French Constitutional Law: Republics and Council
30 cardsAn overview of the historical context and evolution of French constitutional law, focusing on the establishment and functioning of the Third, Fourth, and Fifth Republics, and the role of the Constitutional Council.
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Le Droit Constitutionnel Français : De la IIIe à la Ve République
Le droit constitutionnel français se caractérise par une histoire riche et complexe, marquée par une succession de régimes politiques depuis la Révolution de 1789. La Quatrième et, plus encore, la Cinquième République, ont cherché à établir une stabilité institutionnelle et à moderniser le fonctionnement du pouvoir, en tirant les leçons des échecs passés.1. L'Instabilité Constitutionnelle Antérieure
La France a connu dix-huit constitutions depuis la Révolution. Si les 3^e et 4^e Républiques ont définitivement ancré le régime républicain (suffrage universel, élections libres, représentation nationale), elles ont été marquées par une pratique déséquilibrée du parlementarisme, tendant vers des régimes d'assemblée où le Parlement était l'organe dominant. L'échec à stabiliser un régime parlementaire associé à la République entre 1789 et 1870 est patent.1.1. La IIIe République (1870-1940) : Une Affirmation Progressive et ses Dérèglements
La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870 après la défaite de Sedan, mais la République n'est pas acquise immédiatement. Des aspirations monarchistes persistent.1.1.1. L'Organisation Provisoire des Pouvoirs (1870-1875)
Initialement, la IIIe République fonctionne sans constitution formelle, mais avec une organisation provisoire des pouvoirs publics. Le Gouvernement de Défense Nationale, à dominante républicaine, est mis en place pour faire face à la guerre franco-prussienne. Bismarck exigeant un traité de paix avec un pouvoir légal, des élections législatives sont organisées en février 1871. * Elles sont massivement remportées par les monarchistes (environ 475 députés sur 675). * L'Assemblée Nationale (AN), dominée par Adolphe Thiers, a pour mission première de conclure la paix. Un compromis, le Pacte de Bordeaux (17 février 1871), est trouvé, reportant la question de la nature du régime. * Thiers est désigné comme « chef du pouvoir exécutif de la République française » puis, à partir de la Proposition Rivet du 31 août 1871, comme « Président de la République française ». Il cumule les fonctions de chef de gouvernement et de chef de l'État, politiquement responsable devant l'AN. * L'AN, craignant la popularité de Thiers (pour avoir rétabli l'ordre, réorganisé le pays et réprimé la Commune de Paris), limite ses pouvoirs, notamment en lui interdisant de s'adresser directement aux députés.1.1.2. L'Affirmation de la République et les Lois Constitutionnelles de 1875
En 1873, de nouvelles élections voient une progression des républicains. Thiers, réorientant son gouvernement à gauche, est mis en minorité par les monarchistes et démissionne, pensant être irremplaçable. Cependant, les monarchistes élisent le Maréchal Mac Mahon comme Président pour sept ans, avec l'espoir d'une restauration monarchique. Les divisions monarchistes et la montée des bonapartistes favorisent les républicains. L'Amendement Wallon, adopté le 30 janvier 1875 à une voix près (353 contre 352), est décisif. Il officialise la fonction présidentielle distincte de ses titulaires successifs : « le président de la République est élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale ; il est nommé pour 7 ans et il est rééligible ». Cet amendement est considéré comme le fondement de la République stable. Dans la foulée, trois lois constitutionnelles sont adoptées, constituant la Constitution de la IIIe République : * 24 février 1875 : relative au Sénat. * 25 février 1875 : organisation des pouvoirs publics. * 16 juillet 1875 : rapports entre les pouvoirs publics. Ces lois sont concises, ont pour objectif d'organiser les rapports entre les pouvoirs publics et sont facilement révisables, témoignant d'une monarchie non encore totalement écartée, mais la République s'affirme.1.1.3. La Crise du 16 mai 1877 et la Constitution Grévy
Les lois de 1875 établissent un régime parlementaire dualiste (ou orléaniste), où le gouvernement doit jouir de la double confiance du chef de l'État et du Parlement. La crise du 16 mai 1877 va modifier cette nature. * Le Président Mac Mahon (monarchiste) fait face à une Chambre des députés à majorité républicaine (élue en 1876). * Mac Mahon refuse de tenir compte des résultats électoraux et nomme des gouvernements de centre-droit, qui n'obtiennent pas la confiance de la Chambre. * Il démet Jules Simon pour son soutien aux anticléricaux. La question constitutionnelle est de savoir si le gouvernement doit avoir la confiance du seul Parlement (régime moniste) ou aussi celle du chef de l'État (régime dualiste). * Le nouveau gouvernement de Mac Mahon étant minoritaire, il prononce la dissolution de la Chambre des députés avec l'accord du Sénat. Gambetta lance alors le fameux : « si les élections sont défavorables à Mac Mahon, celui-ci devra se soumettre ou se démettre ». * Les élections législatives renforcent la majorité républicaine. Mac Mahon, contraint, se soumet et admet l'indépendance des ministres vis-à-vis du chef de l'État. * En janvier 1879, les républicains remportent la majorité au Sénat, privant Mac Mahon de son dernier soutien. Il démissionne. * Jules Grévy le remplace et déclare dans un message au Parlement : « Je n'entrerai jamais en lutte contre la volonté nationale exprimée par ses organes constitutionnels ». C'est la Constitution Grévy, qui marque le passage définitif à un régime parlementaire moniste, où le chef de l'État s'efface. Les conséquences de cette crise sont majeures : * Le droit de dissolution, bien que constitutionnel, tombe en désuétude pendant 80 ans, étant perçu comme antidémocratique. * L'omnipotence du Parlement conduit à une « souveraineté parlementaire », caractérisée par l'autonomie du Parlement (règlement, ordre du jour, commissions permanentes) et l'interpellation, un mécanisme de défiance non formalisé qui accentue l'instabilité ministérielle. * Cette instabilité est nuancée par la stabilité des ministres eux-mêmes, les personnalités politiques se succédant souvent d'un gouvernement à l'autre. * Dans les faits, la durée moyenne d'un gouvernement est de 9 mois avant la Première Guerre mondiale, puis de 6 mois après. * Le Sénat contribue à la stabilité en usant modérément de son pouvoir de renverser les gouvernements, bien qu'il finisse par renverser des gouvernements de gauche, comme celui de Léon Blum. * Les décrets-lois, délégations du pouvoir législatif au gouvernement, se développent pour pallier la difficulté des assemblées à décider, notamment pendant la Première Guerre mondiale et se généralisent en 1934. * La IIIe République prend fin le 10 juillet 1940, lorsque le Parlement abandonne son pouvoir constituant au Maréchal Pétain, entraînant la mise en place du régime autoritaire de Vichy.1.2. La IVe République (1946-1958) : Un Nouveau Départ Difficile
Après la Seconde Guerre mondiale, le retour de la République s'organise autour d'institutions provisoires jusqu'en 1946. Le Général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, souhaite que le peuple se prononce sur l'avenir institutionnel de la France.1.2.1. La Naissance et les Projets Constitutionnels
Le référendum du 21 octobre 1945 pose deux questions : * Voulez-vous que l'Assemblée élue ce jour soit constituante ? (oui à 96%) * Voulez-vous que, jusqu'à l'adoption, les pouvoirs publics soient organisés selon les textes joints ? (oui à 66%) Les élections concomitantes voient une large victoire des communistes et socialistes. La première Assemblée constituante, dominée par la gauche, élabore un projet de constitution (19 avril 1946) caractérisé par le monocamérisme, un président effacé et un gouvernement indépendant de l'AN, tendant vers un régime d'assemblée. De Gaulle s'y oppose, et le projet est rejeté par référendum. Un deuxième projet est élaboré, intégrant les trois forces politiques principales (communistes, socialistes, Mouvement Républicain Populaire - MRP, démocrates-chrétiens), mais il est adopté par référendum le 27 octobre 1946 avec un taux d'abstention élevé (8,5 millions sur 19,8 millions de votants). De Gaulle exprime ses idées constitutionnelles dans son discours de Bayeux, qui n'influencent pas la constitution de la IVe République.1.2.2. Le Fonctionnement des Institutions de la IVe République
La Constitution de 1946 reprend globalement les institutions de la IIIe République, visant un régime parlementaire moniste à tendance assembléiste. * Parlement : Bicaméral, mais avec un bicaméralisme très inégalitaire. Le Conseil de la République (ex-Sénat) a un rôle consultatif, la Chambre des députés étant prépondérante. * Président de la République : Élu pour 7 ans, rééligible une seule fois. Il conserve les prérogatives de la IIIe République, n'exerce pas la réalité du pouvoir exécutif et est politiquement irresponsable. * Président du Conseil : La Constitution de 1946 consacre le Président du Conseil comme le véritable chef de gouvernement, doté de la totalité du pouvoir exécutif. Il est désigné par le Président de la République après consultations. Ses actes sont contresignés par lui, et il endosse la responsabilité de ses actes. * Ministres : Collectivement responsables devant l'Assemblée Nationale. Seul le Président du Conseil peut engager la question de confiance après délibération en Conseil des ministres. Des mécanismes de rationalisation du parlementarisme sont mis en place pour éviter l'instabilité de la IIIe République : le gouvernement n'est contraint de démissionner qu'en cas de refus de confiance ou de vote d'une motion de censure à la majorité absolue des membres de l'AN. Cependant, ces précautions s'avèrent inefficaces en pratique.1.2.3. Les Causes de l'Échec de la Rationalisation et l'Instabilité Gouvernementale
L'échec de la rationalisation s'explique par plusieurs raisons : 1. Contournement des procédures constitutionnelles : Les gouvernements sont investis et renversés en dehors des formes strictes prévues par la Constitution. Un refus de confiance à la majorité relative est souvent suffisant pour entraîner une démission. La question de confiance, utilisée comme moyen de pression par le gouvernement, peut se retourner contre lui. 2. Absence de majorité de gouvernement stable : Le régime est contesté par les gaullistes (RPF de De Gaulle) et les communistes, qui, après avoir été écartés du tripartisme, se retrouvent aux extrêmes de l'échiquier politique. Incapables de s'accorder, ils peuvent renverser des gouvernements mais ne peuvent pas gouverner ensemble. Cela force les gouvernements à se former au centre, sur des coalitions fragiles, d'autant que la représentation proportionnelle conduit à un Parlement fragmenté (18 formations politiques en 1956) et à une faible discipline de vote des députés. 3. Instabilité gouvernementale chronique : La France connaît 20 gouvernements en 12 ans, mais seulement 6 sont renversés selon les formes constitutionnelles. La formation d'un nouveau gouvernement est souvent longue (plus d'un mois parfois). 4. Inopérance du droit de dissolution : Rendues sévères, les conditions d'utilisation du droit de dissolution le rendent impraticable. Il n'est utilisé qu'une seule fois en 1955. Ces dysfonctionnements sont critiqués par De Gaulle, qui attribue la responsabilité aux partis politiques. La IVe République finit par chuter en raison de son incapacité à résoudre la crise algérienne.2. La Naissance et les Fondements de la Ve République (1958)
La chute de la IVe République ouvre la voie à la Ve, dans une volonté de rupture avec le passé et d'établissement d'un régime plus stable. La transition se déroule en trois étapes : la crise du 13 mai 1958, la rédaction du texte constitutionnel et sa ratification.2.1. La Crise du 13 Mai 1958 et le Retour de De Gaulle
La guerre d'Algérie, qui divise l'opinion (partisans de l'indépendance contre "Algérie française"), est le catalyseur de la crise. * Le 13 mai 1958, après la chute du gouvernement, l'annonce de l'investiture d'un nouveau gouvernement jugé favorable aux négociations avec le FLN provoque une insurrection à Alger et la création d'un Comité de Salut Public. * Le Général Salan, à la tête de ce comité, appelle De Gaulle, qui se déclare prêt à "assumer les pouvoirs de la République". * De Gaulle, appelé par les uns mais redouté par les républicains, finira par accorder l'indépendance à l'Algérie et restaurer la République en France.2.2. La Rédaction de la Constitution : Rôles et Lignes Directrices
Le 1er juin 1958, De Gaulle est investi Président du Conseil du dernier gouvernement de la IVe République, assurant la transition. Le 2 juin, il obtient les pleins pouvoirs par décret. Le 3 juin, l'AN l'investit de la mission de réviser la Constitution de la IVe République, se mettant en congé. La loi constitutionnelle du 3 juin 1958 fixe les lignes directrices à suivre : * Le suffrage universel est la seule source du pouvoir. * Les pouvoirs exécutif et législatif doivent être effectivement séparés. * Le gouvernement doit être responsable devant le Parlement (critère d'un régime parlementaire). * L'autorité judiciaire doit demeurer indépendante pour assurer le respect des libertés. * La Constitution doit permettre d'organiser les rapports de la République avec les peuples qui lui sont associés (référence aux territoires coloniaux). Deux figures majeures influencent la rédaction : * Charles de Gaulle : Exprime ses idées politiques dans le discours de Bayeux. Sa priorité est la restauration de l'État par la prééminence du chef de l'État, afin de rétablir son autorité. * Michel Debré : Admirateur du modèle britannique, il plaide pour un "régime parlementaire authentique" mais souhaite aussi garantir la stabilité gouvernementale par le parlementarisme rationalisé (notamment l'article 49 alinéa 3, dit '49-3'). Le projet est élaboré dans une certaine discrétion par un groupe d'experts autour de Michel Debré, assisté de membres du Conseil d'État et de délégués de De Gaulle. L'avant-projet est soumis à un comité interministériel puis au Conseil des ministres. Après l'examen par le Conseil consultatif constitutionnel (pour réassocier les parlementaires) et le Conseil d'État, le texte est définitivement adopté le 3 octobre 1958 par le Conseil des ministres. Le discours de Michel Debré devant le Conseil d'État est considéré comme la première lecture de la Constitution de 1958.2.3. La Ratification Démocratique
La procédure de ratification marque une rupture avec l'histoire constitutionnelle. Bien que le texte n'ait pas été préparé par une assemblée élue, il est soumis à référendum, affirmant ainsi la primauté du pouvoir constituant du peuple. Le référendum du 28 septembre 1958, largement soutenu par la classe politique (seule l'extrême gauche et Mitterrand s'y opposent), recueille 88% de votes positifs (94% avec les territoires d'outre-mer). La Constitution est proclamée le 4 octobre 1958 par le dernier Président de la IVe République, René Coty. Les institutions de la Ve République se mettent progressivement en place entre novembre 1958 (élections législatives) et le printemps 1959 (élection du Président de la République et du Sénat, formation du premier gouvernement dirigé par Michel Debré).3. Les Traits Essentiels de la Constitution de 1958
La Constitution de 1958 se caractérise par trois traits majeurs qui la distinguent des régimes précédents.3.1. Prééminence du Chef de l'État
Le Président de la République est la "clé de voûte" du régime. De Gaulle aurait souhaité une élection au suffrage universel direct dès 1958, mais la méfiance historique envers un chef d'État trop puissant (liée aux coups d'État) l'empêche. Initialement, le Président est élu au suffrage universel indirect par un collège électoral élargi. Ce n'est qu'en 1962 que l'élection au suffrage universel direct sera instaurée. * Pouvoirs propres : Le Président exerce des pouvoirs sans contreseing ministériel, ce qui le rend irresponsable politiquement tout en lui permettant d'agir de manière discrétionnaire (ex : droit de dissolution). * Rapport avec le Premier Ministre : Le Premier Ministre, bien que dirigeant le gouvernement et la politique de la nation (articles 20 et 21 de la Constitution) et endossant la responsabilité politique, n'est pas sur le même plan que le Président. Le Président le nomme, ce qui est un de ses pouvoirs propres.3.2. Affaiblissement du Parlement
Le Parlement est affaibli dans ses fonctions législatives et de contrôle du gouvernement, en réaction au "déficit" de l'exécutif sous les 3^e et 4^e Républiques. * Perte du monopole législatif : L'article 3 reconnaît que le peuple exerce la souveraineté nationale par ses représentants et par le référendum (article 11). Le Parlement ne peut légiférer que dans des domaines limitativement énumérés par l'article 34, le reste relevant du pouvoir réglementaire (article 37), exercé par le Premier Ministre. * Contrôle de constitutionnalité : La loi doit se conformer à la Constitution. Le Conseil Constitutionnel est créé pour statuer sur les conflits de compétences et le contrôle de constitutionnalité des lois. * Rationalisation du parlementarisme : Le gouvernement maîtrise l'ordre du jour des assemblées. Les modalités de mise en jeu de la responsabilité du gouvernement devant l'AN sont strictement encadrées (article 49), rendant plus difficile le renversement d'un gouvernement. * L'ensemble de ces mesures vise à affirmer le pouvoir de la majorité gouvernementale et présidentiel au détriment de l'opposition.3.3. L'Émergence du Conseil Constitutionnel
Initialement conçu en 1958 comme un arbitre des conflits de compétences entre le Parlement et l'exécutif, et gardien des prérogatives gouvernementales, le Conseil Constitutionnel (CC) voit son rôle évoluer. * Gardien des prérogatives de l'exécutif : Sa mission première était d'empêcher le Parlement d'empiéter sur le domaine exécutif, d'où sa qualification d'« arme contre la déviation du régime parlementaire » par Michel Debré. L'exemple de la décision relative à la réforme des retraites (14 avril 2023) illustre toujours cette fonction. * Évolution du rôle : À partir de la décision du 16 juillet 1971, le CC élargit son contrôle de constitutionnalité aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République (PFRLR) du préambule de la Constitution de 1946. Il s'émancipe ainsi du strict texte constitutionnel pour devenir un gardien des libertés fondamentales.4. La Révision Constitutionnelle sous la Ve République
La Constitution de 1958, bien que rigide, a été révisée 25 fois depuis sa création, témoignant d'une recherche d'équilibre entre stabilité et adaptation. Le titre XVI est consacré à la révision, notamment l'article 89.4.1. La Procédure Normale de Révision (Article 89)
L'article 89 prévoit une procédure formelle de révision, considérée comme la voie ordinaire.4.1.1. L'Initiative
L'initiative de révision appartient concurremment : * Au Président de la République, sur proposition du Premier Ministre (projet de révision). Ce n'est pas un pouvoir propre du Président, mais un pouvoir partagé, la proposition du PM engageant sa responsabilité politique. En pratique, le Président tend à le considérer comme une prérogative propre, notamment en période de concordance de majorités. * Aux Membres du Parlement (proposition de révision). Ces initiatives sont nombreuses mais n'aboutissent que très rarement sous la Ve République, en raison du poids de l'exécutif (qui maîtrise l'agenda parlementaire) et de la difficulté d'obtenir un consensus. Seule une période de cohabitation peut offrir une opportunité.4.1.2. L'Élaboration et l'Adoption
Le projet ou la proposition doit être voté en termes identiques par les deux assemblées (Assemblée Nationale et Sénat). Le bicaméralisme est égalitaire à ce stade, chaque chambre disposant d'un droit de veto. Le Sénat, souvent plus conservateur, a fréquemment exercé ce droit de veto, notamment sur des projets portés par des majorités de gauche. L'adoption par les deux assemblées se fait à la majorité relative pour passer à l'étape suivante.4.1.3. L'Approbation
L'article 89 prévoit deux procédures d'approbation : * Par référendum : Obligatoire et exclusive pour les propositions de révision d'origine parlementaire. * Par le Congrès (réunion des deux assemblées) : Le Président dispose ici d'une alternative pour les projets de révision d'origine gouvernementale. L'approbation doit se faire à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés (majorité qualifiée). Les Présidents optent très majoritairement pour la voie du Congrès, car le référendum est perçu comme risqué (pouvant se retourner contre le Président, comme en 1969 pour De Gaulle). L'absence de délai dans l'article 89 permet au Président de repousser ou d'abandonner l'approbation du texte si la majorité n'est pas assurée.4.2. La Procédure Anormale : L'Utilisation de l'Article 11
L'article 11, initialement prévu pour les référendums législatifs, a été utilisé à deux reprises par De Gaulle (1962 et 1969) pour soumettre directement des projets de révision constitutionnelle au peuple (élection au suffrage universel direct du Président et réforme du Sénat). * Arguments en faveur de l'article 11 : De Gaulle défend son usage en arguant qu'il est le constituant et que l'article 3 de la Constitution place la volonté référendaire au même plan que l'expression de la volonté nationale par les représentants. * Arguments contre l'article 11 : La doctrine et la quasi-totalité de la classe politique (sauf les gaullistes) s'y opposent. Ils soulignent que l'article 11 ne mentionne pas la révision constitutionnelle, que le titre de la révision est exclusif à l'article 89, et que cela contredit la rigidité voulue de la Constitution. Le Conseil d'État avait émis un avis négatif. * Jurisprudence du Conseil Constitutionnel : En 1962 et 1992, le CC se déclare incompétent pour contrôler les lois référendaires, les qualifiant d'« expression directe de la souveraineté nationale ». Cette position maintient une incertitude, bien que la doctrine soit aujourd'hui unanime sur l'impossibilité d'utiliser l'article 11 pour une révision constitutionnelle. Aucun successeur de De Gaulle n'y a eu recours à cette fin. Mitterrand et Macron ont évoqué cette possibilité, mais ne l'ont pas mise en œuvre, par prudence face aux résultats incertains des référendums.4.3. Les Limites à la Révision Constitutionnelle
La Constitution de 1958 prévoit des limites à sa révision.4.3.1. Limites Circonstancielles
* L'article 89 alinéa 4 interdit toute révision qui porterait atteinte à l'intégrité du territoire. * Il est implicitement interdit de réviser la Constitution en période de pouvoirs exceptionnels du Président (article 16) ou en cas d'empêchement/vacance de la Présidence (article 7).4.3.2. Limites de Fond
* L'article 89 alinéa dernier stipule que « la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision ». Cet héritage constitutionnel vise à consolider la République. * La question de la valeur juridique de cette limite et de son éventuel contrôle par le Conseil Constitutionnel est débattue. En France, le CC s'est toujours déclaré incompétent pour contrôler les lois de révision constitutionnelle, arguant que cela n'est pas prévu dans ses compétences. Dans d'autres pays (Allemagne, Italie), les cours constitutionnelles se sont reconnues compétentes. * Cette question soulève le problème de la « tyrannie de la majorité » : le risque qu'un législateur extraordinaire (le pouvoir constituant dérivé) abuse de son pouvoir au détriment des droits et libertés, rendant nécessaire un contrôle pour protéger la minorité et préserver l'essence de la Constitution.4.4. Les Raisons et Conséquences des Révisions
Le nombre important de révisions (25 fois) s'explique principalement par deux raisons : * Révisions provoquées : Souvent dues aux engagements internationaux de la France, notamment européens. L'article 54 permet au CC de contrôler la compatibilité d'un traité avec la Constitution. En cas d'incompatibilité, la Constitution doit être révisée pour permettre la ratification du traité (solution privilégiée, bien que la France puisse renoncer au traité, comme pour la Charte européenne des langues régionales minoritaires en 1999). * Exemples : Traité de Maastricht (1992) a introduit un nouveau titre "De l'Union européenne" et permis le transfert de compétences (euro, frontières extérieures, droit de vote pour citoyens de l'UE). D'autres révisions suivent pour renforcer la construction européenne (1999, 2003, 2005, 2008 – Traité de Lisbonne). * Révisions pour surmonter des décisions du CC : En 1993, une loi sur l'immigration partiellement censurée par le CC a conduit à une révision, soulevant des questions sur la fonction du contrôle de constitutionnalité et la protection des libertés (risque de constitutionaliser l'inconstitutionnel). De même, la loi de parité politique (1999) a nécessité une révision après une censure du CC en 1982. * Révisions sur suggestion du CC : Suggérée pour combler une lacune (ex: art 7 – empêchement/décès candidat à la présidentielle en 1976). * Révisions volontaires : Les Présidents voient la révision comme une prérogative pour laisser leur marque institutionnelle. * Exemple : De Gaulle (3 révisions dont 1962 sur l'élection présidentielle). Giscard d'Estaing (élargissement de la saisine du CC en 1974). Mitterrand (tentatives stoppées par le Sénat, mais révision de 1993 sur la Cour de Justice de la République). Chirac (période la plus prolifique avec 14 révisions, notamment l'extension du champ référendaire, la session parlementaire unique, la Charte de l'environnement, le statut pénal du Président). Sarkozy (modernisation des institutions en 2008). Hollande et Macron ont fait face à des difficultés pour réviser. La dernière révision (8 mars 2024) a inscrit le droit à l'avortement dans l'article 34. Ces révisions ont profondément transformé la Constitution de 1958.5. Le Conseil Constitutionnel : Composition, Compétences et Légitimité
Le Conseil Constitutionnel (CC) est une institution créée en 1958. Sa création et son évolution sont des éléments structurants de la Ve République.5.1. Composition du Conseil Constitutionnel
L'article 56 de la Constitution distingue les membres nommés et les membres de droit, et prévoit que le Président du CC est nommé par le Président de la République. Le nombre de membres est de 9. * Membres de droit : Les anciens Présidents de la République. Cette « bizarrerie constitutionnelle » s'expliquait initialement par la nécessité d'offrir une place au dernier Président de la IVe République, René Coty. Aujourd'hui, les anciens Présidents ne siègent plus en pratique, même si cette possibilité est toujours ouverte. Cette position est souvent critiquée car elle mélange la fonction politique avec celle de juge. * Membres nommés : Désignés pour 9 ans, mandat non renouvelable, par le Président de la République, le Président du Sénat et le Président de l'Assemblée nationale (3 chacun). Le renouvellement se fait par tiers tous les 3 ans. * Les conditions pour être membre sont minimales (jouissance des droits civils et politiques). * Les critiques concernent la politisation des nominations, souvent basées sur des préférences politiques plutôt que sur des compétences juridiques. * Depuis 2008, un contrôle parlementaire des nominations est instauré (article 13) : les candidats sont auditionnés par les commissions parlementaires compétentes, ce qui rend les nominations moins acquises et plus soumises au débat politique. * Statut des membres : Malgré l'absence de statut constitutionnel, l'indépendance des membres nommés est garantie par l'irrévocabilité du mandat et le non-renouvellement. Un régime d'incompatibilité (ministre, député, mandat électoral, etc.) a été renforcé en 1995. Les membres sont soumis à une obligation de réserve. * Président du CC : Désigné par le Président de la République (article 56 alinéa 3), sa voix est prépondérante en cas d'égalité lors des délibérations.5.2. Compétences du Conseil Constitutionnel
Les compétences du CC sont énumérées et non générales (par opposition à la Cour constitutionnelle allemande, par exemple). * Contentieux électoral et référendaire : Le CC est juge de la régularité des élections législatives, sénatoriales et présidentielles, et des opérations référendaires. * Contentieux du mandat parlementaire : Il déclare les parlementaires démissionnaires d'office en cas d'incompatibilité ou prononce leur déchéance en cas d'inéligibilité. * Contestation de situations exceptionnelles : Il constate l'empêchement du Président de la République (article 7) et est consulté pour avis (non contraignant et secret) en cas d'exercice des pouvoirs exceptionnels (article 16). * Contrôle de constitutionnalité des normes (son rôle principal) : * Contrôle obligatoire : Porte sur les lois organiques, les règlements des assemblées et les propositions de lois référendaires d'initiative partagée. Il est préventif (avant promulgation) pour éviter que ces textes ne modifient l'équilibre des pouvoirs. * Contrôle facultatif (a priori) : Porte sur les normes législatives. Initialement limité aux saisines de 4 autorités politiques désignées, il a été élargi en 1974 aux 60 députés ou 60 sénateurs, ce qui a multiplié les saisines, souvent de la part de l'opposition, utilisant ce recours comme un "combat juridique" après une défaite politique. Ce contrôle est abstrait (porte sur une loi non encore en vigueur) et doit être exercé dans un délai de 15 jours. * Défense du domaine réglementaire : Le CC intervient en cas de conflit de compétences entre le Parlement (domaine de la loi art. 34) et le gouvernement (domaine réglementaire art. 37). Il peut statuer sur l'irrecevabilité d'une proposition de loi (article 41) ou déclasser un texte législatif en caractère réglementaire (article 37 alinéa 2). * Contrôle des engagements internationaux : Prévu à l'article 54, il s'agit d'un contrôle de compatibilité d'un traité international avec la Constitution avant sa ratification. * Autorité des décisions : Les décisions du CC, notamment celles rendues dans le cadre du contrôle a priori (article 62 alinéa 1), ont une autorité absolue de la chose jugée (erga omnes). Une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée et s'impose à tous les pouvoirs publics.5.3. La Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC - Article 61-1)
Introduite en 2008 et mise en place en 2010, la QPC représente une évolution majeure du contrôle de constitutionnalité en France. * Moment de la question : Peut être soulevée au cours de toute instance devant toute juridiction (judiciaire ou administrative), portant sur une disposition législative dont la validité conditionne l'issue du procès. C'est un contrôle concret, portant sur une question préjudicielle. * Auteurs : Le droit de poser la question est réservé aux parties de l'instance, non aux juges d'office. Cependant, le juge devant lequel elle est soulevée doit décider de la transmettre à la Cour suprême (Cour de Cassation ou Conseil d'État), qui elle-même filtre la question avant de la transmettre au CC. Ce filtrage est une originalité française, justifiée par la volonté d'éviter l'encombrement du CC et les réticences initiales des cours suprêmes. * Conditions cumulatives de transmission : La disposition contestée est applicable au litige, n'a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution (sauf changement de circonstances), et la question n'est pas dépourvue de caractère sérieux. * Objet : Ne peut être soulevée qu'à l'encontre d'une disposition législative d'origine parlementaire (les dispositions référendaires sont exclues) et uniquement si elle porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit. * Effets de l'abrogation : L'article 62 alinéa 2 prévoit qu'une disposition déclarée inconstitutionnelle par QPC est abrogée à compter de la publication de la décision du CC. L'abrogation n'a pas d'effet rétroactif, mais le CC peut moduler dans le temps les effets de sa décision.5.4. Le Bloc de Constitutionnalité et la Légitimité du Contrôle
Le Conseil Constitutionnel ne se réfère pas seulement au corps de la Constitution. La décision de 1971 a affirmé que les Principes Fondamentaux Reconnus par les Lois de la République (PFRLR) sont des normes de référence. Un "bloc de constitutionnalité" a été développé, regroupant : * Les articles de la Constitution de 1958. * La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (DDHC). * Le Préambule de la Constitution de 1946 (avec les PFRLR). * Le Préambule de la Constitution de 1958 (renvoyant à la Charte de l'environnement de 2004). * Les lois organiques. * Certains principes de valeur constitutionnelle non écrits (ex: principe de continuité de l'État). Sont exclus du bloc : les règlements des assemblées et les conventions internationales (pour lesquelles le CC s'est déclaré incompétent, laissant ce contrôle aux juges ordinaires). Le rôle de la justice constitutionnelle est double : assurer le respect de la hiérarchie des normes et protéger les droits et libertés, notamment de la minorité contre la "tyrannie de la majorité". En France, ce contrôle a été difficile à accepter en raison d'une culture "légicentriste" héritée de la Révolution. Cependant, le CC a gagné en légitimité, surtout après l'alternance de 1981, en jouant un rôle crucial dans l'acceptation des changements politiques et la protection des libertés. La QPC marque une étape supplémentaire dans cette reconnaissance juridictionnelle, bien que la légitimité du CC reste un débat récurrent.6. La Pratique de la Constitution de 1958 : Un Régime Parlementaire Présidentialiste
La Constitution de 1958 a été conçue comme un régime parlementaire, mais sa pratique a révélé une tendance présidentialiste forte.6.1. Le Régime Parlementaire Authentique selon Michel Debré
Michel Debré, principal rédacteur, affirmait que la Constitution de 1958 établissait un véritable régime parlementaire, réunissant les critères essentiels : * Gouvernement politiquement responsable devant l'Assemblée Nationale. * Pouvoir exécutif bicéphale (Président et Premier Ministre). * Contreseing ministériel (article 19), garantissant l'irresponsabilité politique du Président. Il soulignait le caractère novateur du parlementarisme rationalisé pour éviter l'instabilité gouvernementale, rééquilibrant les pouvoirs en faveur de l'exécutif.6.2. L'Impact de l'Élection au Suffrage Universel Direct du Président (1962)
La réforme de 1962 instaurant l'élection au suffrage universel direct (SUD) du Président de la République a eu des conséquences considérables, non prévues par les rédacteurs, et a ancré la tendance présidentialiste. * Concomitance avec le "fait majoritaire" : L'élection au SUD favorise l'apparition d'une majorité parlementaire stable et homogène, dévouée au Président. Cette concomitance renforce le présidentialisme. * Puissance présidentielle établie : La légitimité démocratique issue du SUD confère au Président une autorité comparable à celle de l'AN. Malgré son irresponsabilité politique, il cumule des pouvoirs propres et devient le leader de la majorité. * Interprétations de De Gaulle : Le Général de Gaulle, par ses discours (ex: conférence de presse de 1964) et ses pratiques (référendums plébiscitaires, relation directe avec le peuple), affirme la prééminence du Président comme "homme de la nation", doté de "l'autorité indivisible de l'État". Il subordonne le Premier Ministre, qu'il nomme et dont il impulse la politique. Il utilise les référendums pour solliciter la confiance du peuple, allant jusqu'à démissionner en 1969 après un vote négatif sur la réforme du Sénat. Cette pratique a créé un lien direct et plébiscitaire avec le peuple. * Renforcement par Pompidou : Georges Pompidou, successeur de De Gaulle, confirme et renforce la pratique présidentialiste, s'affirmant comme "arbitre et premier responsable national" grâce à son élection au SUD. Il exerce sans partage le pouvoir exécutif. Cependant, sans la compensation des référendums plébiscitaires de De Gaulle (le référendum de 1972 étant un semi-échec), le risque d'un éloignement du peuple se profile.6.3. La Volonté d'Ouverture de Giscard d'Estaing (1974-1981)
Valéry Giscard d'Estaing, élu après le décès de Pompidou, marque la fin de la période gaulliste. Il souhaite "changer de style" et intégrer l'opposition parlementaire. * Il élargit la saisine du Conseil Constitutionnel à 60 députés ou 60 sénateurs, offrant un droit à l'opposition. * Il nomme Jacques Chirac, leader de la droite majoritaire, comme Premier Ministre. Cependant, les relations difficiles conduisent à la démission de Chirac en 1976, montrant que le Président continuait à superviser et impulse sa politique sans laisser de réelle marge de manœuvre au PM. * Nomination d'un technicien (Raymond Barre) comme PM, qui gouverne en utilisant les instruments du parlementarisme rationalisé (49-3, menace de dissolution) pour contraindre une majorité parlementaire parfois critique. * La gauche, sous l'impulsion de François Mitterrand, s'organise et la perspective d'une alternance politique se fait jour.6.4. L'Alternance Politique avec Mitterrand et le Développement des Contre-Pouvoirs (1981-1995)
L'alternance de 1981, avec l'élection de François Mitterrand et la victoire de la gauche aux législatives, marque un tournant. * Confirmation du présidentialisme : Mitterrand, malgré son opposition initiale à De Gaulle, s'accommode pleinement des institutions et confirme la pratique présidentialiste. Il dissout l'AN pour obtenir une majorité conforme à son mandat, et gouverne de manière très directive, affirmant que "c'est à moi de décider ce qu'il convient de décider". * Deuxième mandat et présidentialisme nuancé : Réélu en 1988 avec une majorité relative à l'AN, Mitterrand laisse une plus grande marge de manœuvre au Premier Ministre (Michel Rocard, qui use abondamment du 49-3). Cependant, des événements internationaux (1ère Guerre du Golfe en 1990) le poussent à reprendre la main sur les questions régaliennes (défense, affaires étrangères) et même sur les affaires intérieures. Il conserve la faculté de nommer et démettre ses Premiers Ministres sans défiance de l'AN. * Développement des contre-pouvoirs : De nouveaux contre-pouvoirs émergent : * Le Conseil Constitutionnel s'affirme comme garant des droits et libertés face à la majorité. * Le Sénat redevient un opposant à l'exécutif, exerçant un pouvoir d'obstruction et de veto sur des révisions constitutionnelles. * L'affirmation de la liberté de communication audiovisuelle (1982) met fin au monopole d'État et permet une plus grande pluralité des opinions.6.5. La Cohabitation : Une Nouvelle Pratique Constitutionnelle
La cohabitation (coexistence de majorités présidentielle et parlementaire différentes) introduit une pratique nouvelle de la Constitution, révélant sa flexibilité mais aussi des dysfonctionnements. Trois cohabitations ont eu lieu sous la Ve République.6.5.1. La Première Cohabitation (1986-1988) : Mitterrand - Chirac
Les élections législatives de 1986 voient la droite remporter la majorité. * Acceptation de la cohabitation : François Mitterrand, tout en reconnaissant que cette situation n'était pas expressément prévue, l'accepte. Il nomme Jacques Chirac (chef de la majorité parlementaire) Premier Ministre et adresse un message au Parlement qui marque l'intention d'une "nouvelle pratique de la Constitution", se tenant "à la lettre" du texte. * "Présidentialisme minoritaire" : Le Président de la République n'est pas démuni. * Il utilise des prérogatives pour retarder l'action gouvernementale (ex: refus de signer des ordonnances, comme Mitterrand en 1986, obligeant le PM à passer par la procédure législative plus longue). * Il conserve des "domaines réservés" (défense, affaires étrangères), bien que partagés. Mitterrand impose ses choix de personnalités pour ces portefeuilles. * Il garde une "arme redoutable" : la parole. Il peut s'adresser au peuple (conférences de presse) pour critiquer le gouvernement sans devoir de réserve.6.5.2. La Deuxième Cohabitation (1993-1995) : Mitterrand - Balladur
Similaire à la première, mais moins conflictuelle car Mitterrand ne se représente pas. Édouard Balladur (le "meilleur ami" de Chirac) est nommé PM. Les leçons de la première cohabitation sont tirées (moins de recours aux ordonnances pour éviter les blocages).6.5.3. La Troisième Cohabitation (1997-2002) : Chirac - Jospin
Cette cohabitation, née d'une dissolution anticipée manquée par Jacques Chirac, est la plus longue (5 ans) et révèle de profonds dysfonctionnements. * Président affaibli : Chirac, ayant échoué sa dissolution, est politiquement affaibli. Lionel Jospin, nouveau PM, dispose d'une majorité absolue à l'AN. * Chirac "gardien de la vigilance" : Chirac tente de rester actif, se définissant comme "gardien de la vigilance" sur les questions internationales et la modernisation. Il utilise sa présidence du Conseil des ministres pour retarder des projets de loi (ex: statut de la Corse). * Conflits récurrents : Des conflits éclatent sur les affaires étrangères (ex: voyage de Jospin en Israël sans en informer Chirac), mettant en lumière les tensions inhérentes à cette situation. Ces répétitions de cohabitations et de dysfonctionnements mènent à l'interrogation sur la réforme des institutions.6.6. Le Quinquennat et l'Hyper-Présidentialisation
En 2000, la réduction du mandat présidentiel à 5 ans est adoptée par référendum, dans le but d'aligner les mandats présidentiels et législatifs et d'éviter les cohabitations. * Conséquences : Le Président de la République est désormais "dans la mêlée", plus directement engagé dans la politique gouvernementale et donc plus accountable. La quasi-disparition des cohabitations renforce le présidentialisme.6.6.1. La Présidence Sarkozy (2007-2012) : "Hyper-Présidentialisme"
Nicolas Sarkozy revendique un rôle de Président "qui gouverne", cherchant à rompre avec une pratique jugée moins volontariste. * Il renforce les services de l'Élysée, s'engage directement dans la campagne électorale (régionales 2010), maintient des relations fortes avec son parti majoritaire et avec les parlementaires de sa majorité (réunions hebdomadaires). * Cette période est qualifiée d'"hyper-présidentialisme", avec une fusion affirmée entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire, toutes deux dévouées au Président.6.6.2. La Présidence Hollande (2012-2017) : Le "Président Normal" et le Fait Majoritaire Contestataire
François Hollande se présente comme le "Président normal", en opposition au style de Sarkozy. * Cependant, il est rapidement confronté à un "fait majoritaire contestataire" au sein même de sa majorité. * Les instruments du parlementarisme rationalisé (49-3) sont très sollicités. Le Premier Ministre, Manuel Valls, n'obtient souvent la confiance qu'avec une majorité relative. * Hollande, pour la première fois sous la Ve, renonce à se présenter pour un second mandat, confirmant la fragilité du Président engagé dans la "mêlée".6.6.3. La Présidence Macron (depuis 2017) : Retour revendiqué et "Présidentialisme Minoritaire"
Emmanuel Macron, nouvellement élu, revendique un retour au début de la Ve, où le Président "fixe le sens du quinquennat" et le Premier Ministre "lui donne corps". * 1er Mandat (2017-2022) : Bénéficie d'une large majorité parlementaire dévouée, avec un renouvellement important de députés novices. Les analystes soulignent une "fusion" entre les majorités présidentielle et parlementaire. Néanmoins, il fait face à des difficultés (mouvement des Gilets Jaunes, crise sanitaire) qui montrent que le Président est "dans la mêlée". * 2nd Mandat (depuis 2022) : Marqué par un "présidentialisme minoritaire". L'élection législative de 2022 ne confirme pas la majorité parlementaire, le camp présidentiel n'obtenant pas la majorité absolue à l'AN. Cela force le gouvernement à rechercher des majorités "à géométrie variable" et à mobiliser intensivement les instruments du parlementarisme rationalisé (49-3 pour le budget, etc.). * La dissolution de 2024, suite aux élections européennes, confirme la fragmentation de l'AN en trois blocs. Les difficultés du gouvernement post-dissolution, avec une succession rapide de Premiers Ministres et des motions de censure évitées de justesse, illustrent cette complexité. Le Président est en retrait sur la gestion quotidienne, laissant au Premier Ministre la maîtrise des négociations. * La Constitution est aujourd'hui appliquée dans un contexte sans majorité stable et homogène, ce qui contraste fortement avec l'histoire présidentialiste de la Ve République.7. La Modernisation des Institutions (Révision de 2008) et les Enjeux Actuels
La révision constitutionnelle de 2008, sous Nicolas Sarkozy, visait à "moderniser les institutions" en renforçant le pouvoir du Parlement, dont le rôle avait été trop affaibli par le fait majoritaire et le parlementarisme rationalisé. * Objectifs : Donner plus de pouvoirs au Parlement pour mieux contrôler l'action gouvernementale et être moins contraint. Le recours au 49-3 est encadré. * Mesures : Augmentation du nombre de commissions permanentes, ébauche d'un statut de l'opposition (article 51-1), contrôle des nominations présidentielles. Ces mesures visent à renforcer la fonction de contrôle parlementaire. * Bilan : Malgré les intentions, la pratique reste mitigée. Le "présidentialisme pratique" se maintient sous tension. * La figure du Président reste prééminente face à un Premier Ministre souvent subordonné et déconnecté de la majorité parlementaire. * Le Sénat s'affirme comme le principal contre-pouvoir institutionnel, notamment durant des affaires sensibles (ex: affaire Benalla en 2018). * La fin du présidentialisme majoritaire, visible depuis 2022, montre que la Constitution de 1958 doit s'adapter à une nouvelle configuration politique sans majorité stable. Cela force le gouvernement à rechercher des coalitions et à négocier davantage. * La limite à deux mandats consécutifs pour le Président (introduite en 2008) contribue à placer le Président "dans la mêlée", en le rendant plus comptable de son action. Le droit constitutionnel français et la pratique de la Ve République sont en constante évolution, interrogeant la nature du régime et la place de chaque pouvoir.La Ve République
L'Élaboration de la Nouvelle Constitution
Le projet est l'œuvre d'un groupe d'experts, élaboré dans le secret:
De Gaulle: Souhaite la restauration de l'État et la prééminence du chef de l'État (Discours de Bayeux).
Michel Debré: Partisan d'un "régime parlementaire authentique" et d'un "parlementarisme rationalisé" pour assurer la stabilité gouvernementale (mesures innovantes comme le 49-3).
Les Traits Essentiels de la Constitution de la Ve République
Trois caractéristiques principales se dégagent de la Constitution de 1958.
Prééminence du Chef de l'État: Qualifié de "clé de voûte" du régime.
Mode de Désignation: Initialement élu au suffrage universel indirect (par un collège électoral élargi), l'élection au suffrage universel direct du président est introduite en 1962, transformant fondamentalement le régime.
Pouvoirs Propres: Le président exerce des pouvoirs sans contreseing ministériel (ex: droit de dissolution). Bien que politiquement irresponsable, il détient des pouvoirs discrétionnaires importants.
Rôle du Premier Ministre (PM): Dirige le gouvernement et la politique de la nation (articles 20, 21), engage sa responsabilité politique. Cependant, il est subordonné au président (l'article 8 alinéa 1 prévoit la nomination par le président mais pas la révocation).
Affaiblissement du Parlement: Le Parlement perd son monopole législatif et son pouvoir de contrôle est rationalisé.
Perte du Monopole Législatif: L'article 3 de la Constitution prévoit que la souveraineté nationale peut s'exercer par référendum (article 11). Le Parlement ne peut légiférer que dans des domaines limitativement énumérés (article 34), le reste relève du pouvoir réglementaire du gouvernement et du PM (article 37).
La Loi et la Constitution: La loi doit désormais se conformer à la Constitution, avec la mise en place du Conseil Constitutionnel et de son contrôle de constitutionnalité.
Contrôle de l'Action Gouvernementale Rationalisé: Le gouvernement maîtrise l'agenda parlementaire. L'article 49 encadre strictement les modalités d'engagement de la responsabilité du gouvernement.
Le Rôle du Conseil Constitutionnel: Initialement conçu pour trancher les conflits de compétences entre le Parlement et l'exécutif, il est le "gardien des prérogatives du pouvoir exécutif".
Évolution du Rôle: À partir de la décision du 16 juillet 1971, le Conseil Constitutionnel étend son contrôle de constitutionnalité en se référant au préambule de la Constitution de 1958 et à celui de 1946 (reconnaissant les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République - PFRLR), se développant ainsi comme gardien des libertés fondamentales.
chapitre 1 : La Révision Constitutionnelle sous la Ve République
La Constitution est le fondement de la communauté nationale, garantissant son caractère démocratique et encadrant le pouvoir. La révision constitutionnelle est une garantie essentielle, cherchant un équilibre entre la stabilité du texte et son adaptation aux évolutions politiques et sociales. La Constitution de 1958 est rigide et sa procédure de révision est difficile à mettre en œuvre.
section 1 : La Procédure Normale de l'Article 89
L'article 89 de la Constitution de 1958 décrit la procédure normale de révision, utilisée 25 fois depuis sa création, bien qu'une période d'arrêt soit observée depuis 2008.
L'Initiative: L'initiative est partagée entre le président de la République (sur proposition du PM) et les membres du Parlement.
Initiative Présidentielle: Le projet de révision constitutionnelle est soumis par le président. La proposition du PM est théoriquement un gage de responsabilité car le président est irresponsable. En pratique, l'accord est souvent symbolique en période de concordance des majorités. Les PM ont rarement l'initiative, sauf Jean-Pierre Raffarin en 2003 pour la décentralisation.
Initiative Parlementaire: Les propositions de révision constitutionnelle sont nombreuses mais aucune n'a abouti sous la Ve. Les obstacles incluent le poids de l'exécutif et la maîtrise de l'agenda parlementaire par le gouvernement. Une négociation peut avoir lieu en période de cohabitation (ex: réduction du mandat présidentiel sous J. Chirac).
L'Élaboration et l'Adoption de la Révision:
Alinéa 2 de l'article 89: Le projet doit être voté par les deux assemblées en termes identiques, établissant un bicaméralisme égalitaire à ce stade (chacune a un droit de veto). En pratique, le Sénat, souvent plus conservateur, exerce ce droit de veto (ex: 2018 pour la réforme constitutionnelle de Macron).
L'adoption par chaque assemblée se fait à la majorité relative.
L'Approbation de la Révision: L'article 89 prévoit deux procédures:
Référendum Constitutionnel (Alinéa 2): C'est la procédure de droit commun, obligatoire pour les propositions de révision d'origine parlementaire. Elle est très peu utilisée pour les projets présidentiels (une seule fois pour la réduction du mandat présidentiel). Les présidents préfèrent éviter le référendum en raison de son incertitude (souvenir de la démission de De Gaulle en 1969).
Congrès (Alinéa 3): Le président peut choisir le vote par le Congrès (Assemblée Nationale et Sénat réunis). Cette procédure exige une majorité qualifiée des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Si cette majorité est incertaine, le président peut suspendre la procédure. L'article 89 ne donne pas de délais, ce qui permet au président de repousser ou d'abandonner l'approbation (ex: De Gaulle pour les sessions parlementaires, Pompidou pour la réduction du mandat présidentiel en 1973).
section 2 : La Procédure Anormale de l'Article 11
L'article 11, initialement prévu pour les référendums législatifs, a été utilisé deux fois par de Gaulle (1962 pour l'élection présidentielle au suffrage universel direct; 1969 pour la réforme du Sénat) pour contourner l'article 89.
Arguments de De Gaulle: Il justifie ce recours en affirmant avoir écrit la Constitution et que l'article 3 place la volonté référendaire au même plan que celle des représentants.
Critiques: La majorité de la doctrine et de la classe politique (sauf les gaullistes) s'y est opposée, notamment le Sénat (Gaston Monnerville accusant De Gaulle de forfaiture) et le Conseil d'État. Les arguments sont: l'article 11 ne mentionne pas les révisions constitutionnelles mais les "projets de loi relatifs à l'organisation des pouvoirs publics", l'article 89 est le seul dédié à la révision, et le constituant n'aurait pas pu permettre une réforme du Sénat sans son accord.
Incompétence du Conseil Constitutionnel: Le Conseil Constitutionnel s'est déclaré incompétent pour contrôler ces "lois référendaires" (décision du 6 novembre 1962), considérant qu'elles expriment la "souveraineté nationale directe". Cette jurisprudence a été confirmée en 1992.
Évolution Future: Bien que la doctrine s'accorde aujourd'hui sur l'impossibilité d'utiliser l'article 11 pour une révision constitutionnelle, certains présidents ont laissé la porte ouverte (Mitterrand, Macron). Aucun successeur de De Gaulle ne l'a utilisé à cette fin.
section 3 : la transformation accélérée de la révision
Depuis 2008, il y a eu un ralentissement des révisions. Les 25 révisions sont dues à deux raisons principales:
Révisions Provoquées: Principalement par les engagements internationaux de la France, en particulier européens. L'article 54 de la Constitution permet au Conseil Constitutionnel de contrôler la compatibilité d'un traité avec la Constitution. En cas d'incompatibilité, la ratification n'est possible qu'après révision.
Exemples européens: Traité de Maastricht (1992), Transfert de compétences (1999, 2003, 2005), Traité de Lisbonne (2008).
Autres exemples: Création de la Cour Pénale Internationale (1999).
Exception: La Charte européenne des langues régionales a été abandonnée suite à une décision d'incompatibilité du CC en 1999.
Autre cas: Pour surmonter une décision du CC, comme en 1993 sur le projet de loi sur la maîtrise de l'immigration, où le gouvernement a obtenu une révision constitutionnelle pour constitutionnaliser des dispositions jugées inconstitutionnelles.
Suggestions du CC: Révision de 1976 sur l'article 7 (absence d'un candidat à la présidentielle).
Parité politique: Loi constitutionnelle de juillet 1999 pour inscrire le principe de parité politique H/F dans les fonctions électives, rendue nécessaire après une censure du CC en 1982.
Révisions voulu par le président : Les présidents ont tendance à considérer la révision comme une prérogative pour marquer leur passage.
De Gaulle: 3 révisions (1960, 1962, 1963).
Giscard d'Estaing: Élargissement de la saisine du CC (1974).
Mitterrand: Volonté de larges révisions (Comité Vedel), mais période de cohabitation. Création de la Cour de Justice de la République (1993) suite aux scandales de corruption.
Chirac: 14 révisions en 12 ans, dont l'extension du champ référendaire (1995), la Charte de l'environnement, le statut pénal du président.
Sarkozy: Révision du 23 juillet 2008 pour moderniser les institutions (renforcement du rôle du Parlement).
Hollande et Macron: Ont également eu des volontés de révision, mais ont rencontré des obstacles.
Dernière révision: Loi constitutionnelle du 8 mars 2024 sur la liberté de recourir à l'avortement.
Limites à la Révision Constitutionnelle
Limites Circonstancielles:
Article 89 alinéa 4: Interdit la révision en cas d'atteinte à l'intégrité du territoire.
Implicitement, l'article 16 (pouvoirs exceptionnels du président) et l'article 7 (empêchement ou vacance de la présidence) interdisent également la révision.
Limites de Fond:
Article 89 alinéa 5: "La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision". Cet héritage de la IIIe République est un pilier de la Constitution.
Débat sur le Contrôle: La question est de savoir si le pouvoir constituant dérivé peut "constitutionaliser des dispositions attentatoires aux droits et libertés". L'enjeu est la "tyrannie de la majorité" et la protection des minorités par le contrôle de constitutionnalité.
Jurisprudence du CC: Le Conseil Constitutionnel s'est déclaré incompétent pour contrôler ces lois de révision constitutionnelle (décisions de novembre 1962 et 26 mars 2003), invoquant la souveraineté nationale et l'absence de cette compétence dans sa liste de prérogatives.
Comparaison Internationale: En Allemagne, la Cour constitutionnelle contrôle les lois de révision. En Italie, la Cour constitutionnelle s'est reconnue compétente, y compris sur le préambule de 1946. En 2003, la question de la légitimité du CC a empêché une interprétation aussi large en France.
chapitre 2 : Le Conseil Constitutionnel
Créé en 1958, le Conseil Constitutionnel (CC) a pour mission principale de préserver les prérogatives gouvernementales et d'empêcher les empiétements parlementaires. Michel Debré le considérait comme une "arme contre la déviation du régime parlementaire". Son rôle a considérablement évolué depuis 1958, notamment comme gardien des libertés fondamentales.
section 1 : Composition et compétence
Composition (Article 56):
- Membres de Droit: Les anciens présidents de la République. Cette "bizarrerie constitutionnelle" s'expliquait par la nécessité d'offrir une place à René Coty. Leur présence est critiquée car ils mêlent politique et justice. La pratique veut qu'ils ne siègent plus (Sarkozy, Hollande).
- Membres Nommés: 9 membres, pour 9 ans non renouvelables. Ils sont nommés par le président de la République, le président du Sénat et le président de l'Assemblée Nationale (renouvellement par tiers tous les 3 ans). Il n'y a pas de conditions de compétence spécifiques, seulement la jouissance des droits civils et politiques.
Critiques: Les nominations sont souvent politisées. Depuis 2008, l'article 13 prévoit un contrôle parlementaire: les candidats sont auditionnés par les commissions parlementaires compétentes. Ce contrôle a montré ses limites, bien qu'il ait fait progresser la prise en compte des critiques par les autorités de nomination. L'indépendance des juges reste essentielle.
- Le Président du Conseil Constitutionnel:
Nommé par le président de la République (article 56 alinéa 3).
Son vote est prépondérant en cas d'égalité (délibérations).
Le Général de Gaulle avait accepté de nommer seulement 3 membres, mais de ne pas nommer le président du CC.
Son approbation nécessite une majorité qualifiée (la nomination de Richard Ferrand, ancien président de l'AN, a été très critiquée) ce qui a mis en lumière la politisation des nominations et la capacité des parlementaires à exercer une forme de contrôle.
Statut des Membres:
Leur mandat non renouvelable et d'une durée de 9 ans est censé garantir leur indépendance.
Incompatibilités: Fonctions de ministre, député, mandat électoral, certaines fonctions de direction.
Obligations: Devoir de réserve, souvent non respecté.
Compétences du Conseil Constitutionnel
Le CC a des compétences énumérées et spécifiques, et non générales.
Contentieux Électoral et Référendaire:
Juge électoral pour les députés et les sénateurs.
Veille à la régularité des élections présidentielles et des référendums, en proclame les résultats.
Contentieux du Mandat Parlementaire:
Déclare la démission d'office d'un parlementaire en cas d'incompatibilité de mandat.
Prononce la déchéance en cas d'inéligibilité (saisi par le ministre de la Justice).
Contestation de Situations Exceptionnelles:
Constatation de l'empêchement (provisoire ou définitif) du président de la République (article 7, saisi par le gouvernement).
Consultation obligatoire (avis non liant, mais public) en cas de mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels par le président (article 16). Les avis sur les décisions prises dans ce cadre sont secrets.
Contrôle de Constitutionnalité des Normes: C'est le cœur de son activité et son rôle de gardien des libertés.
Contrôle Obligatoire:
Lois organiques: Sont qualifiées comme telles dans la Constitution et précisent ses modalités d'application (ex: élection présidentielle, lois de finance). Le contrôle est obligatoire avant promulgation (saisine par le PM).
Règlements des assemblées: Régissent les travaux parlementaires. Le contrôle est obligatoire avant promulgation ou modification (saisine par le président de l'assemblée concernée) pour empêcher les empiétements sur les règles constitutionnelles.
Propositions de lois référendaires: Dans le cadre de l'article 11 (référendum d'initiative partagée).
Contrôle Facultatif:
Contrôle des Lois (a priori): Prévu à l'article 61 alinéa 2, avant la promulgation de la loi. Contrôle abstrait (sur une loi non encore en vigueur) avec un délai de saisine court (15 jours).
Saisines: Initialement limité à 4 autorités (président de la République, PM, présidents des Assemblées), le contrôle a été élargi en 1974 à 60 députés ou 60 sénateurs, multipliant les recours. Les saisines sont surtout le fait de parlementaires de l'opposition, motivations politiques (défense des droits et libertés, poursuite du combat politique). Le président de la République saisit rarement (par ex. sur la loi immigration en 2023). Le PM peut instrumentaliser la saisine en cas de désaccord avec sa majorité.
Motivation: Les saisines parlementaires sont motivées, bien que ce ne soit pas une obligation légale.
Failles du Contrôle a priori: Non systématique, dépend des opportunités politiques (ex: loi Informatique et Libertés de 1978 n'a pas été contrôlée). Ces failles ont mené à l'idée d'un contrôle a posteriori.
Contrôle a posteriori: la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC): Introduite par l'article 61-1 en 2008, effective en mars 2010.
Moment: Peut être soulevée devant toute juridiction (Cour de Cassation ou Conseil d'État), à tout stade de l'instance.
Auteurs: Réservée aux parties à l'instance, non au juge d'office. Cependant, le juge d'instance joue un rôle de filtre en transmettant la question aux cours suprêmes (Cour de Cassation ou Conseil d'État), qui elles-mêmes filtrent avant de la transmettre au CC. Cette particularité française vise à éviter l'engorgement du CC et à conserver un rôle aux cours suprêmes.
Conditions de Transmission: 3 conditions cumulatives: disposition contestée applicable au litige, non déjà déclarée conforme (sauf changement de circonstances), question à caractère sérieux (pour éviter les fins dilatoires, car la procédure suspend le procès).
Objet: Ne peut être soulevée qu'à l'encontre d'une disposition législative (d'origine parlementaire, pas référendaire) et uniquement si elle porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Elle est "prioritaire" par rapport aux autres questions, y compris de conventionnalité.
Contrôle des Engagements Internationaux: Avant ratification (article 54) pour vérifier leur compatibilité avec la Constitution.
Défense du Domaine Réglementaire: Mission originelle du CC.
Le domaine réglementaire est le principe (article 37), la loi est l'exception (article 34).
Le CC peut intervenir préventivement (article 41: irrecevabilité d'une proposition de loi empiétant sur le domaine réglementaire) ou correctivement (article 37 alinéa 2: déclassement d'un texte législatif ayant un caractère réglementaire).
L'Autorité des Décisions du Conseil Constitutionnel
Contrôle a priori (Article 62 alinéa 1): Une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée ni appliquée. Les décisions ont l'autorité absolue de la chose jugée ("erga omnes") et s'imposent à tous : autorités et jurisprudence. Cette autorité s'étend non seulement au dispositif mais aussi aux motifs de la décision.
Contrôle a posteriori (QPC) (Article 62 alinéa 2): Une disposition déclarée inconstitutionnelle est abrogée à compter de la publication de la décision. L'abrogation n'est pas rétroactive, mais le CC peut différer ses effets dans le temps pour permettre au Parlement de légiférer.
extension des normes de Référence du Contrôle de Constitutionnalité
Initialement, la question était de savoir si le CC pouvait aller au-delà du corps de la Constitution pour contrôler le respect de son préambule. La décision du 16 juillet 1971 a affirmé que les "Principes
Fondamentaux Reconnus par les Lois de la République" (PFRLR) sont une norme de référence.
Le "bloc de constitutionnalité" regroupe:
Les articles de la Constitution.
La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC).
Le Préambule de 1946 (avec les PFRLR).
Le Préambule de 1958 (incluant la Charte de l'environnement de 2004).
Les lois organiques.
Les principes de valeur constitutionnelle (non écrits, comme la continuité de l'État).
Les règlements des assemblées et les conventions internationales sont exclus de ce bloc (le CC se déclarant incompétent pour contrôler la conventionnalité des lois, cette compétence revenant aux juges ordinaires).
La Légitimité du Conseil Constitutionnel
Double Mission: Assurer le respect de la hiérarchie des normes et protéger les droits et libertés, notamment des minorités contre la "tyrannie de la majorité".
"Gouvernement des Juges": Expression de E. Lambert, reflète la réticence française envers un pouvoir judiciaire qui invaliderait des lois votées démocratiquement. L'histoire constitutionnelle française est marquée par le "légicentrisme", la loi étant garante des droits et libertés.
Évolution après 1981: L'élection de F. Mitterrand en 1981 (première alternance) a marqué un tournant. Le CC a joué un rôle crucial pour faire accepter les réformes socialistes, mais aussi pour rappeler que la majorité ne peut pas tout faire.
Renforcement du Caractère Juridictionnel: Le CC, initialement perçu comme une "troisième chambre", a renforcé son caractère juridictionnel, notamment avec la QPC. Malgré les critiques persistantes (ex: censure de la loi sur les pesticides en 2021), le CC est désormais une institution largement acceptée. Ses faiblesses résident principalement dans sa composition, jugée trop politisée.
L'Application de la Constitution de 1958
La Constitution de 1958, conçue pour les "temps ordinaires" et les "temps exceptionnels" (art 16), possède plusieurs sens que la pratique révèle, conduisant à des questions sur la nature du régime.
Le Régime Parlementaire Rationalisé (Théorie de Michel Debré)
Michel Debré, principal rédacteur, présentait la Constitution de 1958 comme établissant un "véritable régime parlementaire" nouveau:
Critères du Régime Parlementaire: Responsabilité politique du gouvernement devant l'AN, exécutif bicéphale, contreseing ministériel (art 19).
Parlementarisme Rationalisé: Pour éviter l'instabilité gouvernementale, de nombreuses mesures ont été introduites, rééquilibrant les pouvoirs en faveur de l'exécutif (ex: art 49-3).
Le Changement de 1962: L'élection du président au suffrage universel direct (SUD), même si elle ne passe pas par l'article 89, a des conséquences majeures. Elle introduit deux majorités: la majorité parlementaire (qui détermine le gouvernement) et la majorité présidentielle. La compréhension du régime passe par l'articulation de ces deux majorités, expliquant les différentes "constitutions" selon les périodes (concordance ou cohabitation).
Le Présidentialisme sous Concordance des Majorités
L'Affirmation du Présidentialisme Gaullien:
Contexte: La Ve République est née dans la crise algérienne. De Gaulle, fort de son rôle de "sauveur", a imposé sa lecture présidentielle.
Élection au SUD et Fait Majoritaire (1962): La réforme de l'élection présidentielle au SUD, combinée à l'apparition d'une majorité parlementaire stable et homogène (le fait majoritaire) dévouée au président, a ancré le présidentialisme. Le renversement du gouvernement par motion de censure en 1962, suite à la proposition de réforme de De Gaulle, et la dissolution de l'AN qui a suivi, ont conduit à des élections législatives donnant une majorité pro-De Gaulle, et un large "oui" au référendum du 28 octobre 1962.
Conséquences: Le SUD confère au président une légitimité démocratique équivalente à celle de l'AN. Bien qu'irresponsable politiquement, le président accumule les prérogatives.
Théorie de De Gaulle: "L'autorité indivisible de l'État est confiée toute entière au président par le peuple qui l'a élu" (conférence de presse 1964). Le PM "procède" du président (article 8 alinéa 1, nomination), il est subordonné.
Lien Direct avec le Peuple: De Gaulle utilise la télévision et les référendums (4 entre 1959-1969) de manière plébiscitaire, posant la question de confiance populaire. Il démissionne en 1969 après un référendum négatif.
La Consolidation sous Pompidou:
Pompidou, successeur de De Gaulle, renforce la pratique présidentialiste. Il se définit comme "arbitre et premier responsable national" (conférence de presse 1969).
Il affirme que le président "donne les impulsions fondamentales, définit les directions essentielles, assure et contrôle le fonctionnement des pouvoirs publics".
Il exerce sans partage le pouvoir exécutif, supervisant tout (ayant été lui-même PM).
Il y a moins de recours aux référendums (un seul en 1972, sans engagement personnel), par peur de l'échec. Le "référendum-plébiscite" disparaît.
L'Ouverture sous Giscard d'Estaing:
Président non gaulliste (1974-1981), il cherche à "changer de style" et à intégrer l'opposition.
La réforme de la saisine du CC (élargissement à 60 députés/sénateurs) est un symbole de cette ouverture.
Giscard d'Estaing, minoritaire au sein de sa propre majorité, nomme Jacques Chirac comme PM, mais leurs relations tendues conduisent à la démission de Chirac en 1976. Giscard d'Estaing nomme alors Raymond Barre, un technicien, qui doit gouverner avec les outils du parlementarisme rationalisé pour contraindre la majorité.
Le Présidentialisme Renforcé de Mitterrand:
L'alternance politique de 1981 voit la gauche arriver au pouvoir. Mitterrand, bien qu'opposé initialement à la Constitution, s'approprie les institutions et renforce le présidentialisme.
Après l'élection présidentielle, il dissout l'AN, permettant aux socialistes et communistes d'obtenir la majorité législative.
Il affirme son autorité: "Il n'est pas concevable qu'une politique soit mise en œuvre sans mon accord, plus exactement, sans mon impulsion" (1981-1986).
Lors de son second mandat (1988-1995), malgré une majorité relative à l'AN (obligeant le PM Michel Rocard à user fréquemment du 49-3), Mitterrand reprend la main lors de la première Guerre du Golfe (1990), affirmant son rôle de chef de l'État, des armées et de la diplomatie. Il change fréquemment de PM.
Développement des Contre-Pouvoirs sous Mitterrand
Conseil Constitutionnel: S'affirme comme un contre-pouvoir, rappelant à la majorité le respect de la Constitution.
Sénat: Retrouve un rôle d'opposant à l'exécutif (s'opposant aux révisions constitutionnelles de Mitterrand en 1984 et 1990).
Liberté de Communication Audiovisuelle: Réformes de 1982 mettent fin au monopole public, facilitant l'expression politique des oppositions.
Les Périodes de Cohabitation
La cohabitation est la coexistence d'une majorité présidentielle et d'une majorité parlementaire différentes. Elle introduit une nouvelle pratique de la Constitution, prouvant sa flexibilité mais révélant aussi des dysfonctionnements qui mèneront à la réduction du mandat présidentiel.
La Première Cohabitation (1986-1988):
Les législatives de 1986 sont remportées par la droite. Malgré les théories remettant en cause la légitimité du président (René Capitant), F. Mitterrand refuse de démissionner.
Il compose un gouvernement conforme à la nouvelle majorité (nomination de Jacques Chirac comme PM) et déclare: "La Constitution, rien que la Constitution, toute la Constitution", renonçant aux pratiques passées pour s'en tenir au texte.
Le fonctionnement se rapproche d'un régime parlementaire classique: le PM, chef de la majorité parlementaire, définit la politique nationale et engage sa responsabilité devant l'AN.
Cependant, le président n'est pas "démuni". Il peut, par exemple, refuser de signer les ordonnances (comme Mitterrand en 1986), ce qui retarde l'action gouvernementale. Il conserve des "domaines réservés" (défense, affaires étrangères, bien que partagés). Son "arme redoutable" est la parole, lui permettant de critiquer le gouvernement.
La Deuxième Cohabitation (1993-1995): Similaire à la première par son origine (législatives). Moins conflictuelle, car Mitterrand ne se représentait pas.
La Troisième Cohabitation (1997-2002):
Origine: J. Chirac, fraîchement élu président en 1995, dissout l'AN en 1997 pour anticiper une éventuelle cohabitation. C'est un échec, la gauche remporte les élections. C'est la première fois qu'une dissolution se retourne contre le président.
Un Président Affaibli: Chirac est institutionnellement et politiquement affaibli. Lionel Jospin, le nouveau PM, affirme son rôle.
Tentatives d'Intervention Présidentielle: Chirac cherche à retarder l'action gouvernementale (ex: projet de loi sur la Corse). Les conflits sur les affaires étrangères persistent (Jospin en Israël). Ces dysfonctionnements fréquents mènent à l'idée de réduire le mandat présidentiel.
La Réduction du Mandat Présidentiel au Quinquennat (2000)
Objectif: Mettre en adéquation les mandats de l'AN et du présidentielle pour éviter les cohabitations. Rendre le président plus responsable devant le peuple. Le référendum de 2000 approuve cette révision.
Conséquences: Le président est désormais "dans la mêlée", engagé pleinement dans la politique gouvernementale.
Les Présidences sous Quinquennat
Nicolas Sarkozy (2007-2012):
Revendique de "gouverner" et non d'être un arbitre.
Renforce l'Élysée face à Matignon, s'implique dans la vie de son parti, entretient des relations directes avec la majorité parlementaire.
Décrit comme un "hyper présidentialisme", marquant une fusion des majorités présidentielle et parlementaire.
François Hollande (2012-2017):
Se présente comme un "président normal", à l'opposé de Sarkozy.
Confronté à un "fait majoritaire contestataire" au sein de sa propre majorité, il doit recourir fréquemment au 49-3.
Renonce à se présenter pour un second mandat, confirmant que le quinquennat a placé le président "dans la mêlée".
Emmanuel Macron (depuis 2017):
Premier Mandat (2017-2022): Revendique un retour aux principes fondateurs de la Ve. Bénéficie d'une majorité parlementaire dévouée ("fusion" des majorités). Cependant, le mandat est marqué par des crises (Gilets Jaunes, Covid-19) et une perte de la majorité absolue en cours de mandat.
Modernisation des Institutions (2008): Révision importante visant à renforcer le Parlement (augmentation des commissions, embryon de statut de l'opposition, contrôle des nominations). Malgré ces intentions, le présidentialisme pratique reste fort.
Opposition: L'opposition institutionnelle est diffuse. Le Sénat se positionne comme le principal contre-pouvoir (affaire Benalla). Le PM peut être déconnecté de sa majorité (Philippe, Castex).
Deuxième Mandat (depuis 2022): Élu avec une forte abstention. La majorité absolue est perdue aux législatives de 2022, marquant la fin du "présidentialisme majoritaire" et le retour à un "présidentialisme minoritaire". La complexité de trouver des majorités oblige le gouvernement à user des instruments du parlementarisme rationalisé (ex: 49-3 pour la réforme des retraites).
Dissolution de 2024: Après les élections européennes défavorables, Macron dissout l'AN, ce qui conduit à des législatives confirmant la fin du fait majoritaire avec une AN fragmentée en trois blocs. Les difficultés du président à nommer un PM qui puisse obtenir une majorité stable (ex: succession de PM en quelques mois, vote de défiance en 2025) montrent que les conditions d'exercice du pouvoir ont changé.
Perspectives Actuelles
Le gouvernement Lecornu 2, malgré une majorité relative, a réussi à se maintenir, notamment en renouant avec le Sénat et en esquivant des motions de censure. Le président reste globalement en retrait sur la gestion quotidienne, se concentrant sur les affaires étrangères, bien qu'il cherche parfois à revenir sur des projets internes. La Constitution limite désormais le président à deux mandats consécutifs.
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