Économie générale: Réviser avec clarté

52 cards

Ce guide concis et clair est conçu pour aider les étudiants en École Préparatoire aux Grandes Écoles (EPGE), filière économique et commerciale générale (ECG), niveau ECG1 (année académique 2025-2026), à maîtriser les concepts fondamentaux de l'économie. Il aborde les acteurs économiques, les marchés, les défaillances de marché, la croissance, le développement et la soutenabilité, ainsi que les grands courants de pensée économique, en se concentrant sur une compréhension approfondie pour la réussite aux concours.

52 cards

Review
Question
Qu'est-ce qu'une unité institutionnelle (UI) ?
Answer
Une UI est un centre élémentaire de décision économique avec un comportement unique et une autonomie de décision dans sa fonction principale.
Question
Qu'est-ce qu'un secteur institutionnel (SI) ?
Answer
Un SI regroupe des UI ayant un comportement économique analogue, défini par leur fonction principale similaire.
Question
Quelle est la principale fonction des entreprises ?
Answer
Les entreprises produisent majoritairement des biens et services non financiers marchands, leurs ressources provenant des ventes.
Question
Quels sont les critères de classement des entreprises ?
Answer
Les entreprises sont classées par taille, statut juridique, importance commerciale (chiffre d'affaires) et secteur d'activité.
Question
Qu'est-ce qu'un ménage selon l'INSEE ?
Answer
Un ménage est un ensemble d'individus vivant sous le même toit, incluant les familles et les entrepreneurs individuels.
Question
Quelle est la fonction principale des administrations publiques (APU) ?
Answer
Les APU produisent des services non marchands et redistribuent revenus et patrimoine, financées principalement par les impôts.
Question
Quel était le rôle de l'État pour les libéraux des XVIIIe et XIXe siècles ?
Answer
L'État devait être minimal, se limitant aux fonctions régaliennes pour ces libéraux, avec des interventions limitées.
Question
Quelle est la fonction principale des sociétés financières ?
Answer
Les sociétés financières fournissent des services d'intermédiation financière, financées par les engagements contractés.
Question
Quel est le rôle clé d'une banque ?
Answer
Une banque reçoit des dépôts du public, accorde des crédits et opère une transformation monétaire, transformant dépôts courts en crédits longs.
Question
Que sont les ISBLM ?
Answer
Les Institutions Sans But Lucratif au service des Ménages (ISBLM) produisent des services non marchands pour leurs membres, financées par cotisations et subventions.
Question
Qu'est-ce que le « Reste du monde » en comptabilité nationale ?
Answer
C'est l'ensemble des unités non-résidentes avec lesquelles les unités résidentes effectuent des opérations économiques.
Question
Comment la balance des paiements enregistre-t-elle les échanges ?
Answer
Elle enregistre les flux réels, monétaires et financiers entre résidents et non-résidents d'un pays sur une période donnée.
Question
Quel est l'objectif principal de l'enseignement de l'économie en classes préparatoires ECG ?
Answer
Il vise à fournir aux étudiants les outils d'analyse et de compréhension du monde contemporain, en combinant science économique et histoire de la pensée économique.
Question
Quelles sont les compétences développées par l'enseignement de l'économie en ECG ?
Answer
Il vise à développer les compétences de synthèse, d'analyse et d'argumentation, ainsi que la maîtrise des concepts et modèles économiques majeurs.
Question
Combien de modules structurent le programme d'économie en ECG ?
Answer
Le programme est structuré en quatre modules semestriels.
Question
Quel est l'objectif du premier module d'économie ?
Answer
Il vise à faciliter la transition entre l'enseignement secondaire et supérieur, en présentant les bases et méthodes essentielles de l'économie, notamment de la microéconomie.
Question
Quels sont les thèmes abordés dans le premier module d'économie ?
Answer
Le premier module aborde les bases et méthodes de l'économie, l'histoire de la pensée économique, les fondements de l'économie et les équilibres de marché.
Question
Quel est le but de la première partie du module 1 sur les fondements de l'économie ?
Answer
Il s'agit d'étudier le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux contemporains.
Question
Quelles sont les caractéristiques étudiées pour les acteurs économiques ?
Answer
On étudie les caractéristiques des acteurs économiques et les opérations qui les relient, en utilisant les concepts de la comptabilité nationale.
Question
Qu'est-ce que le circuit économique selon la comptabilité nationale ?
Answer
C'est une représentation graphique simplifiée de l'activité économique, décrivant par des flux les relations essentielles entre les agents économiques.
Question
Quel est le but de la première partie du module 1 sur les fondements de l'économie ?
Answer
La première partie vise à étudier le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux contemporains.
Question
Que signifie le terme
Answer
Le terme
Question
Qui sont les parties prenantes du secteur des administrations publiques ?
Answer
Le secteur des administrations publiques (APU) regroupe l'administration centrale, les administrations locales et la Sécurité sociale.
Question
Quelle est la fonction principale des sociétés financières ?
Answer
Les sociétés financières fournissent des services d'intermédiation financière et leurs ressources proviennent des engagements contractés.
Question
Quel est l'objectif des ISBLM ?
Answer
Les Institutions Sans But Lucratif au service des Ménages (ISBLM) produisent des services non marchands destinés à leurs membres.
Question
Qu'est-ce que le "Reste du monde" en comptabilité nationale ?
Answer
Le "Reste du monde" est l'ensemble des unités non-résidentes effectuant des opérations avec les unités résidentes.
Question
Comment les flux économiques sont-ils classés ?
Answer
Les flux sont classés en trois catégories : opérations sur biens et services, opérations de répartition et opérations financières.
Question
Quel est l'objectif de l'enseignement de l'économie en ECG ?
Answer
Il vise à fournir aux étudiants les outils d'analyse et de compréhension du monde contemporain, alliant science économique et histoire de la pensée économique.
Question
Combien de secteurs institutionnels la comptabilité nationale distingue-t-elle ?
Answer
La comptabilité nationale distingue six secteurs institutionnels.
Question
Quand le terme 'entreprise' est-il apparu en France ?
Answer
Le terme 'entreprise' est apparu en France dès le XIIe siècle, signifiant 'se décider à faire une chose et s'engager dans son exécution'.
Question
Quel est l'objectif global de l'enseignement de l'économie en classes préparatoires ECG ?
Answer
Il vise à fournir aux étudiants les outils pour analyser et comprendre le monde contemporain, en combinant la science économique et l'histoire de la pensée économique.
Question
Quelles sont les compétences développées par l'enseignement de l'économie en ECG ?
Answer
Il développe la synthèse, l'analyse, l'argumentation, et la maîtrise des concepts et modèles économiques majeurs pour comprendre les phénomènes contemporains.
Question
Comment le programme d'économie en ECG est-il structuré ?
Answer
Le programme est organisé en quatre modules semestriels, le premier étant conçu pour faciliter la transition vers l'enseignement supérieur.
Question
Quel est le but du premier module d'économie ?
Answer
Il présente les bases essentielles de l'économie, notamment la microéconomie, et introduit l'histoire de la pensée économique.
Question
Qu'est-ce qu'une unité institutionnelle (UI) ?
Answer
Une UI est un centre élémentaire de décision économique avec un comportement unique et une autonomie de décision dans sa fonction principale.
Question
Qu'est-ce qu'un secteur institutionnel (SI) ?
Answer
Un SI regroupe des unités institutionnelles (UI) ayant un comportement économique analogue, défini par leur fonction principale similaire.
Question
Quelle est la fonction principale des sociétés non financières ?
Answer
Elles produisent des biens et services non financiers marchands, leurs ressources provenant principalement des ventes.
Question
Quels sont les critères de classement des entreprises ?
Answer
Les entreprises sont classées selon leur taille, statut juridique, importance commerciale (chiffre d'affaires) et secteur d'activité.
Question
Qu'est-ce qu'un ménage selon l'INSEE ?
Answer
Un ménage est un ensemble d'individus vivant sous le même toit, incluant les familles et les entrepreneurs individuels.
Question
Quelle est la fonction principale des administrations publiques (APU) ?
Answer
Les APU produisent des services non marchands, redistribuent revenus et patrimoine, et sont financées principalement par les impôts.
Question
Qu'est-ce que l'effet Duesenberry ?
Answer
C'est l'idée que les agents d'un groupe social imitent la consommation d'un groupe à revenu supérieur, entraînant une propension à consommer peu sensible aux fluctuations de revenu.
Question
Comment la transparence est-elle essentielle en concurrence parfaite ?
Answer
La transparence assure que tous les acteurs ont une information parfaite sur les prix pour des décisions éclairées, garantissant une concurrence équitable.
Question
Quel est le rôle du coût marginal dans l'optimisation du profit ?
Answer
Le producteur maximise son profit en vendant une quantité où le coût marginal égale le prix de vente, c'est-à-dire la recette marginale.
Question
Qu'est-ce que l'IDH et que mesure-t-il ?
Answer
L'IDH est l'Indice de Développement Humain, mesurant la santé, l'éducation et le revenu national brut par habitant pour évaluer le développement d'un pays.
Question
Comment le RNB par habitant est-il utilisé par la Banque mondiale ?
Answer
Le Revenu National Brut par habitant est utilisé par la Banque mondiale pour classer les pays en catégories de revenu, permettant des comparaisons internationales.
Question
Quel est l'objectif du 'vol d'oies sauvages' de K. Akamatsu ?
Answer
C'est une stratégie de développement visant la modification volontaire de l'avantage comparatif, passant de l'exportation de produits de faible à forte valeur ajoutée.
Question
Quelle est la définition du développement durable ?
Answer
Le développement durable répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs, en conciliant dimensions économiques, environnementales et sociales.
Question
Qu'est-ce que l'empreinte carbone ?
Answer
L'empreinte carbone mesure les émissions de CO2 liées à l'ensemble des activités d'une personne, d'un pays ou d'une région, reflétant l'impact environnemental.
Question
Quel est le 'paradoxe de Solow' ?
Answer
Le paradoxe de Solow souligne que les technologies de l'information sont partout, sauf dans les statistiques de productivité, remettant en cause leur impact mesurable sur la croissance.
Question
Qu'est-ce que la déréglementation financière ?
Answer
C'est l'abolition des contrôles sur les mouvements de capitaux, la privatisation des banques et la libéralisation du crédit, favorisant la circulation des flux financiers.
Question
Quelles sont les compétences développées par l'enseignement de l'économie en ECG ?
Answer
Il développe les compétences de synthèse, d'analyse et d'argumentation, ainsi que la maîtrise des concepts et modèles économiques majeurs.
Question
Comment le programme d'économie en ECG est-il structuré ?
Answer
Le programme est structuré en quatre modules semestriels, le premier facilitant la transition entre enseignement secondaire et supérieur.

Ce document est un guide de révision concis pour les concours, axé sur l'économie. Il met en lumière les concepts clés, les théories et les faitshistoriques nécessaires à une bonne compréhension de la discipline.

Préambule : L'Économie en Concours

  • L'enseignement de l'économie vise à fournir des outils d'analyse pour comprendre le monde contemporain, combinant science économique et histoire de la pensée et des faits économiques et sociaux.

  • Objectif principal : Développer les compétences de synthèse, d'analyse et d'argumentation.

  • La dimension historique est cruciale pour expliquer les faits économiques et sociaux.

  • Le programme est structuré en quatre modules semestriels.

Module 1 : Les Fondements de l'Économie

Orientation générale

  • Présentation des bases essentielles de l'économie.

  • Partie 1 : Principaux acteurs et leurs liens (perspectivede la comptabilité nationale).

  • Partie 2 : Équilibres de marché.

Objectifs de la Partie 1

  • Étudier le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux contemporains.

Commentaires sur la Partie 1

  • Analyse des caractéristiques des acteurs et des opérations quiles lient.

  • Utilisation des concepts et outils de la comptabilité nationale (circuit économique, agrégats, équilibre ressources-emplois, relations entre secteurs institutionnels).

  • Étude de la monnaie (formes, création, financement de l'économie) sans les politiques monétaires (2ème année).

  • Présentation des grands courants de la pensée économique.

Chapitre 1 : Les Acteurs et les Grandes Fonctions de l'Économie

Introduction : L'Agent Économique en Comptabilité Nationale

  • L'agent économique est une unité institutionnelle (UI), un centre de décision autonome.

  • Les UI sont regroupées en secteurs institutionnels (SI) ayantun comportement économique analogue (même fonction principale).

  • Le circuit économique est une représentation simplifiée des flux entre agents.

  • La comptabilité nationale distingue six SI.

I. Les Principaux Acteurs Économiques

1. Les entreprises

  • Rôle central : Production, investissements, répartition des revenus, exportations, création d'emplois. Cœur du capitalisme.

  • Étymologie : "entreprendre" (faire une chose, s'engager).

  • Théoriciens :

    • K. Marx : Lieu d'exploitation du prolétariat.

    • J. Schumpeter : Rôle de l'entrepreneur innovateur.

    • M. Drancourt : L'entreprise est le "refus du fatalisme".

    • INSEE : Entité autonome de décision dans la production.

  • Niveaux d'analyse : Établissement, société (juridique), groupe (financier).

  • Classification : Taille (micro, PME, ETI, grandes), statut juridique, importance commerciale, secteur d'activité.

  • Concentration : Accroissement de la taille des unités de production. PME résistent par dynamisme et flexibilité.

  • Internationalisation : Phénomène ancien, accéléré après la Seconde Guerre mondiale. FTN (grandes entreprises multinationales) ont un poids économique parfois supérieur à des PIB nationaux.

  • Nouveau gouvernement d'entreprise : Montée des fonds de pension, recherche de rentabilité des placements (ROE).

  • Crise post-2007/2020 : Remise en question, nécessité de réallocation des emplois et retour en force des États.

2. Les ménages

  • Définition INSEE : Ensemble des individus vivant sous un même toit.

  • Incluent les entrepreneurs individuels (patrimoine confondu avec le ménage).

  • Fonction principale : Consommation.

  • Ressources principales: Rémunération des facteurs (travail, capital), transferts.

  • Critères de regroupement en SI : Fonction principale et ressources principales.

3. Les administrations publiques (APU)

  • Composition : Administration centrale, locales, sécurité sociale.

  • Fonction : Production de services non marchands, redistribution des revenus et du patrimoine.

  • Ressources : Prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations).

  • Évolution :

    • XVIIIe-XIXe siècles (libéralisme) : État-minimal (fonctions régaliennes).

    • XXe siècle : Accroissement des interventions (effet de cliquet), transformation en État-providence (welfare state).

    • Keynésianisme : Inspiration théorique (rapports Beveridge).

    • Années 1980 (Thatcher, Reagan) : Libéralisation, rejet de l'État-providence (privatisations, déréglementation).

    • Crise 2007-2008, 2020 : Retour du rôle d'amortisseur social de l'État interventionniste, nécessité de politiques budgétaires discrétionnaires.

4. Les sociétés financières

  • Composition : Banques (y compris banque centrale), intermédiaires (caisses d'épargne), sociétés d'assurance.

  • Fonctionprincipale : Financement (via emprunts), assurance.

  • Rôle des banques : Recevoir des dépôts, accorder des crédits, opérer une transformation monétaire (dépôts courts en crédits longs). Mutualisation des risques.

  • Historique :

    • Trente Glorieuses : Concentration, diversification.

    • 1966-67 (décrets Debré-Haberer) : Déspécialisation (banques de dépôt peuvent collecter dépôts > 2 ans, prendre participations ; banques d'affaires collectent dépôts à vue).

    • 1984 (loi Delors) : Suppression distinction banques de dépôt/affaires.

    • Nouvelles activités : Services aux agents économiques (cartes, gestion d'actifs, OPA).

    • Crises 2008-2009 : Relance de l'idée de cloisonnement des activités bancaires (risque systémique, "too big to fail").

5. Les institutions sans but lucratif au servicedes ménages (ISBLM)

  • 5ème SI : Églises, syndicats, associations, partis politiques...

  • Fonction : Production de services non marchands pour leurs membres, sans but lucratif.

  • Ressources : Cotisations volontaires, subventions.

6. L'extérieur (Reste du monde)

  • Ensemble des unités non-résidentes effectuant des opérations avec les unités résidentes.

  • Balance des paiements : Document statistique des flux réels, monétaires et financiers entre résidents et non-résidents.

Le tableau récapitulatif des secteurs institutionnels présente leursfonctions et ressources principales.

SECTEURS
INSTITUTIONNELS

FONCTION
PRINCIPALE

RESSOURCES
PRINCIPALES

Sociétés non financières

Production de biens et services marchands non financiers

Montant des ventes

Sociétés financières

Production de services d'intermédiation financière et/ou d'activités financières auxiliaires.

Fonds provenant des engagements financiers contractés

Administrations publiques

Production de services non marchands destinés à la collectivité, redistribution du revenu et des richesses nationales.

Versements obligatoires effectués par les autres secteurs etreçus directement ou indirectement

Institutions sans but lucratif au service des ménages (partis politiques, syndicats, associations,...)

Production de services non marchands destinés à des groupes particuliers de ménages et/ou production sans but lucratif,de services marchands destinés aux ménages.

Contributions volontaires effectuées par les ménages, et éventuellement, vente de services marchands.

Ménages (y compris les entrepreneurs individuels)

Consommation de biens et services, et entant qu'entrepreneur individuel, production de biens et services marchands non financiers.

Rémunération des facteurs de production; transferts effectués par les autres secteurs ; produit des ventes.

Reste du monde

On regroupe ici lesopérations

entre unités résidentes et non résidentes

II. Les Principales Opérations Économiques

  • Définition : Flux de biens ou de monnaie entre agents, classées par activité.

  • Trois catégories :

    1. Opérations sur les biens et services : Origine (production, importations) et utilisations (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations).

    2. Opérations de répartition : Formation et circulation des revenus (distribution, redistribution).

    3. Opérations financières : Création et circulation des moyens de paiement, financement des agents.

III. LesGrandes Fonctions de l'Économie

  • Définition générale de la science économique : Étude de la façon dont les individus/sociétés utilisent des ressources rares pour satisfaire leurs besoins. Science sociale de l'organisation pour produire, répartir, distribuer et consommer.

1. La production

  • Définition : Biens et services produits sur une période.

  • Distinction :

    • Production marchande : Vendue sur un marché pour couvrir les coûts, but lucratif.

    • Production non marchande : Fournie gratuitement ou à prix réduit.

  • Mesure : PIB (Produit Intérieur Brut) – indicateur clé pour les richesses produites.

  • Historique du PIB : Conceptualisé par S. Kuznets en 1930pour mesurer les effets de la Grande Dépression. Évalue biens et services (marchands et non-marchands valorisés par coûts de production).

  • Critiques du PIB :

    • Incomplet : Ne mesure pas le bien-être, les inégalités sociales.

    • Ne distingue pas nuisances et richesses (ex: catastrophes augmentent le PIB).

    • Exclut le travail domestique, le bénévolat, l'économie informelle.

2. La répartition des richesses :revenus primaires et revenus secondaires

  • Définition : Processus de distribution des richesses.

  • Deux niveaux de revenus :

    • Revenus primaires : En contrepartie directe d'une participation à l'activité productive (travail, capital).

    • Revenus secondaires (de transfert) : Sans contrepartie directe, issus de la redistribution.

2.1. Le partage de la valeur ajoutée etla répartition primaire des revenus

  • Salaire : Principal revenu du travail. Pour les apporteurs de capitaux : revenus de la propriété (intérêts, loyers, rentes, profits des entreprises).

  • Comptabilité nationale : EBE (Excédent Brut d'Exploitation) = VA – [coûts du travail + impôts liés à la production].

  • Théories de la répartition :

    • Libéraux (Hayek, néoclassiques) : Juste, dépend de la productivité marginale, l'intervention nuit à l'allocation optimale des ressources.

    • Marxistes : Exploitation via la plus-value (salaire = prix de la force de travail, pas de l'effort).

2.2. Place et rôle des revenus secondaires ou de transfert

  • Définition : Attribués pour prendreen charge risques ou assurer droits sociaux, sans contrepartie immédiate.

  • Organisme public : Prestations sociales.

  • Redistribution (État-providence) : Prélèvements (cotisations, impôts) etréaffectations (prestations, consommations collectives).

  • Types de redistribution :

    • Horizontale : Bien-portant pour malade, actif pour retraité (ex: Sécurité sociale).

    • Verticale : Réduction des inégalités entre catégories sociales.

  • Principales prestations : Santé, vieillesse, famille, emploi.

  • Revenu Disponible Brut (RDB) : Revenus primaires+ transferts – impôts. Argent pour consommer et épargner.

  • Keynes sur la redistribution : Favorise le plein-emploi (classes pauvres ont plus forte propension à consommer). Inégalités justifiables si elles stimulent l'accumulation ducapital, sinon “excessives”.

  • Beveridge (1942) : L'État doit assurer la sécurité sociale, un revenu minimum, l'emploi.

3. L'utilisation des revenus : consommation, épargneet investissement

3.1. La consommation et l'épargne des ménages

  • Consommation : Utilisation d'un bien/service entraînant destruction.

    • Individuelle/Collective.

    • Finale : Destruction sans création d'autre bien.

    • Marchande/Non marchande.

  • Coefficients budgétaires : Part d'une dépense dans lerevenu.

  • Niveau de vie vs Mode de vie.

  • Société de consommation : Incitation à consommer, importance de l'effet signe (Baudrillard, Veblen).

  • Keynes (Théorie générale) :

    • Propension à consommer : Stable, dépend du revenu. Augmentation du revenu → augmentation moins que proportionnelle de la consommation (partie épargnée).

    • Épargne : Résidu, gaspillage des ressources (pour Keynes).

  • Néoclassiques (Friedman, Fisher) : Épargne = consommation future. Consommation dépend du revenu permanent.

3.2. L'épargne et l'investissement

  • Opposition classiques/keynésiens : Liaison épargne-investissement.

  • Classiques (loi de Say) : L'offre crée sa propre demande. Épargne rencontre toujours investissement. Pas de surabondance d'épargne.

  • Keynes : Confusion entre égalité comptable (ex-post) et causalité (ex-ante). L'investissementdépend des débouchés anticipés. Préférence pour la liquidité possible. Excès d'épargne → insuffisance de demande effective → sous-emploi.

  • Partage de la VA en France (depuis 1970): Impact sur taux d'investissement et épargne.

3.3. Les échanges extérieurs

  • Définition : Échanges économiques entre territoire français et reste du monde (marchandises, services, flux financiers).

  • Balance commerciale : Importations et exportations de marchandises (prix FAB).

  • Balance des paiements : Toutes les opérations d'un pays avec le reste du monde.

  • Globalisation : Accroissement de la placedes pays émergents (Chine).

Module 1 : Les Fondements de l'Économie

Synthèse des définitions clés

  • Administrations publiques (APU) : Administration centrale, locales, Sécurité sociale.

  • Banques : Rôle clé dans la création de monnaie scripturale et l'intermédiation financière.

  • Effet de démonstration (J. Duesenberry) : Imitation de la consommation desgroupes à revenu supérieur.

  • Entreprise : Cellule de production, cœur du capitalisme.

  • Filière inversée (J.K. Galbraith) : Grandes entreprises manipulent les consommateurs.

  • FMN/FTN : Entreprises transnationales, rôle majeur dans la mondialisation.

  • ISBLM : Institutions sans but lucratif au service des ménages (associations, syndicats...).

  • PIB en volume et en valeur : À prix constants (volume) ou courants (valeur).

  • PNB au coût des facteurs : PNB-prix du marché – impôts indirects + subventions.

  • Production marchande et non marchande : Vendue sur marché(lucratif) vs. fournie gratuitement/à prix réduit (non-lucratif).

  • Secteurs institutionnels (SI) : Regroupement d'unités institutionnelles avec fonctions et ressources analogues.

  • SICAV/FCP : Fonds d'investissement, contribuent à la désintermédiation bancaire.

II. Mauvaise compréhension des mécanismes budgétaires/monétaires (P. Artus)

1. Monétisation des dettes publiques et MMT

  • Monétisation : Banque Centrale achète dette publique en créant de la monnaie.

  • Effet : Remplace dette publique par monnaie dans la richesse privée. Efficace si détention de monnaiemène à consommation/crédit.

  • MMT (Modern Monetary Theory) : Monétisation pour éviter l'éviction de la dépense privée, permettre le plein emploi via déficit public financé par BC.

  • Actualité : Pays de l'OCDE ont adopté MMT face au Covid-19 (déficit massif, achats de dette par BC).

2. Helicopter Money

  • Friedman (1969) : Distribution aléatoire de monnaie.

  • Aujourd'hui : QE (Quantitative Easing) pour le peuple, ciblé. BC donne monnaie irréversiblement et sans contrepartie.

  • Actualité : Déjà utilisé (financement du chômage partiel par l'État via BC) : Helicopter Money ciblé.

3. Annulation de la dette publique et dette perpétuelle

  • Propositions d'annulation : Inutiles si dette détenue par BC, car BC reverse ses profits à l'État et ne revend pas la dette.

  • Conséquence : La dette détenue par la BC est gratuite et non remboursable pour l'État.

  • Taux d'endettement public pertinent : Calculé sans la dette détenue par la BC.

4. Mutualisation des dettes publiques et solidarité

  • Mutualisation simple : Europeémet dette commune, pays se financent en fonction de leur poids (taux d'intérêt plus faible).

  • Mutualisation avec solidarité : Pays en difficulté peuvent se financer davantage (déplait aux pays du Nord).

5. Seconcentrer sur les vraies questions

  • Pas besoin de réclamer : MMT, Helicopter Money, annulation de dette par BC sont déjà en place.

  • Le vrai sujet : Conséquences du financement monétairemassif des déficits publicsexcès de monnaie, non pas excès de dette publique.

  • En Europe : Mutualisation partielle des dettes, mais manque de solidarité pour les pays en difficulté.

Chapitre 2 : La Monnaie et le Financement de l'Économie

Introduction

  • Comprendre le système monétaire (circulation des biens/services) et le système de financement (monnaie etfinance).

I. La Monnaie et le Crédit

  • Monnaie : Actif de règlement des échanges. Étude de l'émission, circulation, contrôle des moyens de paiement.

  • Crédit : Décalage temporel de mise à disposition d'argent. Mécanisme de financement essentiel, rend effective la demande.

1. Les fonctions de la monnaie et la mutation des formes monétaires

1.1. Les fonctions de la monnaie

1.1.1. Les fonctions économiques (3 fonctions classiques) :

  1. Instrument des transactions : Intermédiaire dans les échanges (vs troc). Créance sur l'économie, liquidité parfaite.

  2. Unité de compte (numéraire) : Évaluer biens/services, comparer valeurs (ex: ).

  3. Réserve de valeur : Transférer pouvoir d'achat dans le temps (motifs de précaution, transaction, spéculation).

1.1.2. Les fonctions modernes de la monnaie

1.1.2.1. La monnaie est un phénomène socioculturel

  • Intégration sociale :M. Godelier (sel-monnaie Baruyas).

  • Libératrice (G. Simmel, P. Vilar) : Vs attachement à la terre, manifestation de la société moderne.

  • Ambivalente : Rationalité calculatrice mais réduit relations personnelles aux rapports monétaires.

1.1.2.2. La monnaie est une institution

  • Confiance : Confiance dans sa valeur, garantie par le pouvoir politique (G.F. Knapp :"création de la loi").

  • Droit régalien : "Battre monnaie".

  • Perte de confiance : Hyperinflation, dollarisation.

  • Souveraineté nationale : Monnaie, élément essentiel (ex: zone euro → Europe politique).

Citation : M. Mauss : monnaie, un "fait social total".

1.2. La mutation des formes monétaires

1.2.1. Les formes de la monnaie

  • Évolution : Archaïque (sel) → Métallique (or, argent au XIXe) → Abstraite (scripturale).

  • Billets de banque : Initialement convertibles en or, valeur dérivée de cette conversion.

1.2.2. La dématérialisation de la monnaie

  • Depuis 150 ans : Processus progressif.

  • Explication : Exigences du développement du crédit accompagnant l'essor du capitalisme (N. Kaldor).

  • Monnaie scripturale : Forme immatérielle, écrite dans la comptabilité des institutions financières.

  • Trois étapes :

    1. Régression monnaie métallique → billet (monnaie fiduciaire).

    2. Régression monnaie manuelle → monnaie scripturale (chèques).

    3. Régression chèque → règlements automatisés.

  • Monnaie = actif-passif : Actif pour le détenteur, dette pour le créateur (banque).

2. La masse monétaire

  • Définition : Ensemble des actifs liquides, stock mesuré par agrégats monétaires (M1, M2, M3).

  • Création monétaire (2 façons) :

    1. Institutions financières mettent monnaie à disposition d'un agent non financier résident en contrepartie d'acquisition de créances sur l'étranger.

    2. Institutions financières consentent de nouveaux financements aux agents non financiersrésidents.

  • Rôle des agrégats : Évaluer capacité de dépense, établir objectifs de politique monétaire.

3. La création monétaire

3.1. L'origine de la monnaie

  • Opération : Mettre en circulation monnaie jamais circulée.

  • Émetteur : Établissement de crédit, Banque centrale.

  • Principal émetteur :Banques commerciales (de second rang).

  • Types d'établissements de crédit : Banques, sociétés financières, caisses de crédit municipal, banques mutualistes/coopératives.

  • Émission :

    • Substitution : Monnaie scripturale substituée à monnaie manuelle (dépôt de billets).

    • Création de monnaie supplémentaire : Opération de monétisation de créances (ex: escompte commercial).

  • Autres créateurs : L'État (avances de la Banque centrale), Trésor public (crédite comptes sans prélèvements).

3.2. Portée et limites de la création monétaire

  • Modèle du multiplicateur de crédit : Banques ont besoin de réserves avant de prêter.

  • Modèle du diviseur de crédit : Banques prêtent d'abord,puis se refinancent ensuite (monnaie endogène).

3.2.1. Le multiplicateur de crédit

  • Processus : Crédit → dépôt supplémentaire → nouveaux crédits (moindre ampleur, carréserves obligatoires).

  • Coefficient multiplicateur () : , où = réserves obligatoires, = proportion de monnaie scripturale en billets.

  • Critique : Minimise le coût de la liquidité (taux d'intérêt).

3.2.2. Du multiplicateur au diviseur de crédit

  • Postkeynésiens vs Monétaristes (Friedman) : Réflexion sur l'endogénéité de la monnaie.

  • Diviseur : Banques créent monnaie ex nihilo, puis se refinancent auprès de la BC.

  • Économie d'endettement vs économie de marché financier.

  • Régulation : La BC contrôle l'accès au refinancement pour défendre la valeur de la monnaie (politique monétaire).

  • Croissance/destruction monétaire : Corrélée aux besoins de transactions.

4. La monnaie : objet de débat théorique

4.1. L'analyse dichotomique entre sphère réelle et sphère monétaire

  • Monnaie neutre : Majorité des classiques/néoclassiques. N'a pas d'effets sur l'économie réelle.

  • D. Ricardo (1809) : Prix relatifs dépendent des coûts de production, un seul prix absolu (monétaire) lié à la quantité demonnaie.

  • Demande de monnaie : Motif de transaction. Offre de monnaie : exogène (contrôlée par BC).

  • Loi des débouchés (J.B. Say) : Monnaie= "voile monétaire", pas de rôle réel. Produits s'échangent contre produits.

  • Théorie quantitative de la monnaie (J. Bodin, I. Fisher) : Hausse de la quantité de monnaie → hausse des prix. Équation de Fisher : .

4.2. Le rejet de l'approche dichotomique

  • Keynes (Théorie générale) : "Économie monétaire de production". Monnaie active.

  • Demande de monnaie : Pas seulement pour transaction, aussi pour elle-même (fonction de réserve de valeur, liquidité).

  • Taux d'intérêt : Prix de la monnaie (offre/demande). Baisse des taux → stimule investissement.

  • Politique monétaire expansionniste : Efficace pour relancer l'économie en sous-emploi. Peut causer inflation en plein-emploi ou trappe à liquidité.

5. Les politiques monétaires d'après les théories économiques

5.1. Les classiques et les monétaristes

  • Classiques : Épargne = consommation différée, dépend du taux d'intérêt (préférence pour le présent compensée).

  • Monétaristes (Friedman) : Reformulation théorie quantitative. Objectif prioritaire : lutte contre l'inflation.

    • Politique monétaire active perturbe les prix.

    • Demande de monnaie : Dépend du revenu permanent, coût d'opportunité, anticipation d'inflation.

  • Neutre : Monnaie n'influence que leniveau des prix, pas les prix relatifs.

5.2. La position des keynésiens

  • Objectif : Faire varier l'activité économique via le taux d'intérêt.

  • Final: Relance (si déprimée) ou rigueur (si inflation).

  • Intermédiaire : Taux d'intérêt.

  • Monnaie : Influence les grandeurs réelles de l'économie.

II. Les Circuits de Financement de l'Économie

1. L'évolution historique des systèmes financiers

1.1. Le développement des fonctions bancaires

  • Avant RI : Banquiers, financement du commerce international.

  • Après RI: Grandes banques financent industries lourdes.

  • Bancarisation : Essor avec société de consommation.

  • Concentration bancaire : Vagues (ex: BNP, Citicorp).

  • Internationalisation : Poids croissant du commerce, marché eurodevises, endettement PED.

1.2. La hiérarchisation des banques et la création des Banques centrales

  • XIXe siècle : Monopolisation du pouvoir d'émission → Banque Centrale (banque des banques).

  • Contrôle : BC contrôle monnaie scripturale des banques en agissant sur le coût du refinancement (réescompte).

  • Risque systémique : Faillite d'une banque peut entraîner faillites en chaîne ("too big to fail").

  • Prêteur en dernier ressort (BC) : Évite crise généralisée, mais pose problème d'aléa moral.

  • Débats historiques : Monopole d'émission vs free banking.

2. Financement indirect et direct

  • Début RI : Autofinancement prédominant (investissements peu coûteux).

  • Après RI : Besoin de capitaux longs pour industries lourdes.

  • Théorie Gurley et Shaw : Deux modes : ressources propres (autofinancement) ou fonds extérieurs (intermédiation ou marchés financiers).

2.1. Le financement indirect

  • Entreprises : Besoins importants, épargne brute souvent insuffisante.

  • Intermédiation financière : Réduit les coûts de transaction (banques collectent épargne, accordent crédits, créent monnaie).

2.2. Le financement direct

  • Relation directe : Emprunteur et prêteur (ex: entreprise émet obligations, ménages souscrivent).

  • Marché monétaire : Échange titres courts contre liquidités (régulation de la création de monnaie).

  • Marché financier (Bourse) : Émission/échange valeurs mobilières (actions, obligations). Concilie liquidité du placement et capitaux à long terme. État-major du capitalisme (Schumpeter).

3. Les tendances récentes du financement de l'économie

3.1. Le passage de l'économie d'endettement à l'économie de marché financier

3.1.1. Deux modes de financement de l'économie

  • Économie d'endettement : Entreprises dépendent des crédits bancaires. Contrôle quantitatif des crédits. Monnaie endogène.

  • Économie de marché financier : Financement par émission de titres en Bourse. Taux d'intérêt flexibles. BC influe sur création monétaire. Monnaie exogène.

3.1.2. Déréglementation, désintermédiation et décloisonnement financiers (les "3D")

  • Bourguinat (années 80-90) : Mouvements à l'origine de la globalisation financière.

  • 4ème D : Dématérialisation.

  • Déréglementation : Suppression règlements et contrôles sur prix services bancaires, libre circulation des flux.

  • Désintermédiation : Accès direct des entreprises aux financements par émission de titres (vsendettement bancaire).

  • Décloisonnement : Suppression des frontières entre marchés (nationaux, monétaires/capitaux, bancaires/assurances).

4. Les systèmes de financement en recomposition

4.1.Vers une généralisation de la marchéisation financière

  • Marchéisation : Secteur soumis aux lois des marchés financiers.

  • Accès au financement : Dépend moins des banques, plus des marchés (taux inférieurs).

  • 1970-80 : Politiques de libéralisation après les limites de l'endettement.

  • Aujourd'hui : Rôle prépondérant des marchés financiers dans la relation offreurs/demandeurs de liquidités.

4.2. Nouveaux acteurs et nouveaux enjeux

  • Nouveaux acteurs : Investisseurs institutionnels, agences de notation (solvabilité des émetteurs).

  • Nouveaux enjeux : Risques de crises financières récurrentes (P. Krugman), distorsion économie réelle/financière.

  • Effet de levier financier : Rentabilité économique > coût de l'argent → s'endetter pourprofits.

  • Fraudes : Affaires Enron, Wirecard.

  • Régulation : Problématique d'actualité face aux asymétries d'information et externalités négatives.

4.3. Leçons de la crise, réformes d'après-crise et interrogations actuelles

  • Avant 2008 : Cible d'inflation comme politique monétaire, mais instabilité financière (bulles d'actifs).

  • Depuis 2008 : Politique monétaire doit intégrer stabilité financière. Identification et surveillance des institutions systémiques.

  • Prêteur en dernier ressort : États recapitalisent, BC assurent liquidité.

  • Réforme G20 (2008) : Réglementation saine, intégrité marchés, coopération internationale.

  • Limites : Volonté inégale des pays, effets pervers des règles (Bâle III), shadow banking.

Chapitre 3 : Les Grands Courants de la Pensée Économique

I. La Préhistoire de l'Analyse Économique

1. La longue gestation de la science économique

1.1. De la condamnation antique à la réhabilitation à la Renaissance

  • Grecs : Économie aspect social/Cité, pas une science autonome.

  • XVIe siècle : Économie se libère de la morale, individualisme, efficacité.

  • Période : Doctrine mercantiliste → pensée classique. Passage de l'immoralité à l'amoralité de l'économie.

1.2. La naissance d'une pensée économique autonome

  • Mercantilisme : Libère de la religion, mais sous influence du prince.

  • Libéraux : Système économique = ordre naturel (indépendant du politique).

  • B. Mandeville (1705) : "Vices privés font le bien public" (intérêt égoïste).

  • A. Smith (1776) : Héritier. "Pas de la bienveillance du boucher...".

2. Les mercantilismes

  • XVIe-XVIIIesiècles : Influence sur politiques économiques. Objectif : enrichir le pays.

2.1. Le mercantilisme bullioniste espagnol

  • Obsession : Rapatriement et rétention des métaux précieux (or, argent).

  • Conséquence : Forte hausse des prix. Intuition d'un lien entre argent et faible taux d'intérêt.

2.2. Le mercantilisme français

  • J. Bodin (1566) : Lien quantité de monnaie / niveau des prix (explication monétariste de l'inflation).

  • XVIIe siècle :Industriel (développement des manufactures). Soutien de l'État (protectionnisme, intervention directe).

  • A. de Montchrestien (1615) : Traité d'économie politique. Richesse = biensnécessaires à la vie, pas seulement métaux.

3. La physiocratie ou la première analyse économique de l'ordre naturel

  • Physiocrates ("gouvernement de la nature") :

    • Valeur : Vient de la productivité de l'agriculture.

    • Harmonie spontanée du marché.

    • Contre les mercantilistes (économie au service du prince).

    • Privilégient l'agriculture sur l'industrie. Défendent la liberté des prix agricoles.

3.2. Le chef de file de l'école : J. Turgot

  • Lois humaines bonnes si conformes à l'ordre naturel.

  • Théorie des rendements décroissants (terre).

  • Épargne : Source de formation du capital et d'emploi.

  • Intérêt : Rencontre offre/demande de capitaux.

  • État minimum : Dénonce inefficacité de l'intervention publique.

  • Ministre de Louis XVI (1774) : Rétablit liberté du commerce des céréales (laissez-faire), supprime corvées, baisse charges fiscales paysans.

3.3. F. Quesnay : analyse en termes de classes sociales et modèle de fonctionnement de l'économie

  • Trois classes : Productive (agriculteurs), Propriétaires (rente foncière), Stérile (artisans).

  • Société = harmonie : Chaque classe a une fonction nécessaire.

  • Circuit économique : Flux de richesse production → répartition → dépense.

II. Les Économistes Classiques

  • Période : Fin XVIIIe - Milieu XIXe siècle. Débute avec Adam Smith (1776).

1. Qui sont les classiques ?

1.1. Préoccupations des classiques et défense du libéralisme

  • Questions : Origine de la richesse, de la valeur, détermination des prix, libéralisme/interventionnisme, protectionnisme/libre-échange, répartition des revenus, croissance.

  • Systématisation : Lois économiques (offre/demande, débouchés, salaire d'airain). Économie = science.

  • Contexte : Misère ouvrière. Question : quel système optimal ?

  • Méthode : Faible utilisation des maths comparé aux néoclassiques. D. Ricardo : Rôle majeur dans l'abstraction.

1.2. La théorie de la valeur : objet fondamental de réflexion

  • A. Smith :

    • Valeur d'usage (utilité) vs Valeur d'échange (relative des biens).

    • Paradoxe de la valeur : Eau (haute VU, faible VE) vs Diamant (faible VU, haute VE).

    • Valeur-travail commandé : Travail = mesure réelle de la valeur échangeable.

  • D. Ricardo :

    • Adhère à la valeur travail. Travail incorporé : Quantité de travail nécessaire à la production (direct + indirect).

  • Salaire : De subsistance (classiques), varie peu. Dépend des progrès de productivité agricole.

  • J.B. Say : S'oppose aux classiques anglais. Utilité = source de la valeur (préfigure néoclassiques).

2. Des économistes soucieux de la question sociale et de l'avenir du système économique

2.1. La répartition des richesses en lien avec l'analyse des classes sociales

  • A. Smith :

    • Trois catégories de revenus : Salaires, profits, rentes.

    • Conflit d'intérêt maîtres/ouvriers. Salaires réels proches du salaire de subsistance.

    • Profits proportionnels au capital. Rente = différence (prix récoltes) - (salaires + profits).

  • D. Ricardo : Fondateur du raisonnement différentiel. Théorie de la rente différentielle (prix des terres selon fertilité).

2.2. L'avenir du capitalisme pour les classiques

  • Ricardo : Capital et épargne au cœur de la croissance. Loi des rendements décroissants (agriculture) + croissance population → terres moins fertiles → rente augmente.

  • Laminage du profit : Salaire (incompressible) + rente augmentent → profit tend vers zéro.

  • État stationnaire : Arrêt de la croissance. Retardé par commerce international.

  • A. Smith : Division du travail = source d'efficacité et de croissance illimitée. Plus optimiste, ignore Malthus/Ricardo.

  • J.B. Say : Loi des débouchés (l'offre crée sa propre demande). Pas de crise de surproduction.

III. Marx et l'Exploitation de l'Homme par l'Homme

1. La critique de l'économie politique

  • K. Marx : Analyse du mode de production capitaliste. Refuse réformes, appelle à la révolution.

  • Pensée critique : L'homme se construit par "affrontement utilitaire à la nature".

  • Concepts clés : Production, forces productives, rapports sociaux de production, mode de production.

  • Aliénation : Processus de dépossession. Le prolétariat est exploité.

2. L'exploitation capitaliste

  • Salaire : Rémunère la force de travail (temps de travail socialement nécessaire), pas le travail réel.

  • Surtravail / Plus-value : Ouvrier produit plus de richesses qu'il n'en consomme. Le capitaliste s'attribue cette valeur supplémentaire.

  • Production : La plus-value vient de la production, pas de la circulation.

3. La crise capitaliste

  • Contradiction fondamentale : Développement des forces productives vs. rapports sociaux de production (propriété privée).

  • Suraccumulation du capital : Excès d'accumulation par rapport à la plus-value réalisable.

  • Loi de la baisse tendancielle du taux de profit : Le rapport profit / fonds engagés diminue à long terme.

IV. Les néoclassiques

1. La naissance de la pensée néoclassique

  • Milieu XIXe siècle : Réponse aux classiques sur la valeur.

  • Nouveautés :

    • Théorie de la valeur-travailvaleur-utilité.

    • Raisonnement à la marge : Comportement des consommateurs et producteurs.

  • Utilité marginale : Utilité de la dernière unité d'un bien est décroissante. "Révolution marginaliste".

  • Microéconomie : Allocation des ressources rares, fonctionnement du marché.

2. Les courants néoclassiques

2.1. Le courant anglo-saxon

  • W.S. Jevons (1872) : "Le coût de production détermine l'offre ; l'offre détermine le degré final d'utilité, le degré final d'utilité détermine la valeur."

  • Théorie subjective de la valeur : Contre la valeur travail de Ricardo.

  • Utilité marginale : Point d'équilibre = utilités marginales égales pour les deux parties dans l'échange.

2.2. Le courant français et l'école de Lausanne ou courant de l'équilibre général

  • L. Walras (1834-1910) : Géant de l'économie néoclassique.

  • Concurrence pure et parfaite : Cadre d'analyse.

  • Loi de l'offre et de la demande effectives : Formation des prix d'équilibre.

  • Interdépendance générale des marchés : Un système de prix assure l'équilibre surtous les marchés.

2.3. Du marginalisme aux nouvelles théories de la microéconomie

  • Objectif : Répondre aux critiques de l'analyse néoclassique traditionnelle.

  • Point commun : Défense de l'économie de marché.

  • Modèle Arrow-Debreu : Équilibre général normatif.

  • Théorie des jeux (J. von Neumann et O. Morgenstein) : Interactionsdes comportements individuels.

  • Intégration de l'imperfection du marché : Ex: rigidité des salaires (théorie des contrats implicites, C. Azariadis).

V. Keynes : sonœuvre, ses détracteurs, ses followers (de la NEC à la NEK)

1. La révolution keynésienne

  • J.M. Keynes : Inventeur de la macroéconomie. Prône l'intervention activede l'État.

1.1. La révolution de la Théorie générale

1.1.1. Sortir de la crise

  • Crise de 1929 : Keynes met l'accent sur la demande.

  • Contre les classiques : Sous-emploi peut perdurer.

  • Réfute loi de Say : Crises de surproduction existent.

  • Demande effective : Niveau d'emploi dépend des anticipations de vente des entrepreneurs.

  • Équilibre de sous-emploi : Possible en raison des anticipations pessimistes auto-réalisatrices.

  • Incertitude : Aucun mécanisme de marché ne permet desortir de la spirale dépressive.

  • Monnaie : Demandée pour elle-même. Épargne = fuite du circuit économique.

  • Solutions : État crée demande supplémentaire par dépenses publiques (effet multiplicateur). Politique monétaire expansionniste (baisse taux d'intérêt).

1.1.2. La fin du "no bridge"

  • Keynes : Pasde lien direct micro/macro (no bridge). Variables macro ont déterminants macro.

  • Néoclassiques : Agrégation des comportements individuels suffit.

1.2. Approche de la synthèse

  • J. Hicks (1937) : Intègre idées de Keynes à l'analyse de Walras (modèle IS/LM).

  • P. Samuelson : Cycles par multiplicateur + accélérateur (instabilité du taux d'investissement).

  • A. Leijonhufvud (1968) : Économie retrouve équilibre près du plein-emploi, mais peut se dérégler.

2. Lesadversaires de la pensée keynésienne

2.1. Le monétarisme : une alternative à l'analyse keynésienne

  • M. Friedman : Crise de 1929 due à politique restrictive de la Fed.

  • Monnaie neutre : N'influence que les prix, pas les prix relatifs (long terme).

  • Taux naturel de chômage : Niveau de chômage "normal", indépendant de l'inflation.

  • Politique monétaire active: Amplifie les fluctuations, engendre stagflation.

2.2. La nouvelle école classique (NEC)

  • Postulat commun (avec nouveaux keynésiens) : Macroéconomie doit se fonder sur microéconomie.

  • NEC (R. Lucas, R. Barro) :

    • Agents optimisateurs, en équilibre permanent.

    • Décisions basées sur facteurs réels, nonmonétaires.

    • Anticipations rationnelles (pas d'erreurs systématiques).

  • Neutralité de la monnaie : Court et long terme.

  • Critique desanciens modèles (Lucas) : Coefficients insensibles aux changements de règles politiques.

  • Nouvelle fonction d'offre (Lucas) : Imperfection d'information (choc monétaire confondu avec hausse prix relatifs).

  • Cycles réels (Kydland, Prescott) : Cycles économiques expliqués par chocs technologiques (réels, non monétaires).

3. Les postkeynésiens et le maintien de la méthode holiste

  • J. Robinson: Critiquent "faux keynésiens" de la synthèse.

  • Thèmes communs : Insuffisance de la demande effective, endogénéité de la monnaie, rôle des conflits de répartition.

3.1. Croissance, répartition desrichesses et fluctuations économiques

  • Objectif : Montrer que le capitalisme est instable court et long terme.

  • Modèle Harrod-Domar : Croissance équilibrée de plein-emploi. Investissement = créateur de capacités et source de demande.

  • Répartition du revenu : Liée à la croissance et formation des prix.

  • M. Kalecki : "Les travailleurs dépensent ce qu'ilsgagnent et les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent."

  • Partage de la valeur ajoutée : Salaires vs. profits.

3.2. Inflation et chômage

3.2.1. L'inflation

  • Post-keynésiens : Inflation due au conflit de répartition (capital/travail). Théorie cost-push.

  • Anticipations : Intégrées dans les modèles d'inflation.

  • Courbe de Phillips : Réactualisée pour montrer la relation croissante entre part des salaires et inflation.

3.2.2. Le chômage

  • Keynésiens: Chômage involontaire, résultat d'une insuffisance de la demande. Pas de retour automatique au plein-emploi.

  • Rigidité des salaires, hystérèse : Rôle possible.

  • Politiques budgétaires et monétaires : Stimuler la demande globale.

Partie 2 : Le comportement des agents et le fonctionnement du marché

Chapitre 1 : L'équilibre micro-économique du producteur et du consommateur

I. Le calcul économique du consommateur

  • Consommateur rationnel : Maximise son utilité compte tenu de sa contrainte de budget.

  • Préférences : Choix entre paniers de biens (non-satiété, diversité).

  • Fonction d'utilité : .

  • Courbes d'indifférence :Ensemble des paniers procurant la même utilité. Décroissantes, convexes.

  • Taux marginal de substitution (TMS) : Taux de substitution d'un bien à un autre pour maintenir l'utilité constante. Égal au rapport desutilités marginales.

  • Contrainte de budget : Limite les choix (). Pente .

  • Équilibre du consommateur : Panier qui maximise la fonction d'utilité tout en respectant la contrainte budgétaire (point de tangence entre courbe d'indifférence et droite de budget).

II. Le calcul économique du producteur

  • Facteurs de production (inputs) : Nécessaires à la production. Substituables ou complémentaires.

  • Fonction de production : (capital et travail).

  • Productivité marginale (Pm) : Supplément de production d'une unité supplémentaire de facteur. (Généralement positive et décroissante).

  • Productivité moyenne (PM) : Production totale / quantité de facteur.

  • Isoquante (courbe d'isoproduit) : Combinaisons de K et L produisant la même quantité Q. Décroissante, convexe.

  • Taux marginal de substitution technique (TMST) : Taux d'échange des facteurs pour maintenir Q. Égal au rapport des productivités marginales.

  • Contrainte de budget (isocoût) : Coût total des facteurs (). Pente .

  • Minimisation des coûts : Pointde tangence entre isoquante et isocoût.

Les coûts dans l'analyse microéconomique

  • Coût total () : Coûts fixes () + Coûts variables ().

  • Coût moyen () : .

  • Coût marginal () : Supplément de coût d'une unité supplémentaire. (Dérivéede ).

  • Équilibre du producteur (court terme) : Maximise le profit. (prix), et donc (recette marginale).

L'équilibre à long terme

  • Attraction de profits : Nouvelles firmes entrent sur le marché.

  • Conséquence : Baisse du prix demarché → profit économique nul au seuil de rentabilité (minimum du coût moyen).

Chapitre 2 : L'offre, la demande et l'équilibre du marché de concurrence parfaite

I. Le modèle de la concurrence pure et parfaite

  • Définition : Marché avec grand nombre d'offreurs et demandeurs, bénéfique aux consommateurs.

  • Conditions (L. Walras, K. Arrow, G. Debreu) :

    1. Atomicité : Nombreux agents, aucun n'influence les prix.

    2. Fluidité : Liberté d'entrer et sortir du marché.

    3. Homogénéité : Biens et services identiques.

    4. Mobilité des facteurs : Travail et capital mobiles.

    5. Transparence : Information parfaite sur les prix.

  • Price taker : Aucun acteur n'ade pouvoir de marché.

  • Modèle de l'équilibre général (Walras) : Économie avec 3 marchés principaux (biens/services, travail, capital) régulés par prix flexibles.

  • Valeur explicative : Comprendre les différences de prix, variations de l'offre/demande, rationnement (prix plancher/plafond, ex : salaire minimum).

  • Allocation optimale des ressources : Prix orientent vers demandes fortes.

II. La courbe d'offre sur le marché

  • Producteur : Maximise son profit quand le prix est égal au coût marginal.

  • Fonction d'offre : Relation positiveentre prix et quantité offerte.

  • Courbe d'offre : Croissante. Déplacement vers la droite (nouvelles entreprises, diminution des coûts).

III. La courbe de demande sur le marché

  • Demande individuelle : Quantité achetée selon prix de marché.

  • Déterminants : Goûts, revenu, prix biens substituables, prix du bien.

  • Effet de substitution : Prix du bien Abaisse → B moins attractif → plus de A.

  • Effet de revenu : Prix du bien A baisse → pouvoir d'achat augmente → plus de A.

  • Fonction de demande : Relation décroissante entre prix et quantité demandée.

IV. La détermination du prix d'équilibre sur le marché

  • Point de croisement : Offre et demande s'égalent (prix d'équilibre ).

  • Ajustement des prix : En cas de déséquilibre, variations de prix ramènent à l'équilibre.

  • Conditions : Prix flexibles, concurrence, offre/demande élastiques.

V. Déplacement de la courbe et déplacement surla courbe

  • Déplacements sur la courbe : Adaptations à court terme suite à variation des prix (fonctions inchangées).

  • Déplacements de la courbe : Long terme, arrivée/départ d'acteurs, changements autres que prix (innover, démographie).

Synthèse des Concepts clés

I. Les conditions nécessaires à une concurrence parfaite

  • 5 conditions : Atomicité, homogénéité, libre entrée, mobilité des facteurs, transparence.

II. La logique de la demande

  • Demande : Liée à utilité et prix. Objectif : maximiser utilité sous contrainte budgétaire.

  • Élasticité-prix de la demande () :

III. La loi de l'offre

  • Entreprise "preneuse de prix" : Détermine production en fonction du coût marginal et de la recette marginale.

  • Maximisation du profit : Produire jusqu'à ce que .

IV. L'équilibre offre-demande

  • Rencontre : Offre globale et demande globale.

  • Courbe de demande : Décroissante. Courbe d'offre : Croissante.

  • Point de rencontre : Détermine prix et quantité d'équilibre.

Définitions Générales

  • Coûts d'opportunité : Ce à quoi on renonce en faisant un choix.

  • Coût marginal : Coût de production d'une unité supplémentaire.

  • Élasticité-prix de la demande/offre : Réactivité de la demande/offre aux variations de prix.

  • Recette marginale :Supplément de recette d'une unité supplémentaire.

  • Utilité : Satisfaction retirée d'un bien/service.

Chapitre 3 : Les Défaillances de Marché

Introduction

  • Défaillances de marché : Marché conduit à allocation inefficace des ressources.

  • Causes : Imperfections (pouvoir de marché, asymétries d'information), mauvaise définition des droits de propriété.

  • Externalités : Conséquence d'activité économique sans contrepartie marchande.

I. Le problème des asymétries d'information

  • Situation : Agents économiques n'ont pas la même information. Rend le marché non concurrentiel.

  • Exemples :

    • Anti-sélection (sélection adverse) : Information cachée (avant contrat). Élimine produits de meilleure qualité (ex: marché voitures d'occasion de G. Akerlof). Solutions : labels, guides.

    • Aléa moral : Action cachée (après contrat). Une partie lèse l'autre (ex: salarié se distrait). Solutions : alignement d'intérêts(contrats, bonus/malus).

II. La question des externalités

  • Définition : Conséquence d'une activité qui affecte un tiers sans paiement associé.

  • Négative (ex: pollution) : Coût social > coût privé. Le marché conduit à une surproduction.

  • Positive (ex: apiculteur/arboriculteur, J. Meade) : Bénéfice social> bénéfice privé. Le marché conduit à une sous-production.

  • Régulation par l'État : Taxer les négatives, subventionner les positives (taxes pigouviennes de A.C. Pigou). Pollueur-payeur.

III. L'enjeu des biens collectifs et des biens communs

  • Rivalité : Consommation par un empêche consommation par un autre.

  • Excluabilité : Possibilité d'empêcher un individu de consommer.

  • Bien collectif : Non-rival et non-excluable (ex: feu d'artifice). Le marché les sous-produit (passager clandestin).

  • Bien commun : Non-excluable et rival (ex: ressources naturelles, pêche). Risque de surexploitation (tragédie des biens communs, G. Hardin). Solutions : droits de propriété, régulation.

Module 2 : Croissance et Développement

Partie 1 : La croissance et le développement depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : La Croissance Économique

I. Les Caractéristiques de la Croissance depuis la Révolution Industrielle

1. Croissance économique et Révolutions Industrielles

  • Croissance économique : Augmentation soutenue de la production et des richesses (F. Perroux).

  • Mesure : PIB réel (indicatif de richesse nationale), taux de croissance annuel.

  • Ralentissement taux : Récession. Baisse du PIB : Crise, dépression.

  • A. Maddison : Rupture spectaculaire de la croissance mondiale au XIXe siècle : la révolution industrielle.

  • Révolutions industrielles :

    • Première RI (RU, fin XVIIIe) : Textile, fer, charbon, vapeur. Révolution agricole, transports, proto-industrie → factory system, banques.

    • Deuxième RI (fin XIXe-début XXe) : Électricité, pétrole, moteur à explosion (automobile), chimie, sidérurgie. USA et Allemagne.

    • Troisième RI (années 1970) : Électronique, informatique, biotechnologies. Japon, USA. Effets moins forts (mais discutés) sur croissance que précédentes.

  • Notion de "révolution industrielle" discutée : K. Marx, F. Engels (transformations profondes) vs F. Braudel, J.Schumpeter (relativisent la rupture, innovations existaient avant).

2. Des périodes différentes de croissance pour l'Europe de l'Ouest et les États-Unis

  • XIXe siècle : Forte croissance en Europe et Amérique(T. Piketty).

  • Années 1920 ("folles") : Production de masse (Fordisme), consommation de masse.

  • 1929 : Crise économique mondiale ("Grande Dépression").

  • Après WWII ("Trente Glorieuses", J. Fourastié, 1946-1975) : Forte croissance (France forte, 5%/an), plein-emploi, cercle vertueux production/consommation de masse.

  • 1973 : Choc pétrolier, fin des Trente Glorieuses. Ralentissement en Europe.

  • Début 2000 : "Grande modération" (B. Bernanke), croissance USA sans inflation.

  • 2008 : Crise des "subprimes". 2020 : Covid-19, dépression économique.

3. D'importantes inégalités de croissance entre pays

  • W.W. Rostow (1960) : Modèle des 5 étapes de la croissance (take-off). Linéaire, centré sur l'Europe.

  • Asie/Afrique (XIXe-début XXe) : Écart avec RI.

  • Après 1950 : Décollage de l'Asie (Japon, puis Chine), croissance forte.

II. Analyses et Modélisations de la Croissance Économique

1. Les analyses classiques de la croissance : division du travail, rente et état stationnaire

  • A. Smith : Division du travail = moteur principal de la croissance (productivité du travail). Favorisée par accroissement taille marché et libre-échange.

  • D. Ricardo : Trois facteurs (capital, travail, terre). Rente différentielle. Profit = surplus.

  • État stationnaire : La croissance s'arrêtera car profits laminés (terres moins fertiles, population augmente, rentes et salaires augmentent). Commerce international retarde.

  • K. Marx : Capitalisme = logique d'accumulation et exploitation (plus-value → exploitation travailleurs). Baisse tendancielle du taux de profit → surproduction → crises → fin du capitalisme.

2. L'importance de l'innovation : analyses schumpéterienne et néoschumpéterienne

  • J. Schumpeter : Innovation = cœur de la croissance.

    • Types innovation : Produit, procédé.

    • Entrepreneur : Introduit innovations, brise la routine.

    • Grappes d'innovations autour d'une innovation fondamentale.

    • Destruction créatrice : Crée nouveaux secteurs, détruit anciens.

    • Cycles longs ("Kondratiev") : Phases de croissance puis de récession.

    • Pessimisme : Rationalisation, bureaucratie, disparition de l'entrepreneur.

  • Néo-schumpétériens :

    • R. Nelson, S. Winter : Routines d'entreprise, sélection par l'environnement.

    • G. Dosi : Innovations liées aussi à la demande.

    • M. Mazzucato : L'État comme entrepreneur, impulse l'innovation.

    • C. Perez : Cycles d'innovations en 3 phases (installation, déploiement, maturité). Nouveau cycle (Internet, télécom, finance globalisée) depuis 1970.

    • P. Aghion, P. Howitt : Formalisent destruction créatrice. Innovation = moteur (surtout pour pays proches de la frontière technologique). Dépend des institutions.

3. La croissance sur le "fil du rasoir" : les modèles keynésiens de Roy Harrod et Evsey Domar

  • R. Harrod :

    • Fonction de production à 2 facteurs (travail, capital). Complémentarité parfaite (court terme).

    • Revenu national : Consommation et épargne.

    • Taux de croissance garanti : Équilibre macro.

    • Problème : Faible probabilité d'égalité des trois taux de croissance (effectif, garanti, naturel). Croissance "sur le fil du rasoir".

    • Conclusion : Intervention publique nécessaire (politiques conjoncturelles).

  • E. Domar : Investissement crée demande (multiplicateur) et offre (accélérateur).

  • Conclusion : Intervention publique nécessaire (politiques monétaires et budgétaires).

  • Keynes : Long terme, croissance bénéfique (satisfaction besoins).

  • J. Robinson, N. Kaldor, M. Kalecki : Répartition au cœur du processus de croissance.

4. Le modèle de Solow : lacroissance exogène

  • R. Solow (1958) :

    • Explique croissance par 2 facteurs : travail et capital.

    • 80% de la croissance inexpliquée par cesfacteurs → Productivité Globale des Facteurs (PGF) = progrès technique ("mesure de notre ignorance", M. Abramovitz).

    • Progrès technique : Principal facteur, exogène. Permet substitution capital/travail.

    • Convergence des économies : Pays en rattrapage adoptent technologies.

    • Paradoxe de Solow (1987) : "Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité". (Délai d'adaptation, mesure imparfaite).

5. Les modèles de la croissance endogène

  • Fin années 1980 : Endogénéiser le progrès technique (investissement R&D, épargne).

  • P. Romer : Production dépend de connaissances (rendements croissants, externalités positives). Cercle vertueux.

  • R. Lucas :Accumulation de capital humain (qualité du travail). Génère externalités positives.

  • R. Barro : Qualité des infrastructures (publiques, institutionnelles) génère externalités positives.

  • P. Aghion, P. Howitt : Diffusion des innovations = source de croissance.

  • Conclusion : Importance des politiques structurelles (soutien R&D, infrastructures, éducation).

6.L'importance des institutions pour comprendre la croissance économique et ses limites

  • D.C. North : Institutions = "règles du jeu" de l'économie (contraintes formelles ou informelles).

  • Qualité des institutions : Facteur clé de développement (D. Acemoglu, D. Rodrik : droits de propriété, État de droit).

  • École de la régulation (M. Aglietta, R. Boyer) : Capitalisme fonctionne en succession de "modes deproduction" liés aux institutions.

  • Problème : Les "bonnes" institutions sont celles qui interagissent efficacement, pas forcément exportables en l'état.

7. Vers la fin de la croissance ?

  • A. Hansen (années 1930) : Stagnation séculaire. Causes : démographie (générations "creuses"), ralentissement progrès technique, excès d'épargne, fermeture frontières.

  • L. Summers (après 2008): Remet au goût du jour la stagnation séculaire. Excès d'épargne mondiale, vieillissement démographique.

  • R. Gordon (2012) : "Vents contraires" à la croissance : inégalités, dette, démographie, éducation, mondialisation, prix énergie.

Chapitre 2 : Inégalités et Stratégies de Développement

I. Mesure du Développement

1. Pays développés / pays "en développement"

  • F. Perroux (1969) : Développement = changements mentaux et sociaux (qualitatif) permettant croissance durable.

  • H. Truman (Plan Marshall) : "Aider les pays en retard" (modèle unique de développement).

  • A. Sauvy ("tiers-monde", 1950s) : Insiste sur la diversité des voies et les inégalités.

  • PNUD : Aide au développement, recherche sur développement.

  • PED: Pays en développement. Distinction PMA (moins avancés) et émergents (BRICS).

  • S. Latouche : Critique la notion de développement (occidentalisation), défend culturestraditionnelles.

2. Mesure du développement par des indicateurs quantitatifs

  • PIB par habitant : Indicateur historique (niveau de vie moyen).

  • Revenu national brut (RNB) : Pluspertinent pour comparaisons internationales (inclut/exclut transferts de revenus transfrontaliers).

  • Banque Mondiale : Classes de pays basées sur RNB/hab.

  • Limites : Ne renseigne pas surinégalités, conséquences des activités, aspects qualitatifs.

3. Mesure du développement par des indicateurs qualitatifs

  • PNUD : Élabore indicateurs synthétiques multidimensionnels.

  • IDH (Indice de Développement Humain, 1990) : Mahbub ul Haq, Amartya Sen. Basé sur "capabilités".

    • 3 dimensions : Santé (espérance de vie),Éducation (scolarisation), Revenu (PIB/hab puis RNB/hab).

    • 2010 : Révision des indicateurs et mode de calcul (moyenne géométrique). Valeur 0-1.

  • IDHI (IDH ajusté aux inégalités) : Mesure développement égalitaire.

  • Inégalités de genre : Indice de développement de genre, Indice d'inégalité de genre (IIG) (santé procréative, autonomisation, travail).

  • Indice de pauvreté multidimensionnelle : Privations (éducation, santé, niveau de vie), intensité.

  • IDH "ajusté aux pressions exercées sur la planète" (2020) : IDH corrigé des émissions de CO2 et consommation de matières premières.

II. Les Inégalités de Développement

1. Vers la convergence entre pays ?

  • PNUD : IDH des pays à faible développement augmente plus vite que ceux à développement très élevé.

  • Convergence relative : B. Milanovic révèle que les classes moyennes des pays émergents ont eu plus forte croissance de revenu.

  • Santé : Espérance de vie globale augmente, écarts se réduisent.

  • Extrême-pauvreté : Chute régulière depuis 1980 (Banque Mondiale).

  • Éducation : Taux d'alphabétisation et de scolarisation augmentent dans les pays pauvres.

2. Une convergence toute relative, qui laisse de nombreux pays à l'écart

  • Écarts persistants : RNB/habitants des PMA trèsinférieur aux pays riches.

  • Dispersion : Pays émergents profitent plus que les plus pauvres.

  • Pauvreté multidimensionnelle : 1,3 milliard de personnes (surtout Afrique subsaharienne, Asie du Sud).

  • Vulnérabilité : Crise Covid-19 accentue les inégalités pour les plus pauvres.

3. Quel lien entre développement et inégalités au sein des pays ?

  • S. Kuznets : Courbe de Kuznets (U inversé) : inégalités augmentent puis diminuent avec le développement.

  • T. Piketty : Critique Kuznets. Depuis 1970-80, augmentation des inégalitésmondiales (revenus du capital).

  • ONU (Rapport social 2020) : Augmentation des inégalités de revenus (coefficient de Gini).

  • Facteurs d'inégalités : Progrès technologique, changement climatique, urbanisation, migrations internationales.

  • Facteurs politiques : Consensus de Washington (libéralisation, réduction protection sociale) → augmentation inégalités.

  • Impact : Les inégalitésinternes affectent fortement le développement.

4. Des inégalités de genre prépondérantes

  • Situation : Femmes ont situation moins favorable (richesse, emploi, pouvoir politique). Plus marqué dans pays en développement.

  • Amélioration : Réduction des inégalités hommes-femmes en scolarité/éducation.

  • IDH des femmes : Inférieur de 6% à celui des hommes au niveau mondial.

  • Marché du travail : Taux d'activité, emplois précaires, rémunération désavantageuses pour les femmes.

  • Domaine politique : Part des femmes dans les parlements reste inférieure.

  • Domaine privé/santé : Femmes chargées tâches domestiques/éducation, mariages précoces, forte mortalité maternelle.

  • Entrave au développement : Ces inégalités limitent les "capabilités" des femmes.

III. Quelles Stratégies pour le Développement ?

1. Les limites au développement : le problème des institutions et des capabilités

  • Approche institutionnaliste (années 1990) : Développement limité par institutions politiques, marchandes, juridiques défaillantes.

  • D. North, D. Acemoglu, D. Rodrik : Qualité des institutions (droits de propriété, État de droit) = facteur clé.

  • Critique : Risque de "placage institutionnel" (modèles occidentaux).

  • E. Ostrom : Diversité des solutions institutionnelles pour biens communs.

  • A. Sen, M. Nussbaum : "Capabilités" (possibilités de choix pour les individus) essentiellesau développement.

2. Les limites au développement : la domination

  • S. Amin (écrits de Lénine) : Sous-développement dû à domination des pays du Centre sur la Périphérie.

  • Théorie de la dépendance (R. Prebisch, A.G. Frank) : Sous-développement conséquence du développement des pays avancés.

  • "Échange inégal" : Défavorable aux PVD(matières premières → produits manufacturés).

  • Solution : Protectionnisme éducateur (F. List), ou rupture avec le capitalisme.

3. Les limites au développement : le cercle vicieux de la pauvreté

  • R. Nurkse : Cercle vicieux : faibles revenus → faible épargne → faible accumulation capital → faible productivité → faible croissance.

  • Solution : Investissements étrangers.Croissance équilibrée vs. croissance déséquilibrée (A. Hirschman).

4. L'échec des stratégies d'industrialisation

  • A. Lewis : Modèle d'"économie duale" (secteur agricole traditionnel vs. secteur industriel capitaliste).

  • Industrialisation : Main-d'œuvre abondante et bon marché du secteur traditionnel alimente l'industrie.

  • G. de Bernis (Algérie) : Industries industrialisantes (structure industrielle cohérente, autocentré).

  • CEPAL (Amérique latine) : Substitution aux importations (politique protectionniste, promotionindustrie nationale).

  • Limites : Manque de demande nationale, difficultés à créer industries rentables.

5. La (relative) réussite des stratégies de montée de gamme

  • Promotions des exportations : Montée en gamme des exportations pour s'insérer dans le commerce international.

  • K. Akamatsu : Modèle du "vol d'oies sauvages" : exportation de produits à faible valeur ajoutée → forte VA.

  • Exemples : Japon, Corée du Sud, Chine.

  • Condition : État volontariste.

6. Un ou plusieurs modèles de développement ?

  • Consensus de Washington (années80-90) : Libéralisation, réduction intervention État. Souvent échec.

  • Aujourd'hui : Approche pragmatique, objectifs ciblés, solutions locales.

  • Financementdu développement :

    • Aide : Efficacité discutée (A. Deaton : risque d'être "captée", inefficace).

    • Microcrédit (M. Yunus) : Créditsà court terme, petits montants pour activités économiques (souvent femmes).

Chapitre 3 : La Soutenabilité de la Croissance Économique

I. Le Développement Économique Rencontre des Limites Environnementales et Dégrade l'Environnement

1. La croissance est-elle naturellement limitée ?

  • T. Malthus (1876) : Loi de population. Croissance limitée par ressources naturelles (progression arithmétique) vs population (géométrique).État stationnaire.

  • K. Marx : Critique Malthus. Surpopulation due à facteurs économiques (répartition inégale, exploitation). Surpopulation relative.

  • Progrès techniques : Repoussent les limites.

2. La croissance rencontre des limites environnementales

  • G.P. Marsh (1864) : Développement entraîne dégradation de la Terre. Anthropocène.

  • Club de Rome (1972) : Rapport "Les limites de la croissance" (Meadows). Croissance globale non soutenable (pollution, épuisement ressources, limites agricoles). Progrès technique retarde mais n'empêche pas. Prônent stabilisation population/production.

  • ONU (1972) : Conférence de Stockholm. Déclaration sur l'environnement.

  • Rapport Bruntland (1987) : Développement durable("répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures").

  • J. Fourastié : Les trente glorieuses ou la Révolution Invisible

  • Sommet de la Terre (Rio, 1992) : Plan21, objectifs du millénaire, ODD (2015).

  • Équation IPAT (P. Ehrlich) : Impact () = Population () x Affluence () x Technologie ().

3. Réchauffement climatique, épuisement des ressources et de la biodiversité : est-il possible de croître encore ?

  • Réchauffement climatique : Lié à l'activité humaine. GIEC (2021) :+1.5° d'ici 2030. Risque pour activités économiques, migrations.

  • Émissions de CO2 : Fortement corrélées à richesse et production (L. Chancel). Inégalités d'empreinte carbone.

  • Épuisement des ressources : Ex: pic pétrolier (M. Hubbert). Risque de frein à la croissance.

  • Biodiversité : Menacée par activité humaine (récifs coralliens).

  • Conséquence : Risque de rendre la planète inhabitable.

II. Penser et Mesurer la Soutenabilité de la Croissance

1. Viser un développement durable

  • Définition Bruntland : Équilibre défis présents/futurs.

  • Trois dimensions :

    1. Économique : Croissance actuelle sans endettement futur excessif, préservation patrimoine économique.

    2. Environnementale : Préservation ressources naturelles, biodiversité, limitation pollution. Équité intergénérationnelle.

    3. Sociale : Satisfaction besoins premiers, lutte contre pauvreté/exclusion. Équité intragénérationnelle (capabilités).

  • Objectifs de Développement Durable (ODD, 2015) : 17 objectifs, 169 cibles pour 2030.

2. Développement durable et soutenabilité de la croissance

  • Modèle Solow : Production via 4 types de capitaux : physique, humain, social, naturel.

  • Croissance soutenable : Maintien du stock de capital pour générations futures.

  • Dilemma : Capital naturel (non renouvelable) → utilisation aujourd'hui le rend indisponible demain.

3. La soutenabilité faible : des solutions techniques permettent de remplacer lecapital naturel

  • Devise : "Pas de limite à l'intelligence humaine" (R. Reagan).

  • Idée : Utilisation des capitaux naturels compensée par innovations techniques.

  • J. Stiglitz (1970s) : Intégrer environnement dans fonction de production, ressources naturelles sont un facteur substituable.

  • J. Hartwick (1977) : Règle de compensation intergénérationnelle. Pertes de capital naturel compensées par gains d'une autre forme de capital.

  • Critique (G. Chichilnisky) : Incertitude sur la valeur des pertes/gains futurs pousse à la prudence.

4. La soutenabilité forte : le capital naturel doit être préservé car il ne peut pas être remplacé

  • Idée : Substituabilité imparfaite des capitaux. Préserver les stocks.

  • G. Rotillon : Seconcentrer sur les "capitaux naturels critiques" (biodiversité, qualité air) avec des seuils d'utilisation.

  • Approches radicale ("conservationnistes") :

    • K. Boulding (1966) : Terre = vaisseau spatial. Passer d'"économie de cowboy" (ressources illimitées) à "économie d'astronaute" (préservation des stocks).

    • N. Georgescu-Roegen : Thermodynamique (entropie). Système économique dégrade ressources. La seule solution est la décroissance.

    • Empreinte écologique : W. Rees,M. Wackernagel. L'humanité vit "à crédit".

5. La croissance pour résoudre le problème environnemental ? La courbe environnementale de Kuznets

  • Croissance verte : Confiance dans solutions technologiques.

  • Courbe de Kuznets environnementale (G. Grossman, A. Krueger, 1994) : Relation en U inversé entre pollution et revenu/hab.

  • Idée : Pollution augmente avec revenu, puis diminue au-delà d'un seuil (priorité environnement, technologies moins polluantes).

  • Critiques : Échantillons biaisés, délocalisation pollution, ne s'applique pas à tous les polluants (CO2).

  • Conclusion : Croissance ne se traduit pas d'elle-même en soutenabilité : intervention publique nécessaire.

III. Quelles Politiques pour un Développement Durable ?

1. Externalités et biens communs, le problème environnemental,un problème de défaillances de marché ?

  • A.C. Pigou (1932) : Marché défaillant en présence d'externalités.

  • Pollution : Externalité négative. Coûts sociaux non intégrés aux calculs privés.

  • Bien commun (climat, biodiversité) : Non-excluable et rival.

  • Tragédie des biens communs (G. Hardin) : Surexploitation par intérêt individuel. Solution : droits de propriété, politiques coercitives.

2. Réglementer pour préserver l'environnement ?

  • Réglementation (politique de régulation) : Interdictions, normes. Ex: Protocole de Montréal (substances détruisant l'ozone), Reach (produits chimiques UE).

  • Efficacité : Contraintes strictes.

  • Limites : Juste niveau de réglementation, uniformité (désavantage petites entreprises), effet rebond (Jevons).

3. Des politiques fiscales pour inciter aux bons comportements ?

  • Outil fiscal : Modifier comportements.

  • Taxes pigouviennes : Rapprocher coût privé/social pour externalités (pollueur-payeur).

  • R. Coase : Théorème de Coase : Les agents peuvent corriger externalités sans intervention si coûts de transaction nuls. Si droits de propriété sont clairement définis.

  • Écotaxes (Ag. Européenne Env.) : Redevances, taxes incitatives, écotaxes fiscales.

  • Avantages : Internaliser externalités, incitercomportements éco-responsables, "double dividende" (recettes fiscales pour politiques climatiques, et réduction pollution).

  • Limites : Niveau de taxe difficile à fixer, produits substituables, efficacité (élasticité-prix), équité sociale (Gilets jaunes, taxe carbone).

4. Mettre en place des systèmes d'échange de quotas

  • Marchés de droits d'émission ("droits à polluer") : Basé sur Coase. État fixe quotas, les distribue.

  • Fonctionnement : Entreprises vendent/achètent quotas. Prix déterminé par offre/demande.

  • Exemple : Marché européen du carbone (2005).

  • Avantages : Faible coût public, prix efficace, ouverture spéculateurs.

  • Limites : Procyclique (chute prix en crise), besoin d'intervention publique (Banque centrale du carbone).

5. Un problème d'échelle et de gouvernance

  • Politiques environnementales : Échelle cruciale.

  • "Fuites" : Perte de compétitivité, délocalisation. (Problème du passager clandestin).

  • Échelle mondiale : Idéale (taxation carbone mondiale), mais difficile à mettre en œuvre (équité, efficacité).

  • ONU : CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique), COP (Conférences des Parties).

  • Protocoles : Kyoto (1997), Paris (2015) (objectif :neutralité carbone, +2°C).

6. Transition écologique et justice sociale

  • É. Laurent : Exigence d'une "transition juste".

  • Questions : Emploi (industries fossiles), répartition des efforts.

  • Trois exigences :

    1. Prendre en compte justice sociale dans l'analyse des chocs.

    2. Priorité au "bien-être humain dynamique".

    3. Politiques de transition démocratiques.

Partie 2 : Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : Les transformations des structures économiques etfinancières

I. Les Transformations des Structures Économiques depuis la Révolution Industrielle

1. Évolution de la productivité

1.1. Analyse sur le long terme de l'évolution de la productivité

Tableaux statistiques destaux de croissance de la productivité horaire du travail et de la productivité globale des facteurs (PGF) pour plusieurs pays (France, Zone Euro, Allemagne, Italie, Espagne, Roy.-Uni, États-Unis, Japon) sur différentes périodes (1890-2012).

Source : Bergeaud, Cette et Lecat, 2013 et Maddeon (2007).

1.1.1. Une croissance de la productivité depuis la révolution industrielle jusqu'en 1980

  • Dès RI : Gains importants, malgré Gd Dépression (1873-96) et crise 1929.

  • Origines des gains :

    • Innovations technologiques :

      • Produit : Nouveaux produits (engrais, machines textiles, machine à vapeur de J. Watt, moteur explosion).

      • Procédé : Nouvelles techniques de production (assolement continu, sélection semences, machinisme agricole). Enclosure Act (Gd-Bretagne) → grandes exploitations.

      • Incrémentales (améliorations) vs Radicales (sans équivalent préexistant).

    • Innovations organisationnelles :

      • Transport : Chemins de fer (XIXe), transport maritime (vapeur) → accroît débouchés, division internationale du travail.

      • Concentration technique : Regroupement activités en usine (machine à vapeur).

      • Taille des entreprises : Augmentation pour économies d'échelle.

      • Division du travail (A. Smith) : Source de productivité (habileté, gain de temps, outils adaptés).

      • Organisation scientifique du travail (F.W. Taylor) : Parcellisation des tâches, one best way, paiement au rendement.

      • Fordisme (H. Ford) :Standardisation, travail à la chaîne, salaires élevés.

    • Amélioration facteur travail : Capital humain (T. Schultz) : hygiène, médecine, formation/éducation.

1.1.2. Dès la fin des Trente Glorieuses, on constate un ralentissement de la productivité globale des facteurs

  • Paradoxe de Solow (1987) : "Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques deproductivité". Délai entre innovation et effets réels.

  • Explication (P. Aghion, C. Antonin, S. Bunel, 2020) :

    • Mesure : Ne saisit pas bien les évolutions numériques (biens non marchands), ni l'amélioration de la qualité (ex: smartphones).

    • Structure du marché : Ralentissement dû au manque d'efforts d'innovation des entreprises loin de la frontière technologique.

1.2. Évolution comparée de la productivité

  • G. Cette, Y. Kocoglu, J. Mairesse (2009) : Productivité varie dans le temps et l'espace.

  • Constats :

    • Forte croissance sur long terme (x10 à x40).

    • Déclin relatif du RU vs USA.

    • Japon a le plusfort taux de croissance annuel moyen.

    • PGF est plus contributive que l'intensification des techniques.

    • France et Japon ont rattrapé USA durant Trente Glorieuses.

    • USA regain de productivité depuis 1990 (TIC).

  • Lien avec théories de croissance : Solow (accumulation facteurs, PGF, progrès technique exogène) vs. croissance endogène (accumulation capitaux auto-entretenue).

2. Les mutations sectorielles

2.1. Les trois secteurs (C. Clark, 1947)

  1. Primaire : Exploitation ressources naturelles (agriculture, mines).

  2. Secondaire : Transformation matières premières (industrie, construction).

  3. Tertiaire : Services (toutes les autres activités).

2.2. La théorie du déversement (A. Sauvy, 1980)

  • Mouvement : Gains de productivité et évolution de la demande → transfert d'emplois : primaire → secondaire → tertiaire.

  • Explications :

    • Croissance productivité > croissance demande.

    • Loi d'Engel : Hausse pouvoir d'achat → demande passe des biens primaires → secondaires → supérieurs (services).

  • Effet : Sécurité alimentaire → libération main d'œuvre agricole (exode rural) → main d'œuvre pour industrie.

  • Industrialisation : Gains de productivité agricole stimulent demande produits manufacturés.

  • Tertiarisation : Gains de productivité dans secondaire→ salaires augmentent → nouveaux besoins en services.

2.3. La tertiarisation

  • Phénomène : Augmentation de la part du secteur tertiaire dans PIB et population active (depuis 1960).

  • Autres explications :

    • Loi de Wagner (A. Wagner) : Plus la société se civilise, plus l'État est dispendieux (besoin infrastructures, services publics).

    • Externalisation destâches par entreprises.

    • Hausse taux activité des femmes et vieillissement population → besoins en services à la personne.

    • Désindustrialisation : Concurrence internationale, délocalisations.

II. L'Évolution des Modes de Financement depuis la Révolution Industrielle

1. Les débuts de la révolution industrielle sont marqués par l'autofinancement

  • Faibles besoins encapitaux : Épargne artisanale/marchande suffisante pour démarrer.

  • Proto-industrialisation : Paysans produisent à domicile.

  • Capitalisme familial : Petites entreprises majoritaires jusqu'aux années 1850-60.

  • Banques : Rôle limité (banques familiales comme Rothschild, financent commerce/État).

2. Le développement d'un financement externe s'étend avec la hausse de la taille des entreprises

  • Machinisme → besoins capitaux importants : Machine à vapeur, usines.

  • Statut juridique : Sociétés anonymes (loi 1867).

  • Système bancaire : Se développe avec confiance des épargnants.

  • Spécialisation des banques (après 1860) :

    • Dépôt : Collectent épargne, crédits court terme (escompte).

    • Affaires : Financement long terme (chemins de fer).

  • Marchés financiers : Développent (obligations d'État, chemins de fer, chimie, électricité). Concentréssur ces secteurs.

  • Modèles nationaux : Allemagne (banque universelle, économie d'endettement) vs. USA (marché financier très tôt).

3. L'entre deux guerres : une période de crise de confiance dans le systèmefinancier

  • WW1 : Financement par création monétaire → forte inflation → ruine rentiers.

  • Emprunts russes : Non-remboursés après révolution 1917 → perte d'épargne.

  • Crise 1929 : Crise de liquidité → renforce crise de confiance.

  • Réglementations strictes :

    • 1930 : Garantie des dépôts bancaires.

    • 1933 (USA) : Glass Steagall Act (séparation banques dépôt/investissement), assurance dépôts.

    • France (Front Populaire) : Participationmajoritaire dans BDF.

4. De 1945 aux années 1980

  • Besoins de financement élevés : Reconstruction, croissance Trente Glorieuses.

  • France= économie d'endettement : Taux autofinancement faible, marchés peu développés.

  • Financement : Essentiellement par crédit bancaire.

  • Système bancaire : Hiérarchisé, contrôlé par pouvoirs publics (taux administrés, encadrement crédit, contrôle changes). Nationalisations.

  • Inflation : Renforce l'effet de levier (incite à l'endettement).

  • Limites : Inflationniste, excessivement réglementée et cloisonnée.

5. Le développement des marchés financiers à partir des années 1980

  • Nouveau système : Finance directe par marchés prendimportance (vs. finance indirecte).

  • Facteurs d'évolution :

    • Réformes Debré Haberer (fin 1960s) : Fin distinction banques de dépôt/affaires.

    • Politique libérale (début 80s) : Lutte contre inflation, gel salaires. Hausse taux intérêt réels → dissuade crédit bancaire (effet boomerang).

    • Politique française : Libéralisation financière (suppression encadrement crédit, levée contrôle changes, privatisations). Création grand marché unique des capitaux.

  • Globalisation financière (règle des 3D) :

    • Décloisonnement : Abolition frontières marchés nationaux et monétaires/capitaux.

    • Déréglementation : Privatisation banques, abandon encadrement crédit/contrôle changes.

    • Désintermédiation : Hausse financement direct. Innovations financières (SICAV, FCP) attirent épargne.

  • Rôle des banques : Incontournables pour intermédiation traditionnelle. Market maker, titrisation.

  • E. Fama (efficience des marchés) : Marchés financiers = allocation optimale.

  • Réalité : Globalisation financière → risque systémique accru (crise subprimes).

L'étude de l'économie est essentielle pour comprendre le monde qui nous entoure. Ce cours vise à fournir les outils d'analyse et de compréhension nécessaires, en combinant l'approche scientifique avec l'histoire des faits et des pensées économiques. L'objectif est de développer des compétences en synthèse, analyse et argumentation, en maîtrisant les concepts fondamentaux de la microéconomie et de la macroéconomie, ainsi que les phénomènes socio-économiques depuis le XIXe siècle.

Le programme est divisé en quatre modules semestriels. Le premier module couvre les bases de l'économie, y compris les acteurs, les opérations économiques et une introduction à l'histoire de la pensée économique. Le second module aborde la croissance et le développement depuis le XIXe siècle. Le troisième se concentre sur la mondialisation, et le quatrième sur les modèles macroéconomiques, les déséquilibres et l'action publique.


Module 1 : Les fondements de l'économie

Ce module présente les bases essentielles de l'économie, en se penchant sur les principaux acteurs économiques, leurs interconnexions, et les mécanismes de marché.

Partie 1 : Les fondements de l'économie

L'objectif de cette partie est d'explorer le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux contemporains.

Chapitre 1 : Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie

Les acteurs économiques, appelés unités institutionnelles (UI) en comptabilité nationale, sont des centres élémentaires de décision avec un comportement et une autonomie définis par leur fonction principale et leur personnalité juridique. Ces UI sont regroupées en secteurs institutionnels (SI), qui partagent des comportements économiques similaires et constituent les pôles du circuit économique national. Le circuit économique est une représentation simplifiée de l'activité économique et des flux entre agents.

I. Les principaux acteurs économiques

1. Les entreprises

L'entreprise est une entité économique qui produit des biens et services, génère des emplois et des revenus. Elle est le lieu d'élaboration des produits, de réalisation des investissements, de répartition des revenus et d'exportation de biens et services. Historiquement, le terme a évolué pour englober diverses formes, au-delà de la seule entreprise capitaliste.

  • Définitions variées :
    • Pour K. Marx, l'entreprise est le lieu de l'exploitation du prolétariat.
    • Pour J. Schumpeter, l'entrepreneur, à travers l'innovation, est le moteur économique, repoussant la routine.
    • Pour M. Drancourt, l'histoire de l'entreprise est celle de l'entrepreneur, et l'entreprise est le "refus du fatalisme".
    • Selon l'INSEE, l'entreprise est une entité autonome dans la production, pouvant inclure plusieurs établissements.
  • Niveaux d'analyse : L'entreprise peut être analysée comme un établissement (unité physique de production), une société (réalité juridique et fiscale), ou un groupe (réalité financière incluant sociétés mères et filiales).
  • Classification : Les entreprises sont classées selon leur taille (micro-entreprises, PME, ETI, grandes entreprises), leur statut juridique, leur importance commerciale (chiffre d'affaires) et leur secteur d'activité.
  • Concentration et multinationalisation : La concentration est le processus d'accroissement de la taille des unités de production. Malgré ce mouvement, les PME subsistent grâce à leur dynamisme et flexibilité. La multinationalisation est en forte croissance, avec des Firmes Transnationales (FTN) dont le poids économique peut dépasser le PIB de certains États.
  • Nouvelle gouvernance d'entreprise : La mondialisation et les NTIC modifient l'horizon décisionnel, introduisant une division internationale du processus productif et un "gouvernement d'entreprise" axé sur la rentabilité des placements. L'écart entre le ROE (Return on Equity) et le taux d'intérêt sans risque s'est accru, poussant à une recherche plus forte de rendement du capital.

2. Les ménages

Un ménage est défini par l'INSEE comme un ensemble d'individus vivant sous un même toit. Il peut s'agir de familles nucléaires, monoparentales, couples sans enfant, ou personnes seules. Les entrepreneurs individuels sont également inclus car leur patrimoine est confondu avec celui du ménage. La fonction principale des ménages est la consommation, et leurs ressources proviennent du travail, de la propriété ou des transferts.

3. Les administrations publiques

Les Administrations Publiques (APU) regroupent l'administration centrale (l'État), les administrations locales et la Sécurité sociale. Leurs fonctions principales sont la production de services non marchands et la redistribution des revenus. Leurs ressources proviennent des prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales).

  • Évolution historique du rôle de l'État :
    • XVIIIe-XIXe siècles : Les libéraux prônaient un État minimal (fonctions régaliennes). Cependant, même à cette époque, les interventions étatiques, bien que limitées, n'étaient pas négligeables.
    • XXe siècle : Les dépenses publiques augmentent, notamment après les guerres (effet de déplacement de Peacock et Wiseman). L'État devient le garant de l'intérêt général et un État-providence (welfare state), s'opposant à l'idée d'État-gendarme. Cette conception s'inspire du keynésianisme et des rapports de W.H. Beveridge, qui défend l'idée qu'une économie solidaire et efficace est possible grâce aux systèmes de protection sociale et d'éducation.
    • Début des années 1980 : Forte libéralisation des économies (Thatcher, Reagan), rejet de l'État-providence, privatisations, déréglementation, tentatives de baisse des prélèvements obligatoires.
    • Crises récentes (2007-2008, 2020) : Redéfinition du rôle de l'État interventionniste, renforcement de la politique budgétaire discrétionnaire. La crise de 2020 a montré un besoin de réallocation des emplois et un retour en force des États, notamment via la monétisation de la dette publique et l'extension des soutiens d'urgence pour éviter l'aggravation des inégalités.

4. Les sociétés financières

Les sociétés financières incluent les institutions financières (banques, banques centrales, caisses d'épargne) dont la fonction est de financer avec des ressources empruntées, et les sociétés d'assurance qui gèrent les risques. Les banques jouent un rôle clé en recevant des dépôts et en accordant des crédits, opérant une transformation monétaire (dépôts courts en crédits longs) et une mutualisation des risques.

  • Concentration et diversification : Les Trente Glorieuses ont vu une forte concentration et diversification bancaire, menant à une réforme de la loi bancaire (décrets Debré-Haberer de 1966-67 en France). La loi de 1984 a supprimé la distinction entre banques de dépôt et d'affaires.
  • Nouveaux services : Les banques offrent désormais une gamme étendue de services (cartes bancaires, gestion d'actifs, OPA) qui sont devenus une source essentielle de revenus.
  • Désintermédiation et concentration : La désintermédiation rend difficile l'évaluation de la masse monétaire, et l'activité bancaire s'est internationalisée, entraînant une concentration sans précédent.
  • Crises et régulation : Les crises de 2008-2009 ont relancé le débat sur le cloisonnement des activités bancaires et la nécessité d'un "nouveau Glass-Steagall Act" pour prévenir les risques systémiques.

5. Les institutions sans but lucratif au service des ménages

Ces institutions (ISBLM), anciennement administrations privées, constituent le cinquième secteur institutionnel. Elles regroupent des entités comme les églises, syndicats, associations, partis politiques. Elles produisent des services non marchands pour leurs membres, et leurs ressources proviennent majoritairement de cotisations volontaires et de subventions.

6. L'extérieur, un acteur non négligeable

Le reste du monde regroupe les unités non-résidentes avec lesquelles les unités résidentes effectuent des opérations. La balance des paiements enregistre l'ensemble des flux réels, monétaires et financiers entre résidents et non-résidents. Elle dégage des soldes intermédiaires qui reflètent la capacité ou le besoin de financement de la nation. La mondialisation a accru le rôle des pays émergents dans les échanges mondiaux, avec la Chine en tant que moteur de croissance et créancier majeur de la dette publique américaine.

Voici un tableau récapitulatif des secteurs institutionnels :

SECTEURS INSTITUTIONNELS FONCTION PRINCIPALE RESSOURCES PRINCIPALES
Sociétés non financières Production de biens et services marchands non financiers Montant des ventes
Sociétés financières Production de services d'intermédiation financière et/ou d'activités financières auxiliaires. Fonds provenant des engagements financiers contractés
Administrations publiques Production de services non marchands destinés à la collectivité, redistribution du revenu et des richesses nationales. Versements obligatoires effectués par les autres secteurs et reçus directement ou indirectement
Institutions sans but lucratif au service des ménages (partis politiques, syndicats, associations,...) Production de services non marchands destinés à des groupes particuliers de ménages et/ou production sans but lucratif, de services marchands destinés aux ménages. Contributions volontaires effectuées par les ménages, et éventuellement, vente de services marchands.
Ménages (y compris les entrepreneurs individuels) Consommation de biens et services, et en tant qu'entrepreneur individuel, production de biens et services marchands non financiers. Rémunération des facteurs de production; transferts effectués par les autres secteurs ; produit des ventes.
Reste du monde On regroupe ici les opérations entre unités résidentes et unités non résidentes

Tableau 1: Les agents économiques et leurs caractéristiques

II. Les principales opérations économiques

Les opérations économiques sont des flux de biens ou de monnaie entre agents, classées selon leur nature en trois catégories.

1. Les opérations sur les biens et services

Elles décrivent l'origine (production, importations) et les utilisations (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations) des biens disponibles sur le marché.

2. Les opérations de répartition

Ces opérations décrivent la formation et la circulation des revenus des agents (distribution et redistribution).

3. Les opérations financières

Elles concernent la création et la circulation des moyens de paiement, ainsi que les modes de financement des agents.

III. Les grandes fonctions de l'économie

La science économique est l'étude de la manière dont les individus ou les sociétés utilisent des ressources rares pour satisfaire leurs besoins. Elle est une science sociale qui analyse comment les hommes s'organisent pour produire, répartir, distribuer et consommer les biens et services.

1. La production

La production est l'ensemble des biens et services produits sur une période donnée. On distingue :

  • La production marchande : vendue sur un marché à un prix couvrant les coûts.
  • La production non marchande : fournie gratuitement ou à un prix inférieur aux coûts.

La valeur de la production est mesurée par des agrégats comme le PIB (Produit Intérieur Brut), indicateur clé créé par S. Kuznets. Le PIB mesure la richesse produite à l'intérieur d'un territoire. Il est qualifié de "brut" car il ne déduit pas la consommation de capital fixe. Son calcul agrège des éléments disparates par leur prix monétaire. Cependant, le PIB est critiqué pour son incapacité à mesurer le bien-être, les inégalités sociales, ou à distinguer les "nuisances" des "richesses". Il exclut également le travail domestique, bénévole ou informel.

2. La répartition des richesses : revenus primaires et revenus secondaires

La répartition est le processus de distribution des richesses entre les individus et groupes d'une société. En économie de marché, elle se fait à deux niveaux :

2.1. Le partage de la valeur ajoutée et la répartition primaire des revenus

Les revenus primaires rémunèrent la participation à l'activité productive (travail, capital). La plupart des actifs sont salariés, le salaire constituant l'essentiel des revenus du travail. Les apporteurs de capitaux perçoivent des revenus de la propriété (intérêts, loyers, rentes, dividendes, profits). L'EBE (Excédent Brut d'Exploitation) est un indicateur clé de la valeur ajoutée, défini comme VA - [coûts du travail + impôts liés à la production].

  • Théories de la répartition :
    • Libéraux : Les revenus primaires sont justes, résultat d'une contribution réelle aux richesses. La redistribution des richesses n'est pas souhaitable. Hayek insiste sur l'observation des signaux du marché.
    • Néoclassiques : La rémunération du travail et du capital dépend de la productivité marginale, assurant une allocation optimale des ressources. Le profit correspond à la productivité marginale du capital.
    • Marxistes : L'exploitation est au cœur de la répartition ; le salaire est le prix de la force de travail, permettant au capitaliste d'extraire la plus-value (excédent).

2.2. Place et rôle des revenus secondaires ou de transfert

Les revenus de transfert (ou sociaux) sont attribués sans contrepartie directe immédiate, pour couvrir des risques ou des droits sociaux. Ils proviennent de la redistribution opérée par l'État-providence via les prélèvements obligatoires et les réaffectations de ressources (prestations sociales, consommations collectives).

  • Types de redistribution :
    • Horizontale : Le bien-portant cotise pour le malade, l'actif pour le retraité. La Sécurité sociale en est un exemple.
    • Verticale : Réduction des inégalités entre catégories sociales.
  • Prestations sociales : Couvrent la santé, la vieillesse, la famille et l'emploi.
  • Revenu disponible : Revenus primaires + transferts - impôts. C'est l'argent dont disposent les ménages pour consommer et épargner.
  • Perspective keynésienne : Keynes défend la redistribution pour atteindre le plein-emploi, estimant que les classes pauvres ont une plus forte propension à consommer. Il juge les inégalités justifiables si elles profitent au plus grand nombre en stimulant l'accumulation de capital, mais condamnables si elles nuisent au plein-emploi.
  • Rapport Beveridge : Inspiré par Keynes, il jette les bases d'un système moderne de sécurité sociale, visant à garantir le droit à la sécurité sociale, un revenu minimum et l'emploi.

3. L'utilisation des revenus : consommation, épargne et investissement

3.1. La consommation et l'épargne des ménages

La consommation est l'utilisation d'un bien ou service pour satisfaire un besoin. Elle est individuelle ou collective. La consommation finale correspond à la destruction d'un bien sans en générer un autre. Historiquement mesurée par le SECN, elle est aujourd'hui remplacée par l'agrégat de consommation finale effective (SECN 1995). Elle peut être marchande (au prix du marché) ou non marchande (gratuite ou quasi gratuite).

  • Coefficients budgétaires : Mesurent la part d'une dépense dans le revenu total, reflétant les évolutions des comportements de consommation.
  • Niveau de vie et mode de vie : Le niveau de vie est l'ensemble des biens disponibles ; le mode de vie est la manière de se comporter et d'organiser sa vie.
  • Société de consommation : Caractère essentiel et omniprésent de la consommation dans les sociétés occidentales. Elle s'explique par l'acquisition de biens durables et les incitations à consommer.
  • Théorie néoclassique : Le consommateur rationnel maximise sa satisfaction en répartissant ses dépenses selon ses préférences et sa contrainte budgétaire. Le coût d'opportunité est le gain manqué de la meilleure alternative.
  • Vision keynésienne : Keynes lie la consommation au revenu. La propension à consommer est stable mais augmente moins proportionnellement que le revenu à long terme. L'épargne est alors un résidu, un gaspillage pour Keynes, tandis que les néoclassiques la voient comme une consommation future. Friedman introduit le concept de "revenu permanent" pour expliquer la consommation.

3.2. L'épargne et l'investissement

La relation entre épargne et investissement est un point de divergence majeur entre les théories classiques et keynésiennes.

  • Classiques : Selon la loi de Say, l'offre crée sa propre demande. L'épargne est toujours rencontrée par un investissement, sans excès d'épargne.
  • Keynésiens : L'égalité comptable épargne-investissement (ex-post) ne reflète pas toujours d'équilibre ex-ante. Les ménages peuvent préférer conserver leur épargne sous forme de liquidité (motif de spéculation), entraînant une insuffisance de demande effective et du sous-emploi.

Le partage de la valeur ajoutée en France est un indicateur pertinent pour analyser l'évolution du taux d'investissement et d'épargne.

3.3. Les échanges extérieurs

Les échanges extérieurs concernent les opérations économiques entre le territoire français et le reste du monde, incluant marchandises, services et transferts financiers. La balance commerciale (exportations-importations de marchandises) est un indicateur clé. Un solde positif peut traduire l'efficacité de l'appareil productif, mais n'est pas toujours synonyme de bonne santé économique.

  • Le financement des échanges : Un pays déficitaire doit puiser dans ses réserves ou s'endetter. Les exportations de services peuvent compenser les déficits commerciaux.
  • Balance des Paiements : Elle regroupe toutes les opérations et dégage des soldes intermédiaires. Le solde du compte des transactions courantes et du compte capital indique la capacité ou le besoin de financement de la nation.
  • Impact de la mondialisation : Elle a entraîné une place grandissante des pays émergents et une modification de la stratégie de ces pays (taux d'exportation de la Chine).

Synthèse

I. Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie: les principales définitions

  • Administrations publiques (APU) : Regroupent l'administration centrale, les administrations locales, les administrations de Sécurité sociale.
  • Banques (pour l'économiste) : Rôle essentiel dans la création de monnaie scripturale, la circulation des moyens de paiement et l'intermédiation financière.
  • Effet de démonstration : Concept de J. Duesenberry (1949) où les individus d'un groupe social imitent la consommation d'un groupe à revenu supérieur pour affirmer leur statut social, rendant la propension à consommer peu sensible aux fluctuations de revenu.
  • Entreprise : Cellule de production, lieu de formation des profits, élément essentiel du capitalisme qui agit sur l'environnement.
  • Filière inversée : Selon J.K. Galbraith (1967), les grandes entreprises manipulent les consommateurs pour vendre ce qu'elles produisent, à l'opposé de la "souveraineté des consommateurs" néoclassique.
  • FMN ou FTN (Firmes Transnationales) : Les échanges s'effectuent de plus en plus à travers ces entreprises qui définissent leur stratégie à l'échelle mondiale.
  • Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM) : Partis politiques, églises, syndicats, associations produisant des services non marchands à leurs membres.
  • PIB en volume et en valeur : Le PIB en volume est évalué à prix constants (d'une année de base), le PIB en valeur est évalué à prix courants (en vigueur la même année).
  • PNB au coût des facteurs : PNB au prix du marché moins les impôts indirects plus les subventions d'exploitation.
  • Production marchande et non marchande : La production marchande est vendue à un prix couvrant les coûts, la production non marchande est fournie gratuitement ou à un prix inférieur aux coûts.
  • Secteurs institutionnels (SI) : Regroupement d'unités institutionnelles ayant un comportement économique analogue, une même fonction principale et des ressources principales similaires.
  • SICAV (Société d'Investissement en Capital Variable) : Société gérant un portefeuille de titres pour le compte de particuliers ou sociétés. Leur essor illustre la désintermédiation bancaire et la titrisation.

II. Une mauvaise compréhension assez générale de quelques mécanismes budgétaires ou monétaires importants (par Patrick Artus)

Patrick Artus souligne une méconnaissance fréquente des mécanismes financiers et monétaires dans le débat public, notamment concernant la dette publique et les politiques des banques centrales.

1. Monétisation des dettes publiques et la Théorie Monétaire Moderne (MMT)

La monétisation de la dette publique se produit lorsque la Banque Centrale achète cette dette en créant de la monnaie. Cette opération ne modifie pas l'épargne ni la richesse totale, mais remplace la dette publique par de la monnaie dans les actifs privés. Elle est efficace si la détention de monnaie influence différemment les comportements économiques que la détention d'obligations (ex: stimulation de la consommation ou du crédit bancaire via le Quantitative Easing).
Selon la Théorie Monétaire Moderne (MMT), la monétisation permet d'éviter l'éviction de la dépense privée. L'État peut alors soutenir le plein emploi, quel que soit le déficit, et la Banque Centrale monétise la dette pour empêcher une hausse des taux d'intérêt, qui freinerait l'investissement et la dépense des ménages. Les pays de l'OCDE ont de facto appliqué la MMT durant la crise du coronavirus.

2. Helicopter Money

L'Helicopter Money, concept introduit par Milton Friedman en 1969, désignait initialement une distribution aléatoire de monnaie à la population. Aujourd'hui, il s'est transformé en un "Quantitative Easing pour les gens", ciblé sur des catégories sociales spécifiques. Les gouvernements des pays de l'OCDE l'utilisent déjà, par exemple en finançant le chômage partiel via des obligations achetées par la Banque Centrale (par exemple, la BCE pour les pays de la zone euro), ce qui équivaut à une distribution directe de monnaie.

3. Annulation de la dette publique détenue par les Banques Centrales, émission de dette perpétuelle

De nombreux appels à l'annulation de la dette publique détenue par les Banques Centrales ou à l'émission de dette perpétuelle sont formulés. Cependant, une dette publique achetée irréversiblement par une Banque Centrale est de facto annulée. Cela s'explique par le fait que les Banques Centrales reversent leurs profits aux États (les intérêts perçus sur la dette publique deviennent gratuits pour l'État) et, si la Banque Centrale s'engage à maintenir la taille de son bilan, cette dette devient non remboursable. L'annulation explicite est donc inutile et potentiellement perturbatrice pour les investisseurs.
Le taux d'endettement public pertinent pour les problèmes de solvabilité devrait donc exclure la dette détenue par la Banque Centrale. Le Royaume-Uni a d'ailleurs officialisé l'équivalence entre l'achat irréversible de dette publique par la Banque Centrale et le financement directement monétaire du déficit public.

4. Mutualisation des dettes publiques et solidarité

Le débat européen sur l'émission de dette commune implique de distinguer la mutualisation simple de la mutualisation avec solidarité. La mutualisation permettrait aux pays (notamment ceux en difficulté) d'accéder à des financements à des taux d'intérêt plus faibles. La mutualisation avec solidarité irait plus loin en permettant aux pays les plus en difficulté de recevoir une part plus importante de ces financements, ce qui est souvent contesté par certains pays du Nord de l'Europe.

5. Au total, il faut se concentrer sur les vraies questions

De nombreuses propositions théoriques sont déjà en place (MMT, Helicopter Money, annulation de facto de dette). Le véritable enjeu est la conséquence d'un financement monétaire massif des déficits publics, notamment l'excès de monnaie. En Europe, la mutualisation d'une partie des dettes publiques est réelle, mais la mutualisation avec solidarité, essentielle pour les pays en difficulté, fait encore défaut.

Chapitre 2 : La monnaie et le financement de l'économie

Ce chapitre vise à comprendre le système monétaire, essentiel à la circulation des biens et services, et le système de financement des économies modernes. Il faut distinguer deux pôles : la monnaie et la finance.

I. La monnaie et le crédit

La monnaie est un actif servant à l'évaluation et au règlement des échanges. Son étude porte sur son émission, sa circulation et le contrôle des moyens de paiements. Le crédit implique un décalage temporel entre la mise à disposition d'une somme d'argent et son remboursement. Il est un mécanisme essentiel de financement qui rend effective la demande et anticipe la production.

1. Les fonctions de la monnaie et la mutation des formes monétaires

La monnaie est un actif liquide dont les formes varient selon les époques et les structures économiques. Elle sert à l'évaluation et au règlement des échanges.

1.1. Les fonctions de la monnaie

1.1.1. Les fonctions économiques

Un bien est de la monnaie s'il remplit trois fonctions fondamentales :

  • Instrument des transactions : Intermédiaire général dans les échanges (s'oppose au troc). Elle est une "créance sur l'économie" dotée d'une liquidité parfaite.
  • Unité de compte et de numération : Sert à évaluer les biens, services et revenus. Permet de comparer la
    valeur relative des biens. Le numéraire est l'unité de mesure des prix.
  • Réserve de valeur : Permet de transférer du pouvoir d'achat dans le temps, pour des motifs de précaution ou de transaction, ou pour éviter des pertes en capital.

1.1.2. Les fonctions modernes de la monnaie

1.1.2.1. La monnaie est un phénomène socioculturel

La monnaie, au-delà de ses fonctions économiques, est un moyen d'intégration sociale. Maurice Godelier montre qu'elle est imbriquée dans les relations sociales. Elle symbolise également la rationalité calculatrice tout en masquant les rapports sociaux de force.

1.1.2.2. La monnaie est une institution

L'acceptation de la monnaie repose sur la confiance garantie par le pouvoir politique ("la monnaie est une création de la loi" selon G.F. Knapp). "Battre monnaie" est un droit régalien. Une perte de confiance peut entraîner une dollarisation (ex: Bolivie, 1984). La monnaie est un bien collectif et un "fait social total" (M. Mauss).

1.2. La mutation des formes monétaires

1.2.1. Les formes de la monnaie

Les formes monétaires ont évolué des formes archaïques (sel, fèves de cacao) vers des formes plus abstraites. Au XIXe siècle, les monnaies métalliques (or, argent) dominaient, puis les billets de banque (monnaie fiduciaire, basée sur la confiance).

1.2.2. La dématérialisation de la monnaie

Depuis 150 ans, un processus de dématérialisation s'est affirmé, lié au développement du crédit et de l'essor du capitalisme. La monnaie est passée du métal au billet, puis à la monnaie scripturale (immatérielle, existant par des écritures comptables des institutions financières). Ce processus s'est accéléré avec la régression du chèque au profit des règlements automatisés.

La monnaie scripturale met en évidence sa double nature d'actif-passif (créance pour le détenteur, dette pour l'émetteur, la banque).

2. La masse monétaire

La masse monétaire est l'ensemble des actifs liquides, mesurée par les agrégats monétaires (M1, M2, M3). Ces agrégats, basés sur le bilan consolidé des institutions financières monétaires, donnent une appréciation de la capacité de dépense des agents et servent à la définition des objectifs de la politique monétaire.

La création monétaire se réalise principalement par l'acquisition de créances sur l'étranger et l'octroi de financements nouveaux aux agents non financiers résidents par les institutions financières.

3. La création monétaire

3.1. L'origine de la monnaie

La création monétaire est l'opération par laquelle un émetteur (établissement de crédit, Banque centrale) met en circulation de la monnaie. La plupart de la monnaie scripturale est émise par les banques commerciales (de second rang). L'émission peut être une simple substitution (billets contre monnaie scripturale) ou une création de monnaie supplémentaire (monétisation de créances, ex: escompte commercial).

L'État peut aussi être à l'origine de création monétaire en demandant des avances à la Banque centrale ou en créditant des comptes sans prélèvement fiscal ou obligataire.

3.2. Portée et limites de la création monétaire

La création monétaire est analysée à travers deux modèles principaux :

3.2.1. Le multiplicateur de crédit

Ce modèle suppose que les banques ont besoin de réserves préalables pour prêter. Un crédit initial engendre des dépôts, qui eux-mêmes permettent de nouveaux crédits, mais de moindre ampleur, car une partie doit être conservée en monnaie centrale. Le multiplicateur de crédit K=1/(r+b+r.b)K = 1 / (r+b+r.b), où rr est le coefficient de réserves obligatoires et bb la proportion de monnaie scripturale que les agents demandent en billets. Plus rr et bb sont élevés, plus KK est faible.

M. Friedman et A. Schwartz estiment que la valeur du multiplicateur dépend des habitudes de paiement et des réserves imposées par la Banque centrale.

3.2.2. Du multiplicateur au diviseur de crédit

Les économistes postkeynésiens s'opposent au multiplicateur de crédit, arguant que les banques créent d'abord les crédits et les dépôts, puis se refinancent en monnaie centrale auprès de la Banque centrale. La monnaie est alors endogène (déterminée par les agents économiques eux-mêmes), contrairement à l'offre de monnaie exogène supposée par le multiplicateur. Cette approche distingue les économies d'endettement des économies de marché financier.

Les pouvoirs de création monétaire des banques de second rang ne sont pas illimités, car elles doivent surveiller la convertibilité de leur monnaie scripturale en monnaie centrale. La politique monétaire de la Banque centrale régule la création monétaire en contrôlant l'accès au refinancement, défendant ainsi la valeur de la monnaie.

4. La monnaie : objet de débat théorique

4.1. L'analyse dichotomique entre sphère réelle et sphère monétaire

La question est de savoir si la quantité de monnaie peut interagir avec les agrégats économiques. Pour les classiques et néoclassiques, la monnaie est neutre : elle n'a pas d'effets sur l'économie réelle (sauf sur le niveau des prix). La demande de monnaie est pour le motif de transaction, et l'offre est exogène (contrôlée par la Banque centrale).

  • La loi des débouchés de J.B. Say postule que la monnaie n'a pas de rôle réel ("le voile monétaire ne fait que masquer la réalité des échanges").
  • La théorie quantitative de la monnaie, formulée par J. Bodin et I. Fisher (M.v=P.TM.v = P.T), soutient qu'une augmentation de la quantité de monnaie entraîne une augmentation proportionnelle des prix, sans effet sur les variables réelles.

4.2. Le rejet de l'approche dichotomique

Dans la Théorie générale, Keynes s'y oppose, décrivant une "économie monétaire de production". La monnaie est active. La demande de monnaie ne se limite pas au motif de transaction ; elle inclut le motif de réserve de valeur. Keynes estime que le taux d'intérêt est le prix de la monnaie. Une hausse de l'offre de monnaie peut entraîner une baisse des taux d'intérêt, stimulant l'investissement et donc la sphère réelle. En situation de sous-emploi, une politique monétaire expansive peut relancer l'économie sans inflation. En revanche, elle peut provoquer de l'inflation en situation de plein-emploi, sauf en cas de trappe à liquidité.

5. Les politiques monétaires d'après les théories économiques

5.1. Les classiques et les monétaristes

Pour les classiques, l'épargne est une consommation future, et son niveau dépend du taux d'intérêt. Les monétaristes (M. Friedman) ont reformulé la théorie quantitative, accordant à la politique monétaire l'objectif prioritaire de la lutte contre l'inflation. Pour eux, l'offre de monnaie n'a d'influence à long terme que sur les variables nominales (prix et PIB en valeur), car la demande de monnaie est stable et l'inflation est engendrée par une croissance excessive de la masse monétaire. Les politiques monétaires discrétionnaires sont sources de perturbation, la stabilité des prix étant le seul objectif pertinent.

5.2. La position des keynésiens

Pour les keynésiens, la politique monétaire doit influencer l'activité économique via le taux d'intérêt. L'objectif final est la relance (en cas de dépression) ou la rigueur (en cas d'inflation), l'objectif intermédiaire étant le taux d'intérêt, qui affecte l'investissement et l'emploi. La masse monétaire a une influence sur les grandeurs réelles de l'économie, et la stabilité des prix ne doit pas être le seul objectif.

II. Les circuits de financement de l'économie

1. L'évolution historique des systèmes financiers

1.1. Le développement des fonctions bancaires

Avant la révolution industrielle, les activités bancaires étaient embryonnaires. Au XIXe siècle, les grandes banques sont apparues pour financer les industries lourdes. La bancarisation des ménages s'est accélérée avec la société de consommation. Des vagues de concentration ont donné naissance à de puissants groupes bancaires (BNP, Citicorp). Les banques se sont spécialisées et internationalisées suite à la croissance du commerce mondial et à la naissance du marché des eurodevises. L'endettement des PED et la volonté d'échapper aux régulations nationales ont renforcé cette internationalisation.

1.2. La hiérarchisation des banques et la création des Banques Centrales

Au XIXe siècle, la centralisation du pouvoir d'émission monétaire a conduit à la création des Banques Centrales, institutions financières de premier rang. Leur fonction principale était d'émettre la monnaie fiduciaire et de servir de "banque des banques", contrôlant la monnaie scripturale par le coût du refinancement (taux d'intérêt exigé sur les effets de commerce, nommé réescompte).

Les faillites bancaires peuvent entraîner des risques systémiques ("too big to fail"). La Banque Centrale agit en tant que "prêteur en dernier ressort" pour éviter les crises généralisées, mais ce rôle peut engendrer un aléa moral où les banques prennent des risques excessifs. Historiquement, le monopole d'émission a prévalu, malgré les partisans du "free banking" qui défendaient l'application des principes concurrentiels au système bancaire.

2. Financement indirect et direct

Au début de la révolution industrielle, le financement était principalement par autofinancement. Avec le développement des industries lourdes, le besoin de capitaux à long terme a entraîné l'essor des sociétés de capitaux et des marchés financiers (actions, obligations).

Deux modes de financement se distinguent selon Gurley et Shaw :

  • Sur ressources propres (autofinancement).
  • Sur appel à des fonds extérieurs :
    • Emprunts auprès d'intermédiaires bancaires ou non bancaires (intermédiation).
    • Émission d'actions et obligations sur le marché financier (désintermédiation).

2.1. Le financement indirect

Les entreprises ont d'importants besoins de financement, souvent non couverts par l'autofinancement. Les intermédiaires financiers (banques notamment) facilitent la rencontre entre emprunteurs et prêteurs, réduisant les coûts de transaction. Ils collectent l'épargne (dépôts, titres) pour accorder des crédits et créent de la monnaie.

2.2. Le financement direct

Dans le financement direct, l'emprunteur et le prêteur sont en relation directe (ex: entreprise émettant des obligations souscrites par des ménages). Les principaux marchés sont le marché monétaire (titres courts, liquidités) et le marché financier (Bourse des valeurs, actions, obligations).

La Bourse concilie liquidité pour les épargnants et capitaux à long terme pour les emprunteurs. Elle est un instrument de préservation de l'épargne, de restructuration du capital et d'allocation des ressources vers les entreprises jugées "plus profitables" (J. Schumpeter).

3. Les tendances récentes du financement de l'économie

Depuis les années 1970, le monde de la finance a connu des mutations profondes, marquant un passage de l'économie d'endettement à l'économie de marché financier.

3.1. Le passage de l'économie d'endettement à l'économie de marché financier

3.1.1. Deux modes de financement de l'économie

  • Dans une économie d'endettement, les entreprises dépendent des crédits bancaires. Les politiques monétaires contrôlent la quantité de crédits. L'offre de monnaie est endogène.
  • Dans une économie de marché financier, le financement se fait par émission de titres en Bourse. Les taux d'intérêt sont flexibles. Les banques centrales peuvent influencer la création monétaire. L'offre de monnaie est exogène.

3.1.2. Déréglementation, désintermédiation et décloisonnement financiers

Les "3D" (déréglementation, désintermédiation, décloisonnement) de H. Bourguinat, associés à la dématérialisation, sont à l'origine de la globalisation financière.

  • La déréglementation : Suppression des contrôles sur les prix des services bancaires, libéralisation des mouvements de capitaux (contrôle des changes, marché à terme).
  • La désintermédiation : Accès direct des entreprises aux financements par émission de titres, réduisant la dépendance aux banques. Les banques ont transformé des prêts en produits financiers revendus aux investisseurs. Cela a modifié le bilan des banques, avec une diminution du rôle du crédit bancaire.
  • Le décloisonnement : Suppression des distinctions entre marchés (compte courant/terme, banques/assurances, court/long terme, monnaie nationale/devises). À l'international, cela s'est traduit par la libre circulation des capitaux.

4. Les systèmes de financement en recomposition

4.1. Vers une généralisation de la marchéisation financière

La marchéisation est le processus par lequel un secteur est soumis aux lois des marchés financiers. Le financement externe direct via les marchés financiers a gagné en importance, en particulier depuis les années 1980. Après la Seconde Guerre mondiale, les pays occidentaux ont opté pour un modèle réglementé basé sur l'endettement. La construction européenne a unifié l'espace financier, et les marchés financiers jouent un rôle majeur dans l'allocation des liquidités, ignorant de plus en plus les frontières.

En France, l'État a d'abord joué un rôle important dans le financement de la reconstruction. Cependant, les échecs des politiques interventionnistes des années 1980 ont conduit à une libéralisation financière, favorisant le recul des financements intermédiés et le développement des marchés de capitaux, bien que les banques conservent un rôle accru sur ces marchés, et que l'État et les grandes entreprises en bénéficient principalement.

4.2. Nouveaux acteurs et nouveaux enjeux

Les transformations financières ont conduit à l'émergence de nouveaux acteurs : les investisseurs institutionnels et les agences de notation (évaluant la solvabilité). Les crises financières sont devenues récurrentes et plus graves, menant à des récessions. La "distorsion" entre économie réelle et sphère financière pousse les entreprises à rechercher une rentabilité des fonds propres supérieure au taux de croissance, ce qui peut engendrer des excès d'endettement. La régulation est devenue cruciale face à l'asymétrie d'information et aux externalités négatives. Des lois (Sarbanes-Oxley, LSF) ont été mises en place, mais la crise de 2007-2008 a mis en doute l'efficacité des autorités de régulation.

4.3. Leçons de la crise, réformes d'après-crise et interrogations actuelles

Les Banques centrales, après avoir ciblé l'inflation, ont dû intégrer la stabilité financière comme objectif. La crise a montré la nécessité d'identifier et surveiller les institutions "d'importance systémique" ("too big to fail"). Le rôle de prêteur en dernier ressort pour les banques centrales a muté, impliquant un partage des rôles avec les États (recapitalisation).

Une réforme globale du système financier a été décidée par le G20 en 2008, sous l'égide du Conseil de stabilité financière (CSF), pour promouvoir une réglementation saine et renforcer la coopération internationale. Cependant, des défis subsistent, tels que les divergences entre pays (ex: réforme Dodd-Frank aux États-Unis), les effets pervers des nouvelles règles bancaires (Bâle III), et la montée du shadow banking (Banque de l'ombre).

Chapitre 3 : Les grands courants de la pensée économique depuis le XVIe siècle

I. La préhistoire de l'analyse économique

L'économie politique, née au XVIIIe siècle, est le fruit de tentatives d'expliquer les faits sociaux par des méthodes scientifiques. Pour cela, les activités économiques ont dû s'émanciper de la tutelle religieuse.

1. La longue gestation de la science économique

1.1. De la condamnation antique des activités marchandes à leur réhabilitation à partir de la Renaissance en Europe

Les philosophes grecs (Antiquité) voyaient l'économie comme un aspect de la vie sociale ou de la Cité, sans en faire une discipline autonome. La pensée économique a décliné dans le monde romain et au Moyen-Âge sous l'influence du christianisme. À partir du XVIe siècle (Renaissance), l'économie s'est "libérée" de la morale chrétienne, grâce à l'individualisme et la recherche d'efficacité. Le mercantilisme (XVIe-XVIIIe siècles) et les économistes classiques (XVIIIe-XIXe siècles) ont marqué ce passage de l'immoralité à l'amoralité économique.

1.2. La naissance d'une pensée économique autonome

Les mercantilistes ont détaché l'économie de la religion, mais pas du pouvoir princier. Les libéraux ont ensuite affirmé l'autonomie de l'économie, la voyant comme un ordre naturel. La doctrine des "droits naturels" a posé la propriété privée comme fondamentale. Les physiocrates ont représenté cet ordre naturel avec le "tableau économique" de F. Quesnay. B. Mandeville (La Fable des abeilles, 1705) a montré que les "vices privés" (intérêt égoïste) contribuent au "bien public". A. Smith (La Richesse des nations, 1776) a hérité de cette pensée en soulignant que l'intérêt personnel est un moteur économique.

2. Les mercantilismes

À partir du XVIe siècle, les économistes mercantilistes ont influencé les politiques économiques, cherchant à enrichir les nations. Leurs stratégies ont varié selon les pays, donnant naissance à différents courants.

2.1. Le mercantilisme bullioniste espagnol ou l'obsession des métaux précieux

L'Espagne visait à rapatrier les métaux précieux du "Nouveau Monde" et à empêcher leur sortie. Cette politique protectionniste, malgré l'afflux d'or, a généré une forte hausse des prix (inflation) et n'a pas enrichi durablement le pays. Elle a suscité des interrogations sur la relation entre l'abondance monétaire et les taux d'intérêt.

2.2. Le mercantilisme français

Les économistes français, tel J. Bodin, ont mis en évidence une relation entre la quantité de monnaie et le niveau des prix (explication monétariste de l'inflation). Au XVIIe siècle, le mercantilisme français (qualifié d'industriel), représenté par A. de Montchrestien, a privilégié le développement des manufactures par un fort soutien de l'État et une politique protectionniste, rompant avec l'idée que la richesse réside uniquement dans l'or ou l'argent.

3. La physiocratie ou la première analyse économique de l'ordre naturel

L'école physiocratique est la première à construire un "système de pensée global, cohérent et moderne", marquant les débuts du classicisme français.

3.1. Les physiocrates contre l'Etat tout puissant

Le terme "physiocratie" signifie "gouvernement de la nature". Cette doctrine insiste sur la productivité de l'agriculture comme source de valeur et la foi dans les mécanismes spontanés du marché. Les physiocrates s'opposent aux mercantilistes en défendant la liberté des prix agricoles et une influence limitée de l'État. Ils souhaitent des prix rémunérateurs pour les grains afin de stimuler l'activité productive.

3.2. Le chef de file de l'école : J. Turgot

J. Turgot, théoricien et ministre de Louis XVI, a affirmé que les lois humaines doivent être conformes à l'ordre naturel. Il a étudié le lien entre prix, échange et a énoncé la loi des rendements décroissants. Il anticipe les classiques et néoclassiques en faisant de l'épargne la source du capital et de l'emploi, et de l'intérêt le résultat de la rencontre entre l'offre et la demande de capitaux. En tant que libéral, il a œuvré pour la liberté du commerce des céréales et une gestion budgétaire rigoureuse ("laissez-faire").

3.3. F. Quesnay : analyse en termes de classes sociales et modèle de fonctionnement de l'économie

F. Quesnay distingue trois classes : la productive (agriculteurs, créateurs de valeur), les propriétaires (vivant de la rente foncière) et la stérile (artisans, ne faisant que transformer). Son "tableau économique" représente un circuit harmonieux où la circulation des biens et des valeurs est essentielle. Il a influencé la pensée économique en montrant comment les dépenses, la production et les revenus sont liés dans un système interconnecté.

II. Les économistes classiques

La période classique, initiée par Adam Smith, a profondément marqué la pensée économique, jetant les bases du libéralisme orthodoxe. Elle se caractérise par la recherche de "lois économiques" et une approche scientifique de la vie économique.

1. Qui sont les classiques ?

1.1. Préoccupations des classiques et défense du libéralisme

Les classiques ont abordé la production, l'échange, la répartition et les problèmes sociaux. Contrairement aux physiocrates (capitalisme agraire), A. Smith a théorisé le capitalisme industriel. Leurs interrogations portaient sur l'origine de la richesse, la valeur, les prix, le rôle de l'État (libéralisme ou interventionnisme), le protectionnisme ou le libre-échange, la répartition des revenus et les conditions de la croissance. Ils ont systématisé les "lois économiques" (offre/demande, débouchés, loi d'airain des salaires) et ont posé l'économie comme une science à part entière. Face à la misère ouvrière, ils ont cherché l'organisation optimale pour l'optimum économique et social. Leurs analyses, bien que diverses, partagent une unité doctrinale, avec une utilisation limitée des mathématiques comparée aux néoclassiques.

1.2. La théorie de la valeur : objet fondamental de réflexion

La théorie de la valeur fut un débat central. A. Smith distingue la valeur d'usage (utilité) et la valeur d'échange (pouvoir d'achat). Il illustre son propos par le "paradoxe de la valeur" : l'eau (grande valeur d'usage) a une faible valeur d'échange, le diamant (faible valeur d'usage) a une forte valeur d'échange. Il propose une théorie de la valeur travail commandé. D. Ricardo, bien que reprenant la distinction et le principe de la valeur travail, développe la théorie du travail incorporé : la valeur d'échange des marchandises est proportionnelle à la quantité de travail (direct et indirect) nécessaire à leur production.

Pour les classiques, le salaire est un salaire de subsistance. J.B. Say, à l'inverse des classiques anglais, fonde la valeur sur l'utilité, se rapprochant des néoclassiques.

2. Des économistes soucieux de la question sociale et de l'avenir du système économique

2.1. La répartition des richesses en lien avec l'analyse des classes sociales

A. Smith identifie trois catégories de revenus : salaire, profit et rente, qu'il voit comme les "sources primitives de tout revenu". Il reconnaît des conflits d'intérêt entre maîtres et ouvriers pour le partage des richesses. Les salaires sont le produit de rapports de force inégaux. Les profits sont proportionnels au capital engagé. La rente est la différence entre le prix des récoltes et la somme des salaires et profits nécessaires. D. Ricardo, fondateur du raisonnement différentiel, développe la théorie de la rente différentielle, expliquant l'origine du prix des terres par la productivité décroissante.

2.2. L'avenir du capitalisme pour les classiques

Pour Ricardo, l'accumulation du capital et de l'épargne est essentielle à la croissance. Cependant, la croissance démographique et la loi des rendements décroissants en agriculture entraînent une hausse des rentes, une augmentation de la masse salariale, et ainsi une diminution des profits. À long terme, le profit tend vers zéro, conduisant à un état stationnaire. Le commerce international est un moyen de repousser cet état. A. Smith, lui, était plus optimiste, voyant dans la division du travail une source illimitée de croissance. Seul J.B. Say défend la capacité du marché à éviter les crises grâce à sa "loi des débouchés" : toute production crée une valeur équivalente en revenus et dépenses, assurant l'équilibre.

III. Marx et l'exploitation de l'homme par l'homme

1. La critique de l'économie politique

K. Marx a développé une analyse critique du mode de production capitaliste, prônant la révolution. Sa pensée est philosophique, jetant les bases d'un nouvel épistémologique pour les sciences sociales. Il utilise quatre concepts clés : la production, les forces productives, les rapports sociaux de production et le mode de production. Son analyse économique s'inscrit dans une approche matérialiste, partant de l'aliénation pour arriver à la libération dans le communisme. L'aliénation, processus de dépossession, est centrale pour comprendre l'exploitation du prolétariat par les capitalistes.

2. L'exploitation capitaliste

Pour Marx, l'ouvrier n'est pas rémunéré pour son travail, mais pour le prix de sa force de travail (temps socialement nécessaire à sa production). Le salaire est lié au coût de reproduction de la force de travail, pas à la valeur des marchandises produites. L'ouvrier produit plus de richesses qu'il n'en consomme, cet excédent est la plus-value capitaliste. La plus-value, qui apparaît comme un excédent après le cycle de production, ne trouve pas son origine dans la circulation mais dans la production. La journée de travail se divise en deux parties : une où le salarié produit l'équivalent de sa force de travail, et une autre où il produit une valeur supplémentaire que s'approprie le capitaliste. Contrairement au système féodal, cette exploitation est masquée dans le capitalisme.

3. La crise capitaliste

Marx souligne la contradiction fondamentale du capitalisme entre le développement des forces productives et les rapports sociaux de production (propriété privée des moyens de production). L'accumulation du capital mène à sa suraccumulation, où l'excès de capital ne correspond plus à un profit additionnel suffisant. Cela entraîne une rupture du processus d'accumulation et une baisse du taux de profit ("loi de la baisse du taux de profit"), annonçant des crises capitalistes récurrentes et inéluctables.

IV. Les néoclassiques

L'émergence du courant néoclassique au milieu du XIXe siècle a répondu aux défis des libéraux en proposant une approche plus formelle et systématique. Elle a introduit la théorie de la valeur-utilité (remplaçant la valeur-travail) et le raisonnement à la marge (comportements des consommateurs et producteurs). Les néoclassiques se sont focalisés sur l'utilité marginale décroissante de la dernière unité d'un bien et l'allocation des ressources rares sur les marchés.

1. La naissance de la pensée néoclassique

L'émergence du courant néoclassique a marqué une rupture avec les classiques en introduisant la théorie de la valeur-utilité et le raisonnement à la marge. L'utilité d'un bien est subjective et décroissante à la marge, conduisant à la "révolution marginaliste". L'attention s'est portée sur l'allocation des ressources rares et le fonctionnement des marchés, cherchant les conditions d'équilibre entre offre et demande.

2. Les courants néoclassiques

Plusieurs courants se distinguent parmi les néoclassiques.

2.1. Le courant anglo-saxon

W.S. Jevons, un des fondateurs de l'économie pure, a élaboré une théorie subjective de la valeur ("l'utilité détermine la valeur") en s'opposant à Ricardo. Il a intégré l'utilité marginale et la rareté pour expliquer l'équilibre sur un marché unique, montrant que l'échange se poursuit tant qu'il y a un gain d'utilité, jusqu'à l'égalité des utilités marginales pondérées par les prix.

2.2. Le courant français et l'école de Lausanne ou courant de l'équilibre général

L. Walras est considéré comme le géant de l'économie néoclassique grâce à sa théorie de l'équilibre général. Il conçoit l'économie comme un système de marchés interdépendants où existe un système de prix assurant l'égalisation entre offre et demande sur tous les marchés (concurrence pure et parfaite). L'interdépendance des marchés rend une approche en équilibre partiel insatisfaisante.

2.3. Du marginalisme aux nouvelles théories de la microéconomie

Les néoclassiques contemporains cherchent à répondre aux critiques du modèle traditionnel en défendant l'économie de marché. Des courants comme l'école autrichienne ont gagné en influence en reconnaissant l'imperfection des marchés. Les modèles d'équilibre général normatif (Arrow-Debreu) utilisent les mathématiques modernes. La théorie des jeux (J. von Neumann et O. Morgenstein) a permis d'étudier l'interaction des comportements individuels maximisateurs et d'intégrer l'imperfection des marchés (ex: rigidité des salaires, théorie des contrats implicites de C. Azariadis).

V. Keynes : son œuvre, ses détracteurs, ses followers (de la NEC à la NEK)

1. La révolution keynésienne

J.M. Keynes a profondément renouvelé l'économie politique, inventant les bases de la macroéconomie. Il a prôné une intervention active de l'État, en opposition aux théoriciens du "laisser-faire".

1.1. La révolution de la théorie générale

1.1.1. Sortir de la crise

Keynes, marqué par la crise de 1929, a souligné que l'épargne excessive peut causer du chômage. Il a mis l'accent sur la demande effective (anticipations des ventes par les entreprises) comme déterminant du niveau de production et de l'emploi. Contrairement aux classiques, il a affirmé qu'un équilibre de sous-emploi peut persister à cause d'anticipations pessimistes auto-réalisatrices et de la notion d'incertitude radicale. L'épargne est une fuite du circuit économique, tandis que la monnaie est demandée pour elle-même (préférence pour la liquidité). La solution réside dans l'intervention de l'État par les dépenses publiques (effet multiplicateur) et une politique monétaire expansionniste (baisse des taux d'intérêt).

1.1.2. La fin du «no bridge»

Le "no bridge" de Keynes signifiait l'impossibilité de lier microéconomie et macroéconomie. Il a affirmé que les variables macroéconomiques ont des déterminants macroéconomiques. Les keynésiens adoptent une approche macroéconomique par fonctions (consommation, épargne, investissement, emploi), contrairement aux néoclassiques qui agrègent les comportements individuels. Cependant, la synthèse néoclassique (J. Hicks, modèle IS/LM) a cherché à intégrer les idées keynésiennes dans une analyse néoclassique élargie. Les travaux de P. Samuelson sur le multiplicateur-accélérateur expliquent l'instabilité de l'emploi. A. Leijonhufvud montre que les politiques keynésiennes sont pertinentes en cas de déséquilibre économique.

2. Les adversaires de la pensée keynésienne

2.1. Le monétarisme : une alternative à l'analyse keynésienne

M. Friedman a proposé une explication monétariste de la crise de 1929, causée par une politique monétaire restrictive. Pour lui, la monnaie est neutre, n'affectant que les prix et non les prix relatifs. Il renoue avec la théorie quantitative, affirmant que les variations de la masse monétaire n'ont d'influence à long terme que sur les variables nominales (PIB en valeur, prix). Les monétaristes estiment qu'il existe un "taux naturel de chômage", indépendant de l'inflation et déterminé par des facteurs réels (plein-emploi).

À court terme, une inflation non anticipée peut réduire temporairement le chômage (illusion monétaire), mais les agents finissent par ajuster leurs anticipations, ramenant le chômage à son niveau naturel. Friedman conclut qu'une politique monétaire active ne fait qu'amplifier les fluctuations et engendre la stagflation.

2.2. La nouvelle école classique (NEC)

La Nouvelle École Classique (NEC, R. Lucas, R. Barro) et les Nouveaux Keynésiens convergent sur la nécessité de fonder la macroéconomie sur la microéconomie. La NEC se caractérise par des agents optimisateurs en équilibre permanent, prenant des décisions sur des facteurs réels et avec des anticipations rationnelles sans erreurs systématiques. L'introduction des anticipations rationnelles par Lucas implique la neutralité de la monnaie à court et long terme, et l'incapacité des pouvoirs publics à réduire le chômage.

Les modèles de la NEC sont d'essence walrasienne, cherchant à décrire la réalité en y intégrant l'incertitude et la dynamique. Lucas critique les anciens modèles pour leur incapacité à comparer des politiques alternatives. Il soutient que l'imperfection de l'information joue un rôle dans le cycle économique, où les agents peuvent confondre "chocs" monétaires avec des hausses de prix relatifs, impactant temporairement la croissance. Cependant, une politique monétaire systématique verra ses effets anticipés et ne modifiera ni le PIB réel ni le chômage. Les cycles réels (Kydland et Prescott) poussent plus loin en expliquant le cycle économique par des chocs technologiques, ignorant les variables monétaires.

3. Les postkeynésiens et le maintien de la méthode holiste

Les postkeynésiens se voient comme les héritiers fidèles de Keynes, critiquant la "synthèse" pour son approche néoclassique. Ils partagent des thèmes comme l'insuffisance de la demande effective, l'endogénéité de la monnaie et une approche holiste de l'économie. Ils ont tenté de dynamiser la pensée keynésienne en l'appliquant à la croissance économique.

3.1. Croissance, répartition des richesses et fluctuations économiques

Les postkeynésiens ont cherché à étendre la pensée keynésienne à la croissance, montrant l'instabilité à court et long terme du capitalisme. Le modèle Harrod-Domar met en évidence la double nature de l'investissement (créateur de capacités et de demande) et la nécessité d'interventions politiques pour stabiliser la croissance. La répartition du revenu national est centrale, influencée par des forces sociales (Kalecki : "Les travailleurs dépensent ce qu'ils gagnent et les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent"). L'analyse de Kalecki montre que la part des salaires dépend du degré de monopole et de l'élasticité prix-demande ; une hausse du degré de monopole augmente le taux d'épargne.

3.2. Inflation et chômage

3.2.1. L'inflation

Pour les postkeynésiens, l'inflation est due principalement au conflit de répartition entre capital et travail (S. Weintraub). Les rapports sociaux sont au cœur de l'analyse, invalidant la causalité monétariste. L'inflation est de type "cost-push", où les hausses de coûts (salaires nominaux, fixés par les syndicats) se répercutent sur les prix. Si la marge de profit est constante, les entreprises augmentent les prix pour maintenir leur rentabilité. Une spirale prix-salaires peut en résulter. La courbe de Phillips est réactualisée en montrant une relation croissante entre la part des salaires et l'inflation. Les banques centrales ciblant l'inflation, cela équivaut à cibler la part des salaires dans le PIB.

3.2.2. Le chômage

Pour les keynésiens, le chômage involontaire résulte d'une insuffisance de la demande globale, et aucun mécanisme automatique ne garantit le plein-emploi. Le taux de chômage naturel n'existe pas. Le taux de chômage d'équilibre est influencé par le taux de chômage réalisé (déterminé par la demande globale). Des postkeynésiens reconnaissent la rigidité des salaires et les effets d'hystérèse (persistance du chômage). Ils considèrent que la baisse des salaires nominaux réduit la demande et aggrave le chômage. Les politiques budgétaires et monétaires visent à stimuler la demande globale pour combattre le chômage, considéré comme le problème majeur.

Partie 2 : Le comportement des agents et le fonctionnement du marché

Chapitre 1 : L'équilibre micro-économique du producteur et du consommateur

I. Le calcul économique du consommateur

Dans l'approche microéconomique, le consommateur est un agent rationnel. Il maximise son utilité (satisfaction) en choisissant un "panier de consommation" optimal, compte tenu de sa contrainte de budget (prix des biens, revenu fixe). Les préférences permettent d'ordonner les paniers de biens, avec une hypothèse de non-satiété et de préférence pour la diversité. La fonction d'utilité U=f(x1,x2)U = f(x_1, x_2) mesure la satisfaction. Les courbes d'indifférence (ou d'iso-utilité) représentent des paniers qui procurent la même utilité ; elles sont continues, décroissantes et convexes. Le Taux Marginal de Substitution (TMS) indique le taux auquel le consommateur substitue un bien à un autre en maintenant l'utilité constante (égal au rapport des utilités marginales).

La contrainte de budget est représentée par la droite p1x1+p2x2=Rp_1 x_1 + p_2 x_2 = R. Un accroissement de revenu déplace la droite vers le haut, une hausse de prix la fait pivoter. L'équilibre du consommateur est le panier XX^* qui maximise l'utilité tout en respectant la contrainte budgétaire, correspondant au point de tangence entre la droite de budget et la courbe d'indifférence la plus élevée.

Courbes d'indifférence

Taux marginal de substitution

Droites de budget

Déplacement de la droite de budget

Changement de prix sur la droite de budget

Équilibre du consommateur

II. Le calcul économique du producteur

Les facteurs de production (ou inputs) sont les éléments nécessaires à la production d'un bien ou service (output). Le travail (L) et le capital (K) sont souvent considérés comme substituables ou complémentaires. La fonction de production Q=F(K,L)Q = F(K, L) indique le niveau maximal de production. La productivité marginale (Pm) est le supplément de production d'une unité supplémentaire d'un facteur, tandis que la productivité moyenne (PM) est la production par unité de facteur.

L'isoquante (ou courbe d'isoproduit) représente toutes les combinaisons de K et L produisant la même quantité. Elle est décroissante et convexe. Le Taux Marginal de Substitution Technique (TMST) est le taux d'échange des facteurs pour maintenir la même production (égal au rapport des productivités marginales). La contrainte de budget du producteur (coût total D = wL + rK) est représentée par une droite d'isocoût. L'équilibre du producteur à court terme est la combinaison (K, L) qui minimise les coûts pour une production donnée, au point de tangence entre l'isoquante et la droite d'isocoût. Cela équivaut à égaliser le TMST au rapport des prix des facteurs.

Isoquantes

Les coûts dans l'analyse microéconomique

Les coûts de production sont les dépenses nécessaires pour produire une quantité donnée d'output. La fonction de coût exprime la relation entre coûts et quantités produites. Le coût total (CTC_T) est la somme des coûts fixes (CxC_x) (indépendants du volume produit) et des coûts variables (Cv(Q)C_v(Q)) (dépendent des quantités). CT(Q)=k+Cv(Q)C_T(Q) = k + C_v(Q).

  • Le coût moyen (CM(Q)C_M(Q)) est le coût total divisé par la quantité produite, mesurant le coût unitaire.
  • Le coût marginal (Cm(Q)C_m(Q)) est le supplément de coût pour une unité supplémentaire (dérivée du coût total).

Le producteur maximise son profit en produisant une quantité où le coût marginal (CmC_m) est égal au prix (P), et donc où Cm=RmC_m = R_m (recette marginale). À long terme, les profits attirent de nouvelles firmes, augmentant l'offre et baissant les prix jusqu'au seuil de rentabilité (minimum du coût moyen), où le profit économique est nul, n'incitant plus à l'entrée sur le marché.

Équilibre du producteur

Profit du producteur

Maximisation du profit

L'équilibre à long terme

À long terme, les profits attirent de nouvelles firmes sur le marché. L'augmentation de l'offre fait baisser le prix jusqu'au seuil de rentabilité (minimum du coût moyen), où le profit économique est nul. Il n'y a alors plus d'incitation à entrer, et toutes les entreprises utilisent la meilleure technique de production avec des fonctions de coûts identiques.

Équilibre à long terme

Chapitre 2 : L'offre, la demande et l'équilibre du marché de concurrence parfaite

I. Le modèle de la concurrence pure et parfaite

Le modèle de concurrence pure et parfaite, développé par L. Walras et reformulé par K. Arrow et G. Debreu, repose sur cinq conditions :

  • Atomicité : Multiplicité d'offreurs et demandeurs, aucun n'affectant les prix.
  • Fluidité : Liberté d'entrer et sortir du marché.
  • Homogénéité : Biens et services identiques, la concurrence ne se fait que sur le prix.
  • Mobilité parfaite des facteurs : Les facteurs de production circulent librement.
  • Transparence (information parfaite) : Tous les acteurs sont informés des prix.

Un marché concurrentiel se caractérise par l'absence de "pouvoir de marché" (les acteurs sont "price takers"). Ce modèle est très théorique mais explicatif (différences de prix, variations dues à l'offre/demande). Il permet de comprendre le rationnement en cas de prix plancher/plafond (ex: salaire minimum, régulation des loyers). Il assure une allocation optimale des ressources, guidée par les prix. Cependant, l'État peut intervenir en cas de "défaillances du marché", imposant des règles (concurrence) ou fixant des prix (plafond, plancher).

II. La courbe d'offre sur le marché

La courbe d'offre, introduite par A. Marshall, représente la quantité d'un bien que les producteurs sont prêts à offrir à chaque niveau de prix. Elle est croissante : plus le prix est élevé, plus l'offre augmente. Le producteur maximise son profit quand le coût marginal est égal au prix du marché. À long terme, l'entrée de nouveaux producteurs ou le progrès technique déplacent la courbe d'offre vers la droite (augmentation de l'offre).

III. La courbe de demande sur le marché

La demande individuelle est la quantité qu'un consommateur est prêt à acheter. Elle est influencée par les goûts, le revenu et le prix des biens substituables, et surtout le prix du bien considéré ("toutes choses égales par ailleurs"). La demande est généralement décroissante en fonction du prix. Une baisse de prix entraîne un effet de substitution (le bien devient plus attractif) et un effet de revenu (le pouvoir d'achat augmente). La demande totale est l'agrégation des demandes individuelles.

IV. La détermination du prix d'équilibre sur le marché

Le prix d'équilibre est le point où la courbe d'offre et la courbe de demande se croisent, égalisant l'offre et la demande. À ce prix, il n'y a ni rationnement de l'offre, ni de la demande. En cas de déséquilibre, les variations de prix ajustent l'offre et la demande jusqu'à l'équilibre. Les prix, s'ils sont flexibles, guident les ressources vers une allocation optimale. L'équilibre du marché est la situation où les intérêts des consommateurs (maximisation de l'utilité) et des producteurs (maximisation du profit) se rencontrent.

Marché concurrentiel

V. Déplacement de la courbe et déplacement sur la courbe

Il faut distinguer deux types de mouvements :

  • Déplacements sur la courbe : Adaptations de court terme de la quantité offerte ou demandée en réponse à une variation de prix (les fonctions d'offre/demande restent inchangées).
  • Déplacements de la courbe : Variations de l'offre ou de la demande à long terme, dues à de nouveaux entrants/sortants du marché, ou à des facteurs non liés aux prix (croissance démographique, innovations).

Synthèse

I. Les conditions nécessaires à une concurrence parfaite

Un marché de concurrence parfaite requiert :

  • L'atomicité du marché (nombreux offreurs/demandeurs sans influence sur les prix).
  • L'homogénéité du bien (concurrence uniquement sur le prix).
  • La libre entrée et sortie du marché (absence de barrières).
  • La mobilité des facteurs de production (travail et capital disponibles).
  • La transparence du marché (information parfaite pour tous les acteurs).

II. La logique de la demande

La demande d'un bien est liée à son utilité et à son prix. Le consommateur maximise son utilité totale sous sa contrainte budgétaire, considérant les "coûts d'opportunité". L'élasticité-prix de la demande ($ \varepsilon = \frac{\text{Taux de variation de la demande}}{\text{Taux de variation du prix}}undefined80\%$) n'est expliquée ni par l'investissement ni par la population active, résiduel qu'il attribue à la "productivité globale des facteurs (PGF)" ou progrès technique. Ce progrès technique est "tombé du ciel" (exogène), étant indépendant de la dynamique économique, mais essentiel pour dépasser l'état stationnaire et permettre la substitution du capital au travail. Il favorise la convergence des économies. Le "paradoxe de Solow" (1987), "Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de la productivité", souligne le délai entre innovation et ses effets réels sur la productivité, nécessitant un temps d'adaptation et des institutions appropriées.

5. Les modèles de la croissance endogène

À la fin des années 1980, les modèles de croissance endogène ont cherché à expliquer le progrès technique à l'intérieur du modèle économique. Ils mettent l'accent sur les comportements microéconomiques d'investissement en recherche et développement et d'épargne. P. Romer intègre l'accumulation de connaissances (suite aux dépenses de R&D) qui ont des rendements croissants et génèrent des "externalités positives", repoussant l'état stationnaire et créant un cercle vertueux de croissance auto-entretenue.

R. Lucas met en avant l'accumulation de capital humain ("qualité" du facteur travail) comme source d'externalités positives et de croissance. R. Barro souligne l'importance de la qualité des infrastructures publiques ("capital public") pour les externalités positives. Les modèles d'Aghion et Howitt montrent que la diffusion des innovations est une source majeure de croissance endogène. Ces modèles concluent à l'importance des politiques structurelles publiques (soutien R&D, infrastructures, éducation) pour stimuler l'investissement et la croissance.

6. L'importance des institutions pour comprendre la croissance économique et ses limites

Les institutions (règles du jeu de l'économie) sont cruciales pour expliquer les écarts de croissance. D.C. North les définit comme "les contraintes établies par les hommes qui structurent les interactions humaines", distinguant contraintes formelles (lois) et informelles (normes). Elles permettent une utilisation efficace des facteurs de production (travail, capital humain, technologies), stimulant l'innovation (ex: droits de propriété). L'approche institutionnaliste met en lien les institutions démocratiques et la croissance, influençant les politiques de développement. L'école de la régulation (M. Aglietta, R. Boyer) souligne que le capitalisme fonctionne par succession de "modes de production" où les institutions sont plus ou moins favorables à la croissance. Il est essentiel de choisir les "bonnes" institutions adaptées au contexte local.

7. Vers la fin de la croissance ?

Des économistes s'interrogent sur les freins à la croissance. A. Hansen, dans les années 1930, a formalisé la "stagnation séculaire" (démographie faible, ralentissement technologique, excès d'épargne, fermeture des frontières) pour expliquer la faible croissance. Ce concept est proche de l'état stationnaire des classiques. Après la crise de 2008, L. Summers a réactualisé cette thèse, expliquant la faiblesse de la reprise par un excès d'épargne mondial et le vieillissement démographique. R. Gordon identifie six "vents contraires" à la croissance potentielle : inégalités, dette, démographie, niveau éducatif, mondialisation, prix de l'énergie. Ces analyses mettent en évidence la complexité des facteurs de croissance et l'importance de la répartition des richesses sur la dynamique économique.

Question de synthèse : Pourquoi évoquer aujourd'hui la stagnation séculaire ?

La question de la stagnation séculaire est pertinente aujourd'hui en raison de plusieurs facteurs. On observe un ralentissement de la croissance potentielle dans de nombreux pays développés, malgré les innovations technologiques. Cela s'explique par :

  • Un excès d'épargne mondial, notamment en provenance des pays fortement exportateurs, qui ne trouve pas suffisamment d'opportunités d'investissement rentables.
  • Le vieillissement démographique (augmentation de l'espérance de vie et baisse de la natalité), qui réduit la population active et donc la capacité de croissance.
  • La montée des inégalités, qui peut freiner la demande globale et l'investissement social.
  • La faiblesse des investissements publics dans les infrastructures, la recherche et l'éducation, qui sont des moteurs de croissance à long terme.
  • Le ralentissement du progrès technologique dans certains secteurs, ou du moins son impact diffus sur la productivité (paradoxe de Solow).
  • Le poids de la dette publique et privée, qui peut limiter les capacités de relance budgétaire.

La stagnation séculaire implique que l'économie pourrait évoluer vers un état de croissance faible et de sous-emploi permanent si des politiques structurelles ambitieuses ne sont pas mises en œuvre. Elle remet en question la capacité d'auto-régulation des marchés et incite à revoir le rôle de l'État dans la stimulation de l'investissement et de l'innovation.

Chapitre 2 : Inégalités et stratégies de développement

I. Mesure du développement

1. Pays développés / pays « en développement»

François Perroux (L'économie du XXe siècle) définit le développement comme une "combinaison des changements mentaux et sociaux" qui permet une croissance cumulative et durable du produit réel. C'est une évolution qualitative, par opposition à la croissance (quantitative). Historiquement, la notion a été popularisée par le discours de Harry Truman (Plan Marshall), voyant le développement comme un rattrapage des pays "sous-développés" selon un modèle unique (W. Rostow). Le terme "tiers-monde" (A. Sauvy) a émergé comme critique de cette vision, insistant sur la diversité des voies de développement et les inégalités. L'ONU, via le PNUD, a œuvré pour le développement, favorisant l'appellation "pays en développement (PED)". On distingue aujourd'hui les "pays les moins avancés" des "pays émergents" (BRIC/BRICS). S. Latouche critique cette notion de développement comme une "occidentalisation" forcée, plaidant pour des voies propres à chaque pays.

2. Mesure du développement par des indicateurs quantitatifs

Le PIB par habitant est un indicateur historique de développement, mais il est limité. Le Revenu National Brut (RNB) par habitant est préféré pour les comparaisons internationales, car il intègre les transferts de revenus (profits, salaires) avec l'étranger. La Banque mondiale utilise le RNB par habitant pour classer les pays en catégories de revenu (faible, intermédiaire inférieur, intermédiaire supérieur, élevé). Ces indicateurs ont des limites : ils ne reflètent pas les inégalités de revenu, les conséquences des activités sur le bien-être, et réduisent le développement à une question quantitative. La Banque mondiale utilise une batterie d'autres indicateurs (extrême-pauvreté, alimentation, santé, éducation) pour une vision plus complète.

3. Mesure du développement par des indicateurs qualitatifs

Pour une approche plus qualitative et multidimensionnelle, le PNUD a créé l'Indice de Développement Humain (IDH) en 1990 (M. ul Haq, A. Sen). Basé sur la notion de "capabilités", il mesure la santé (espérance de vie), l'éducation (durée de scolarisation) et le revenu (RNB par habitant, en log). Calculé comme une moyenne géométrique entre 0 et 1, il classe les pays (faible, moyen, élevé, très élevé). L'IDH, bien que plus complet que le PIB, néglige les inégalités internes, de genre ou l'environnement. Le PNUD a donc développé des indices ajustés :

  • IDHI (IDH ajusté aux inégalités) : Mesure les inégalités de répartition des 3 dimensions (santé, éducation, revenu) au sein de la population.
  • Indices d'inégalité de genre : Mesurent les écarts entre hommes et femmes (IDH, santé procréative, autonomisation, marché du travail).
  • Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) : Évalue les privations en éducation, santé et niveau de vie, ainsi que leur intensité.
  • IDH ajusté aux pressions exercées sur la planète : Tient compte des émissions de CO2 et de la consommation de matières premières.

II. Les inégalités de développement

1. Vers la convergence entre pays ?

Les données du PNUD montrent que l'IDH a augmenté plus vite dans les pays à développement faible que dans les pays à développement très élevé entre 1990 et 2019, suggérant une forme de convergence. Cette convergence est visible dans les trois dimensions de l'IDH (revenus, éducation, santé). Branko Milanovic a montré que les revenus des classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) ont connu la plus forte croissance. La "rente de citoyenneté" (dépendance du revenu et des conditions de vie au lieu de naissance) reste plus élevée dans les pays riches, mais augmente dans les pays émergents. Les pays à faible revenu ont vu leur RNB et espérance de vie s'améliorer, réduisant l'extrême pauvreté et améliorant l'éducation, signes d'accumulation de capital humain. Cette convergence concerne surtout les pays émergents, tandis que les pays les plus pauvres progressent plus lentement.

2. Une convergence toute relative, qui laisse de nombreux pays à l'écart

Malgré une réduction globale des inégalités, elles restent fortes. Le RNB par habitant des pays les moins avancés est significativement inférieur à celui des pays riches. Le PNUD signale qu'en 2020, 1,3 milliard de personnes souffrent de "pauvreté multidimensionnelle", principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Cette pauvreté entrave le développement, comme le montre la comparaison d'espérance de vie et de scolarité entre un enfant né en Norvège et un autre au Niger. La crise du Covid-19 a aggravé la situation des plus pauvres, soulignant leur vulnérabilité. Le dérèglement climatique menace de freiner le développement futur.

3. Quel lien entre développement et inégalités au sein des pays ?

Les travaux de S. Kuznets sur l'évolution des inégalités aux États-Unis montrent une "courbe en cloche (ou en U inversé)" : les inégalités augmentent dans la première phase de développement (industrialisation), puis diminuent. Cette théorie, bien que sa base empirique soit faible (selon T. Piketty), a longtemps été admise. T. Piketty a montré que depuis les années 1970-1980, les inégalités mondiales ont augmenté, tirées par la croissance des revenus du capital. Le rapport social de l'ONU (2020) confirme une augmentation des inégalités de revenus à l'échelle mondiale entre 1990 et 2016 (le coefficient de Gini augmentant pour la majorité de la population mondiale). Des pays comme la Chine, après une forte hausse initiale, ont vu leurs inégalités diminuer sous l'effet des politiques. Les facteurs favorisant les inégalités sont le progrès technologique, le changement climatique, l'urbanisation et les migrations internationales. Des facteurs politiques (consensus de Washington, libéralisation) ont également réduit les mécanismes de protection sociale et de redistribution, remettant en question l'objectif d'égalité. Les inégalités internes freinent le développement humain.

4. Des inégalités de genre prépondérantes

Les inégalités de genre sont importantes et plus accentuées dans les pays en développement. Bien que les inégalités en matière de scolarité et d'éducation se soient réduites (objectif du millénaire pour le développement), l'IDH moyen des femmes reste inférieur à celui des hommes à l'échelle mondiale (écarts de revenus, de niveaux d'études). Cela se traduit par de moindres "capabilités" et de fortes inégalités à l'âge adulte (taux d'activité, précarité de l'emploi, faible représentation politique).

Dans le domaine privé et de la santé, les inégalités persistent : les femmes effectuent plus de tâches domestiques, se marient jeunes et ont des enfants précocement. Le taux de mortalité maternelle reste très élevé dans les pays à faible développement. Ces inégalités de genre sont un obstacle majeur au développement.

III. Quelles stratégies pour le développement ?

1. Les limites au développement : le problème des institutions et des capabilités

Les modèles de développement ont évolué au-delà du simple progrès technique, intégrant les obstacles institutionnels. L'approche institutionnaliste (dominante à la Banque mondiale depuis les années 1990, avec E. Lafaye de Micheaux, P. Ould-Ahmed) met en avant les institutions (politiques, marchandes, juridiques) comme facteurs clés du développement (D. Açemoglu, D. Rodrik : droits de propriété, État de droit). Cette approche conduit parfois à un "placage institutionnel" des modèles occidentaux. E. Ostrom a montré la diversité des solutions institutionnelles pour gérer les biens communs.

L'approche par les "capabilités" (A. Sen, M. Nussbaum) perçoit le développement comme la possibilité de choix pour les individus. L'augmentation de la richesse ne suffit pas si les individus ne peuvent agir comme ils le souhaitent, illustrant comment les inégalités et la pauvreté limitent les choix.

2. Les limites au développement : la domination

Pour certains économistes (S. Amin, inspiré de Lénine), le sous-développement est dû à des facteurs structurels, notamment l'inégalité entre pays du Centre et de la Périphérie. Les pays en développement sont exploités et dépendent des besoins des pays riches (matières premières, main-d'œuvre bon marché). Ce courant de la "dépendance" (R. Prebisch, A.G. Frank) et les approches "tiers-mondistes" dénoncent l'"échange inégal", où les pays moins développés subissent une "dégradation des termes de l'échange". Une solution envisagée est le "protectionnisme éducateur" (F. List) pour développer des secteurs compétitifs.

3. Les limites au développement : le cercle vicieux de la pauvreté

Le développement nécessite un cercle vertueux. R. Nurkse a schématisé le "cercle vicieux de la pauvreté" : faible revenu $ \rightarrow$ faible épargne $ \rightarrow$ faible accumulation de capital $ \rightarrow$ faibles gains de productivité $ \rightarrow$ faible croissance. Pour rompre ce cercle, Nurkse prône les investissements étrangers et la "croissance équilibrée". D'autres (A. Hirschman) plaident pour une croissance déséquilibrée.

4. L'échec des stratégies d'industrialisation

Dès les années 1950, des économistes ont réfléchi aux secteurs porteurs de développement. A. Lewis (modèle de l'"économie duale") a proposé un modèle où un surplus de main-d'œuvre du secteur agricole traditionnel alimente le secteur industriel "capitaliste" à faible coût, permettant une forte accumulation de capital et le développement industriel. Il prônait l'industrialisation comme moteur de développement. Les stratégies d'"industries industrialisantes" (G. de Bernis) visaient une structure industrielle cohérente et autocentrée. La "substitution aux importations" (CEPAL) prônait une politique protectionniste pour promouvoir l'industrie nationale. Ces stratégies ont souvent échoué à cause d'une demande nationale insuffisante ou d'un coût trop élevé des importations de biens d'équipement.

5. La (relative) réussite des stratégies de montée de gamme

Les stratégies de promotion des exportations visent une "montée en gamme" pour s'insérer efficacement dans les échanges internationaux. Le modèle du "vol d'oies sauvages" de K. Akamatsu décrit un développement en étapes, passant de l'exportation de produits à faible valeur ajoutée à ceux à forte valeur ajoutée (ex: Japon, Corée du Sud). Cette politique volontariste modifie l'avantage comparatif et a été adoptée par plusieurs pays, bien que sa mise en œuvre exige un État capable. La Chine a suivi une voie similaire, mais sans toutes les étapes du modèle.

6. Un ou plusieurs modèles de développement ?

La diversité des stratégies de développement montre qu'il n'existe pas de "solution miracle". Les institutions internationales (FMI, Banque mondiale), après l'échec du "consensus de Washington" (libéralisation, réduction des interventions de l'État), adoptent une approche plus pragmatique, axée sur des objectifs ciblés. La recherche en économie du développement privilégie désormais les solutions locales et expérimentales. Les financements (aide internationale, investissements étrangers) sont discutés pour leur efficacité. A. Deaton critique l'inefficacité de l'aide basées sur la "trappe à pauvreté", souvent détournée, plaidant pour des investissements massifs dans la santé ou l'accueil des migrants. Le microcrédit (M. Yunus) est une autre voie de financement, offrant de petits crédits à des populations défavorisées pour développer des activités économiques.

Chapitre 3 : La soutenabilité de la croissance économique

I. Le développement économique rencontre des limites environnementales et dégrade l'environnement

1. La croissance est-elle naturellement limitée ?

Dans son Essai sur la population (1876), T. Malthus énonce la "loi de population" : la croissance démographique (progression géométrique) dépasse la croissance des ressources (progression arithmétique), conduisant à une régulation "automatique" et à l'état stationnaire. K. Marx critique cette vision, attribuant la surpopulation à des facteurs économiques (répartition inégalitaire des ressources, capitalisme) plutôt que biologiques ("surpopulation relative"). Les progrès techniques ont repoussé les limites malthusiennes, mais d'autres difficultés (environnementales) sont apparues.

2. La croissance rencontre des limites environnementales

L'activité humaine a un impact croissant sur la planète, conduisant à l'anthropocène. Le Club de Rome (Les limites de la croissance, 1972, rapport Meadows) a alerté sur les limites environnementales de la croissance (pollution, épuisement des ressources, alimentation). Le progrès technologique ne ferait que repousser ces limites. L'ONU a organisé la Conférence de Stockholm (1972) et publié le rapport Bruntland (1987, Our common future) qui a introduit le concept de développement durable. Le Sommet de la Terre à Rio (1992) a renforcé l'action de l'ONU, menant aux Objectifs du Millénaire (OMD) et aux Objectifs de Développement Durable (ODD). L'équation I=PATI=PAT de P. Ehrlich synthétise l'impact environnemental (Population, Affluence, Technologie).

3. Réchauffement climatique, épuisement des ressources et de la biodiversité : est-il possible de croître encore ?

Le réchauffement climatique (rapport du GIEC, août 2021) menace de rendre des zones inhabitables, réduit les activités économiques et engendre des migrations. Les émissions de CO2, fortement corrélées à la richesse, soulignent l'empreinte carbone inégale. L'épuisement des ressources naturelles (ex: "pic pétrolier" de M. Hubbert) et la perte de biodiversité (rapport de l'ONU 2021) limitent également la croissance future. Ces phénomènes posent la question de la soutenabilité de la croissance et du développement, en particulier pour les pays les plus pauvres.

II. Penser et mesurer la soutenabilité de la croissance

1. Viser un développement durable

Le développement durable (rapport Bruntland, 1987) est "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". Il cherche un équilibre entre développement actuel et possibilités futures. Ses trois dimensions sont :

  • Économique : Croissance pour les générations actuelles sans endettement excessif pour les futures, préservation du patrimoine économique.
  • Environnementale : Préservation des ressources naturelles, de la biodiversité, limitation de la pollution pour les générations futures (équité intergénérationnelle).
  • Sociale : Lutte contre la pauvreté et l'exclusion, équité intragénérationnelle (concept de "capabilités" d'Amartya Sen).

2. Développement durable et soutenabilité de la croissance

La soutenabilité de la croissance se modélise en considérant quatre types de capitaux nécessaires à la production : physique, humain, social, naturel. Une croissance est soutenable si elle maintient le stock global de ces capitaux pour les générations futures. Cependant, le capital naturel est en partie non renouvelable. Deux conceptions s'opposent :

  • La soutenabilité faible : Les différentes formes de capitaux sont substituables ; les innovations techniques peuvent compenser l'épuisement du capital naturel.
  • La soutenabilité forte : Les capitaux sont imparfaitement substituables ; le capital naturel doit être préservé car irremplaçable à long terme.

3. La soutenabilité faible : des solutions techniques permettent de remplacer le capital naturel

La soutenabilité faible postule que "l'intelligence humaine" et les innovations techniques peuvent compenser l'utilisation du capital naturel. Les travaux de J. Stiglitz (années 1970) ont intégré les ressources naturelles comme facteur substituable dans la fonction de production. J. Hartwick (1977) propose une règle de compensation intergénérationnelle : les ressources prélevées doivent produire du capital capable de les remplacer. Cette approche (aussi défendue par R. Solow) valorise la constance du stock global de capital, quelle que soit sa composition. Cependant, elle pose la question de l'évaluation des pertes environnementales et des gains technologiques pour les générations futures, suscitant une incertitude que G. Chichilnisky (1994) utilise pour plaider pour une approche plus prudente.

4. La soutenabilité forte : le capital naturel doit être préservé car il ne peut pas être remplacé

Les approches de soutenabilité forte insistent sur l'imparfaite substituabilité des capitaux et la nécessité de préserver le capital naturel. G. Rotillon insiste sur la préservation de "capitaux naturels critiques" (biodiversité, qualité de l'air) avec des seuils d'utilisation. Les approches "conservationnistes", comme celle de K. Boulding (The economics of the coming spaceship earth, 1966), comparent la Terre à un vaisseau spatial, appelant à abandonner l'"économie de cowboy" (exploitation illimitée) pour une "économie d'astronaute" (préservation des stocks). Boulding dénonce la croissance exponentielle dans un monde fini ("fou ou économiste").

N. Georgescu-Roegen, appliquant la thermodynamique à l'économie, montre que le système économique dégrade les ressources (entropie). Les nouvelles techniques ne font que ralentir l'utilisation des ressources et peuvent être soumises à l'"effet-rebond" (effet Jevons), où l'efficacité accrue entraîne une consommation plus importante. Georgescu-Roegen plaide pour la décroissance comme seule solution durable, mesurée par l'empreinte écologique (W. Rees, M. Wackernagel). Cela soulève la question du partage de l'effort entre pays et la considération des ressources naturelles comme biens communs. Changer le "mix énergétique" vers les renouvelables est une autre option.

5. La croissance pour résoudre le problème environnemental ? La courbe environnementale de Kuznets

La courbe de Kuznets environnementale (G. Grossman, A. Krueger, 1994) suggère que la pollution augmente d'abord avec le revenu par habitant, puis diminue après un certain seuil (forme en U inversé). L'idée est qu'après avoir satisfait les besoins de base, la demande pour un environnement sain augmente, poussant aux changements technologiques. En outre, la croissance générerait des technologies moins polluantes et favoriserait les services moins polluants. Cependant, cette courbe est critiquée car elle ne prend pas en compte les pays les moins riches, surestime le seuil de pollution inversée (D. Stern) et ignore la délocalisation des activités polluantes. De plus, elle ne s'applique pas à tous les polluants (CO2). L'optimisme de la soutenabilité faible est remis en question, soulignant que la soutenabilité ne peut se faire sans intervention publique.

III. Quelles politiques pour un développement durable ?

1. Externalités et biens communs, le problème environnemental, un problème de défaillances de marché ?

Selon A.C. Pigou (The Economics of Welfare, 1932), les marchés sont défaillants en présence d'externalités (négatives comme la pollution). Le prix ne reflétant pas le coût social, il y a une surproduction. L'intervention publique (taxes, subventions) est nécessaire pour internaliser ces externalités et atteindre un équilibre optimal. La pollution est une externalité de production ou de consommation. La tragédie des biens communs (climat, biodiversité, ressources naturelles) résulte de l'accès non limité et de la rivalité, où l'intérêt individuel mène à la surexploitation (G. Hardin, ex: pâturage commun). Les politiques environnementales doivent être coercitives ou incitatives pour contrer les comportements de "passager clandestin".

2. Réglementer pour préserver l'environnement ?

La réglementation est une solution pour réduire la pollution (ex: protocole de Montréal sur les CFC, règlement Reach de l'UE sur les produits chimiques, normes d'émissions de CO2 pour les automobiles). Elle est efficace car elle s'impose strictement, mais rencontre des limites : trouver le juste niveau (éviter l'impact sur la compétitivité), son uniformité (pénalisant les PME ou les ménages modestes), et l'effet rebond (les produits moins polluants sont plus consommés). Les normes environnementales doivent être combinées avec des instruments économiques (taxes, subventions).

3. Des politiques fiscales pour inciter aux bons comportements ?

L'outil fiscal (écotaxes) vise à modifier les comportements de consommation et production vers des choix plus respectueux de l'environnement. Les taxes pigouviennes (A.C. Pigou) rapprochent le coût privé du coût social et s'inscrivent dans le principe du "pollueur-payeur". R. Coase ("The problem of social cost", 1960) a montré que si les coûts de transaction sont nuls, les agents peuvent corriger les externalités par l'échange marchand ("théorème de Coase"). Cependant, l'absence de coûts de transaction est irréaliste, rendant l'outil fiscal nécessaire. Les écotaxes (redevances, taxes incitatives, écotaxes fiscales) visent à internaliser les externalités, inciter à des comportements vertueux et générer un "double dividende" (environnemental et fiscal). Néanmoins, elles ont des limites : difficulté à fixer le niveau optimal, prise en compte des biens substituables, efficacité dépendante de l'élasticité-prix, questions d'équité sociale (ex: taxe carbone en France, mouvement des Gilets jaunes) et de compétitivité des entreprises.

4. Mettre en place des systèmes d'échange de quotas

Les marchés de droits d'émission ("droits à polluer"), basés sur les travaux de Coase, sont un autre instrument. L'État fixe des quotas d'émission (ex: CO2) qui sont ensuite distribués ou mis aux enchères aux entreprises. Les entreprises qui polluent plus doivent acheter des quotas à celles qui polluent moins, créant un marché avec un prix d'équilibre. L'exemple du marché européen du carbone (créé en 2005) montre des avantages (faible coût public, efficacité par le prix du marché) mais aussi des limites (prix initialement faible, caractère procyclique, nécessité d'une intervention accrue des pouvoirs publics pour une meilleure régulation et un prix plancher).

5. Un problème d'échelle et de gouvernance

Les politiques environnementales se heurtent à des problèmes d'échelle (local, national, mondial) et de gouvernance. Les "fuites" (perte de compétitivité, délocalisation) et le "passager clandestin" réduisent l'efficacité des politiques nationales ambitieuses (H. Sinn, "Green policy paradox"). Une politique climatique mondiale (ex: taxation carbone mondiale) éviterait ces risques mais est difficile à réaliser en raison de questions d'équité et d'efficacité. L'ONU favorise les accords sur les objectifs (Conférence de Rio, CCNUCC, COP, Protocole de Kyoto, Accord de Paris) pour une action collective. L'Union Européenne vise une "stratégie de croissance" transformant l'économie pour la transition écologique.

6. Transition écologique et justice sociale

La transition écologique et ses politiques soulèvent des questions de justice sociale (É. Laurent, "exigence d'une transition juste"). Elle doit prendre en compte les répercussions sur l'emploi (travailleurs des industries fossiles, Accord de Paris) et la répartition des efforts. Éloi Laurent propose trois exigences : intégrer la justice sociale dans l'analyse des chocs écologiques et des politiques climatiques ; donner la priorité au "bien-être humain dynamique" plutôt qu'à la croissance économique ; construire et mettre en œuvre les politiques de transition de manière démocratique à tous les niveaux de gouvernement. La transition écologique est donc un problème politique et démocratique, au-delà d'être un enjeu économique.

Partie 2: Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : Les transformations des structures économiques et financières

I. Les transformations des structures économiques depuis la révolution industrielle

1. Évolution de la productivité

1.1. Analyse sur le long terme de l'évolution de la productivité

La productivité est une mesure de l'efficacité de la production. Son évolution est un indicateur clé des transformations économiques. Voici des tableaux de données sur la productivité du travail et la productivité globale des facteurs pour plusieurs pays sur différentes périodes.

France Zone Euro Allemagne Italie Espagne Roy. - Uni Etats - Unis Japon
1890 - 2012 2,46 2,48 2,45 2,70 2,34 1,77 2,18 3,07
1890 - 1913 1,80 1,87 2,28 1,64 1,15 0,71 1,73 2,03
1913 - 1950 1,52 1,32 0,98 1,82 0,68 1,25 3,00 1,76
1950 - 1975 4,70 5,32 5,33 6,30 5,62 2,78 2,25 6,65
1975 - 1995 2,76 2,68 2,45 2,62 3,72 2,55 1,19 3,17
1995 - 2007 1,59 1,18 1,58 0,71 0,03 2,30 1,89 1,55
2007 - 2012 0,27 0,30 0,02 -0,32 2,13 -0,35 0,84 0,72

Source : Bergeaud, Cette et Lecat, 2013

France Zone Euro Allemagne Italie Espagne Roy. - Uni Etats - Unis Japon
1890 - 2012 1,76 0,82 1,54 1,66 1,43 1,04 0,58 1,55
1890 - 1913 1,34 0,43 1,72 1,15 0,62 0,52 0,71 0,48
1913 - 1950 1,18 0,41 0,62 1,13 0,15 0,93 0,48 0,74
1950 - 1975 3,55 1,68 3,23 3,99 4,02 1,28 0,61 4,02
1975 - 1995 1,69 1,00 1,55 1,56 2,37 1,55 0,37 1,67
1995 - 2007 1,10 0,50 0,84 0,28 -0,05 1,55 0,71 0,81
2007 - 2012 -0,29 0,62 -0,24 -0,92 0,52 -0,99 0,55 0,37

Source : Bergeaud, Cette et Lecat, 2013

Productivité du travail Productivité globale des facteurs
Japon Royaume-Uni États-Unis Japon Royaume-Uni États-Unis
1870-1913 2,0 1,2 1,9 -0,2 0,3 0,4
1913-1950 1,8 1,7 2,5 0,2 0,8 1,6
1950-1973 7,7 3,1 2,8 5,1 1,5 1,8
1973-2003 2,6 2,2 1,7 0,6 0,9 0,7

Source : Maddison (2007), tableau 6.5, p. 306.
Source : Gilbert Cette, Yusuf Kocoglu, et Jacques Mairesse. «La productivité en France, au Japon, aux États-Unis et au Royaume-Uni au cours du XXe siècle», Revue de l’OFCE, vol. 111, no. 4, 2009, pp. 53-7.

1.1.1. Une croissance de la productivité depuis la révolution industrielle jusqu'en 1980

Les gains de productivité ont été importants dès le début de la révolution industrielle, malgré des ralentissements temporaires (Grande dépression 1873-1896, crise de 1929). Ces gains sont dus à :

  • Les innovations technologiques :
    • Innovation de produit (ex: engrais, navette volante, machine à vapeur, moteur à explosion, électricité). Elles peuvent être radicales ou incrémentales.
    • Innovation de procédé (ex: assolement continu, sélection des semences, machinisme agricole).
  • Les innovations organisationnelles : Nouvelles formes d'organisation des entreprises et des marchés.
  • L'amélioration des moyens de transport (chemin de fer, transport maritime), qui a étendu les marchés, unifié les territoires et favorisé la division internationale du travail.
  • La concentration technique (regroupement des activités en usines), puis l'accroissement de la taille des entreprises pour bénéficier d'économies d'échelle.
  • L'organisation scientifique du travail (OST) (F.W. Taylor : parcellisation des tâches, "one best way", paiement au rendement) et le tayloro-fordisme (H. Ford : standardisation, travail à la chaîne, salaires élevés) ont généré des gains de productivité considérables, atteignant leur apogée lors des Trente Glorieuses.
  • L'amélioration du facteur travail (capital humain, T. Schultz) : Hygiène, médecine, niveau de formation, rendant la population plus nombreuse, saine et productive.

1.1.2. Dès la fin des Trente Glorieuses, on constate dans tous les pays industrialisés, un ralentissement de la productivité globale des facteurs.

Malgré l'essor de l'informatique et des NTIC, le rythme des innovations n'a pas toujours été corrélé à une hausse de la PGF. Le "paradoxe de Solow" (1987) : "Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité", souligne le long délai d'impact des innovations. P. Aghion, C. Antonin, S. Bunel (Le pouvoir de la destruction créatrice, 2020) soulignent la stagnation de la productivité malgré une accélération de l'innovation. La mesure de la production (évolutions des usages numériques, augmentation de la qualité) explique une partie de ce déclin. La structure du marché joue également un rôle : les entreprises proches de la frontière technologique intensifient leurs efforts, tandis que les autres se découragent, entraînant une faible productivité moyenne.

1.2. Evolution comparée de la productivité

L'étude de G. Cette, Y. Kocoglu, et J. Mairesse montre que la productivité varie dans le temps et l'espace. Les gains de PGF (amélioration de la main-d'œuvre, techniques, organisations, institutions) contribuent davantage que l'intensification des techniques. Les Trente Glorieuses ont permis à la France et au Japon de rattraper le niveau de productivité américain. Le Royaume-Uni a connu un déclin relatif. Depuis 1990, les États-Unis ont un regain de productivité grâce aux NTIC, tandis que d'autres pays ralentissent.

2. Les mutations sectorielles

2.1. Les trois secteurs

La classification de l'économie en trois secteurs (C. Clark, 1947) :

  • Le secteur primaire : Exploitation des ressources naturelles (agriculture, sylviculture, mines).
  • Le secteur secondaire : Transformation des matières premières (industrie, construction).
  • Le secteur tertiaire : Toutes les autres activités (services).

2.2. La théorie du déversement

A. Sauvy (La machine et le chômage, 1980) développe la théorie du déversement : les gains de productivité et l'évolution de la demande entraînent un transfert d'emplois du primaire vers le secondaire, puis vers le tertiaire. Cela est dû à :

  • La croissance de la productivité par rapport à la croissance de la demande.
  • La loi d'Engel : l'augmentation du pouvoir d'achat modifie la demande, déplaçant la consommation des biens primaires vers les biens secondaires, puis les biens supérieurs (services).

Schéma évolutionniste des secteurs

Source : Jean Gadrey, Socio-économie des services, Repères, La découverte (2003)

Ainsi, les gains de productivité agricoles libèrent de la main-d'œuvre (exode rural) pour l'industrie. L'essor industriel (machines, produits manufacturés) génère des emplois. Une fois le marché industriel saturé, les gains de productivité et la hausse des salaires engendrent de nouveaux besoins en services, favorisant l'expansion du secteur tertiaire.

2.3. La tertiarisation

La tertiarisation est l'augmentation de la part du secteur tertiaire (services) dans le PIB et la population active des pays industrialisés, processus en accélération depuis les années 1960. Outre la théorie du déversement, elle s'explique par :

  • La "loi" de A. Wagner : "plus la société se civilise, plus l'État est dispendieux" (investissements publics, bureaucratie).
  • La hausse du pouvoir d'achat et l'élasticité-revenu des biens supérieurs (loisirs, santé, éducation).
  • L'externalisation des tâches par les entreprises.
  • La hausse du taux d'activité des femmes et le vieillissement de la population.
  • La désindustrialisation (concurrence internationale, délocalisations).

II. L'évolution des modes de financement depuis la révolution industrielle

1. Les débuts de la révolution industrielle sont marqués par l'autofinancement

Au début de la révolution industrielle, les besoins en capitaux étaient faibles. L'autofinancement (épargne des artisans, commerçants) était suffisant, notamment dans la proto-industrialisation. Ce système a permis l'accumulation de capital grâce à des coûts de production basés sur la main d'œuvre rurale. Les entreprises étaient de taille modeste, souvent familiales. Le rôle des banques était limité, principalement des banques familiales ("haute banque") finançant le commerce.

2. Le développement d'un financement externe s'étend avec la hausse de la taille des entreprises.

L'introduction du machinisme (machine à vapeur) a exigé des capitaux plus importants, favorisant la concentration technique et l'accroissement de la taille des entreprises. La loi sur les sociétés anonymes (1867) a permis de drainer l'épargne. Le système bancaire s'est développé avec une spécialisation : banques de dépôt (collecte d'épargne, crédits courts, escompte) et banques d'affaires (financement long terme, chemins de fer). Les marchés financiers ont aussi grandi grâce aux obligations d'État et aux chemins de fer. L'Allemagne a adopté la banque universelle tôt, favorisant l'économie d'endettement, tandis que les États-Unis ont eu recours au marché financier très tôt.

3. L'entre-deux-guerres : une période de crise de confiance dans le système financier

La Première Guerre mondiale, financée par la création monétaire, a entraîné une forte inflation ruinant les rentiers (ex: emprunts russes). La crise de 1929 et la crise de liquidité ont renforcé la méfiance envers le système financier, menant à des réglementations strictes :

  • Garantie des dépôts bancaires (1930).
  • Glass Steagall Act (États-Unis, 1933) : Séparation des banques de dépôt et d'investissement, assurance des dépôts, plafonnement des taux d'intérêt.
  • Nationalisation de la Banque de France par le Front Populaire.

4. De 1945 aux années 1980

L'après-guerre a été marquée par des besoins de financement élevés pour la reconstruction et la croissance des Trente Glorieuses. L'économie d'endettement (selon J. Hicks, "overdraft economy") est devenue dominante en France : les entreprises dépendaient du crédit bancaire car l'autofinancement était insuffisant et les marchés financiers peu développés. Le système bancaire était fortement hiérarchisé et contrôlé par l'État (taux administrés, encadrement du crédit, contrôle des changes). La forte inflation a favorisé l'endettement (effet de levier). Cependant, cette économie d'endettement était inflationniste et excessivement réglementée.

5. Le développement des marchés financiers à partir des années 1980

Depuis les années 1980, la finance directe via les marchés a pris de l'importance. Cette évolution est due à :

  • Les réformes Debré-Haberer (années 1960) : fin de la distinction entre banques de dépôt et d'affaires, développement des banques universelles, bancarisation.
  • Le tournant libéral des années 1980 (lutte anti-inflation, hausse des taux d'intérêt réels), réduisant le recours au crédit bancaire (effet boomerang).
  • Les mesures de libéralisation financière en France (suppression de l'encadrement du crédit, levée du contrôle des changes, privatisations) et la création d'un marché unique des capitaux.
  • La globalisation financière (règle des "3D" de H. Bourguinat) :
    • Décloisonnement : Abolition des frontières entre marchés nationaux et segments de marché (monétaire/capitaux).
    • Déréglementation : Privatisations, suppression de contrôles.
    • Désintermédiation : Accroissement du financement direct par émission de titres, accompagné d'innovations financières (SICAV, FCP, assurance-vie).

La désintermédiation entraîne une hausse du financement interne (autofinancement) et externe direct (marché financier), réduisant le financement bancaire. Les banques ont renforcé leur rôle de "market maker" et de conseil, et ont développé la titrisation (transformation de crédits en titres financiers). L'efficience des marchés (E. Fama) a renforcé la croyance en une allocation optimale des ressources, mais la globalisation financière a engendré un risque systémique accru (ex: crise des subprimes).

Synthèse des Modules 1 et 2

L'étude de l'économie, particulièrement en vue des concours, repose sur une compréhension approfondie des mécanismes et des acteurs qui façonnent notre monde. Ce résumé met en lumière les points essentiels abordés dans les modules introductifs à l'économie, de la microéconomie à la pensée économique, en passant par les dynamiques de croissance, de développement et leurs enjeux de soutenabilité.

Points Clés du Module 1 : Les Fondements de l'Économie

  • Acteurs Économiques (Unités Institutionnelles - UI & Secteurs Institutionnels - SI) : Les ménages, les entreprises (sociétés non financières), les administrations publiques, les sociétés financières et les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM). Chacun a une fonction principale et des ressources spécifiques, leurs interactions formant le circuit économique. Le "reste du monde" agrège les opérations avec les non-résidents.
  • Opérations Économiques : Classées en trois catégories : les opérations sur les biens et services (production, consommation, investissement), les opérations de répartition (formation et circulation des revenus) et les opérations financières (création et circulation des moyens de paiement).
  • Fonctions de l'Économie : Principalement la production (quantifiée par le PIB, mais critiqué pour son incomplétude) et la répartition des richesses, distinguant les revenus primaires (liés à la production) et les revenus secondaires ou de transfert (issus de la redistribution). La vision keynésienne de la redistribution pour le plein-emploi est centrale. L'utilisation des revenus se divise entre consommation, épargne et investissement, avec des divergences majeures entre classiques et keynésiens concernant leur relation et leur impact sur l'activité économique.
  • Monnaie et Financement : La monnaie remplit trois fonctions économiques (intermédiaire d'échanges, unité de compte, réserve de valeur) et des fonctions socioculturelles (confiance, institution). Sa dématérialisation progressive a mené à la monnaie scripturale. La création monétaire par les banques (multiplicateur/diviseur de crédit) et la Banque Centrale est un mécanisme fondamental. Le débat sur la neutralité de la monnaie oppose classiques/monétaristes (dichotomie sphère réelle/monétaire) à keynésiens (monnaie active).
  • Politiques Monétaires : Objectifs divergents selon les théories : lutte contre l'inflation (monétaristes) ou régulation de l'activité économique via les taux d'intérêt (keynésiens).
  • Évolution des Systèmes de Financement : Passage de l'autofinancement aux financements externes, avec la hiérarchisation des banques et la création des Banques Centrales. Les 3D (déréglementation, désintermédiation, décloisonnement) ont transformé l'économie d'endettement vers une économie de marché financier, introduisant de nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux (risque systémique, régulation).
  • Pensée Économique : De la condamnation antique aux mercantilistes (richesse par les métaux ou l'industrie), aux physiocrates (ordre naturel, primauté de l'agriculture). Les classiques (Smith, Ricardo, Say) se sont préoccupés de la richesse, la valeur (travail/utilité), la répartition et l'avenir du capitalisme (état stationnaire). Marx a critiqué l'exploitation et la logique de crise du capitalisme. Les néoclassiques ont introduit la valeur-utilité et le raisonnement marginaliste pour expliquer l'équilibre des marchés. Enfin, Keynes a révolutionné la macroéconomie en insistant sur la demande effective et l'intervention de l'État. Les postkeynésiens continuent cette tradition face aux critiques monétaristes et de la Nouvelle École Classique.

Points Clés du Module 2 : Croissance et Développement

  • Caractéristiques de la Croissance : La croissance économique, mesurée par le PIB réel, a connu des phases distinctes depuis le XIXe siècle, souvent parsemées de révolutions industrielles (première, seconde, troisième). On observe des inégalités de croissance entre pays et des périodes alternées de forte expansion ("Trente Glorieuses") et de crise.
  • Analyses et Modélisations de la Croissance :
    • Classiques : Smith (division du travail), Ricardo (état stationnaire), Marx (plus-value, crises).
    • Schumpeter : Rôle central de l'innovation et de la "destruction créatrice", générant des "cycles longs". Les néo-schumpétériens ont affiné cette analyse.
    • Keynésiens (Harrod-Domar) : Modèles du "fil du rasoir" soulignant l'instabilité de la croissance de plein-emploi et la nécessité d'interventions publiques.
    • Solow (néoclassique) : Modèle de croissance exogène, où le progrès technique (PGF) est le principal moteur, mais considéré comme "tombé du ciel", aboutissant au "paradoxe de Solow".
    • Croissance Endogène : Modèles (Romer, Lucas, Barro, Aghion & Howitt) qui endogénéisent le progrès technique via l'accumulation de connaissances, de capital humain, d'infrastructures, et la suppression des obstacles institutionnels, générant des externalités positives et des rendements croissants.
    • Importance des Institutions : Les "règles du jeu" (D. North) influencent l'efficacité des facteurs et la croissance.
    • Limites de la Croissance : Concepts de "stagnation séculaire" (Hansen, Summers) et "vents contraires" (Gordon) pour expliquer le ralentissement et les défis à venir.
  • Inégalités et Stratégies de Développement :
    • Mesure du Développement : De la notion "pays en voie de développement" au "tiers-monde" (Alfred Sauvy), en passant par le PIB/hab, le RNB/hab et l'IDH (Amartya Sen, Mahbub ul Haq), ainsi que d'autres indicateurs ajustés (IDHI, IPM, IIG).
    • Convergence et Divergence : La convergence est relative, elle profite surtout aux pays émergents (Branko Milanovic) et les pays les moins avancés restent à l'écart. Les inégalités de genre demeurent très fortes.
    • Facteurs Limités du Développement : Problèmes institutionnels et de capabilités (A. Sen, M. Nussbaum), domination des pays du Centre sur la Périphérie (S. Amin, échange inégal), cercle vicieux de la pauvreté (R. Nurkse).
    • Stratégies de Développement : Des échecs des stratégies d'industrialisation (A. Lewis, industries industrialisantes de G. de Bernis, substitution aux importations) aux succès relatifs des stratégies de "montée en gamme" (K. Akamatsu, "vol d'oies sauvages").
    • Modèles de Développement : Évolution du "consensus de Washington" vers des approches plus pragmatiques et locales, intégrant les critiques sur l'aide au développement (A. Deaton) et le microcrédit (M. Yunus).
  • Soutenabilité de la Croissance Économique :
    • Limites Environnementales : Malthus (surpopulation), Marx (surpopulation relative), mais surtout l'impact de l'activité humaine (anthropocène, Club de Rome, rapport Meadows). Le réchauffement climatique (GIEC), l'épuisement des ressources ("pic pétrolier" de Hubbert) et la perte de biodiversité sont des freins majeurs.
    • Développement Durable : Définition par le rapport Bruntland (1987) intégrant trois dimensions (économique, environnementale, sociale) et déclinée en 17 ODD.
    • Soutenabilité Faible vs Forte : La première (Stiglitz, Hartwick, Solow) suppose la substituabilité des capitaux (physique, humain, social, naturel) et la compensation des pertes naturelles par des innovations techniques. La seconde (Boulding, Georgescu-Roegen) postule une substituabilité imparfaite, appelant à préserver le capital naturel irremplaçable et défendant potentiellement la décroissance ("économie d'astronaute"). L'effet-rebond (Jevons) est une limite majeure de la soutenabilité faible.
    • Politiques pour un Développement Durable : Utilisation des outils réglementaires (Protocole de Montréal, Reach), fiscaux (écotaxes pigouviennes, principe "pollueur-payeur") et la création de marchés (droits d'émission). Ces politiques se heurtent à des problèmes d'échelle, de gouvernance ("passager clandestin"), d'équité et de compétitivité. Des accords internationaux (COP, Accord de Paris) sont essentiels. La transition écologique doit s'accompagner de justice sociale pour garantir une répartition équitable des efforts et des bénéfices.

École Préparatoire aux Grandes Écoles (EPGE) - Filière Économique et Commerciale Générale (ECG1)

Support de Cours d'Économie

L'enseignement de l'économie en classes préparatoires EC vise à fournir aux étudiants les outils d'analyse et de compréhension du monde contemporain. Il combine deux approches : la science économique et l'histoire de la pensée et des faits économiques et sociaux. L'objectif est de développer les compétences de synthèse, d'analyse et d'argumentation des étudiants en maîtrisant les concepts fondamentaux de microéconomie et de macroéconomie, ainsi que les phénomènes économiques et sociaux depuis le XIXe siècle.

Module 1 : Les Fondements de l'Économie

Ce module présente les bases essentielles de l'économie, en abordant les principaux acteurs économiques et les équilibres de marché.

Partie 1 : Les Fondements de l'Économie

Cette section étudie le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux contemporains.

Chapitre 1 : Les Acteurs et les Grandes Fonctions de l'Économie

Un agent économique est une unité institutionnelle (UI), un centre de décision économique autonome. Les UI sont regroupées en secteurs institutionnels (SI) selon leur fonction principale et leur comportement.

I. Les Principaux Acteurs Économiques

  1. Les Entreprises

    • Une entreprise est une entité produisant des biens et services en vue de leur vente, élément central du capitalisme.

    • Selon J. Schumpeter, l'entrepreneur est un innovateur qui perturbe l'ordre économique établi.

    • L'INSEE définit l'entreprise comme une entité autonome de décision dans la production, pouvant inclure plusieurs établissements ou des entités juridiquement autonomes mais économiquement dépendantes.

    • Elle se décline en trois niveaux : l'établissement, la société et le groupe.

    • Le classement des entreprises s'effectue selon la taille (micro-entreprises, PME, ETI, grandes entreprises), le statut juridique, le chiffre d'affaires et le secteur d'activité.

    • La concentration est un processus d'accroissement de la taille des unités de production.

    • La multinationalisation (FTN) est un phénomène ancien, accéléré après la Seconde Guerre mondiale, menant à une influence économique parfois supérieure à celle des États.

    • La mondialisation des échanges et la globalisation financière ont modifié la gestion d'entreprise, avec une recherche accrue de la rentabilité des placements (ROE).

  2. Les Ménages

    • Définis par l'INSEE comme l'ensemble des individus vivant sous le même toit.

    • Incluent les familles, personnes seules, colocataires, et entrepreneurs individuels.

    • Leur fonction principale est la consommation, leurs ressources étant issues du travail, du capital ou des transferts.

  3. Les Administrations Publiques (APU)

    • Regroupent l'administration centrale, les administrations locales, et la Sécurité Sociale.

    • Fonction : produire des services non marchands ou effectuer des opérations de redistribution.

    • Ressources principales : les prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales).

    • Historiquement, l'État a évolué de l'État minimal (fonctions régaliennes selon les libéraux) à l'État-providence (welfare state), avec des interventions croissantes dans l'économie.

    • Le keynésianisme et les rapports Beveridge ont jeté les bases des systèmes modernes de sécurité sociale, visant le plein-emploi et la solidarité.

    • Depuis les années 1980, on observe un mouvement de libéralisation (privatisation, déréglementation) et un rejet de l'État-providence, bien que les crises (2007-2008, 2020) aient relancé le rôle de l'État interventionniste et la politique budgétaire discrétionnaire.

    • Les récentes crises ont conduit à une monétisation de la dette publique et à des politiques économiques actives.

  4. Les Sociétés Financières

    • Comprend les banques (y compris la banque centrale) et les assureurs.

    • Fonction : financer l'économie en collectant des ressources (dépôts, primes) et en accordant des crédits.

    • Les banques effectuent une transformation monétaire (dépôts courts en crédits longs) et une mutualisation des risques.

    • Les Trente Glorieuses ont vu une forte concentration et diversification bancaire, menant à la «dé-spécialisation» (décrets Debré-Haberer) et au décloisonnement (loi de 1984).

    • Les banques modernes proposent aussi des services (cartes, gestion d'actifs, OPA).

    • La désintermédiation rend plus difficile le contrôle de la masse monétaire, et l'internationalisation s'accompagne d'une concentration accrue.

    • La crise de 2008-2009 a relancé le débat sur la séparation des activités bancaires (type Glass-Steagall Act) pour prévenir les risques systémiques.

  5. Les Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages (ISBLM)

    • Exemples : églises, syndicats, associations, partis politiques.

    • Fonction : produire des services non marchands pour leurs membres, sans but lucratif.

    • Ressources principales : cotisations volontaires et subventions.

  6. L'Extérieur (Reste du Monde)

    • Regroupe les unités non-résidentes avec lesquelles les unités résidentes effectuent des opérations.

    • La balance des paiements enregistre les flux réels, monétaires et financiers entre résidents et non-résidents.

SECTEURS INSTITUTIONNELS

FONCTION PRINCIPALE

RESSOURCES PRINCIPALES

Sociétés non financières

Production de biens et services marchands non financiers

Montant des ventes

Sociétés financières

Production de services d'intermédiation financière et/ou d'activités financières auxiliaires.

Fonds provenant des engagements financiers contractés

Administrations publiques

Production de services non marchands destinés à la collectivité, redistribution du revenu et des richesses nationales.

Versements obligatoires effectués par les autres secteurs et reçus directement ou indirectement

Institutions sans but lucratif au service des ménages (partis politiques, syndicats, associations,...)

Production de services non marchands destinés à des groupes particuliers de ménages et/ou production sans but lucratif, de services marchands destinés aux ménages.

Contributions volontaires effectuées par les ménages, et éventuellement, vente de services marchands.

Ménages (y compris les entrepreneurs individuels)

Consommation de biens et services, et en tant qu'entrepreneur individuel, production de biens et services marchands non financiers.

Rémunération des facteurs de production; transferts effectués par les autres secteurs ; produit des ventes.

Reste du monde

On regroupe ici les opérations entre unités résidentes et non résidentes

Indéfinies par la classification

Tableau 1: Les agents économiques et leurs caractéristiques

II. Les Principales Opérations Économiques

Ces opérations décrivent les flux de biens ou de monnaie entre agents et sont classées en trois catégories :

  1. Opérations sur les biens et services

    • Décrivent l'origine (production, importations) et les utilisations (consommation, investissement, exportations) des biens.

  2. Opérations de répartition

    • Décrivent la formation et la circulation des revenus (distribution, redistribution).

  3. Opérations financières

    • Liées à la création et à la circulation des moyens de paiement et aux modes de financement.

III. Les Grandes Fonctions de l'Économie

L'étude de l'économie se concentre sur la manière dont les individus et les sociétés gèrent des ressources rares pour satisfaire leurs besoins, en étudiant la production, la répartition, la distribution et la consommation de biens et services.

  1. La Production

    • Ensemble des biens et services produits sur une période.

    • Distinction entre production marchande (vendue à un prix couvrant les coûts, lucratif) et production non marchande (gratuite ou à prix réduit).

    • Mesure par des agrégats comme le PIB (Produit Intérieur Brut).

    • Le PIB, élaboré par S. Kuznets en 1931, mesure les richesses produites sur un territoire en une année. Il est "brut" car il ne tient pas compte de l'amortissement.

    • Critiques du PIB depuis plus de trente ans :

      • Insuffisant pour estimer le bien-être ou la qualité de vie (S. Kuznets lui-même mettait en garde contre les usages abusifs).

      • Ne rend pas compte des inégalités sociales (un PIB élevé peut masquer des inégalités importantes).

      • Additionne des "nuisances" et des "richesses" (ex: coûts de guerre ou d'accidents augmentent le PIB).

      • Ignore le travail domestique, le bénévolat, les activités informelles ou non rémunérées.

  2. La Répartition des Richesses : Revenus Primaires et Revenus Secondaires

    • Processus de distribution des richesses au sein d'une société.

    • Deux niveaux dans l'économie de marché :

      1. Le Partage de la Valeur Ajoutée et la Répartition Primaire des Revenus

        • Les revenus primaires rémunèrent la participation à l'activité productive (travail : salaires ; capital : loyers, intérêts, redevances, dividendes).

        • L'EBE (Excédent Brut d'Exploitation) se calcule : EBE = VA - [coûts du travail + impôts liés à la production].

        • Théories de la répartition :

          • Libéraux (F. Hayek, néoclassiques) : revenus primaires justes, liés à la contribution productive et à la productivité marginale ; la redistribution est néfaste.

          • Marxistes : dénoncent l'exploitation où le salaire est le prix de la force de travail, permettant au capitaliste de capter la plus-value.

      2. Place et Rôle des Revenus Secondaires ou de Transfert

        • Les revenus de transfert (ou sociaux) sont attribués sans contrepartie directe pour couvrir certains risques (socialisation du revenu).

        • La redistribution par l'État-providence inclut prélèvements (cotisations, impôts) et réaffectations (prestations sociales, consommations collectives).

        • Deux types de redistribution :

          • Horizontale : solidarité entre catégories de population (par exemple, actifs pour retraités via la Sécurité Sociale).

          • Verticale : réduction des inégalités entre catégories sociales.

        • Principales prestations sociales : santé, vieillesse, famille, emploi.

        • Revenus primaires + transferts - impôts = Revenus disponibles.

        • Pour Keynes, la redistribution des revenus est cruciale pour le plein-emploi, car elle augmente la propension moyenne à consommer. Il justifie certaines inégalités si elles stimulent l'accumulation du capital et profitent au plus grand nombre.

        • Beveridge, inspiré par Keynes, défend la sécurité sociale et l'éducation comme moyens de soutenir la demande et la force de travail.

    • L'Utilisation des Revenus : Consommation, Épargne et Investissement

      • La Consommation et l'Épargne des Ménages

        • La consommation est l'utilisation d'un bien ou service satisfaisant un besoin, entraînant sa destruction.

          • Individuelle ou collective.

          • Finale (destruction sans création d'un autre bien).

          • Marchande (au prix du marché) ou non marchande (gratuite ou quasi gratuite).

        • Les coefficients budgétaires mesurent la part d'un type de dépense dans le revenu.

        • Niveau de vie (biens et services disponibles) vs mode de vie (comportements, loisirs).

        • La société de consommation, qui s'est étendue après les années 1930 (États-Unis) et 1950 (Europe), incite fortement à consommer.

        • Selon le modèle néoclassique standard, le consommateur est rationnel et maximise sa satisfaction sous contrainte budgétaire (égalité des utilités marginales pondérées par les prix). Le coût d'opportunité est le gain non réalisé du meilleur emploi alternatif.

        • La consommation est aussi un fait social (J. Baudrillard, T. Veblen) où elle est un signe d'appartenance sociale et devient ostentatoire.

        • Pour Keynes, la consommation est liée au revenu. Sa "loi psychologique fondamentale" stipule que la consommation augmente avec le revenu, mais moins que proportionnellement (une partie étant épargnée). La propension moyenne à consommer est supérieure à la propension marginale.

        • L'épargne est la différence entre le revenu disponible brut et la consommation finale.

          • Pour Keynes, l'épargne est un résidu qui peut accentuer les déséquilibres économiques en réduisant la demande effective.

          • Pour la tradition néoclassique, l'épargne est une consommation future.

          • M. Friedman ("revenu permanent") et I. Fisher ont montré que la consommation dépend de la richesse et du revenu permanent, remettant en question les politiques interventionnistes keynésiennes.

      • L'Épargne et l'Investissement

        • Opposition radicale entre théories classique et keynésienne.

        • Classiques (loi de Say) : l'offre crée sa propre demande ; les marchés s'équilibrent, pas de surabondance d'épargne, car elle est toujours rencontrée par l'investissement.

        • Keynésiens : l'équilibre épargne-investissement est ex-post, non ex-ante. L'investissement dépend des débouchés anticipés. Les ménages peuvent préférer la liquidité (monnaie) pour motifs de précaution ou de spéculation, créant un excès d'épargne et une insuffisance de demande effective, menant au sous-emploi.

      • Les Échanges Extérieurs

        • Flux économiques entre un pays et le reste du monde (marchandises, services, transferts financiers).

        • La balance commerciale enregistre importations et exportations de marchandises (prix FAB, CAF).

        • Une balance excédentaire ne signifie pas toujours une situation économique saine (ex: récession réduit les importations).

        • Si les exportations ne couvrent pas les importations, le pays doit puiser dans ses réserves ou s'endetter, créant une dette extérieure.

        • La balance des paiements (toujours équilibrée par construction) regroupe toutes les opérations et ses soldes intermédiaires indiquent la capacité/besoin de financement.

        • La mondialisation a accru le rôle des pays émergents dans les échanges mondiaux (ex: Chine). Les relations sino-américaines sont un axe majeur de l'ordre économique.

Synthèse - Chapitre 1 : Les Acteurs et les Grandes Fonctions de l'Économie

I. Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie: les principales définitions

  • Administrations publiques (APU) : Regroupent l'État central, les collectivités locales, et la Sécurité sociale.

  • Banques (pour l'économiste) : Rôle clé dans la création de monnaie scripturale, en plus de l'intermédiation traditionnelle entre agents à capacité et à besoin de financement.

  • Effet de démonstration : Concept de J. Duesenberry (1949) où les agents d'un groupe social imitent la consommation d'un groupe à revenu supérieur, influençant la propension à consommer.

  • Entreprise : Cellule de production, lieu de formation des profits, moteur du capitalisme agissant sur l'environnement et la société.

  • Filière inversée : Théorie de J.K. Galbraith (1967) soutenant que les grandes entreprises manipulent les consommateurs pour vendre leurs produits, contredisant la "souveraineté des consommateurs" néoclassique.

  • FMN ou FTN (Firmes/Entreprises Transnationales) : Définissent leur stratégie productive, commerciale et financière à l'échelle mondiale, jouant un rôle majeur dans la mondialisation.

  • Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM) : Partis politiques, églises, syndicats, associations produisant des services non marchands pour leurs membres.

  • PIB en volume et en valeur : PIB en volume (prix constants d'une année de base) et en valeur (prix courants de l'année considérée).

  • PNB au coût des facteurs : Égal au PNB au prix du marché moins les impôts indirects, plus les subventions d'exploitation.

  • Production marchande et non marchande : Production marchande vendue à un prix couvrant les coûts, à but lucratif; production non marchande gratuite ou à prix réduit.

  • Secteurs institutionnels (SI) dans la comptabilité nationale : Regroupent les unités institutionnelles ayant un comportement économique analogue (fonction principale, ressources principales).

  • SICAV (Société d'Investissement à Capital Variable) : Société gérant des portefeuilles de titres, contribuant à la désintermédiation bancaire et au développement de la Bourse via la titrisation.

II. Une mauvaise compréhension assez générale de quelques mécanismes budgétaires ou monétaires importants (par Patrick Artus)

Le débat public sur la dette publique, la monétisation, l'annulation ou la mutualisation des dettes révèle souvent une incompréhension des mécanismes déjà en place.

  1. Monétisation des dettes publiques et la Théorie Monétaire Moderne (MMT)

    • La dette est monétisée quand la Banque Centrale l'achète en créant de la monnaie. Cela ne change pas l'épargne ni la richesse, mais remplace la dette par de la monnaie chez les agents privés.

    • Efficace si la détention de monnaie modifie les comportements (stimule consommation, crédit).

    • La MMT soutient que la monétisation évite l'éviction de la dépense privée, permettant à l'État de financer les déficits nécessaires au plein-emploi, sans hausse des taux d'intérêt.

    • Les pays de l'OCDE ont de facto adopté la MMT pendant la crise du coronavirus.

  2. Helicopter Money

    • Concept de M. Friedman (1969) : distribution aléatoire de monnaie à la population.

    • Évolué vers un «Quantitative Easing pour les gens», ciblé sur des catégories sociales.

    • Les gouvernements et pays de l'OCDE l'utilisent déjà indirectement (ex: financement du chômage partiel par émission d'obligations achetées par la Banque Centrale).

  3. Annulation de la dette publique détenue par les Banques Centrales, émission de dette perpétuelle

    • L'annulation explicite des dettes est inutile car une dette publique achetée irréversiblement par une Banque Centrale et dont les intérêts sont reversés à l'État devient de facto gratuite et non remboursable.

    • Le taux d'endettement public à considérer est celui de la dette non détenue par la Banque Centrale.

    • Exemple du Royaume-Uni officialisant le financement monétaire direct du déficit public.

  4. Mutualisation des dettes publiques et solidarité

    • Débat européen sur l'émission de dette européenne (eurobonds).

    • Mutualisation simple : les pays se financent selon leur poids, bénéficiant de taux d'intérêt plus faibles.

    • Mutualisation avec solidarité : les pays en difficulté peuvent se financer davantage pour rattraper leur retard d'investissements, ce qui est contesté par certains pays du Nord de l'Europe.

  5. Au total, il faut se concentrer sur les vraies questions

    • Le financement monétaire massif des déficits publics pose le problème de l'excès de monnaie, pas de l'excès de dette publique.

    • Il existe une mutualisation partielle des dettes en Europe, mais la mutualisation avec solidarité est encore insuffisante.

Chapitre 2 : La Monnaie et le Financement de l'Économie

Introduction

Ce chapitre vise à comprendre le système monétaire (émission, circulation, contrôle des moyens de paiement) et le système de financement des économies modernes, distinguant monnaie et finance.

I. La Monnaie et le Crédit

  • La monnaie est l'actif servant à l'évaluation et au règlement des échanges.

  • Le crédit implique un décalage temporel, permettant à un débiteur d'obtenir de la monnaie en échange d'une promesse de paiement différé. Il est essentiel au financement de l'économie.

1. Les Fonctions de la Monnaie et la Mutation des Formes Monétaires

  • La monnaie est un actif liquide dont les formes varient.

  • Les Fonctions de la Monnaie

    • Les Fonctions Économiques (déjà identifiées par les philosophes grecs)

      1. Instrument des transactions : facilite les échanges en évitant la "double coïncidence des besoins" du troc. Elle est une "créance sur l'économie", parfaitement liquide.

      2. Unité de compte (numéraire) : mesure la valeur relative des biens et services, permettant d'établir leur prix.

      3. Réserve de valeur : permet de transférer du pouvoir d'achat dans le temps, pour motifs de précaution, transaction ou spéculation.

    • Les Fonctions Modernes de la Monnaie

      • La Monnaie est un phénomène socioculturel

        • Un moyen d'intégration sociale (M. Godelier : le sel-monnaie chez les Baruyas).

        • G. Simmel : la monnaie libère l'individu des liens coercitifs, reflète la société moderne.

        • P. Vilar : transition du féodalisme au capitalisme marque le rôle croissant de l'argent.

        • Elle favorise la rationalité calculatrice mais peut réduire les relations personnelles à des rapports monétaires, masquant le rapport social sous-jacent.

      • La Monnaie est une Institution

        • Son acceptation repose sur la confiance dans sa valeur, garantie par le pouvoir politique (G.F. Knapp : "la monnaie est une création de la loi").

        • L'émission monétaire est une prérogative régalienne.

        • La perte de confiance peut entraîner la disparition d'une monnaie (hyperinflation, dollarisation).

        • Inversement, elle peut unifier (Zone Euro : Europe politique).

  • La Mutation des Formes Monétaires

    • Les Formes de la Monnaie : ont évolué d'archaïques (sel) à de plus en plus abstraites (scripturale).

      • XIXe siècle : *monnaies métalliques* (or, argent) dominantes.

      • Les billets de banque étaient convertibles en or, leur valeur étant dérivée de cette convertibilité.

    • La Dématérialisation de la Monnaie

      • Processus progressif depuis 150 ans, expliquée par l'essor du crédit capitaliste (N. Kaldor).

      • Abandon de la forme manuelle, vers la monnaie scripturale (existe par écritures comptables des banques).

      • Trois étapes :

        1. Régression de la monnaie métallique au profit du billet (monnaie fiduciaire) après 1914.

        2. Régression du manuel (pièces, billets) au profit de la monnaie scripturale (chèques).

        3. Régression du chèque au profit des règlements automatisés.

      • La monnaie est un actif (pour le détenteur) et un passif (une dette pour l'émetteur).

2. La Masse Monétaire

  • Ensemble des actifs liquides, mesuré par les agrégats monétaires (M1, M2, M3).

  • La création monétaire se fait principalement par l'acquisition de créances sur l'étranger ou l'octroi de financements par les institutions financières aux agents non financiers résidents.

  • Les agrégats s'appuient sur le bilan consolidé des institutions financières monétaires et servent à définir les objectifs de la politique monétaire, visant à adapter la quantité de moyens de paiement aux besoins économiques.

3. La Création Monétaire

  • L'Origine de la Monnaie

    • Opération par laquelle un émetteur (établissement de crédit, Banque Centrale) met en circulation de la monnaie nouvelle.

    • Les banques commerciales (ou de second rang) émettent la plus grande partie de la monnaie scripturale.

    • L'émission peut être une simple substitution de forme ou une création de monnaie supplémentaire (monétisation de créances, ex: escompte commercial).

    • L'État peut aussi être à l'origine de création monétaire en demandant des avances à la Banque Centrale ou en créditant des comptes sans prélever d'impôts ou d'emprunts.

  • Portée et Limites de la Création Monétaire

    • Le multiplicateur de crédit : Modèle ancien supposant que les banques ont besoin de réserves préalables pour prêter. Une augmentation de la base monétaire () entraîne une variation amplifiée de la masse monétaire. Le coefficient multiplicateur , où est le coefficient de réserves obligatoires et la proportion de monnaie scripturale conservée en billets.

      • Critique : minimise le coût de la liquidité et l'intervention du taux d'intérêt.

      • M. Friedman et A. Schwartz : la valeur du multiplicateur dépend des habitudes de paiement et des réserves imposées.

    • Du multiplicateur au diviseur de crédit : Les économistes postkeynésiens s'opposent au modèle précédent.

      • Les banques prêtent d'abord, puis se refinancent, créant ainsi la monnaie "ex nihilo". La monnaie est endogène (déterminée par les agents économiques, non par la Banque Centrale).

      • La différence entre ce modèle et le multiplicateur reflète l'opposition entre économie d'endettement (taux administrés) et économie de marché financier (marché des capitaux).

      • Le pouvoir de création n'est pas sans limites : les banques doivent contrôler leur liquidité et la Banque Centrale régule via le coût du refinancement pour défendre la valeur de la monnaie.

4. La Monnaie : Objet de Débat Théorique

  • L'Analyse Dichotomique entre Sphère Réelle et Sphère Monétaire

    • La monnaie est neutre si elle n'a pas d'effets sur l'économie réelle (classiques et néoclassiques).

    • D. Ricardo (1809) : la quantité de monnaie détermine les prix absolus, mais pas les prix relatifs.

    • Offre de monnaie exogène (contrôlée par la Banque Centrale).

    • Loi des débouchés de J.B. Say : la monnaie n'est qu'un "voile" masquant la réalité des échanges. Toute offre crée sa propre demande.

    • Théorie quantitative de la monnaie (J. Bodin, I. Fisher ) : toute augmentation de la monnaie entraîne une augmentation des prix (inflation) sans effet sur la sphère réelle.

  • Le Rejet de l'Approche Dichotomique

    • Keynes (Théorie générale) : l'"économie monétaire de production" où les décisions portent sur des grandeurs monétaires.

    • La demande de monnaie dépend aussi du motif de spéculation (réserve de valeur).

    • Le taux d'intérêt est le prix de la monnaie ; une hausse de l'offre de monnaie peut réduire les taux d'intérêt, stimulant l'investissement (monnaie active).

    • Keynes ne remet pas en cause l'équation de Fisher, mais sa conclusion : la hausse de M (masse monétaire) peut augmenter T (transactions) en situation de sous-emploi, stimulant l'investissement sans inflation. L'inflation n'apparaît qu'en plein-emploi ou en situation de trappe à liquidité.

5. Les Politiques Monétaires d'après les Théories Économiques

  • Les Classiques et les Monétaristes

    • Classiques : l'épargne dépend du taux d'intérêt (compensation pour consommation différée).

    • Monétaristes (M. Friedman) : reforment la théorie quantitative. La politique monétaire a pour objectif prioritaire la lutte contre l'inflation. La monnaie est neutre à long terme, n'affectant que le niveau des prix.

      • Demande de monnaie stable, dépend du revenu permanent,

du coût d'opportunité (rendements financiers) et des anticipations d'inflation.

  • Une politique monétaire discrétionnaire génère des perturbations sur les prix.

  • Le chômage a un "taux naturel" indépendant de l'inflation. Les politiques expansionnistes ne peuvent réduire le chômage durablement sans provoquer d'inflation (illusion monétaire temporaire des salariés).

  • La Position des Keynésiens

    • La politique monétaire doit agir sur l'activité économique via le taux d'intérêt (objectif intermédiaire).

    • Objectif final : relance en cas de dépression, ou rigueur en cas d'inflation.

    • La masse monétaire influence les grandeurs réelles de l'économie, donc la stabilité des prix n'est pas le seul objectif.

II. Les Circuits de Financement de l'Économie

1. L'Évolution Historique des Systèmes Financiers

  • Le Développement des Fonctions Bancaires

    • Avant la Révolution Industrielle : activités bancaires embryonnaires, liées au commerce international.

    • Mi-XIXe siècle : apparition de grandes banques finançant l'industrie lourde.

    • Bancarisation des ménages : avec la société de consommation et les virements automatiques.

    • Concentration bancaire : formation de groupes (BNP, Citicorp, Barclays).

    • Internationalisation des banques : endettement des PED, recyclage des pétrodollars, globalisation financière, marchés des eurodevises.

  • La Hiérarchisation des Banques et la Création des Banques Centrales

    • XIXe siècle : centralisation du pouvoir d'émission de monnaie (Banques Centrales).

    • Fonction principale : émettre de la monnaie fiduciaire, devenant "banque des banques".

    • Contrôle de la monnaie scripturale : par le coût du refinancement (taux d'intérêt, réescompte).

    • Risque systémique : la faillite d'une banque peut provoquer des faillites en chaîne ("too big to fail").

    • La Banque Centrale est en théorie le prêteur en dernier ressort (pour éviter une crise systémique), mais cela pose un problème d'aléa moral (les banques prennent des risques excessifs).

    • Le "free banking" (Angleterre, début XIXe) contestait le monopole d'émission.

2. Financement Indirect et Direct

  • Début Révolution Industrielle : autofinancement dominant (investissements peu coûteux, épargnants = investisseurs).

  • Développement de l'industrie lourde : besoin de capitaux à long terme, promotion des sociétés (lois sur les sociétés anonymes).

  • Début XXe siècle : marchés de capitaux collectent des fonds, mais surtout pour obligations d'État.

  • Théorie de Gurley et Shaw : deux modes de financement dans une économie moderne :

    • Ressources propres (autofinancement).

    • Fonds extérieurs :

      • Financement indirect : emprunts auprès d'intermédiaires (intermédiation).

      • Financement direct : émission d'actions et obligations sur le marché financier (désintermédiation).

  • Le Financement Indirect

    • Les entreprises dépendent des banques pour combler le déficit entre épargne brute et investissements.

    • L'intermédiation financière réduit les coûts de transaction entre emprunteurs et prêteurs.

    • Les organismes financiers collectent l'épargne (titres, dépôts) et prêtent, ou bien créent de la monnaie.

  • Le Financement Direct

    • Prêteur et emprunteur sont en relation directe (ex: entreprise émet des obligations, ménages les achètent).

    • Description de deux marchés :

      • Le marché monétaire : marché des capitaux à court terme, lieu de régulation de la création de monnaie.

      • Le marché financier (Bourse) : lieu d'émission et d'échange des valeurs mobilières (actions, obligations). Concilie liquidité pour les épargnants et capitaux à long terme pour les emprunteurs. Allocation des ressources vers les entreprises jugées "profitables" (J. Schumpeter).

3. Les Tendances Récentes du Financement de l'Économie

  • J. Hicks (années 1970) : distinction entre économie d'endettement et économie de marché financier.

  • Le Passage de l'Économie d'Endettement à l'Économie de Marché Financier

    • Deux modes de financement de l'économie

      • Économie d'endettement : entreprises dépendent des crédits bancaires ; contrôle quantitatif des crédits par la Banque Centrale pour éviter l'impact sur l'emploi d'une hausse des taux. Monnaie endogène.

      • Économie de marché financier : financement prépondérant par l'émission de titres en Bourse ; taux d'intérêt flexibles ; les banques ne sont pas assurées d'un refinancement automatique. Monnaie exogène.

    • Déréglementation, désintermédiation et décloisonnement financiers ("les 3D")

      • Théorie de H. Bourguinat, caractérisant la globalisation financière (années 1980-1990).

      • Déréglementation : suppression des contrôles et règlements sur les services bancaires (libéralisation des flux financiers, fin du contrôle des changes, développement des produits dérivés - MATIF, MONEP). Accélération par les NTIC.

      • Désintermédiation : accès direct des entreprises aux financements via les marchés (émission de titres) plutôt que l'endettement bancaire. Les banques transforment leurs prêts en produits financiers (titrisation).

      • Décloisonnement : abolition des divisions classiques (compte courant/terme, banques/assurances, marché court/long terme, crédit national/devise). Libre circulation des capitaux. Restructuration du système bancaire (ex: abrogation McFadden Act aux USA, suppression distinction banque de dépôt/affaires en France).

4. Les Systèmes de Financement en Recomposition

  • Vers une Généralisation de la Marchéisation Financière

    • La marchéisation signifie qu'un secteur est soumis aux lois des marchés financiers.

    • Le système réglementé post-Seconde Guerre mondiale (économie d'endettement) a été remplacé par des politiques de libéralisation (années 1970-1980).

    • L'unification de l'espace financier européen (zone Euro) est un exemple.

    • Les marchés financiers jouent un rôle de premier plan (offre/demande de liquidités), ignorant de plus en plus les frontières.

    • En France, l'État a joué un rôle majeur dans le financement post-guerre (comptes spéciaux du Trésor).

    • Les politiques de libéralisation et le contexte économique (faible croissance, restauration des marges) ont favorisé le recul des financements intermédiés et le développement des marchés de capitaux, bien que les banques restent influentes sur ces marchés.

  • Nouveaux Acteurs et Nouveaux Enjeux

    • Nouveaux acteurs : investisseurs institutionnels, agences de notation (évaluent la solvabilité).

    • Nouveaux enjeux :

      • Les retournements des marchés entraînent des crises économiques et sociales (P. Krugman).

      • Exemples : krach de 1987, crise de 2008 (risque d'effondrement financier, récession).

      • Scandales (Enron, Wirecard) : distorsion entre économie réelle et sphère financière, recherche de rentabilité des fonds propres supérieure au taux de croissance, effet de levier financier, "montages déconsolidants".

      • La régulation est plus que jamais d'actualité face aux dysfonctionnements (asymétrie d'information, externalités négatives).

      • Nouvelles législations (Sarbanes-Oxley, LSF) pour garantir la transparence de l'information.

      • La crise de 2007-2008 a discrédité les autorités, soulignant l'instabilité des systèmes.

  • Leçons de la crise, réformes d'après-crise et interrogations actuelles

    • Les Banques Centrales ont ciblé l'inflation, mais la stabilité des prix peut coexister avec des bulles d'actifs (crise de 2008).

    • La politique monétaire doit intégrer un objectif de stabilité financière.

    • Identification et surveillance des institutions systémiques.

    • Mutation du rôle de prêteur en dernier ressort (États pour recapitalisation, Banques Centrales pour liquidité).

    • Manque de système de résolution des faillites individuelles (intervention d'urgence, aléa moral, pertes pour les contribuables).

    • Réforme du G20 (2008) pour une réglementation saine, coopération internationale, réforme des institutions (Conseil de Stabilité Financière).

    • Limites et risques : lenteur des réformes (Dodd-Frank aux USA), concurrence réglementaire, effets pervers des nouvelles règles bancaires (Bâle III sur le financement, shadow banking).

Chapitre 3 : Les Grands Courants de la Pensée Économique depuis le XVIe siècle

I. La Préhistoire de l'Analyse Économique

L'économie politique, née au XVIIIe siècle, a dû s'émanciper de la tutelle religieuse pour s'interroger sur ses mécanismes.

1. La Longue Gestation de la Science Économique

  • De la Condamnation Antique des Activités Marchandes à leur Réhabilitation à partir de la Renaissance en Europe

    • Philosophes grecs : l'économie est un aspect de la vie sociale/Cité, sans être une discipline autonome.

    • Déclin de la pensée économique romaine et médiévale sous l'influence du christianisme.

    • XVIe siècle (Renaissance) : l'économie se libère de la morale chrétienne, une nouvelle idéologie valorise l'État et la richesse.

    • La période (mercantilisme à classiques) passe de l'immoralité à l'amoralité de l'économie.

  • La Naissance d'une Pensée Économique Autonome

    • Le mercantilisme a libéré l'économie de la religion, mais pas du pouvoir princier.

    • Les libéraux affirment l'existence d'un ordre naturel de l'économie, indépendant du politique.

    • Physiocrates (F. Quesnay) : l'économie est un ordre naturel ; tableau économique.

    • B. Mandeville (1705, La Fable des abeilles) : les vices privés mènent au bien public (intérêt égoïste).

    • A. Smith (1776, Richesse des nations) : l'intérêt individuel (boucher, boulanger) est le moteur économique.

2. Les Mercantilismes

Du XVIe siècle, les mercantilistes ont influencé les politiques économiques pour enrichir les pays.

  • Le Mercantilisme Bullioniste Espagnol ou l'Obsession des Métaux Précieux

    • Favoriser le rapatriement des métaux précieux du "Nouveau Monde".

    • Politique protectionniste pour empêcher leur sortie (L. Ortiz, 1558).

    • Cette politique a causé une forte hausse des prix et n'a pas enrichi durablement le pays, mais visait à affirmer le pouvoir de l'État.

  • Le Mercantilisme Français

    • J. Bodin : lien entre quantité de monnaie et niveau des prix (première explication monétariste de l'inflation).

    • XVIIe siècle : met l'accent sur le développement des manufactures (mercantilisme industriel).

    • Politique protectionniste et intervention de l'État (J.B. Colbert) pour la haute qualité des produits nationaux.

    • A. de Montchrestien (1615, Traité d'économie politique) : richesse = biens nécessaires à la vie, non abondance d'or.

3. La Physiocratie ou la Première Analyse Économique de l'Ordre Naturel

Marque le début du classicisme français, avec une pensée structurée et systématique.

  • Les Physiocrates contre l'État Tout-Puissant

    • "Gouvernement de la nature" : productivité de l'agriculture, cycle économique = cycle agricole.

    • Confiance en l'harmonie spontanée du marché (s'oppose aux mercantilistes).

    • Privilégient l'agriculture et la liberté des prix agricoles, incitant les producteurs plus qu'intervenant.

  • Le Chef de File de l'École : J. Turgot

    • Les lois humaines doivent être conformes à l'ordre naturel.

    • Théorise la formation des prix, les rendements décroissants de la terre (loi des rendements non proportionnels).

    • Anticipe les classiques : l'épargne est source de capital et d'emploi ; l'intérêt est le fruit de la rencontre offre/demande de capitaux.

    • Préfigure les néoclassiques (interaction des individus sur marché concurrentiel).

    • Ministre de Louis XVI (1774) : rétablit la liberté du commerce des céréales (laissez-faire), supprime les corvées, réduit les charges fiscales des paysans, pratique la rigueur budgétaire.

  • F. Quesnay : Analyse en Termes de Classes Sociales et Modèle de Fonctionnement de l'Économie

    • Distinction de trois classes :

      • Productive (agriculteurs) : crée plus de valeur qu'elle n'en consomme.

      • Propriétaires (fonciers) : vivent du surplus de valeur créé, reçoivent la rente foncière.

      • Stérile (artisans) : transforment les biens existants, restituent la valeur qu'ils utilisent.

    • Société harmonieuse : chaque classe remplit une fonction essentielle, les flux de richesse doivent circuler au sein d'un circuit (production -> répartition -> dépense).

    • Son "tableau économique" (modèle du circuit) a marqué la pensée économique.

II. Les Économistes Classiques

L'école classique, débutant avec Adam Smith, a profondément marqué la pensée économique, cherchant à systématiser l'analyse des mécanismes économiques.

1. Qui sont les Classiques ?

  • Préoccupations des Classiques et Défense du Libéralisme

    • Étudient la production, l'échange, la répartition, et les problèmes sociaux.

    • Smith a développé une théorie du capitalisme industriel, la division du travail étant au cœur de la création de la richesse.

    • Questions centrales : source de richesse, origine de la valeur, détermination des prix, libéralisme vs interventionnisme, protectionnisme vs libre-échange, répartition des revenus, conditions de la croissance.

    • Systématisent la démarche physiocratique : recherche de "lois économiques" (loi de l'offre et de la demande, loi des débouchés, loi d'airain des salaires).

    • L'économie devient une science.

    • Malgré la misère ouvrière du XIXe siècle, ils défendent le libéralisme, cherchant l'organisation optimale pour l'optimum économique et social.

    • Peu d'outils mathématiques comparé aux néoclassiques.

  • La Théorie de la Valeur : Objet Fondamental de Réflexion

    • A. Smith : distingue valeur d'usage (utilité) et valeur d'échange (valeur relative).

      • Paradoxe de la valeur (eau/diamant).

      • Propose une théorie de la "valeur travail commandé" (travail comme mesure réelle).

    • D. Ricardo : adhère à la valeur travail, propose une analyse en termes de "travail incorporé" (travail direct + indirect pour produire un bien).

    • Salaire selon les classiques : salaire de subsistance (dépend des progrès de productivité agricole).

    • J.B. Say : s'éloigne de la valeur travail, fait de l'utilité la source de la valeur (anticipant les néoclassiques).

2. Des Économistes Soucieux de la Question Sociale et de l'Avenir du Système Économique

  • La Répartition des Richesses en Lien avec l'Analyse des Classes Sociales

    • A. Smith : trois catégories de revenu (salaire, profit, rente), vues comme sources primitives.

      • Reconnaît le conflit d'intérêt entre maîtres et ouvriers.

      • Salaires réels proches du salaire de subsistance (rapports de force inégaux).

      • Profits proportionnels au capital engagé.

      • Rente = différence entre prix des récoltes et somme des salaires et profits pour l'obtenir.

    • D. Ricardo : fondateur du raisonnement différentiel.

      • Théorie de la rente différentielle : explique le prix des terres basé sur la fertilité.

  • L'Avenir du Capitalisme pour les Classiques

    • D. Ricardo : capital et épargne au cœur de la croissance. Accumulation du capital explique la dynamique.

    • Thèse de Malthus (décalage population/subsistance) et loi des rendements décroissants en agriculture mènent à une augmentation de la rente et une baisse des profits.

    • Tendance du profit vers zéro : état stationnaire.

    • Remède de Ricardo : le commerce international pour repousser l'état stationnaire.

    • A. Smith : division du travail = source d'efficacité et croissance illimitée (optimisme car ignore Malthus et la rente différentielle).

    • J.B. Say : loi des débouchés : toute production crée une demande équivalente (valeur produite = revenus distribués = dépenses). Pas de crise de surproduction.

III. Marx et l'Exploitation de l'Homme par l'Homme

1. La Critique de l'Économie Politique

  • K. Marx (Le Capital) : analyse critique du mode de production capitaliste, visant la révolution.

  • Penseur pluridisciplinaire (philosophie, sciences sociales), fonde un socle épistémologique nouveau.

  • Concepts clés : production, forces productives, rapports sociaux de production, mode de production.

  • Son analyse macroéconomique s'inscrit dans le matérialisme historique : aliénation (processus de dépossession) → libération dans le communisme.

  • Le prolétariat, ne possédant pas les moyens de production, est exploité.

2. L'Exploitation Capitaliste

  • L'ouvrier est rémunéré selon le prix de sa force de travail (temps socialement nécessaire pour la reproduire), non selon la valeur produite.

  • Le surtravail (plus-value) : l'ouvrier produit plus de richesses qu'il n'en consomme. Cette plus-value est appropriée par le capitaliste.

  • La plus-value trouve son origine dans la production, pas dans l'échange (le capitaliste ne vend pas au-dessus de la valeur).

  • La journée de travail se divise : une partie pour reproduire la valeur de la force de travail, une autre pour la plus-value du capitaliste.

  • La plus-value est "masquée" dans le capitalisme, apparaissant comme un excédent naturel, contrairement au système féodal.

3. La Crise Capitaliste

  • Contradiction permanente entre développement des forces productives et rapports sociaux de production.

  • Mode de production : base économique/sociale (forces productives, rapports sociaux) et superstructure (institutions, idéologie).

  • Le capitalisme, système d'exploitation, favorise l'accumulation des richesses qui se transforme en suraccumulation du capital.

  • La suraccumulation entraîne une baisse des profits, car le capital additionnel ne génère plus de profit suffisant.

  • Loi de la baisse du taux de profit : rapport () tend à diminuer. Conduisant à une rupture du processus d'accumulation.

IV. Les Néoclassiques

1. La Naissance de la Pensée Néoclassique

  • Mi-XIXe siècle : réponse au défi théorique des classiques sur la valeur.

  • Ajoute une approche formelle en termes de marché et d'équilibre.

  • Deux nouveautés décisives :

    1. Passage de la valeur-travail à la valeur-utilité.

    2. Élaboration de raisonnements à la marge (comportements des consommateurs et producteurs).

  • L'utilité marginale (utilité de la dernière unité d'un bien) est décroissante. C'est l'origine de la "révolution marginaliste".

  • Se concentrent sur l'allocation des ressources rares et le fonctionnement du marché.

  • Conditions d'équilibre entre offre et demande sur les marchés.

2. Les Courants Néoclassiques

  • Le Courant Anglo-Saxon

    • W.S. Jevons (1872, Theory of Political Economy) : "Le coût de production détermine l'offre ; l'offre détermine le degré final d'utilité, le degré final d'utilité détermine la valeur".

    • Théorie subjective de la valeur, opposé à la valeur travail.

    • Utilise l'utilité marginale (Von Wieser) et la rareté (Walras).

    • Contribution à la théorie de l'équilibre sur un marché unique : l'échange continue jusqu'à l'égalité des utilités marginales des biens pour les deux parties. Cœur du raisonnement marginaliste.

  • Le Courant Français et l'École de Lausanne ou Courant de l'Équilibre Général

    • L. Walras (1834-1910) : géant de l'économie néoclassique, succès de sa révolution théorique.

    • Cherche à faire de l'économie une science, dans le cadre de la concurrence pure et parfaite.

    • S'intéresse à l'échange général et formule la loi de l'offre et de la demande effectives (prix d'équilibre).

    • Interdépendance générale entre tous les marchés (contrainte de revenu du consommateur).

    • Nécessité d'une étude de l'ensemble des marchés pour la formation des prix (système de prix assurant l'équilibre).

  • Du Marginalisme aux Nouvelles Théories de la Microéconomie

    • Les approches néoclassiques actuelles tentent de répondre aux critiques, défendant l'économie de marché.

    • Les idées autrichiennes (marchés imparfaits) ont retrouvé de l'influence.

    • Le modèle de l'équilibre général de Lausanne (Walras) est confronté à des problèmes (ex: le commissaire-priseur).

    • Modèle Arrow-Debreu : formalisation normative de l'équilibre général.

    • Théorie des jeux (J. von Neumann et O. Morgenstein) : étudie l'interaction des comportements individuels maximisateurs, même en concurrence imparfaite.

    • Intégration de l'imperfection du marché : ex: théorie des contrats implicites (C. Azariadis) pour expliquer la rigidité des salaires (l'entreprise assure le salarié contre les fluctuations).

V. Keynes : Son Œuvre, Ses Détracteurs, Ses Followers (de la NEC à la NEK)

1. La Révolution Keynésienne

Figure majeure, fondateur de la macroéconomie, prône l'intervention active de l'État contre le "laisser-faire".

  • La Révolution de la Théorie Générale

    • Sortir de la Crise

      • Keynes, affecté par la crise de 1929, craint l'épargne excessive comme source de chômage.

      • Contre les recettes classiques (baisse des salaires), il met l'accent sur la demande effective.

      • Réfute la loi des débouchés de J.B. Say : les crises de surproduction existent ; le sous-emploi peut être un état durable.

      • Le niveau de l'emploi dépend de la demande effective (anticipations des ventes et rentabilité des investissements). Des anticipations pessimistes peuvent créer un équilibre de sous-emploi auto-réalisateur.

      • Introduction de l'incertitude radicale et d'un nouveau statut de la monnaie (demandée pour elle-même).

      • L'épargne est une fuite du circuit économique, générant du sous-emploi.

      • Solutions : l'État doit agir sur la demande via les dépenses publiques (effet multiplicateur sur l'activité et l'emploi), et une politique monétaire expansionniste (injection de liquidités, baisse des taux d'intérêt) stimulant la demande effective.

    • La Fin du «No Bridge»

      • Le "no bridge" symbolise l'impossibilité de lier micro et macro. Keynes soutient que les variables macroéconomiques ont des déterminants macro.

      • Les néoclassiques agrégaient les comportements individuels (micro) pour comprendre l'économie globale (macro), mais Keynes propose une approche macroéconomique par fonctions (consommation, épargne, investissement, emploi).

  • Approche de la Synthèse

    • J. Hicks (1937, Mr Keynes and the classics) : intègre les idées de Keynes à l'analyse de Walras. Point de départ du courant de la "synthèse".

    • Modèle IS/LM : conditions d'équilibre sur le marché des biens (IS) et de la monnaie (LM).

    • P. Samuelson : explique l'instabilité de l'emploi par la conjonction de l'effet multiplicateur (Kahn) et de l'effet accélérateur (Aftalion), générant des cycles endogènes.

    • A. Leijonhufvud (1968) : l'équilibre est facilement rétabli en plein-emploi, mais des déséquilibres peuvent exiger des politiques keynésiennes.

2. Les Adversaires de la Pensée Keynésienne

  • Le Monétarisme : une Alternative à l'Analyse Keynésienne

    • M. Friedman : la crise de 1929 est due à une politique monétaire restrictive.

    • La monnaie est neutre, n'affecte que les prix. Renoue avec la théorie quantitative : variations de la masse monétaire n'ont d'effet qu'à long terme sur les variables nominales (PIB en valeur, prix).

    • Existence d'un "taux naturel de chômage" (plein-emploi des monétaristes), indépendant de l'inflation et déterminé par des facteurs réels.

    • Une inflation non anticipée réduit temporairement le chômage (illusion monétaire). Mais les salariés s'ajustent, et le chômage retourne à son taux naturel.

    • Une politique monétaire active amplifie les fluctuations et entraîne la stagflation.

  • La Nouvelle École Classique (NEC)

    • Consensus avec les nouveaux keynésiens : la macroéconomie doit se fonder sur la microéconomie. Enterre le "no bridge".

    • Caractéristiques microéconomiques des agents (R. Lucas, R. Barro) : optimisateurs en équilibre permanent, décisions basées sur facteurs réels, anticipations rationnelles (pas d'erreurs systématiques).

    • L'introduction des anticipations rationnelles et l'absence d'illusion monétaire impliquent la neutralité de la monnaie à court et long terme (incapacité des pouvoirs publics à réduire le chômage).

    • Modèles walrasiens intégrant l'incertitude et la dynamique.

    • Critique de Lucas des anciens modèles : leurs équations ne peuvent rester fixes face aux règles de politique économique changeantes, car les agents adaptent leurs anticipations.

    • Nouvelle fonction d'offre de Lucas : les firmes ne peuvent séparer les modifications des prix relatifs de celles du niveau général des prix. L'imperfection de l'information peut créer des fluctuations (choc monétaire -> croissance économique).

    • Conclusion : toute tentative de stabilisation par la politique monétaire est vouée à l'échec.

    • École des cycles réels (Kydland, Prescott, King, Plosser) : le cycle économique est expliqué par des variables réelles (chocs technologiques, productivité). Les politiques de stabilisation réduisent le bien-être social.

3. Les Postkeynésiens et le Maintien de la Méthode Holiste

Visent à développer et généraliser fidèlement la pensée de Keynes, s'opposant à la "synthèse" jugée néoclassique.

  • Thèmes communs : insuffisance de la demande effective, fondements microéconomiques de la macroéconomie, endogénéité de la monnaie.

  • Croissance, Répartition des Richesses et Fluctuations Économiques

    • Tentative de dynamiser la pensée keynésienne et l'étendre à la croissance.

    • Le capitalisme est instable à court et long terme.

    • Modèle Harrod-Domar : croissance équilibrée basée sur la double nature de l'investissement (stimule demande et augmente offre).

      • Nécessité de politiques budgétaires ou de revenus pour stabiliser le taux d'épargne.

    • La répartition du revenu (M. Kalecki : "Les travailleurs dépensent ce qu'ils gagnent et les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent") est au cœur de l'analyse, radicalement opposée aux classiques.

    • La répartition dépend d'agrégats macroéconomiques et de forces sociales (approche ricardienne/marxiste).

    • Kalecki : la part des salaires dans la valeur ajoutée dépend du degré de monopole (concurrence imparfaite). Hausse du degré de monopole = hausse du taux d'épargne.

  • Inflation et Chômage

    • L'Inflation

      • Expliquée par le conflit de répartition entre détenteurs de capital et travailleurs. La quantité de monnaie ne détermine pas les prix.

      • Théorie de l'inflation de type cost-push : pressions institutionnelles (salaires nominaux fixés par syndicats) entraînent une hausse des coûts et des prix.

      • S. Weintraub : les prix sont le produit d'une lutte entre salaires et profits.

      • Si la marge de profit est constante, les entreprises augmentent les prix face aux revendications salariales (pouvoir de monopole).

      • N. Barbosa-Filho : l'inflation est due au conflit de répartition et aux anticipations des agents (actualise la courbe de Phillips).

      • Les politiques de ciblage d'inflation par les Banques Centrales visent en fait les salaires dans le PIB.

    • Le Chômage

      • Le chômage involontaire est le résultat de l'insuffisance de la demande globale. Pas de mécanisme automatique de plein-emploi.

      • Le "taux de chômage naturel" n'existe pas. Le taux de chômage réalisé (déterminé par la demande globale) attire vers lui le taux de chômage d'équilibre (Storn et Naastepad, 2012).

      • Certains postkeynésiens : rigidité des salaires et effets d'hystérèse peuvent jouer un rôle (importance des salaires réels, lenteur d'ajustement des prix).

      • La baisse des salaires nominaux réduit la demande et ne résout pas le chômage.

      • Les politiques budgétaires et monétaires visent à stimuler la demande globale.

Partie 2 : Le Comportement des Agents et le Fonctionnement du Marché

Chapitre 1 : L'Équilibre Micro-Économique du Producteur et du Consommateur

I. Le Calcul Économique du Consommateur

Le consommateur est un agent rationnel qui maximise son utilité (satisfaction) sous contrainte budgétaire (revenu, prix des biens).

  • Choix entre des paniers de consommation (ex: ).

  • Hypothèses de rationalité : préférences sont ordonnables et non-satiété.

  • L'utilité mesure la satisfaction ().

  • Les courbes d'indifférence (ou courbes d'iso-utilité) représentent l'ensemble des paniers procurant la même utilité.

    • Continues, décroissantes, convexes.

    • Plus elles sont éloignées de l'origine, plus l'utilité est élevée.

    • Le taux marginal de substitution (TMS) est le taux auquel le consommateur substitue un bien à un autre pour maintenir le même niveau d'utilité, égal au rapport des utilités marginales.

La contrainte de budget : . Représentée par une droite (droite de budget).

  • Ordonnée à l'origine : .

  • Pente : (coût d'opportunité).

  • Augmentation de : déplacement parallèle de la droite vers le haut.

  • Augmentation de : pivotement de la droite autour de l'ordonnée à l'origine (pente plus forte).

  • L'équilibre du consommateur () : panier de consommation maximisant l'utilité sous contrainte budgétaire. Point de tangence entre la droite de budget et la courbe d'indifférence la plus élevée.

II. Le Calcul Économique du Producteur

Le producteur combine des facteurs de production (inputs) pour produire des biens ou services (outputs).

  • Facteurs substituables ou complémentaires (ex: travail (L), capital (K)).

  • La fonction de production indique le niveau maximal de production.

  • Mesure de l'efficacité :

    • Productivité marginale (Pm) : supplément de production pour une unité supplémentaire d'un facteur, les autres étant fixes (positive et décroissante).

    • Productivité moyenne (PM) : production totale / quantité de facteur ( ou ).

  • Les isoquantes (courbes d'isoproduit) : ensemble des combinaisons de K et L produisant la même quantité .

    • Décroissantes, convexes.

    • Plus éloignées de l'origine = niveau de production plus élevé.

    • Le taux marginal de substitution technique (TMST) est le taux auquel on peut substituer K à L en conservant , égal au rapport des productivités marginales.

  • La contrainte de budget du producteur (droite d'isocoût) : (avec prix du travail, prix du capital).

  • Les Coûts dans l'Analyse Microéconomique

    • Coût total de production () = coûts fixes () + coûts variables ().

    • Coûts fixes () : indépendants du volume de production.

    • Coûts variables () : dépendent du volume de production.

    • Coût moyen () = .

    • Coût marginal () = : supplément de coût pour une unité supplémentaire.

  • L'équilibre du producteur : minimise ses coûts pour un niveau de production donné (point de tangence isoquante/isocoût). Le TMST = rapport des prix des facteurs.

  • Maximisation du profit : le producteur maximise son profit () quand le coût marginal = prix de vente (P). Car en concurrence pure et parfaite, la recette moyenne et marginale = P. ().

  • L'Équilibre à Long Terme

    • Les profits attirent de nouvelles firmes, augmentant l'offre et réduisant le prix.

    • L'équilibre est atteint quand le profit économique est nul (prix = minimum du coût moyen), éliminant l'incitation à entrer sur le marché.

Chapitre 2 : L'Offre, la Demande et l'Équilibre du Marché de Concurrence Parfaite

I. Le Modèle de la Concurrence Pure et Parfaite

Modèle idéalisé où aucun acteur ne peut influencer les prix (price taker), garantissant efficacité.

  • Conditions de la concurrence pure et parfaite :

    1. Atomicité : nombreux offreurs et demandeurs, aucun n'a d'influence individuelle.

    2. Fluidité : liberté d'entrer et de sortir du marché (pas de barrières à l'entrée).

    3. Homogénéité du bien : produits identiques, la concurrence ne porte que sur le prix.

    4. Mobilité des facteurs : travail et capital se déplacent librement.

    5. Transparence : information parfaite pour tous les acteurs.

  • Un marché est concurrentiel si aucun acteur n'a de pouvoir de marché (ex

: monopole, monopsone sont non concurrentiels).

  • Selon L. Walras, l'économie est composée de trois marchés principaux (biens et services, travail, capital) où l'offre et la demande globales s'équilibrent via des prix flexibles (salaire, taux d'intérêt). C'est l'équilibre général.

  • Le modèle, bien que simplificateur, explique les différences et variations de prix.

  • Fonctionne comme un mécanisme d'allocation des ressources ("prix signal").

  • Justifie l'intervention de l'État en cas de défaillances du marché (prix plafond, prix plancher) ou pour assurer la concurrence.

II. La Courbe d'Offre sur le Marché

Le producteur maximise son profit en offrant la quantité où le coût marginal est égal au prix du marché.

  • La courbe d'offre est croissante : plus le prix est élevé, plus les producteurs sont incités à offrir une plus grande quantité.

  • Déplacement vers la droite : entrée de nouveaux producteurs, progrès technique, baisse du prix des intrants, réglementation moins contraignante. Inversement vers la gauche.

III. La Courbe de Demande sur le Marché

La demande individuelle dépend du prix, des goûts, du revenu, du prix des biens substituables.

  • La courbe de demande est décroissante : plus le prix baisse, plus la quantité demandée augmente.

  • Explication :

    • Effet de substitution : le bien moins cher devient plus attractif par rapport aux substituts.

    • Effet de revenu : la baisse du prix augmente le pouvoir d'achat.

IV. La Détermination du Prix d'Équilibre sur le Marché

Point de rencontre unique des courbes d'offre et de demande ().

  • À l'équilibre, transactions correspondent aux souhaits (pas de rationnement).

  • Déséquilibre ( ou ) : le prix fluctue pour restaurer l'équilibre (flexibilité des prix).

  • Le prix d'équilibre égalise offre et demande, guidant les ressources vers les productions les plus demandées (allocation optimale).

  • Les gaspillages sont éliminés, les acteurs maximisent utilité/profit.

  • Conditions : concurrence normale, élasticité forte de l'offre et la demande.

Graphique offre-demande

V. Déplacement de la Courbe et Déplacement sur la Courbe

  • Déplacements sur la courbe : adaptations de court terme de l'offre/demande face à une variation des prix, fonctions inchangées.

  • Déplacements de la courbe : à long terme, la variation des prix entraîne l'entrée/sortie d'acteurs, ou d'autres causes (augmentation population, innovation). Les fonctions sont modifiées.

Synthèse - Chapitre 2 : L'Offre, la Demande et l'Équilibre du Marché de Concurrence Parfaite

I. Les Conditions Nécessaires à une Concurrence Parfaite

  • Atomicité du marché : nombre d'offreurs et demandeurs si élevé qu'aucun ne peut influencer prix/quantités.

  • Homogénéité du bien : produits rigoureusement identiques.

  • Libre entrée sur le marché : pas de barrières.

  • Mobilité des facteurs de production : travail et capital disponibles sans délai.

  • Transparence du marché : information parfaite pour tous.

II. La Logique de la Demande

  • Dépend de l'utilité (satisfaction) et du prix du bien.

  • Le consommateur maximise son utilité totale sous contrainte budgétaire (avec coûts d'opportunité).

  • L'élasticité-prix de la demande () mesure la réactivité.

III. La Loi de l'Offre

  • L'entreprise est "preneuse de prix", elle s'adapte au prix du marché.

  • Elle maximise son profit quand le coût marginal est égal à la recette marginale

(égale au prix de vente en concurrence parfaite).
IV. L'Équilibre Offre-Demande
  • Le marché est le "lieu" de rencontre de l'offre et de la demande globales.
  • La courbe de demande est décroissante, celle d'offre est croissante.
  • Le point de rencontre détermine le prix d'équilibre et la quantité échangée.
Equilibre offre-demande
  • Coûts d'opportunité : ce à quoi un agent renonce en prenant une décision.
  • Coût marginal : coût de production d'une unité supplémentaire.
  • Élasticité-prix de la demande : réactivité de la demande aux variations de prix.
  • Élasticité-prix de l'offre : réactivité de l'offre aux variations de prix.
  • Recette marginale : recette supplémentaire d'une unité vendue.
  • Utilité : satisfaction tirée de la consommation.

Chapitre 3 : Les Défaillances de Marché

Introduction

Les défaillances de marché se produisent lorsque le marché alloue inefficacement les ressources, en raison d'imperfections (pouvoir de marché, asymétries d'information) ou de droits de propriété mal définis (biens communs, collectifs, externalités).

I. Le Problème des Asymétries d'Information

Tous les agents ne disposent pas de la même information, rendant le marché imparfaitement concurrentiel.

  • L'anti-sélection (ou sélection adverse) : l'asymétrie d'information conduit à l'élimination des produits de meilleure qualité (ex: marché des voitures d'occasion - G. Akerlof).
    • Le prix moyen ne reflète pas la qualité. Les vendeurs de bons produits se retirent.
    • Peut mener à la disparition du marché.
    • Existe aussi dans l'assurance : les assureurs sous-estiment le risque, les faibles risques se retirent.
    • Solutions : labels, guides, réglementation (information obligatoire).
  • L'aléa moral : une partie d'un contrat lèse l'autre en raison d'une asymétrie d'information (ex: employé qui ne travaille pas quand non surveillé).
    • Comportements opportunistes.
    • Impossible de contrôler complètement un individu.
    • Solutions : contrats incitatifs (salaire basé sur les résultats, bonus/malus d'assurance).
II. La Question des Externalités

Conséquences d'une activité économique sans contrepartie marchande.

  • Externalité négative : l'activité entraîne un coût social non intégré dans les coûts privés (ex: pollution). Le marché conduit à une surproduction.
  • Externalité positive : l'activité génère un bénéfice social supérieur au bénéfice privé (ex: apiculteur/arboriculteur). Le marché conduit à une sous-production.
  • Solutions (A.C. Pigou) : taxation des externalités négatives (taxes pigouviennes) et subventions des positives.
    • Principe "pollueur-payeur".
    • Visent à internaliser les externalités pour que le coût privé rejoigne le coût social.
    • Les taxes pigouviennes sont correctrices des défaillances de marché.
III. L'Enjeu des Biens Collectifs et des Biens Communs

Distinction selon deux critères : rivalité et excluabilité.

  • Un bien est rival si sa consommation par un empêche la consommation par un autre (ex: une pomme).
  • Un bien est non rival si plusieurs peuvent le consommer simultanément (ex: éclairage public).
  • Un bien est excluable si le producteur peut empêcher son usage à ceux qui ne paient pas (ex: péage autoroute).
  • Un bien est non excluable si personne ne peut en être empêché (ex: éclairage public).
  • Bien collectif : non rival et non excluable (ex: feu d'artifice).
    • Généralement pris en charge par la puissance publique car le marché conduit à leur sous-production (problème du "passager clandestin").
  • Bien commun : non excluable et rival (ex: ressources naturelles - poissons, pâturages).
    • Soumis au risque de surexploitation ("tragédie des biens communs" - Garett Hardin).
    • L'intérêt individuel pousse à maximiser l'usage, entraînant une perte collective.
    • Nécessite une régulation (ex: quotas de pêche) ou l'attribution de droits de propriété.

Module 2 : Croissance et Développement

Partie 1 : La Croissance et le Développement depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : La Croissance Économique

I. Les Caractéristiques de la Croissance depuis la Révolution Industrielle
1. Croissance Économique et Révolutions Industrielles

La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production et des richesses (F. Perroux). Mesurée par le PIB (Produit Intérieur Brut) en termes réels.

  • Le taux de croissance économique est le taux de variation du PIB.
  • A. Maddison : trois grandes phases de croissance mondiale, avec une rupture au XIXe siècle.
  • La Révolution Industrielle est une transformation profonde des sociétés (passage de l'agriculture à l'industrie).
  • La Première Révolution Industrielle (Royaume-Uni, fin XVIIIe)
    • Révolution agricole (innovations, augmentation population, libération main-d'œuvre).
    • Innovations simultanées (J. Brasseul) : coton, fer, charbon, vapeur (machine à vapeur de J. Watt, chemin de fer).
    • Amélioration des transports (routes, canaux).
    • Développement de la proto-industrie ("putting-out system"), puis du "factory system" (concentration en usines).
    • Augmentation du commerce extérieur, création de nouveaux débouchés.
    • Développement des banques pour le financement.
  • La Seconde Révolution Industrielle (fin XIXe - début XXe, USA, Allemagne)
    • Nouvelles sources d'énergie (électricité, pétrole), technologies (moteur à explosion), sidérurgie, chimie.
  • La Troisième Révolution Industrielle (années 1970, Japon, USA) : électronique, informatique, biotechnologies.
    • Effets sur la croissance moins marqués que les précédentes.
  • Débat sur la notion de "révolution industrielle" (K. Marx, F. Engels, F. Braudel, J. Schumpeter).
2. Des Périodes Différentes de Croissance pour l'Europe de l'Ouest et les États-Unis
  • "Long XIXe siècle" (jusqu'en 1913) : forte croissance économique (T. Piketty).
  • Années 1920 ("folles") : production de masse aux USA (automobile, organisation scientifique du travail).
  • Crise de 1929 : "grande dépression", chute industrielle, chômage. Le New Deal (1933) inverse la tendance.
  • Trente Glorieuses (1946-1975, J. Fourastié) : "âge d'or" de la croissance, surtout en France (reconstruction, rattrapage technologique).
    • Compromis fordiste : cercle vertueux production de masse / consommation de masse, plein-emploi.
  • Choc pétrolier de 1973 : fin des Trente Glorieuses, ralentissement en Europe, accélération en Asie.
  • Années 2000 : "Grande modération" aux USA (croissance élevée sans inflation).
  • Crise des "subprimes" (2008) et pandémie de Covid-19 : dépressions économiques.
3. D'Importantes Inégalités de Croissance entre Pays
  • W.W. Rostow (Les étapes de la croissance économique, 1960) : modèle en 5 étapes, les pays suivent un chemin unique de développement avec décalages (ex: "take-off").
  • T. Piketty : Asie et Afrique à l'écart de la Révolution Industrielle.
  • Après 1950 : croissance forte en Asie (Japon, puis pays d'Asie du Sud-Est, Corée du Sud, Chine).
  • L'Afrique subsaharienne connaît une croissance accélérée, mais reste inférieure à la moyenne mondiale.
  • Critiques de S. Latouche : le "développement" est souvent une "occidentalisation", remet en question l'aide au développement.
II. Analyses et Modélisations de la Croissance Économique
1. Les Analyses Classiques de la Croissance : Division du Travail, Rente et État Stationnaire
  • A. Smith (1776, Richesse des nations) : la division du travail est le moteur de la croissance.
    • Conséquence du "penchant naturel à l'échange".
    • Augmente la "puissance productive du travail" (productivité).
    • Favorisée par l'accroissement de la taille du marché (libre-échange).
  • D. Ricardo : trois facteurs de production (capital, travail, terre).
    • La rente (Malthus : "différentielle") tend à augmenter avec l'utilisation de terres moins fertiles.
    • Les salaires (de subsistance) tendent à augmenter avec la population.
    • Les profits (surplus après rente et salaires) tendent à diminuer, menant à l'état stationnaire.
    • Solution pour repousser : le commerce international.
  • K. Marx (Le Capital, 1867) : relecture critique.
    • Le capitalisme repose sur l'accumulation et l'exploitation (plus-value).
    • L'accumulation de capital pour la productivité réduit à long terme la plus-value, générant des crises de surproduction.
2. L'Importance de l'Innovation : Analyses Schumpéterienne et Néoschumpéterienne
  • J. Schumpeter : l'innovation est au cœur de la croissance.
    • Application économique d'une invention (produit, procédé).
    • Introduite par un entrepreneur (casseur de routine).
    • Sous forme de grappes autour d'innovations "fondamentales" (ex: électricité).
    • Génère un processus de "destruction créatrice" (nouveaux secteurs, disparition des anciens).
    • La croissance est cyclique ("cycles longs" ou Kondratiev).
    • Pessimisme à long terme : rationalisation des activités, bureaucratie, moindre risque, disparition de l'entrepreneur.
  • Néo-schumpéteriens :
    • Économistes "évolutionnistes" (R. Nelson, S. Winter) : l'innovation est un processus complexe de "routines" et de sélection.
    • G. Dosi : l'innovation est liée à la demande (systèmes capitalistes modernes d'innovation).
    • M. Mazzucato (L'État entrepreneur) : l'innovation est souvent impulsée et financée par l'État.
    • C. Perez : les cycles d'innovations ont trois phases (installation, déploiement, maturité). Nouveau cycle (Internet, télécoms, finance globalisée) depuis les années 1970 ; effets à partir de 2010 ("économie de la connaissance"). Peut mener à un "âge d'or" ou un "âge plaqué or".
    • P. Aghion et P. Howitt (Le pouvoir de la destruction créatrice) : formalisent le rôle de l'innovation et la destruction créatrice.
      • L'innovation dépend des institutions (droits de propriété, recherche fondamentale).
      • Source de chômage temporaire, mais crée de nouvelles opportunités.
      • Les "technologies génériques" (NTIC) bouleversent l'économie. Les effets peuvent tarder ("paradoxe de Solow").
      • L'innovation est d'autant plus centrale que le pays est proche de la frontière technologique.
3. La Croissance sur le "Fil du Rasoir" : les Modèles Keynésiens de Roy Harrod et Evsey Domar

Théories post-Keynes pour la croissance de plein-emploi, basées sur l'instabilité.

  • R.F. Harrod : fonction de production à deux facteurs (travail, capital) avec complémentarité parfaite à court terme (pas de substitution).
    • L'épargne est proportionnelle au revenu.
    • L'investissement est proportionnel aux variations du revenu (principe de l'accélérateur).
    • Taux de croissance "garanti" : celui où investissement = épargne.
    • L'équilibre est instable : coïncidence du taux effectif, garanti et naturel (population active, progrès technique) est peu probable.
    • La croissance est sur le "fil du rasoir", souvent déséquilibrée (sous-emploi).
    • Nécessité de "pilotage" par l'État (politiques conjoncturelles).
  • E. Domar : modèle similaire, insiste sur l'investissement (crée demande et augmente offre).
    • Croissance équilibrée exige que les deux effets soient d'ampleur comparable.
    • Conclusions similaires à Harrod : intervention de l'État ("stop & go").
  • J.M. Keynes ("Perspectives économiques pour nos petits-enfants", 1930) : optimisme à long terme, la croissance permet l'enrichissement global et la satisfaction des besoins ("problème économique").
  • J. Robinson, N. Kaldor, M. Kalecki : mettent la répartition au cœur de la croissance.
    • Robinson : la croissance dépend de l'accumulation du profit, mais la répartition capital/travail est conflictuelle.
    • Kalecki : "Les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les salariés dépensent ce qu'ils gagnent". La répartition est déterminée par des agrégats macroéconomiques et forces sociales (degré de monopole).
4. Le Modèle de Solow : la Croissance Exogène

Perspective néoclassique (R. Solow, 1958, A contribution to the Theory of Economic Growth) : croissance expliquée par une fonction de production (travail, capital).

  • 80% de la croissance inexpliquée par les facteurs isolés = "productivité globale des facteurs" (PGF), assimilée au progrès technique.
  • Le progrès technique permet la substitution du capital au travail et rend la croissance équilibrée probable.
  • Convergeance des économies : les pays en rattrapage adoptent les technologies des plus avancés.
  • "Réduire le résidu" : affiner l'explication de la PGF (E. Denison : qualité du travail).
  • Solow : le progrès technique est une "manne tombée du ciel" (exogène). Justifie le soutien à la R&D.
  • Paradoxe de Solow (1987) : "les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de la productivité". Les innovations peuvent tarder à avoir des effets, nécessitent adaptation des institutions.
5. Les Modèles de la Croissance Endogène

Fin des années 1980 : nouvelles théories intégrant le progrès technique comme facteur endogène, fruit des comportements d'investissement (R&D, épargne).

  • P. Romer : la production dépend de l'accumulation des facteurs et des connaissances (rendements croissants, externalités positives).
    • Cercle vertueux : accumulation de connaissances génère croissance qui favorise l'accumulation de connaissances. Croissance auto-entretenue.
  • R. Lucas : l'accumulation de capital humain (qualité du travail) est une source de croissance endogène (T. Schutz, G. Becker).
  • R. Barro : la qualité des infrastructures publiques (capital public) génère des externalités positives.
  • P. Aghion et P. Howitt : la diffusion des innovations est la source principale de croissance.
  • Conclusion : l'importance des externalités positives justifie l'intervention des pouvoirs publics (investissements ou stimulation) pour soutenir la R&D, les infrastructures, l'éducation.
6. L'Importance des Institutions pour Comprendre la Croissance Économique et Ses Limites
  • D.C. North : les institutions ("règles du jeu") expliquent les différentiels de croissance.
    • Contraintes "formelles" (lois) et "informelles" (normes).
    • Permettent une utilisation efficace des facteurs, le développement d'innovations.
    • Lien entre institutions démocratiques et croissance.
    • Les "bonnes" institutions sont celles qui interagissent efficacement ; la transplantation de modèles échoue souvent.
  • École de la régulation (M. Aglietta, R. Boyer) : le capitalisme fonctionne par "modes de production" successifs, où les institutions (financement, consommation, emploi) sont plus ou moins favorables à la croissance.
7. Vers la Fin de la Croissance ?

Travaux sur ce qui freine la croissance.

  • A. Hansen (années 1930) : concept de stagnation séculaire. La Grande Dépression a des causes structurelles :
    • Facteurs démographiques (générations creuses).
    • Ralentissement du progrès technologique.
    • Excès d'épargne (réduit la demande effective).
    • Fermeture des frontières.
  • L. Summers (après 2008) : remet au goût du jour la stagnation séculaire. La croissance pré-crise était illusoire ; la faible reprise s'explique par une croissance potentielle proche de la stagnation.
    • Excès d'épargne mondial, vieillissement démographique.
  • R. Gordon (2012) : identifie 6 "vents contraires" à la croissance :
    • Inégalités croissantes.
    • Poids de la dette.
    • Ralentissement démographique.
    • Baisse du niveau éducatif.
    • Impact de la mondialisation.
    • Hausse des prix de l'énergie.
  • Ces analyses soulignent la multiplicité des facteurs de croissance et l'importance de la répartition.

Question de synthèse : Pourquoi évoquer aujourd'hui la stagnation séculaire ?

Chapitre 2 : Inégalités et Stratégies de Développement

I. Mesure du Développement
1. Pays Développés / Pays "en Développement"
  • F. Perroux (1969) : le développement est l'augmentation qualitative et cumulative du produit réel global, via des changements mentaux et sociaux.
  • H. Truman (Plan Marshall) : le modèle américain comme référence pour les pays "sous-développés".
  • W. Rostow : chemin unique de développement en étapes linéaires.
  • A. Sauvy : "Tiers-monde" (années 1950) pour désigner les pays à l'écart de la dynamique internationale, insistant sur la diversité des voies possibles.
  • ONU (PNUD) : aide au développement, création d'indicateurs.
  • Pays en développement (PED) : terme préféré ; distinction entre pays les moins avancés (PMA) et pays émergents (BRIC/BRICS).
  • S. Latouche : critique la notion de développement comme "occidentalisation", prône la préservation des cultures traditionnelles.
2. Mesure du Développement par des Indicateurs Quantitatifs
  • PIB par habitant : premier indicateur, mesure du niveau de vie moyen.
  • Revenu National Brut (RNB) par habitant : plus pertinent pour les comparaisons, incluant les transferts de revenus avec l'étranger.
  • Banque Mondiale : classe les pays selon le RNB par habitant en "revenus faibles", "revenus intermédiaires" (tranche inférieure/supérieure) et "revenus élevés".
  • Limites de ces indicateurs : ne mesurent pas les inégalités, ne tiennent pas compte des conséquences des activités, sont purement quantitatifs.
  • Autres indicateurs (Banque Mondiale) : taux d'extrême-pauvreté, alimentation, santé, éducation.
3. Mesure du Développement par des Indicateurs Qualitatifs

Pour une approche multidimensionnelle, le PNUD a élaboré des indicateurs synthétiques.

  • Indice de Développement Humain (IDH) (M. ul Haq, A. Sen, 1990) : basé sur les "capabilités".
    • Trois dimensions : santé (espérance de vie à la naissance), éducation (durée moyenne et attendue de scolarisation), revenu (logarithme du RNB par habitant).
    • Indice de 0 à 1, classant les pays en "développement humain faible", "moyen", "élevé", "très élevé".
    • Limites : néglige la répartition, les inégalités de genre, l'intensité de la pauvreté, la dimension environnementale.
  • Indicateurs corrigés de l'IDH (après 2010) :
    • IDHI (IDH ajusté aux inégalités) : mesure la répartition des dimensions de l'IDH au sein de la population.
    • Indice de développement de genre et indice d'inégalité de genre (IIG) : mesurent les écarts entre hommes et femmes (santé procréative, autonomisation, marché du travail).
    • Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) : mesure les privations dans l'éducation, la santé et le niveau de vie (accès à électricité, logement, sanitaires, eau).
    • IDH ajusté aux pressions exercées sur la planète : IDH corrigé par les émissions de CO2 et la consommation de matières premières par habitant.
II. Les Inégalités de Développement
1. Vers la Convergence entre Pays ?
  • Selon le PNUD, l'IDH a augmenté plus vite pour les pays à développement faible (0,48% vs 1,38% entre 1990 et 2019).
  • B. Milanovic : les classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) ont connu la plus forte croissance de revenus, signe de convergence.
  • La "rente de citoyenneté" (revenus liés au lieu de naissance) reste élevée dans les pays riches, mais augmente dans les émergents.
  • Amélioration globale de la santé (espérance de vie) et de l'éducation (taux d'alphabétisation, scolarisation).
  • Baisse de l'extrême-pauvreté mondiale.
2. Une Convergence Toute Relative, qui Laisse de Nombreux Pays à l'Écart
  • Les inégalités restent fortes : RNB par habitant très contrastés entre PMA et pays riches.
  • Les PMA restent "décrochés" par rapport aux émergents.
  • B. Milanovic : les plus pauvres ont vu leur revenu croître moins vite que la moyenne mondiale.
  • Persistance de la "pauvreté multidimensionnelle" (1,3 milliard de personnes en 2020), surtout en Afrique subsaharienne et Asie du Sud.
  • La crise Covid-19 a dégradé la situation des plus pauvres.
3. Quel Lien entre Développement et Inégalités au Sein des Pays ?
  • S. Kuznets : les inégalités de revenus ont diminué aux USA (1913-1948).
    • Théorise la "courbe de Kuznets" (en U inversé) : les inégalités augmentent dans la première phase de développement (industrialisation), puis diminuent.
    • Critique de T. Piketty : base empirique faible ; la période contemporaine (depuis 1970) montre une augmentation des inégalités mondiales, tirée par le capital.
  • ONU (Rapport social 2020) : augmentation des inégalités de revenus mondiales (coefficient de Gini).
    • Les pays où les inégalités ont augmenté sont ceux à forte population (Chine : Gini passe de 23 à 37 en zones urbanisées). Afrique du Sud est le plus inégalitaire.
    • L'évolution est heurtée : baisse puis remontée des inégalités en Amérique Latine.
  • 4 tendances favorisant les inégalités (PNUD) : progrès technologique (favorise qualifiés), changement climatique (touche les plus pauvres), urbanisation (inégalités urbaines), migrations internationales (effet ambivalent).
  • Facteurs politiques : Consensus de Washington (plans d'ajustement structurels) a affaibli la protection sociale, favorisé la libéralisation et la réduction de la fiscalité au détriment de l'égalité.
  • Les inégalités internes nuisent au développement (les pays à DH moyen perdent 31% de leur DH à cause des inégalités).
4. Des Inégalités de Genre Prépondérantes
  • Les femmes ont souvent une situation moins favorable que les hommes dans la plupart des pays.
  • Réduction des inégalités de genre dans la scolarité et l'éducation (Objectifs du millénaire).
  • IDH des femmes inférieur à celui des hommes (écarts de revenus, niveaux d'études inférieurs).
  • Faibles "capabilités" pour les femmes (taux d'activité, emplois précaires, rémunération).
  • Inégalités politiques (faible part des femmes dans les parlements).
  • Inégalités dans la sphère privée (tâches domestiques, mariage précoce, mortalité maternelle).
  • Ces inégalités sont un frein au développement.
III. Quelles Stratégies pour le Développement ?
1. Les Limites au Développement : le Problème des Institutions et des Capabilités
  • Approche "institutionnaliste" dominante (Banque Mondiale, années 1990) : le développement est limité par des institutions défaillantes (politiques, marchandes, juridiques).
  • D. North, D. Açemoglu, D. Rodrik : la qualité des institutions est clé (droits de propriété, État de droit).
  • Critiques : risque de "placage institutionnel" (modèle occidental).
  • E. Ostrom, E. Duflo : montrent la diversité des solutions institutionnelles locales.
  • Approche par les "capabilités" (A. Sen, M. Nussbaum) : les possibilités de choix des individus sont essentielles. La richesse ne suffit pas si les individus ne peuvent agir comme ils le souhaitent.
2. Les Limites au Développement : la Domination
  • S. Amin (inspiré par Lénine) : le "sous-développement" est structurel, dû à l'inégalité entre pays du Centre (Nord) et de la Périphérie (Sud).
  • Les pays en développement sont exploités par les pays riches, leur développement est dépendant de leurs besoins (matières premières, main-d'œuvre).
  • Courants de la "dépendance" ou "tiers-mondistes" (R. Prebisch, A.G. Frank, G. Myrdal) : dénoncent l'"échange inégal".
    • Dégradation des termes de l'échange : les pays du Sud (matières premières) voient leurs prix baisser alors que les biens manufacturés (du Nord) augmentent.
    • Solution proposée : "protectionnisme éducateur" (Friedrich List) : protection temporaire pour développer des secteurs compétitifs.
    • Certains prônent une sortie de l'échange international et un changement de "mode de production".
3. Les Limites au Développement : le Cercle Vicieux de la Pauvreté
  • R. Nurkse : "cercle vicieux de la pauvreté" : faibles revenus -> faible épargne -> faible accumulation de capital -> faibles gains de productivité -> faible croissance.
  • Solution : investissements étrangers.
  • Théorie de la "croissance équilibrée" (Nurkse) vs "croissance déséquilibrée" (A. Hirschman).
4. L'Échec des Stratégies d'Industrialisation
  • A. Lewis : modèle de l'"économie duale" (secteur agricole traditionnel et secteur industriel "capitaliste").
    • Surplus de main-d'œuvre agricole vers l'industrie (salaires faibles, offre illimitée).
    • Développement industriel -> épargne -> accumulation de capital.
    • Une fois le surplus épuisé, les salaires augmentent.
    • Prône l'industrialisation comme moteur de développement.
  • G. de Bernis (années 1950) : stratégie des "industries industrialisantes" (structure industrielle cohérente, autocentré).
  • Substitution aux importations (CEPAL) : politique protectionniste pour promouvoir l'industrie nationale.
  • Limites de ces stratégies : difficultés à créer une industrie rentable (demande nationale insuffisante), coûts élevés des importations (machines, intermédiaires).
5. La (Relative) Réussite des Stratégies de Montée de Gamme
  • Accent mis sur la promotion des exportations et la "montée en gamme".
  • K. Akamatsu : modèle du "vol d'oies sauvages" : développement en plusieurs étapes.
    • Importation de produits manufacturés, exportation de matières premières.
    • Développement d'une industrie nationale de biens de consommation.
    • Exportation de produits de consommation.
    • Exportation de biens de production à forte valeur ajoutée.
  • Politique volontariste de modification de l'avantage comparatif (Japon, Corée du Sud, Chine).
6. Un ou Plusieurs Modèles de Développement ?
  • Critique des "solutions miracles" ou modèles uniques (Consensus de Washington).
  • Approche plus pragmatique des institutions internationales (objectifs ciblés).
  • Financement du développement : les effets de l'aide sont discutés (A. Deaton : inefficacité, "trappe à pauvreté", détournement d'aide).
  • Microcrédit (M. Yunus) : crédits à court terme pour populations pauvres.

Chapitre 3 : La Soutenabilité de la Croissance Économique

I. Le Développement Économique Rencontre des Limites Environnementales et Dégrade l'Environnement
1. La Croissance est-elle Naturellement Limitée ?
  • T. Malthus (Essai sur la population, 1798) : la croissance économique est limitée par la croissance de la population due aux rendements décroissants de l'agriculture.
    • Progression arithmétique des ressources vs. progression géométrique de la population.
    • Régulation "automatique" de la population et de la croissance --> état stationnaire.
  • K. Marx : critique de Malthus, la surpopulation est due à des facteurs économiques (répartition inégalitaire du capitalisme). Loi de la "surpopulation relative".
  • Le progrès technique a repoussé les limites malthusiennes.
2. La Croissance Rencontre des Limites Environnementales
  • G.P. Marsh (1864) : le développement de la production rend la Terre moins habitable.
  • Concept d'anthropocène : l'ère géologique marquée par l'empreinte humaine.
  • Rapport Meadows (1972, Club de Rome) : analyse les limites de la croissance (industrialisation, population, production alimentaire, pollution, ressources naturelles).
    • La croissance économique n'est pas soutenable à long terme.
    • Le progrès technologique ne fait que repousser le problème.
    • Préconise la stabilisation de la population et de la production industrielle.
  • ONU : s'empare des questions environnementales (Conférence de Stockholm 1972, PNUE).
    • Déclaration de Stockholm : l'humain doit préserver l'environnement et la croissance économique.
    • Rapport Bruntland (1987, "Our common future") : introduit le concept de développement durable.
    • Sommet de Rio (1992, "Sommet de la Terre") : action de l'ONU renforcée (Agenda 21, OMD, ODD).
    • Les objectifs de développement durable (ODD) : environnement, économie, social.
  • Équation I=PAT (P. Ehrlich) : l'impact de l'activité humaine (I) est fonction de la population (P), de la consommation (A comme affluence), et de la technologie (T).
3. Réchauffement Climatique, Épuisement des Ressources et de la Biodiversité : Est-il Possible de Croître Encore ?
  • Le réchauffement climatique (GIEC) : l'activité humaine entraîne des hausses de température. Risques d'inhabitabilité, migrations, conflits.
    • Corrélé aux émissions de CO2, très liées au niveau de vie et à la croissance économique (L. Chancel).
    • Inégalité de l'empreinte carbone selon les pays et les individus.
  • L'épuisement des ressources naturelles (ex: pétrole, pic pétrolier de M. Hubbert).
    • Difficile à estimer, dépend du prix, des techniques, des choix collectifs (pétrole de schiste).
    • Le "pic de Hubbert" insiste sur les risques d'épuisement.
  • La perte de biodiversité (rapports ONU) : l'activité humaine détruit les écosystèmes (coraux, vie marine).
  • Ces effets menacent l'habitabilité de la planète, posant une limite à la croissance et au développement.
II. Penser et Mesurer la Soutenabilité de la Croissance
1. Viser un Développement Durable
  • Développement durable (Rapport Bruntland, 1987) : "répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs".
    • Priorité aux besoins des plus démunis.
    • Équilibre entre développement actuel et possibilités futures.
  • Trois dimensions :
    • Économique : croissance actuelle sans endettement excessif pour les futures générations, préservation du patrimoine économique.
    • Environnementale : préserver les ressources naturelles, biodiversité, limiter la pollution (équité intergénérationnelle).
    • Sociale : satisfaction des besoins premiers, lutte contre la pauvreté, équité (équité intragénérationnelle, capabilités).
  • Objectifs de développement durable (ODD) (ONU, 2015) : 17 objectifs pour 2030 (énergies renouvelables, villes durables, consommation responsable, lutte climatique, vie aquatique/terrestre, égalité des sexes, faim, pauvreté).
2. Développement Durable et Soutenabilité de la Croissance
  • Modèle de R. Solow étendu : production dépend de quatre capitaux :
    • Capital physique (machines, infrastructures).
    • Capital humain (compétences, connaissances, santé).
    • Capital social (ressources issues de l'appartenance au groupe - J. Coleman).
    • Capital naturel (ressources renouvelables ou non).
  • La croissance soutenable maintient un stock de capital intact pour les futures générations.
  • Deux conceptions de la soutenabilité :
    • Soutenabilité faible : les différentes formes de capitaux sont substituables. Le capital naturel peut être remplacé par des innovations techniques.
    • Soutenabilité forte : les capitaux ne sont qu'imparfaitement substituables ; il faut préserver chaque stock séparément (limiter la production).
3. La Soutenabilité Faible : des Solutions Techniques Permettent de Remplacer le Capital Naturel
  • Idée : l'intelligence humaine et l'innovation 技術 compensent l'utilisation du capital naturel.
  • Modèles de J. Stiglitz (1970s) intègrent les ressources naturelles comme facteur substituable.
  • Règle de J. Hartwick (1977) : ressources prélevées doivent "produire du capital" pour remplacer les ressources naturelles.
  • R. Solow : stock global de capital constant (ou croissant), peu importe sa composition. Toute perte de capital naturel doit être compensée par un gain d'autre capital.
  • Rejette la notion d'incertitude sur l'évaluation des pertes environnementales futures (critique par G. Chichilnisky : conduit à une "dictature du présent").
4. La Soutenabilité Forte : le Capital Naturel Doit être Préservé car il ne Peut Pas Être Remplacé
  • S'appuie sur une substituabilité imparfaite des capitaux.
  • G. Rotillon : les tenants de la soutenabilité forte proposent de préserver des "capitaux naturels critiques" (biodiversité, qualité de l'air).
  • Approches conservationnistes (plus radicales).
    • K. Boulding (1966, The economics of the coming spaceship earth) : compare la Terre à un vaisseau spatial. Prône une "économie d'astronaute" (préservation des stocks) vs "économie de cowboy" (exploitation illimitée).
    • "Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste".
    • N. Georgescu-Roegen : applique les lois de la thermodynamique (entropie) à l'économie.
      • Le système économique dégrade les ressources naturelles (entropie).
      • Les nouvelles techniques ralentissent l'utilisation, mais sont soumises à l'effet-rebond (Jevons).
      • Conclut à la nécessité de la décroissance.
      • Mesure par l'empreinte écologique (W. Rees, M. Wackernagel) : l'humanité "vit à crédit" sur les ressources.
  • Problème du partage de l'effort (empreinte carbone des pays riches).
  • Changer le "mix énergétique" vers les ressources renouvelables.
5. La Croissance pour Résoudre le Problème Environnemental ? La Courbe Environnementale de Kuznets
  • Débat entre soutenabilité forte et faible repose sur la confiance dans les solutions technologiques (croissance verte).
  • Courbe de Kuznets environnementale (G. Grossman, A. Krueger, 1994) : relation en U inversé entre la pollution et le revenu par habitant.
    • La pollution augmente d'abord avec le développement, puis diminue après un certain seuil.
    • Explication : après un certain niveau de richesse, la demande pour un environnement sain apparaît, la technologie est moins polluante, l'économie se tertiarise.
  • Critiques de la courbe :
    • D. Stern : le pic de pollution est beaucoup plus élevé (100 000 dollars/habitant).
    • La baisse de pollution dans les pays riches s'explique par la délocalisation des activités polluantes.
    • Ne s'applique pas à tous les polluants (CO2).
  • L'approche optimiste de la soutenabilité faible est mise à mal ; la soutenabilité nécessite l'intervention des pouvoirs publics.
III. Quelles Politiques pour un Développement Durable ?
1. Externalités et Biens Communs, le Problème Environnemental, un Problème de Défaillances de Marché ?
  • A.C. Pigou (1932, The Economics of Welfare) : le marché est défaillant en présence d'externalités.
    • Externalité négative (ex: pollution) : perte d'utilité non compensée monétairement. Les choix des agents ne reflètent pas le coût social.
    • L'équilibre est sous-optimal ; nécessite des politiques pour intégrer les externalités dans les calculs agents.
  • R. Coase (1960, "The problem of social cost") : les agents peuvent corriger les externalités si les droits de propriété sont définis et les coûts de transaction sont nuls (théorème de Coase).
    • Le problème environnemental est celui de la définition des droits de propriété.
  • Le climat, la biodiversité sont des biens communs (non excluables et rivaux) : surexploitation ("tragédie des biens communs" - G. Hardin) si non réglementés.
  • Les politiques environnementales doivent être coercitives ou incitatives pour éviter les comportements de passager clandestin.
2. Réglementer pour Préserver l'Environnement ?
  • La réglementation est une solution à la pollution et à l'épuisement des ressources (ex: Protocole de Montréal sur les CFC, règlement Reach de l'UE).
  • Efficace car strictes, mais confrontée à des limites :
    • Trouver le juste niveau de réglementation (pas trop lâche ni trop stricte).
    • Uniformité de la réglementation (difficile pour PME, ménages à faibles revenus).
    • Effet rebond de la consommation (effet Jevons) : produits moins polluants utilisés davantage.
  • Souvent combinée avec des instruments fiscaux.
3. Des Politiques Fiscales pour Inciter aux Bons Comportements ?
  • L'impôt peut modifier les comportements (écotaxes).
  • A.C. Pigou : les taxes corrigent les externalités négatives (taxe pigouvienne, "pollueur-payeur").
  • Typologie des écotaxes (Agence européenne pour l'environnement) : redevances, taxes incitatives, écotaxes fiscales.
  • Effets attendus : internalisation des externalités, incitation, "double dividende" (comportements vertueux + recettes fiscales).
  • Limites :
    • Difficulté à fixer le niveau optimal de la taxe.
    • Distorsion des prix relatifs si des substituts ne sont pas taxés (ex: diesel vs essence).
    • Questions d'équité sociale (taxe est distorsive, impacte les revenus).
    • Problèmes de compétitivité des entreprises taxées.
4. Mettre en Place des Systèmes d'Échange de Quotas
  • Basés sur le théorème de Coase.
  • Les pouvoirs publics fixent des quotas d'émission (ex: CO2), distribués aux agents économiques.
  • Création d'un marché des droits d'émission ou "droits à polluer" : les agents échangent leurs quotas.
  • Exemple : marché européen du carbone (2005).
    • Initialement faible prix, peu contraignant.
    • Prix procyclique (chute en période de crise).
    • Mise aux enchères des quotas (depuis 2013) et prix plancher (depuis 2021) pour les rendre plus contraignants.
  • Avantages attendus : faible coût pour les pouvoirs publics, prix efficace du carbone déterminé par le marché, ouverture aux spéculateurs pour réguler.
  • Limites : l'espoir d'un effet auto-équilibrant est remis en cause, d'où l'appel à une Banque Centrale du Carbone pour réguler les prix.
5. Un Problème d'Échelle et de Gouvernance
  • Les politiques environnementales peuvent être rendues moins efficaces par des "fuites" : perte de compétitivité, délocalisation (problème du "passager clandestin").
  • Nécessité de politiques climatiques à l'échelle mondiale (ex: taxation carbone mondiale).
  • Problèmes de la politique mondiale :
    • Équité : les pays riches (gros pollueurs) ont plus de facilité à "verdir" leur production.
    • Efficacité : paradoxe de la politique verte (Howard Sinn) : une taxe peut accélérer l'extraction des ressources.
  • L'ONU impulse des accords sur les objectifs (CCNUCC, COP).
  • COP 3 (1997) : Protocole de Kyoto (réduction GES).
  • COP 21 (2015) : Accord de Paris (neutralité carbone, limiter réchauffement à +2°).
  • Question de l'articulation entre objectifs mondiaux et politiques régionales/nationales. (ex: Pacte vert européen).
6. Transition Écologique et Justice Sociale
  • É. Laurent : "exigence d'une transition juste" (COP 26).
  • Impacts des politiques écologiques sur l'emploi (industries fossiles) et la répartition des efforts.
  • Politiques climatiques doivent être au service de la réduction des inégalités.
  • Trois exigences de la transition juste :
    1. Intégrer la justice sociale dans l'analyse des chocs écologiques.
    2. Priorité au "bien-être humain dynamique" plutôt qu'à la croissance économique.
    3. Construire et mettre en œuvre les politiques de transition démocratiquement à tous les niveaux.
  • La transition écologique est un problème politique et démocratique.

Partie 2 : Les Transformations des Structures Économiques, Sociales et Démographiques depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : Les Transformations des Structures Économiques et Financières

I. Les Transformations des Structures Économiques depuis la Révolution Industrielle
1. Évolution de la Productivité
  • Analyse sur le Long Terme de l'Évolution de la Productivité
    France Zone Euro Allemagne Italie Espagne Roy. - Uni États-Unis Japon
    1890 - 2012 2,46 2,48 2,45 2,70 2,34 1,77 2,18 3,07
    1890 - 1913 1,80 1,87 2,28 1,64 1,15 0,71 1,73 2,03
    1913 - 1950 1,52 1,32 0,98 1,82 0,68 1,25 3,00 1,76
    1950 - 1975 4,70 5,32 5,33 6,30 5,62 2,78 2,25 6,65
    1975 - 1995 2,76 2,68 2,45 2,62 3,72 2,55 1,19 3,17
    1995 - 2007 1,59 1,18 1,58 0,71 0,03 2,30 1,89 1,55
    2007 - 2012 0,27 0,30 0,02 -0,32 2,13 -0,35 0,84 0,72

    Source : Bergeaud, Cette et Lecat, 2013 (Taux de croissance annuel moyen de la productivité horaire du travail)

    France Zone Euro Allemagne Italie Espagne Roy. - Uni États-Unis Japon
    1890 - 2012 1,76 0,82 1,54 1,66 1,43 1,04 0,58 1,55
    1890 - 1913 1,34 0,43 1,72 1,15 0,62 0,52 0,71 0,48
    1913 - 1950 1,18 0,41 0,62 1,13 0,15 0,93 0,48 0,74
    1950 - 1975 3,55 1,68 3,23 3,99 4,02 1,28 0,61 4,02
    1975 - 1995 1,69 1,00 1,55 1,56 2,37 1,55 0,37 1,67
    1995 - 2007 1,10 0,50 0,84 0,28 -0,05 1,55 0,71 0,81
    2007 - 2012 -0,29 0,62 -0,24 -0,92 0,52 -0,99 0,55 0,37

    Source : Bergeaud, Cette et Lecat, 2013 (Taux de croissance annuel moyen de la productivité globale des facteurs)

    • Une Croissance de la Productivité depuis la Révolution Industrielle jusqu'en 1980
      • Gains de productivité importants grâce à :
        • Innovations technologiques :
          • Innovation de produit (ex: engrais, navette volante, machine à vapeur).
          • Innovation de procédé (ex: assolement continu, sélection de semences, machinisme agricole).
        • Innovations organisationnelles.
        • Amélioration des transports (chemin de fer, maritime) : étend les marchés, favorise la spécialisation, unifie les territoires.
        • Concentration technique (usine) et croissance de la taille des entreprises (économies d'échelle) dès 1860.
        • Division du travail (A. Smith) : source d'habilité, évite les pertes de temps, facilite la conception d'outils.
        • Organisation Scientifique du Travail (OST) par F.W. Taylor (parcellisation des tâches, "one best way", paiement au rendement) et H. Ford (standardisation, travail à la chaîne, "five dollars a day") au XXe siècle.
        • Amélioration du facteur travail (capital humain - T. Schultz) : progrès en hygiène, médecine, éducation.
    • Dès la Fin des Trente Glorieuses, on Constate dans Tous les Pays Industrialisés, un Ralentissement de la Productivité Globale des Facteurs
      • Malgré les innovations (informatique, NTIC), la productivité stagne. R. Solow (1987) : "Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité" (paradoxe de Solow).
      • Explication :
        • Délai entre innovation et effets sur la productivité.
        • Difficultés de mesure (P. Aghion, C. Antonin, S. Bunel) : la production non marchande (ex: photos numériques gratuites), l'amélioration de la qualité (fonctions multiples des smartphones) sont sous-estimées.
        • Rôle de la structure du marché : les entreprises proches de la frontière technologique innovent plus, celles éloignées se découragent, diminuant la productivité moyenne.
    • Évolution Comparée de la Productivité (G. Cette, Y. Kocoglu, J. Mairesse, 2009)
      • Forte croissance de la productivité dans les pays étudiés sur le long terme.
      • Déclin relatif de la productivité au Royaume-Uni par rapport aux États-Unis.
      • Japon : croissance annuelle moyenne la plus forte. Royaume-Uni la plus faible.
      • Les facteurs de progression de la PGF (qualité main-d'œuvre, techniques, organisations, institutions) contribuent davantage que l'intensification des techniques.
      • Trente Glorieuses : rattrapage France et Japon par rapport aux USA.
      • États-Unis : regain de productivité depuis 1990 grâce aux NTIC, tandis que les autres pays ralentissent.
      • Ces résultats confirment les modèles de croissance : Solow (progrès technique exogène, état stationnaire), Croissance endogène (accumulation de capitaux génère auto-entretien).
2. Les Mutations Sectorielles
  • Les Trois Secteurs (C. Clark, 1947) :
    • Secteur primaire : exploitation des ressources naturelles (agriculture, sylviculture, mines).
    • Secteur secondaire : transformation des matières premières (industrie, construction).
    • Secteur tertiaire : services.
  • La Théorie du Déversement (A. Sauvy, 1980, La machine et le chômage) :
    • Gains de productivité et évolution de la demande entraînent un transfert d'emplois du primaire au secondaire, puis au tertiaire.
    • Deux explications :
      • Croissance de la productivité par rapport à la croissance de la demande.
      • Loi d'Engel : avec la hausse du pouvoir d'achat, la demande se déplace des biens primaires aux biens secondaires, puis aux biens supérieurs (services).
    • Schéma évolutionniste :
      • Exode rural suite aux gains de productivité agricole.
      • Main-d'œuvre abondante et bon marché pour l'industrie.
      • Augmentation du pouvoir d'achat (baisse prix agricoles), épargne pour investissements industriels.
      • Phase d'industrialisation (emplois du primaire vers le secondaire).
      • Progès techniques industriels, nouveaux produits, réduisent les prix.
      • Années 60 : essoufflement du marché des produits industriels, mais hausse des salaires génère de nouveaux besoins en services.
      • Expansion du secteur tertiaire (emploi du secondaire vers le tertiaire).
  • La Tertiarisation : augmentation de la part du secteur tertiaire dans le PIB et la population active.
    • Phénomène généralisé dans les pays industrialisés depuis les années 1960.
    • Autres explications :
      • A. Wagner (fin XIXe) : "plus la société se civilise, plus l'État est dispendieux" (investissements publics, développement bureaucratique).
      • Externalisation de tâches par les entreprises.
      • Hausse du taux d'activité des femmes et vieillissement de la population.
      • Désindustrialisation (concurrence internationale, délocalisations).
II. L'Évolution des Modes de Financement depuis la Révolution Industrielle
1. Les Débuts de la Révolution Industrielle sont Marqués par l'Autofinancement
  • Peu de capitaux requis au début. Épargne des artisans/marchands suffisait.
  • Proto-industrialisation : modèle hybride (travail à domicile pour entrepreneurs).
  • Capitalisme familial et méfiance envers l'endettement.
  • Rôle limité des banques (familiales, financement du commerce et de l'État).
2. Le Développement d'un Financement Externe s'Étend avec la Hausse de la Taille des Entreprises
  • Machinisme (machine à vapeur) -> Concentration technique (usine) -> Investissements plus importants.
  • Changement de statut juridique : sociétés anonymes (loi 1867).
  • Développement de l'activité bancaire :
    • Augmentation de la taille des entreprises.
    • Confiance accrue des épargnants, recul de la thésaurisation.
  • Spécialisation des banques (dès 1860) :
    • Banques de dépôt : collecte de l'épargne des ménages, crédits à court terme (escompte).
    • Banques d'affaires : financement à long terme (chemins de fer).
  • Marchés financiers : développement via obligations d'État, chemins de fer, puis industrie (chimie, électricité, pétrole).
  • Modèles nationaux différents :
    • Allemagne : modèle de la banque universelle (économie d'endettement).
    • États-Unis : recours précoce au marché financier.
3. L'Entre Deux Guerres : une Période de Crise de Confiance dans le Système Financier
  • Première Guerre Mondiale : financement par création monétaire -> forte inflation -> ruine des rentiers.
  • Emprunts russes (1888-1914) : non-remboursés après la Révolution de 1917 -> perte d'épargne.
  • Crise de 1929 : crise de liquidité -> renforce la méfiance.
  • Réglementations strictes :
    • Garantie des dépôts bancaires (1930).
    • Glass-Steagall Act aux USA (1933) : séparation banque de dépôt/investissement, assurance des dépôts.
    • Nationalisation de la Banque de France (Front Populaire).
4. De 1945 aux Années 1980
  • Besoins de financement élevés (reconstruction, Trente Glorieuses).
  • Système tayloro-fordien : investissements coûteux.
  • État : besoins de financement pour investissement public et extension de son rôle.
  • France : économie d'endettement (overdraft economy - J. Hicks).
    • Faible autofinancement des entreprises, marchés financiers peu développés.
    • Financement par crédit bancaire.
    • Système bancaire hiérarchisé et contrôlé par l'État (taux administrés, encadrement du crédit, contrôle des changes).
    • Institutions bancaires nationalisées, faible concurrence.
    • Forte inflation : effet de levier (incite à s'endetter).
  • Limites de l'économie d'endettement :
    • Inflationniste (création monétaire, incitation à augmenter les prix).
    • Excessivement réglementée et cloisonnée.
5. Le Développement des Marchés Financiers à partir des Années 1980

Nouveau système financier : la finance directe (marchés) prend de l'importance sur la finance indirecte (intermédiée).

  • Facteurs d'évolution :
    • Réformes Debré-Haberer (fin 1960) : fin de la distinction banques de dépôt/affaires -> banques universelles.
    • Tournant libéral (début 1980) : lutte contre l'inflation, freinage de la création monétaire, gel des salaires.
    • Hausse des taux d'intérêt réels : dissuade le crédit bancaire ("effet boomerang").
    • Mesures des pouvoirs publics français :
      • Libéralisation financière (suppression encadrement du crédit, levée contrôle des changes, réduction crédits à taux administrés, privatisations).
      • Création d'un grand marché unique des capitaux.
    • Ampleur de la globalisation financière (règle des "3D" - H. Bourguinat) :
      • Décloisonnement : abolition des frontières nationales et entre marchés.
      • Déréglementation : privatisation, fin des contrôles, libéralisation des capitaux.
      • Désintermédiation : hausse du financement direct via les marchés. Accompagnée d'innovations financières (nouveaux produits/marchés).
  • Conséquences :
    • Vers une économie de financement désintermédié (hausse de l'autofinancement et du financement externe direct, baisse du financement externe indirect).
    • Innovations financières (SICAV, FCP, assurance-vie) attirent l'épargne vers les marchés.
    • Les banques restent incontournables pour les PME et ménages.
    • Nouveau rôle des banques : market makers, détiennent plus de titres financiers ("mobiliérisation des bilans"), titrisation (transformer crédits en titres), conseils aux entreprises.
  • Malgré les travaux d'E. Fama sur l'efficience des marchés, la globalisation financière a engendré un risque systémique accru (ex: crise des subprimes).

Ce document est une ressource complète pour la préparation aux concours des Grandes Écoles, en particulier pour la filière Économie et Commerciale Générale (ECG). Il aborde les fondements de l'économie, la croissance, le développement, et les grandes théories économiques, tout en respectant une structure claire et un formatage HTML.


Module 1 : Les fondements de l'économie

Ce module présente les bases essentielles de l'économie, notamment les principaux acteurs, les équilibres de marché, et une introduction à l'histoire de la pensée économique. Il vise à faciliter la transition entre l'enseignement secondaire et supérieur en fournissant les instruments d'analyse et de compréhension du monde contemporain.

Partie 1 : Les fondements de l'économie

L'objectif de cette partie est d'étudier le cadre général des activités économiques et l'histoire de la pensée économique pour éclairer les enjeux économiques contemporains.

Chapitre 1 : Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie

L'étude des acteurs économiques, appelés unités institutionnelles (UI) en comptabilité nationale, est cruciale. Une unité institutionnelle est une entité de décision économique avec un comportement et une autonomie définis. Ces UI sont regroupées en secteurs institutionnels (SI), qui partagent des comportements et fonctions similaires. Le circuit économique est une représentation graphique simplifiée des relations entre ces agents via des flux. La comptabilité nationale distingue six SI principaux.

I. Les principaux acteurs économiques

1. Les entreprises

L'entreprise est un acteur central de l'économie, lieu de production, d'investissement, de répartition des revenus, et de création d'emplois. Elle incarne le dynamisme du capitalisme. Des figures comme K. Marx (lieu d'exploitation), J. Schumpeter (rôle de l'entrepreneur innovateur), et l'INSEE (autonomie de décision dans la production) proposent des définitions variées. La notion économique englobe l'établissement, la société, et le groupe. Les entreprises sont hétérogènes et classées selon la taille (micro, PME, ETI, grandes), le statut juridique, le chiffre d'affaires, et le secteur d'activité. La concentration, caractérisée par l'augmentation de la taille des unités de production et l'accroissement du poids des plus grandes, est un phénomène notable. La multinationalisation des entreprises s'est accélérée, avec des Firmes Transnationales (FTN) dont le chiffre d'affaires peut dépasser le PIB de certains pays. La mondialisation et la globalisation financière ont transformé la gouvernance d'entreprise, accentuant la recherche de rentabilité des fonds propres (ROE), favorisée par les délocalisations et les rachats d'actions. Cet écart entre ROE et taux d'intérêt sans risque a considérablement augmenté.

2. Les ménages

Le ménage, selon l'INSEE, est l'ensemble des individus vivant sous le même toit, incluant familles, personnes seules, colocataires, et entrepreneurs individuels (car leur patrimoine n'est pas distinct de celui du ménage). Leur fonction principale est la consommation, et leurs ressources proviennent de la rémunération des facteurs de production (travail et capital) et de transferts. En comptabilité nationale, les ménages sont regroupés dans les secteurs institutionnels selon leur fonction principale et leurs ressources.

3. Les administrations publiques

Les Administrations Publiques (APU) regroupent l'administration centrale, les administrations locales, et les administrations de Sécurité sociale. Elles produisent des services non marchands et effectuent des opérations de redistribution. Leurs ressources principales sont les prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales).

Selon les libéraux des XVIIIe et XIXe siècles, l'État devait être un "État-minimal" avec des fonctions régaliennes limitées. Cependant, les dépenses publiques ont constamment augmenté, subissant un "effet de cliquet" (flexibles à la hausse, rigides à la baisse).

L'État s'est transformé en État-providence (welfare state), visant à garantir l'intérêt général et le bien-être de la population, inspiré par le keynésianisme et les rapports de W.H. Beveridge. Ce dernier prônait une économie solidaire et efficace où la protection sociale et l'éducation soutiennent la demande et la force de travail. Depuis les années 1980, une vague de libéralisation (privatisation, déréglementation) a contesté l'État-providence. Cependant, les crises financières (2007-2008, 2020) ont réaffirmé le rôle de l'État interventionniste, provoquant une "monétisation de la dette publique" et un retour en force des États face aux inégalités et aux besoins de réallocation des emplois, avec une masse de liquidités sans précédent et le risque de nouvelles bulles financières.

4. Les sociétés financières

Ce secteur inclut les banques (y compris la banque centrale) et les sociétés d'assurance. Leur fonction principale est de financer l'économie et de mutualiser les risques. Les banques, en particulier, reçoivent des dépôts et accordent des crédits, opérant une transformation monétaire (dépôts courts en crédits longs). Elles contribuent également à la mutualisation des risques. Les Trente Glorieuses ont vu une forte concentration et diversification bancaire, menant à la "déspécialisation" du secteur par les décrets Debré-Haberer (1966-1967) et la loi de 1984, abolissant la distinction entre banques de dépôt et d'affaires. Aujourd'hui, les banques offrent une multitude de services (cartes bancaires, gestion d'actifs, OPA) et leur rôle a évolué avec la désintermédiation et la concentration. Les crises bancaires (2008-2009) ont relancé le débat sur le cloisonnement des activités bancaires, comme le "Glass Steagall Act", face au risque systémique posé par les banques "too big to fail".

5. Les institutions sans but lucratif au service des ménages

Les Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages (ISBLM), jadis appelées administrations privées, constituent le cinquième secteur institutionnel. Elles comprennent les églises, syndicats, associations, partis politiques. Leur fonction est de produire des services non marchands pour leurs membres, sans but lucratif. Leurs ressources principales proviennent des cotisations volontaires et des subventions.

6. L'extérieur, un acteur non négligeable

Le reste du monde regroupe les unités non-résidentes avec lesquelles les unités résidentes effectuent des opérations. La balance des paiements est le document statistique qui enregistre tous les flux réels, monétaires et financiers entre résidents et non-résidents. Elle est cruciale pour comprendre les échanges extérieurs. La balance commerciale (exportations et importations de marchandises aux prix FAB/CAF) a connu des phases variées, un solde positif n'indiquant pas toujours une situation saine. Le solde des transactions courantes et du compte capital détermine la capacité ou le besoin de financement de la nation. La mondialisation a accru le rôle des pays émergents, notamment la Chine, transformant les relations économiques mondiales et l'équilibre des pouvoirs.

SECTEURS INSTITUTIONNELS FONCTION PRINCIPALE RESSOURCES PRINCIPALES
Sociétés non financières Production de biens et services marchands non financiers Montant des ventes
Sociétés financières Production de services d'intermédiation financière et/ou d'activités financières auxiliaires. Fonds provenant des engagements financiers contractés
Administrations publiques Production de services non marchands destinés à la collectivité, redistribution du revenu et des richesses nationales. Versements obligatoires effectués par les autres secteurs et reçus directement ou indirectement
Institutions sans but lucratif au service des ménages (partis politiques, syndicats, associations,...) Production de services non marchands destinés à des groupes particuliers de ménages et/ou production sans but lucratif, de services marchands destinés aux ménages. Contributions volontaires effectuées par les ménages, et éventuellement, vente de services marchands.
Ménages (y compris les entrepreneurs individuels) Consommation de biens et services, et en tant qu'entrepreneur individuel, production de biens et services marchands non financiers. Rémunération des facteurs de production; transferts effectués par les autres secteurs ; produit des ventes.
Reste du monde On regroupe ici les opérations unités non résidentes entre unités résidentes et

Tableau 1: Les agents économiques et leurs caractéristiques

II. Les principales opérations économiques

Les opérations économiques désignent les flux de biens ou de monnaie entre agents, classées en trois catégories principales :

  1. Opérations sur les biens et services: décrivent l'origine (production, importations) et l'utilisation (consommation, investissement, exportations) des biens.
  2. Opérations de répartition: décrivent la formation et la circulation des revenus (distribution, redistribution).
  3. Opérations financières: relatives à la création et à la circulation des moyens de paiement et aux modes de financement.

III. Les grandes fonctions de l'économie

La science économique étudie la manière dont les individus ou les sociétés utilisent des ressources rares pour satisfaire leurs besoins. Elle analyse la production, la répartition, la distribution et la consommation des biens et services. Selon J.B. Say, elle se penche sur la formation, la distribution et la consommation des richesses. J. Fourastié la définit comme l'étude de la production, consommation et échange de biens et services rares. J. Stiglitz et C.E. Walsh mettent l'accent sur les choix face à la rareté. La production est le domaine premier de cette étude.

1. La production

La production est l'ensemble des biens et services créés sur une période donnée. Elle se divise en production marchande (vendue à un prix couvrant les coûts, à but lucratif) et production non marchande (fournie gratuitement ou à un prix inférieur aux coûts). La valeur de la production annuelle est mesurée par des agrégats comme le PIB (Produit Intérieur Brut). Inventé par S. Kuznets en 1931, le PIB mesure les richesses produites sur un territoire en un an, incluant biens et services marchands et non marchands (évalués aux coûts des facteurs). Il est "brut" car il ne déduit pas la consommation de capital fixe. Son calcul agrège des éléments disparates par leur prix monétaire, nécessitant une déflation pour corriger l'inflation.

Depuis plus de 30 ans, le PIB est critiqué pour son insuffisance à mesurer la richesse et le bien-être. Kuznets lui-même a mis en garde contre son utilisation abusive. Il ne traduit ni les inégalités sociales, ni la différence entre nuisances et richesses. Le travail domestique, le bénévolat ou les activités informelles ne sont pas inclus. La baisse des accidents de voiture, par exemple, peut faire fléchir le PIB. Il ne prend en compte que ce qui est déclaré, ignorant le travail non rémunéré. Ces limites soulignent la nécessité d'autres indicateurs pour une vision plus complète.

2. La répartition des richesses : revenus primaires et revenus secondaires

La répartition est le processus de distribution des richesses. Dans une économie de marché, elle se fait à deux niveaux : les revenus primaires (en contrepartie d'une participation productive) et les revenus secondaires (sans contrepartie directe, issus de la redistribution).

2.1. Le partage de la valeur ajoutée et la répartition primaire des revenus

Le revenu est ce qu'une personne perçoit pour son activité ou ses biens. La répartition des revenus est l'ensemble des opérations de distribution de la valeur ajoutée. Les revenus primaires proviennent du travail (salaires) ou du capital (revenus de propriété comme intérêts, loyers, rentes, ou profits d'entreprises, incluant les dividendes). Le compte d'exploitation de la comptabilité nationale met en évidence l'Excédent Brut d'Exploitation (EBE) : EBE = VA - (coûts du travail + impôts liés à la production).

Deux grandes théories de la répartition s'opposent :

  • Les libéraux (F. Hayek, néoclassiques) considèrent les revenus primaires comme justes, reflet d'une contribution productive, et s'opposent à une redistribution excessive. Pour les néoclassiques, les rémunérations (salaires, profits) dépendent de la productivité marginale, assurant une allocation optimale des ressources.
  • Les marxistes dénoncent l'exploitation, où le salaire est le prix de la force de travail, permettant au capitaliste d'encaisser la plus-value (excédent non rémunéré du travail de l'ouvrier) comme profit.
2.2. Place et rôle des revenus secondaires ou de transfert

Les revenus de transfert ou sociaux sont attribués pour couvrir des risques ou droits sociaux, sans contrepartie directe. Lorsque l'organisme est public, on parle de prestations sociales. La redistribution par l'État-providence inclut prélèvements (cotisations, impôts) et réaffectations (prestations sociales, consommations collectives). Deux types de redistribution :

  • La redistribution horizontale : entre catégories (bien-portant pour le malade, actif pour le retraité). Les mécanismes de la Sécurité sociale en sont un exemple majeur, son budget étant supérieur à celui de l'État.
  • La redistribution verticale : vise à réduire les inégalités entre catégories sociales.

Les principales prestations sociales couvrent la santé, la vieillesse, la famille, et l'emploi.

Revenus primaires + transferts - impôts = Revenus disponibles. Le revenu disponible brut (RDB) est l'argent que les ménages peuvent consommer ou épargner.

Pour Keynes, la redistribution des revenus est essentielle au plein-emploi, car les classes pauvres ont une propension à consommer plus élevée. Il voit les inégalités justifiables si elles stimulent l'accumulation de capital bénéfique à tous, mais condamne les inégalités "excessives" qui entravent le plein emploi. Sa vision critique du capitalisme et de la répartition le lie étroitement à un rôle actif de l'État. Le rapport Beveridge (1942), soutenu par Keynes, a jeté les bases d'un système moderne de sécurité sociale. Beveridge prônait un État garant de la sécurité sociale, du revenu minimum et de l'emploi, affirmant que solidarité et efficacité peuvent coexister dans une économie moderne.

3. L'utilisation des revenus : consommation, épargne et investissement
3.1. La consommation et l'épargne des ménages

La consommation est l'utilisation d'un bien ou service satisfaisant un besoin, entraînant sa destruction. Elle est individuelle ou collective. La consommation finale est sa destruction sans création d'un autre bien. Le SECN de 1995 l'a remplacée par la consommation finale effective pour une meilleure estimation. La consommation peut être marchande (au prix du marché) ou non marchande (gratuite ou quasi-gratuite). Les coefficients budgétaires mesurent la part d'une dépense dans le revenu. Le niveau de vie correspond aux biens et services disponibles, tandis que le mode de vie désigne les façons de se comporter et d'utiliser son temps.

La société de consommation, prégnante en Occident depuis les années 1930 (États-Unis) et 1950 (Europe), désigne à la fois la large diffusion de biens durables et la multiplication des incitations à consommer. Dans le modèle néoclassique, le consommateur rationnel cherche à maximiser sa satisfaction en répartissant ses dépenses sous sa contrainte budgétaire, l'équilibre étant atteint lorsque les utilités marginales pondérées par les prix sont égales. Le coût d'opportunité est le gain manqué dans le meilleur usage alternatif d'une ressource. J. Baudrillard et T. Veblen (théorie de la classe de loisir, 1899) soulignent l'importance des "signes" et de la consommation "ostentatoire" comme marqueur social. Keynes, dans la Théorie générale, lie la consommation au revenu : une hausse du revenu entraîne une hausse de la consommation, mais moins que proportionnellement, car une partie est épargnée (loi psychologique fondamentale). L'épargne est alors un résidu, un "gaspillage" selon Keynes, tandis que les néoclassiques la voient comme une consommation future. M. Friedman (A Theory of the Consumption Function, 1957) introduit le concept de revenu permanent, selon lequel la consommation dépend de la richesse à long terme, contestant ainsi les politiques interventionnistes.

3.2. L'épargne et l'investissement

Le lien entre épargne et investissement est un point de divergence majeur entre théories classique et keynésienne. La question de l'insuffisance d'épargne (limitant l'investissement) ou d'un excès d'épargne (limitant les débouchés) est centrale.

  • Pour les classiques (loi de Say), l'offre crée sa propre demande, et l'économie tend naturellement à l'équilibre. L'épargne est toujours investie, il ne peut y avoir de surabondance.
  • Pour Keynes, l'égalité comptable ex-post ne signifie pas d'équilibre ex-ante. L'investissement dépend des débouchés anticipés, et les ménages peuvent préférer conserver leur épargne sous forme de liquidités (motif de spéculation, de précaution), entraînant un excès d'épargne et un sous-emploi. L'épargne peut être une "fuite" du circuit économique, réduisant la demande effective.

Le partage de la valeur ajoutée en France depuis les années 1970 permet de comprendre l'évolution des taux d'investissement et d'épargne des entreprises.

3.3. Les échanges extérieurs

Les échanges extérieurs français couvrent les transactions économiques avec le reste du monde : marchandises, services, transferts financiers. La balance commerciale enregistre importations et exportations de marchandises (prix FAB/CAF). Un solde excédentaire (comme en France entre 1993-2002) ne garantit pas une santé économique, surtout en récession. Un déficit implique de puiser dans les réserves de devises ou d'emprunter, posant le problème de la dette. Les exportations de services peuvent compenser un déficit commercial. La balance des paiements, toujours équilibrée par construction, révèle des soldes intermédiaires qui informent sur la capacité ou le besoin de financement de la nation. La mondialisation a vu le poids des pays émergents croître, mais les relations sino-américaines restent centrales, combinant partenariat et rivalité.

Synthèse

I. Les acteurs et les grandes fonctions de l'économie: les principales définitions

  • Administrations publiques (APU): Administration centrale, locale, sécurité sociale.
  • Banques (pour l'économiste): Rôle clé dans la création monétaire, l'intermédiation financière, et la prestation de services.
  • Effet de démonstration: Concept de J. Duesenberry (1949), l'imitation de la consommation des groupes à revenus supérieurs comme signe de statut social, rendant la propension à consommer peu élastique au revenu.
  • Entreprise: Cellule de production, lieu de formation des profits, acteur essentiel du capitalisme, influençant l'environnement et la société.
  • Filière inversée: J.K. Galbraith (Le Nouvel État industriel, 1967) suggère que les grandes entreprises manipulent les consommateurs pour qu'ils achètent ce qu'elles produisent, à l'opposé de la souveraineté du consommateur.
  • FMN ou FTN (Firmes Transnationales): Entreprises définissant des stratégies productives, commerciales et financières à l'échelle mondiale, jouant un rôle majeur dans la mondialisation économique.
  • Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM): Partis politiques, églises, syndicats, associations produisant des services non marchands, financés par des cotisations volontaires et subventions.
  • PIB en volume et en valeur: PIB à prix constants (volume) ou à prix courants (valeur).
  • PNB au coût des facteurs: PNB au prix du marché moins impôts indirects, plus subventions d'exploitation.
  • Production marchande et non marchande: Marchande (vendue au prix couvrant les coûts, lucratif) ou non marchande (gratuite/prix inférieur aux coûts).
  • Secteurs institutionnels (SI): Groupes d'unités institutionnelles avec fonctions et ressources principales similaires (ex: sociétés non financières, ménages, etc.).
  • SICAV (Société d'Investissement en Capital Variable): Société gérant un portefeuille de titres pour des particuliers ou sociétés, favorisant la désintermédiation bancaire et la titrisation.

II. Une mauvaise compréhension assez générale de quelques mécanismes budgétaires ou monétaires importants (par Patrick Artus)

Malgré un débat public intense sur l'endettement public et les politiques monétaires, il existe une méconnaissance courante de leurs mécanismes.

1. Monétisation des dettes publiques et la Théorie Monétaire Moderne

La monétisation de la dette publique se produit quand une Banque Centrale achète cette dette en créant de la monnaie. Elle ne modifie pas l'épargne mais remplace la dette publique par de la monnaie dans la richesse des agents privés. Son efficacité dépend si détenir de la monnaie modifie les comportements (incite à consommer, prête davantage). Pour la Théorie Monétaire Moderne (MMT), cette monétisation, associée à un déficit public, vise le plein emploi en évitant la hausse des taux d'intérêt, comme observé dans les pays de l'OCDE face à la crise du coronavirus.

2. Helicopter Money

Le concept d'Helicopter Money, initialement introduit par M. Friedman (1969) comme une distribution aléatoire de monnaie, a évolué vers un "Quantitative Easing pour les gens". L'idée est la distribution irréversible et sans contrepartie de monnaie à des catégories sociales spécifiques pour soutenir leur revenu. P. Artus souligne que les gouvernements et les pays de l'OCDE l'utilisent déjà, par exemple en finançant le chômage partiel via des achats d'obligations par la Banque Centrale.

3. Annulation de la dette publique détenue par les Banques Centrales, émission de dette perpétuelle

Les propositions d'annulation des dettes publiques détenues par les Banques Centrales sont souvent mal comprises, car une telle dette est de facto déjà "annulée". Les Banques Centrales reversent leurs profits aux États, rendant les intérêts sur cette dette nuls. Si la Banque Centrale s'engage à ne jamais réduire son bilan, la dette devient non remboursable et donc gratuite. Le taux d'endettement public pertinent pour la solvabilité devrait exclure la partie détenue par la Banque Centrale. Le Royaume-Uni a même officialisé le financement monétaire direct des déficits publics via la Banque d'Angleterre, sans émission d'obligations intermédiaires.

4. Mutualisation des dettes publiques et solidarité

Le débat européen sur l'émission d'une dette européenne pour financer la reconstruction post-crise distingue mutualisation (financement commun selon le poids des pays, mais avec un taux d'intérêt plus faible pour tous) et mutualisation avec solidarité (les pays en difficulté peuvent recevoir davantage de financement que leur poids, ce qui est controversé pour certains pays du Nord de l'Europe).

5. Au total, il faut se concentrer sur les vraies questions

Les politiques actuelles (MMT, Helicopter Money, annulation de facto des dettes) sont déjà en place. Le véritable enjeu est la conséquence d'un financement monétaire massif des déficits publics, à savoir l'excès de monnaie, plutôt que l'excès de dette. En Europe, la mutualisation partielle des dettes est une réalité, mais une mutualisation avec solidarité (pour des ressources accrues pour certains pays) reste un objectif à atteindre.

Chapitre 2 : La monnaie et le financement de l'économie

Introduction

Ce chapitre vise à comprendre le système monétaire et de financement des économies modernes, en distinguant monnaie et finance.

I. La monnaie et le crédit

La monnaie est l'actif servant à l'évaluation et au règlement des échanges. Son étude couvre l'émission, la circulation et le contrôle des moyens de paiement. Le crédit implique un décalage temporel entre la mise à disposition et le remboursement d'une somme. Il permet de disposer d'un bien avant d'en avoir produit l'équivalent, rendant une demande effective et facilitant la production future, essentiel pour le financement de l'économie.

1. Les fonctions de la monnaie et la mutation des formes monétaires

La monnaie est un actif liquide dont les formes varient. Elle joue trois fonctions économiques principales, identifiées dès l'Antiquité grecque :

1.1. Les fonctions de la monnaie
1.1.1. Les fonctions économiques
  • Instrument des transactions: contrairement au troc, la monnaie sert d'intermédiaire universel dans les échanges ("double coïncidence des besoins"). Elle est une "créance sur l'économie" grâce à sa liquidité parfaite.
  • Unité de compte (ou de numération): elle permet d'évaluer la valeur relative des biens et services, servant de référence pour tous les prix.
  • Réserve de valeur: elle permet de transférer le pouvoir d'achat dans le temps, permettant l'épargne pour des motifs de précaution, de transaction ou de spéculation, pour éviter des pertes en capital sur des biens dont la valeur peut baisser.
1.1.2. Les fonctions modernes de la monnaie
1.1.2.1. La monnaie est un phénomène socioculturel

La monnaie, au-delà de ses fonctions économiques, est un moyen d'intégration sociale (M. Godelier). Elle a un pouvoir symbolique et une fonction cérémonielle, comme le "sel-monnaie" des Baruyas. Elle a aussi été un facteur d'émancipation de l'individu par rapport à la terre. G. Simmel la voit comme la manifestation de la société moderne, favorisant la rationalité calculatrice tout en réduisant les relations personnelles à des rapports monétaires. Elle masque un rapport social et de pouvoir.

1.1.2.2. La monnaie est une institution

L'acceptation d'une monnaie repose sur la confiance en sa stabilité, garantie par le pouvoir politique ("la monnaie est une création de la loi" selon G.F. Knapp, 1877). "Battre monnaie" est un droit régalien de l'État. La perte de confiance peut entraîner l'hyperinflation et la dollarisation, tandis qu'un transfert de souveraineté monétaire (comme l'euro) rapproche les peuples. La monnaie est un "fait social total" (M. Mauss).

1.2. La mutation des formes monétaires
1.2.1. Les formes de la monnaie

De formes archaïques (sel, fèves) à des formes de plus en plus abstraites (monnaie scripturale). Au XIXe siècle, les monnaies métalliques dominaient, puis les billets de banque (fiduciaires, convertibles en or) se sont développés. Leur pouvoir d'émission était lié aux réserves d'or.

1.2.2. La dématérialisation de la monnaie

Depuis 150 ans, la monnaie se dématérialise. Ce processus, lié aux exigences du développement du crédit capitaliste, a vu le recul des formes manuelles au profit de la monnaie scripturale. Il s'est déroulé en trois étapes :

  1. Régression de la monnaie métallique au profit du billet (monnaie fiduciaire) après 1914.
  2. Régression du billet au profit de la monnaie scripturale (chèques).
  3. Régression du chèque au profit des règlements automatisés.

La monnaie scripturale est un actif-passif ou créance-dette : un actif pour son détenteur, une dette pour la banque qui l'émet. La monnaie est une dette de la banque envers son titulaire.

2. La masse monétaire

La masse monétaire est l'ensemble des actifs liquides. Elle est mesurée par des agrégats monétaires (M1, M2, M3) servant à la politique monétaire. La création monétaire se produit principalement quand les institutions financières acquièrent des créances sur l'étranger ou consentent de nouveaux financements aux agents non financiers résidents. Les agrégats monétaires, basés sur le bilan consolidé des institutions financières monétaires, évaluent la capacité de dépense et sont régulés par la politique monétaire pour adapter les moyens de paiement aux besoins économiques.

3. La création monétaire
3.1. L'origine de la monnaie

La création monétaire est l'émission de monnaie nouvelle en circulation. Elle est principalement le fait des établissements de crédit (banques commerciales), mais aussi de la Banque Centrale (prêt à l'État) et du Trésor public. L'émission peut être une simple substitution (billets contre scripturale) ou une création de monnaie supplémentaire, notamment par la monétisation de créances (ex: escompte commercial).

3.2. Portée et limites de la création monétaire
  • Le multiplicateur de crédit: Ce modèle suppose que les banques prêtent après avoir obtenu des réserves. Un dépôt initial permet une création de monnaie scripturale amplifiée (ΔM=(1/(1r+b+rb))ΔD\Delta \mathrm{M}=(1/(1-r+b+r b)) \cdot \Delta \mathrm{D}), où rr est le coefficient de réserves obligatoires et bb la préférence pour les billets. Plus rr et bb sont élevés, plus le multiplicateur K=1/(r+b+r.b)K = 1/(r+b+r.b) est faible. M. Friedman et A. Schwartz y lient les habitudes de paiement et les réserves obligatoires. La critique de ce modèle est qu'il sous-estime le coût de la liquidité.
  • Du multiplicateur au diviseur de crédit: Les postkeynésiens (M. Lavoie) s'opposent au multiplicateur. Ils avancent que les banques créent d'abord des crédits (et dépôts), puis se refinancent auprès de la Banque Centrale. La monnaie est endogène (déterminée par les agents économiques), et non exogène. Cette approche reflète une économie d'endettement (où l'État administre les taux d'intérêt) par opposition à une économie de marché financier. Le pouvoir de création monétaire n'est pas illimité, car les banques doivent gérer leur liquidité et la Banque Centrale régule cette création pour défendre la valeur de la monnaie.
4. La monnaie : objet de débat théorique
4.1. L'analyse dichotomique entre sphère réelle et sphère monétaire

Le débat porte sur l'interaction de la monnaie avec les agrégats économiques. Pour les classiques et néoclassiques, la monnaie est neutre (aucune influence sur l'économie réelle). La demande de monnaie est pour la transaction, l'offre est contrôlée par la Banque Centrale (monnaie exogène). La loi des débouchés de J.B. Say affirme que la monnaie n'a pas de rôle réel, étant un "voile monétaire". J. Bodin (1566) et I. Fisher (Le pouvoir d'achat de la monnaie, 1911) ont formulé la théorie quantitative de la monnaie (Mv=PTM \cdot v = P \cdot T), selon laquelle une augmentation de la masse monétaire (MM) entraîne une augmentation des prix (PP) sans affecter les variables réelles, avec la vitesse de circulation (vv) et le volume des transactions (TT) indépendantes.

4.2. Le rejet de l'approche dichotomique

Keynes, dans la Théorie générale, rejette la dichotomie et décrit une "économie monétaire de production". Pour lui, la monnaie est active et peut être demandée pour elle-même (motif de liquidité). Le taux d'intérêt est le prix de la monnaie, influençant l'investissement. Une politique monétaire expansive peut relancer l'économie en situation de sous-emploi en réduisant les taux d'intérêt, mais en plein-emploi, elle provoque l'inflation (sauf en cas de trappe à liquidité).

5. Les politiques monétaires d'après les théories économiques
5.1. Les classiques et les monétaristes

Pour les classiques, l'épargne est une consommation différée, dépendante du taux d'intérêt. Les monétaristes (M. Friedman) réaffirment la théorie quantitative : la monnaie est neutre, mais influence les prix. La politique monétaire doit viser la lutte contre l'inflation en contrôlant la création monétaire. Friedman propose une fonction de demande de monnaie stable mais dépendant des revenus permanents, des rendements financiers, et des anticipations d'inflation. L'action discrétionnaire des autorités monétaires engendre des perturbations sur les prix, d'où l'importance de stabiliser la croissance monétaire.

5.2. La position des keynésiens

Pour les keynésiens, la politique monétaire doit agir sur le niveau d'activité via le taux d'intérêt. Son objectif est la relance (si l'économie est déprimée) ou la rigueur (si inflationniste). La monnaie active influence les grandeurs réelles de l'économie, ce qui rend la stabilité des prix un objectif insuffisant pour la politique monétaire.

II. Les circuits de financement de l'économie

1. L'évolution historique des systèmes financiers
1.1. Le développement des fonctions bancaires

Avant la révolution industrielle, l'activité bancaire était embryonnaire. Au XIXe siècle, les grandes banques émergent, finançant les industries lourdes. La bancarisation des ménages s'accélère avec la société de consommation. Des vagues de concentration bancaire donnent naissance à de puissants groupes. Au XXe siècle, la "déspécialisation" banque de dépôt/banque d'affaires (décrets Debré-Haberer, loi de 1984) et l'internationalisation croissante (marché des eurodevises, recycle des pétrodollars) marquent l'évolution bancaire. Les banques sont devenues des acteurs majeurs du commerce mondial, mais leur taille et interconnexion peuvent poser des risques systémiques (ex: crise des "subprimes").

1.2. La hiérarchisation des banques et la création des Banques centrales

Au XIXe siècle, la centralisation du pouvoir d'émission monétaire conduit à la création des Banques Centrales, "banques des banques". Elles contrôlent la monnaie scripturale en agissant sur le coût du refinancement (taux d'intérêt exigé sur l'escompte). La Banque Centrale agit comme prêteur en dernier ressort pour éviter les faillites en chaîne et le risque systémique, comme l'illustrent les renflouements post-2007. Ce rôle, cependant, peut induire un aléa moral (les banques prennent plus de risques). Historiquement, le monopole d'émission de la Banque Centrale s'est imposé, malgré les controverses des partisans du "free banking".

2. Financement indirect et direct

Au début de la révolution industrielle, l'autofinancement prédominait. Avec le développement des industries lourdes, le besoin de capitaux à long terme a entraîné l'émergence des sociétés de capitaux. La théorie de Gurley et Shaw distingue deux modes de financement :

  • Autofinancement: sur ressources propres.
  • Fonds extérieurs: par intermédiation (emprunt auprès de banques) ou désintermédiation (émission d'actions/obligations sur les marchés financiers).
2.1. Le financement indirect

Les entreprises ont d'importants besoins de financement, souvent non couverts par l'autofinancement. La rencontre entre emprunteurs et prêteurs génère des coûts de transaction, que l'intermédiation financière vise à réduire. Les organismes financiers collectent l'épargne et accordent des crédits ; les banques en plus créent de la monnaie. Ce financement, initialement sous forme d'avances bancaires, s'est structuré avec le développement industriel pour financer la croissance à long terme.

2.2. Le financement direct

Dans le financement direct, emprunteur et prêteur sont en relation directe, via des émissions de titres sur les marchés financiers. Deux marchés principaux :

  • Le marché monétaire: échange de titres courts contre des liquidités, point d'application de la politique monétaire.
  • Le marché financier (Bourse des valeurs): émission et échange de valeurs mobilières (actions, obligations). Il assure la liquidité du placement pour les épargnants et les capitaux à long terme pour les emprunteurs. La Bourse, "état-major du capitalisme" (J. Schumpeter), alloue les ressources vers les entreprises les plus rentables.
3. Les tendances récentes du financement de l'économie
3.1. Le passage de l'économie d'endettement à l'économie de marché financier
3.1.1. Deux modes de financement de l'économie
  • Économie d'endettement: les entreprises dépendent des crédits bancaires. La Banque Centrale contrôle le volume des crédits (monnaie endogène).
  • Économie de marché financier: le financement se fait par émission de titres en Bourse. La Banque Centrale influence la création monétaire (monnaie exogène), l'endettement bancaire étant marginal. Ce système correspond au modèle du multiplicateur de crédit, où l'offre de monnaie est contrôlée par la Banque Centrale.
3.1.2. Déréglementation, désintermédiation et décloisonnement financiers

Le monde de la finance a connu des mutations profondes, résumées par les "3D" (H. Bourguinat) :

  • Déréglementation: suppression des contrôles sur les prix des services bancaires, libéralisation des flux financiers et des taux de change.
  • Désintermédiation: accès direct des entreprises aux financements par émission de titres (plutôt que par endettement bancaire). Ce processus, initié dans les années 1980, répondait à la volonté d'assainir les bilans bancaires et de fragmenter les emprunts en titres plus petits. Il a entraîné une baisse du crédit bancaire (par exemple, de deux tiers à 50% en France et en Allemagne) et une redéfinition du rôle des banques.
  • Décloisonnement: abolition des distinctions entre comptes, banques/assurances, marchés de court/long terme, ainsi qu'entre crédits en monnaie nationale et en devises. Au niveau international, il s'est traduit par la libre circulation des capitaux via l'abolition du contrôle des changes. Ces changements ont nécessité une restructuration du système bancaire (ex: abrogation du McFadden Act aux USA, libéralisation en France dans les années 1980).

Un 4ème D, la dématérialisation (développement des NTIC), accompagne ces mutations.

4. Les systèmes de financement en recomposition
4.1. Vers une généralisation de la marchéisation financière

La mondialisation financière et l'internationalisation des marchés de capitaux ont mené à la "marchéisation", où le financement dépend davantage des marchés financiers que des banques traditionnelles. Les emprunteurs choisissent entre diverses sources, et la concurrence incite les banques à des taux plus bas. Après la Seconde Guerre mondiale, les pays occidentaux ont opté pour une architecture réglementée, puis les limites de ce système ont poussé à la libéralisation dans les années 1970-1980. La construction européenne a unifié l'espace financier, accentuant le rôle des marchés comme intermédiaires, ignorant les frontières. Des pays comme la France, autrefois en économie d'endettement, ont évolué vers la marchéisation, bien que les banques y aient renforcé leur rôle d'acteurs de marché et que les marchés bénéficient davantage à l'État et aux grandes entreprises.

4.2. Nouveaux acteurs et nouveaux enjeux

Ces transformations ont fait émerger de nouveaux acteurs (investisseurs institutionnels, agences de notation pour l'information financière) et de nouveaux enjeux. Les marchés financiers, malgré leurs aspects positifs, rendent les économies vulnérables aux crises (ex: krach de 1987, crise de 2008). La distorsion entre économie réelle et sphère financière pousse les entreprises à rechercher une rentabilité des fonds propres supérieure au taux de croissance, augmentant l'endettement et parfois menant à des pratiques frauduleuses (ex: Enron, Wirecard). La régulation est un enjeu majeur, face à l'asymétrie d'information et aux externalités négatives des catastrophes financières. Des législations post-krach (Sarbanes-Oxley, LSF) visent à garantir l'information, mais la crise de 2007-2008 a discrédité les autorités de régulation, montrant la nécessité de repenser la supervision.

4.3. Leçons de la crise, réformes d'après-crise et interrogations actuelles

Les Banques Centrales, ayant ciblé l'inflation, ont constaté que la stabilité des prix ne garantissait pas la stabilité financière. La crise de 2008 a montré que la politique monétaire doit intégrer cet objectif. Les institutions d'importance systémique ("too big to fail") doivent être surveillées. La fonction de prêteur en dernier ressort a évolué, avec un partage des rôles entre États (recapitalisation) et Banques Centrales (liquidité). L'absence de système de résolution des faillites individuelles a conduit à des interventions d'urgence et à un aléa moral. La réforme du G20 (2008) vise à promouvoir une régulation saine, une coopération internationale et la réforme des institutions financières mondiales, coordonnée par le Conseil de Stabilité Financière (CSF) et le FMI. Cependant, la lenteur de réformes comme le Dodd-Frank Act et les risques des règles de Bâle III (financement de l'économie, "shadow banking") posent des limites et des interrogations quant à la pérennité de ces réformes.

Chapitre 3 : Les grands courants de la pensée économique depuis le XVIe siècle

I. La préhistoire de l'analyse économique

L'économie politique est née au XVIIIe siècle, cherchant à expliquer les faits sociaux avec des méthodes scientifiques, après s'être affranchie de la tutelle religieuse.

1. La longue gestation de la science économique
1.1. De la condamnation antique des activités marchandes à leur réhabilitation à partir de la Renaissance en Europe

Les philosophes grecs (Antiquité) n'avaient pas d'économie politique autonome, voyant la vie économique comme un aspect de la vie sociale ou de la Cité. Le monde romain et le Moyen-Âge ont vu un déclin de cette pensée. À partir du XVIe siècle (Renaissance), l'économie s'émancipe de la morale chrétienne, valorisant l'individu, l'État et la richesse. C'est le passage de l'immoralité (condamnation morale) à l'amoralité (condamnation de la morale par l'économie), avec le mercantilisme (XVIe-XVIIIe siècle) et la pensée classique (XVIIIe-XIXe siècle) comme points de repère.

1.2. La naissance d'une pensée économique autonome

La pensée mercantiliste a libéré l'économie de la religion. Mais ce sont les libéraux qui ont postulé l'autonomie de l'économie comme ordre naturel, indépendant du pouvoir politique. Dans la tradition des "droits naturels", la propriété privée est naturelle. Les physiocrates (F. Quesnay) ont représenté le fonctionnement de l'ordre naturel via le "tableau économique". B. Mandeville (La Fable des abeilles, 1705) montre que les "vices privés" (intérêt égoïste) contribuent au "bien public", fondant une conception de l'ordre naturel sur des individus amoraux. A. Smith (La Richesse des nations, 1776) s'inscrit dans cette lignée, affirmant que l'intérêt personnel est le moteur des échanges.

2. Les mercantilismes

Dès le XVIe siècle, les mercantilistes influencent les politiques économiques pour enrichir les nations. Leurs modalités ont varié selon les pays :

2.1. Le mercantilisme bullioniste espagnol ou l'obsession des métaux précieux

L'Espagne visait à rapatrier les métaux précieux du "Nouveau Monde" et à empêcher leur sortie par une politique protectionniste (L. Ortiz, 1558). Cependant, cela a généré une forte hausse des prix (inflation) sans enrichir durablement le pays. Cette approche a été critiquée, mais elle témoigne de l'intuition du lien entre l'abondance de monnaie et la faiblesse des taux d'intérêt.

2.2. Le mercantilisme français

En France, J. Bodin (1566) a établi un lien entre quantité de monnaie et niveau des prix (explication monétariste de l'inflation). Au XVIIe siècle, le mercantilisme français (dit industriel) privilégiait le développement des manufactures par un fort soutien de l'État (protectionnisme, intervention directe) pour assurer la qualité des produits nationaux (A. de Montchrestien, Traité d'économie politique, 1615). Cette approche distinguait monnaie et richesse, privilégiant les biens nécessaires à la vie.

3. La physiocratie ou la première analyse économique de l'ordre naturel

La physiocratie (du grec physis, nature, et kratos, puissance) marque le début du classicisme français en construisant un système de pensée global et cohérent.

3.1. Les physiocrates contre l'État tout puissant

Le terme signifie "gouvernement de la nature", ce qui exprime :

  • Une théorie de la valeur basée sur la productivité agricole, reflétant le cycle économique.
  • Une foi dans les mécanismes spontanés du marché.

Ils s'opposaient aux mercantilistes, prônant que l'économie serve les producteurs et citoyens, non seulement le prince. Ils privilégiaient l'agriculture (contre l'industrie de Colbert) et défendaient la liberté des prix agricoles, encourageant l'action des agriculteurs sans intervention directe de l'État, pour stimuler la production et obtenir des prix rémunérateurs.

3.2. Le chef de file de l'école : J. Turgot

J. Turgot, théoricien et ministre de Louis XVI, estimait que les lois humaines devaient être conformes à l'ordre naturel. Il a étudié le lien entre prix et échange, identifié les rendements décroissants de la terre (anticipant la loi des rendements non proportionnels des classiques) et fait de l'épargne la source du capital et de l'emploi. Il a préfiguré une vision où l'intérêt est le fruit de la rencontre entre offre de capitaux et d'épargne, et où l'interaction individuelle sur un marché concurrentiel est essentielle. Il a dénoncé l'inefficacité de l'intervention publique et, en 1774, a rétabli la liberté du commerce des céréales ("laissez-faire"). Il a également supprimé les corvées et réduit les charges fiscales sur les paysans par une rigueur budgétaire sélective ciblant les dépenses improductives de la cour.

3.3. F. Quesnay: analyse en termes de classes sociales et modèle de fonctionnement de l'économie

F. Quesnay distinguait trois classes :

  • La classe productive (agriculteurs) : crée plus de valeur qu'elle n'en consomme.
  • La classe des propriétaires: vit du surplus de valeur et consomme les biens produits, recevant la rente foncière.
  • La classe stérile (artisans, non-agriculteurs) : transforme des biens existants, ne créant pas de valeur nette.

Sa représentation de la société est celle d'une harmonie où chaque classe remplit une fonction essentielle au maintien de la richesse. Son tableau économique montre la circulation des biens physiques et des paiements monétaires entre ces classes, reliant production, répartition des revenus et dépense. Les dépenses stimulent la production, qui génère des revenus, qui à leur tour alimentent les dépenses. Quesnay a marqué son siècle et l'histoire de la pensée économique par cette modélisation du circuit économique.

II. Les économistes classiques

La période classique, débutant avec Adam Smith (La Richesse des nations, 1776), est vue comme un tournant décisif dans l'étude des questions économiques.

1. Qui sont les classiques ?
1.1. Préoccupations des classiques et défense du libéralisme

Les classiques (libéraux orthodoxes) abordent toutes les facettes de l'économie : production, échange, répartition, et problèmes sociaux. À l'image des physiocrates qui analysaient un capitalisme agraire, A. Smith a développé une théorie du monde de production capitaliste en s'inspirant des progrès industriels anglais. Leurs questions fondamentales portaient sur l'origine de la richesse et de la valeur, la détermination des prix, le rôle de l'État (libéralisme ou interventionnisme), le protectionnisme ou le libre-échange, la répartition des revenus, et les conditions de la croissance. Ils cherchaient à dégager des "lois économiques" (offre et demande, débouchés, "loi d'airain des salaires"), considérant l'économie comme une science à part entière. Malgré la misère ouvrière du XVIIIe-XIXe siècles, ils défendaient le libéralisme (même si les théories divergent beaucoup entre eux). D. Ricardo a joué un rôle majeur dans le développement de l'abstraction économique (modélisation), mais avec moins d'outils mathématiques que les néoclassiques.

1.2. La théorie de la valeur : objet fondamentale de réflexion

La question de la détermination de la valeur des biens est centrale. A. Smith distingue valeur d'usage (utilité) et valeur d'échange (valeur relative). Il illustre leur déconnexion avec le "paradoxe de la valeur" (eau vs diamant). Pour lui, le travail est la "mesure réelle de la valeur échangeable" (théorie de la valeur travail commandé). D. Ricardo, reprenant cette distinction, adopte la valeur travail incorporé : la valeur d'échange des marchandises est proportionnelle à la quantité de travail nécessaire à la production (direct et indirect). Concernant les salaires, les classiques les définissent comme de subsistance, oscillant autour du "prix naturel du travail". J.B. Say, contrairement aux classiques anglais, fait de l'utilité la source de la valeur, anticipant les néoclassiques.

2. Des économistes soucieux de la question sociale et de l'avenir du système économique
2.1. La répartition des richesses en lien avec l'analyse des classes sociales

A. Smith identifie trois catégories de revenu (salaire, profit, rente), les considérant comme des "sources primitives de tout revenu". Il reconnaît un conflit d'intérêt entre maîtres et ouvriers pour le partage des richesses, les salaires réels tendant vers la subsistance. Les profits sont proportionnels au capital engagé. La rente est la différence entre le prix des récoltes et les salaires/profits payés. D. Ricardo, "fondateur du raisonnement différentiel", a analysé les rendements décroissants des terres, menant à sa théorie de la rente différentielle, expliquant l'origine du prix des terres payées aux propriétaires selon leur fertilité.

2.2. L'avenir du capitalisme pour les classiques

Pour D. Ricardo, le capital et l'épargne sont au cœur de la croissance. Il postule trois facteurs de production (capital, travail, terre) et leur rémunération. L'augmentation de la population et l'utilisation de terres de moins en moins fertiles (loi de Malthus) augmentent la rente et les salaires, réduisant les profits. Le profit tendant vers zéro, l'économie atteint un "état stationnaire". Le commerce international est le seul moyen de repousser cet état en restaurant les profits. A. Smith, plus optimiste, voit la division du travail comme une source de croissance illimitée. J.B. Say, avec sa loi des débouchés ("toute offre crée sa propre demande"), affirme que la production génère des revenus qui seront dépensés, évitant ainsi les crises de surproduction.

III. Marx et l'exploitation de l'homme par l'homme

K. Marx a développé une analyse critique du mode de production capitaliste, prônant la révolution. Sa pensée, ancrée dans le militantisme philosophique, a créé un socle épistémologique nouveau pour les sciences sociales, avec pour concepts clés la production, les forces productives, les rapports sociaux de production et le mode de production. L'aliénation (processus de dépossession) est centrale dans son analyse du prolétariat, exploité car ne possédant pas les moyens de production.

1. La critique de l'économie politique

Marx développe une analyse "matérialiste" de l'affrontement de l'homme à la nature, qui mène à la libération dans le communisme. Son économie et sociologie sont avant tout critiques, visant à l'union de la pensée et de l'action. Sa critique de l'économie politique est intrinsèquement liée au concept d'aliénation.

2. L'exploitation capitaliste

L'ouvrier est rémunéré non selon son travail, mais selon le prix de sa force de travail (temps socialement nécessaire pour la produire). Il produit ainsi plus de richesses qu'il n'en consomme, créant le surtravail ou la plus-value capitaliste. La plus-value, excédent du montant des recettes sur le capital avancé, ne provient pas de l'échange, mais de la production : durant une partie de la journée de travail, le salarié produit une valeur qui est appropriée par le capitaliste. Cette exploitation, contrairement au système féodal, est non visible et se confond avec le produit lui-même dans l'usine capitaliste.

3. La crise capitaliste

Marx met en évidence la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports sociaux de production dans le capitalisme (propriété privée des moyens de production). Le mode de production a une base économique (rapports avec la nature et entre hommes) et une superstructure (institutions, idéologie). Le capitalisme, système d'exploitation, favorise le développement des richesses mais cette accumulation conduit à la suraccumulation du capital (excès par rapport à la plus-value réalisable), entraînant une baisse du taux de profit et la crise. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit prédit l'arrêt de l'accumulation, l'obsolescence et la dépréciation du capital, et finalement l'effondrement du système.

IV. Les néoclassiques

Émergeant au milieu du XIXe siècle, le courant néoclassique répond au défi théorique des classiques sur la valeur. Il introduit une approche plus formelle, centrée sur le marché et l'équilibre, avec deux nouveautés majeures : le passage de la valeur-travail à la valeur-utilité, et le raisonnement à la marge pour analyser les comportements des consommateurs et producteurs.

1. La naissance de la pensée néoclassique

Les néoclassiques se concentrent sur l'utilité marginale (utilité de la dernière unité d'un bien), qui est décroissante à mesure que les quantités augmentent. Cette "révolution marginaliste" met l'accent sur l'affectation des ressources rares et le fonctionnement du marché, analysant les conditions d'équilibre entre offre et demande.

2. Les courants néoclassiques
2.1. Le courant anglo-saxon

W.S. Jevons (Theory of Political Economy, 1872) est un fondateur de l'économie pure. Il élabore une théorie subjective de la valeur, basée sur l'utilité marginale, et s'oppose à la valeur travail de Ricardo. L'échange, pour Jevons, se poursuit jusqu'à l'égalité des utilités marginales des biens pour les deux parties, illustrant le cœur du raisonnement marginaliste.

2.2. Le courant français et l'école de Lausanne ou courant de l'équilibre général

L. Walras (1834-1910) est une figure majeure de l'économie néoclassique avec sa théorie de l'équilibre général en concurrence pure et parfaite. Il postule une interdépendance générale entre tous les marchés, où un système de prix assure l'égalité entre offre et demande sur chaque marché. Le commissaire-priseur fixe les prix de façon "tâtonnement" pour atteindre cet équilibre. Son modèle, bien que très théorique, est central pour les néoclassiques.

2.3. Du marginalisme aux nouvelles théories de la microéconomie

Les approches néoclassiques contemporaines visent à répondre aux critiques du modèle traditionnel en défendant l'économie de marché. Bien que les idées autrichiennes, longtemps considérées comme peu formalisées, aient retrouvé leur influence. L'école de Lausanne, confrontée aux limites de l'équilibre général, a conduit au modèle Arrow-Debreu, utilisant les mathématiques modernes. La théorie des jeux (J. von Neumann et O. Morgenstein) étudie l'interaction des comportements individuels maximisateurs dans des contextes d'incertitude et de stratégie. Des néoclassiques intègrent l'imperfection du marché, comme la rigidité des salaires, expliquée par la théorie des contrats implicites (C. Azariadis), où les entreprises jouent un rôle d'assurance pour les salariés face aux fluctuations conjoncturelles.

V. Keynes : son œuvre, ses détracteurs, ses followers (de la NEC à la NEK)

1. La révolution keynésienne

J.M. Keynes est un économiste majeur, inventeur de la macroéconomie moderne. Son œuvre (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936) rejette le "laissez-faire" et prône l'intervention de l'État.

1.1. La révolution de la théorie générale
1.1.1. Sortir de la crise

Affecté par la crise de 1929, Keynes met l'accent sur la demande effective comme moteur de l'emploi. Il réfute la loi des débouchés de J.B. Say : la surproduction existe car les entreprises ajustent leur production aux anticipations de ventes. Un équilibre de sous-emploi peut être durable en raison d'anticipations pessimistes auto-réalisatrices et de l'incertitude radicale. L'épargne est une "fuite" du circuit, générant du sous-emploi. Pour Keynes, l'État doit stimuler la demande globale par les dépenses publiques (effet multiplicateur) et une politique monétaire expansionniste (baisse des taux d'intérêt), le déficit budgétaire étant compensé par l'augmentation des recettes fiscales.

1.1.2. La fin du «no bridge»

Keynes remet en question la liaison directe entre microéconomie et macroéconomie (le “no bridge”). Pour lui, les variables macroéconomiques ont des déterminants macroéconomiques propres, et l'approche néoclassique d'agrégation de comportements individuels est insuffisante. Il oppose son approche macroéconomique par fonctions (consommation, épargne, investissement, emploi) à la démarche microéconomique par marchés.

1.1.2.1. Approche de la synthèse

J. Hicks (Mr Keynes and the classics, 1937) intègre les idées keynésiennes à l'analyse walrasienne, marquant le début de la "synthèse" avec le modèle IS/LM. P. Samuelson développe une explication de l'instabilité de l'emploi par la conjonction des effets multiplicateur (Kahn) et accélérateur (Aftalion), générant des cycles endogènes. A. Leijonhufvud (1968) montre que l'économie retrouve l'équilibre en conditions de plein-emploi, mais qu'elle peut se dérégler, nécessitant alors une politique keynésienne.

2. Les adversaires de la pensée keynésiennes
2.1. Le monétarisme : une alternative à l'analyse keynésienne

M. Friedman explique la crise de 1929 par une politique monétaire restrictive. Pour lui, la monnaie est neutre, n'influençant que les prix nominaux. Il réaffirme la théorie quantitative : une variation de la masse monétaire n'affecte, à long terme, que le PIB en valeur et les prix. Les monétaristes postulent un "taux naturel de chômage", indépendant de l'inflation. À court terme, une inflation non anticipée peut réduire le chômage ("illusion monétaire"), mais cet effet est temporaire. Une politique monétaire active amplifie les fluctuations et entraîne la stagflation.

2.2. La nouvelle école classique (NEC)

La NEC (R. Lucas, R. Barro) et les néo-keynésiens s'accordent sur les fondements microéconomiques de la macroéconomie, mais divergent fortement. Les nouveaux classiques insistent sur trois caractéristiques des agents : optimiseurs en équilibre permanent, décisions basées sur des facteurs réels, et anticipations rationnelles sans erreurs systématiques. L'introduction des anticipations rationnelles amène à la neutralité de la monnaie à court et long terme, rendant les politiques publiques inefficaces pour réduire le chômage. Les modèles de la NEC, walrasiens, intègrent l'incertitude et la dynamique, visant à décrire une réalité d'équilibre général concurrentiel. R. Lucas critique la stabilité des coefficients des modèles face aux changements de politique économique ("critique de Lucas"). Sa nouvelle fonction d'offre explique que les entreprises ne peuvent distinguer une hausse du prix relatif d'une hausse du niveau général des prix. Une politique monétaire expansionniste, si elle est anticipée, est inefficace ; seule une imperfection de l'information peut avoir un impact économique. L'école des cycles réels (Kydland, Prescott, King, Plosser) rompt davantage avec Keynes, attribuant les cycles économiques à des variables réelles (chocs technologiques), et juge les politiques de stabilisation inefficaces ou nuisibles.

3. Les postkeynésiens et le maintien de la méthode holiste

Les postkeynésiens, contrairement aux néo-keynésiens (synthèse), se veulent les fidèles héritiers de Keynes. J. Robinson critique les "faux keynésiens" de la synthèse. Ils partagent des thèmes communs : insuffisance de la demande effective, fondements microéconomiques de la macroéconomie, endogénéité de la monnaie, et importance de la demande. M. Kalecki a privilégié l'analyse réelle, tandis que P. Sraffa a développé la théorie de la valeur et de la répartition.

3.1. Croissance, répartition des richesses et fluctuations économiques

Les postkeynésiens ont étendu la pensée keynésienne à la croissance, montrant l'instabilité du capitalisme à court et long terme. Les modèles dits de "croissance équilibrée" (Harrod-Domar) intègrent l'investissement (créateur de capacités et source de demande) et l'épargne. La croissance est sur le "fil du rasoir", nécessitant des politiques budgétaires ou de revenus pour la stabilisation. La répartition du revenu est centrale. Le modèle de Kalecki, proche de "les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les salariés dépensent ce qu'ils gagnent", s'oppose aux productivités marginales et affirme que la part des salaires dans la valeur ajoutée dépend du degré de monopole et de l'élasticité prix à la demande. Une hausse du degré de monopole augmente l'épargne des capitalistes.

3.2. Inflation et chômage
3.2.1. L'inflation

Pour les postkeynésiens, l'inflation est due au conflit de répartition entre capital et travail. Elle est de type cost-push, les hausses de coûts (salaires nominaux fixés de manière exogène, revendications), se répercutant sur les prix car les entreprises conservent leur marge de profit par leur pouvoir de monopole (S. Weintraub, N. Barbosa-Filho). Une "spirale prix-salaires" peut en résulter. L'objectif de ciblage d'inflation des Banques Centrales est équivalent à cibler la part des salaires dans le PIB.

3.2.2. Le chômage

Les keynésiens voient le chômage involontaire comme le résultat d'une insuffisance de la demande globale, sans mécanisme automatique de retour au plein emploi. Le "taux de chômage naturel" n'existe pas, et le taux de chômage réalisé (dû à la demande globale) attire vers lui le taux de chômage d'équilibre (Storn et Naastepad, 2012). C'est pourquoi des politiques budgétaires et monétaires sont nécessaires pour stimuler la demande globale, même si certains postkeynésiens reconnaissent la rigidité des salaires réels (associée aux conflits de répartition) et son impact sur l'emploi.

Partie 2 : Le comportement des agents et le fonctionnement du marché

Chapitre 1: L'équilibre micro-économique du producteur et du consommateur

I. Le calcul économique du consommateur

Dans l'approche microéconomique, le consommateur est un agent rationnel qui cherche à maximiser son utilité (satisfaction) compte tenu de sa contrainte de budget (revenu fixe et prix des biens). Les choix portent sur des "paniers de consommation", simplifiés à deux biens (X = (x1,x2x_1, x_2)). Les préférences du consommateur sont les suivantes :

  • Chaque consommateur peut exprimer sa préférence pour un panier ou son indifférence.
  • Hypothèse de non satiété : "le consommateur préfère toujours consommer plus".

L'utilité est mesurée par une fonction d'utilité (U=f(Q)=f(x1,x2)U=f(Q)=f(x_1, x_2)). Les courbes d'indifférence (ou d'iso-utilité) représentent l'ensemble des paniers procurant la même utilité. Elles sont continues, décroissantes, convexes, et plus elles sont éloignées de l'origine, plus le niveau de satisfaction est élevé.

Courbe d'indifférence pour des biens substituables

Le Taux Marginal de Substitution (TMS) représente la quantité d'un bien à laquelle le consommateur est prêt à renoncer pour obtenir une unité supplémentaire de l'autre bien, en maintenant la même utilité. Il est égal au rapport des utilités marginales.

Compensation de bien pour utilité constante

La contrainte de budget (p1x1+p2x2=Rp_1 x_1 + p_2 x_2 = R) limite les choix du consommateur. Graphiquement, elle est une droite : x2=p1p2x1+Rp2x_2 = -\frac{p_1}{p_2} x_1 + \frac{R}{p_2}.

Illustration de la droite de budget

  • Une augmentation du revenu déplace la droite de budget parallèlement vers le haut (Augmentation du revenu du consommateur).
  • Une augmentation du prix d'un bien fait "pivoter" la droite de budget (Augmentation du prix d'un bien).

L'équilibre du consommateur est atteint au panier XX^* qui maximise l'utilité sous la contrainte budgétaire. Ce point est la tangence entre la droite de budget et une courbe d'indifférence (la plus élevée possible). En ce point, le consommateur n'a pas intérêt à modifier ses choix.

Équilibre du consommateur

II. Le calcul économique du producteur

Les facteurs de production (inputs) sont les éléments nécessaires à la production (travail L, capital K). Ils peuvent être substituables ou complémentaires. La fonction de production Q=F(K,L)Q = F(K, L) indique le niveau maximal de production avec différentes combinaisons de facteurs, pour une technologie donnée.

  • La productivité marginale (Pm): supplément de production par unité supplémentaire d'un facteur (positive et décroissante).
  • La productivité moyenne (PM): production par unité de facteur (Q/K ou Q/L).

Une isoquante (ou courbe d'isoproduit) représente les combinaisons de K et L produisant la même quantité Q. Elle est décroissante et convexe. Le Taux Marginal de Substitution Technique (TMST) est le taux de substitution entre K et L pour maintenir Q constant, égal au rapport des productivités marginales.

Isoquante

La contrainte de budget du producteur (isocoût) : D=wL+rKD = wL + rK, où ww est le prix du travail, rr le prix du capital. La droite d'isocoût a une pente de w/r-w/r.

III. Les coûts dans l'analyse microéconomique

Les coûts de production sont les dépenses nécessaires à l'output. La fonction de coût exprime la relation entre coûts et quantités produites de manière optimale.

  • Coût total (CTC_T) = Coûts fixes (CxC_x) + Coûts variables (CvC_v). CxC_x (bâtiments, machines) sont indépendants du volume de production à court terme. CvC_v varient avec la quantité produite.
  • Coût moyen (CMC_M) = CT/QC_T / Q.
  • Coût marginal (CmC_m): supplément de coût pour une unité supplémentaire. Cm(Q)=CT(Q)C_m(Q) = C'_T(Q).

Le producteur maximise son profit en choisissant la combinaison productive (tangence isoquant/isocoût) qui minimise ses coûts pour un niveau de production donné. À l'équilibre, le TMST est égal au rapport des prix des facteurs.

Équilibre du producteur

Le profit (π\pi) = Chiffre d'affaires (P.Q) - Coûts (C). En concurrence parfaite, le prix est donné par le marché. La recette moyenne et marginale sont égales au prix (P). Pour maximiser son profit, le producteur produit jusqu'à ce que Cm=PC_m = P, donc Cm=RmC_m = R_m.

Maximisation du profit du producteur

Profit maximal

IV. L'équilibre à long terme

À long terme, l'attrait du profit entraîne l'entrée de nouvelles firmes, augmentant l'offre et faisant baisser les prix jusqu'au seuil de rentabilité (minimum du coût moyen), où le profit économique est nul. Cela élimine l'incitation à entrer sur le marché.

Équilibre à long terme

Chapitre 2: L'offre, la demande et l'équilibre du marché de concurrence parfaite

I. Le modèle de la concurrence pure et parfaite

Un marché de concurrence pure et parfaite est un modèle théorique (L. Walras, K. Arrow, G. Debreu) caractérisé par :

  • Atomicité: nombreux offreurs et demandeurs, aucun n'influence le prix.
  • Fluidité: liberté d'entrée et de sortie.
  • Homogénéité: biens et services identiques.
  • Parfaite mobilité des facteurs: travail et capital se déplacent librement.
  • Transparence (information parfaite): tous les acteurs ont accès à toutes les informations.

Un marché concurrentiel signifie qu'aucun acteur n'a de pouvoir de marché ("price taker"). Il s'oppose aux monopoles ou situations où un acheteur (monopsones) peut dicter les prix. Le degré de concurrence se mesure empiriquement et dépend de facteurs juridiques (ex: licences de taxis). L'analyse de l'équilibre général de L. Walras décrit trois marchés principaux (biens et services, travail, capital) où l'offre et la demande s'équilibrent par des prix flexibles, assurant le plein emploi et l'investissement de l'épargne. Ce modèle, malgré ses simplifications, explique les différences de prix, les variations dues aux chocs d'offre/demande, et le rationnement (prix plancher/plafond), soulignant l'importance de la flexibilité des prix pour une allocation optimale des ressources. Cependant, il est basé sur des comportements de maximisation et d'optimisation idéalisés, justifiant des interventions étatiques pour corriger les défaillances de marché et imposer des règles de concurrence.

II. La courbe d'offre sur le marché

La courbe d'offre (A. Marshall) représente la relation entre le prix et la quantité offerte. Le producteur, "price-taker" en concurrence parfaite, maximise son profit quand le prix est égal à son coût marginal (P=CmP = C_m). En supposant des rendements décroissants, le coût marginal augmente, donc une augmentation du prix incite à augmenter l'offre. La courbe d'offre est croissante. À long terme, l'entrée de nouveaux producteurs ou l'évolution des coûts (progrès technique, intrants) déplace la courbe d'offre (vers la droite si l'offre augmente, vers la gauche si elle diminue).

III. La courbe de demande sur le marché

La demande individuelle dépend du prix, des goûts, du revenu, et des prix des substituts. Toutes choses égales par ailleurs, la demande individuelle est décroissante avec le prix. Une baisse du prix entraîne une hausse de la demande par deux effets :

  • Effet de substitution: le bien devient relativement moins cher.
  • Effet de revenu: le pouvoir d'achat augmente.

La fonction de demande D(p)D(p) est cette relation décroissante. La demande totale s'obtient en additionnant les demandes individuelles.

IV. La détermination du prix d'équilibre sur le marché

Le prix d'équilibre est le point où les courbes d'offre et de demande se croisent, égalisant la quantité offerte et demandée. À ce prix, il n'y a ni rationnement ni excès d'offre ou de demande. Les mécanismes d'ajustement des prix (hausse en cas d'excès de demande, baisse en cas d'excès d'offre) garantissent un retour automatique à l'équilibre. La flexibilité des prix est cruciale pour une allocation optimale des ressources, éliminant sur- et sous-production. À l'équilibre, consommateurs et producteurs optimisent leurs choix, éliminant les gaspillages. Cependant, ce modèle exige une concurrence effective et une forte élasticité de l'offre et de la demande.

Équilibre offre-demande

V. Déplacement de la courbe et déplacement sur la courbe

Il est essentiel de distinguer :

  • Les déplacements sur la courbe: adaptations de court terme de la quantité offerte ou demandée en réponse à une variation de prix (fonctions inchangées).
  • Les déplacements de la courbe: modifications des fonctions d'offre et de demande elles-mêmes, dues à des variations de long terme ou à des facteurs autres que le prix (ex: nouveaux offreurs, innovations, changement dans le nombre de demandeurs).

Synthèse

I. Les conditions nécessaires à une concurrence parfaite

Un marché de concurrence pure et parfaite requiert cinq conditions :

  • Atomicité du marché: multitude d'acteurs sans influence individuelle sur les prix.
  • Homogénéité du bien: concurrence uniquement sur le prix.
  • Libre entrée sur le marché: aucune barrière à l'entrée.
  • Mobilité des facteurs de production: travail et capital sont parfaitement mobiles.
  • Transparence du marché: information parfaite et symétrique pour tous.

La réalité des marchés est cependant plus complexe et s'écarte souvent de cet idéal.

II. La logique de la demande

La demande est liée à l'utilité (satisfaction) et au prix du bien. Le consommateur maximise son utilité totale sous sa contrainte budgétaire, en tenant compte des coûts d'opportunité. L'élasticité-prix de la demande (ε=Taux de variation de la demandeTaux de variation du prix\varepsilon = \frac{\text{Taux de variation de la demande}}{\text{Taux de variation du prix}}) mesure la réactivité de la demande aux variations de prix.

III. La loi de l'offre

En concurrence, l'entreprise est "preneuse de prix". Elle détermine la quantité à offrir en comparant le coût marginal (coût d'une unité supplémentaire) et la recette marginale (égale au prix de vente). Pour maximiser le profit, elle produit tant que le coût marginal est inférieur ou égal au prix de vente.

IV. L'équilibre offre-demande

Le marché est le lieu de rencontre entre l'offre globale et la demande globale. La courbe de demande est décroissante, celle d'offre est croissante. Leur intersection détermine le prix d'équilibre et la quantité échangée. En cas de déséquilibre, les prix s'ajustent automatiquement pour ramener le marché à l'équilibre. Ces prix guident l'allocation optimale des ressources, mais la réalisation de cet équilibre dépend de la flexibilité des prix et des conditions de la concurrence.

Graphique offre-demande

V. Définitions clés

  • Coûts d'opportunité: Sacrifice d'une alternative lors d'une décision.
  • Coût marginal: Coût additionnel d'une unité supplémentaire.
  • Élasticité-prix de la demande: Sensibilité de la demande aux variations de prix.
  • Élasticité-prix de l'offre: Sensibilité de l'offre aux variations de prix.
  • Recette marginale: Recette additionnelle d'une unité supplémentaire.
  • Utilité: Satisfaction dérivée de la consommation.

Chapitre 3 : Les défaillances de marché

Les défaillances de marché sont des situations où le marché conduit à une allocation inefficace des ressources. Elles peuvent être dues à des imperfections (pouvoir de marché, asymétries d'information) ou à une mauvaise définition des droits de propriété (biens communs, collectifs, externalités). Les externalités sont des conséquences d'une activité économique sans contrepartie marchande (ex: nuisance sonore sans paiement).

I. Le problème des asymétries d'information

L'asymétrie d'information désigne une situation où tous les agents n'ont pas la même information, rendant le marché non parfaitement concurrentiel et son fonctionnement sous-optimal.

  • Anti-sélection (sélection adverse): En raison de l'asymétrie, les produits de meilleure qualité sont évincés. G. Akerlof (marché des voitures d'occasion) illustre comment le prix moyen du marché dévalorise les bons produits, incitant leurs propriétaires à se retirer, ce qui dégrade la qualité moyenne. Sur le marché de l'assurance, une information imparfaite sur le risque des clients peut amener ceux à faible risque à ne plus s'assurer si les prix sont trop élevés. Des solutions incluent la production de labels (Agriculture biologique) ou l'obligation étatique d'information (ingrédients alimentaires).
  • Aléa moral: survient quand une partie du contrat peut léser l'autre à cause de l'asymétrie d'information (ex: employé flânant en l'absence de surveillance). Cela favorise les comportements opportunistes. Les solutions ne résident pas seulement dans le contrôle, mais aussi dans des contrats incitatifs (ex: rémunération liée aux résultats de l'entreprise, bonus/malus des assurances) pour aligner les intérêts.

II. La question des externalités

Une externalité est un impact (positif ou négatif) d'une activité économique non compensé par le marché. Lorsque une entreprise pollue sans payer pour les dommages environnementaux, c'est une externalité négative. Le coût social est alors supérieur au coût privé, entraînant une surproduction. À l'inverse, l'exemple de l'apiculteur et de l'arboriculteur (J. Meade) illustre une externalité positive : chaque partie bénéficie de l'activité de l'autre gratuitement. Le bénéfice social dépasse le bénéfice privé, entraînant une sous-production. L'État peut intervenir par des taxes (sur les activités négatives, ex: "taxes pigouviennes" d'A. Pigou pour le "pollueur-payeur") ou des subventions (pour les positives) afin d'internaliser ces effets, en ramenant le coût privé au coût social.

III. L'enjeu des biens collectifs et des biens communs

Dans la typologie des biens :

  • Un bien est rival si sa consommation empêche celle d'un autre (ex: une pomme). Il est non rival s'il peut être consommé par plusieurs simultanément (ex: éclairage public).
  • Un bien est excluable si le producteur peut empêcher son usage à ceux qui ne paient pas (ex: péage autoroutier). Il est non excluable si cela est impossible (ex: éclairage public).
  • Un bien non rival et non excluable est un bien collectif (ex: feu d'artifice). Le marché le sous-produit (comportement de "passager clandestin"), d'où la prise en charge par la puissance publique.
  • Un bien non excluable et rival est un bien commun (ex: ressources naturelles comme les poissons). Leur usage entraîne l'épuisement ("tragédie des biens communs" de G. Hardin). Le modèle de Hardin montre qu'un agent égoïste surexploitera la ressource pour un gain individuel immédiat, conduisant à une perte collective. Les politiques doivent être coercitives ou incitatives pour contrer ce phénomène (comme le montrent les travaux d'E. Ostrom qui défendent qu'une gestion collective peut fonctionner).

Module 2 : Croissance et développement

Partie 1 : La croissance et le développement depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : La croissance économique

I. Les caractéristiques de la croissance depuis la révolution industrielle

La croissance économique est l'augmentation soutenue de la production et des richesses (F. Perroux). Elle se mesure par le taux de variation du PIB réel. Un ralentissement est une récession, une baisse est une crise/dépression. A. Maddison a montré une rupture du rythme de croissance au XIXe siècle, qualifiée de "révolution industrielle".

1. Croissance économique et révolutions industrielles

La révolution industrielle (K. Marx, F. Engels) désigne la transformation profonde des sociétés d'une économie agraire à une économie industrielle. Le processus s'est fait en plusieurs étapes :

  • Première Révolution Industrielle (fin XVIIIe siècle, Royaume-Uni) : Impulsée par la révolution agricole (innovations, augmentation de la population, libération de main-d'œuvre), et des innovations dans le coton, le fer, le charbon et la vapeur (chemin de fer dès 1830s). Le développement des transports (routes, canaux, maritime) et de la "proto-industrie" vers le "factory system" (production en usine) y ont contribué. Les banques ont joué un rôle clé dans le financement.
  • Seconde Révolution Industrielle (fin XIXe - début XXe siècle, États-Unis, Allemagne) : Nouvelle phase d'innovations (électricité, pétrole, moteur à explosion, sidérurgie, chimie), bouleversant la production et la consommation.
  • Troisième Révolution Industrielle (années 1970, Japon, États-Unis) : Innovations en électronique, informatique, pharmacie, biotechnologies. Bien que modifiant le quotidien, leurs effets sur la croissance semblent moins forts.

La notion de "révolution" est débattue (F. Braudel, J. Schumpeter), qui mettent en avant la continuité des innovations techniques au cours de l'histoire.

2. Des périodes différentes de croissance pour l'Europe de l'Ouest et les États-Unis

Le "long XIXe siècle" (jusqu'en 1913) a vu une forte croissance en Europe occidentale et aux États-Unis (T. Piketty). Les Trente Glorieuses (1946-1975, J. Fourastié) furent "l'âge d'or" de la croissance, marquée par le compromis fordiste (production de masse, hausse des salaires, consommation de masse), soutenu par des politiques conjoncturelles. Cette croissance, expliquée par la reconstruction et le rattrapage technologique, s'est essoufflée avec les chocs pétroliers. Aux États-Unis, la "Grande modération" (B. Bernanke) a suivi, marquée par une croissance sans inflation avant la crise des "subprimes" (2008) et de la Covid-19, qui ont plongé l'économie mondiale dans la récession.

3. D'importantes inégalités de croissance entre pays

W.W. Rostow (Les étapes de la croissance économique, 1960) a théorisé les étapes de la croissance, insistant sur le décalage. Son modèle linéaire, axé sur l'exemple européen, met en évidence le "take-off". T. Piketty montre qu'entre 1820 et 1913, l'Asie et l'Afrique ont eu une croissance quasi nulle, contrastant avec l'Europe et l'Amérique. Après 1950, l'Asie a connu une forte croissance (Japon, puis pays émergents), tandis que l'Afrique a progressé plus lentement. Les années 1990-2010 ont vu la Chine devenir un moteur de la croissance mondiale. Serge Latouche critique le concept de "développement" comme instrument d'"occidentalisation", plaidant pour la préservation des cultures traditionnelles et des voies de développement diversifiées.

II. Analyses et modélisations de la croissance économique

1. Les analyses classiques de la croissance : division du travail, rente et état stationnaire

A. Smith (La Richesse des nations, 1776) met la division du travail au cœur de la croissance, comme moteur de la "puissance productive du travail". Elle est favorisée par l'accroissement du marché et le libre-échange. Pour D. Ricardo, la richesse dépend du capital, travail et terre. La rente différentielle (Malthus) augmente avec l'utilisation de terres moins fertiles, ce qui accroît les salaires et réduit les profits, menant à l'état stationnaire. Le commerce international est un moyen de le repousser. K. Marx, critique de Ricardo (Le Capital, 1867), voit la croissance capitaliste comme un processus d'accumulation de plus-value par l'exploitation, mais qui engendre des crises de surproduction et la "loi de la baisse tendancielle du taux de profit", menant à la fin du capitalisme.

2. L'importance de l'innovation : analyses schumpéterienne et néoschumpéterienne

J. Schumpeter met l'innovation (application économique d'une invention) au cœur de la croissance. L'entrepreneur est le moteur du "processus de destruction créatrice", qui met en difficulté les anciens secteurs et en crée de nouveaux. Les innovations se regroupent en "grappes" autour d'innovations "fondamentales" (ex: électricité). Cela conduit à des cycles longs (Kondratiev) de croissance et récession. Schumpeter est pessimiste sur le long terme, voyant la "rationalisation des activités" et la bureaucratie freiner l'innovation. Les économistes évolutionnistes (R. Nelson, S. Winter, G. Dosi) précisent le rôle des "routines" et des "systèmes capitalistes modernes d'innovation". M. Mazzucato (L'État entrepreneur, 2020) montre le rôle moteur de l'État dans l'impulsion et le financement de l'innovation. P. Aghion et P. Howitt formalisent le rôle de l'innovation et de la destruction créatrice, soulignant l'importance des institutions et des "technologies génériques" (NTIC). L'innovation est essentielle, surtout pour les pays proches de la frontière technologique, nécessitant une politique d'innovation.

3. La croissance sur le « fil du rasoir» : les modèles keynésiens de Roy Harrod et Evsey Domar

À partir de la fin des années 1930, R. Harrod et E. Domar ont formalisé les théories keynésiennes sur la croissance pour étudier les conditions de plein-emploi. Le modèle de Harrod, avec deux facteurs (travail, capital) en complémentarité parfaite, met en évidence le taux de croissance "garanti" (qui équilibre investissement et épargne) et le taux de croissance "naturel" (démographie, progrès technique). La croissance est sur le "fil du rasoir" car la coïncidence de ces taux est improbable, conduisant au déséquilibre et au sous-emploi. Domar insiste sur le double effet de l'investissement (demande et offre). Tous deux concluent à la nécessité d'une intervention publique (politiques monétaires et budgétaires de "stop & go"). Keynes lui-même, dans "Perspectives économiques pour nos petits-enfants" (1930), était optimiste sur les effets à long terme de la croissance pour satisfaire les besoins. J. Robinson et N. Kaldor placent la répartition au cœur : la croissance dépend de l'accumulation du profit, avec un conflit capital/travail. M. Kalecki souligne "les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les salariés dépensent ce qu'ils gagnent".

4. Le modèle de Solow : la croissance exogène

R. Solow (A contribution to the Theory of Economic Growth, 1958), dans une perspective néoclassique, explique la croissance par l'accumulation de capital et de travail. Cependant, il constate qu'environ 80% de la croissance reste inexpliquée, l'attribuant à la productivité globale des facteurs (PGF), assimilée au progrès technique. Pour Solow, le progrès technique est "une manne tombée du ciel" (exogène), indépendant de la dynamique économique, et permet de repousser l'état stationnaire. Il favorise la convergence des économies. Le "paradoxe de Solow" (1987) met en lumière que la forte informatisation n'a pas immédiatement eu d'effet sur la productivité, suggérant un temps d'adaptation. Des travaux (Carré, Dubois, Malinvaud) confirment l'importance de la PGF en France. E. Denison (1967) explique une partie du résidu par la "qualité" du travail.

5. Les modèles de la croissance endogène

Face à l'insatisfaction d'un progrès technique exogène, les "nouvelles théories de la croissance" (fin 1980s) tentent d'endogénéiser le progrès technique par les comportements microéconomiques (investissement en R&D, épargne). P. Romer intègre l'accumulation de connaissances (à rendement croissant et générant des externalités positives) comme moteur de croissance auto-entretenue. R. Lucas identifie l'accumulation de capital humain (qualité du travail) comme source de croissance endogène. R. Barro met en avant la qualité des infrastructures (capital public) comme génératrice d'externalités positives. P. Aghion et P. Howitt rejoignent cette approche en plaçant l'innovation au cœur de la croissance. Dans ces modèles, les externalités positives sont centrales, justifiant l'intervention publique pour stimuler l'investissement en R&D, infrastructures et éducation.

6. L'importance des institutions pour comprendre la croissance économique et ses limites

Les institutions (D. North : "règles du jeu" de l'économie, formelles ou informelles) sont cruciales pour l'efficacité des facteurs de production et la croissance. Elles peuvent stimuler l'innovation et sont liées à la démocratie. L'école de la régulation (M. Aglietta, R. Boyer) analyse le capitalisme comme une succession de "modes de production" où les institutions affectent la croissance. La question des "bonnes" institutions est posée, avec la difficulté d'adapter des modèles étrangers. L'efficacité institutionnelle est contextuelle.

7. Vers la fin de la croissance?

A. Hansen (1930s) formalise la stagnation séculaire : des causes structurelles (démographie, ralentissement technologique, excès d'épargne, fermeture des frontières) freinent la croissance, un concept proche de l'état stationnaire. L. Summers a ravivé cette thèse après 2008, expliquant la faible reprise par un excès d'épargne mondial et le vieillissement démographique. R. Gordon identifie 6 "vents contraires" à la croissance : inégalités, dette, démographie, baisse du niveau éducatif, mondialisation, prix de l'énergie. Ces analyses montrent la multiplicité des facteurs de la croissance et l'importance de la répartition.

Question de synthèse : Pourquoi évoquer aujourd'hui la stagnation séculaire ?

Chapitre 2 : Inégalités et stratégies de développement

I. Mesure du développement

1. Pays développés / pays « en développement»

F. Perroux (L'Économie du XXe siècle, 1969) définit le développement comme la "combinaison des changements mentaux et sociaux" menant à une croissance cumulative et durable, une évolution qualitative. La notion apparaît après-guerre (Plan Marshall, H. Truman), avec une approche d'un chemin unique à suivre (W. Rostow). Le "tiers-monde" (A. Sauvy, 1950s) s'oppose à cette vision binaire, soulignant la diversité des voies et les inégalités. L'ONU, via le PNUD, a institutionnalisé l'aide et la recherche sur le développement (PEAR, Fonds spécial, PNUD). Les pays les moins riches sont qualifiés de "pays en développement" (PED), avec des distinctions entre "pays les moins avancés" (PMA) et "pays émergents" (BRIC/BRICS). La critique (S. Latouche) voit le développement comme une "occidentalisation", défendant la préservation des cultures traditionnelles.

2. Mesure du développement par des indicateurs quantitatifs

Le PIB par habitant est un indicateur historique de richesse, mais limité. Le revenu national brut (RNB) par habitant, corrigé des transferts de revenus transfrontaliers, est plus pertinent pour les comparaisons internationales. La Banque Mondiale utilise le RNB par habitant (déflaté) pour classer les pays en "faible revenu", "revenus intermédiaires" (tranche inférieure/supérieure) et "revenu élevé". Ces indicateurs ont les limites du PIB : ne mesurent ni les inégalités, ni les conséquences des activités, ni le bien-être. Des indicateurs complémentaires (extrême-pauvreté, alimentation, santé, éducation) sont mobilisés.

3. Mesure du développement par des indicateurs qualitatifs

Pour une mesure plus qualitative et multidimensionnelle, le PNUD a élaboré l'Indice de Développement Humain (IDH) en 1990 (M. ul Haq, A. Sen). Basé sur la notion de "capabilités", il intègre la santé (espérance de vie), l'éducation (taux d'alphabétisation, scolarisation) et le revenu (PIB par habitant). Révisé en 2010 (espérance de vie, durée de scolarité réelle et attendue, log du RNB par habitant), il classe les pays en développement humain faible, moyen, élevé ou très élevé. L'IDH néglige cependant des dimensions comme la répartition, les inégalités de genre, ou l'environnement. Pour y remédier, des indicateurs ajustés ont été créés :

  • IDHI (IDH ajusté aux inégalités): mesure le développement en tenant compte de la répartition de l'espérance de vie, de l'éducation et du revenu.
  • Indice de développement de genre et Indice d'inégalité de genre (IIG): mesurent les écarts entre hommes et femmes en termes d'IDH, santé procréative (mortalité maternelle, natalité adolescente), autonomisation (parlement, éducation) et marché du travail.
  • Indice de pauvreté multidimensionnelle: se penche sur les privations en éducation, santé et niveau de vie.
  • IDH ajusté aux pressions exercées sur la planète (2020): intègre les émissions de CO2 et la consommation de matières premières pour évaluer le coût environnemental du développement.

II. Les inégalités de développement

1. Vers la convergence entre pays ?

Entre 1990 et 2019, l'IDH des pays à faible développement a augmenté plus vite que pour les pays à très haut développement, suggérant une convergence, notamment en Afrique subsaharienne. Cela est dû à une augmentation des revenus, de l'éducation et de la santé. Selon B. Milanovic, les classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) ont vu leurs revenus augmenter le plus, tandis que les classes moyennes des pays riches ont moins progressé, signalant un rattrapage. Le RNB par habitant des pays les moins avancés a crû plus vite que celui des pays à revenu élevé. Une amélioration globale de l'espérance de vie et une baisse de l'extrême pauvreté (de 43% en 1980 à 8% en 2018) sont observées. L'éducation s'améliore aussi. Cependant, cette convergence est relative, surtout pour les pays émergents, laissant de nombreux pays à l'écart.

2. Une convergence toute relative, qui laisse de nombreux pays à l'écart

Malgré la réduction globale, les inégalités restent fortes. Le RNB par habitant des PMA reste très faible comparé aux pays riches. Les plus pauvres ont moins bénéficié de la croissance que les pays émergents (B. Milanovic). La pauvreté multidimensionnelle (PNUD, 2020) touche 1,3 milliard de personnes, concentrées en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, avec des privations extrêmes (sous-alimentation, non-scolarisation, accès à l'eau). La crise de la Covid-19 a aggravé la situation des plus pauvres. L'écart d'espérance de vie et de scolarité entre pays riches (Norvège) et pauvres (Niger) est toujours abyssal. La convergence est surtout le fait des pays émergents, tandis que les PMA restent vulnérables aux chocs (pandémies, climat, conflits), ce qui pourrait entraîner un recul du développement.

3. Quel lien entre développement et inégalités au sein des pays?

S. Kuznets (Economic growth and Income Inequality, 1955) a montré que les inégalités de revenus aux États-Unis ont diminué entre 1913 et 1948, proposant une courbe de Kuznets en U inversé : les inégalités augmentent dans une première phase d'industrialisation, puis diminuent. Bien que sa base empirique soit faible (T. Piketty, Le Capital au XXIe siècle), cette théorie a longtemps prévalu. Piketty a montré une augmentation des inégalités au niveau mondial depuis les années 1970-1980, due à la croissance des revenus du capital. Le "Rapport social dans le monde 2020" de l'ONU confirme l'augmentation des inégalités de revenus, particulièrement dans les pays à forte population (Chine, Afrique du Sud). Des facteurs comme le progrès technologique, le changement climatique, l'urbanisation et les migrations favorisent les inégalités. Les politiques de libéralisation (Consensus de Washington) et la réduction des protections sociales ont également contribué. Les inégalités affectent fortement le développement humain (PNUD).

4. Des inégalités de genre prépondérantes

Les inégalités de genre sont souvent plus importantes dans les pays en développement, bien qu'elles se réduisent en termes de scolarité (Objectifs du millénaire pour le développement). L'IDH moyen des femmes est inférieur à celui des hommes en raison des écarts de revenus et d'éducation. Le taux d'activité des femmes est plus faible, et elles occupent des emplois plus précaires. Les inégalités sont aussi politiques (faible représentation parlementaire) et privées (charge domestique). La santé maternelle reste un enjeu crucial dans les pays pauvres. Ces inégalités constituent un frein majeur au développement.

III. Quelles stratégies pour le développement?

1. Les limites au développement : le problème des institutions et des capabilités

Les premiers modèles de développement se sont concentrés sur la progression mécanique, mais ont ensuite mis l'accent sur les obstacles. L'approche institutionnaliste (D. North, D. Acemoglu, D. Rodrik) des années 1990 (Banque Mondiale) identifie la qualité des institutions (politiques, marchandes, juridiques, droits de propriété, État de droit) comme un facteur clé. Cependant, la prudence est de mise pour éviter le "plaquage institutionnel" (E. Ostrom, E. Duflo). Cette approche se rapproche des "capabilités" d'A. Sen et M. Nussbaum : le développement est la possibilité pour les individus de choisir leur vie, au-delà de la seule richesse, comme l'illustre le cas de Vasanti en Inde.

2. Les limites au développement : la domination

Pour certains économistes (S. Amin, R. Prebisch, A.G. Frank), le "sous-développement" est structurellement lié à l'inégalité et à la dépendance des pays de la Périphérie (Sud) envers les pays du Centre (Nord), qui les exploitent. Le rythme de leur développement est dicté par les besoins des pays riches. Ce courant "tiers-mondiste" souligne l'échange inégal et la dégradation des termes de l'échange pour les pays spécialisés dans les matières premières. Une solution proposée est le "protectionnisme éducateur" (F. List) ou même une sortie de l'échange international et du capitalisme.

3. Les limites au développement : le cercle vicieux de la pauvreté

R. Nurkse a modélisé le "cercle vicieux de la pauvreté" : faible revenu entraîne faible épargne, faible accumulation de capital, faible productivité, et donc faible croissance. Pour briser ce cercle, Nurkse prône les investissements étrangers et une "croissance équilibrée". D'autres (A. Hirschman) défendent une "croissance déséquilibrée", par l'essor de certains secteurs.

4. L'échec des stratégies d'industrialisation

A. Lewis a proposé un modèle d'économie duale (secteur agricole dominant et secteur industriel) où un surplus de main-d'œuvre agricole et des salaires bas alimentent le secteur "capitaliste" industriel. Le développement s'accélérerait par l'industrialisation jusqu'à l'intégration des deux secteurs. D'autres stratégies d'industrialisation :

  • G. de Bernis (1950s) : "industries industrialisantes" visant une structure industrielle cohérente et autocentrée.
  • CEPAL (Amérique Latine) : substitution aux importations, par une politique protectionniste et la promotion de l'industrie nationale.

Ces stratégies ont échoué par manque de demande nationale suffisante et coûteux achats de biens intermédiaires à l'étranger.

5. La (relative) réussite des stratégies de montée de gamme

Ces stratégies visent une "montée en gamme" des exportations pour une meilleure insertion dans les échanges internationaux. K. Akamatsu (modèle du "vol d'oies sauvages") décrit un développement en étapes, passant de l'exportation de matières premières (faible valeur ajoutée) à celle de produits manufacturés à forte valeur ajoutée, en concurrençant les pays avancés (ex: "Made in Japan"). C'est une politique volontariste de modification de l'avantage comparatif, souvent réussie (Japon, Corée du Sud, voire la Chine avec des variations).

6. Un ou plusieurs modèles de développement?

Il n'existe pas de "recette" unique. Le "Consensus de Washington" (FMI, Banque mondiale, 1980-1990) prônait une libéralisation et un retrait de l'État, mais a souvent échoué. Aujourd'hui, on privilégie une approche pragmatique, avec des objectifs ciblés et des solutions locales. Le financement du développement est aussi interrogé. A. Deaton critique l'aide au développement, souvent inefficace car "captée" et détournée, et plaide pour des investissements massifs dans la santé ou l'accueil des migrants. Le microcrédit (M. Yunus) est une autre voie de financement, accordant de petits prêts à des populations pauvres.

Chapitre 3 : La soutenabilité de la croissance économique

I. Le développement économique rencontre des limites environnementales et dégrade l'environnement

1. La croissance est-elle naturellement limitée ?

T. Malthus (Essai sur la population, 1798) propose une "loi de population" : la croissance démographique (géométrique) dépasse celle des ressources (arithmétique), entraînant une régulation "automatique" et un état stationnaire. K. Marx critique Malthus, arguant que la surpopulation est économique ("surpopulation relative"), due aux inégalités du capitalisme, qui devrait permettre d'accroître les ressources par le progrès technique. Bien que les progrès aient repoussé la limite alimentaire, de nouvelles difficultés sont apparues.

2. La croissance rencontre des limites environnementales

G.P. Marsh (Man and Nature, 1864) montre l'impact destructeur de l'activité humaine sur la Terre, préfigurant le concept d'anthropocène. Le Club de Rome (1972) publie "Les limites de la croissance" (rapport Meadows), analysant 5 variables (industrialisation, démographie, alimentation, pollution, ressources naturelles). Il conclut à l'insoutenabilité de la croissance à long terme face à l'épuisement des ressources et la pollution, prônant une stabilisation. L'ONU organise la Conférence de Stockholm (1972) et publie le rapport Bruntland (1987), introduisant le concept de développement durable ("sustainable development"). Le "Sommet de la Terre" de Rio (1992) lance le "Plan 21", précurseur des ODD (2015), visant à concilier environnement, croissance économique et développement humain. L'équation I=PATI=PAT (P. Ehrlich) synthétise l'impact humain (II) par la population (PP), la consommation (AA) et la technologie (TT).

3. Réchauffement climatique, épuisement des ressources et de la biodiversité : est-il possible de croître encore?
  • Le réchauffement climatique (GIEC) est un frein à la croissance : il rend des zones inhabitables, multiplie les risques (canicules), et provoque des migrations/conflits. Les émissions de CO2, fortement corrélées au niveau de vie, posent un défi majeur d'inégalité carbone (L. Chancel, 2021). L'empreinte carbone mondiale dépasse la biocapacité de la planète.
  • L'épuisement des ressources naturelles (ex: pic pétrolier de M. Hubbert, 1950s) menace la croissance. Le "pic de Hubbert" anticipe une limite à la production de pétrole.
  • La destruction de la biodiversité (rapport de l'ONU sur la biodiversité 2021) par l'activité humaine (ex: destruction des récifs coralliens) met en péril les écosystèmes et les ressources marines.

Ces éléments posent des limites importantes aux capacités futures de croissance et développement, faisant craindre de rendre la planète inhabitable.

II. Penser et mesurer la soutenabilité de la croissance

1. Viser un développement durable

Le développement durable (rapport Bruntland, 1987) est défini comme "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". Il met l'accent sur les besoins des plus démunis et vise un équilibre entre développement actuel et possibilités futures. Il intègre trois dimensions :

  • Économique: croissance sans endettement excessif des générations futures, préservation du patrimoine économique.
  • Environnementale: préservation des ressources naturelles, biodiversité, limitation de la pollution pour les générations futures (équité intergénérationnelle).
  • Sociale: lutte contre la pauvreté et l'exclusion, satisfaction des besoins primaires (équité intragénérationnelle, "capabilités" d'A. Sen).

Les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) de l'ONU (2015) visent à concilier ces dimensions pour 2030.

2. Développement durable et soutenabilité de la croissance

La soutenabilité de la croissance peut être modélisée par la préservation d'un stock de quatre types de capitaux pour les générations futures : capital physique, capital humain, capital social, et capital naturel. Le capital naturel, non renouvelable en partie, est singulier. Deux conceptions s'opposent :

  • Soutenabilité faible: les différentes formes de capitaux sont substituables (les innovations techniques peuvent compenser l'épuisement des ressources naturelles).
  • Soutenabilité forte: les capitaux sont imparfaitement substituables ; il faut préserver chaque stock indépendamment.
3. La soutenabilité faible : des solutions techniques permettent de remplacer le capital naturel

Pour les tenants de la soutenabilité faible (ex: R. Reagan), l'intelligence et l'innovation humaines peuvent toujours compenser l'utilisation des capitaux naturels. J. Stiglitz (1970s) intègre les ressources naturelles comme facteur de production, substituable aux autres. J. Hartwick (1977) propose une règle de compensation intergénérationnelle : les ressources prélevées doivent produire du capital remplaçant les ressources naturelles. Cette approche (R. Solow) postule qu'il suffit de maintenir le stock global de capital, peu importe sa composition. Cependant, elle est critiquée par G. Chichilnisky pour l'incertitude sur la valeur des dégradations futures et les gains des nouvelles techniques, ce qui pourrait conduire à une "dictature du présent" et justifie une approche plus prudente.

4. La soutenabilité forte : le capital naturel doit être préservé car il ne peut pas être remplacé

La soutenabilité forte postule une substituabilité imparfaite des capitaux et la nécessité de préserver le capital naturel. G. Rotillon distingue une approche plus concrète, identifiant des "capitaux naturels critiques" à préserver (ex: biodiversité) avec des seuils d'utilisation. Cependant, le consensus sur les ressources à préserver et la mesure des limites sont difficiles. Des approches plus radicales, conservationnistes (K. Boulding, N. Georgescu-Roegen), poussent à la prudence. K. Boulding (The Economics of the Coming Spaceship Earth, 1966) compare la Terre à un vaisseau spatial, appelant à abandonner l'"économie de cowboy" (exploitation illimitée) pour une "économie d'astronaute" (préservation des stocks). Il critique la croissance exponentielle dans un monde fini ("celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste"). N. Georgescu-Roegen applique les lois de la thermodynamique (entropie) à l'économie : l'utilisation des ressources les dégrade en déchets sans valeur. Les nouvelles techniques ne font que ralentir ce processus et peuvent être soumises à l'effet-rebond (S. Jevons). Georgescu-Roegen postule que la seule solution est la décroissance, motivée par une empreinte écologique qui dépasse la biocapacité (W. Rees, M. Wackernagel). Cela soulève la question du partage de l'effort entre pays et la considération des ressources naturelles comme un bien commun. Le changement vers les énergies renouvelables est aussi une solution.

5. La croissance pour résoudre le problème environnemental ? La courbe environnementale de Kuznets

Le débat entre soutenabilité forte et faible interroge la confiance dans les solutions technologiques pour une "croissance verte". La "courbe de Kuznets environnementale" (G. Grossman et A. Krueger, 1994) suggère une relation en U inversé entre pollution et revenu par habitant : la pollution augmenterait avec le revenu, puis diminuerait après un certain seuil. Cela s'expliquerait par une priorité à l'industrialisation puis une demande d'environnement plus sain, des technologies moins polluantes et une tertiarisation de l'économie. Cependant, cette courbe est critiquée pour son échantillon (pays riches) et le niveau élevé du pic de pollution (D. Stern: 100 000 dollars/habitant). La délocalisation des activités polluantes biaise les observations. La soutenabilité ne peut donc pas se produire d'elle-même, mais nécessite l'intervention publique.

III. Quelles politiques pour un développement durable?

1. Externalités et biens communs, le problème environnemental, un problème de défaillances de marché ?

Selon A.C. Pigou (The Economics of Welfare, 1932), le marché est défaillant en présence d'externalités. La pollution est une externalité négative : elle génère des pertes d'utilité non compensées, car ses coûts n'entrent pas dans les calculs privés des agents. L'équilibre du marché est alors sous-optimal. Il faut "internaliser" les externalités (par exemple, des taxes pour rapprocher coût privé et coût social). Le climat et la biodiversité sont des biens communs (non excluables et rivaux). G. Hardin (Science, 1968) pointe la "tragédie des biens communs" : l'intérêt individuel conduit à la surexploitation collective. Des droits de propriété (privés ou étatiques) peuvent être une solution pour éviter la non-excluabilité. Ces problèmes nécessitent des politiques environnementales coercitives ou incitatives.

2. Réglementer pour préserver l'environnement?

La réglementation est une solution pour réduire la pollution (ex: Protocole de Montréal sur les CFC, règlement Reach de l'UE sur les substances chimiques, normes d'émissions de CO2 pour les automobiles). Ces politiques peuvent être efficaces, mais se heurtent à des limites : trouver le juste niveau pour ne pas pénaliser la compétitivité, l'uniformité des règles face à l'hétérogénéité des acteurs, et l'effet-rebond (Jevons) où les technologies plus efficientes peuvent encourager une consommation accrue. Les réglementations doivent souvent être combinées avec des instruments fiscaux.

3. Des politiques fiscales pour inciter aux bons comportements?

Les politiques fiscales (éco-taxes, subventions) visent à modifier les comportements pour un meilleur respect de l'environnement, en corrigeant les problèmes de signal-prix des externalités (A.C. Pigou). La "taxe pigouvienne" (principe "pollueur-payeur") vise à internaliser les externalités négatives. R. Coase (The Problem of Social Cost, 1960) a montré que, en l'absence de coûts de transaction, les agents peuvent corriger eux-mêmes les externalités par échange marchand ("théorème de Coase"). Les écotaxes (redevances, taxes incitatives, écotaxes fiscales) cherchent à réduire la pollution (effet incitatif), générer des recettes ("double dividende"), mais présentent des limites : difficulté à fixer le niveau optimal, portée sur certains produits, dépendance de l'élasticité-prix. Elles posent aussi des questions d'équité (distorsives, impact sur les ménages modestes comme les "Gilets jaunes"), de compétitivité et nécessitent une application à grande échelle.

4. Mettre en place des systèmes d'échange de quotas

Les marchés de droits d'émission ("droits à polluer") sont un autre instrument, basés sur les travaux de Coase. Les pouvoirs publics fixent des quotas d'émission (ex: CO2), qui sont ensuite distribués aux agents économiques. Les entreprises peuvent échanger ces quotas sur un marché, créant un prix dépendant de l'offre et de la demande. Le marché européen du carbone (2005) en est l'exemple le plus abouti. Il a montré un caractère procyclique (prix chute en crise) et une faible efficacité initiale due à des quotas trop généreux. L'introduction des enchères et d'un prix plancher vise à le rendre plus contraignant. Les avantages attendus sont le faible coût pour l'État et un prix efficace du carbone. Cependant, l'espoir d'un effet auto-équilibrant est remis en cause, et une intervention plus importante des pouvoirs publics (ex: une "Banque centrale du carbone") est envisagée pour réguler les prix et éviter les chocs brutaux, qui pourraient pénaliser les producteurs ou rendre le marché inefficace.

5. Un problème d'échelle et de gouvernance

Les politiques environnementales se heurtent à des problèmes d'échelle. Les "fuites" (perte de compétitivité, délocalisations) et le "passager clandestin" réduisent l'efficacité des politiques nationales. Cela justifie une action à l'échelle mondiale (ex: taxe carbone mondiale), mais cela soulève des questions d'équité (les pays riches, gros pollueurs, ont plus de moyens pour verdir leur économie) et d'efficacité (l'accélération de l'extraction des ressources, "Green policy paradox" de H. Sinn). L'ONU encourage les accords sur les objectifs (CCNUCC, COP), comme le Protocole de Kyoto (1997) et l'Accord de Paris (2015), qui visent la neutralité carbone et la limitation du réchauffement climatique. L'articulation entre ces objectifs globaux et les politiques régionales/nationales (ex: Pacte vert de l'UE) est un enjeu de gouvernance.

6. Transition écologique et justice sociale

La transition écologique soulève des questions de justice sociale (E. Laurent). Elle doit prendre en compte la défense des emplois dans les industries fossiles et la répartition des efforts climatiques. L'Accord de Paris lie politique climatique et politique de l'emploi. E. Laurent propose trois exigences pour une "stratégie de transition juste" :

  1. Intégrer la justice sociale dans l'analyse des chocs écologiques et des politiques climatiques.
  2. Prioriser le "bien-être humain dynamique" plutôt que la seule croissance économique.
  3. Construire les politiques de transition de manière démocratique, à tous les niveaux de gouvernement.

La transition écologique est donc un problème politique et démocratique, plus qu'économique.

Partie 2: Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXe siècle

Chapitre 1 : Les transformations des structures économiques et financières

I. Les transformations des structures économiques depuis la révolution industrielle

1. Évolution de la productivité
1.1. Analyse sur le long terme de l'évolution de la productivité

Les gains de productivité ont été importants depuis la Révolution Industrielle, malgré des inflexions (Grandes Dépression, crise de 1929). Plusieurs facteurs expliquent ces gains :

  • Innovations technologiques:
    • Innovation de produit (ex: engrais, machines à tisser, machine à vapeur de J. Watt, moteur à explosion, électricité) : lancement de nouveaux produits, création de nouveaux marchés.
    • Innovation de procédé (ex: assolement continu, sélection des semences, machinisme agricole, concentration technique en usines) : nouvelles techniques de production ou de commercialisation. Radicales (sans équivalent) ou incrémentales (améliorations).
  • Innovations organisationnelles (ex: division du travail, OST de F.W. Taylor, fordisme de H. Ford avec standardisation, travail à la chaîne, salaires élevés) : nouvelles formes d'organisation des entreprises et marchés.
  • Amélioration du facteur travail (capital humain): Progrès en hygiène et médecine, hausse du niveau de formation (T. Schultz).

Après les Trente Glorieuses, un ralentissement de la productivité globale des facteurs est observé malgré les innovations (informatique, NTIC). Le "paradoxe de Solow" (1987) ("Les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité") pointe le délai entre innovation et impact sur la productivité. P. Aghion, C. Antonin et S. Bunel (Le pouvoir de la destruction créatrice, 2020) soulignent la difficulté de mesurer la production immatérielle et l'amélioration de la qualité des services (ex: smartphones). La structure du marché peut aussi expliquer ce ralentissement : les entreprises proches de la frontière technologique intensifient leurs efforts, tandis que les autres se découragent.

1.1.2. Évolution comparée de la productivité

L'étude de Cette, Kocoglu et Mairesse (2009) compare la productivité en France, au Japon, aux États-Unis et au Royaume-Uni. La productivité a fortement crû dans ces pays. Le Japon a connu la plus forte croissance. Le Royaume-Uni a connu un déclin relatif. La contribution de la PGF (qualité de la main-d'œuvre, changements techniques et organisationnels, institutions) est plus importante que l'intensification des techniques. Les Etats-Unis ont connu un regain de productivité après 1990 grâce aux NTIC. Ces résultats confirment les modèles de croissance (Solow sur le progrès technique exogène, théories de la croissance endogène sur l'accumulation de capitaux générant une croissance auto-entretenue).

2. Les mutations sectorielles
2.1. Les trois secteurs

C. Clark (Les conditions du progrès économique, 1947) classifie l'économie en :

  • Secteur primaire: exploitation des ressources naturelles (agriculture, mines).
  • Secteur secondaire: transformation des matières premières (industrie, construction).
  • Secteur tertiaire: toutes les autres activités (essentiellement services).
2.2. La théorie du déversement

A. Sauvy (La machine et le chômage, 1980) explique le déversement des emplois du primaire vers le secondaire, puis vers le tertiaire, par :

  • La croissance de la productivité par rapport à la demande.
  • La loi d'Engel: la hausse du pouvoir d'achat modifie la demande vers les biens secondaires puis supérieurs (services).

Schéma évolutionniste des secteurs d'activité

Les gains de productivité agricole libèrent de la main-d’œuvre (exode rural) qui alimente l'industrie. L'enrichissement des paysans stimule la demande de biens manufacturés et l'épargne pour l'investissement industriel. La phase d'industrialisation voit les emplois du primaire se déverser vers le secondaire. Puis, la saturation du marché des produits industriels et la hausse des salaires redirigent la demande vers les services, entraînant le déversement vers le tertiaire.

2.3. La tertiarisation

Le phénomène de tertiarisation (augmentation de la part du secteur tertiaire dans le PIB et l'emploi) est généralisé dans les pays industrialisés depuis les années 1960. Outre la théorie du déversement :

  • Loi d'Adolph Wagner: L'État devient plus "dispendieux" avec la civilisation, investissant en infrastructures et administration.
  • Loi d'Engel: La hausse du pouvoir d'achat accroît la demande de services (loisirs, santé, éducation).
  • Externalisation des tâches par les entreprises.
  • Hausse du taux d'activité des femmes et vieillissement de la population, augmentant les besoins en services à la personne.
  • Désindustrialisation due à la concurrence internationale et délocalisations.

II. L'évolution des modes de financement depuis la révolution industrielle

1. Les débuts de la révolution industrielle sont marqués par l'autofinancement

Au début, les besoins en capitaux étaient faibles, l'épargne individuelle (autofinancement) suffisant pour démarrer une activité (ex: proto-industrialisation textile). Les entreprises étaient de taille modeste, le capitalisme familial, et la thésaurisation prévalait. Le rôle des banques (familiales, "haute banque") était limité au financement du commerce et des pouvoirs publics (ex: Rothschild).

2. Le développement d'un financement externe s'étend avec la hausse de la taille des entreprises

Le machinisme (machine à vapeur) a nécessité des capitaux plus importants et la concentration des activités en usines. Les entreprises se sont transformées en sociétés (loi sur les sociétés anonymes, 1867), stimulant le financement externe par les banques et les marchés. Le système bancaire s'est spécialisé:

  • Banques de dépôt: collecte de l'épargne des ménages, crédits à court terme (escompte).
  • Banques d'affaires: financement à long terme (chemins de fer).

Le système français restait frileux face au risque. Les marchés financiers se sont développés avec les obligations d'État et des grandes compagnies. L'Allemagne a adopté la banque universelle (économie d'endettement), tandis que les États-Unis ont eu recours très tôt au marché financier.

3. L'entre deux guerres : une période de crise de confiance dans le système financier

La PGM (création monétaire, inflation) a ruiné les rentiers et les emprunts russes ont provoqué des pertes massives. La crise de 1929 et la crise de liquidité ont renforcé la méfiance, entraînant des réglementations strictes : garantie des dépôts bancaires (1930), Glass Steagall Act aux États-Unis (1933) séparant banque de dépôt et d'investissement, plafonnement des taux d'intérêt. En France, le Front Populaire nationalise partiellement la Banque de France.

4. De 1945 aux années 1980

L'après-guerre a vu des besoins de financement élevés (reconstruction, croissance des Trente Glorieuses). Le système tayloro-fordien nécessitait de lourds investissements. La France est devenue une économie d'endettement (overdraft economy), les entreprises se finançant principalement par le crédit bancaire en raison d'un faible autofinancement et de marchés financiers peu développés. Le système bancaire était hiérarchisé et contrôlé par l'État (taux d'intérêt administrés, encadrement du crédit, contrôle des changes), avec de nombreuses nationalisations et peu de concurrence. L'inflation favorisait l'endettement ("effet de levier"). Cependant, l'économie d'endettement était inflationniste et excessivement réglementée et cloisonnée.

5. Le développement des marchés financiers à partir des années 1980

Un nouveau système financier émerge, où le financement direct par les marchés gagne en importance. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :

  • Réformes Debré-Haberer (fin 1960s) : fin de la distinction banques de dépôt/d'affaires → banques universelles, bancarisation accrue.
  • Tournant libéral (années 1980) : lutte contre l'inflation, freinage de la création monétaire, gel des salaires. La hausse des taux d'intérêt réels décourage le crédit bancaire ("effet de massue").
  • Politiques françaises : libéralisation financière (suppression de l'encadrement du crédit, levée du contrôle des changes, privatisation des banques), création d'un grand marché unique des capitaux.
  • Globalisation financière (années 1980s) : poussée par la concurrence, le besoin de financer les emprunts d'État, les changes flottants, et la nécessité de se couvrir contre le risque de change.

La règle des 3D (H. Bourguinat) caractérise cette globalisation :

  • Décloisonnement: abolition des frontières entre marchés nationaux, mais aussi entre marché monétaire et marché des capitaux.
  • Déréglementation: privatisations, fin de l'encadrement du crédit et du contrôle des changes, libéralisation des mouvements de capitaux.
  • Désintermédiation: hausse du financement direct des entreprises par émission de titres (plutôt que par crédit bancaire), accompagnée d'innovations financières (SICAV, FCP, assurance vie).

L'économie s'oriente vers un financement désintermédié par des marchés. Malgré cette évolution, les banques gardent un rôle crucial d'intermédiation pour les PME et les ménages. Elles développent de nouvelles activités (market maker, détention de titres financiers, titrisation de leurs crédits). E. Fama et l'hypothèse d'efficience des marchés renforcent la croyance en une allocation optimale des ressources. Cependant, la globalisation financière a entraîné un risque systémique accru (ex: crise des "subprimes") due à l'interconnexion globale du système financier.

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