Évolution et enjeux de l'environnement
No cardsAnalyse des transformations environnementales, des politiques de protection et des défis contemporains liés à l'exploitation et à la préservation des milieux naturels.
Le début du 21ème siècle est marqué par une prise de conscience généralisée et de plus en plus visible des effets des activités humaines sur la planète. Cette dégradation accélérée de l'environnement est devenue un enjeu social, politique et un objet d'étude scientifique majeur. La question environnementale a pris une place centrale dans les sociétés contemporaines, nécessitant une analyse approfondie de sa définition, de son histoire et des multiples défis qu'elle soulève.
I) Une notion polysémique difficile à définir
La notion d'environnement possède une histoire complexe et une définition évolutive. Jusqu'au 19ème siècle, le terme "environnement", issu du vieux français "environner" signifiant "entourer", était synonyme d'environs, c'est-à-dire les abords immédiats d'un lieu. Au cours des 19ème et début du 20ème siècles, le terme a désigné "ce qui entoure l'individu", souvent réduit à la seule nature. La nature était alors perçue comme un ensemble d'éléments naturels (espèces animales, végétales, ressources comme l'eau, l'air, le sous-sol) considérés isolément. À la fin du 19ème siècle, l'idée selon laquelle l'environnement, en tant que nature, influence les sociétés humaines (le déterminisme) commence à émerger. Au début du 20ème siècle, le terme d'environnement se confond avec celui de milieu, un ensemble de conditions naturelles dans un écosystème donné, susceptible d'évoluer sous l'effet de l'action humaine.
Le géographe français Paul Vidal de la Blache (1845-1918) a mis en évidence la capacité des choix humains à s'affranchir des contraintes de la nature, soulignant une forme de domination de l'Homme sur la nature. Il a été influencé par une nouvelle science, l'écologie, qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement et avec les autres êtres vivants. Il est important de ne pas confondre l'écologue, qui pratique cette science, avec l'écologiste, qui milite pour la protection de l'environnement.
À partir des années 1970, le concept de Vidal de la Blache s'enrichit pour englober l'ensemble des interactions entre les sociétés humaines et leurs milieux. L'environnement est alors compris comme la façon dont les sociétés utilisent les ressources pour leur développement et dont elles modifient les équilibres naturels. Il y a donc des réciprocités, des influences et des adaptations constantes entre les sociétés et leurs milieux. Cette notion élargie permet de rendre compte que la "nature" ou le "milieu naturel" n'existe plus sous une forme vierge ; toute la Terre est aujourd'hui anthropisée, c'est-à-dire appropriée et transformée par les sociétés humaines.
II) L'environnement : de la prise de conscience à la politique mondiale
A) L'émergence de la question environnementale
C'est à partir des années 1970 que l'environnement devient une question sociale et politique de premier plan. Cependant, la préoccupation pour les modifications environnementales a accompagné le développement technologique et industriel depuis le 18ème siècle, notamment avec l'apparition des premières pollutions de masse, qui alertent la communauté médicale. Dès le 19ème siècle, l'idée d'une protection nécessaire de la nature émerge, conduisant à la création de sanctuaires naturels, à l'image du Parc National de Yellowstone, créé en 1872 aux États-Unis.
Des exemples historiques, comme l'affaire du varech en Normandie au 18ème siècle, montrent que des conflits d'usage existaient déjà. Les habitants des littoraux utilisaient le varech comme engrais, tandis que les soudiers le brûlaient pour produire de la soude. Le Parlement de Normandie, se basant sur la connaissance des habitants, a cherché à concilier des usages parfois contradictoires. Ces alertes et études précoces ont cependant été souvent mises de côté au profit du progrès technologique et industriel.
La protection de l'environnement devient un enjeu central dans les années 1970 avec l'accélération de la dégradation environnementale due à la croissance rapide des pays développés après les Trente Glorieuses. Les crises se succèdent, comme la catastrophe de Tchernobyl en 1986, mettant en évidence l'impact néfaste des activités humaines et l'accroissement des risques. Cette période voit l'émergence de prises de position et de mobilisations d'ampleur.
Des scientifiques, comme Rachel Carson, pionnière de l'écologisme politique, alertent sur les dangers. Son ouvrage Silent Spring (1963) dénonce les effets dévastateurs des pesticides, notamment le DDT. Malgré une campagne de désinformation de l'industrie, son travail marque un tournant. L'écologie politique (ou écologisme) est alors définie comme un courant de pensée visant la protection de l'environnement et de la nature. Des militants écologistes se regroupent pour manifester contre des projets spécifiques (centrales nucléaires, autoroutes, déforestation), notamment dans les pays industrialisés. Des mouvements comme celui de Chipko en Inde (1973-1978), avec des figures comme Vandana Shiva, montrent que la mobilisation environnementale n'est pas uniquement occidentale. Au début du 21ème siècle, les mobilisations se concentrent sur la question du changement climatique, mobilisant largement à l'échelle internationale, comme en témoigne l'engagement de figures telles que Greta Thunberg.
B) La mise en place d'une politique de l'environnement
À partir des années 1970, la protection de l'environnement devient l'objet d'une attention politique particulière. L'évolution des intitulés ministériels en France en témoigne : de "Ministère de la culture et de l'environnement" en 1977, marquant une vision patrimoniale, à "Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche" en 2024, reflétant une approche plus globale et l'urgence d'une "transition écologique". Cette évolution révèle un écart entre le discours politique et les actions réelles, comme en témoigne la démission de Nicolas Hulot en 2018.
La prise de conscience politique est également mondiale. Le rapport Meadows en 1972 alerte sur les dangers de la croissance économique et démographique. La notion d’environnement comme enjeu planétaire devient essentielle avec l'apparition du concept de développement durable (DD) dans le rapport Brundtland en 1987, préparant le Sommet de la Terre à Rio en 1992. Depuis, de grandes conférences et sommets sont régulièrement organisés, aboutissant à des traités internationaux comme le Protocole de Kyoto (1997) et les Accords de Paris (2015), visant à limiter le réchauffement climatique. Cependant, leur application par les États rencontre des résistances, certains privilégiant leurs propres intérêts ou n'allant pas assez vite.
Parallèlement, des partis écologistes émergent dès les années 1970, plaçant l'environnement au cœur de leur programme politique. En France, René Dumont est le premier candidat écologiste aux élections présidentielles en 1974. Cependant, l'écologie ne fait pas l'unanimité : elle est débattue entre une vision critique du capitalisme prônant la décroissance et une approche cherchant à concilier croissance économique et environnement, souvent qualifiée de "croissance verte".
III) L'histoire environnementale et l'Anthropocène
A) L'histoire environnementale : une approche pluridisciplinaire
L'étude de l'histoire environnementale examine les relations entre les sociétés humaines et leur environnement sur le long terme. Cette sous-discipline de l'histoire, apparue aux États-Unis dans les années 1970 en réponse aux préoccupations environnementales, se décline en trois volets :
- Faire l'histoire de l'environnement : "historiciser la nature".
- Étudier l'impact de l'homme sur l'environnement : l'anthropisation.
- Étudier l'impact de l'environnement sur l'homme.
L'histoire environnementale aborde des thèmes variés (histoire de l'eau, des animaux, du paysage) et possède une forte dimension politique, car elle éclaire notre compréhension de l'environnement actuel et met en perspective les transformations en cours. Elle a notamment mis en évidence l'existence d'une nouvelle ère géologique : l'Anthropocène.
B) L'Anthropocène : l'impact humain comme force géologique
L'Anthropocène est l'ère géologique moderne durant laquelle l'action humaine est devenue le principal facteur de changement des écosystèmes et des équilibres planétaires, supplantant les événements telluriques. Cette notion souligne l'ampleur de l'impact humain sur l'équilibre de la planète, le caractère potentiellement irréversible du phénomène et la responsabilité de l'humanité, qui pourrait être responsable de sa propre destruction.
L'Anthropocène fait l'objet de débats. Certains scientifiques estiment qu'il manque de recul pour affirmer une nouvelle ère, notamment du fait de la divergence d'échelles entre géologues (temps long de la Terre) et historiens (temps de l'humanité). La date de début de l'Anthropocène est également discutée : certains la situent à la Révolution industrielle (1784), d'autres à la mondialisation ou après la Seconde Guerre mondiale (1950). Le terme lui-même est sujet à discussion, certains préférant pointer la responsabilité du capitalisme plutôt que de l'être humain en général.
IV) Exploiter, préserver et protéger les milieux
A) La pression sur l'environnement à travers l'histoire
La pression sur l'environnement, bien que s'intensifiant à partir du 18ème siècle, accompagne toute l'histoire des sociétés humaines. Le terme "exploiter" signifie utiliser les ressources selon les besoins, en tirer parti et les mettre en valeur, ce qui modifie l'environnement. L'ampleur des besoins, la nature des ressources et l'impact varient selon les époques, mais la question de la préservation des ressources et de la protection des milieux se pose à toutes les époques.
Deux ruptures majeures, selon l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, ont accéléré l'anthropisation : la Révolution néolithique et la Révolution industrielle. La Révolution néolithique, débutant entre -10 000 et -8 000 ans avec l'agriculture et l'élevage, a entraîné la sédentarisation, une forte croissance démographique et une transformation profonde des milieux. Les sociétés exploitent et transforment les milieux, avec des conséquences sur leur organisation. Cependant, il faut nuancer le terme de "révolution" pour insister sur le processus long de la "néolithisation" (7 000 ans). Certains climatologues pensent que l'Anthropocène pourrait débuter avec le Néolithique en raison des premières émissions de gaz à effet de serre et des transformations paysagères, bien que l'impact climatique du 19e siècle soit considérable. De plus, avant le Néolithique, les activités humaines, même celles des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, ont eu un impact, notamment la disparition de certaines espèces.
Jusqu'à l'époque moderne, la pression s'accroît progressivement, notamment en raison de la croissance démographique et de l'extension des surfaces cultivées au détriment de la nature sauvage (défrichement, zones marécageuses). Le développement de l'artisanat génère une hausse des activités minières, sources de pollution. La colonisation de l'Amérique au 16ème siècle, avec sa première mondialisation, a eu des effets sur l'environnement en Europe, comme l'augmentation de la construction navale et la pression sur les forêts.
B) La Révolution industrielle : un tournant irréversible
La Révolution industrielle, débutant à la fin du 18ème siècle en Occident, a bouleversé les sociétés et les rapports avec leurs milieux. Fondée sur l'exploitation des énergies fossiles (charbon, puis pétrole) et la mécanisation de la production, elle représente une rupture durable et irréversible. Les sources d'énergie se sont cumulées plutôt que de se remplacer, entraînant une dégradation massive des milieux :
- Pollution de l'air, de l'eau, des sols par les machines à vapeur et les usines, avec des catastrophes comme le Grand Smog de Londres en 1952.
- Explosion des émissions de gaz à effet de serre (GES).
- Explosion démographique, augmentant la pression sur les milieux.
- Urbanisation et étalement urbain, artificialisant les sols.
- Modernisation de l'agriculture (mécanisation, engrais), entraînant l'extension des surfaces cultivées et l'uniformisation des milieux.
- L'exportation de la domination européenne par la colonisation a développé une économie extractive, privilégiant l'extraction de matières premières et mettant à mal les structures économiques locales.
Certains scientifiques nuancent l'idée d'une rupture, arguant que l'industrialisation n'a concerné initialement que quelques pays occidentaux et que la véritable rupture, à l'échelle mondiale, se situerait après 1945.
C) L'exploitation des milieux aujourd'hui : un point de non-retour ?
Aujourd'hui, les ressources naturelles sont de plus en plus exploitées et tendent à s'épuiser. Les nouveaux usages, comme les batteries (lithium), génèrent une demande accrue et soulèvent des enjeux géopolitiques majeurs. Des ressources jusque-là inaccessibles, telles que le pétrole offshore en profondeur, sont exploitées. L'impact humain est devenu global, avec des pays comme la Chine étant les premiers émetteurs de GES. La situation devrait s'aggraver avec l'accroissement des besoins des sociétés humaines.
Depuis la seconde moitié du 20ème siècle, les désordres naturels sont multiples et croissants (artificialisation des sols, acidification des océans, hausse des températures). L'Homme est devenu le principal responsable du changement climatique, ce qui a conduit de nombreux spécialistes à faire débuter l'Anthropocène après la Seconde Guerre mondiale. Le milieu n'a rien de "naturel" car il est partout anthropisé.
Une comparaison des impacts humains sur l'environnement à travers les âges montre une intensification croissante :
| Paléolithique (jusqu'vers -10 000) | À partir de la révolution néolithique (de 1800 à 1900) | Des révolutions industrielles à nos jours (depuis 1er avril 1900) |
| Les hommes prélèvent dans la nature ce dont ils ont besoin pour leur subsistance (chasseurs-cueilleurs). Recul de la mégafaune. | Les hommes domestiquent leur environnement, dont ils transforment les ressources pour se nourrir et pour développer l'artisanat et les premières formes d'industrie. Recul de la biodiversité et de la forêt. | Les hommes intensifient l'exploitation des ressources naturelles pour augmenter la production industrielle et nourrir une population en forte croissance. Recul de la biodiversité, pollutions et altérations de la qualité de l'environnement. |
V) Exploiter et protéger une "ressource naturelle" : l'exemple de la forêt française depuis Colbert
A) La forêt française à l'époque moderne : conservation et contrôle du bois
La forêt, définie botaniquement comme une formation végétale dense dominée par l'arbre et juridiquement comme un espace soumis à des plans d'occupation des sols, est une ressource stratégique et un enjeu multifacette. À l'époque moderne, sous le règne de Louis XIV, la forêt française connaît un recul drastique, passant de 22 millions d'hectares en 1450 à 8,5 millions en 1700. Cette diminution est due à l'usage courant par les populations sans réglementation, suscitant les craintes de Jean-Baptiste Colbert.
La forêt représente une ressource essentielle pour la construction (bâtiments, navires), le chauffage et l'artisanat, mais aussi une réserve de chasse pour la noblesse. Face à l'épuisement des réserves de bois, Colbert promulgue en 1669 l'"Ordonnance sur les Eaux et Forêts". Cette grande réformation vise principalement à fournir le bois nécessaire à la marine royale, non pas pour la forêt elle-même, mais pour assurer l'exploitation économique et militaire à long terme. Elle place l'ensemble des forêts sous contrôle royal, instaurant des règles strictes et des plans de gestion sur 100 ans. Malgré un impact sur les paysages forestiers (favorisant le chêne), elle permet d'enrayer le recul de la forêt. Cependant, la Révolution française fragilise cette politique en restaurant la liberté d'exploitation forestière, entraînant un pillage et un nouveau recul des forêts.
B) Le 19ème siècle : entre politiques forestières et conflits d'usage
Au début du 19ème siècle, face à l'industrialisation et à l'utilisation massive du charbon de bois, une nouvelle politique forestière réapparaît. Le premier Code forestier est promulgué en 1827. Plus strict, il priorise la production de bois et restreint les droits d'usage des paysans sur les forêts, entraînant des révoltes comme la Guerre des Demoiselles en Ariège (1829-1832), un exemple marquant de conflit d'usage. Sous le Second Empire (1857), une grande politique de reboisement est menée, notamment dans les Landes, pour créer une vaste forêt de pins. À la fin du 19ème siècle, l'État met en place une politique de restauration des terrains de montagne pour lutter contre l'érosion des sols. Cette politique est favorisée par des changements sociétaux : l'utilisation massive du charbon de terre et du pétrole, le passage du bois à l'acier pour la construction navale, l'évolution de l'élevage et l'exode rural, qui diminuent la pression sur les forêts et favorisent le reboisement naturel.
C) La forêt aujourd'hui : entre protection et débats sur l'exploitation
De nos jours, la gestion de la forêt implique divers acteurs : usagers (randonneurs, chasseurs), habitants, l'Office National des Forêts (ONF), l'État, des ONG comme le WWF, et des compagnies privées. Les usages sont multiples : récréatif, exploitation minière et forestière, et rôle de sanctuaire environnemental. Ces usages peuvent générer des conflits d'acteurs, par exemple autour de la gouvernance de l'ONF. Depuis 1945, une politique de protection est en place, mais les débats sur l'exploitation de la forêt persistent, notamment avec l'augmentation des risques liés au changement climatique.
VI) Le changement climatique contemporain : un enjeu géopolitique majeur
A) Fluctuations climatiques passées et leurs conséquences sur les sociétés
Il est essentiel de distinguer le changement climatique actuel, lié à l'activité humaine, de la variabilité climatique due à des causes naturelles (astronomiques, géophysiques). Le climat lui-même est défini comme les valeurs moyennes atmosphériques et météorologiques propres à une région sur le long terme. Des études d'astronomes et de glaciologues, comme celles de Milutin Milanković, ont montré l'alternance régulière de périodes glaciaires et interglaciaires sur des millions d'années, confirmées par les carottages glaciaires.
L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, précurseur de l'histoire du climat, a étudié ces variations sur des périodes plus courtes à partir du Moyen-Âge, utilisant des sources naturelles (glaciers, anneaux d'arbres) et humaines (récoltes, registres paroissiaux). Il a mis en évidence l'Optimal Climatique Médiéval (OCM) entre 900 et 1300, caractérisé par des étés plus chauds et des hivers plus doux, favorisant une croissance démographique, l'extension des surfaces cultivées et l'expansion territoriale. Cependant, ce réchauffement n'était pas uniforme et connaissait des fluctuations rapides. Par la suite, le "Petit Âge Glaciaire" (PAG), du 14ème au milieu du 19ème siècle, a été une période de refroidissement avec des hivers rigoureux, des récoltes gâtées et des disettes. Ces phénomènes climatiques étaient souvent interprétés comme des "châtiments divins" et ont pu jouer un rôle dans certaines crises (par exemple, la pénurie de blé de 1788 précédant la Révolution française).
B) Le changement climatique contemporain : une spécificité anthropique
Le Changement Climatique Contemporain (CCC) se distingue des fluctuations antérieures par son rythme, son ampleur et son étendue spatiale. Depuis le 19ème siècle, la température mondiale a augmenté, avec une accélération significative depuis les années 1950-1960. En 2024, la hausse des températures a dépassé les +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, un réchauffement exceptionnel.
Le CCC est de nature anthropique. En 1958, Charles Keeling a démontré le lien entre la concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère et l'activité humaine. Cette théorie, validée dans les années 1970, attribue le réchauffement aux rejets de CO2 (GES) issus de la combustion des énergies fossiles. Les États-Unis et la Chine sont les principaux émetteurs mondiaux de GES. Ces changements climatiques entraînent des menaces multiples :
- Intensification des événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, inondations, feux de forêt).
- Fonte des pôles et élévation du niveau de la mer, menaçant les populations côtières.
- Transformation des écosystèmes et de la répartition des espèces, menant à des disparitions accélérées et à la migration d'espèces nuisibles.
Ces constats invitent à des mesures concrètes de la part des gouvernements et des États.
C) La gouvernance mondiale face au défi climatique
Le climat est devenu un enjeu géopolitique majeur, source de tensions et de défis pour l'humanité, mais nécessitant une coopération internationale. La prise de conscience mondiale de l'urgence climatique est relativement tardive :
- 1972 : Première Conférence des Nations Unies sur l'environnement (rapport Meadows).
- 1979 : Première Conférence mondiale sur le climat.
- 1988 : Création du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l'Évolution des Climats), organisme indépendant de synthèse scientifique qui alerte sur la nécessité vitale d'une gouvernance mondiale.
Les rapports réguliers du GIEC sont des documents de référence pour les conférences internationales sur le climat, comme la Conférence de Rio (1992) qui a établi la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) avec les principes de Développement Durable et de responsabilité commune mais différenciée. Les COP (Conférences des Parties) sont les réunions où sont discutés les protocoles.
Le Protocole de Kyoto (1997), premier traité international pour limiter les GES, a montré les limites de la gouvernance mondiale. Malgré son efficacité pour les pays signataires, certains, comme les États-Unis, ont refusé de le ratifier, et le Canada s'en est retiré. À partir des années 2000, les pays en développement, regroupés au sein du G77, deviennent une force motrice, exigeant l'aide des pays industrialisés. La société civile (ONG, citoyens) et les entreprises jouent également un rôle croissant, malgré le risque de greenwashing.
L'Accord de Paris (COP21, 2015), entré en vigueur en 2020, est un accord universel visant à limiter le réchauffement climatique. Il repose sur un consensus plus large que Kyoto, avec une différenciation des efforts selon les capacités et responsabilités des États. Cependant, il rencontre aussi ses limites, notamment le retrait temporaire des États-Unis sous la présidence Trump et le dépassement du seuil de 1,5°C en janvier 2024. La COP28 à Dubaï a réaffirmé l'engagement de transition hors des énergies fossiles.
Le réchauffement climatique actuel soulève des défis géopolitiques majeurs :
- Inégalités climatiques : Les pays en développement et pauvres, bien que moins responsables des émissions de GES, sont les plus vulnérables aux catastrophes naturelles et ont des capacités moindres pour s'en protéger.
- Augmentation des réfugiés climatiques : Des millions de personnes sont contraintes de quitter leur pays en raison de catastrophes liées au changement climatique, créant des flux migratoires massifs.
- Augmentation des conflits : Bien qu'il n'y ait pas de consensus sur le degré de causalité, le climat peut exacerber les tensions existantes. Des phénomènes météorologiques extrêmes peuvent entraîner la destruction des récoltes et la violence, comme l'a suggéré le rôle de la sécheresse dans le conflit syrien de 2011.
VII) Les États-Unis : entre exploitation et protection de l'environnement
A) Une histoire pionnière et l'exploitation massive des ressources
Les États-Unis, pays continent, ont une relation paradoxale avec l'environnement, marquée par l'exploitation intensive et la magnification de la "wilderness". L'histoire pionnière du 19ème siècle, avec la conquête de l'Ouest et la ruée vers l'or, a conduit à une exploitation profonde des milieux. La notion de "wilderness", nature sauvage et dangereuse, est constitutive de l'identité américaine, inspirant la "Destinée Manifeste" de repousser le "monde sauvage". Cette construction identitaire s'est faite au détriment des populations locales (Amérindiens) et a entraîné la destruction d'espèces emblématiques comme le bison, ainsi que le recul spectaculaire de la forêt. L'exploitation minière (Appalaches, hydraulique en Californie) et l'aménagement des grands fleuves par des barrages (Lacs Mead, Powell) ont transformé le territoire. La découverte de pétrole, notamment en Alaska et le développement des hydrocarbures de schiste, a nourri la puissance économique des États-Unis, qui sont devenus le premier producteur mondial, mais au prix d'une anthropisation complète du territoire. Les espaces naturels qui subsistent sont protégés par l'Homme, révélant la tension entre la préservation de la nature sauvage et l'appétit des compagnies pétrolières.
B) Les États-Unis : précurseurs de la protection de la nature
Paradoxalement, les États-Unis sont également des précurseurs en matière de défense de l'environnement. Dès les années 1860-1870, des observateurs constatent la destruction des écosystèmes. Deux courants de pensée émergent :
- Le préservationnisme, incarné par John Muir, vise à soustraire la nature à l'action humaine pour conserver sa beauté et son intégrité.
- Le conservationnisme, défendu par Gifford Pinchot, prône une gestion raisonnée et durable des ressources naturelles pour un usage économique.
La création du Parc National de Yellowstone en 1872 par le Président Ulysses Grant marque le début de la sanctuarisation d'espaces naturels. La présidence de Théodore Roosevelt (1901-1909) constitue un tournant décisif : il mène une politique active en faveur des parcs nationaux (5 créations), des réserves ornithologiques (51), des monuments nationaux (17) et des forêts nationales (150), avec la création du National Forest Service en 1905. L'Antiquities Act de 1906 lui permet de créer des "monuments nationaux" sans l'accord du Congrès. Cette politique vise à permettre à chaque Américain de profiter de la nature et à assurer la préservation durable des espaces. En 1916, le National Park Service est créé pour gérer et protéger les parcs, développant le tourisme.
Tout au long du 20ème siècle, la protection de l'environnement est largement imposée par l'État fédéral aux États fédérés, surtout après des catastrophes écologiques. Le Dust Bowl des années 1930 conduit à la création du Soil Conservation Service. La publication de Silent Spring mène au Clean Air Act de 1962. L'année 1970, avec le premier Earth Day et la création de l'EPA (Environmental Protection Agency) par le président Nixon, marque un renforcement de la politique environnementale fédérale. La création de Greenpeace en 1971 et les normes plus sévères après la marée noire de l'Exxon Valdez (1989) témoignent de cette dynamique.
C) Tensions et contradictions : la gestion partagée de l'environnement
La gestion de l'environnement aux États-Unis est une responsabilité partagée entre l'État fédéral et les cinquante États fédérés, chacun ayant sa propre Constitution et son système juridique. L'État fédéral légifère pour l'ensemble du territoire et gère les parcs nationaux via l'EPA, tandis que les États fédérés gèrent leurs propres parcs et peuvent mettre en place des mesures de protection spécifiques. Cependant, les rôles se sont inversés depuis les années 1990 : un désengagement progressif de l'État fédéral s'observe sur les questions environnementales, tandis que les États fédérés renforcent leurs actions, souvent en réponse à l'opinion publique.
Cette paralysie de l'État fédéral s'explique par un clivage politique : les gouvernements démocrates (Clinton, Obama, Biden) sont généralement favorables à un État fédéral fort et régulateur en matière d'environnement, tandis que les gouvernements républicains (Bush père et fils, Trump) sont partisans d'un État fédéral limité et moins favorable aux politiques environnementales pouvant freiner la croissance économique. Donald Trump, par exemple, a ouvert la voie à la remise en cause des parcs nationaux et a affaibli l'EPA, souvent sous la pression de lobbies industriels sceptiques face aux réglementations environnementales. Le conflit autour du pipeline de Dakota Access, traversant les territoires des Sioux, illustre ces tensions entre développement économique et protection de l'environnement.
En conséquence, les tensions entre l'État fédéral et les États fédérés sont croissantes. Certains États, méfiants envers un "gouvernement central" qui se désengage, complètent la législation fédérale par des réglementations internes plus contraignantes. La Californie, sous Arnold Schwarzenegger dès 2006, a appliqué des lois plus contraignantes pour le Protocole de Kyoto, en dépit du non-ratification fédérale, et soutient activement les énergies renouvelables. L'État de New York a également adopté des lois ambitieuses pour la réduction des GES et l'objectif de "zéro carbone". À l'échelon local, des villes comme Pittsburgh, Seattle et Portland s'engagent dans la recherche environnementale, la régulation de l'usage de la voiture et la purification de l'eau et de l'air. Ces initiatives locales et étatiques illustrent le mouvement "We are still in", défiant le désengagement fédéral et soulignant la multiplicité des acteurs agissant pour la protection de l'environnement aux États-Unis.
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