Histoire économique globale XVI-XXI siècles séance 3

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Cours couvrant l'évolution économique mondiale du XVIe au XXIe siècle, des systèmes mercantilistes à l'industrialisation, avec focus sur le libre-échange, les théoriciens économiques (Smith, Ricardo), les indicateurs économiques (PIB, salaires réels), et les phases de développement économique global incluant les technologies modernes.

L'intersection de l'Histoire Économique et de l'Histoire Globale : Cadre théorique, Méthodes et Systèmes Économiques

Ce cours explore l'intersection entre l'histoire économique et l'histoire globale, en contextualisant les apprentissages et en détaillant les méthodes de compréhension des systèmes économiques du passé. Il couvre la période du XVIe au XXIe siècle, une ère marquée par un creusement significatif des écarts de prospérité entre les nations.

1. Introduction aux Concepts Clés

1.1. Histoire Économique

L'histoire économique cherche à comprendre les dynamiques et les transformations économiques à travers le temps, ainsi que leurs effets sur les sociétés. Elle s'intéresse à des questions fondamentales telles que :
  • Pourquoi certaines nations sont-elles riches et d'autres pauvres ?
  • Pourquoi la Révolution Industrielle a-t-elle commencé en Angleterre plutôt qu'en France ?
C'est un processus dynamique qui analyse comment les décisions économiques et les structures ont façonné le monde.

1.2. Histoire Globale

L'histoire globale vise à connecter les interactions, les influences et les transferts entre les différentes parties du monde, non pas à travers des comparaisons isolées, mais par l'étude des connexions. Elle se concentre sur :
  • Les réseaux commerciaux
  • Les échanges culturels
  • Les transferts de biens et d'idées
Son objectif est de comprendre le rythme et les étapes de la mondialisation, en sortant d'une perspective eurocentrique pour observer ces interactions à un niveau planétaire.

Les questions typiques de l'histoire globale incluent :
  • Comment circulaient les objets, les personnes et les idées ?
  • Quel rôle jouait un port comme Malacca (en Malaisie actuelle), un des premiers ports de l'océan Indien à la fin du Moyen Âge, avec son bureau de soie et ses codes douaniers garantissant les marchands ?
  • Comment différentes communautés (chinoises, tamoules, etc.) interagissaient-elles dans ces centres économiques mondiaux ?

2. Méthodes de l'Historien Économique

La reconstruction des données du passé est un défi majeur. Les historiens doivent souvent reconstituer des informations à partir de sources fragmentaires, telles que :
  • Des livres de comptabilité, pour retracer les salaires journaliers ou les activités commerciales.

2.1. Le Produit Intérieur Brut (PIB) : Un Indicateur Limité

Le PIB est une mesure monétaire de la valeur marchande de tous les biens et services produits et vendus sur une période spécifique. Il sert de point de départ pour une idée d'ensemble de la richesse d'une nation. Cependant, ses limites sont nombreuses :
  • Il ne reflète pas les inégalités : en faisant la moyenne des revenus des riches et des pauvres, il lisse les fortes disparités salariales. Graphique montrant l'évolution du PIB per capita de 1820 à 2008, comparant différentes régions du monde
  • Il ignore les problèmes à long terme : catastrophes naturelles, criminalité, etc., ne sont pas comptabilisés.
  • Il exclut le travail non marchand : travail domestique, bénévolat, etc.

2.2. Le Niveau de Vie et le Salaire de Subsistance Minimale (Robert Allen)

Face aux limites du PIB, Robert Allen, un historien économique, a proposé un indicateur basé sur le niveau de vie que les individus pouvaient s'offrir avec leurs salaires. Ce calcul historique est plus complexe et nécessite de comparer :
  • Les salaires perçus.
  • Le prix des biens de consommation pour obtenir un indice des prix à la consommation.
  • Le coût le plus bas pour rester en vie, définissant ainsi le niveau de subsistance minimale (le strict minimum pour manger et acheter des produits de première nécessité).
Ce salaire réel (ce que l'on peut acheter avec son salaire) aide à comprendre les origines de l'industrie moderne. Des salaires élevés, bien au-delà du niveau de subsistance, ont par exemple incité les employeurs britanniques à mécaniser la production pour réduire les coûts de main-d'œuvre, contribuant à la Révolution Industrielle.

2.3. Au-delà des Indicateurs Économiques

D'autres indicateurs, tels que l'Indice de Développement Humain (IDH), les indicateurs de progrès véritables (IPR) ou le Happy Planet Index (HPI), proposent de prendre en compte davantage de variables, comme les coûts sociaux et environnementaux, pour évaluer le bien-être d'une société.

3. Cadre Chronologique et Phases de Développement Économique

Le cours s'étend du XVIe siècle au XXIe siècle (environ 1500 à nos jours), période où les écarts de prospérité entre les nations ont commencé à se creuser significativement après l'arrivée des Européens dans les Amériques.

3.1. Périodisation Historique

Il est crucial de distinguer les périodes :
  • Temps modernes : 1492 (découverte des Amériques) ou 1453 (chute de Constantinople) à 1789 (Révolution Française) ou 1815 (Congrès de Vienne).
  • Époque contemporaine : À partir de 1789/1815 jusqu'à nos jours.
Le concept de long XIXe siècle (fin XVIIIe siècle à 1914) est utilisé pour mieux saisir la continuité des dynamiques économiques, notamment celle du laissez-faire, qui ne s'inscrit pas strictement dans les bornes arbitraires du siècle calendaire.

3.2. Grandes Phases de Développement Économique Global

De 1500 à 1800, l'Europe est déjà le continent le plus riche, et le monde est marqué par :
  1. Phase 1 : Le Mercantilisme (1500-1800)
    Un système économique où un pays cherche à :
    • Accumuler des métaux précieux (or, argent).
    • Exporter plus qu'il n'importe (balance commerciale excédentaire).
    • L'État dirige la politique économique (ex: droits de douane).
    Le commerce structurait le monde : les Amériques exportaient argent, sucre, tabac ; l'Afrique fournissait la main-d'œuvre esclave ; l'Asie envoyait épices, textiles, porcelaine. Les Provinces-Unies (Pays-Bas) étaient alors en tête, notamment grâce à des sociétés comme la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales).
  2. Phase 2 : L'Industrialisation (à partir de 1800)
    Cette phase est marquée par la Révolution Industrielle, initialement au Royaume-Uni. Elle est caractérisée par :
    • La mécanisation et l'augmentation de la productivité.
    • Le passage du mercantilisme vers des idéologies de libre-échange.
    Le Royaume-Uni supplante les Pays-Bas pour devenir le centre du commerce mondial. Il exporte des régions moins développées comme l'Inde, et sa production textile est exportée massivement.
  3. Phase 3 : Nouvelles Technologies (XXe-XXIe siècles)
    Les technologies avancées nécessitent des capitaux importants, creusant les écarts entre pays riches et pauvres, même si l'inventivité peut surgir ailleurs. Cette période voit les États-Unis prendre la tête de l'économie mondiale grâce à une politique économique en quatre temps :
    • Création d'un marché national unifié (suppression des droits de douane internes, infrastructures).
    • Instauration de droits de douane extérieurs pour protéger les industries nationales.
    • Création de banques pour stabiliser la monnaie et financer les investissements.
    • Mise en place d'un système d'éducation de masse pour améliorer les compétences de la main-d'œuvre.

4. Le Système Économique du Laissez-faire

Ce système émerge durant le long XIXe siècle (fin XVIIIe à 1914).

4.1. Contexte au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni connaît une croissance économique durable et devient le centre du commerce mondial.
  • Le marché intérieur est prédominant, bien que les exportations augmentent et atteignent 40% du revenu national au XIXe siècle, principalement dans le textile.
  • L'Angleterre abandonne progressivement l'autosuffisance agricole au profit de l'industrialisation.
  • Le libre-échange est perçu comme une condition nécessaire à l'expansion économique.

4.2. Évolution vers le Libre-Échange

Plusieurs étapes marquent l'adoption du libre-échange au Royaume-Uni :
  • Accords de Methuen avec le Portugal (1703).
  • Traité d'Eden avec la France (1786).
  • Robert Peel : Premier ministre britannique, propose en 1842 un budget d'État équilibré sans revenus provenant des douanes, permettant de réduire les taxes sur un grand nombre d'importations (750 articles) et sur les exportations britanniques. Il poursuit cette politique durant son mandat.
  • Abolition des Corn Laws (lois sur les grains) : En 1846 et 1849, ces lois qui protégeaient les marchés agricoles intérieurs sont abrogées, ouvrant la voie à une politique de libre-échange devenue la norme au Royaume-Uni dans les années 1860.

4.3. Le Traité de Cobden-Chevalier (1860)

Ce traité entre le Royaume-Uni et la France marque un tournant pour toute l'Europe.
  • Il contient une clause déterminante : la clause de la nation la plus favorisée.
  • Cette clause stipule que si l'une des nations signataires négocie ultérieurement un traité économique avec une tierce nation offrant des conditions plus favorables, ces conditions seront automatiquement appliquées aux signataires du traité de Cobden-Chevalier.
  • Cela a conduit à une internationalisation rapide du libre-échange, de nombreux pays européens (Allemagne, Italie, Belgique, Suède, Norvège, Espagne, Hollande, Autriche, Portugal) emboîtant le pas. L'Europe devient alors une vaste zone de libre-échange.

4.4. Outils Économiques et l'Étalon-Or

Pour soutenir le commerce international :
  • Un réseau de paiement multilatéral est développé, permettant aux pays de compenser un déficit commercial avec une nation par un excédent avec une autre.
  • L'étalon-or est introduit dans les années 1870 (pleinement utilisé par l'Angleterre dès 1821). Avant cela, diverses situations existaient (étalon bimétallique en France, argent en Hollande, papier-monnaie inconvertible en Russie, Grèce, Italie).
  • L'objectif est de lutter contre la non-convertibilité des monnaies, obstacle majeur au commerce. Dans ce système, chaque unité monétaire a une teneur fixe en or, stabilisant les taux de change et facilitant la conversion des devises.
  • Entre 1821 et 1914, la livre sterling britannique devient pratiquement équivalente à l'or et s'impose comme la principale monnaie internationale.

5. Caractéristiques Théoriques du Laissez-faire

L'idéologie du laissez-faire s'émancipe progressivement des conceptions mercantilistes dominantes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, période où l'économie n'était pas encore une discipline indépendante.

5.1. Émancipation du Capitalisme de la Tutelle de l'État

Le laissez-faire représente la nécessité de libérer le capitalisme industriel de l'interventionnisme étatique qui caractérisait le capitalisme commercial mercantiliste. Le mot d'ordre est : « pour mieux gouverner, on doit moins gouverner ».

5.2. Influence des Lumières et Lois Naturelles

Les théoriciens du laissez-faire sont profondément marqués par les Lumières. Ils perçoivent les lois économiques du libre-échange et de la liberté économique comme des lois naturelles qui servent l'intérêt universel, non comme des constructions humaines arbitraires.

5.3. Principaux Théoriciens

  • François Quesnay (médecin et économiste français, fondateur de l'école des physiocrates, XVIIIe siècle) :
    • Réfute la vision mercantiliste selon laquelle le commerce et l'argent sont les seules sources de richesse.
    • Souligne le rôle de la terre et de la production industrielle pour la création de richesse.
    • Plaide pour le libre-échange et la liberté économique.
  • John Locke et David Hume (philosophes britanniques, XVIIe-XVIIIe siècles) :
    • Voient une « harmonie divine entre le profit privé et le bien public ».
    • Soutiennent une économie libre sans intervention de l'État.
  • Adam Smith (professeur de logique et de philosophie morale écossais, XVIIIe siècle) :
    • Concevant l'existence d'une main invisible qui régule le marché.
    • Son ouvrage majeur, La Richesse des Nations (1776), est un jalon de la pensée économique moderne.
    • Pour Smith, l'intérêt personnel sert inévitablement l'intérêt public dans un contexte de libre concurrence.
    • La division du travail entraîne une augmentation de la productivité, à la fois à l'intérieur des usines et au niveau international.
    • Les pays doivent se spécialiser dans la production des biens qu'ils peuvent produire le plus efficacement, fonctionnant comme de grandes "usines".
  • David Ricardo (courtier londonien autodidacte, XIXe siècle) :
    • Développe la théorie de l'avantage comparatif.
    • Selon lui, le libre-échange est avantageux pour tous les partenaires, car chaque pays se spécialise dans ce qu'il produit le mieux et achète ce qu'il ne peut pas produire efficacement.
    • Ceci assure que "tout va" et continue de s'inscrire dans la perspective de la main invisible régulant le marché, favorisant les partenariats entre pays industrialisés et pays agricoles.

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