Géopolitique de l'Espace et des Océans

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Analyse des enjeux diplomatiques, des rivalités et des coopérations internationales autour de la conquête spatiale et de la gestion des mers, en mettant en lumière les stratégies de la Chine ainsi que les cadres juridiques et les défis de gouvernance mondiale.

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Review
Question
Quel est l'objectif de l'Axe 2 du Thème 1 en HGGSP ?
Answer
L'Axe 2 porte sur les enjeux diplomatiques et les coopérations dans les nouveaux espaces de conquête.
Question
Qu'est-ce qui est considéré comme la « dernière frontière » à explorer, encore plus que l'espace?
Answer
Les abysses, plus encore que l'espace, sont considérées comme la dernière frontière à explorer.
Question
Quel juriste néerlandais a formulé les recommandations sur la « liberté des mers » en 1609?
Answer
Le juriste néerlandais Grotius, dans son traité Mare liberum.
Question
Quelle est la définition de la Thalassokrator?
Answer
Thalassokrator est une expression utilisée par l'historien Pierre Royer pour décrire la capacité des États-Unis à maîtriser tous les océans de manière permanente.
Question
Quel est l'objectif du programme spatial chinois pour 2045?
Answer
Le programme vise à faire de la Chine la première puissance spatiale mondiale d'ici 2045.
Question
Quelle station spatiale est un symbole de la coopération scientifique internationale?
Answer
La Station Spatiale Internationale (ISS) est un symbole de la coopération scientifique internationale.
Question
Quel programme chinois a pour but de développer et contrôler les accès aux ressources et aux marchés?
Answer
Le programme des « Nouvelles routes de la Soie », lancé en 2013, vise à développer et contrôler les accès aux ressources et aux marchés.
Question
Quel est le slogan lancé par Xi Jinping en 2013 pour son programme politique?
Answer
En 2013, Xi Jinping a lancé le slogan du « rêve chinois » pour son programme politique.
Question
Quelle agence spatiale européenne a contribué au télescope spatial James-Webb?
Answer
L'ESA (Agence spatiale européenne) a contribué à deux instruments scientifiques sur quatre : le NIRSpec et 50% du MIRI.
Question
Qui est l'actuel numéro 1 pour le lancement des satellites, développant des projets d'exploration spatiale vers Mars?
Answer
L'entreprise privée Space X, dirigée par Elon Musk, est le leader actuel pour le lancement de satellites et développe des projets d'exploration martienne.
Question
Quels sont les principaux partenaires du télescope spatial James-Webb?
Answer
Les principaux partenaires du télescope spatial James-Webb sont la NASA, l'ESA (Agence Spatiale Européenne) et l'ASC (Agence Spatiale Canadienne).
Question
Quand la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) a-t-elle été signée?
Answer
La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) a été signée en 1982.
Question
Quel pays a lancé le premier satellite artificiel, Spoutnik, en 1957?
Answer
L'Union soviétique a lancé le premier satellite, Spoutnik, en 1957.
Question
Quelle est la doctrine de la puissance d'un État à contrôler les mers?
Answer
La doctrine du Sea Power stipule que la puissance d'un État dépend de sa maîtrise des mers via sa marine.
Question
Quelle est la définition du Space Power?
Answer
Le Space Power désigne la capacité d'un État à exercer une influence durable dans le domaine spatial, par des moyens technologiques, militaires et économiques.
Question
Combien de pays et d'agences spatiales sont associés à la construction et l'entretien de l'ISS?
Answer
La construction et l'entretien de l'ISS associent 16 pays et 5 agences spatiales majeures.
Question
Quelle est la définition de l'océanographie moderne?
Answer
L'océanographie moderne étudie les océans en tant qu'espaces de rivalités géopolitiques, d'exploitation de ressources et de coopérations internationales.
Question
Quel est le nom de l'agence spatiale chinoise?
Answer
L'Administration spatiale nationale chinoise (CNSA).
Question
Quel texte de loi américain a soutenu le développement du New Space en 2015?
Answer
Le Space Act, texte de loi américain adopté en 2015, soutient le développement du New Space.
Question
Quel est le système de navigation chinois, concurrent du GPS?
Answer
Le système de navigation chinois concurrent du GPS est Beidou.

HGGSP Thème 1 - De nouveaux espaces de conquête : Enjeux diplomatiques et coopérations

Les océans et l'espace représentent des "nouvelles frontières" dont la maîtrise est essentielle pour les États et les acteurs privés. Ces espaces sont le théâtre de rivalités intenses pour l'appropriation des ressources et l'affirmation de la puissance, mais nécessitent aussi une coopération internationale face aux défis techniques, financiers et environnementaux. La gouvernance de ces domaines en constante évolution est au cœur des enjeux géopolitiques contemporains.

I/ L'Espace et la coopération scientifique internationale

La conquête spatiale, initialement marquée par la rivalité, est devenue un symbole de coopération scientifique internationale, malgré des limites persistantes.

A - L'encadrement de la conquête spatiale pendant la Guerre froide

Dès les années 1950, l'espace est devenu un enjeu majeur de la Guerre froide, alimentant une course technologique et symbolique entre les États-Unis et l'URSS. Cette période a vu l'émergence de tentatives de coordination pour éviter une militarisation totale.

  • Origines et militarisation : La technologie des fusées, issue du programme V2 allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, a été récupérée par les Alliés, principalement Américains et Soviétiques. Leur objectif initial était de développer des missiles capables de porter des charges nucléaires, transformant l'espace en un nouveau champ de la dissuasion.
  • Course à l'espace : Au-delà de l'aspect militaire, l'espace est devenu un terrain de compétition pour affirmer la supériorité idéologique. L'URSS a frappé la première avec le lancement de Spoutnik, le premier satellite artificiel en 1957, puis le premier homme dans l'espace, Youri Gagarine, en 1961. Les États-Unis ont répondu avec le programme Apollo, culminant avec les premiers pas sur la Lune en 1969. Ces "exploits" avaient un fort retentissement médiatique et politique.
  • Tentatives de régulation : Face à ces rivalités, la nécessité d'encadrer l'exploration spatiale s'est fait sentir. Le Traité de l'Espace de 1967 est un texte fondateur qui a déclaré l'espace comme "bien commun de l'humanité", interdisant la militarisation de la Lune et des corps célestes, ainsi que le déploiement d'armes nucléaires en orbite. Bien que non totalement contraignant, il a posé les bases d'une gouvernance spatiale.

B - L'ISS : symbole de la coopération scientifique internationale

La Station Spatiale Internationale (ISS) incarne le multilatéralisme et la capacité des nations à travailler ensemble pour la science, bien qu'elle reflète aussi les équilibres mondiaux et leurs fragilités.

  • Genèse et construction : Les premiers projets de stations spatiales remontent aux années 1970 (Skylab américain, Mir soviétique). Confrontés aux défis techniques et financiers, les États-Unis ont proposé à la fin des années 1980 un projet de coopération à leurs alliés (Europe, Canada, Japon). La Russie a rejoint le projet en 1993, abandonnant son propre projet Mir 2. L'ISS, pleinement opérationnelle en 2010 après un lancement inaugural en 1998, est le fruit d'une collaboration de 16 pays et 5 agences spatiales (NASA, ESA, Roscosmos, ASC, JAXA). Chaque participant est responsable de la conception et de la réalisation d'une partie de la station.
  • Fonctionnement : L'ISS est un laboratoire en orbite où des expériences scientifiques sont menées dans des domaines variés (médecine, physique, biologie, observation de la Terre). Elle permet des séjours prolongés dans l'espace pour les astronautes de différentes nationalités. Elle est le parfait exemple d'une "méga-science" qui nécessite des investissements lourds et une expertise partagée.
Infographie sur le télescope spatial James Webb, montrant ses partenaires (NASA, ESA, CSA) et ses objectifs scientifiques d'observation dans l'infrarouge.

L'exemple du télescope spatial James-Webb, fruit d'une coopération internationale entre la NASA, l'ESA et l'ASC, illustre parfaitement cette dynamique : ses instruments avancés, centrés sur l'infrarouge, ont permis des percées significatives dans la connaissance de l'univers, renforçant l'aura des nations participantes.

C - Les limites de la coopération scientifique spatiale

Malgré les succès de la coopération, des rivalités de puissance, la privatisation et des lacunes de gouvernance continuent de menacer la stabilité de l'espace.

  • Rivalités et enjeux de puissance : L'ISS, bien que symbole de coopération, est aussi le théâtre de rivalités de puissance. Les États-Unis, hyperpuissance spatiale, investissent massivement (20 milliards de dollars/an pour le programme civil et militaire). La Russie, avec ses modules Soyouz, reste cruciale pour le transport d'astronautes. L'Europe possède son lanceur Ariane. La Chine, très ambitieuse, a réalisé des percées remarquables (échantillons de la face cachée de la Lune en 2024), affirmant sa montée en puissance.
  • La privatisation de l'espace : Des textes comme le Space Act américain de 2015 encouragent le "New Space" en autorisant les entreprises privées à exploiter les ressources extra-terrestres. Des acteurs comme SpaceX d'Elon Musk sont devenus majeurs dans le lancement de satellites et l'exploration. Cette privatisation soulève des questions sur le financement futur de projets comme l'ISS (les États-Unis envisageant de cesser son financement public à partir de 2025) et pourrait fragiliser la coopération inter-étatique.
  • Lacunes de la gouvernance spatiale :
    • Débris spatiaux : La multiplication des débris menace la sécurité des satellites stratégiques, un problème que la coopération ne parvient pas à endiguer efficacement.
    • Militarisation : La question de la militarisation de l'espace est une source de discorde. La Chine et la Russie s'opposent aux États-Unis sur l'interdiction des armes dans l'espace. L'Europe défend un code de conduite pour la transparence des projets.
    • Partage des données sensibles : Même au sein de l'ESA, certains projets de surveillance spatiale sont bloqués par la crainte que des informations stratégiques sur les satellites de défense ne soient divulguées.
  • Coopération face au changement climatique : Paradoxalement, le changement climatique peut être un moteur de coopération. La mission franco-chinoise CFOSat (2018) pour mesurer les vagues et les vents en est un exemple, illustrant la nécessité de travailler ensemble pour comprendre les équilibres atmosphère-océan.

II/ La gestion internationale des mers et des océans

La gestion des océans est un autre espace où rivalités et coopérations s'entremêlent, de la territorialisation à la préservation des ressources.

A - Le partage des océans et de leurs ressources : une coopération rendue nécessaire par des rivalités croissantes

Historiquement dominée par la "liberté des mers", la gestion des océans a évolué vers une territorialisation progressive, dictée par la recherche de ressources et la nécessité d'une gouvernance internationale.

  • De la "liberté des mers" à la territorialisation :
    • Au XVIIe siècle, le principe du Mare liberum de Grotius prévaut.
    • Au XIXe siècle, le développement de la pêche hauturière et l'exploitation des hydrocarbures offshore posent la question de l'appropriation. Les tentatives de codification par la SDN échouent.
    • Après la Seconde Guerre mondiale, la territorialisation s'accélère. En 1945, le président Truman proclame la souveraineté exclusive des États-Unis sur les ressources sous-marines côtières. En 1952, la "Déclaration de Santiago" (Chili, Équateur, Pérou) établit une zone de 200 miles marins, préfigurant les futures ZEE.
  • La Convention de Montego Bay (CNUDM) : Face à ces initiatives unilatérales, l'ONU impulse la coopération. Après une première codification à Genève en 1958, c'est la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée en 1982 à Montego Bay, qui établit un cadre juridique international. Elle définit des concepts clés :
    • La Mer territoriale (12 milles marins) : sous l'entière souveraineté de l'État côtier.
    • La Zone Économique Exclusive (ZEE) (jusqu'à 200 milles marins) : l'État côtier a des droits souverains pour l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles (halieutiques, hydrocarbures, minerais). Seuls les espaces propices à l'habitation humaine ou à une activité économique peuvent avoir une ZEE.
    • Le Plateau continental : droits d'exploitation des ressources du sous-sol.
    • La Haute mer : eaux internationales considérées comme un bien public international, couvrant 64% des océans. Ce n'est cependant pas une zone de non-droit (voir plus bas).

B - Les rivalités dans le partage des ressources

Malgré la CNUDM, les rivalités sont nombreuses en raison de la richesse des ressources et des interprétations divergentes du droit international.

  • Causes des rivalités : Les océans sont riches en ressources : gaz, pétrole, ressources halieutiques, et terres rares sous-marines. Ces ressources, cruciales pour les économies, sont des sources de tensions.
  • Exemples de conflits :
    • Hydrocarbures : La mer de Chine est un foyer de tensions. La Chine revendique des îlots (Senkaku/Diaoyu, Spratleys) pour étendre sa ZEE, au détriment du Japon, du Vietnam et des Philippines, en violation potentielle de la CNUDM (qui exige une habitation ou une activité économique viable).
    • Ressources halieutiques : La migration des harengs vers les eaux des îles Féroé (Danemark) due au réchauffement climatique a provoqué des affrontements entre l'UE et la Norvège sur le partage des stocks.
    • Accès à la mer : La Bolivie a longtemps revendiqué un accès à l'océan Pacifique, sans succès devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) en 2018.
  • Gestion des litiges : Environ 70 à 80 litiges frontaliers concernent les océans, principalement les limites de ZEE. Le Tribunal international du droit de la mer (TIDM) à Hambourg statue sur la plupart. La CIJ est le dernier recours.
  • Coopérations opportunistes : Les coopérations efficaces sont souvent limitées à la défense d'intérêts vitaux des grandes puissances, comme la lutte contre la piraterie en Asie du Sud-Est, qui a vu une réduction significative grâce à l'action commune des États riverains.

C - Coopérer pour préserver la mer et les océans

Le changement climatique et l'activité humaine ont rendu la coopération internationale indispensable pour la préservation de la biodiversité marine, bien que son émergence reste difficile.

  • Menaces sur la biodiversité : Le changement climatique, la surpêche, la pollution plastique et l'exploitation minière des fonds marins menacent gravement les écosystèmes marins.
  • Initiatives de gestion et de protection :
    • Gestion des ressources :
      • Convention pour une pêche responsable (1995) : instauration de quotas de pêche, contrôles coordonnés.
      • Autorité Internationale des Fonds Marins (1994) : encadre l'exploitation des minerais sous-marins en haute mer, démontrant que la haute mer n'est pas une zone de non-droit.
    • Aires marines protégées : Des gouvernances régionales se mettent en place. Le Conseil de l'Arctique (1996), regroupant huit États, observe la faune, la flore et les effets du changement climatique, ainsi que la lutte contre la pollution. Cependant, les tensions politiques (suspension des activités en 2022 suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie) peuvent fragiliser cette gouvernance.
    • Cadre juridique mondial : La BBNJ (Biological diversity beyond national juridiction), depuis 2018, cherche à créer un cadre juridiquement contraignant pour la conservation et l'exploitation durable de la biodiversité marine en haute mer. Le droit de la mer est en constante évolution, mais la mise en œuvre divise pays développés et en développement.
  • Limites de la collaboration : Malgré de multiples initiatives de l'ONU, la collaboration internationale pour la protection de l'environnement maritime reste limitée. L'émergence d'une réelle gouvernance mondiale des océans demeure hypothétique.

III/ La Chine à la conquête de l'espace, des mers et des océans

L'affirmation des ambitions maritimes et spatiales chinoises est un facteur majeur de redéfinition des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux, générant à la fois tensions et coopérations.

A - L'affirmation des ambitions maritimes de la Chine

Sous l'impulsion de ses dirigeants, la Chine s'est lancée dans une stratégie de "réveil" maritime et militaire, le "rêve chinois" de XI Jinping étant de faire de la Chine la première puissance globale d'ici 2049.

  • Le "réveil" de la puissance chinoise :
    • Héritage historique : XI Jinping rappelle régulièrement le passé maritime glorieux de la Chine (ex: Zheng He).
    • De Mao à Deng Xiaoping : Après une période de repli sur les frontières terrestres, Deng Xiaoping, avec ses "Quatre Modernisations" (fin des années 1970), a impulsé un redressement économique et une volonté de redevenir une puissance maritime. Les budgets de la marine militaire ont considérablement augmenté.
    • "Défense active des mers proches" : Cette doctrine des années 1980 visait à retrouver l'autorité sur des espaces maritimes historiquement dominés par la Chine. Cela s'est traduit par des appropriations illégales d'îles (Paracels dès 1974, Spratleys dans les années 1980) en mer de Chine méridionale, en contradiction avec le droit international. La Ligne en neuf traits est une revendication unilatérale de la Chine sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale.
  • Le "rêve chinois" et l'ambition militaire :
    • Objectif : Équilibrer les forces avec les États-Unis d'ici 2035 et doter le pays d'une armée de "classe mondiale" pour 2049.
    • Moyens : La marine chinoise compte 225 000 marins (plus que les États-Unis) et investit massivement dans des équipements de pointe (destroyer furtif type 055A, porte-avions comme le Fujian).
    • Stratégie : Défendre les côtes, projeter le hard power chinois à l'échelle internationale, sécuriser les routes commerciales et d'approvisionnement (notamment pour les hydrocarbures). La Chine déploie des bases navales dans l'océan Indien et le long de ses "Nouvelles Routes de la Soie" maritimes (aussi appelée la "Stratégie du collier de perles").

B - Une ambition nouvelle : l'Espace

Malgré des débuts timides, la Chine est devenue une puissance spatiale de premier plan, avec des objectifs stratégiques liés à son "rêve chinois".

  • Les timides débuts :
    • Sous Mao Zedong : Le programme spatial chinois débute dans les années 1950, mais est ralenti par le divorce sino-soviétique dans les années 1960. Le premier satellite, Dong Fang Hong, est lancé en 1970.
    • Sous Deng Xiaoping : Une impulsion nouvelle est donnée dans les années 1980 avec la modernisation de l'industrie spatiale, l'acquisition de brevets, les coopérations internationales et la création de la CNSA (Administration spatiale nationale chinoise) en 1993. Les fusées "Longue Marche" sont commercialisées.
    • Succès initiaux : La Chine intègre le club des puissances spatiales et envoie son premier taïkonaute, Yang Liwei, en 2003 (mission Shenzhou 5).
  • Une puissance spatiale de premier plan :
    • "Rêve spatial" de XI Jinping : L'objectif est de devenir la première puissance spatiale mondiale d'ici 2045. En 2023, la Chine a lancé 67 fusées (deuxième derrière les États-Unis) et dispose du deuxième budget spatial mondial.
    • Succès et projets ambitieux :
      • Première sortie extravéhiculaire en 2008.
      • Lancement de la station spatiale Tiangong-1 en 2011, puis achèvement de Tiangong-3 en 2022 (visant à concurrencer l'ISS et accueillir des spationautes étrangers).
      • Alunissage de Chang'e 4 sur la face cachée de la Lune en 2019 (une première mondiale).
      • Première sonde sur Mars en 2021.
      • Projets de missions vers des astéroïdes, Jupiter, et une base lunaire sino-russe d'ici 2035.
  • Enjeux essentiels : La conquête spatiale chinoise sert plusieurs objectifs :
    • Économique : Accélérer la transition vers les industries de pointe (Made in China 2025), générer des innovations.
    • Militaire : Renforcer la puissance militaire (satellites de localisation, télécommunications, observation).
    • Soft power : Les "coups d'éclat" (Chang'e 4) contribuent à accroître le prestige international.
    • Maîtrise du territoire : Les satellites sont indispensables pour gérer l'immense territoire chinois (cartographie, télécommunications). Le système Beidou concurrence le GPS américain.

C - Des enjeux économiques et géopolitiques considérables

Les ambitions chinoises ont des répercussions majeures sur la Chine elle-même et sur les équilibres mondiaux, sources de tensions mais aussi de coopérations.

  • Pour la Chine :
    • Sécurisation des approvisionnements : La Chine, dépendante des importations (hydrocarbures) et du commerce maritime, doit sécuriser ses flux (24% du tonnage maritime mondial transite par la mer de Chine méridionale). Elle lutte contre la piraterie (détroit de Malacca) et contrôle les câbles sous-marins pour maîtriser les données.
    • Maîtrise du territoire : Les satellites (Beidou) sont vitaux pour la gestion de son immense territoire, les télécommunications et la localisation.
    • Ressources :
      • Ressources halieutiques : Premier exportateur et consommateur mondial de poisson, la Chine exploite intensément les mers (mer de Chine, côtes africaines) et acquiert des droits de pêche (ex: Madagascar).
      • Hydrocarbures : La découverte et la maîtrise de gisements offshore sont stratégiques. La Chine investit aussi dans des pays producteurs (Irak, RDC) pour sécuriser ses approvisionnements.
      • Ressources spatiales : Le programme spatial vise l'exploitation de l'hélium 3 sur la Lune et le déploiement de centrales solaires en orbite pour faire face à l'épuisement des ressources terrestres.
  • Pour le monde :
    • Sources de tensions :
      • Avec les voisins asiatiques : La Chine implante des bases militaires dans l'océan Indien (Sri Lanka, Bangladesh), entrant en rivalité avec l'Inde. Les revendications chinoises sur la ZEE en mer de Chine méridionale génèrent des conflits (Philippines devant la Cour permanente d'arbitrage en 2016, incident avec le Japon autour des Senkaku/Diaoyu).
      • Avec les États-Unis : Les réussites spatiales chinoises renforcent les tensions. La NASA refuse toute collaboration avec la Chine et a accéléré son programme Artemis vers la Lune, témoignant de la compétition accrue.
    • Coopérations :
      • Sur les océans : La Chine coopère avec l'ASEAN (depuis 2002) pour la sécurité de la navigation et la lutte contre la piraterie. Elle s'engage également dans la protection environnementale (PEMSEA depuis 1994).
      • Dans l'espace : La Chine s'associe avec la France (ex: mission SVOM en 2024). Sa station spatiale Tiangong-3 est conçue pour devenir un centre de recherche international, accueillant des expériences de seize pays.

Conclusion Générale

Les océans et l'espace, ces "dernières frontières", partagent des caractéristiques communes : ce sont des espaces lointains, soumis à des conditions extrêmes, dont l'exploration et la maîtrise sont coûteuses et en cours de territorialisation. Ils représentent des enjeux géopolitiques majeurs, car ils sont le théâtre d'affirmations de puissance et de rivalités pour le contrôle des ressources et des axes stratégiques.

Si ces espaces sont indéniablement des catalyseurs de tensions, ils sont aussi des vecteurs de coopération scientifique et technologique. Les initiatives de gouvernance internationale, comme la CNUDM pour les océans et le Traité de l'Espace de 1967, visent à limiter les conflits. Cependant, la privatisation croissante et les ambitions unilatérales de certaines puissances (notamment la Chine) remettent en question le caractère "collectif" de ces biens communs. Une coopération diplomatique et technologique inédite est donc nécessaire pour garantir une gestion durable et pacifique de ces nouveaux espaces de conquête.

Espaces Lointains Libre Accès Conditions Extrêmes Coûts Très Élevés (qui supposent la coopération) En Cours de Territorialisation
Océans Abysses (5% explorés) Haute-mer (64% des océans) Pressions, températures, obscurité Mégascience (océanographie) ZEE, plateau continental
Espace Au-delà de la ligne de Karman Oui (mais réglementé par traités) Vide, radiations, températures extrêmes Programmes spatiaux nationaux et internationaux Orbites, corps célestes (Lune, Mars)

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