison
En 1995, Ashby a refait une enquête, retrouvant certains des mêmes locuteurs. Les résultats de 1995 (14% chez les 14-22 ans vs 19% chez les 51-64 ans) ont montré une diminution générale du maintien du "ne" par rapport à 1976. Cette persistance de la variation même lorsque les locuteurs vieillissent a infirmé l'hypothèse de l'effet de l'âge et a confirmé qu'il s'agissait bien d'un changement linguistique en temps réel : la particule "ne" s'élimine progressivement de l'usage oral.
4. Le Nivellement Linguistique : l'Exemple de la Situation Française
4.1 Une Définition du Nivellement
Le nivellement (levelling) est un processus de réduction des différences entre variétés régionales, entraînant la disparition de traits locaux et l'émergence de nouveaux traits adoptés par les locuteurs sur de grandes aires géographiques. Il se distingue de la standardisation, qui implique une suppression de la variation par des pressions institutionnelles (éducation, médias). Le nivellement n'implique pas toujours un processus descendant de standardisation.
- Nivellement : Affaiblissement des traits locaux et emprunt de traits d'une variété de référence (régionale, suprarégionale, nationale, internationale).
- Non-nivellement : Maintien des traits locaux.
- Contre-nivellement : Renforcement des traits locaux s'opposant à une tendance au nivellement.
4.2 La Thèse d'une Exception Française
De nombreux sociolinguistes discutent la thèse d'une exception française, suggérant que les caractéristiques phonologiques régionales du français subiraient un degré de nivellement sans pareil en Europe occidentale. Les signes en faveur de cette thèse incluent :
- L'absence de tendances claires de contre-nivellement dans les villes françaises.
- La "surdité" des locuteurs français aux accents régionaux (hormis la distinction Nord/Sud).
- La rareté des médias français mettant en scène des accents régionaux (contrairement à des séries britanniques comme Coronation Street).
Le nivellement dans les variétés méridionales se manifeste par :
- Voyelles : Évolution des voyelles nasales vers des réalisations "standard" ; évolution de [wā] vers [wē] ; accroissement de l'effacement du schwa.
- Consonnes : Perte des phonèmes /h/ et /ʎ/ ; postériorisation du /r/ ([r] vers [ʁ]).
- Contraintes phonotactiques : Maintien de [t] dans les groupes consonantiques finaux (intact) ; alignement des séquences consonantiques initiales sur le français standard (sport [spər]) ; affaiblissement de l'assimilation de voisement (slip [slip]) ; réalisation d'une voyelle dans les séquences Obstruante Liquide Glissante (bouclier [buklije]).
V. Contacts de Langues
La coexistence de nombreuses langues dans le monde rend inévitables les situations de contact linguistique. Ce chapitre explore les différentes formes et conséquences de ces contacts.
1. Langue, Dialecte, Patois
1.1 Comment Définir la Notion de Langue ?
La notion de langue, en linguistique, est définie comme "tout parler, à partir du moment où il est considéré sous l'angle de son organisation linguistique, sans jugement quant au statut social ou politique" (Gadet, 2007). Cette définition inclut ce que le langage courant appelle "dialecte" ou "patois". Du point de vue linguistique, l'occitan ou un patois des Pyrénées sont des langues au même titre que le français ou l'italien.
1.2 L'Exemple des Dialectes et des Patois du Français
Les termes dialectes et patois désignent des variétés régionales issues du latin. L'idée reçue que le patois est un français déformé est fausse ; le français lui-même était à l'origine un patois du latin parlé en Île-de-France. Sa diffusion et son statut de langue nationale sont dus à des raisons politiques, économiques et administratives, non à une supériorité linguistique intrinsèque.
1.3 Qu'est-ce qui Distingue alors ces Notions ?
Les linguistes distinguent langue comme un ensemble linguistique général (ex: "langue française") et dialecte comme toute variété au sein de cet ensemble. On parle de régiolecte pour une variété régionale, de sociolecte pour un groupe social, et d'idiolecte pour le parler d'un seul individu. L'usage courant des termes "langue", "dialecte" et "patois" est souvent teinté de jugements de valeur ou d'éléments extralinguistiques (politiques, sociaux). Par exemple, un dialecte peut être perçu comme une langue sans institution politique ou écriture, contrairement à une langue standardisée et reconnue.
2. Langue Véhiculaire et Langue Vernaculaire
2.1 Quelques Définitions
- Langue véhiculaire : Langue utilisée pour la communication entre des groupes qui ne partagent pas la même langue première. Elle a une fonction de communication intercommunautaire. Ex: le swahili en Afrique de l'Est.
- Langue vernaculaire : Langue première, parlée à la maison et au sein d'une communauté, par opposition à la langue standard ou véhiculaire. Elle a une fonction intracommunautaire. Ex: le vernaculaire noir-américain décrit par Labov.
2.2 L'Exemple du Français en Afrique
Le français a été implanté en Afrique par la colonisation. Deux variétés ont été diffusées : une formelle pour les élites et une rudimentaire comme langue véhiculaire. Historiquement, le français en Afrique a été une langue véhiculaire, les langues locales remplissant les fonctions vernaculaires. Cependant, il est important de noter que le français est (co)officiel dans 14 pays d'Afrique, avec 158 millions d'habitants, mais sa situation est variée.
2.3 La Situation Linguistique du Sénégal
Le Sénégal, avec le français comme langue officielle et plusieurs langues nationales (wolof, sereer, pular, etc.), est un exemple de situation complexe. Le français est la langue de l'administration et de l'enseignement. Cependant, le wolof est la principale langue véhiculaire pour les échanges quotidiens entre communautés différentes, surtout à Dakar. Le français est la langue d'intégration aux structures de l'État, tandis que le wolof est la langue d'intégration à la ville. Les langues nationales sont des langues vernaculaires. Le wolof est à la fois langue vernaculaire (pour la communauté wolof) et langue véhiculaire la plus dynamique du pays.
2.4 La Vernacularisation du Français au Cameroun
Au Cameroun, avec le français et l'anglais comme langues officielles et plus de 250 langues locales, le français connaît un processus de vernacularisation, c'est-à-dire qu'il est de plus en plus parlé en dehors des contextes officiels et devient la langue première d'une partie de la population (environ 15%). Cette expansion est due à l'extrême multilinguisme du pays, le brassage culturel des grandes villes et le taux de scolarisation élevé. Le français camerounais est une variété du français qui présente des particularités (emprunts aux langues locales, néologismes). Le camfranglais (francanglais) est une "langue des jeunes" issue de l'appropriation vernaculaire du français, mélangeant lexique anglais/pidgin-english et syntaxe française camerounaise.
3. Langues Issues d'un Contact entre Langues
Le contact entre langues peut mener à la création de nouveaux codes linguistiques.
3.1 Langues Approximatives
Les langues approximatives (ou parlers minima, interlangues) sont des codes simplifiés issus du mélange de plusieurs langues en contact, utilisés pour un nombre limité de choses et jamais comme langue première. Elles émergent dans des conditions socio-économiques particulières.
- Sabirs : Langues approximatives créées pour des raisons commerciales, avec des structures syntaxiques basiques et un vocabulaire limité. Leur usage est conscient et bilatéral. Ex: la lingua franca (ou langue franque) en Méditerranée entre les XVIIe et XIXe siècles, ou le chinook.
- Pidgins : Langues approximatives à base d'une langue dominante (souvent l'anglais) et syntaxe d'une autre langue. Elles sont des systèmes de communication bilatéraux. Ex: le Chinese Pidgin English. Les pidgins sont des codes de communication transitoires, utilisés lorsque les intervenants ne partagent pas une langue commune. Ils ont une langue de base (pour le lexique) et une langue de substrat (pour la syntaxe). La distinction entre sabir et pidgin est fluide, formant un continuum de complexité.
3.2 Les Créoles
À la différence des langues approximatives, les créoles sont de véritables langues, avec une structure complexe, qui sont la langue maternelle d'une communauté. Leur mode d'émergence est unique : elles sont nées dans des contextes socio-historiques particuliers impliquant un groupe dominant et une majorité de dominés sans langue commune.
- Origine du mot : "Créole" est apparu au XVIIe siècle, du portugais crioulo, désignant initialement le "Noir né dans la colonie", puis toute personne née dans les îles.
- Formation : Les créoles sont des langues jeunes, créées très rapidement (quelques centaines d'années, quelques générations). Elles sont apparues dans les plantations du Nouveau Monde, de l'océan Indien et des îles d'Afrique, suite à la traite négrière. Les esclaves, isolés linguistiquement, ont appris une langue approximative de la langue du colon, qui est devenue la langue maternelle des générations suivantes, se complexifiant pour devenir une langue à part entière.
- Théories sur la formation :
- Le créole comme pidgin vernaculaire : Un pidgin (langue seconde simplifiée) se complexifie et devient langue première d'une communauté, se transformant en créole. Les similitudes entre créoles éloignés s'expliqueraient par une langue de base (colon) et des substrats africains.
- Le créole comme approximation d'approximation (Chaudenson) : Les premiers esclaves avaient une approximation du français. Avec l'augmentation du nombre d'esclaves et la diminution des contacts avec les colons, les nouveaux arrivants ont appris une "approximation d'approximation" des esclaves plus anciens. Cette dernière est devenue la langue maternelle des générations suivantes. Cette théorie explique les points communs par l'origine unique de la langue du colon.
- Le créole comme émanation de la grammaire universelle (Bickerton) : Les créoles sont le résultat de dispositions cognitives innées (grammaire universelle de Chomsky) face à des situations de communication avec un minimum de moyens lexicaux et grammaticaux. Cela expliquerait les similitudes structurales entre créoles du monde entier.
- Distinction pidgin/créole : Le créole est la langue maternelle d'au moins une communauté linguistique, tandis que le pidgin est un code de communication intercommunautaire, au maximum une langue seconde. Le tok pisin en Papouasie-Nouvelle-Guinée, initialement un pidgin, est devenu un créole en devenant langue maternelle.
- Caractéristiques linguistiques du créole martiniquais :
- Vocabulaire majoritairement issu du français (lékòl, linivèsité).
- Spécificités grammaticales : déterminant défini après le nom (lang-la), déterminant indéfini avant (on manniè), pronoms personnels sujets (nou, zôt, yo).
- Verbes non conjugués, mais avec des particules aspectuelles (ka pour le duratif/fréquentatif, té pour le passé).
4. Bilinguisme et Diglossie
Ces notions décrivent les situations où plusieurs systèmes linguistiques coexistent et sont utilisés par des individus ou des groupes.
4.1 Bilinguisme, Plurilinguisme
Le bilinguisme (ou plurilinguisme) désigne l'usage de deux ou plusieurs langues par un individu ou un groupe. La définition varie, allant de la maîtrise parfaite des deux langues à l'emploi concurrent de deux langues, quelle que soit la compétence. La plupart des chercheurs adoptent une définition relative. Les situations de bilinguisme entraînent des interférences linguistiques (influence d'une langue sur l'autre) et l'alternance codique (code-switching, mélange des langues).
4.2 La Diglossie
La diglossie est une situation où deux langues (ou variétés) coexistent sur un territoire, l'une (variété H) ayant un statut socio-politique supérieur à l'autre (variété B), avec une répartition fonctionnelle des usages.
- Définition de Ferguson (1959) : Décrit une situation linguistique stable avec deux variétés d'une même langue (H et B), très différentes mais proches, avec une vaste littérature écrite pour H.
- Critères :
- Coexistence de deux systèmes linguistiques relativement stables, proches et dérivés de la même langue.
- Hiérarchisation sociale (H prestigieuse, B non prestigieuse).
- Répartition des fonctions (H pour le formel, B pour l'informel).
- Acquisition (B langue maternelle, H acquise à l'école).
- Standardisation (H est codifiée, B varie fortement).
- Stabilité sur plusieurs siècles.
- Exemples de Ferguson : Grèce (katharévousa/dhémotiki), pays arabes (arabe classique/dialectal), Haïti (français/créole haïtien), Suisse germanophone (Schwyzertüütsch/Hochdeutsch).
- Critères :
- Définition de Fishman (1967) : Élargit la notion de diglossie à des situations où les systèmes ne sont pas apparentés et où il peut y avoir plus de deux langues. Il retient la hiérarchisation, la répartition fonctionnelle et la stabilité. Fishman distingue bilinguisme (fait individuel) et diglossie (phénomène social).
Diglossie (+) Diglossie (-) Bilinguisme (+) 1. Bilinguisme et diglossie 2. Bilinguisme sans diglossie Bilinguisme (-) 3. Diglossie sans bilinguisme 4. Ni diglossie ni bilinguisme - Exemples de Fishman :
- Bilinguisme et diglossie : Paraguay (espagnol et guarani) — tous maîtrisent H et B.
- Bilinguisme sans diglossie : Situations instables, de transition.
- Diglossie sans bilinguisme : Russie tsariste (noblesse parlait français, peuple russe) — un groupe ne parle que H, l'autre que B.
- Ni diglossie ni bilinguisme : Communauté très petite avec une seule langue/variété.
- Exemples de Fishman :
- Critique du concept :
- Instabilité et conflit linguistique : Les sociolinguistes (catalans, occitans, créolistes) ont contesté le caractère stable de la diglossie, la redéfinissant comme une situation de conflit linguistique due à une concurrence déloyale. La diglossie s'inscrit dans une perspective historique et dynamique. Ex: la situation du catalan en Espagne sous Franco.
- Difficultés de distinction H/B et répartition fonctionnelle : Le concept est inadapté à certaines réalités. Ex: à Haïti, 80% de la population est unilingue créolophone, et le créole est utilisé dans des situations formelles, tandis que l'élite utilise le français dans des contextes informels, inversant les fonctions H et B de Ferguson.
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