Facteurs écologiques et réponses des organismes
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Facteurs Écologiques et Réponses des Organismes
Les facteurs écologiques sont des éléments du milieu (naturel ou anthropique) qui influencent directement les organismes vivants, déterminant leur distribution et leurs performances.
Classification des Facteurs Écologiques
Les facteurs écologiques peuvent être regroupés en deux catégories principales :
Facteurs abiotiques : Liés aux conditions physico-chimiques du milieu (interactions « non-vivant – vivant »).
Facteurs biotiques : Liés aux interactions entre organismes vivants (interactions « vivant – vivant »).
Facteurs Abiotiques
Les facteurs abiotiques se subdivisent en deux types :
Conditions : Facteurs qui varient dans l'espace et le temps et influencent la performance d'un organisme (croissance, survie, reproduction) sans être consommés.
Exemples : température, pH, salinité, polluants, oxygène, CO2, lumière.
Les conditions peuvent être affectées par la présence de vivants (ex: température ou humidité en forêt), mais ne sont pas consommées.
Ressources : Substances ou facteurs consommés par l'organisme, dont l'augmentation de disponibilité accroît le taux de croissance. Leur rareté peut limiter la survie, la croissance ou la reproduction.
Exemples : nutriments, eau, espace, nourriture, substrat, sels minéraux.
Les ressources peuvent être réduites ou consommées complètement par les organismes.
Autres Classifications des Facteurs Écologiques
Facteurs indépendants de la densité : Agissent sur les organismes avec une intensité qui ne dépend pas de la densité de population (ex: température, salinité).
Facteurs dépendants de la densité : Agissent sur les organismes avec une intensité qui dépend de la densité de population (ex: prédation, compétition, parasitisme).
Réponse des Organismes aux Conditions Environnementales
La présence et la performance d'un organisme sont étroitement liées à la compatibilité avec les conditions du milieu.
Courbe de Réponse en Cloche et Loi de Tolérance de Shelford (1911)
Un être vivant présente pour chaque facteur écologique des limites de tolérance entre lesquelles se situe la zone de tolérance et l'optimum écologique.
Les conditions optimales sont celles qui permettent aux individus de produire le plus de descendants.
Valence Écologique
La valence écologique est la capacité d'une espèce à tolérer les variations des facteurs écologiques et à peupler un milieu.
Sténoèce : Espèce à faible valence écologique (du grec stenós, « étroit »).
Mesoèce : Espèce à valence écologique moyenne (du grec mésos, « milieu »).
Euryèce : Espèce à forte valence écologique (du grec eurús, « large »).
Exemples :
Sténothermes : Organismes adaptés à des conditions de température très stables (ex: Antarctique).
Eurythermes : Organismes adaptés à des variations importantes de température (ex: zone de marée).
La sténo- et l'eury-écie sont toujours relatives au facteur considéré. Un organisme peut être sténoèce pour un facteur et euryèce pour un autre.
Facteur(s) Limitant(s)
Un facteur limitant est le facteur abiotique le plus proche du minimum critique, qui limite la croissance ou la distribution d'une espèce.
Loi de Liebig (1840) ou loi du minimum : La croissance des végétaux est limitée par l'élément assimilable dont la concentration est la plus faible.
Loi de Bartholomew (1958) : La distribution d'une espèce est contrôlée par le facteur pour lequel les individus montrent les plus petites limites de tolérance.
La distribution des organismes est déterminée par un ensemble de facteurs (conditions physico-chimiques, ressources) qui influencent leur survie, croissance et reproduction.
Réponses des Organismes aux Modifications du Milieu
Les organismes répondent aux changements environnementaux à différentes échelles de temps :
Court terme : Réponses morphologiques, physiologiques, comportementales (ex: sur la journée, la saison).
Long terme : Adaptation évolutive via la sélection naturelle (à travers les générations).
Exemples de Réponses à la Température
Adaptations morphologiques et physiologiques : Petits membres, agrégation, pannicules adipeux, fourrure, protéines antigel, couleur blanche, contrôle de la transpiration.
Adaptations comportementales :
Estivation : Ralentissement métabolique pendant les périodes chaudes et sèches (ex: dipneustes).
Hibernation : Ralentissement métabolique pendant les périodes froides.
Migration : Déplacement vers des zones plus favorables (ex: tortues luth).
Règles de la Température
Règle de Bergman : Au sein de groupes homéothermes, les animaux sont plus grands dans les régions froides (rapport surface/volume faible pour limiter les pertes de chaleur).
Règle d'Allen : Les organismes homéothermes des climats froids ont des membres et appendices plus courts et compacts.
Homéostasie Thermique
Capacité des êtres vivants à réguler leur milieu interne (ex: température corporelle).
Homéothermes : Maintiennent une température corporelle constante, indépendamment du milieu extérieur (ex: mammifères, oiseaux). Souvent appelés "à sang chaud".
Poïkilothermes : Température interne varie avec celle du milieu environnemental (ex: reptiles). Souvent appelés "à sang froid" ou ectothermes.
Une classification plus fonctionnelle distingue :
Endothermes : Produisent de la chaleur à l'intérieur du corps via le métabolisme (ex: mammifères, oiseaux).
Hétérothermes : Utilisent des sources de chaleur extérieures (radiation, convection, conduction) (ex: reptiles).
Stratégies pour la conservation de la chaleur :
Isolation thermique : Pilosité, plumes, couche de graisse.
Vie de groupe : Agrégation (ex: manchots empereurs).
Exposition au soleil.
Exceptions : Certains poissons (thon, espadon) peuvent réguler localement leur température pour améliorer leurs performances.
Effets sur les Vivants
Aire de répartition biogéographique : Zone délimitant la distribution géographique d'une espèce.
Densité des populations : Rarement homogène, varie avec le cycle de vie et les conditions climatiques.
Élimination : Réduction drastique des effectifs lorsque les facteurs écologiques dépassent les limites de tolérance (ex: mortalité massive due au froid ou aux changements de pH).
Facteurs Biotiques
Les facteurs biotiques sont liés aux interactions entre organismes vivants (intra- et interspécifiques) ou entre vivants et leur milieu.
Catégories de Facteurs Biotiques
Relations intra-spécifiques : Interactions entre individus de la même espèce.
Relations inter-spécifiques : Interactions entre individus d'espèces différentes.
Types de Relations Interspécifiques
Les interactions forment un continuum, et une relation peut appartenir à plusieurs types.
1. Neutralisme (0 0)
Cohabitation sans relation évidente ou avec une interaction trop faible pour avoir des effets sur la fitness.
2. Amensalisme (0 -)
Une espèce a un effet négatif sur une autre, sans en retirer un grand avantage.
Exemples : Grands arbres privant les plantes herbacées de lumière, bovins piétinant l'herbe.
3. Commensalisme (0 +)
Une espèce tire un bénéfice sans que l'autre n'obtienne de contrepartie évidente.
Exemple : Petit crabe Pinnothères commensal des moules.
Phorésie : Un individu est transporté par un autre sans dommage (ex: rémoras sur requins).
Inquilinisme : Une espèce utilise le corps d'une autre comme abri (ex: poisson-clown dans anémone).
4. Mutualisme (+ +)
Interaction symbiotique où chaque espèce tire profit de la relation, souvent de manière obligatoire.
Bénéfices : trophique (accès aux ressources), nettoyage, protection, locomotion.
Exemples : Anémone de mer et poisson clown, pollinisation par les insectes, fourmis et pucerons.
La symbiose est une forme particulière de mutualisme, souvent obligatoire ou permanente.
Exemples :
Mycorhizes : Association entre champignons et racines de plantes (le champignon aide à l'approvisionnement en minéraux, la plante fournit des glucides).
Microorganismes dans l'intestin des ruminants et termites digérant la cellulose.
Pagure et anémone de mer.
Coraux et zooxanthelles.
La coopération est une forme de mutualisme non-obligatoire, où les avantages sont réciproques mais chaque espèce peut vivre isolément (ex: animaux nettoyeurs, animaux sociaux comme les fourmis).
5. Altruisme
Comportement où un individu réduit sa propre fitness pour en aider un autre. La sélection naturelle peut favoriser l'altruisme via l'altruisme réciproque ou le bien de l'espèce.
Exemples : Orque sauvant un phoque, baleine à bosse protégeant d'autres espèces.
6. Compétition (- -)
Rivalité entre organismes pour l'accès aux ressources. Peut être interspécifique (entre espèces différentes) ou intraspécifique (entre membres de la même espèce).
Se manifeste lorsque :
Les individus exploitent la même ressource limitée.
Les individus se nuisent mutuellement (diminution de la fitness).
Types de compétition :
Compétition directe ou par interférence : Action directe (comportement agressif) ou via des substances toxiques (allélopathie).
Compétition indirecte ou par exploitation : L'utilisation des ressources par un concurrent diminue leur disponibilité pour l'autre sans interaction directe.
7. Prédation/Herbivorie et Parasitisme (+ -)
Ces interactions impliquent qu'une espèce bénéficie aux dépens d'une autre.
Prédation (- +)
Action d'un organisme qui tue des proies pour se nourrir ou alimenter sa progéniture. L'herbivorie consiste à se nourrir de plantes sans généralement les tuer.
Différents Types de Prédation
Prédateurs généralistes : Se nourrissent de plusieurs espèces, populations plus stables.
Prédateurs spécialistes : Se nourrissent d'un petit nombre d'espèces, dynamique de population liée à celle des proies.
Prédateurs par cycle de vie : Changent de régime alimentaire au cours de leur développement (ex: têtards insectivores puis granivores).
Super-prédateurs (apex prédateurs) : Au sommet de la chaîne alimentaire, sans prédateurs à l'âge adulte (ex: aigle, orque, lion).
Nécrophagie : Consommation de cadavres (ex: vautours, escouades d'insectes).
Cannibalisme : Consommation d'un individu de la même espèce.
Cannibalisme de survie : Pour obtenir des ressources.
Cannibalisme sexuel : Consommation du partenaire sexuel.
Cannibalisme parental/filial : La mère mange les petits faibles (ex: rongeurs).
Cannibalisme intra-utérin : Le premier éclos dévore ses frères et sœurs (ex: requins ovovivipares).
Adaptations des Prédateurs
Carnivores : Dentition spécialisée, venin, vitesse (faucon, guépard).
Herbivores : Pièces buccales suceuses, de mastication ou spongieuses (insectes), dents incisives et molaires développées, intestin long (poissons), rumen avec bactéries pour digérer la cellulose (mammifères).
Adaptations Anti-Prédateurs des Proies
Armures : Coquilles, carapaces.
Comportements de défense : Agressivité, réactions sonores, réactions chimiques (coléoptère bombardier), changement de répartition spatiale, comportement grégaire, vigilance accrue.
Mécanismes de défense des plantes : Défenses physiques (épines) et chimiques (répulsifs, toxines).
Aposématisme, mimèse et mimétisme :
Aposématisme : Signal d'avertissement (visuel, sonore, chimique) pour prévenir les prédateurs de la toxicité ou du mauvais goût (ex: frelon, coccinelle, mouffette).
Mimèse (camouflage, cryptisme) : Passer inaperçu en se cachant ou en se confondant avec l'environnement.
Homochromie simple : Teinte de l'animal identique à l'environnement.
Ombre inversée (homophotie) : Camouflage dans le vide des océans.
Homochromie variable : Changement de couleur selon l'environnement (ex: caméléon).
Homochromie saisonnière : Changement de couleur avec les saisons (ex: hermine).
Dessins disruptifs : Motifs qui rompent la forme de l'animal.
Corps aplatis : Réduit l'ombre.
Homomorphisme (homotypie) : Mimétisme des formes (ex: chenille de Geometridae).
Allocryptie : Emprunt d'éléments extérieurs pour se cacher.
Mimétisme : Imiter une espèce taxonomiquement éloignée pour se faire passer pour elle.
Mimétisme vrai : Un mime imite un modèle pour tromper une dupe (ex: araignée crabe).
Mimétisme batésien : Espèce inoffensive imite une espèce nocive pour éviter les prédateurs (ex: couleuvre faux corail imitant le serpent corail).
Mimétisme mullérien : Deux espèces nocives se ressemblent, avantageux pour les deux car le prédateur apprend plus vite à les éviter.
Mimétisme mertensien (emsleyen) : Espèce très toxique imite une espèce moins dangereuse.
Mimétisme ostensible ou « coup de bluff » : Taches simulant un œil (ocelle) pour effrayer les prédateurs.
Auto-mimétisme : Reproduction de motifs faisant penser à une nouvelle tête sur l'arrière de l'animal.
Implications pour la Gestion Durable des Ressources
Les prédateurs sont des bio-indicateurs en raison de leur position au sommet des pyramides alimentaires et de leur bio-concentration de polluants.
Parasitisme (- +)
Relation biologique où un parasite tire profit d'un hôte (nourriture, abri, reproduction) sans le tuer, du moins à court terme. L'hôte voit sa fitness diminuée.
Types de Parasites
Microparasites : Petites dimensions (bactéries, virus, protozoaires), multiplication rapide dans l'hôte.
Macroparasites : Plus grande taille (vers, insectes), multiplication plus lente, souvent en dehors de l'hôte.
Classification selon la Position du Parasite
Ectoparasite : Présent à la surface du corps de l'hôte (peau, cavités buccales/branchiales) (ex: sangsue, isopode Cymothoa exigua, lamproies, chauves-souris vampires).
Endoparasite : Présent dans les tissus, le système sanguin, le tube digestif ou à l'intérieur des cellules (ex: filaire, ténia, Plasmodium).
Cas Particuliers de Parasitisme
Plathelminthes : Groupe comprenant de nombreuses espèces parasites (trématodes, monogènes, cestodes).
Parasitisme intra-spécifique : Ex: Bonellia viridis (le mâle parasite la femelle).
Parasitisme de couvée : Certains oiseaux (coucous) pondent leurs œufs dans les nids d'autres espèces.
Hyperparasitisme : Les parasites sont eux-mêmes victimes d'autres parasites (ex: guêpe chalcide parasitant les cocons de guêpes braconides).
Plantes parasites : Se développent au détriment d'une plante hôte (ex: gui).
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