Économie du travail : concepts clés
20 cardsCe cours présente les fondements de l’économie du travail, couvrant la définition du marché du travail, les notions de salaire et de productivité marginale, les fonctions de production, les isoquants et le taux marginal de substitution technique, ainsi que la demande et l’offre de travail à court et long terme, les effets d’échelle et de substitution, les élasticités, les imperfections du marché, les politiques publiques (cotisations sociales, taxe shift, indemnités chômage) et les dynamiques démographiques influençant l’emploi.
20 cards
Économie du Travail : Analyse Approfondie
L'économie du travail est une branche de l'économie qui étudie le fonctionnement des marchés du travail. Elle analyse le comportement des employeurs et des employés face aux incitations économiques (salaires, prix, profits) ainsi qu'aux aspects non monétaires de l'emploi (conditions de travail, politiques publiques). Ce domaine est crucial pour comprendre la dynamique de notre vie quotidienne, le travail étant un facteur majeur de revenu, de socialisation et d'intégration, représentant environ 70% du PIB dans les économies modernes. Il s'agit également d'un outil essentiel pour les "policy-makers" afin d'élaborer des politiques efficaces.
1. Aperçu du Fonctionnement du Marché du Travail
L'économie du travail utilise deux méthodes d'analyse principales :
- Économie positive : Décrit ce qui est. Les individus répondent favorablement aux bénéfices et négativement aux coûts.
- Économie normative : Décrit ce qui devrait être, basée sur des valeurs sous-jacentes.
Il existe également une distinction entre :
- Macroéconomie du travail : Étudie les tendances globales (impact des facteurs démographiques, niveau d'éducation, dynamique des marchés internationaux).
- Microéconomie du travail : Analyse les interactions individuelles (firmes, travailleurs, embauche, licenciement, fixation salariale).
Deux approches de régulation coexistent :
- Régulation (Keynésienne) : Le marché ne peut s'autoréguler ; une intervention est nécessaire pour garantir le plein emploi. Cette approche est privilégiée depuis la crise de 2008 et la pandémie de Covid-19.
- Non-régulation (Hayekienne) : Le marché s'autorégule et ne nécessite pas d'intervention.
1.1. Définition du Marché du Travail
Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l'offre (travailleurs) et la demande (employeurs). Contrairement à un marché de biens, le travail ne peut être qu'« loué », et le travailleur ne peut être séparé de son travail (l'esclavage étant aboli). La relation de pouvoir n'est pas toujours symétrique et le prix (salaire) n'est pas le seul facteur déterminant la transaction.
Il existe une multitude de marchés du travail, différenciés par le type d'emploi, l'industrie ou la qualification.
- Demande de travail : Émane des employeurs qui cherchent à recruter des travailleurs.
- Offre de travail : Émane des travailleurs qui proposent leurs services.
1.2. Notions Utiles et Statistiques
En Belgique, la population est divisée en plusieurs catégories pour l'analyse du marché du travail :
- Population totale : Environ 11 millions d'habitants.
- Population en âge de travailler (15-64 ans) : Comprend la population active (E+U) et inactive (I).
- Population active (E+U) : Personnes en emploi (E) et chômeurs (U). C'est l'offre de travail.
- Population inactive (I) : Étudiants, préretraités, femmes au foyer.
Calcul des taux :
- Taux d'activité globale :
- Taux d'emploi :
- Taux de chômage : (chômeurs divisés par la population active). Il est important de noter que le taux d'emploi et le taux de chômage ne sont pas symétriques dans leurs calculs.
Le stock d'offre de travail correspond à la population active. Depuis plus de 20 ans, l'offre de travail a été supérieure à la demande, entraînant un chômage élevé, bien que cette tendance s'inverse actuellement.
Définition du chômage selon le BIT (Bureau International du Travail) : Personne âgée de 15 à 74 ans, demandeuse d'emploi inoccupée, apte au travail et en recherche active d'emploi.
Notion de salaire :
- Salaire horaire : Prix du travail sans tenir compte de la durée.
- Salaire mensuel/hebdomadaire : Dépend du salaire horaire et de la durée.
- Rémunération : Salaire plus avantages.
- Revenu : Rémunération + allocations + autres revenus.
- Salaire nominal : Salaire en euros actuels.
- Salaire réel : Salaire nominal / indice des prix.
Tendances importantes du marché du travail :
- Féminisation du marché de l'emploi.
- Augmentation du taux d'emploi des travailleurs âgés.
- Diversification des formes d'emploi (télétravail).
- Baisse du chômage depuis 2013, combinée à une pénurie de travailleurs dans certains secteurs.
- Tertiarisation de l'économie.
- Internationalisation de l'économie.
- Digitalisation.
1.3. Introduction à la Théorie Néoclassique
Le cours s'appuie sur la théorie néoclassique, une théorie statique qui simplifie le fonctionnement du marché du travail, bien qu'elle ne s'applique pas toujours parfaitement en pratique. Les entreprises produisent des outputs (biens et services) à partir d'inputs (capital et travail). Le capital inclut les appareils de production, tandis que les travailleurs sont nécessaires pour les faire fonctionner. Les biens intermédiaires sont exclus de cette analyse simplifiée.
2. La Demande de Travail
La demande de travail émane des entreprises qui cherchent à maximiser leurs profits. Elles embauchent tant que la recette générée par un salarié est supérieure à son coût. Cette demande dépend de quatre facteurs :
- Le coût du facteur travail (W, salaire).
- Le prix des biens et services produits (P).
- Le coût des autres facteurs de production (K, capital ; r, taux d'intérêt).
- L'efficacité productive du travail (technologie).
L'étude de la demande de travail s'intéresse à l'impact de la variation de ces facteurs sur le volume du travail. C'est une théorie statique de la demande de travail, qui fait abstraction des ajustements dynamiques et de l'incertitude.
2.1. Variation des Salaires
En partant du principe "toute chose étant égale par ailleurs" (ceteris paribus), une augmentation du salaire () a deux effets sur la demande de travail :
- Effet d'échelle : Si le salaire augmente, le coût de production augmente. Les prix des produits augmentent, entraînant une baisse de la demande de ces produits. La firme produit moins et a donc besoin de moins de travailleurs.
- Effet de substitution : Si le salaire augmente et que le prix du capital reste constant, le capital devient relativement moins cher que le travail. La firme substituera le travail par le capital (ex: acheter une machine au lieu d'embaucher un travailleur supplémentaire).
Ces deux effets agissent simultanément, conduisant à une diminution de la demande de travail si les salaires augmentent.
L'illustration graphique montre que plus le salaire augmente, moins il y aura de travailleurs demandés.
2.2. Variation de la Demande de Produit
Une augmentation de la demande de produit (choc exogène, ex: saisonnalité) entraîne un déplacement de la courbe de demande de travail vers la droite. Pour un même salaire, la firme aura besoin de plus de travailleurs pour répondre à la demande accrue, illustrant l'effet d'échelle.
2.3. Variation du Prix du Capital ()
Le prix du capital correspond au taux d'intérêt () payé sur les emprunts pour investir. Une variation de engendre également deux effets :
- Effet d'échelle : Si diminue, le coût de production diminue. La firme peut produire plus à moindre coût, vendre à un prix plus bas, attirer plus de clients, et donc embaucher plus de capital et de travailleurs.
- Effet de substitution : Si diminue (le salaire restant constant), le capital devient relativement moins cher que le travail. La firme peut substituer le travail par le capital, réduisant la demande de travail.
Ces effets sont simultanés, mais l'un d'eux domine selon la situation. Le taux d'intérêt est donc crucial pour le marché du travail.
2.4. Fonction de Production et Isoquants
La relation entre les inputs (Capital K et Travail L) et l'output (Q) est décrite par la fonction de production : ou (cas de Leontief).
Les isoquants sont des courbes qui représentent toutes les combinaisons de capital et de travail permettant de produire la même quantité d'outputs ().
- Ils sont convexes par rapport à l'origine et ne peuvent pas se couper.
- Plus ils s'éloignent de l'origine, plus la production est grande.
Le Taux Marginal de Substitution Technique (TST) mesure le degré de substitution entre le capital et le travail pour maintenir une production constante. Mathématiquement, c'est la dérivée de l'isoquant en un point ; graphiquement, c'est la pente de la tangente. Le TST est généralement décroissant : plus on utilise un input, moins sa substitution par un autre est efficace.
La Productivité Marginale (PMa) est la production additionnelle fournie par la dernière unité d'input. Elle est décroissante : ajouter toujours plus d'un input, l'autre étant fixe, conduit à une augmentation de la production, mais de moins en moins importante.
La fonction de production Leontief () est un cas particulier où les facteurs de production sont parfaitement complémentaires (pas de substitution possible). Par exemple, pour un vol, il faut un avion et un pilote. L'élasticité de substitution () est nulle dans ce cas.
2.5. Demande de Travail Individuelle à Court Terme (CT)
À court terme, le capital (K) est fixe (), seul le travail (L) peut varier. Il n'y a donc pas de substitution entre capital et travail. L'entreprise maximise son profit en engageant des salariés tant que leur productivité marginale en valeur (PMaV) est supérieure ou égale à leur salaire (W). est la condition d'embauche optimale. Si , l'entreprise licencie. La demande de travail à CT est donc la courbe de PMaV décroissante, à condition que le salaire soit inférieur au produit moyen en valeur (PMoV).
Si le salaire diminue, la demande de travail augmente, comme le montre le segment BA dans le graphique.
2.6. Demande de Travail Agrégée à Court Terme (CT)
Au niveau sectoriel (ensemble des firmes), une diminution du salaire entraîne une augmentation de la demande de travail par chaque firme. Cela conduit à une augmentation de l'output total et donc de l'offre de biens. L'augmentation de l'offre de biens fait baisser les prix (), ce qui réduit la PMaV et la PMoV. Les courbes de PMaV et PMoV se déplacent vers le bas. L'augmentation de la demande de travail est donc moins importante que pour une firme individuelle. La courbe de demande de travail agrégée est plus "raide" (moins élastique) que celle individuelle.
Le concept d'élasticité () mesure la sensibilité de la demande de travail à une variation de 1% du salaire. Si , une augmentation de salaire de 1% réduit la demande de travail de 0.5%.
2.7. Demande de Travail à Long Terme (LT)
À long terme, le capital (K) et le travail (L) sont variables. La demande de travail dépend du coût relatif du travail () et du capital (). L'entreprise maximise son profit en choisissant la combinaison K, L telle que le TST soit égal au rapport des prix des facteurs ().
a) Variation du Coût Relatif
L'augmentation du rapport peut être due à une hausse de , une baisse de , ou une combinaison des deux. Cela entraîne une substitution du travail par le capital.
b) Élasticité de Substitution ()
Mesure l'impact d'une variation du prix relatif () sur le rapport des quantités de facteurs (). .
- Pour la fonction Leontief (complémentarité parfaite), .
- Pour les substituts parfaits, .
- Pour les cas intermédiaires (majorité des entreprises), (ex: Cobb-Douglas avec , CES avec ).
c) Élasticité Croisée
Indique la variation en % de la demande de travail () si le coût du capital () varie, ou la variation en % de la demande de capital () si le coût du travail () varie. Ces élasticités sont généralement positives, suggérant une substituabilité entre les facteurs.
d) Effet d'Échelle à Long Terme
Si le salaire diminue, le coût de production diminue, la firme peut baisser ses prix, ce qui augmente la demande de produit et donc la quantité d'output (). La firme a besoin de plus de travailleurs. L'effet d'échelle renforce l'effet de substitution en cas de baisse du salaire. Cependant, pour l'élasticité croisée (variation du prix du capital), l'effet d'échelle et l'effet de substitution peuvent être contradictoires, rendant la déduction théorique ambiguë sur l'effet dominant.
e) Récapitulatif des Élasticités
- Les élasticités de long terme sont plus importantes que celles de court terme car la substitution est possible.
- Les élasticités individuelles sont plus élevées que les agrégées.
- Une augmentation de salaire entraîne une baisse de la demande de travail, que ce soit à CT ou LT.
- Augmentation du prix du capital entraîne généralement une augmentation de la demande de travail (car K et L sont substituables).
f) Résultats Empiriques et Hétérogénéité du Travail
En réalité, le travail n'est pas homogène. Les élasticités varient selon la qualification des travailleurs.
- Travailleurs non qualifiés : Élasticité positive de la demande de travail par rapport au prix du capital (substituabilité).
- Travailleurs qualifiés : Élasticité négative de la demande de travail par rapport au prix du capital (complémentarité).
- Substitution entre qualifiés et non qualifiés : Si le salaire des non qualifiés augmente, la demande de qualifiés augmente (substituabilité).
Tableau des élasticités directes et croisées :
| / | Main d'œuvre qualifiée (Q) | Main d'œuvre non-qualifiée (NQ) | Capital (K) |
| Main d'œuvre qualifiée (Q) | |||
| Main d'œuvre non-qualifiée (NQ) | |||
| Capital (K) |
Pour les élasticités croisées, indique une substituabilité, tandis que indique une complémentarité.
2.8. Demande de Travail et Politique Économique
a) Cotisations Patronales de Sécurité Sociale
La diminution des cotisations patronales vise à réduire le coût du travail et stimuler la demande. Cependant, leur répartition (travailleurs, employeurs) influence l'équilibre du marché.
Si toutes les charges sont mises sur les travailleurs, l'offre de travail diminue. Si elles sont sur les employeurs, la demande de travail diminue. Un partage permet un nouvel équilibre.
b) Tax Shift
Le tax shift vise à réduire les charges fiscales et parafiscales sur le travail, compensées par des prélèvements sur la consommation ou le capital. L'objectif est un effet budgétaire neutre et une augmentation de l'emploi. Les études du BFP (Bureau Fédéral du Plan) ont montré que cela pouvait augmenter le PIB, mais des chocs exogènes (Covid, guerre en Ukraine) ont compliqué l'évaluation.
c) Avancement Technologique
L'avancement technologique impacte la demande de travail en modifiant les courbes de demande et les élasticités croisées. Il ne réduit pas nécessairement l'emploi total, mais le déplace entre secteurs et qualifications.
3. L'Offre de Travail
L'offre de travail concerne le comportement des travailleurs : leur participation au marché, l'intensité de cette participation et les facteurs influençant ces décisions. L'analyse peut se faire au niveau individuel ou du ménage, et sur le cycle de vie.
3.1. Introduction et Démographie
Les déterminants de l'offre de travail incluent la décision de formation, les congés parentaux, le choix entre travail et loisirs, l'âge, et la cessation d'activité. On observe une augmentation du taux de participation des personnes âgées et des femmes.
La quantité de travail disponible (stock) est influencée par des flux démographiques :
- Natalité : Le taux de fécondité (naissances vivantes par femme en âge de procréer) est un indicateur court terme. Le taux de descendance final (nombre moyen d'enfants par femme sur l'ensemble de la période de fécondité) est un indicateur structurel long terme. Un taux de 2,1 enfants par femme est nécessaire pour le remplacement de la population.
- Mortalité : Le taux de mortalité, lié à l'espérance de vie, a diminué grâce aux progrès médicaux et la baisse de la mortalité infantile.
- Migrations : Émigration (départ) et immigration (arrivée) affectent le stock de travail, notamment en cas de crise économique ou de pénurie de main d'œuvre. Le vieillissement démographique est un problème global, impactant la sécurité sociale et la main d'œuvre disponible.
3.2. Décision de Travailler et Nombre d'Heures (Modèle Néoclassique)
Le modèle néoclassique suppose que l'individu, ayant un temps limité (16h hors sommeil), choisit entre le travail (H) et le loisir (L). Le travail est une désutilité (coût d'opportunité du loisir), tandis que le salaire qu'il procure permet la consommation (C), source d'utilité. L'objectif est de maximiser l'utilité .
a) Courbes d'Indifférence
Représentent toutes les combinaisons de consommation et de loisir procurant le même niveau d'utilité. Elles sont convexes, ordonnées (plus elles sont éloignées de l'origine, plus l'utilité est grande) et ne se croisent pas.
b) Taux Marginal de Substitution (TMS)
Mesure la quantité de consommation () à laquelle un individu est prêt à renoncer pour une unité de loisir supplémentaire (), tout en maintenant son utilité constante. C'est la pente de la tangente à la courbe d'indifférence. Le TMS est généralement décroissant.
c) Contraintes Budgétaires
Les revenus totaux () sont composés des revenus non salariaux () et des revenus salariaux (). La contrainte budgétaire définit les combinaisons de consommation et de loisir réalisables. L'individu maximise son utilité au point où la contrainte budgétaire est tangente à la courbe d'indifférence la plus éloignée, c'est-à-dire où le salaire () est égal au TMS.
d) Effet de Substitution et Effet de Revenu
Une hausse du salaire horaire a deux effets :
- Effet de substitution : Le loisir devient plus cher (coût d'opportunité plus élevé), incitant l'individu à travailler plus et à substituer le loisir par le travail. Cela augmente les heures travaillées ().
- Effet de revenu : L'individu est plus riche. Il peut se permettre plus de loisir tout en maintenant son niveau de consommation, ou même en l'augmentant en travaillant moins. Cela diminue les heures travaillées ().
Ces deux effets agissent simultanément. L'effet dominant dépend des préférences de l'individu et de la forme de ses courbes d'indifférence. À bas niveau de salaire, l'effet de substitution domine généralement (augmentation de ). À haut niveau de salaire, l'effet de revenu peut dominer (diminution de ), conduisant à une courbe d'offre de travail individuelle recourbée.
Au niveau agrégé (tous les individus), l'effet de substitution est toujours dominant, ce qui se traduit par une courbe d'offre de travail à pente positive.
L'élasticité de l'offre de travail () mesure la sensibilité du nombre d'heures travaillées à une variation de 1% du salaire.
3.3. Politique Économique et Offre de Travail
a) Indemnités de Chômage
Les systèmes d'indemnisation du chômage (assurance et assistance) peuvent influencer l'offre de travail. Une allocation décroissante vise à inciter les chômeurs à reprendre un emploi en augmentant le coût d'opportunité du non-travail. Cependant, des études empiriques montrent que son effet n'est pas toujours significatif. En Belgique, l'absence de limite de durée des allocations peut réduire l'incitation à travailler.
Une hausse des allocations de chômage accroît le niveau de chômage, bien que l'impact soit parfois modeste.
3.4. Extension au Ménage : Travail Reproductif et Décision Conjointe
Le modèle s'étend au ménage pour prendre en compte :
- Le travail reproductif : Travail non payé (ménage, enfants) principalement effectué par les femmes. Il diminue avec les progrès technologiques et l'achat de services. La décision est un choix tripartite entre travail payé, travail reproductif et loisir.
- La décision conjointe du couple : Les partenaires peuvent avoir des préférences similaires, se répartir les tâches (spécialisation), ou agir indépendamment. Historiquement, les femmes se sont plus spécialisées dans le travail reproductif en raison d'un salaire inférieur et de normes sociales. L'augmentation du salaire des femmes peut modifier cette répartition.
L'augmentation des salaires des femmes conduit à une substitution du travail reproductif par l'achat de services.
La productivité d'une personne est influencée par l'offre de travail de l'autre partenaire. Les partenaires peuvent être substituts (l'augmentation du travail de l'un diminue l'offre de l'autre) ou complémentaires (l'augmentation du travail de l'un augmente l'offre de l'autre). Les résultats empiriques sont mitigés.
4. L'Équilibre sur le Marché du Travail
L'équilibre en concurrence parfaite est le point où l'offre de travail et la demande de travail se rencontrent, déterminant le salaire d'équilibre () et la quantité de travail échangée ().
Les hypothèses de la concurrence parfaite sont : travail homogène, atomicité des agents, information parfaite, mobilité parfaite des travailleurs. Ces conditions sont souvent violées en pratique.
4.1. Changements de la Situation d'Équilibre
Des chocs exogènes peuvent déplacer les courbes d'offre ou de demande :
- Déplacement de la courbe de demande : Crise du bug de l'an 2000 et introduction de l'euro ont augmenté la demande d'informaticiens, entraînant une hausse des salaires en raison de la pénurie.
- Déplacement de la courbe d'offre : Le vieillissement de la population réduit l'offre de travail, déplaçant la courbe vers la gauche. Pour maintenir le même niveau d'emploi, les salaires doivent augmenter. L'immigration peut compenser ce manque.
- Élargissement de l'UE : L'arrivée de nouveaux travailleurs (choc sur l'offre) a pu réduire les salaires dans certains pays.
4.2. Imperfections du Marché du Travail
Le marché du travail est imparfait, ce qui fait que le salaire théorique d'équilibre n'est souvent pas atteint. On distingue trois sources d'imperfections directes :
a) Équilibre Déplacé (Discrimination)
La discrimination crée deux marchés du travail distincts (un avec et un sans discrimination). Certains employeurs refusent d'embaucher des catégories de travailleurs (jeunes, femmes, minorités) malgré des capacités productives égales. La discrimination peut venir des employeurs, des clients ou des collègues (ex: puéricultrices). Cela entrave la mobilité parfaite des travailleurs.
La discrimination peut entraîner des écarts de salaire entre groupes. Si un groupe est exclu d'un marché, il va se "reporter" sur d'autres secteurs, augmentant l'offre de travail dans ces secteurs et potentiellement réduisant les salaires (effet de "crowding").
b) Équilibre Suspendu (Salaire Minimum, Chômage)
Mécanismes qui entravent la flexibilité des salaires à la baisse, comme le salaire minimum, les indemnités de chômage, ou la présence syndicale.
- Salaire minimum : Fixé au-dessus du salaire d'équilibre de marché, il vise à lutter contre les travailleurs pauvres. Il réduit la demande de travail et augmente l'offre de travail, pouvant potentiellement créer du chômage.
Empiriquement, l'impact sur l'emploi est négligeable si le niveau initial est bas, mais négatif si le niveau est déjà élevé.
- Indemnités de chômage : Elles constituent un frein à l'ajustement des salaires à la baisse car elles incitent les individus à revoir leurs prétentions salariales à la hausse. Une hausse des allocations peut accroître le chômage, mais l'impact est souvent modeste, sauf pour certaines catégories de population (jeunes, chômeurs de longue durée).
c) Équilibre Transformé (Absence d'Atomicité)
L'équilibre est transformé lorsque des agents économiques (syndicats d'employés et d'employeurs, entreprises en situation de monopsone) ne sont pas atomiques et peuvent influencer les salaires et conditions de travail. Une entreprise en monopsone est le seul acheteur de travail dans une région et peut fixer elle-même le salaire.
Start a quiz
Test your knowledge with interactive questions