France de 1945 à 1974 : Transformations politiques et sociales
20 cardsAnalyse approfondie de la période française de 1945 à 1974, couvrant la transition du GPRF à la Ve République, les crises coloniales, la modernisation économique, les réformes institutionnelles, l'évolution de l'éducation, les politiques sociales et les défis économiques, ainsi que le rôle de la France sur la scène internationale.
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La France de 1945 à 1974 : Reconstruction, IVe République et Débuts de la Ve République
La période de 1945 à 1974 marque une transformation profonde de la France, passant de l'après-guerre à une ère de modernisation économique et de changements institutionnels majeurs, tout en étant confrontée à des crises internes et internationales. Après le Régime de Vichy, le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) conduit le pays vers les premières élections de 1946, qui voient l'instauration de la IVe République et le premier vote des femmes. Cette période est caractérisée par une instabilité politique mais aussi par une modernisation économique significative. La guerre d'Algérie met fin à la IVe République en 1958, cédant la place à la Ve République, initialement dirigée par Charles de Gaulle jusqu'en 1974. Cette période est jalonnée de crises, comme la fin de la guerre d'Algérie et Mai 1968. Georges Pompidou succède à De Gaulle et poursuit son œuvre. Sur le plan international, la France s'affirme comme une puissance nucléaire et un acteur diplomatique majeur.
I. La IVe République (1946-1958) : Instabilité Politique et Modernisation
La IVe République est une période complexe, tiraillée entre différentes visions politiques et marquée par des avancées économiques et des défis coloniaux.
A. Deux Visions Opposées de la Politique
Dès l'après-guerre, deux conceptions s'affrontent sur l'organisation des pouvoirs en France.
1. La Vision Gaulliste : Un Régime Présidentiel Fort
En 1946, Charles de Gaulle démissionne du GPRF. Ses raisons principales sont :
Son refus de gouverner avec les communistes.
Les difficultés du GPRF sans élections claires, générant une grande incertitude.
Des désaccords sur la politique internationale, notamment sur la décolonisation, où il insistait pour que les territoires coloniaux restent français.
De Gaulle propose un système avec deux assemblées parlementaires mais sans égalité de pouvoir, prônant un gouvernement appuyé sur une ligne politique claire, suivie par tous ses membres, sous l'autorité du Chef de l'État. Il souhaite une indépendance totale entre les trois pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et un gouvernement redevable devant le Président de la République. Son projet, exposé notamment dans le Discours de Bayeux (1946), définit un régime présidentiel où le Chef de l'État aurait des fonctions importantes :
Faire les lois et prendre des décrets.
Être Chef des Armées.
Être Chef de la diplomatie.
Garantir l'unité de l'État.
Cependant, les Français refusent ce projet, craignant un retour à une dictature non démocratique, ce qui reflète une méfiance envers un pouvoir exécutif trop puissant après les expériences passées.
2. La Vision Parlementaire : Un Parlement Dirigeant
Cette deuxième vision, incarnée notamment par Pierre Mendès France (Président du Conseil entre 1954 et 1955), préconise que le Parlement dirige le pays, et non le Président de la République. Mendès France craignait de Gaulle, redoutant un retour de l'Armée au pouvoir (régime militaire) et une remise en cause des libertés parlementaires. Les citoyens, en quête de libertés, approuvent majoritairement cette vision. Les référendums sont utilisés pour permettre aux citoyens de s'exprimer, et les élections locales et nationales deviennent importantes, bien que la multiplication des mandats cumulés limite parfois l'efficacité.
B. Caractéristiques de la IVe République
La IVe République est marquée par une grande instabilité politique, principalement due à l'absence de majorité claire à l'Assemblée.
Instabilité Gouvernementale : Il n'existe pas de groupe majoritaire stable à l'Assemblée. Cette période est marquée par deux grandes coalitions dominantes :
1947-1951 : Coalition de Droite.
1952-1956 : Coalition de Gauche.
Douze gouvernements vont se succéder en douze ans, chacun durant moins d'un an en moyenne.
Pouvoirs du Président de la République : Élu par les Assemblées pour sept ans, le Président de la République sous la IVe République a des fonctions très limitées. Il ne peut dissoudre l'Assemblée que dans deux cas :
Entrée en guerre du pays (où il peut prendre tous les pouvoirs).
Si aucun gouvernement ne se dégage, il peut gérer la France pendant un certain temps.
Seuls deux présidents se succèdent : René Coty et Vincent Auriol (mandat non terminé).
Bilan : Le bilan est difficile. Bien que le droit de vote ait été accordé aux citoyens (y compris aux femmes pour la première fois), leur vote n'a pas toujours été "respecté" en raison de l'absence de majorité stable. La IVe République est souvent comparée à la IIIe République pour son instabilité. Cependant, la population française est mieux éduquée, ce qui explique en partie cette instabilité et les attentes de la population.
C. La Construction Européenne et la Modernisation Économique
Malgré l'instabilité politique, la IVe République est une période de modernisation économique et de début de construction européenne.
1. Les Débuts de la Construction Européenne
En 1948, un projet d'« États-Unis d'Europe » voit le jour, opposant deux visions :
Les Fédéralistes : Partisans de la supranationalité, c'est-à-dire la délégation de pouvoirs à un gouvernement supérieur.
Les Unionistes : Favorables à une « Europe politique » sans gouvernement supérieur.
Aucun pays ne parvient à s'accorder sur ces visions initiales. En 1949, à La Haye (Pays-Bas), un accord est défini pour maintenir les libertés individuelles. Seulement six pays acceptent de s'engager dans une opération de réunion politique : la France, la Belgique, le Luxembourg, l'Italie, les Pays-Bas et la RFA. Les figures clés de cette construction sont :
Robert Schuman (Français, premier président du Conseil de l'Europe).
Konrad Adenauer (Chancelier allemand en 1950).
Jean Monnet (Français, ministre des Affaires Étrangères).
Ces trois hommes ont pour objectif d'éviter la guerre et d'instaurer une paix durable.
La première réalisation concrète est la création de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) le 18 avril 1951. Ses objectifs sont triples :
Tester la capacité de six pays à faire fonctionner une union économique.
Dépasser les barrières de la Seconde Guerre Mondiale et favoriser la réconciliation franco-allemande.
Mettre en place un système fédéraliste progressif.
La CECA est un grand succès : les six pays mutualisent leurs productions de charbon et d'acier et les vendent ensemble sur le marché mondial.
Cependant, des réticences persistent, notamment concernant la création d'une union militaire, la CED (Communauté Européenne de Défense), proposée en 1954. Certains pays, dont la France, craignent la formation d'une nouvelle armée allemande et la résurgence d'un conflit. Malgré l'acceptation initiale des Français, leur volonté de diriger cette nouvelle armée est rejetée par les Allemands. L'objectif de ne pas faire la guerre est paradoxalement compromis par cette initiative. La CED ne verra jamais le jour, marquant le plus grand échec de la construction européenne et remettant en question la CECA.
Malgré cet échec, la France et l'Allemagne restent déterminées à construire l'Europe, ce qui conduit à la création de la CEE (Communauté Économique Européenne) et au Traité de Rome en 1957. La CEE a trois objectifs principaux :
Rapprochement des politiques économiques.
Stabilité accrue et relèvement accéléré du niveau de vie.
Relations plus étroites entre les États membres.
C'est l'amélioration du niveau de vie qui sera le mieux réussi, transformant rapidement l'Europe en une zone de commerce très riche.
2. L'Europe du Marché Commun et ses Politiques
L'objectif est de créer une Europe du marché commun, avec trois axes :
Libre circulation : Suppression des droits de douane et libre circulation des personnes, services et capitaux.
Politique Agricole Commune (PAC) : Mise en place en 1962, la PAC fonctionne par des prix garantis aux producteurs, ce qui permet d'augmenter les productions agricoles en Europe. C'est un succès majeur de la CEE.
Politique des transports : Succès dans l'aviation (Airbus) et le programme spatial (Ariane), mais échec sur le plan ferroviaire. L'Europe reste en retard par rapport aux États-Unis, à la Russie ou à la Chine dans le domaine des vols spatiaux habités.
En 1957, une Europe politique est envisagée, mais elle n'est pas encore pleinement réalisée aujourd'hui. Le Parlement Européen est créé en 1979, avec neuf pays, et Simone Veil en est la première présidente. La Commission Européenne met en place des directives dans les années 1970, et la Cour de Justice de l'Union Européenne tranche les litiges, permettant aux citoyens de saisir cette instance. Le projet est réalisé avec le Traité de Lisbonne en 2007. Tous les cinq ans, les citoyens votent pour l'Europe, sous des listes régionales (par exemple, la France compte 81 députés européens). Après le Traité de Rome, l'Europe commence véritablement, avec la France et l'Allemagne comme pays moteurs.
II. Les Débuts de la Ve République (1958-1974) : Le Retour de De Gaulle et la Modernisation
La guerre d'Algérie précipite la fin de la IVe République et marque le retour de Charles de Gaulle, instaurant un nouveau régime politique.
A. Une Nouvelle Constitution : La Ve République
La guerre d'Algérie met fin à la IVe République car elle n'a pas su gérer ce conflit. Le général De Gaulle est rappelé pour calmer les généraux et éviter une guerre civile en France. La nouvelle Constitution est proclamée le 4 septembre 1958 et validée par les Français par référendum le 28 septembre 1958. Cette Constitution reprend les idées de De Gaulle exprimées dans son Discours de Bayeux.
La Ve République instaure une nouvelle Constitution qui confère des pouvoirs importants au Président :
Chef des Armées : Il décide de l'engagement militaire du pays.
Nomme le Premier Ministre et le gouvernement.
Chef de la politique étrangère.
Droit de grâce : Peut l'utiliser en matière judiciaire.
Article 16 : Permet de prendre tous les pouvoirs en cas de crise majeure (rarement utilisé depuis 1958, dernière fois par Jacques Chirac en 2004 sur la question européenne, les Français ayant voté non mais n'ayant pas été suivis).
Dissolution de l'Assemblée Nationale : Il peut dissoudre l'Assemblée, mais pas deux fois la même année (tous les présidents l'ont utilisé sauf Sarkozy et Hollande).
Cohabitation : La Constitution permet une cohabitation (président et premier ministre d'orientations politiques opposées), comme avec Mitterrand et Chirac (1986-1988), Mitterrand et Balladur (1993-1995), Chirac et Jospin (1997-2002).
Provoquer des élections présidentielles : Aucun président n'a utilisé ce principe.
De Gaulle met en place deux mesures importantes qui n'existaient pas sous la IVe République :
La question de confiance : Le Premier Ministre se présente devant l'Assemblée et demande sa confiance. Si le vote est positif, il reste ; si négatif, il démissionne.
La motion de censure : L'opposition pose une question au Premier Ministre sur sa confiance (la dernière votée fut contre Bayrou).
Le suffrage universel direct pour l'élection du Président n'existait pas avant 1962 ; il est mis en place cette année-là.
Pour s'assurer de la conformité des lois, la Constitution crée deux organismes indépendants :
Le Conseil d'État : Juge les affaires civiles (peut être saisi par tous les groupes politiques de l'Assemblée ou du Sénat pour classer les affaires).
Le Conseil Constitutionnel : C'est l'organisme le plus important de l'État. Il vérifie toutes les lois avant que le Président ne les signe (peut refuser tout ou partie d'une loi). Il est composé de juristes désignés par le Président de la République, et tous les anciens présidents peuvent y siéger.
La France a mis en place un système que de nombreux pays étudient et dont beaucoup s'inspirent pour la mise en place d'un Conseil Constitutionnel.
B. Les Premières Réformes et la Modernisation du Pays
La période gaullienne est marquée par quatre grandes réformes qui modernisent la France :
Création de la DATAR (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale) et des métropoles d'équilibre : Il s'agit de réaménager le territoire français pour que Paris ne soit pas la seule grande ville du pays, favorisant un développement équilibré des régions.
Début de la décentralisation du pouvoir : Départements, régions et communes récupèrent certains pouvoirs économiques et sociaux, une initiative très bien perçue par les Français.
Industrialisation et développement de la France : Des programmes sont lancés dans les années 1960, comme les zones industrialo-portuaires de Marseille et Dunkerque. Le tourisme est développé avec les lois Montagne et Littoral, la création de stations balnéaires (ex: Languedoc-Roussillon) et de stations de ski. Cette industrialisation renforce l'idée d'un État-providence.
Nationalisation des dernières entreprises privées dans l'énergie : L'État impose le développement du nucléaire en France, assurant son indépendance énergétique.
La situation économique de la France s'améliore considérablement sous De Gaulle. En 1970, au moment de son décès, la France est la quatrième puissance économique mondiale (aujourd'hui, elle se situe autour de la neuvième place).
C. La Politique Étrangère de De Gaulle (1962-1970)
La politique étrangère de De Gaulle est guidée par un objectif unique : l'indépendance de la France.
Retrait de l'OTAN : La France quitte le commandement intégré de l'OTAN, tout en restant un allié, mais ne participe plus à leurs opérations.
Opposition à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE : De Gaulle s'oppose fermement à l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté Économique Européenne, ce qui est souvent interprété comme une revanche envers Churchill qui lui avait refusé l'entrée en Angleterre.
Rapprochement avec la Chine : Il entreprend des discussions et une visite en Chine en 1970. L'objectif est double : diminuer la puissance américaine dans le monde et développer le commerce avec la Chine.
Le grand problème de sa politique étrangère reste la guerre d'Algérie (surtout sa fin), car il ne sait pas comment gérer la question. Les Français, après référendum, accordent l'indépendance à l'Algérie. Le problème des Harkis et des conventions internationales reste, encore aujourd'hui, non résolu.
La politique étrangère de De Gaulle freine également le développement de l'Europe pour plusieurs raisons :
Il ne veut pas que l'Allemagne devienne la puissance dominante en Europe.
Il souhaite conserver les États et les frontières, et non créer un État supérieur, ce que l'Europe vise.
Il ne veut pas d'un espace européen, mais d'un espace français.
Il pense qu'une alliance entre la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne serait suffisante pour une Europe.
La politique étrangère de De Gaulle est donc très différente de celle du reste du monde.
D. La Période Pompidou (1969-1974)
La politique gaullienne est en partie reprise par ses successeurs. Georges Pompidou arrive au pouvoir en 1969. Il avait géré la crise de Mai 1968 (une crise étudiante et ouvrière visant à déstabiliser l'appareil politique français) en tant que Premier Ministre de De Gaulle. Cette révolte fait bouger la société française sur plusieurs points :
La place de la femme dans la société.
L'importance de l'autorité parentale (la société de 1968 demande une modernisation de la France).
En 1969, De Gaulle quitte volontairement le pouvoir et provoque une élection présidentielle, remportée par Georges Pompidou. Son Premier Ministre est Jacques Chaban-Delmas, un homme politique brillant et professeur de droit.
Chaban-Delmas propose de nombreuses idées pour moderniser la France, dont cinq majeures :
Réforme de l'éducation française : Vise à augmenter le nombre de bacheliers, un grand succès.
Création de nouvelles industries : Propose des programmes pour développer de nouvelles industries (informatique, biologie) pour remplacer les anciennes.
Réforme de l'État : Pour chaque fonction administrative, un concours est créé, processus qui se poursuit encore aujourd'hui.
Réforme de l'agriculture (hors PAC) : Mise en place des Chambres d'agriculture et des élections syndicales agricoles.
Réforme de la justice française : Propose d'appliquer davantage la grâce présidentielle.
Ces réformes ne sont pas toutes entièrement mises en œuvre durant son mandat. En 1974, au décès de Pompidou, la France est confrontée à un nouveau défi. En 1973, la crise économique mondiale débute après la guerre entre Israël et les pays voisins. Les pays arabes multiplient par quatre le prix du pétrole, et la crise économique s'installe en Europe. En 1974, le futur président, Valéry Giscard d'Estaing, doit gérer cette situation particulièrement difficile.
III. La France de 1974 à 1990 : Crises, Alternance et Évolutions Sociales
Cette période est marquée par des défis économiques majeurs, des changements politiques significatifs et des évolutions profondes de la société française, notamment en matière d'éducation et d'immigration.
A. L'Arrivée au Pouvoir de Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981)
Valéry Giscard d'Estaing, membre de l'UDF (Union pour la Démocratie Française), arrive au pouvoir de manière inattendue. Jacques Chirac, du RPR (Rassemblement pour la République, mouvement gaulliste moins social), est également candidat, mais les Français choisissent Giscard d'Estaing.
Il doit avant tout gérer la crise économique, caractérisée par une augmentation rapide du chômage des jeunes. Deux mesures importantes sont mises en place sous sa présidence :
Légalisation de l'avortement : Promulguée par Simone Veil, ministre de la Santé (environ 200 000 avortements par an en France aujourd'hui).
Droit de vote à 18 ans : La majorité légale passe de 21 à 18 ans, élargissant le corps électoral.
B. L'Alternance et les Réformes Socialistes (1981-1986)
En 1981, la France connaît sa première alternance politique depuis 1958 avec l'élection de François Mitterrand, marquant l'arrivée de la gauche au pouvoir. L'« Union des gauches » (Parti Socialiste et Parti Communiste, malgré leurs divergences) remporte les élections. Certains craignent alors que la France ne devienne l'équivalent de l'URSS, ce qui explique certaines hésitations de l'électorat.
Dès la prise de pouvoir de Mitterrand en mai 1981, un grand enthousiasme s'empare du pays. Un nouveau parlement est élu en juin 1981, donnant une majorité absolue au Parti Socialiste, ce qui permet au gouvernement de fonctionner efficacement. Mitterrand nomme Pierre Mauroy, ancien ouvrier, comme Premier Ministre. Le gouvernement entreprend des réformes concrètes dès 1983.
Les premières réformes importantes incluent :
Abolition de la peine de mort : Une mesure emblématique portée par Robert Badinter, ministre de la Justice, qui avait défendu le dernier condamné à mort en France.
Cependant, en 1983, la crise économique rattrape la France. Mitterrand est contraint de changer de Premier Ministre pour mener une politique de rigueur. Laurent Fabius est nommé Premier Ministre et parvient à redresser l'économie française, mais il est ensuite rattrapé par le scandale du "sang contaminé", une affaire très coûteuse pour la gauche. Jean Ibanès, pressenti pour lui succéder, ne peut prendre le poste en raison d'un cancer.
En 1986, le Parti Socialiste perd les élections législatives, en partie à cause de ce scandale. Le RPR de Jacques Chirac remporte les élections. Lionel Jospin refuse le poste de Premier Ministre. Jacques Chirac devient alors Premier Ministre de Mitterrand, inaugurant la première période de cohabitation en France.
C. L'Évolution du Système Éducatif et le Chômage (1975-1990)
La jeunesse et l'éducation deviennent des enjeux centraux dans la société française de cette période.
1. Les Réformes de l'Éducation
La loi Haby, votée en juillet 1975, renforce la démocratisation de l'éducation par plusieurs mesures :
Généralisation de la mixité scolaire.
Création d'un tronc commun de formation pour tous les élèves : Le collège unique est instauré, incluant de nouvelles matières comme les arts plastiques, la musique ou la technologie. Cette loi est toujours en vigueur aujourd'hui, bien que certains horaires aient été simplifiés.
En 1975, le brevet des collèges n'existait pas en tant qu'examen ; le diplôme était obtenu par les notes. Ce système dure jusqu'en 1985, où des épreuves écrites sont imposées. Le lycée est également modifié : les bacs généraux et technologiques apparaissent.
Bac A : littéraire
Bac B : économique
Bac C : mathématiques
Bac D : physique/SVT
L'orientation en études supérieures se fait via le conseil de classe. Cette période est celle d'une école qui évolue et s'ouvre au monde extérieur. Dès les années 1985-1990, l'objectif est d'amener 80% d'une génération au baccalauréat (général, technologique et professionnel), alors que dans les années 1970, ce chiffre était inférieur à 30%. C'est la massification scolaire, visant à élever le niveau de qualification des élèves en réponse aux besoins de la mondialisation. Bien que perçue comme un succès, elle soulève également des interrogations.
Ce nouveau système permet aux classes moyennes et modestes d'accéder à l'éducation, favorisant le phénomène de l'ascenseur social. L'université subit également des changements importants à partir de 1975.
En 1986, la loi Devaquet propose l'instauration de tests de sélection à l'entrée de l'université après le bac. Cette proposition provoque une mobilisation étudiante massive (six mois de manifestations), qui culmine avec le décès d'un étudiant sous les coups de la police. Le gouvernement retire alors le projet, qui ne sera pas reparlé.
L'université devient plus démocratique, mais les résultats sont mitigés, avec un étudiant sur deux abandonnant en première année. L'université française reste un lieu de connaissance mais peine à assurer une formation efficace pour tous. Malgré tout, l'université demeure un espace crucial pour l'éducation française, avec plus de deux millions d'étudiants aujourd'hui.
2. Le Chômage et l'Immigration
L'évolution de l'éducation a plusieurs conséquences, notamment un chômage massif, surtout chez les jeunes. En 1986, 30% des jeunes sont au chômage, et jusqu'à 50% dans certaines régions industrielles touchées par la désindustrialisation (Lorraine, Nord). Pour résoudre ce problème, l'État envisage plusieurs mesures :
Développement du travail à temps partiel : Échec, car un demi-salaire n'est pas suffisant pour vivre.
Développement du travail féminin : Succès, car les femmes recherchent l'indépendance financière, une vie sociale et la possibilité de divorcer sans contraintes économiques. Elles sont souvent obligées de travailler quand le seul salaire du mari ne suffit plus.
Mise en place d'un salaire minimum pour les jeunes (SMIC jeune) : Une idée reprise en 2006 avec le Contrat Première Embauche (CPE).
Le chômage reste un phénomène important, dépassant en moyenne 10% de la population active, voire 15% à certaines périodes entre 1975 et 2000. Il faut attendre le milieu des années 2000 pour que ce chiffre diminue.
Les jeunes, confrontés à ces difficultés, se tournent vers la fonction publique, ce qui entraîne une explosion de la fonction publique (l'État). La fonction publique continue de croître, mais moins rapidement aujourd'hui.
La société française évolue également jusqu'en 1989 avec la fin de la colonisation et le début de l'immigration.
Initialement, l'immigration provient d'Espagne et du Portugal, fuyant les dictatures de Franco et Salazar.
À partir de 1965, l'immigration vient d'Algérie, ces travailleurs occupant souvent des postes "à la chaîne". Cette immigration est alors choisie par l'État français.
Après la crise économique de 1974, la France ferme ses frontières (sauf pour les Européens). En 1974, la France décide de mettre en place une immigration "choisie", régularisant entre 200 000 et 300 000 personnes par an. Elle autorise également l'entrée des professionnels des métiers en tension (médical, recherche). La France accueille aussi 20 000 personnes chaque année dans le cadre du droit d'asile (qui sont indemnisées par l'État français et doivent repartir si la situation s'améliore dans leur pays d'origine). Cela concerne essentiellement les zones de conflit. Le droit d'asile devient de plus en plus important pour la France, mais les contrôles sont également renforcés pour traquer les "faux droits d'asile".
Tableau Récapitulatif : Comparaison IVe et Ve République
IVe République (1946-1958) | Ve République (1958-1974) | |
Durée | 12 ans | En cours depuis 1958 |
Stabilité Gouvernementale | Très instable (12 gouvernements en 12 ans) | Plus stable (pouvoirs accrus du Président) |
Nature du Régime | Régime parlementaire | Régime semi-présidentiel |
Pouvoirs du Président | Limités (élu par les Assemblées) | Importants (Chef des Armées, nomme PM, Art. 16, dissolution) |
Mode d'élection Présidentielle | Par les Assemblées | Suffrage universel direct (à partir de 1962) |
Mécanismes de Contrôle | Peu efficaces face à l'instabilité | Question de confiance, motion de censure, Conseil Constitutionnel |
Construction Européenne | Débuts avec CECA, CED (échec), CEE (Traité de Rome) | Politique plus souverainiste (De Gaulle), rapprochement Chine |
Modernisation Économique | Développement économique, PAC | DATAR, décentralisation, industrialisation, nucléaire |
Crises Majeures | Guerres d'Indochine et d'Algérie | Fin Guerre d'Algérie, Mai 1968, crise pétrolière (1973) |
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