Économie et sociologie du développement

20 cards

Ce chapitre explore les concepts de croissance et de développement, en abordant le sous-développement sous ses aspects économiques, sociaux et historiques. Il analyse la désarticulation socio-économique, le dualisme entre secteurs modernes et traditionnels, l'importance de l'économie informelle, le sous-emploi massif, ainsi que les inégalités structurelles, la faiblesse des classes moyennes et l'étroitesse du marché intérieur. Le rôle des institutions, les modèles libéraux et keynésiens, le structuralisme, le marxisme, ainsi que les stratégies d'industrialisation, d'agriculture et de désindustrialisation sont également étudiés, avec des exemples concrets comme le Brésil, l'Algérie et le Chili.

20 cards

Review
Question
Quelle est la relation établie par Kuznets entre développement et inégalité ?
Answer
Selon Kuznets, le développement accroit d'abord les inégalités, puis les réduit.
Question
Qu'est-ce que le sous-emploi massif de la main-d'œuvre ?
Answer
C'est un excès de main-d'œuvre par rapport aux tâches, souvent peu qualifiée et peu coûteuse, sans ajustement entre input et output.
Question
Selon Amartya Sen, qu'est-ce qui a le plus de valeur pour l'homme ?
Answer
Selon Amartya Sen, la liberté est ce qui a le plus de valeur pour l'homme. Le développement est vu comme l'expansion de cette liberté.
Question
Comment la colonisation a-t-elle créé un déséquilibre économique dans les colonies ?
Answer
La colonisation a imposé une économie d'extraversion, axée sur l'exportation et le marché mondial, créant un déséquilibre entre secteurs modernes et traditionnels.
Question
Selon Marshall Sahlins, comment la satisfaction des besoins varie-t-elle entre les sociétés ?
Answer
Selon Sahlins, certaines sociétés recherchent la frugalité (désirent peu), d'autres produisent beaucoup (non-satiété).
Question
Selon Arthur Lewis, quel est l'élément moteur du développement dualiste ?
Answer
Selon Arthur Lewis, l'élément moteur du développement dualiste est l'augmentation du taux d'investissement dans le secteur capitaliste, passant de 4-5% à 10-15%.
Question
Quels sont les deux types de secteurs économiques dans une structure dualiste ?
Answer
Les deux secteurs sont : le secteur archaïque ou traditionnel et le secteur moderne, souvent extraverti.
Question
Qui propose la théorie du cercle vicieux de la pauvreté ?
Answer
Le concept du cercle vicieux de la pauvreté a été développé par Ragnar Nurkse.
Question
Quelle est la définition du développement selon François Perroux ?
Answer
Pour François Perroux, le développement est la combinaison des changements sociaux et mentaux d'une population, la rendant apte à accroître durablement son produit réel global.
Question
Comment l'indice de Gini permet-il de mesurer les inégalités de revenu ?
Answer
L'indice de Gini mesure la distance à la droite d'équip-répartition, quantifiant ainsi les inégalités de revenu.
Question
Quels sont les quatre composantes majeures du développement selon les institutions internationales ?
Answer
Les quatre composantes majeures sont : productivité (économique), justice sociale (sociale), soutenabilité (écologique) et contrôle sur la destinée (politique).
Question
Qu'est-ce que la désarticulation dans le contexte du sous-développement ?
Answer
La désarticulation est la séparation des secteurs d'activité, créant un dualisme entre secteurs traditionnels et modernes tournés vers le marché mondial.
Question
Qu'est-ce que le consensus de Washington ?
Answer
Un ensemble de 10 prescriptions économiques proposées par John Williamson pour redresser les économies en difficulté.
Question
Qu'est-ce que la dépendance au sentier (path dependency) selon Douglass North ?
Answer
La d™pendance au sentier, selon North, est l'inertie institutionnelle caus–e par des blocages qui ralentissent les modifications, renforc–e par des co™ts fixes et d'installation.
Question
Quel est le dilemme du dictateur selon Weingast ?
Answer
Le "dilemme du dictateur" confronte le choix entre préserver son pouvoir (avec des institutions extractives) ou favoriser le développement du pays (avec des institutions inclusives).
Question
Comment Raul Prebisch critique-t-il l'analyse libérale du commerce international ?
Answer
Raul Prebisch critique le libre-échange, arguant que la spécialisation des PED dans les biens primaires mène à une dégradation des termes de l'échange et à une croissance appauvrissante.
Question
Comment les inégalités fortes engendrent-elles une faiblesse des classes moyennes ?
Answer
Les fortes inégalités réduisent la taille des classes moyennes, ce qui entraîne une insuffisance du marché intérieur.
Question
Quel pourcentage de l'activité économique peut représenter l'économie informelle selon les estimations ?
Answer
L'économie informelle peut représenter entre 20% et 70% des activités économiques.
Question
Quels sont les fondements du libre-échange selon les économistes libéraux ?
Answer
Les fondements libéraux du libre-échange incluent la spécialisation pour obtenir un avantage comparatif, l'accès à l'épargne internationale, et l'élargissement des débouchés par le contact avec les pays développés.
Question
Comment la malédiction des ressources naturelles affecte-t-elle le Nigeria ?
Answer
La malédiction des ressources naturelles au Nigeria, combinée à la dépendance au sentier héritée des institutions coloniales, entraîne des institutions extractives. Cela favorise le clientélisme, la corruption et les conflits pour la rente pétrolière, empêchant le développement.

Économie et Sociologie du Développement

L'étude de l'économie et de la sociologie du développement vise à comprendre les mécanismes complexes qui permettent à une société de passer d'un état de sous-développement à un état de bien-être économique et social accru. Ce processus est loin d'être linéaire et implique des transformations profondes des structures économiques, sociales, institutionnelles et même culturelles.

I) Qu'est-ce que le Sous-Développement ?

Le sous-développement ne se réduit pas à une simple faiblesse économique ; il est un phénomène multidimensionnel caractérisé par des déséquilibres structurels persistants.

A) Distinction entre Croissance et Développement

Il est fondamental de distinguer la croissance économique du développement. La croissance est une augmentation quantitative du produit réel global d'une économie. Le développement, tel que défini par François Perroux, est la "combinaison des changements sociaux et mentaux d'une population qui la rend apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global". C'est un processus complexe, qualitatif, englobant des dimensions économiques, sociologiques et culturelles, et impliquant une modification des structures de la société. Les mécanismes économiques du développement incluent le productivisme et l'industrialisation (souvent un indice-clé). L'essor du marché, avec la mise en place de marchés du travail et des capitaux, est également central. Le développement s'accompagne de mutations sectorielles et d'une évolution des mentalités, comme le désencastrement des comportements vis-à-vis des normes sociales traditionnelles et le recul de la fécondité. Sur le plan institutionnel, le développement modifie la place de certaines institutions (rôle de l'État, institutions financières et monétaires). Les institutions internationales identifient quatre composantes majeures au développement :
  • Productivité (composante économique)
  • Justice sociale (composante sociale)
  • Soutenabilité (écologique, faible/forte)
  • Contrôle des personnes sur leur destinée (composante politique)
Le sous-développement est donc l'inverse, caractérisé par des indicateurs macroéconomiques faibles et une incapacité à progresser dans ces quatre domaines.

B) La Structure Socio-Économique : La Désarticulation

La désarticulation est un concept central en économie du développement. Elle décrit l'idée que les différents secteurs d'activité d'une économie sont déconnectés, voire antagonistes. La pauvreté en est une conséquence, et non une cause. Il existe un dualisme prononcé entre des secteurs traditionnels ou archaïques (peinant à subvenir aux besoins de la population) et des secteurs modernes, extravertis, tournés vers le marché mondial.
1) Colonisation et Désarticulation
La colonisation a constitué un choc économique majeur. Avant celle-ci, les économies locales étaient souvent caractérisées par un équilibre de pénurie. La colonisation a introduit un choc exogène entre des niveaux technologiques très différents, entraînant la mise en place rapide d'une économie basée sur l'extraversion. Cela s'est manifesté par la construction d'infrastructures de transports, de systèmes commerciaux, de plantations et de mines, toutes orientées vers la métropole qui détenait le monopole des exportations, importations et transports. Parallèlement, les cultures vivrières et l'agriculture de subsistance, caractérisées par de faibles rendements et des structures traditionnelles, ont été maintenues. La transition démographique a commencé avec une baisse de la mortalité et une natalité élevée, menant à une augmentation de la population locale. Ce contraste a créé une désarticulation où les secteurs, au lieu de se soutenir, se sont tournés le dos. Des pays non colonisés comme le Liberia, l'Éthiopie ou la Chine (via les traités inégaux des Guerres de l'Opium) ont également connu cette désarticulation.
2) Le Dualisme : Secteur Extraverti / Secteur Traditionnel
Les structures économiques désarticulées ou dualistes persistent et peuvent même être renforcées après la période coloniale. Elles sont exacerbées par des problèmes de politique interne (guerres civiles, problèmes institutionnels) et une insertion inégale dans la mondialisation.
Secteur Moderne (Extraverti) Secteur Traditionnel (Archaïque)
Économies de marché ou logique productiviste, souvent capitalistique. Faible niveau technique et capitalistique.
Héritages coloniaux (mines, plantations), délocalisations. Agriculture de subsistance, faibles rendements, pression démographique.
Tourisme, finance. Incapacité à atteindre l'autosuffisance alimentaire, dépendance aux importations.
Dépendance de l'extérieur (débouchés, transferts de technologie, firmes multinationales, cadres étrangers). Artisanat local concurrencé par l'industrie mondiale à bas coût.
Objectif : montée en gamme, croissance endogène. Mentalité d'encastrement (holisme), prévalence des normes sociales traditionnelles.
Détachement des comportements vis-à-vis des normes sociales traditionnelles. Absence de véritable marché du travail, relations familiales prévalent.
Le dualisme peut aussi être analysé en termes de mentalités : le secteur moderne est marqué par le désencastrement, tandis que le secteur traditionnel est caractérisé par l'encastrement des comportements dans les normes sociales du groupe (famille, village, ethnie, caste). Marshall Sahlins, dans *L'Âge de pierre, âge d'abondance* (1971), suggère que la satisfaction des besoins est une norme culturelle relative, distinguant les sociétés qui "désirent peu" (frugalité) de celles qui "produisent beaucoup" (non-satiété). Le nomadisme, par exemple, contraint à une moindre abondance matérielle.
3) Le Rôle Primordial de l'Économie Informelle
L'économie informelle représente une part considérable des activités économiques (20% à 70% selon les estimations). Le BIT la définit comme des activités de petite taille, peu ou pas enregistrées, échappant aux normes officielles, au droit du travail et à la protection sociale. Elles sont caractérisées par une faible intensité capitalistique, une main-d'œuvre peu qualifiée et peu de barrières à l'entrée. Cependant, cette définition n'englobe pas toutes les formes d'activités informelles, qui peuvent inclure des activités à plus grande échelle comme la production de drogues. Si certains la combattent (absence de protection sociale, pas de participation à l'effort collectif), d'autres la considèrent comme un secteur dynamique intégré aux stratégies de développement. Aujourd'hui, elle est souvent perçue comme une stratégie de survie pour les populations les plus pauvres, avec une forte imbrication entre secteurs formels et informels. Son poids s'explique par des problèmes d'alphabétisation, de culture administrative, de confiance dans les institutions et d'une faible monétarisation de l'économie.
4) Le Sous-Emploi Massif de la Main-d'œuvre
Le sous-emploi désigne un excès de main-d'œuvre employée par rapport aux tâches de production à accomplir. Cette main-d'œuvre peu qualifiée et peu coûteuse n'est pas "économisée". Dans les systèmes sociaux traditionnels, la force de travail est collective (famille, village, clan), et il n'y a pas d'ajustement entre input et output, ce qui rend la notion de "marché du travail" inopérante.

C) Structure Socio-Politique

1) L'Inégalité : Structure Sociale Majeure
Les inégalités sont un trait marquant du sous-développement, particulièrement prononcées en Afrique australe et en Amérique latine. Elles sont mesurées par l'écart interdécile, l'indice de Gini et la courbe de Lorenz. Une société inégalitaire, dite pyramidale ou polarisée, se caractérise par un écart interdécile important, où les 10% les plus riches détiennent l'essentiel des revenus. Les causes des inégalités dans les pays du Sud sont multiples :
  • Absence de limites inférieures au revenu : le minimum tombe en dessous de la subsistance.
  • Mécanismes institutionnels : légèreté des réglementations, absence de fiscalité redistributive.
  • Institutions extractives : favorisent les détournements et confiscations, empêchant la mise en place d'un État-providence et la redistribution des revenus extractifs.
  • Répartition des terres (inégalité foncière) : Problème central en Amérique latine, où des politiques sociales (Mexique, Brésil) ont eu des effets limités et vulnérables à la conjoncture.
  • Héritages historiques : structures sociales très hiérarchisées (systèmes de castes à Madagascar, marginalisation des populations indigènes et inégalités entre catégories en Amérique latine héritées de la colonisation ibérique). L'héritage de l'Apartheid en Afrique du Sud illustre la persistance des inégalités socio-économiques entre populations noires et blanches.
  • Inégalités spatiales : entre villes et campagnes, avec des régions isolées par manque d'infrastructures publiques.
  • Modèles de croissance peu redistributifs.
La courbe de Kuznets établit une relation entre développement et inégalité de revenu. Elle suggère une première phase de développement avec une augmentation des inégalités (accumulation rapide du capital, rôle de l'épargne et de l'investissement dans le financement de la croissance – croissance solowienne). Cette phase est liée à l'abaissement des salaires et la favorisation des profits (Ricardo), la croissance se nourrissant des inégalités. La seconde phase verrait une réduction des écarts grâce à un changement de modèle de croissance axé sur la demande (croissance keynésienne), la redistribution des richesses, l'État-providence et la formation de capital humain. L'égalisation des conditions est un concept clé pour Tocqueville, synonyme de démocratie et de mobilité sociale, critère majeur de développement.
2) Faiblesse des Classes Moyennes et Étroitesse du Marché Intérieur
Les fortes inégalités conduisent à une faiblesse des classes moyennes, avec des conséquences économiques importantes. Dans une approche keynésienne, l'étroitesse des classes moyennes limite le marché intérieur :
  • Le faible revenu des catégories populaires à forte propension à consommer limite les débouchés.
  • Les catégories supérieures, à forte propension à épargner, n'investissent pas dans le système productif du pays, soit par anticipation pessimiste de débouchés, incertitude institutionnelle, ou coûts de transaction élevés. Cette épargne est souvent stérilisée (usages improductifs) ou placée à l'étranger.
À l'inverse, des pays comme la Corée du Sud, le Japon, Taïwan et Singapour ont réussi à se développer grâce à des modèles de croissance très égalitaires.
3) Privation de Liberté et Transparence
La relation entre régime démocratique et développement est complexe. Amartya Sen affirme que la liberté est la chose "qui a le plus de valeur pour l'Homme" et que le développement doit être vu comme "l'expansion de cette liberté". L'ONU publie un indice de liberté humaine, montrant des fluctuations des phases démocratiques mondiales. L'absence d'État de droit entrave la sécurité des échanges et favorise les institutions extractives (ex : Afrique du Sud avec ESKOM et South African Airways, ou encore la corruption en Chine malgré sa croissance économique). Le cas coréen illustre cette complexité : un État fort et modernisateur au Sud, mais dont la démocratisation n'a vraiment démarré que dans les années 1980. Le "dilemme du dictateur" (Weingast) pose le choix entre préserver son pouvoir (détournement des rentes, institutions extractives) et favoriser le développement du pays (réinvestissement des rentes, institutions inclusives). La Chine, dictature communiste, a mis en place un décollage économique autoritaire avec une ouverture progressive et contrôlée à l'économie de marché, souvent associé au confucianisme (sacrifice de l'individu pour le développement). Cependant, ce modèle rencontre des limites (crise immobilière, chômage des jeunes, inégalités). En conclusion, si la démocratie semble plus favorable aux institutions inclusives (élections régulières, redevabilité des dirigeants), l'analyse empirique est nuancée.

II) Modèles et Théories du Développement

Plusieurs courants de pensée ont tenté d'expliquer le sous-développement et de proposer des stratégies pour y remédier.

A) Les Causes Non-Économiques du Sous-Développement

Ces causes sont diverses et incluent des facteurs géographiques, culturels, historiques ou institutionnels, souvent abordés en dehors des modèles purement économiques.

B) Néo-Libéralisme et Keynésianisme : Le Rôle Central du Marché

Le courant néolibéral, défendu par des organisations comme le FMI, préconise des "plans d'ajustements structurels" ou "thérapies de choc" (ex : Javier Milei en Argentine) et des stratégies "market-friendly".
1) Le Sous-Développement : Un Retard de Développement ?
Walt W. Rostow décrit le développement comme un processus linéaire en 5 étapes. D'autres auteurs, comme Gerschenkron, insistent sur les obstacles spécifiques et la notion de rattrapage. Ragnar Nurkse, avec son concept de "cercle vicieux de la pauvreté", souligne que la pauvreté engendre une faible épargne, un faible investissement et une faible croissance, menant à davantage de pauvreté. La solution, dans cette perspective keynésienne, est l'apport d'aide étrangère (IDE, endettement). Arthur Lewis propose une solution libérale au dualisme :
  • L'épargne productive provient des profits des capitalistes.
  • Les économies sous-développées sont dualistes (secteur capitaliste et secteur de subsistance).
  • L'offre illimitée de main-d'œuvre maintient les salaires à un niveau de subsistance.
Sa solution est d'augmenter le taux d'investissement du secteur capitaliste (de 4-5% à 10-15%) pour un "décollage" (Take-off). Le développement consiste à réduire progressivement le secteur archaïque au profit du moderne ("génération sacrifiée"). Ce modèle, fondé sur l'accumulation du capital (croissance solowienne) et le rattrapage, permet l'abaissement des salaires grâce à l'exode rural. Les profits réinvestis mènent à la montée en gamme de l'industrie, et l'État peut investir dans le capital humain et les infrastructures. L'apport de capitaux étrangers peut accélérer ce processus. Ce modèle peut s'accompagner d'une augmentation des inégalités, en lien avec la courbe de Kuznets.
2) Le Rôle des Institutions : Le Marché
Douglass North a distingué les institutions inclusives (favorables à la croissance à long terme) des institutions extractives (qui appauvrissent le pays, ex : malédiction des ressources naturelles). Acemoglu, Johnson et Robinson (Why Nations Fail, 2012) soulignent que les institutions extractives mènent à des politiques économiques incohérentes et imprévisibles, aggravant l'impact des chocs externes. Les institutions inclusives, en revanche, stabilisent l'économie. Le concept de "dépendance au sentier" (path dependency) de Douglass North explique l'inertie institutionnelle. Initiée dans l'approche scientifique et technologique (ex : claviers AZERTY/QWERTY), elle s'applique à l'économie pour expliquer pourquoi les changements institutionnels sont lents. Cela est lié aux rendements croissants, aux coûts fixes, d'installation et de sortie. Ce phénomène peut bloquer des pays dans le "piège du revenu intermédiaire", empêchant le passage d'une croissance de rattrapage à une croissance à la frontière. Le Nigeria est un exemple de pays combinant dépendance au sentier (héritage colonial d'"Indirect Rule", fragmentation du pouvoir politique, économie de rente) et malédiction des ressources naturelles (exploitation pétrolière, corruption, clientélisme). Acemoglu, Johnson et Robinson (2001) ont étudié les "origines coloniales du développement comparé", montrant que les institutions coloniales (extractives ou inclusives) ont eu un impact durable sur le développement économique.
3) Libre-Échange et Croissance Transmise
Pour les libéraux (depuis Ricardo), le libre-échange est un moteur de développement. Les pays du Sud doivent se spécialiser pour avoir un avantage comparatif (matières premières, main-d'œuvre abondante). La croissance est alors transmise par :
  • Les prix (concurrence, prix élevés des matières premières, transferts de technologie à moindre coût).
  • Le financement (accès à l'épargne internationale).
  • Les débouchés (exportations pour les marchés intérieurs étroits).
Le contact avec l'extérieur, notamment les PDEM, est jugé favorable au développement.
4) La Croissance Endogène : L'État
Cette analyse légitime l'intervention publique dans le développement. Il s'agit d'une logique de long terme, investissant dans le capital public et humain (ex : dragons asiatiques), complétant l'approche institutionnaliste et s'appuyant sur les externalités positives et les mécanismes endogènes de croissance.
5) Le Consensus de Washington : Application Théorique
John Williamson a établi une liste de 10 prescriptions (privatisation, libéralisation, discipline budgétaire) pour redresser les économies en difficulté. Ce programme est très débattu : certains le voient comme le seul moyen de se développer, d'autres comme un facteur d'appauvrissement.

C) Le Structuralisme : Industrialisme sous Contrôle Étatique

Né dans les années 1950-1970 (CNUCED), le structuralisme (Raul Prebisch, François Perroux, Albert Hirschman) conteste l'analyse libérale.
1) Une Industrialisation Dirigée
Les structuralistes reprennent la croissance solowienne (accumulation rapide du capital) en première phase, avec l'objectif de bénéficier des faibles coûts salariaux pour une forte compétitivité. La deuxième phase est axée sur la croissance tirée par la consommation, l'émergence d'une classe moyenne et la redistribution des richesses. Ils insistent sur le volontarisme de la puissance publique : le développement passe par l'industrialisation planifiée. L'État oriente les investissements, protège le marché national et produit via des firmes publiques, notamment dans des secteurs clés (nationalisations). La réussite de cette théorie dépend de l'efficacité administrative. Le problème est de concilier croissance équilibrée et déséquilibrée.
  • Big Push (Paul N. Rosenstein-Rodan) : investir simultanément dans plusieurs secteurs pour favoriser les externalités positives et les effets d'entraînement. L'État investit massivement dans les infrastructures sociales et économiques. Limites : ampleur des investissements nécessaires, faibles spécialisations.
  • Pôles de développement (Hirschman et Perroux) : concentrer les investissements dans des secteurs moteurs ("branches motrices") inspirés de la destruction créatrice schumpétérienne. L'objectif est une remontée de filière (des industries légères aux industries lourdes et capitalistiques) ou des "industries industrialisantes" (de l'industrie lourde vers les industries légères, ex : URSS, Inde, Algérie).
2) Contact avec l'Extérieur : Dépendance et Danger de l'Extraversion
Les structuralistes s'appuient sur le protectionnisme éducateur de Friedrich List. Sans protection, les pays en développement ne peuvent pas s'industrialiser et restent cantonnés aux biens primaires. Le commerce n'est pas un jeu à somme positive, et toutes les spécialisations ne se valent pas. La dégradation des termes de l'échange est un point clé de leur analyse. La croissance appauvrissante de Jagdish Bhagwati montre qu'un pays peut croître tout en devenant plus pauvre si la croissance augmente fortement la production d'un bien exporté, fait baisser son prix sur le marché mondial, et détériore les termes de l'échange. Diagramme économique montrant les interactions entre la demande, la production et les prix, illustrant l'équilibre du marché. Le développement passe donc par des stratégies d'industrialisation dirigées par l'État pour conquérir l'indépendance économique.

D) Marxisme et Tiers-Mondisme : Domination et Exploitation

1) Lénine et l'Impérialisme
Lénine (et Samir Amin) voit l'économie mondiale comme hiérarchisée : l'accumulation capitaliste et la recherche du profit mènent à la recherche de nouveaux débouchés et fournisseurs, et à l'absorption de cercles de plus en plus larges de l'activité humaine. Le développement des uns conduit au sous-développement des autres, et l'échange est, par nature, inégalitaire et générateur de dépendance. La solution est une stratégie de développement autocentrée et étatiste, passant par une rupture avec les nations impérialistes et la logique du profit. À l'intérieur, cela implique une étatisation de la grande production, une collectivisation des terres et de la distribution (ex : URSS des années 1930, Chine de Mao Zedong).

III) Le Développement en Quelques Questions

Le développement soulève des questions spécifiques dans des domaines clés.

A) Agriculture

Deux problèmes majeurs :
  • Pression démographique (nourrir les populations).
  • Pression écologique (eau, forêts, désertification, déforestation).
Une agriculture omniprésente mais peu productive est un signe de sous-développement, nécessitant des importations alimentaires massives. La Grande Muraille Verte au Sahel est un exemple d'initiative pour contrer la désertification. Les structures foncières sont cruciales :
  • Latifundiaires : grandes exploitations (souvent en Amérique latine), système extensif, extraverti, avec de nombreux paysans ouvriers. Ex : Brésil (45% des terres à 1% des propriétaires).
  • Microfundiaires : petites exploitations familiales intensives visant un marché local (surtout en Asie).
Les stratégies de développement intègrent souvent des réformes agraires pour modifier la répartition foncière :
  • Collectivistes : transfert des grandes exploitations vers des fermes collectives (URSS, Chine, Algérie). Souvent imposées, elles ont parfois manqué de motivation paysanne, menant à leur abandon progressif au profit de réformes familiales après les années 1980.
  • Familiales : distribution de terres à des exploitants familiaux qui en deviennent propriétaires (ex : Corée post-1945, avec un boom de productivité agricole et disparition de la famine). En Amérique latine, ces réformes ont eu des bilans mitigés, avec une reconstitution progressive des structures latifundiaires.
La révolution verte est une révolution agricole combinant réformes foncières et techniques productivistes (mécanisation, fertilisation, microcrédits). L'Inde, après les années 1950, a atteint l'autosuffisance alimentaire. Ses limites sont la soutenabilité (épuisement des sols, appauvrissement de la biodiversité) et la dépendance des paysans aux intrants chimiques. Aujourd'hui, on vise des "révolutions doublement vertes" pour préserver l'équilibre naturel. L'aide alimentaire, en recul depuis les années 1980, peut générer des distorsions : concurrence ruineuse pour l'agriculture traditionnelle, dangers sanitaires, risque de dépendance. La stratégie actuelle privilégie l'autosuffisance alimentaire et la production locale. Le modèle britannique, avec ses révolutions agricoles, est souvent cité comme exemple d'indépendance alimentaire et d'effets d'entraînement positifs.

B) Les Stratégies d'Industrialisation

Les stratégies d'industrialisation visent à mettre en place un secteur industriel diversifié, soit par remontée, soit par descente de filière. Elles reposent sur quatre types d'industries :
  • Biens de consommations simples (industries légères) : peu d'inputs, main-d'œuvre peu qualifiée, peu de capital (textile, alimentation).
  • Biens intermédiaires : plus d'inputs, équipements lourds, main-d'œuvre peu qualifiée mais ingénieurs (verre, ciment, chimie).
  • Biens d'équipements/durables : équipements lourds, forte intensité capitalistique, automatisation (automobile, mécanique, aéronautique).
  • Industries de pointe (high tech industry) : fabrication de biens normaux.
Ces stratégies sont fondées sur les effets d'entraînement (débouchés mutuels, externalités positives) entre les industries.
1) Substitution aux Importations (ISI) et Substitution aux Exportations (ISE)
  • ISI (Import Substitution Industrialization) : Appliquée en Amérique latine (1930-1970), inspirée du structuralisme. L'objectif est l'indépendance économique en produisant localement des biens de consommation pour limiter les importations, puis de remonter progressivement les filières. Le cadre est le protectionnisme éducateur. Les limites sont apparues dès les années 1950 : faible rentabilité due à l'étroitesse du marché intérieur, fort endettement lié à l'importation de biens intermédiaires et d'équipement, et forte inflation.
  • ISE (Export Substitution Exportation) : Adoptée à partir des années 1950, vise à substituer l'exportation de biens primaires par des produits manufacturés. Le Brésil en est un exemple : après la crise de 1929 et un effondrement du commerce mondial, il a mis en place l'ISI avec succès dans les industries légères, puis a tenté la phase 2 avec un rôle majeur de l'État (création de firmes publiques, plan de Metas en 1956). Malgré une croissance rapide, le Brésil a rencontré des difficultés dans les années 1970 : endettement, inégalités (persistance de la seconde partie de la courbe de Kuznets), étroitesse du marché intérieur (piège du revenu intermédiaire). Le "syndrome argentin" (Philippe Aghion) met en évidence la dépendance au sentier. Le Brésil a alors tenté une stratégie ISE mais a souffert de problèmes de compétitivité face au Nord (technologie) et aux NPIA (main-d'œuvre). Le Brésil reste spécialisé dans les matières premières et est aujourd'hui tertiarisé.
Dani Rodrik (2013) a théorisé la désindustrialisation précoce : un nombre croissant de pays émergents n'atteignent pas le même niveau d'industrialisation que les pays développés à leur pic. La désindustrialisation s'amorce à des niveaux de revenus plus faibles (ex : Brésil à 5000$ contre 9000-11000$ pour l'UK, USA, Allemagne). Arvind Subramanian étudie les courbes en U inversés de l'industrialisation, montrant que les pics d'industrialisation interviennent plus tôt et à des niveaux de revenus plus bas. Cela s'explique par la compétitivité mondiale et la spécialisation des différents pays, et pourrait ralentir la convergence et les "miracles de croissance".
2) Industries Industrialisantes : Algérie
L'Algérie (années 1970-1980) s'est inspirée du modèle soviétique en finançant de gigantesques industries lourdes et capitalistiques, censées diffuser des effets d'entraînement. Ce modèle, autocentré et basé sur la fermeture à l'extérieur, était financé par les exportations d'hydrocarbures et le réinvestissement de la rente. Les premiers plans industriels (1967) ont donné la priorité aux hydrocarbures et à la sidérurgie, avec des effets d'entraînement vers la pétrochimie, les industries d'équipement et la modernisation de l'agriculture. L'Algérie a créé de grandes sociétés nationales ("complexes industriels de base"), atteignant 10% de croissance industrielle par an dans les années 1960. Malgré des succès initiaux ("20 Glorieuses de l'économie algérienne"), ce modèle a ralenti en raison de problèmes institutionnels, d'une surestimation des débouchés de l'industrie lourde, d'une négligence des industries légères, d'une dépendance extérieure croissante et d'une confiance excessive dans la manne pétrolière. Des tentatives de changement de stratégie ont lieu depuis les années 2000, visant des institutions inclusives et l'initiative entrepreneuriale.
3) Promotion des Exportations : Chili
Le Chili est un exemple d'application des modèles de développement libéraux, avec une croissance extravertie dopée par les investissements étrangers. Sous le gouvernement autoritaire d'Augusto Pinochet (à partir de 1973), des politiques pro-occidentales ont été mises en œuvre, inspirées des "Chicago Boys" : privatisations massives, démantèlement des services publics, réformes des retraites, déréglementation du travail, politique monétariste. Ces politiques ont entraîné une croissance économique importante. Le Chili est devenu un pays à revenu intermédiaire, spécialisé dans les exportations primaires (blé, vins, cuivre) et capable de s'adapter aux marchés internationaux. Sa principale faiblesse reste sa forte dépendance aux capitaux étrangers. C'est un contre-modèle aux théories structuralistes ou marxistes, basé sur le désengagement de l'État et le marché comme institution clé.
4) La Remontée de Filières Asiatique
Kaname Akamatsu (années 1930) décrit le "vol d'oies sauvages" : un processus de développement industriel impliquant une interaction entre pays en développement et pays avancés, souvent lié à la délocalisation. C'est un modèle en 4 phases caractérisé par une montée en gamme des industries légères vers les plus complexes :
  1. Phase 1 (Importations) : Le pays importe l'essentiel des produits manufacturés et des ressources. La hausse des importations est financée par l'épargne nationale, concurrençant la production traditionnelle et entraînant un exode rural.
  2. Phase 2 (Production Nationale) : La production nationale se substitue aux importations, d'abord pour les biens de consommation, puis pour les biens d'équipement. Ce processus se fait dans un cadre protectionniste, avec un développement du marché intérieur (souvent peu inégalitaire), une protection de l'industrie nationale et une ouverture contrôlée aux IDE pour acquérir capital et machines.
  3. Phase 3 (Exportations) : Le pays devient une force exportatrice ("pays atelier"), exploitant ses avantages comparatifs (main-d'œuvre bon marché). Les délocalisations des pays du Nord génèrent d'énormes excédents commerciaux, réinvestis dans le capital humain et la formation.
  4. Phase 4 (Fin du Rattrapage) : Le pays atteint la frontière technologique, la remontée de filière est achevée. Il se débarrasse des industries légères et commence à délocaliser lui-même les biens à bas coût.
Ce modèle s'appuie sur une ouverture contrôlée au libre-échange pour la technique, les débouchés et les capitaux, tout en contrôlant le pouvoir des firmes multinationales et les importations. Il est caractérisé par un volontarisme étatique (éducation, capital humain, soutien aux secteurs et firmes via subventions et protectionnisme), comme l'illustre le MITI japonais. Le marché joue un rôle, mais est encadré (entreprises industrielles, agriculture familiale – ex : abandon de la réforme collectiviste en Chine dans les années 1980). La Chine, avec son "capitalisme d'État" ou "économie socialiste de marché", est un cas particulier, mélangeant le modèle et des spécificités liées à sa dictature communiste et au confucianisme.
5) Le Consensus de Pékin
Le Consensus de Pékin concurrence le Consensus de Washington comme modèle de développement alternatif. Il est basé sur :
  • Le volontarisme de l'État.
  • Un modèle expérimental et pragmatique.
  • Des réformes graduelles avec pour seul objectif le développement.
  • Le rôle central du capital humain.
Ce consensus influence les relations de la Chine avec les PED (Asie du Sud-Est, Afrique) via le modèle "ressources contre infrastructures" (la Chine apporte capitaux et technologies en échange de ressources naturelles). Si certains y voient une voie pour l'Afrique ("l'Afrique doit regarder l'est"), d'autres dénoncent un "néocolonialisme chinois".
6) Vers un Décollage Africain ?
L'Afrique présente une grande diversité de situations. On distingue :
  • Économies insérées, diversifiées et qualifiées (Côte d'Ivoire, Namibie, Afrique du Sud).
  • Économies en transition (Cameroun, Ghana, Sénégal, Tunisie).
  • Économies en pré-transition, faiblement insérées (Sierra Leone, Mali, Éthiopie).
Après une "décennie perdue" dans les années 1990 (explosion des coûts de transaction), les années 2000 ont vu une croissance moyenne ("embellie") de 4,5% par an, avec une augmentation de la PGF et une baisse de la pauvreté. Le dividende démographique y a contribué. Cependant, le retard industriel et la fragilité des institutions persistent. L'Éthiopie est citée comme un "tigre" africain potentiel, adoptant un modèle inspiré de l'Asie : volontarisme public, planification quinquennale, investissements en infrastructures (Parc d'Awassa, barrage de la Renaissance), partenariats public-privé, ouverture contrôlée aux capitaux étrangers (délocalisations d'usines textiles asiatiques), promotion des exportations (roses), développement agricole. Ces efforts ont conduit à une croissance élevée (10,5% par an), une division par deux du taux de pauvreté et une augmentation de 55% de l'IDH entre 2000 et 2015. Les limites de l'Éthiopie sont une économie encore largement primaire, une vulnérabilité aux aléas climatiques, des performances macroéconomiques médiocres, l'endettement (notamment vis-à-vis de la Chine), un équilibre politique incertain et un déficit commercial croissant. Malgré ces défis, elle offre des perspectives pour les PMA.

C) Industrialisation-Désindustrialisation et Tertiarisation : Une Loi du Développement ?

1) La Classification en Secteurs
Colin Clark, s'inspirant de Fisher, a fait de la classification en secteurs une loi du développement dans *Les conditions du progrès économique*.
  • Secteur primaire : agriculture, mines, activités forestières et maritimes.
  • Secteur secondaire (industrie) : activités manufacturières et construction. Caractérisé par la production en grande série, les économies d'échelle, le poids de l'innovation et de l'investissement.
  • Secteur tertiaire (services) : Jean Gadrey parle des "4 continents sur cette planète tertiaire en expansion" :
    • Commerce (gros et détail)
    • Transports et télécommunications
    • Services marchands aux ménages (hôtellerie, restauration, réparations, cliniques, loisirs) et aux entreprises (conseil, publicité)
    • Services non marchands (administrations publiques, santé publique, enseignement)
    Les frontières entre industrie et tertiaire sont de plus en plus floues.
2) Les Mutations Sectorielles
Clark observe une loi du développement :
  • Déclin continu du secteur primaire après le décollage économique.
  • Évolution en deux temps du secteur secondaire : une première phase de croissance liée à l'industrialisation (croissance de rattrapage), suivie d'une phase de désindustrialisation après un pic de l'emploi industriel.
  • Croissance ininterrompue du secteur tertiaire, accompagnant l'emploi industriel.
Trois indicateurs clés analysent ces mutations : la part du secteur dans le PIB, la part de la population active (une baisse peut indiquer une diminution de l'importance ou des gains de productivité par substitution du capital au travail), et la part du secteur dans la balance commerciale. La désindustrialisation implique une baisse de la part de l'industrie dans la production, l'emploi et un déficit commercial. Plusieurs explications à ces mutations :
  • Théorie du déversement d'Alfred Sauvy (*La machine et le chômage*, 1980), fondée sur la malédiction des coûts de Baumol :
    • Secteurs progressifs (agriculture, industrie) : gains de productivité permettent d'économiser le facteur travail.
    • Secteurs non progressifs (services) : productivité stationnaire, diminution du travail ne maximise pas le résultat, augmentation de la production nécessite plus de travail. Le coût du travail y augmente.
    Les secteurs progressifs "déversent" leur main-d'œuvre vers les moins progressifs. Le premier déversement a vu une baisse de l'emploi agricole, le second une baisse de l'emploi industriel (désindustrialisation et tertiarisation).
  • Révolutions de la consommation (Daniel Bell) : L'évolution de la demande modifie la structure de la production. Avec l'augmentation des revenus, la demande se déplace (Loi d'Engel : part de l'alimentaire diminue). Les révolutions de la consommation sont passées des biens manufacturés aux services à la personne (tourisme).
  • Concurrence internationale : Dans les économies extraverties, la spécialisation et la dotation factorielle influencent les mutations sectorielles. La désindustrialisation des pays du Nord s'explique aussi par les délocalisations vers les pays ateliers (désindustrialisation précoce des pays du Sud).
3) Vers une Réindustrialisation ?
La question de la réindustrialisation concerne principalement les pays développés aujourd'hui. Au début des années 2000, la tendance était à l'accentuation de la désindustrialisation, avec le concept d'"entreprise sans usine" (externalisation de la fabrication pour se concentrer sur la conception, le marketing, la distribution). Cela a mené à une diminution des effectifs et une perte de savoir-faire industriel. Aujourd'hui, il y a une évolution des modèles économiques, avec un rôle accru de la technologie et de l'innovation. Veltz, dans *La société post-industrielle*, nuance la désindustrialisation en soulignant l'importance des biens intermédiaires. La stratégie de réindustrialisation pose la question de l'État et de la stratégie à long terme. Les politiques industrielles sont les moyens dont dispose l'État pour piloter le développement de la production sur son territoire et soutenir la compétitivité. Pourquoi se réindustrialiser ?
  • L'industrie est un secteur progressif, créateur de richesse, facteur d'accumulation de capital et joue un rôle majeur dans la PGF et la croissance.
  • Elle a de puissants effets multiplicateurs (ex : l'aéronautique avec un multiplicateur de 4,8 en France).
  • Effets d'entraînement sur l'emploi (sous-traitants, consommations intermédiaires, tertiaire).
  • L'industrie représente 80-85% de l'effort de R&D privée en France, contribuant à maintenir le pays à la frontière technologique.
  • Elle représente 70-75% des exportations françaises.
Quatre enjeux majeurs à la réindustrialisation pour les pays développés :
  1. Création de valeur ajoutée pour financer le modèle social (redistribution, infrastructures, capital humain).
  2. Création d'emplois et réduction du chômage.
  3. Renforcement de la souveraineté économique : détenir des capacités de production dans des secteurs stratégiques (alimentation, armements, biens intermédiaires comme les composants électroniques, santé).
  4. Question environnementale : raccourcir les chaînes de production, produire local (réduire les externalités négatives liées au transport, différences juridiques en matière de conditions environnementales et sociales).
Le "modèle en diamant" met en avant l'interaction dynamique entre marché et État, basée sur la dotation factorielle, le degré de concurrence, les institutions, la demande et les exigences des consommateurs, et le réseau de sous-traitance. Le rapport Draghi (2024) propose des pistes d'institutions européennes, et Aghion et Howitt soulignent le potentiel d'innovation dépendant du volume de R&D, de la qualification de la main-d'œuvre et d'institutions adéquates.

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