Grossesse extra-utérine : diagnostic et traitement
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GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE (GEU)
« Toute femme en activité génitale avec des douleurs pelviennes et des métrorragies, a une GEU jusqu’à preuve du contraire »
I. Introduction
La grossesse extra-utérine (GEU) est la nidation et le développement de l'œuf en dehors de la cavité utérine, le plus souvent dans l'ampoule tubaire.
- Épidémiologie : Son incidence est en augmentation, notamment en raison de la recrudescence des IST, de l'amélioration des techniques de plastie tubaire et de l'augmentation du nombre de fumeurs.
- Diagnostic : Il est complexe en raison de son polymorphisme clinique, nécessitant une combinaison de dosage des β-HCG et d'échographie.
- Pronostic : C'est une urgence majeure qui engage le pronostic vital (en cas de rupture) et le pronostic fonctionnel (risque de stérilité tubaire).
- Thérapeutique : Les avancées incluent le traitement médical et la cœliochirurgie, avec une importance capitale de la prévention des IST.
II. Signes cliniques et paracliniques
A. Forme typique : GEU de l'ampoule tubaire non rompue
1. Signes cliniques
1.1. Signes fonctionnels
- Métrorragies : Peu abondantes, récidivantes, de couleur foncée, brunâtres, dites « sépia ».
- Douleurs pelviennes : Latéralisées du côté de la GEU, continues.
- Aménorrhée secondaire : Retard des règles, parfois non reconnue par la patiente (métrorragies confondues avec les règles).
Il est crucial de rechercher les facteurs de risque lors de l'interrogatoire.
1.2. Signes généraux
À ce stade, l'état général est conservé et les constantes hémodynamiques sont normales.
1.3. Signes physiques
- Examen gynécologique :
- Inspection : Recherche de cicatrices abdomino-pelviennes, signes de grossesse (seins congestifs, hyperpigmentation aréolaire, réseau veineux de Haller).
- Palpation : Sensibilité sus-pubienne, douleur provoquée au niveau de la fosse iliaque.
- Examen au spéculum : Confirme l'origine endo-utérine du saignement, recherche un col gravidique (congestif, violacé de Müller).
- Toucher vaginal (TV) + palper abdominal (prudent) :
- Col ramolli, utérus augmenté de volume mais plus petit que l'âge théorique de la grossesse.
- Petite masse latéro-utérine, roulant sous les doigts, correspondant à la GEU (« petite chose latéro-utérine de Mondor »), douloureuse à la mobilisation et indépendante de l'utérus (sillon de séparation).
- Examen clinique complet.
2. Signes paracliniques
2.1. Dosage des β-HCG
- Qualitatif urinaire : Positif.
- Quantitatif plasmatique : Positif. Un résultat négatif élimine la grossesse et donc la GEU. Un résultat positif confirme l'existence d'un trophoblaste actif, mais pas spécifiquement une GEU.
- Cinétique des β-HCG : Classiquement perturbée (stagnation ou élévation insuffisante) à 48h d'intervalle.
2.2. Échographie pelvienne (voie abdominale puis endovaginale)
- Signes directs (image annexielle) :
- Sac gestationnel extra-utérin avec ou sans embryon (parfois avec activité cardiaque), entouré d'une couronne hyperéchogène (trophoblaste).
- Hématosalpinx : Masse latéro-utérine hétérogène.
- Signes indirects :
- Vacuité utérine.
- Endomètre gravide, épais.
- Douleur vive au passage de la sonde, au contact de la masse.
- Faux sac gestationnel (pseudo-sac) : Lacune anéchogène, à contours irréguliers, sans couronne trophoblastique (pas d'embryon).
Une β-HCG > 1500 UI associée à une vacuité utérine est très évocatrice de GEU.
2.3. Cœlioscopie diagnostique
Permet un diagnostic rapide en cas de doute, révélant un hématosalpinx, une dilatation tubaire ou un avortement tubo-abdominal.
3. Évolution
3.1. Éléments de surveillance
- Clinique : Suivi des signes fonctionnels (douleur, métrorragies), constantes, examen gynécologique et abdominal.
- Paraclinique : Échographie, β-HCG, NFS.
3.2. Modalités évolutives
- Favorable : Sous traitement adéquat, mais avec un risque de récidive ou de baisse de la fertilité.
- Défavorable : Sans traitement, entraînant des complications graves.
B. Formes cliniques
1. Formes symptomatiques trompeuses
- Asymptomatiques : Découverte fortuite par β-HCG et échographie pelvienne.
- Pseudo-abortive : Tableau d'avortement spontané.
- Pseudo-salpingitique : Douleur pelvienne associée à de la fièvre.
- Pseudo-occlusive : Arrêt du transit.
- Pseudo-appendiculaire : Douleur localisée au niveau de la fosse iliaque droite.
2. Formes évolutives (formes compliquées)
2.1. Rupture cataclysmique de la GEU
Urgence diagnostique et thérapeutique extrême.
- Tableau clinique : Hémopéritoine avec douleurs intenses « en coup de poignard », contracture (TRIDIP), cri de Douglas et de l'ombilic, signes de choc hémorragique.
- Échographie : Confirme l'hémopéritoine.
- Culdocentèse : Ramène du sang lysé, incoagulable.
- Conduite à tenir (CAT) en urgence : Mesures de réanimation (4 tuyaux), perfusion de macromolécules, prélèvements d'urgence (NFS, GSRh) puis transfusion. Aucun examen ne doit retarder la chirurgie, car le pronostic vital est engagé.
2.2. Hématocèle rétro-utérin
Secondaire à une fissuration tubaire.
- Symptômes : Douleur modérée, signes d'emprunt rectal (constipation).
- Examen : Bombement douloureux du cul-de-sac de Douglas.
2.3. Grossesse abdominale
- Signes : Troubles digestifs avec douleur abdomino-pelvienne, fœtus superficiel.
- Échographie : Confirme le diagnostic.
- Pronostic : Fœtal réservé, maternel dépend de la précocité diagnostique.
2.4. Formes topographiques
- Autres localisations sur la trompe : Isthme, interstitium, infundibulum.
- Autres localisations en dehors de la trompe : GEU cornuale, cervicale, abdominale, ovarienne.
2.5. Formes particulières
- GEU bilatérale.
- GEU récidivante.
- GEU hétérotopique : GEU associée à une grossesse intra-utérine.
- Syndrome de Patel : GEU sur trompe restante après salpingectomie.
III. Diagnostic
1. Diagnostic positif
- Clinique : Retard de règles, douleur pelvienne unilatérale, métrorragies, masse latéro-utérine.
- Paraclinique : β-HCG et échographie endovaginale confirment le diagnostic et précisent la localisation.
2. Diagnostic différentiel
- Causes d'hémorragie du 1er trimestre : Menace d'avortement, décollement trophoblastique, môle hydatiforme.
- Devant les douleurs : Torsion d'annexes, salpingite, appendicite, colique néphrétique.
3. Diagnostic étiologique : Facteurs de risque
- Infections : Salpingite compliquant une IST (Chlamydia trachomatis +++).
- Antécédents : GEU, chirurgie pelvienne ou abdomino-pelvienne.
- Tabagisme.
- Techniques de procréation médicalement assistée : Induction de l'ovulation, fécondation in vitro.
- Contraception : Stérilet ou microprogestatifs.
- Chirurgie tubaire.
- Endométriose.
IV. Traitement
1. Traitement curatif
1.1. Buts
- Exérèse de la GEU.
- Prévenir et/ou traiter les complications.
- Préserver la fertilité.
1.2. Moyens
1.2.1. Moyens médicaux
- Mesures de réanimation : Voie veineuse périphérique (VVP) avec remplissage (cristalloïdes, macromolécules, sang et dérivés), sonde urinaire (SU), oxygénothérapie (O2), sonde naso-gastrique (SNG).
- Moyens médicamenteux :
- Méthotrexate (cytostatique antifolinique) : 1 mg/kg IM après bilan pré-thérapeutique (NFS, bilan rénal et hépatique).
- Sérum anti-D : Si patiente Rhésus négatif.
- Antibiotiques.
1.2.2. Moyens chirurgicaux
- Voies d'abord : Cœlioscopie (+++), laparotomie.
- Gestes :
- Radical : Salpingectomie / annexectomie.
- Conservateur : Salpingotomie (incision + aspiration).
1.3. Indications
- Forme précoce non rompue :
- Traitement médical (Méthotrexate) si : β-HCG < 5000 UI/L, absence d'activité cardiaque, GEU < 4 cm, absence d'hémopéritoine, patiente coopérante.
- Traitement chirurgical (abord cœlioscopique) :
- GEU < 6 cm : Salpingotomie.
- GEU > 6 cm : Salpingectomie.
- Rupture cataclysmique : Réanimation en urgence + salpingectomie par laparotomie.
- Hématocèle rétro-utérin : Annexectomie par laparotomie, drainage, antibiotiques.
1.4. Résultats
- Après traitement chirurgical radical : Taux de grossesse intra-utérine (GIU) = 50%, taux de GEU controlatérale = 15%.
- Après traitement conservateur : Taux de GIU = 60%, le risque de récidive dépend des antécédents.
2. Traitement préventif
- Lutte contre les facteurs de risque (IST, tabagisme...).
- Diagnostic précoce grâce à l'échographie et au dosage des β-HCG.
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