Évolution de la Justice française
No cardsCe document retrace l'histoire et les réformes de la justice en France, de l'Ancien Régime à l'époque contemporaine, incluant les systèmes royaux, révolutionnaires, napoléoniens et l'émergence de la justice internationale.
Histoire de la Justice
"Rien ne vient de rien"( *ex nihilo* ). La justice s'appuie sur des stratégies anciennes.
Introduction : La Justice, évolution et fondement
La Justice est un pilier essentiel des organisations sociales, permettant de pacifieret de réguler le "vivre-ensemble".
- Une institution (du latin Instuerer: établir durablement) est une organisation durable qui structure la société.
- Types d'institutions :
- Judiciaires : tribunaux.
- Administratives : mairies, ministères.
- Sociales : famille, mariage.
- La Justice est à la fois :
- Un idéal moral.
- Une pratique sociale.
- Un instrument politique.
Évolution Historique
- Sociétés claniques / de chevaliers : domination de la vengeance.
- Antiquité (Mésopotamie) : Code d'Hammurabi (2000 av. J.-C.)
- Principe "œil pour œil, dent pour dent" = justice de réciprocité, visant à limiter la vengeance.
- Grèce/Rome :
- Thémis (déesse de la justice) : épée/glaive (pouvoir), balance (équilibre), yeux bandés (impartialité).
- Diké : justice humaine.
- Némésis : déesse de la vengeance.
- Moyen Âge (Ve-XVe s.) : Éclatement du pouvoir de justice.
- Justice seigneuriale : pouvoir local.
- Juridictions ecclésiastiques : privilège du for (jugé par tribunaux religieux).
- Juridictions municipales.
- Justice royale (limitée au début).
- Ordalies (jugement de Dieu) :
- Exemple : ordalie par le feu ou par l'eau.
- L'Église lutte contre les ordalies (XIIe-XIIIe s.), interdites en 1215.
- Duel judiciaire (mode de preuve) :
- Limité par la Royauté.
- Saint Louis : Ordonnances de 1254 (matière civile) et 1258 (matière criminelle) remplacent le duel par des procédures d'enquête.
- Justice Royale :
- S'impose progressivement à partir du XIIIe siècle (Saint Louis).
- Centralisation par l'État : le roi veut une justice supérieure aux justices locales.
- Lutte contre les justices seigneuriales, municipales, ecclésiastiques (réduction des compétences).
- Développement des tribunaux royaux.
- Réorganisations majeures : 1790 (Révolution), 1800 (Napoléon).
I- Principes et réalités de la Justice Royale au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, la Monarchie absolue : pas de séparation des pouvoirs. Le Roi est la "fontaine de toute justice".
- Roi Justicier : symbolisé par la "main de justice" lors du sacre.
- Justice Retenue : Le roiintervient personnellement dans la justice.
- Justice Déléguée : Le roi délègue son pouvoir à des tribunaux royaux.
- La Justice est la "base et le fondement du trône des rois".
Chapitre 1 :La complexité de l'organisation juridictionnelle
L'organisation est complexe, avec des compétences qui se chevauchent, car les juridictions sont créées selon les besoins et sans rationalité globale.
- Distinction entre tribunaux de droit commun ettribunaux d'exception.
Section 1 : Superposition des juridictions de droit commun
Sous l'Ancien Régime, multiples degrés d'appel, contrairement aux deux degrés actuels post-révolution.
A- Les Tribunaux Inférieurs
- Juridictions seigneuriales : en grande partie disparues au XVIIIe (coût élevé).
- Juridictions de proximité : subsistent.
- Prévôtés (XIe s.) : agences royales, remplacées par les bailliages (Sud) et sénéchaussées (Nord) au XIIIe.
- Ces juridictions peuvent parfois statuer en appel.
B- Les Présidiaux
- Créés en 1552 par Henri II (édit) pour désengorger les Parlements.
- 60 bailliages/sénéchaussées érigés en sièges présidiaux.
- Rôles :
- Juges d'appel entre les juridictions ordinaires (bailliages/sénéchaussées).
- Statuer en dernier ressort pour litiges civils < 250 livres (pas d'appel).
- Pour 250-500 livres : appel possible mais non suspensif.
- Problèmes :
- Réforme détournée par les plaideurs (déclaraient des sommes supérieures).
- Magistrats favorisaient les affaires pour augmenter les "épices" (paiements par acte de procédure).
- Définitions :
- Juridiction d'attribution : compétence légale sur un acte ou litige spécifique.
- Juridiction d'exception : compétence limitée aux cas strictement prévus par la loi.
Section 2 : La myriade des juridictions d'exception
Multiplicité de juridictions spécialiséescréées au fur et à mesure des besoins de la monarchie.
- La magistrature est vénale (achète ses charges).
A- Exemples de juridictions spécialisées
- Maîtrises des eaux etforêts : affaires civiles et criminelles liées aux forêts, chasse, pêche.
- Amirautés particulières : administration maritime, affaires de commerce maritime.
- Juridictions consulaires (XVIe s.) : litiges entre marchands, juges élus (justicerapide).
B- Le rôle des Intendants
- Intendants de police, justice et finance (XVIIe s.) : représentants permanents du roi dans les Généralités.
- Représentent le contentieux administratif du roi auprèsdu Parlement.
C- La Police Militaire et Gendarmerie
- Connétablie et Maréchaussée de France : justice militaire (jugent les militaires).
- Prévôts des Maréchaux : officiers militaires et de justice.
- Jugent à charge d'appel devant la Connétablie (tribunal suprême).
- Compétence étendue à la recherche et jugement des "sans aveux" (justice très sévère).
D- Juridictions financières, monétaires et domaniales
- Juridictions souveraines :
- Chambres des comptes : malversations, détournements de fonds, gestion du domaine royal.
- Cours des aides : contentieux fiscal (taille, taxes).
- Cours des monnaies : monnaies, métaux précieux.
- Juridictions inférieures :
- Élections : administration fiscale, levée d'impôts.
- Grenetiers : impôt sur le sel (gabelle).
- Hôtels des monnaies.
Section 3 : L'omniprésence de la Justice Retenue
Le Roipeut toujours intervenir directement ou via institutions spécialisées, reprenant la main même sur la justice déléguée.
A- La justice personnelle du Roi
- Louis XI (Saint Louis) : personnage populaire.
- Jugement des placets : leroi examine les demandes.
- Lettres de cachet :
- Signées par le roi, scellées.
- Ordonnent incarcération, réclusion, assignation à demeure sans jugement.
- Utilisées pour atteinte à l'autorité (ex: Voltaire) ou à la demande des familles (XVIIIe s.).
- Très critiquées à l'approche de la Révolution.
C- Les Lettres de Grâce
- Apparaissent entre 1330 et1350, ouvertes à tous.
- Liées à la mystique royale (le roi est désigné par Dieu, peut guérir les écrouelles).
- Permettent de "remettre, pardonner, abolir, amnistier, aménager des sentences ouinterrompre des poursuites" (avant, pendant ou après le procès).
- Critiquées au XVIIIe siècle comme une manifestation de l'arbitraire.
- Frein à l'exemplarité de la peine (Beccaria :la clémence est bannie d'une législation parfaite).
- Disparaissent en 1791 (Révolution).
Paragraphe 2 : La Justice par Commissaire
- Définition (Esmein) : tribunal d'occasion, créé pour une affaire spéciale, dessaisissant la juridiction normalement compétente.
- Rendue par des "commissaires", nommés par lettres de commission (fonction et durée précises).
- Intervient dans les affairespolitiques ou délicates (Louis XIV y recourt souvent).
- Exemples :
- Procès de Nicolas Fouquet (1661-1664) : surintendant des finances, accusé de malversations. Condamné aubannissement à vie, peine aggravée par Louis XIV en emprisonnement à vie.
- Affaire des poisons (1679-1682) : commission spéciale pour juger des empoisonnements.
- Grands Jours : magistrats parlementaires désignés pour rétablir l'ordre local.
Paragraphe 3 : La Justice rendue par le Conseil du Roi
- Le Conseil des Parties (ou Conseil d'État privé) : conseil spécialisé du roiqui rend la justice au plus haut niveau.
- Rôles :
- Jugement par évocation : le roi retire une affaire à un tribunal pour l'attribuer à un autre ou au Conseil.
- Tribunal de cassation (1579, ordonnance de Blois) : juge les recours en cassation pour violation des formes ou ordonnances (ancêtre de la Cour de Cassation).
- Règlements de juges : tranche les conflits de compétence entre juridictions.
Chapitre 2 : La royauté face à l'opposition parlementaire
Les Parlements s'opposent à la monarchie via l'enregistrement des actes royaux, grâce à leur statut (offices vénaux).
Section 1 : Le statut desjuges et des agents royaux sous l'Ancien Régime : la vénalité des offices
Statut : Toute la réglementation d'une profession.
- Magistrature du siège (juges)vs. Magistrature du parquet (ministère public : poursuit et requiert).
- Les agents royaux sont des officiers (propriétaires de leur office, fonction publique investie par le roi).
Paragraphe 1 : L'instauration de lavénalité
- Initialement, les agents sont nommés à la discrétion du roi, mais bénéficient d'une inamovibilité de fait (Ordonnance de Louis XI, 1467 : sauf mort, démission ou forfaiture).
- Lesofficiers désignent leurs remplaçants (souvent contre de l'argent).
- François Ier (1522) : crée le Bureau des Parties Casuelles pour taxer les cessions d'offices (1/3 de la valeur).
- Labourgeoisie achète des offices pour s'élever socialement et obtenir l'anoblissement.
- Les offices sont chers et leur valeur dépend de leur place dans la hiérarchie.
Paragraphe 2 : La patrimonialité
- Instaurée en 1604 par l'arrêt du Conseil du Roi, créant la Paulette (impôt annuel).
- Le paiement de la Paulette (1/60e de la valeur de l'office) permet de rendrel'office patrimonial (transmissible).
Paragraphe 3 : Les conséquences de la vénalité des offices dans le domaine judiciaire
- Le roi ne peut plus recruter ses agents : les magistrats doivent avoir les moyens d'acheter l'office.
- Les offices se transmettent souvent par famille (favorise la stabilité et l'expertise).
- Les magistrats sont indépendants vis-à-vis du roi.
- La création excessive d'offices (pourles revenus royaux) entraîne la baisse de leur valeur au XVIIIe.
- La bourgeoisie investit dans les offices plutôt que dans l'économie productive.
- Les magistrats sont rémunérés par les "épices" payées par les plaideurs.
- Au XVIIIe, les hautes fonctions deviennent inaccessibles aux bourgeois, ce qui entraîne leur désengagement du soutien au régime.
- Le roi recourt donc aux commissaires pour les missions délicates.
Section 2 : L'opposition parlementaire etl'impossibilité de réformer la justice
L'opposition des Parlements s'intensifie du XVIe au XVIIIe siècle.
Paragraphe 1 : Les origines et la compétence des Parlements
- Initialement un seul Parlement à Paris(mi-XIIIe s., né de la Curia Regis de Saint Louis).
- Devient une institution judiciaire autonome.
- L'extension du pouvoir royal et la généralisation de l'appel (Saint Louis) entraînent la création d'autres parlements : Toulouse (1444), Bordeaux (1462), Aix (1501).
- 1789 : 12 Parlements et 4 Conseils Souverains.
2- Les attributions judiciaires
- Compétence large (judiciaire et administratif).
- Principalement des juridictions d'appel (décisions des juridictions inférieures et seigneuriales).
- Jugent en premier et dernier ressort des affaires spécifiques (ex: lespairs de France).
- Rendent des arrêts de règlements :
- Portée générale, s'appliquent à l'avenir.
- Interdits après 1804 (Code Civil art. 5).
- Servent à combler le vide juridique (coutumes, silence de la loi royale).
- Interviennent dans la police et la "bonne administration" (ex: marchés).
- Procèdent à l'enregistrement des ordres royaux.
Paragraphe2 : Enregistrement et les remontrances
- Les ordres royaux deviennent exécutoires après enregistrement par les Parlements.
- Procédé d'opposition :
- Les Parlements adressent des remontrances au roi s'ils trouvent un problème.
- Le roi ordonne l'enregistrement par lettres de jussion.
- Le Parlement peut s'incliner ou faire des itératives remontrances.
- Le roi peut tenir un lit de justice (se rend au Parlement et ordonne personnellement l'enregistrement).
- Les Parlements peuvent alors "faire grève" en suspendant l'exercice de la justice.
- Les Parlements développent :
- La théorie des classes (un seul corps parlementaire).
- Prétendent intervenir dans le pouvoir législatif.
- Se posent en défenseurs de la Nation.
Paragraphe 3 : La réforme du Chancelier Maupeou (1771-1774)
- Réforme face à l'opposition persistante du Parlement de Paris.
- Contenu :
- Démembrement du Parlement de Paris par la création de 6 ConseilsSupérieurs.
- Suppression de la vénalité des offices pour les hauts magistrats.
- Les magistrats sont désormais nommés et rétribués par le roi (plus d'épices), la justice devient "gratuite".
- Succès initial pour redonner l'avantage à la royauté.
- Annulée par Louis XVI en 1774, qui rappelle les anciens parlementaires pour se rendre populaire.
- Anecdote Maupeou : "J'avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis 300 ans ; s'il veut le perdre encore, il est bien le maître."
Paragraphe 4 : La réforme du Chancelier Lamoignon (1788)
- Édits du 8 mai 1788.
- Contenu :
- Retire aux Parlements l'enregistrement des lois générales (transféré à une cour plénière).
- Crée 47 Grands Bailliages pour statuer enappel jusqu'à 20 000 livres (limite les appels aux Parlements).
- Réforme jamais mise en œuvre à cause de l'opposition virulente des Parlements.
- Le roi doit convoquer les ÉtatsGénéraux (1789), perdant le contrôle des événements (faillite de l'État).
Chapitre 3 : Le mouvement critique à l'encontre de la justice dans le dernier tiers du XVIIIe siècle
Les Lumières (XVIIIe s.) développent une approche rationnelle, remettant en cause l'autorité et les privilèges irrationnels.
- Critique de la justice criminelle : archaïque, complexe, arbitraire, non respectueuse des droits de la défense.
- Réclame une loi protégeant les citoyens et le principe d'égalité.
Exemples d'affaires emblématiques :
- Affaire Calas (1762) :
- Voltaire s'engage.
- Un père protestant est accusé d'avoir assassiné son fils voulant se convertir au catholicisme.
- Le fils s'est suicidé (crime "infâme" à l'époque), la famille a menti.
- Père condamné à la roue (supplice pour les roturiers) et à l'amende honorable.
- Voltaire et les philosophes mènent une campagne.
- Le Conseil des Parties casse l'arrêt pour vice de procédure (preuves insuffisantes). Calas est réhabilité.
- Affaire du Chevalier de la Barre (1765) :
- Un groupe de jeunes, dont de la Barre, accusés de mutiler un crucifix.
- Un dictionnaire philosophique de Voltaire est trouvé chez lui.
- Condamné à l'amende honorable, la langue coupée, décapitation et brûlé.
- Très critiquée, Voltaire intervient sans succès.
- Affaire Sirven (1762) : parents protestants accusés d'avoir assassinéleur fille (qui voulait se convertir).
Ces affaires alimentent la critique contre la justice criminelle.
- Voltaire et Beccaria : réclament la réforme du système pénal.
- Beccaria : "Traité des délits et des peines" (1764) :
- Succès mondial, rassemble les critiques contre la justice criminelle.
- Propose les principes fondamentaux du nouveau droit pénal.
- Plaide pour l'adoucissement des peines.
- Les peines doivent être : certaines, dissuasives, nécessaires, impartiales.
- Utilitarisme de la peine : la peine doit être utile à la société (éviter la récidive, dissuader).
- S'oppose au principe de rétribution (qui dominait avant).
- Prône le principe de la légalité : lois écrites, prévisibles.
- Un des premiers abolitionnistes (peine de mort).
- L'homme, en contractant socialement, n'a pas donné le droit de le tuer.
- Propose de remplacer la peine de mort par l'esclavage perpétuel (travail forcé).
- Jérémy Bentham (1748-1832) : développe l'utilitarisme.
- Le criminel fait un calcul rationnel : "La peine doit se faire craindre plus que le crime ne se fait désirer."
- Imagine le Panoptique (système de surveillance induisant l'autodiscipline chez les détenus).
DEUXIÈME PARTIE : La Révolution de la Justice
Les révolutionnaires veulent créer une nouvelle sociétéet un nouveau citoyen ("régénérer").
- Anéantir l'Ancien Régime (politique, administratif, judiciaire).
- Les hommes de loi (avocats, sénéchaux) dominent l'Assemblée Constituante (Juin1789 - Octobre 1791).
- Dès Août 1789, réforme générale de la justice :
- Modèle libéral et protection des droits citoyens.
- Principes balayés par la justice révolutionnaire et le recul sous le Directoire (1795).
Chapitre 1 : La nouvelle organisation de la justice
La prise de la Bastille (14 juillet) symbolise la fin de l'arbitraire et marque le début des réformes.
- Débats (Mars 1790), aboutissement (Août 1790).
- Loi des 16 et 24 août 1790 : organisation des juridictions civiles.
- Lois des 27 novembre et 1er décembre 1790 : création du Tribunal de Cassation.
- Lois des 19 et 22 juillet 1791 : réorganisation des juridictions pénales.
- Code Pénal : promulgué le 25 septembre et 6 octobre 1791.
Section 1 : Les juridictions de l'ordre judiciaire : justice civile
Principale méfiance des députés envers les juges et hommes de loi (suiteà l'opposition des Parlements).
- Volonté de simplification et de rationalisation.
- Volonté de privilégier l'arbitrage et la conciliation.
Paragraphe 1 : La fin de la justice del'Ancien Régime
- Nuit du 4 août 1789 : abolition des privilèges.
- Suppression des justices seigneuriales.
- Suppression de la vénalité des offices.
- La justice devient gratuite (plus d'épices).
- Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC) du 26 août 1789.
- 3 novembre 1789 : démantèlement des Parlements (mis "en vacances" pour durée illimitée).
- Septembre 1789 : suppression de l'Ordre des Avocats.
- Principe de la liberté de la défense : chacun peut se défendre ou défendreautrui.
- Apparition des défenseurs officieux (anciens avocats sans exigences de diplôme).
- Suppression des facultés de droit (ou discréditées).
Paragraphe 2 : La loi des16 et 24 août 1790 : fondement de la nouvelle organisation judiciaire
- Cette loi organise toute la justice, crée de nouveaux tribunaux rationnels sur les nouvelles divisions administratives (départements, districts, cantons, communes).
A- Volonté d'arbitrage et de conciliation.
- Idéal d'éviter les tribunaux (lenteur, vices).
- L'arbitrage (par des particuliers désignés) est le moyen privilégié de résolution des conflits.
- L'arbitrage est facultatif, sauf pour les affaires familiales :
- Tribunaux de famille : composés de parents, amis, voisins.
- Tentative de résoudre les conflits avant la justice.
- Supprimés en 1796 (non satisfaisants).
- Création des Juges de Paix (un par chef-lieu de canton) :
- N'est pas un magistrat, mais un "père de famille" proche.
- Prône l'équité.
- Juge en première instance les affaires personnelles/mobilières de faible valeur (moins de 50 livres sans appel, 50-100 livres avec appel).
- Rôle essentiel de conciliation avant saisie du tribunal pour les affaires deplus de 100 livres.
- Maintien des Tribunaux consulaires (commerce) : juges élus, gratuité.
B- La simplification de l'organisation juridictionnelle.
- Réaction à la complexité de l'Ancien Régime.
- Refus de créer une hiérarchie judiciaire.
- Utilisation des nouvelles divisions géographiques :
- Tribunaux de District (6 à 8 par département) : jugent affaires> 100 livres.
- La justice civile est limitée à deux degrés de juridiction.
- Maintien de l'appel sans créer de tribunaux d'appel spéciaux :
- Appel circulaire : une juridictionde même degré que celle qui a statué en première instance juge en appel.
- Les Tribunaux de District peuvent juger en appel les uns pour les autres.
Paragraphe 2 : La création du Tribunal de Cassation par la loi des 17 novembre et1er décembre 1790
- Fonction : protéger la loi, éviter que le juge ne se trompe ou n'interprète.
- Cultee de la loi : Nomophilie.
- Vérifie l'application dudroit et de la procédure, n'examine pas les faits.
- Les constituants ne veulent pas que les magistrats interprètent la loi, qui doit être souveraine et claire.
- Placé auprès du Corps Législatif.
- Ne décide pas en dernier ressort :après deux cassations, l'affaire est renvoyée au Corps Législatif (référé législatif).
Section 2 : La création d'une nouvelle justice pénale
- Nouveaux principes proclamés par la DDHC (26 août 1789).
- Nouveaux tribunaux (16 et 24 août 1790, 19 et 22 juillet 1791).
- Code Pénal : 1791.
Paragraphe 1 : La proclamation de nouveaux principes : la DDHC
- Idéologie des Lumières, reflet de la nomophilie.
- Liberté et égalité en droit.
- Légalité des incriminations et des peines (Art. 7).
- Interdiction de la rétroactivité des lois (Art. 8).
- Liberté de conscience, d'opinion, d'expression (Art. 10 et 11).
- Présomption d'innocence.
- Ces principes seront suspendus pour les "ennemis de la révolution" (à partir du 10 août 1792).
Paragraphe 2 : Le nouveau ministère public
- Avant : "gens du roi".
- Maintenant : division en deux (bicéphale) :
- Commissaire du roi (nommé, représente le pouvoir exécutif).
- Accusateur public (élu, représente la Nation, poursuit, soutient l'accusation).
- Octobre 1792 : les commissaires du roi sont supprimés, seul l'accusateur public compose le parquet.
Paragraphe 3 : Les tribunaux de police correctionnelle
Création de 3 ordres de juridictionrépressive (distinction toujours en vigueur) :
- Tribunal de police : contraventions (faits les moins graves).
- Tribunaux correctionnels : délits.
- Tribunaux criminels : crimes.
A- Le Tribunal de Police
- Installé dans chaque municipalité (Loi des 19 et 22 juillet 1791).
- Juge les infractions mineures (contraventions).
- Composé de 3 officiers municipaux élus.
- Prononce amendes et emprisonnements jusqu'à 8 jours.
- Appel possible auprès du Tribunal de District.
B- Le Tribunal de Police Correctionnelle
- Siège au chef-lieu de canton.
- Composé du juge de paix et de deux assesseurs.
- Juge les délits (mendicité, vagabondage, etc.).
- Appel possible auprès du Tribunal de District.
Paragraphe 4 : Le Tribunal Criminel
- Créé dans chaque chef-lieu de département.
- Seul compétent pour les crimes.
- Composition : président (magistrat), trois juges (des tribunaux de district), deux représentants du ministère public,12 jurés.
- Innovation majeure : le jury populaire (citoyens) décide de la culpabilité.
- Le jury est l'expression de la volonté du peuple souverain.
- Le rôle du juge estmécanique : appliquer la peine fixe prévue par la loi ("les juges ne sont que la bouche qui prononce les paroles de la loi" - Montesquieu).
- Inconvénients :
- Jurés ne décident pas de la peine (disproportion).
- Pour compenser, les jurés acquittent parfois les coupables (plaintes sur l'excès d'acquittements).
- Appel impossible en matière criminelle (jusqu'à la loi du 15 juin2000).
Paragraphe 5 : Le Code Pénal de 1791
- Comité de rédaction présidé par Le Pelletier de Saint Fargeau.
- Principes :
- Fixité des peines : peines fixes et égales pour tous (égalité des citoyens).
- Abolition du droit de grâce.
- Le comité propose l'abolition de la peine de mort, mais l'Assemblée Constituante la maintient.
- Instauration de la guillotine (décapitation mécanique) : considérée comme indolore et égalitaire.
- La prison devient une peine à part entière (avant : lieu de détention provisoire).
- Volonté de permettre la réinsertion des condamnés (peines à durée limitée).
- Idée d'utiliser l'enfermement pour "améliorer" les individus.
Chapitre 2 : Lesremises en cause du modèle libéral de l'Assemblée Constituante
Section 1 : La justice révolutionnaire
Contexte de crise (été 1792) conduit à l'instauration du gouvernement révolutionnaire le 10 août 1792.
- Grande Terreur sous la Convention.
- Suspension des garanties judiciaires au profit d'une justice révolutionnaire pour les "ennemis de la révolution".
Paragraphe 1 : Les justiciables des tribunauxrévolutionnaires
- Distinction entre "bons" et "mauvais" citoyens.
- Catégories de "mauvais citoyens" (de plus en plus nombreuses) :
- Émigrés.
- Prêtres réfractaires (refusant le serment de fidélité à la constitution).
- Suspects (contre-révolutionnaires, sans définition précise, loi du 17 septembre 1793).
- Les suspects ne bénéficient plus des mêmesgaranties judiciaires.
- Décret du 10 juin 1794 instaure la "Grande Terreur" : élargit la liste des suspects punissables de mort.
Paragraphe 2 : Les tribunaux révolutionnaires
- 10 mars 1793 : création du Tribunal Criminel Extraordinaire à Paris (dit révolutionnaire).
- Juge sans appel ni recours en cassation les traîtres et conspirateurs.
- Composé de 5 juges et 12 jurés (nommés par la Convention), un accusateur public (Fouquier-Tinville).
- 10 juin 1794 : décret de la Grande Terreur :
- Allège les garanties :suppression des défenseurs et témoins.
- Les jurés peuvent condamner sur simple "impression morale".
- La seule peine applicable est la peine de mort (ou la relaxe).
- Conséquences : 300 000 suspectsemprisonnés, 40 000 victimes.
- Après 1795, retour progressif à des procédures plus clémentes.
Section 2 : Les réformes du Directoire en 1795 : vers un modèle étatique de justice
Après la chute de Robespierre (9 thermidor an II - 27 juillet 1794), le Tribunal Révolutionnaire est supprimé.
- Le Directoire (nouvelle assemblée en 1795) instaure une justiceétatisée, contrôlée par le pouvoir politique.
- Modèle étatique VS modèle libéral de 1790.
- Le pouvoir exécutif est représenté dans chaque juridiction par un commissaire (nommé et révocable par le Directoire).
- Chargé de l'exécution des lois, de la surveillance des procédures et des juges.
- Rétablissement d'un Ministère de la Justice, centralisation.
- Suppression des districts en 1795 :remplacement par un Tribunal Civil dans chaque chef-lieu de département.
- Suppression des tribunaux de famille en 1796.
- Maintien du principe d'élection des juges, mais le Directoire intervient de plus en plus dansles nominations.
- Ce modèle étatique sera repris par Napoléon en 1800.
Chapitre 3 : Quelle place pour le pouvoir judiciaire sous la Révolution ?
Interrogation sur la place de la justice dans l'ordre constitutionnel.
- Montesquieu (L'Esprit des Lois, 1748) : distingue 3 pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et prône leur séparation.
- La justice révolutionnaire n'a jamais été dotéed'un véritable pouvoir.
Section 1 : L'apparition du concept du pouvoir judiciaire
- 1789 : affirmation du principe de séparation des pouvoirs (avant, tout était au roi).
- La Constitution de 1791 reconnaît l'existence du pouvoir judiciaire.
Section 2 : La réalité du concept de pouvoir judiciaire
- Les révolutionnaires veulent limiter le pouvoir judiciaire (peur de l'empiètement sur législatif/exécutif,comme les Parlements).
- Méfiance qui conduit à :
- La séparation entre ordre judiciaire et ordre administratif (Loi des 16 et 24 août 1790 : interdit aux juges de juger le contentieuxadministratif).
- La soumission des magistrats au règne de la loi.
- L'élection des juges (pour éviter une magistrature professionnelle puissante).
- Élus pour 6 ans (30 ans, 5 ans d'exercice).
- Placés sous la surveillance de la Nation, le peuple participe à la justice.
- La disparition de la hiérarchie judiciaire (réseau de petits tribunaux).
- Création de la justicerévolutionnaire (dépendante de la Convention) pour écarter le contentieux des juridictions ordinaires.
TROISIÈME PARTIE : Du modèle napoléonien à l'épreuve des Républiques : la justice de 1800
La Révolution (1789-1799) s'achève avec le coup d'État de Napoléon (Brumaire an VIII - novembre 1799).
- Consulat (1799-1804) puis Ier Empire(à partir de 1804).
- Napoléon réorganise l'État de façon hiérarchique, en s'inspirant de l'Ancien Régime et des acquis révolutionnaires.
- Désignation et nomination par le chef de l'exécutif (plus d'élections).
- En 1800, le titre constitutionnel relatif à la justice s'intitule "des tribunaux", non plus "du pouvoir judiciaire".
Chapitre 1 :Les réformes de la justice sous le Consulat et l'Empire (1799 - 1814)
Section 1 : Nouvelle organisation des juridictions civiles
- Loi du 27 ventôse an VIII (18 mars 1800) : fixe la pyramide des juridictions et les compétences.
- Justice civile réformée en premier, pénale plus tard (1808-1810).
- À la base : Juges de Paix (chef-lieu de canton) : conciliation etpetits litiges.
- Par arrondissement : Tribunal de Première Instance ou Tribunal d'Arrondissement (3-4 par département).
- Juges de droit commun (sauf compétences du juge de paix).
- Statut en appel sur les sentences dujuge de paix.
- Création de 28 Tribunaux d'Appel (ressort de 2-3 départements) : recrée une hiérarchie judiciaire.
- Maintien du Tribunal de Cassation.
- 1804 : Les tribunaux d'appel et de cassation deviennent des "Cours" (Cour d'appel, Cour de cassation), adoptant les dénominations de l'Ancien Régime.
- Maintien des Tribunaux deCommerce.
- 1806 : Création du Conseil de Prud'hommes (à Lyon) pour les conflits patrons-ouvriers.
Section 2 : La réforme de la justice pénale
- En 1808 : Code d'Instruction Criminel (procédure pénale).
- En 1810 : nouveau Code Pénal.
Paragraphe 1 : Les tribunaux pénaux
- Juges de Paix : jugent toujours les contraventions (Tribunal de Police).
- Tribunaux de Première Instance : deviennent aussi Tribunaux Correctionnels (jugent les délits).
- Innovation majeure : les crimes sont jugés par les Cours d'Assises (remplacent les tribunaux criminels départementaux).
- S'assemblent une fois par mois, pas de personnel permanent.
- Composition : président (magistrat), 2 assesseurs (magistrats), 9 jurés (citoyens).
- Pas d'appel possible en matière criminelle (jusqu'à la loi de 2000).
- Code Pénal de 1810 : "Code de fer", plus répressif que celuide 1791.
- Rétablit des supplices (marque au fer rouge, poing coupé pour les parricides).
- Rétablit et aggrave les peines perpétuelles.
- Prévoitun maximum et un minimum pour les peines (plus de liberté pour le magistrat, contrairement aux peines fixes de 1791).
- Le droit de grâce est rétabli en 1802.
Paragraphe 2 : Le rôle croissant du ministère public
- Le ministère public (représenté par le Procureur Général) est l'instrument essentiel de la politique pénale des gouvernements.
- Le Code d'Instruction Criminel de 1808 consacre le principe de la légalité des poursuites (vs opportunité).
- Mais le parquet va étendre ses prérogatives :
- Vérifie les faits par des enquêtes officieuses (avant d'engager les poursuites).
- Écarte les affaires mineures (en fait, il décide de l'opportunité des poursuites).
- Loi de 1863 sur le flagrant délit : permet une instruction rapide pour le tribunal correctionnel.
- Correctionnalisation : le parquet écarte des circonstances aggravantes pour qu'une affaire soit jugée comme délit (par un tribunal correctionnel) et non comme crime (par une cour d'assises).
- À partir de 1825 : publication du Compte Général de l'Administration de la Justice Criminelle (statistiques criminelles).
Paragraphe 3 : Le Juge d'Instruction
- Créé par le Code d'Instruction de 1808.
- Qualifié par Balzac de "l'homme le plus puissant", car il est le seul à mener les enquêtes.
- Mais ses prérogatives ont été réduites par le rôle croissant du ministère public :
- Le parquet peut obtenir communicationdes pièces du dossier, assister aux actes d'instruction.
- Le ministère public assure l'exécution des ordonnances du juge d'instruction.
- Le rôle du juge d'instruction a été réduit par la pratique : de moins en moins saisi,le ministère public prenant le relais.
Section 3 : La justice administrative
- Loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) : réforme l'administration et créé les juridictions administratives.
- Créationdes Préfets.
- Dans chaque chef-lieu de département : Conseil de Préfecture (présidé par le Préfet) : statue sur une partie du contentieux administratif.
- Le Conseil d'État (créépar la Constitution de l'an VIII) :
- Rédige les projets de lois, soutient devant le corps législatif.
- Juridiction administrative : statue en première instance et en appel pour les affaires non attribuées aux Conseils de Préfecture.
- Relève de la justice retenue : Bonaparte (chef du gouvernement) peut accepter, modifier ou rejeter les propositions de jugement du Conseil d'État.
- Son rôle diminue après l'Empire, mais reprend de l'importance sous Napoléon III.
Chapitre 2 : Une magistrature politisée
La carrière des magistrats obéit à la nomination (depuis 1800).
- La stabilité actuelle de la magistrature est récente (XXe s.), avant: destitutions fréquentes.
Section 1 : Les conditions de recrutement et d'avancement au XIXe siècle
- 1800 : avoir 30 ans.
- 1810 (loi du 10 avril) : exigence d'une licence en droit + stage de deux ans au barreau.
- Recrutement et avancement par le ministre de la Justice.
- Importance des recommandations des protecteurs influents proches du pouvoir.
- Critères sociaux : nécessité d'une fortune personnelle (les magistrats étaient peu rémunérés).
- Le Code Civil de 1804 insiste sur la protection de la propriété.
- Magistrats du siège : inamovibles.
- Magistrats du parquet : au service du gouvernement, non inamovibles.
Section 2 : Les épurations de la magistrature
Malgré l'inamovibilité théorique des magistrats du siège, des destitutions ont lieu à chaque changement de régime politique.
- Les magistrats du parquet sont systématiquement écartés et remplacés par des hommes "fiables".
- Exemples :
- 1830 (Monarchie de Juillet) : épuration.
- 1848 (IIe République) : tous les membres du parquet sont écartés.
- 1879 (arrivée des Républicains au pouvoir) : tentative de "républicaniser" la magistrature (Ministre Cazot).
- Épuration de 1883 (loi du 30 août) : suspension de l'inamovibilité pour 3 mois, suppression de postes.
- Épuration idéologique et raciste sous le régime de Vichy : chasse auxétrangers, naturalisés, francs-maçons, juifs (pratiquement 300 magistrats visés).
- Après la Seconde Guerre Mondiale : épuration de 10% des magistrats.
Section 3 : L'évolution du statut des magistrats
Paragraphe 1 :
- Longue marche vers des modes d'avancement et de recrutement objectifs au XXe siècle.
- Fin XIXe : ouverture du recrutement, la magistrature reflète mieux le corps social.
I- La longue marche vers lacréation d'un concours
- Dès 1840 : idée d'un concours d'entrée, mais controversé (évalue la rapidité plus que la maturité).
- 1875 : décret instituant un concours annuel pour les attachés au parquet (disparaît en 1879).
- 1906 (Décret Sarrien) : crée un concours d'entrée à la magistrature + tableau d'avancement (pour l'indépendance).
- Supprimé, remplacé par un examenprofessionnel en 1908.
- Après 1945 : Michel Debré crée l'ENA (1945) et l'École Nationale de la Magistrature (ENM) (1958, initialement Centre National d'Études Judiciaires).
- 1946 (IVe République) : création du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) pour protéger les magistrats de l'arbitraire politique.
- Décide des nominations et avancements des juges du siège, juridiction disciplinaire.
- Composition évolue :
- 1946 : Président, Garde des Sceaux, membres élus par l'AN, membres choisis par le Président, magistrats élus par leurspairs.
- 1958 : tous les membres nommés par le Président, magistrats majoritaires.
- Depuis 2008 : magistrats minoritaires, personnalités extérieures majoritaires.
- Actuellement : CSM propose les nominations pour leshauts sièges, donne un avis pour les autres magistrats du siège (avis que le gouvernement doit suivre).
- Concernant le parquet : le Président nomme sur proposition du Garde des Sceaux (avis du CSM non contraignant).
- Depuis 30 ans :revendication d'indépendance du parquet.
- 1958 : grande réforme instaurant un concours d'entrée à la magistrature.
Paragraphe 2 : L'accès de la magistrature aux femmes
- 1900 : les femmes accèdent au barreau (Jeanne Chauvin).
- Accès à la magistrature : initialement refusé pour incapacité politique (pas de droit de vote).
- Après la Libération : 1946, loi du 11 avril : "tout Français de l'un ou de l'autre sexe peut accéder aux fonctions de la magistrature".
- Longtemps, les femmes restent minoritaires et accèdent difficilement aux plus hautes fonctions.
Chapitre 3 : Lesréformes de la carte judiciaire de 1815 à 1958
La carte judiciaire : répartition territoriale des tribunaux.
- Peu de réformes jusqu'en 1958 (difficulté de modifier l'organisation judiciaire).
- Apparition de justices spécialisées.
Section 1 : Les remaniements de la période 1919-1958
- Début XXe s. : évolution avec 2 tendances :
- Apparition de juridictions spécialisées.
- Volonté de regroupement des tribunaux.
Paragraphe 1 : L'apparition de juridictions spécialisées
- 1919 : Tribunal des Pensions (victimes de guerre).
- 1943 : Tribunaux Paritaires des Baux Ruraux (conflits propriétaires/fermiers).
- 1945 : Juridictions spécialisées pour le contentieux de la Sécurité Sociale.
- Après la Libération : Justice des Mineurs (Ordonnance du 2 février 1945).
- Prééminence des mesures éducatives sur la sanction pénale.
- Création du Juge des Enfants (dans chaque TPI).
- Juridiction composée du juge des enfants et de deux assesseurs.
- Cour d'Assises des Mineurs (pour crimes des mineurs de 16 ans et plus).
Paragraphe 2 : La volonté d'opérer un regroupement des tribunaux
- Volonté de faire des économies budgétaires.
- 1919 : regroupement des Justices de Paix.
- 1926 (Réforme Poincaré) : suppression de 227 Tribunaux d'Arrondissement, remplacés par des tribunaux départementaux.
- Réforme motivée par les difficultés financières (post-1ère GM).
- Forte opposition des élus et des départements.
- Loi du 16 juillet 1930 abroge cette réforme.
- 1934 et 1945 : mesures pour diminuer le nombre de juges.
Section 2 : Les réformesde 1958
Paragraphe 1 : Une réforme d'ensemble de la justice
- Décrets et ordonnances du 22 décembre 1958 (sous le Général de Gaulle).
- Troisième grande réforme après 1800.
- Crée un centre de formation de magistrats (ENM).
- Revalorise la fonction de magistrat.
- Crée le Juge de l'Application des Peines (JAP).
- Instaure le sursis avec mise à l'épreuve (SME).
- Remodifie la carte judiciaire.
Paragraphe 2 : La nouvelle organisation des tribunaux civils
- Disparition des Justices de Paix,remplacées par les Tribunaux d'Instance (TI) (juge unique, même compétences, chef-lieu d'arrondissement).
- Disparition des tribunaux de droit commun, remplacés par les Tribunaux de Grande Instance (TGI) (chef-lieu de département).
- Les TGI jugent aussi les délits (fonction de Tribunal Correctionnel) et les contraventions (Tribunal de Police).
- 2020 : Fusion des TI et TGI en TribunalJudiciaire (TJ).
- Les anciens TI ne siégeant pas au même lieu qu'un TGI sont maintenus comme Tribunaux de Proximité.
Paragraphe 3 : La réforme de 1958 en matière pénale
- Division tripartite des infractions maintenue :
- Contraventions : Tribunal de Police (au sein du Tribunal d'Instance).
- Délits : jugés en audience correctionnelle par le TGI (président et 3 juges).
- Appel auprès de la Chambre des Appels Correctionnels de la Cour d'Appel.
- Crimes : jugés par les Cours d'Assises (3 magistrats, procureur, 9 jurés).
- Loi du 15 juin 2000 : introduction de l'appel en matière criminelle.
- Depuis le 1er janvier 2023 : les crimes punis de moins de 20 ans de réclusioncriminelle sont jugés par des Cours Criminelles Départementales (CCD) (5 magistrats professionnels, sans jurés populaires) pour accélérer et réduire les coûts.
- L'appel des CCD est possible devant une Cour d'Assises avec jurés.
Chapitre 4: L'Avènement de la Justice Internationale
Section 1 : Juger les représentants d'un État
- 1919 (Traité de Versailles) : première tentative de créer une juridiction internationale pour juger Guillaume II (empereur d'Allemagne).
Paragraphe 1 : Les tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et Tokyo
- Après la Seconde Guerre Mondiale : mise en place de tribunaux internationaux pour juger les responsables des crimes (nouveauté historique).
- Tribunal de Nuremberg (Novembre 1945 - Octobre 1946) :
- Juge les plus hauts dignitaires nazis.
- 4 chefs d'accusation : complots, crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l'humanité(nouvelle notion, atteinte aux populations civiles).
- Critiqué comme une "justice de vainqueurs".
- Procès de Tokyo (3 mai 1946) :
- Juge les dirigeants japonais pour crimes de guerre et atrocités.
- Procès biaisé (absence de l'empereur Hirohito, occultation des expérimentations médicales japonaises).
Paragraphe 2 : La notion juridique de génocide
- Terme créé en 1944 par Raphaël Lemkin (juriste polonais).
- Désigne la destruction d'un groupe humain en raison de sa race, religion ou nationalité.
- Exemples : génocide arménien (1915), génocide desjuifs et tziganes (Holocauste).
- Distinct des crimes contre l'humanité (vise la nature de l'acte, *ex: meurtre de masse*). Le génocide a un motif spécifique.
- L'ONU adopte la Convention pour la prévention et la répression des génocides le 9 décembre 1948 (entrée en vigueur en 1951).
- Le 10 décembre 1948 : adoption de la Déclaration Universelle des Droits del'Homme.
Section 2 : La mise en place des juridictions supranationales
Paragraphe 1 : L'Europe des Droits de l'Homme
- Convention Européenne des Droits de l'Homme et des Libertés(1950) : élaborée au sein du Conseil de l'Europe.
- Reprend les principes de la DDHC de 1948, avec un dispositif de contrôle et de sanction contraignant.
Paragraphe 2 : La Cour Internationale de Justice(CIJ)
- Mise en place en 1945 par la Charte des Nations Unies.
- Mission : régler les différends juridiques entre États (seulement si les États consentent).
Paragraphe 3: Les juridictions pénales internationales
- Statut de Rome (17 juillet 1998) : institue la Cour Pénale Internationale (CPI) en 2002.
- Juge les crimes contre l'humanité, génocides et crimes de guerre.
- Difficultés : absence de force de police propre, dépendance des États, réticence des grandes puissances (ex: États-Unis sous Trump).
- Autres juridictions :
- Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) : 1993, 90 condamnations.
- Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) : 1994.
- ChambresExtraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CTEC) : 2003, jugent les crimes des Khmers Rouges.
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