Explorations biochimiques gastro-intestinales
20 cardsCe document couvre les explorations biochimiques des troubles gastro-intestinaux, incluant les fonctions hépatiques, gastriques, pancréatiques et intestinales, ainsi que les méthodes d'analyse et les pathologies associées.
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Explorations Biochimiques en Gastroentérologie : Guide Rapide
La biochimie est essentielle pour comprendre et diagnostiquer les troubles du système digestif, de la digestion des macroéléments à l'assimilation des nutriments.
Système Digestif : Rappels Clés
Digestion : Transformation des macroéléments en éléments assimilables.
Bouche, Estomac, Foie et Vésicule Biliaire, Pancréas, Intestin : Principaux organes impliqués.
Objectifs du Cours
À la fin de ce cours, vous devrez être capable de :
Comprendre les principes des explorations biochimiques pour les pathologies hépato-biliaires, gastriques, pancréatiques et intestinales.
Identifier les marqueurs biochimiques pertinents pour la prise en charge de ces pathologies.
1. L'Estomac : Anatomie, Sécrétions et Pathologies
1.1. Anatomie de l'Estomac
L'estomac comprend :
Fundus : Partie supérieure, au-dessus de l'œsophage.
Corps : Entre le fundus et la partie pylorique.
Partie pylorique : Comprend l'antre et le canal pylorique.
Cellules de l'estomac :
Cellules pariétales : Sécrètent l'HCl (dénaturation des protéines, destruction des bactéries) et le facteur intrinsèque (absorption vitamine B12).
Cellules principales : Sécrètent le pepsinogène (transformé en pepsine active par HCl).
Cellules D : Sécrètent la somatostatine (paracrine).
Cellules entérochromaffine-like (ECL) : Sécrètent l'histamine (paracrine).
Cellules G : Sécrètent la gastrine (stimulée par acides aminés, distension, réflexes nerveux).
1.2. Sécrétions Gastriques
Acide chlorhydrique (HCl) : 2 litres/jour, pic après repas. Régulé par la gastrine.
Pepsinogène : Activé en pepsine en milieu acide, inactivé en intestin grêle.
Facteur intrinsèque : Forme un complexe avec la vitamine B12 pour son absorption.
Protection de la muqueuse gastrique :
Sécrétion de pro-enzymes.
Irrigation capillaire pour capter les protons superflus.
Sécrétion de mucus protecteur par les cellules mucipares.
1.3. Régulation de la Sécrétion Gastrique
Stimulants :
Acétylcholine : neurones parasympathiques.
Gastrine : cellules pariétales.
Histamine : agit en synergie avec la gastrine (action paracrine).
Inhibiteurs :
Rétrocontrôle négatif par le pH.
Inhibiteurs intestinaux : Sécrétine, G.I.P., V.I.P.
Inhibiteurs pharmacologiques : Atropine, antihistaminiques H2, inhibiteurs de la pompe Na+K+ATPase, prostaglandines E2 et F2.
1.4. Exploration Fonctionnelle de l'Estomac
Le bilan biochimique seul est souvent insuffisant ; la radiologie et l'endoscopie sont primordiales.
Tubage Gastrique
Recueil du suc gastrique (voie buccale ou nasale) pour l'étude de sa composition :
Sécrétion basale (90-120 min).
Sécrétion après stimulation.
Stimulants Utilisés
Pharmacologiques : Histalog (analogue histamine).
Physiologiques :
Gastrine (puissant mais cher).
Pentagastrine (synthétique, moins chère).
Insuline (risque d'hypoglycémie).
2-déoxy-D-glucose (stimulation vagale sans hypoglycémie).
Étude de la Sécrétion Acide
Méthode titrimétrique (Lambling et Bernier) avec indicateurs pH.
pH 3,5 : Acide libre (HCl).
pH 8,5 : Acidité totale (HCl + acides organiques, protéines).
Détermination du Débit Acide Horaire (DAH).
Homme (30 ans) : 3,3 ± 3 mmol/h.
Femme : 2,0 ± 1,8 mmol/h.
Pic Acide Horaire (PAH) : Moyenne des 2 échantillons consécutifs aux débits maximaux.
Homme jeune : 20 à 40 mmol/h.
Femme jeune : 15 à 35 mmol/h.
Volume Acide Primaire (VAP) : Évaluation indirecte de la masse des cellules pariétales.
Étude de la Sécrétion Enzymatique (Pepsine)
Suc gastrique frais (conservation 24h à +4°C, jamais congelé).
Dosage des fragments de peptides.
Unité enzymatique : Quantité de protéase libérant 1 micromole de tyrosine/min.
Corrélation acide/pepsine :
Stimulation vagale : suc riche en HCl et pepsine.
Stimulation gastrinique : suc riche en HCl et pauvre en pepsine.
Autres Dosages
Gastrine 17 : 30 à 200 ng/l.
Facteur intrinsèque (déficient dans l'anémie de Biermer).
Pepsinogènes I et II.
Sérologie de H. pylori.
1.5. Pathologies Gastriques
Ulcères : Déséquilibre résistance muqueuse/agressivité HCl.
Ulcère duodénal : Augmentation de la masse des cellules pariétales, du DAH, du PAH, et du pepsinogène 1.
Ulcère gastrique : Exploration biochimique décevante.
Estomac opéré : Vérification de l'innervation vagale (AL ≥ 20 mM après stimulation par l'insuline).
Syndrome de Zollinger-Ellison (tumeur endocrine pancréatique) : Augmentation du débit acide libre et de la gastrinémie (2 à 10x).
Cancer gastrique : Biochimie décevante, augmentation des LDH et β-glucuronidase du suc gastrique.
Gastrites chroniques : Augmentation de la gastrinémie, absence de sécrétion du facteur intrinsèque.
2. Pancréas Exocrine : Anatomie, Sécrétions et Pathologies
2.1. Anatomie du Pancréas
Le pancréas est composé de :
Tête, Corps, Queue.
Acini : Unités formant les lobules du parenchyme.
Cellules glandulaires : Renferment les grains de zymogène.
Cellules centro-acineuses : Sécrètent H2O, HCO3-, Na+, K+, Cl-.
2.2. Sécrétions Pancréatiques
Endopeptidases : Trypsine et chymotrypsine (libèrent oligopeptides et AA).
Enzymes lipolytiques (sécrétées actives) :
Lipase : Hydrolyse les triglycérides.
Co-lipase : Cofacteur de la lipase.
Sucrases : Amylase (hydrolyse l'amidon).
Nucléotidases, Carboxypeptidases.
2.3. Exploration du Pancréas Exocrine
Le pancréas étant un organe profond, les méthodes radiologiques sont très utiles. Les examens biochimiques aident au diagnostic fonctionnel.
Méthodes Directes (analyse de la sécrétion)
Stimulation chimique (éther, abandonné).
Test de Lundh : Ingestion d'un repas riche, recueil de sécrétion duodénale, détermination de l'activité trypsique. Test grossier pour insuffisances pancréatiques.
Tests à la cholécystokinine (CCK) ou caeruléine : Stimulent la sécrétion enzymatique (trypsine, amylase, chymotrypsine).
Tests à la sécrétine : Mesure la capacité de sécrétion hydro-électrolytique.
Sujet sain
Pancréatite chronique
Sécrétine
Débit liquidien
Carbonate acide40 ml/mn
4mmol/10mn<40 ml/mn<
3mmol/10 mnCCK
Activité trypsique
Activité amylasique150 U /10 mn
5000 U /10mn<100 U/10 mn
<2000 U/10 mn
Méthodes Indirectes (analyse sur sang, urine, selles, sueur)
Enzymes d'origine pancréatique :
Capacité d'inhibition trypsique du plasma : Diminuée ou augmentée dans les pancréatites chroniques, augmentée dans les cancers de la tête du pancréas.
Lipase : Plus spécifique et de plus forte concentration que l'amylase pour les pancréatites aiguës. Lipasurie nulle dans les urines pathologiques.
Amylase : Augmentation très précoce (x20) dans les pancréatites aiguës. Amylasurie ou amylase pleurale utile car augmentation plus étalée dans le temps.
Macroamylase : Isoamylase + Ig, filtration glomérulaire anormale, sans signification clinique.
Trypsine immuno-réactive : Augmentée dans les pancréatites aiguës (1,5 à 37x), diminuée dans les pancréatites chroniques.
Augmentation moins nette de l'amylasémie, amylasurie, lipasémie dans les pancréatites chroniques et cancers du pancréas.
↑Amylasémie
↑Lipasémie
↑Amylasurie
-Iléus
-Infarctus mésentérique
-Parotidite
-Parotidite avec pancréatite
-Cholécystite aiguë
-Insuffisance rénale
-Macro-amylasémie+
+
+
+
+
+
++
+
-
+
-
+
-+
+
+
+
-
+
-Test d'absorption orale : Mesure l'excrétion d'une substance après administration orale, dont l'absorption dépend des enzymes pancréatiques.
Analyse des selles :
Examen microscopique : Grains d'amidon (coloration bleue au Lugol), fibres musculaires, lipides (couleur rouge au Soudan III).
Activités enzymatiques : Chymotrypsine (stable). < 50 UI/g de matière fécale est normal. Diminuée dans les pancréatites chroniques et fibroses kystiques.
Test de la sueur (pour mucoviscidose) : Augmentation de Na+ et Cl-. Normal : 10 à 40 mM. Homozygote : 80 à 180 mM. Hétérozygote : 40 à 70 mM.
2.4. Pathologies du Pancréas Exocrine
Pancréatite aiguë :
Inflammation (autodigestion par libération de protéases). Mortalité 2-5%.
Étiologies : Lithiase biliaire et alcoolisme.
Biologie : Lipasémie 3x la normale (pic 15-24h, normalisation en 14j). Hyepr-amylasémie et hyper-amylasurie moins spécifiques. Glycémie et calcémie.
Pancréatite chronique :
Inflammation continue (destruction, fibrose, calcification).
Étiologies : Alcool, obstructions chroniques.
Clinique : Douleurs, nausées, vomissements, diarrhée, diabète tardif.
Biologie : Signes de cholestase (compression cholédoque). Amylase et lipase élevées lors des poussées aiguës.
Mucoviscidose (fibrose kystique) :
Maladie génétique grave, dysfonctionnement des glandes exocrines.
Mutation du gène CFTR (régule le transfert des Cl- et Na+).
Diagnostic :
Prénatal : Dépistage de la trypsine immunoréactive.
Postnatal : Dosage de la trypsine, test à la sueur (Cl- > 60 mmol/l sur 2 examens).
3. Intestin : Anatomie, Sécrétions et Pathologies
3.1. Anatomie de l'Intestin Grêle
L'intestin grêle mesure 4-6 m et est le lieu de l'absorption des nutriments et vitamines. Il est divisé en :
Duodénum : Fait suite à l'estomac, reçoit cholédoque et canal de Wirsung.
Jéjunum-iléon : Réparties en 2/5 supérieurs et 3/5 inférieurs.
Surface d'échange augmentée par :
Valvules conniventes : Replis profonds de la muqueuse.
Villosités : Pour l'amplification de l'absorption.
Microvillosités : "Bordure en brosse" à la surface des cellules.
Cellules de l'intestin :
Entérocytes : Responsables de l'absorption. Possèdent microvillosités et de nombreuses enzymes hydrolytiques (peptidases, disaccharidases, phosphatases alcalines).
Cellules caliciformes : Sécrètent le mucus et l'entérokinase.
Cellules neuroendocrines : Sécrètent des hormones comme la cholécystokinine et le GIP.
3.2. Sécrétions Intestinales
Les enzymes digestives intraluminales achèvent la simplification moléculaire :
Glucidolytiques : Maltase, lactase, saccharase.
Protéolytiques : Tripeptidases, dipeptidases.
Lipolytiques : Lipase.
3.3. Pathologies Intestinales et Explorations Biochimiques
Les affections intestinales peuvent être classées selon :
Modification du contenu luminal (infections).
Modification de la surface de l'intestin (atrophie villositaire).
Modification de l'équipement enzymatique.
Affection de la lumière intestinale et de la muqueuse
Causes externes : Glandes annexes (Syndrome de Zollinger-Ellison, maldigestion pancréatique ou hépatique), médicaments et toxiques.
Pullulation bactérienne : Action agressive sur la paroi, toxin cholérique (activation adénylate cyclase -> hypersécrétion d'eau et HCO3- -> diarrhée aqueuse, acidose métabolique).
Altération de la surface intestinale
Facteurs : Agressions médicamenteuses, dénutrition, infections.
Atrophie villositaire : Diminution de la surface d'absorption.
Exemple : Maladie cœliaque (intolérance au gluten). Réaction immunologique au gluten chez des sujets prédisposés (HLA-DQ2/DQ8). Formation de complexes gliadine-transglutaminase -> inflammation. Diagnostic par anticorps anti-endomysium.
Altération de l'équipement enzymatique
Déficits enzymatiques (ex: disaccharidases).
Atrophie entraînant une diminution des enzymes.
Problèmes de récepteurs ou de systèmes de transport.
3.4. Diarrhées
Élimination accrue des selles, capacité de réabsorption du côlon dépassée.
Diarrhées sécrétoires :
Aqueuses, modification de la perméabilité.
Liquide fécal neutre, Na+ cation majoritaire.
Osmolarité = 2(Na+ et K+).
Diarrhées exsudatives :
Fuite de protéines et de sang (lésions muqueuses).
Na+ > K+ dans le liquide fécal, présence d'albumine.
Diarrhées graisseuses :
Augmentation de l'élimination des graisses.
Problèmes de digestion ou d'absorption.
Diarrhées osmotiques :
Aqueuses, maldigestion et/ou malabsorption.
Présence de substances osmotiquement actives (ex: acide lactique).
Liquide fécal acide, riche en K+.
Osmolarité > 2(Na+ et K+).
3.5. Marqueurs Biochimiques des Troubles Intestinaux
Albumine et pré-albumine (diminuées dans les processus exsudatifs).
Fer et folate (indicateurs sensibles des atteintes du grêle).
Déficit en Vitamine B12 (atteinte du grêle distal), Vitamine A et K (troubles d'absorption des lipides).
Dosage des vitamines difficile. Utilisation du temps de Quick pour la Vit K.
Calcémie et magnésémie (liées aux troubles d'absorption).
3.6. Analyse des Selles pour les Diarrhées Hydriques
Présence isolée de gouttelettes lipidiques : Maldigestion/malabsorption.
Recherche de sang : Important pour détecter les pertes minimes. Régime sans peroxydases 3 jours avant.
Mesure des électrolytes et de l'osmolarité :
Diarrhées sécrétoires : Osmolarité - 2(Na+ + K+) < 50, ↑Na+, pH neutre.
Diarrhées osmotiques : Osmolarité - 2(Na+ + K+) = 100-200 mM, ↑K+, pH acide (~5).
3.7. Tests de Charge Orale (Tests d'Absorption)
Mesure la vitesse et la quantité d'une substance dans le plasma après surcharge orale.
Permet la localisation des atteintes intestinales. Courbe aplatie = malabsorption.
Substances utilisées : D-glucose, D-galactose, D-xylose, Vit B12, Triglycérides, L-Méthionine.
Test au D-xylose : Absorption par le grêle proximal.
Xylosurie 2h après : Indique l'absorption proximale (Réf: 10-20%).
Xylosurie 5h après : Indique l'absorption distale (Réf: 20-35%).
Xylosémie 60 et 90 min < 300mg/l : Malabsorption jéjunale.
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