Droit de l’UE : Fondements et Exercice du Pouvoir

50 cards

Un examen approfondi des fondements historiques et normatifs du droit de l'Union Européenne, des processus décisionnels, de la répartition et de l'exercice des compétences, ainsi que des principes structurels et de la protection juridictionnelle.

50 cards

Review
Question
Quelle déclaration est à l'origine de la CECA ?
Answer
La déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, proposant une gestion commune de l'acier et du charbon franco-allemand.
Question
Quels traités fondateurs ont été signés à Rome en 1957 ?
Answer
Les traités instituant la Communauté Économique Européenne (CEE) et la Communauté Européenne de l'Énergie Atomique (CEEA ou Euratom).
Question
Quelle est l'innovation majeure du traité de Maastricht (1992) ?
Answer
Il crée l'Union européenne et sa structure en trois piliers, ajoutant les dimensions politique, sécuritaire et judiciaire.
Question
Quelle est la particularité des 2ème et 3ème piliers créés par Maastricht ?
Answer
Ils fonctionnaient sur un modèle intergouvernemental (décisions à l'unanimité) et concernaient la PESC et la JAI.
Question
Quel traité a mis fin à la structure en piliers de l'UE ?
Answer
Le traité de Lisbonne (2007), qui a fusionné les piliers dans un cadre juridique unifié pour l'Union européenne.
Question
Quelle institution de l'UE détient le monopole de l'initiative législative ?
Answer
La Commission européenne.
Question
Quels sont les deux principes directeurs de toute proposition de la Commission ?
Answer
Le principe de subsidiarité et le principe de proportionnalité.
Question
Comment nomme-t-on la procédure législative de droit commun dans l'UE ?
Answer
La procédure législative ordinaire (anciennement codécision).
Question
Quelles sont les deux institutions co-législatrices dans la procédure ordinaire ?
Answer
Le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne.
Question
Quelle institution a le pouvoir décisif final lors de l'adoption du budget de l'UE ?
Answer
Le Parlement européen, qui peut approuver le budget même en cas de désaccord avec le Conseil.
Question
Quel est le rôle du Parlement européen dans la conclusion d'accords internationaux ?
Answer
Il doit donner son approbation (avis conforme) avant que le Conseil ne puisse conclure l'accord, sauf pour la PESC.
Question
Qu'est-ce qu'une base juridique en droit de l'UE ?
Answer
L'article d'un traité qui habilite l'Union européenne à agir dans un domaine spécifique.
Question
Quels sont les trois principaux types de compétences de l'UE ?
Answer
Les compétences exclusives, les compétences partagées et les compétences d'appui, de coordination ou de complément.
Question
Que signifie une compétence exclusive de l'UE ?
Answer
Seule l'UE peut légiférer et adopter des actes contraignants. Les États membres ne le peuvent que sur habilitation.
Question
Comment le pouvoir s'exerce-t-il dans une compétence partagée ?
Answer
Les États membres exercent leur compétence tant que l'UE n'a pas décidé d'exercer la sienne (principe de préemption).
Question
Quel est le rôle de l'UE dans ses compétences d'appui ?
Answer
L'UE appuie, coordonne et complète l'action des États, sans harmoniser leurs législations nationales.
Question
Quelle méthode décisionnelle caractérise la compétence PESC ?
Answer
La méthode intergouvernementale, où les décisions sont généralement prises à l'unanimité par le Conseil européen et le Conseil.
Question
Quel arrêt a établi la théorie des compétences externes implicites ?
Answer
L'arrêt AETR de 1971, permettant à l'UE de conclure des accords internationaux pour mettre en œuvre ses politiques internes.
Question
Quand le principe de subsidiarité s'applique-t-il ?
Answer
Uniquement dans le cadre des compétences non exclusives de l'UE.
Question
Que demande le principe de proportionnalité ?
Answer
Le contenu et la forme de l'action de l'Union n'excèdent pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs.
Question
Qu'est-ce qu'une coopération renforcée ?
Answer
Un mécanisme qui permet à un groupe d'au moins 9 États membres d'instaurer une intégration plus poussée entre eux.
Question
Que signifie le principe de coopération loyale ?
Answer
L'Union et les États membres se respectent et s'assistent mutuellement dans l'accomplissement des missions issues des traités.
Question
Que protège le principe d'équilibre institutionnel ?
Answer
Chaque institution exerce ses compétences dans les limites attribuées par les traités, sans empiéter sur celles des autres.
Question
Quelles sont les trois caractéristiques d'un règlement européen ?
Answer
Il a une portée générale, est obligatoire dans tous ses éléments et est directement applicable dans tous les États membres.
Question
Comment une directive se distingue-t-elle d'un règlement ?
Answer
Elle lie les États membres sur le résultat à atteindre, mais leur laisse le choix des formes et des moyens (transposition).
Question
Les décisions sont-elles toujours destinées à des particuliers ?
Answer
Non, elles peuvent désigner des États ou ne désigner aucun destinataire, ayant alors une portée générale.
Question
Les recommandations et avis sont-ils juridiquement contraignants ?
Answer
Non, mais ils orientent les comportements et doivent être pris en compte par les juges nationaux pour interpréter le droit.
Question
Quel arrêt a établi le principe de l'effet direct du droit de l'UE ?
Answer
L'arrêt Van Gend en Loos (1963), permettant aux particuliers d'invoquer une norme européenne devant leur juge national.
Question
Quelles conditions une norme doit-elle remplir pour avoir un effet direct ?
Answer
Elle doit être claire, précise et inconditionnelle.
Question
L'effet direct d'une directive non transposée est-il horizontal ?
Answer
Non, la CJUE exclut l'effet direct horizontal. Il est seulement vertical ascendant (particulier contre l'État).
Question
Quel arrêt a consacré le principe de primauté du droit de l'UE ?
Answer
L'arrêt Costa contre Enel (1964).
Question
Que signifie le principe de primauté ?
Answer
Le droit de l'Union prévaut sur les normes nationales contraires, y compris les lois postérieures et la Constitution.
Question
Quelle est l'obligation du juge national en cas de conflit entre une loi nationale et le droit de l'UE ?
Answer
Il doit laisser la loi nationale inappliquée et faire prévaloir la norme de l'Union européenne.
Question
Quel arrêt du Conseil d'État français a définitivement admis la primauté du traité sur la loi postérieure ?
Answer
L'arrêt Nicolo, du 20 octobre 1989.
Question
Quel est le rôle du juge national par rapport au droit de l'UE ?
Answer
Il est le juge de droit commun du droit de l'Union, chargé d'assurer sa pleine effectivité.
Question
Qu'est-ce que le renvoi préjudiciel ?
Answer
Le mécanisme par lequel un juge national interroge la CJUE sur l'interprétation ou la validité du droit de l'UE.
Question
Pour quelle juridiction le renvoi préjudiciel est-il obligatoire ?
Answer
Pour les juridictions nationales dont les décisions ne sont pas susceptibles d'un recours juridictionnel en droit interne.
Question
Qu'est-ce qu'un recours en manquement ?
Answer
Une procédure initiée (souvent par la Commission) pour faire constater par la CJUE qu'un État membre a violé ses obligations.
Question
Qu'arrive-t-il si un État n'exécute pas un arrêt en manquement ?
Answer
La Commission peut saisir à nouveau la CJUE pour demander l'imposition d'une somme forfaitaire ou d'une astreinte.
Question
À quoi sert un recours en annulation ?
Answer
Il vise à obtenir l'annulation par la CJUE d'un acte législatif ou réglementaire d'une institution européenne.
Question
Pourquoi est-il difficile pour un particulier d'intenter un recours en annulation ?
Answer
Il doit prouver que l'acte le concerne directement et individuellement, des conditions interprétées strictement par la Cour.
Question
Qu'est-ce qu'un requérant privilégié dans un recours en annulation ?
Answer
Un requérant (État membre, Commission, etc.) qui n'a pas besoin de justifier d'un intérêt à agir.
Question
Qu'est-ce qu'un recours en carence ?
Answer
Un recours visant à faire constater l'abstention illégale d'agir d'une institution, d'un organe ou d'un organisme de l'UE.
Question
Quelles sont les 3 conditions pour engager la responsabilité extracontractuelle de l'UE ?
Answer
1. Violation caractérisée d'une règle protégeant les particuliers. 2. Un dommage. 3. Un lien de causalité.
Question
Sur quoi la CJUE s'est-elle fondée pour protéger les droits fondamentaux avant la Charte ?
Answer
Sur les principes généraux du droit, inspirés des traditions constitutionnelles communes aux États membres et de la CEDH.
Question
Quelle est la valeur juridique de la Charte des droits fondamentaux de l'UE ?
Answer
Depuis le traité de Lisbonne, elle a la même valeur juridique que les traités.
Question
Quelle décision a établi qu'une loi de transposition d'une directive peut être contrôlée par rapport à la Constitution française ?
Answer
La décision du Conseil Constitutionnel du 10 juin 2004, "Loi pour la confiance dans l'économie numérique".
Question
Quel principe la jurisprudence Arcelor (CE, 2007) a-t-elle établi ?
Answer
Le juge vérifie si un principe constitutionnel national a un équivalent en droit de l'UE avant de juger de la constitutionnalité d'un acte de transposition.
Question
L'Union européenne est-elle partie à la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) ?
Answer
Non. Malgré l'obligation prévue par le traité de Lisbonne, le processus d'adhésion n'a pas encore abouti.
Question
Quelle est la conséquence de la reconnaissance de l'effet direct et de la primauté ?
Answer
Ces deux principes assurent l'intégration et la suprématie du droit de l'UE au sein des ordres juridiques nationaux.

Voiciune synthèse du cours de Droit de l'Union Européenne, présentée comme unefiche de révision.

Section 1 : Rappels historiques de la construction communautaire

1. Les initiatives précédant la construction communautaire

  • Idée ancienne : Unification européenne depuis Kant, Victor Hugo ("USA d'Europe").

  • Entre-deux-guerres : Pan-européanisme (Coudenhove-Kalergi, 1923), Aristide Briand ("famille européenne").

  • Après 1945 : Reconstruction européenne.

    • 1946 : Discoursde Churchill (Zurich) pour une Europe fédérale.

    • 1948 : Traité de Bruxelles (France, RU, Benelux) pour collaboration culturelle et défense collective.

    • Mai 1948 :Congrès de La Haye (dirigeants et société civile).

      • Deux visions :

        • Fédéralistes (Richmond) : États-nations fédérés (USA d'Europe).

        • Unionistes : Union d'États respectant la souveraineté, solidarité politique et diplomatique.

      • "Message aux Européens" : Liberté de circulation, Charte des droits de l'homme, Cour de justice, Assemblée européenne.

    • 1949 : Conseil de l'Europe (Traité de Londres) : Première application concrète, organisation unioniste.

2. La construction communautaire

  1. La déclaration Schuman (9 mai 1950) et la création de la CECA

    • Robert Schuman et Jean Monnet.

    • Mise en commun des productions de charbon et d'acier français et allemand pourcréer une solidarité économique et prévenir la guerre.

    • Méthode des "petits pas" : Actions concrètes progressives.

    • Cadre institutionnel spécifique : Soumission à une Haute Autorité (capable d'imposer des décisions).

    • 18 avril 1951 : Traité de Paris, créé la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier). Intégration de marché sectoriel.

    • Institutions : Haute Autorité, Assemblée, Conseil des ministres, Cour de justice.

    • Traité de Paris expiré le 23 juillet 2002, mais fondateur de la méthode communautaire.

  2. Le Traité de Rome (1957)

    • Juin 1955 : Le Benelux propose un approfondissement de l'intégration.

    • Avril 1955 : Rapport Spaak propose un marché commun et une Communauté Européenne de l'Énergie Atomique.

    • 25 mars 1957: Signature des traités de Rome par les 6 fondateurs, création de la CEE (Communauté Économique Européenne) et de la CEEA (Communauté Européenne de l'Énergie Atomique - Euratom).

    • Trois traités coexistent (CECA, CEE, CEEA) avec des institutions communes (la Commission européenne remplace la Haute Autorité).

  3. Le Traité de Maastricht (1992) : Création de l'UE

    • 7 février 1992 : Intégration de la dimension politique.

    • Création de l'Union Européenne (UE).

    • Innovation juridique majeure : Structure en trois piliers :

      • 1er pilier : Communautés européennes (CECA, CEE, CEEA) – Méthode communautaire (droit communautaire).

      • 2e pilier : Politique Étrangère et de Sécurité Commune (PESC)– Intergouvernemental.

      • 3e pilier : Justice et Affaires Intérieures (JAI) – Intergouvernemental.

    • Création de la citoyenneté européenne, principe de la monnaie unique.

  4. Les Traités d'Amsterdam (1997) et de Nice (2003) : Évolution de l'UE

    • 2 octobre 1997 : Traité d'Amsterdam. Le 3e pilier (JAI) passe au modèle communautaire.

    • 2003 : Traité de Nice. Règle les questions d'élargissement (de 15 à 25 États).

    • Ces traités modifient les traités existants. La CECA disparait (charbon et acier intégrés au marché commun).

  5. Le Traité de Lisbonne (2007)

    • 13 décembre 2007 (entrée en vigueur 1er décembre 2009).

    • Réponse aurejet du projet de Constitution européenne (2005).

    • Fait disparaître et fusionne les Communautés Européennes dans l'Union Européenne. On parle désormais du Droit de l'Union Européenne.

    • Suppression de la structure en piliers, sauf pour la PESC qui reste majoritairement intergouvernementale (décision unanime, sans contrôle supranational strict).

    • Modifie le traité sur l'Union Européenne (TUE) et le traité surle fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE).

Section 2 : Le processus décisionnel

1. La procédure législative

  • Monopole d'initiative de la Commission Européenne.

  • Propositions motivées :

    • Respect du principe de subsidiarité (valeur ajoutée de l'action de l'UE).

    • Respect du principe de proportionnalité (action limitée au nécessaire pour atteindre le but).

  • Choix d'une base juridique adéquate (article du traité habilitant l'action), qui détermine la procédure.

a) La procédure législative ordinaire

  • Navette entre le Parlement Européen et le Conseil de l'UE.

  • Système d'amendement : Adoption requiert le texte dans les mêmes termes.

  • Procédure de conciliation si désaccord après deux lectures.

  • Troisième lecture : Adoption ou rejet.

b) La procédure législative spéciale

  • Prévue par les articles pour des modifications spécifiques.

  • LeConseil adopte seul, sans le Parlement Européen (ex: création du Parquet Européen).

  • Rarement utilisée.

2. La procédure budgétaire

  • Parlement Européen domine leConseil de l'UE.

  • Si le Parlement approuve, le budget est approuvé, même en cas de rejet par le Conseil (le Parlement représente les citoyens, légitimité directe).

3. La procédure de conclusion des accords internationaux

  • Commission Européenne : Négociatrice.

  • Conseil : Adopte les directives de négociation et autorise la signature.

  • Parlement Européen : Sonapprobation est indispensable avant la conclusion de l'accord par le Conseil (sauf pour la PESC).

  • Accords mixtes (couvrant des domaines nationaux) : Négociation par la Commission sous l'égide du Conseil et des États membres ;approbation des parlements nationaux requise.

  • PESC : Le Parlement Européen est seulement informé, pas d'approbation requise.

Partie 1 : La répartition de l'exercice des pouvoirs

Chapitre 1 : Les compétences de l'UE

1. Définition

  • Compétence : "Pouvoir d'agir accordé à un titulaire dans un domaine particulier afin de réaliser un but déterminé" (Constantinesco).

  • Quatre éléments constitutifs pour une compétence.

2. Perspective historique

  • La Cour de justice a joué un rôle majeur dans le développement des compétences européennes par interprétation (en faveur des Communautés/UE).

  • Les États membres ont,par la suite, opéré des transferts importants de compétences.

  • Le Traité de Lisbonne a clarifié en introduisant une charte de compétence dans les traités.

3. Classification des compétences

  • Opposition :

    • Compétences européennes vs compétences retenues (États membres).

    • Compétences européennes visant les États membres (directives) vs compétences européennes visant directement les particuliers (règlements).

    • Compétences explicites (dans les traités) vs compétences implicites (déduites des traités).

    • Compétences d'action (opérationnelle, législative)vs compétences de contrôle (respect du droit de l'UE).

    • Compétences internes vs compétences externes.

4. Compétences et bases juridiques

  • L'UE agit sur habilitation des États membres.

  • La base juridique est l'article du traité qui habilite l'UE à agir.

  • Le choix de la base juridique doit être objectif et appropriéà l'objectif poursuivi.

  • Théorie du principal et de l'accessoire (CJCE, 1993) : La base juridique correspond à l'objectif principal.

  • Exception : Double objectif équivalent(deux bases juridiques possibles si incompatibilité des procédures, ou si la plus favorable au Parlement est retenue).

5. Bases juridiques et clauses de flexibilité

  • Article servant à pallier une lacune (absence de base juridique explicite oude pouvoir attribué).

  • Moins utilisé depuis le Traité de Lisbonne.

Section 1 : Les types de compétence

  1. Compétences exclusives (Art. 3 TFUE)

    • Seule l'UE peut agir et légiférer. Les États membres ne peuvent plus agir, sauf habilitation.

    • Ex: Union douanière, politique commerciale commune, politique monétaire de la zone euro.

  2. Compétences partagées (Art. 4 TFUE)

    • UE et États membres peuvent agir. Les États agissent tant que l'UE n'a pas exercé sa compétence.

    • Principe de préemption : L'action de l'UE primeet les États ne peuvent plus légiférer tant que l'UE agit.

    • Dans certains cas (paragraphes 3 et 4 TFUE), les actions se superposent (agriculture, pêche).

    • Ex: Marché intérieur, politique sociale, agriculture, environnement, transports.

  3. Compétences d'appui, de coordination et de complément (Art. 6 TFUE)

    • L'action de l'UE ne vise pas à harmoniser ni à concurrencer l'action nationale, mais à lasoutenir.

    • Souvent via un apport financier, programmes d'action.

    • Ex: Protection et amélioration de la santé humaine, culture, éducation, tourisme.

  4. Coordination des politiques économiques et de l'emploi (Art. 5 TFUE)

    • Politiques économiques: Compétence retenue des États membres. L'UE coordonne.

    • Politique monétaire (euro): Compétence partagée forte pour les États membres ayant adopté l'euro.

  5. Compétence PESC (Politique Étrangère et de Sécurité Commune - Art. 21-46 TUE)

    • Catégorie et domaine unique. Définie dans le TUE(non le TFUE).

    • Peut aller jusqu'à une défense commune.

    • Méthode intergouvernementale : Unanimité des décisions, Parlement seulement informé, actes non législatifs.

    • Obligation de solidarité politiquemutuelle entre États membres.

    • Absence de compétence de la CJUE en matière de PESC, donc absence de sanction en cas de non-respect.

    • Mise en œuvre par actions européennes et décisions duConseil.

Section 2 : L'attribution des compétences

  • Principe d'attribution des compétences : Fondamental depuis la CJCE (ordre juridique basé sur les compétences attribuées).

  • CJCE, Costa contre Enel (1964) : Le transfert de compétence est irrévocable et illimité dans le temps.

  • Traité de Lisbonne : Introduit la possibilité d'une réattribution des compétences.

A) Les compétences internes

  • Définies dans le TFUE (Titre I et troisième partie) et le TUE.

  • Objectifs généraux et spéciaux.

B) Les compétences externes

  • Trois modalités : Accords internationaux, participation aux O.I., actions opérationnelles (ex: Atalanta).

1. Le fondement

  • Art. 216 TFUE : Reprise de la jurisprudence.

  • Fondement explicite (disposition des traités) ou implicite (déduit des traités).

  • Compétences implicites : Établies par la jurisprudence sur la base des compétences internes de l'UE.

  • CJCE, AETR (1971) : L'UE a compétence pour conclure un accord international si elle a déjà adopté une législation interne dans ce domaine, afin de ne pas altérer les règles communautaires existantes.

  • Critères de déduction de compétence implicite : Nécessité (pour la mise en œuvre de la compétence interne) et Affectation (l'accord international affecte des règles internes existantes).

2. La nature

  • Compétence externe implicite n'est pas toujours exclusive. Elle l'est si des mesures internes ont déjà été adoptées et ont conduit à une harmonisation complète.

  • Si la compétence externe est exclusive, l'UE conclut seule l'accord. Sinon, il s'agit d'un accord mixte (UE et États membres).

Section 3 : L'exercice des compétences

  • Art. 5 §1 TUE : L'exercice des compétences européennes est guidé par le principe de subsidiarité et le principe de proportionnalité.

  • Art. 20 TUE : Possibilité de coopérations renforcées (exercice différencié).

A) Le principe de subsidiarité

  • Principe constitutionnel fondamental (Blumann et Dubouis), apparu à Maastricht (1992).

  • Concerne les compétences non exclusives de l'UE.

  • L'UE intervient seulement si l'action étatique est insuffisante (critère négatif) et si l'action européenne a une valeur ajoutée (critère positif).

1. Contrôle du principe

  • Contrôle a priori (depuis Lisbonne) : Par les parlements nationaux. Si 1/3 des parlements estiment le principe non respecté, la Commission doit réexaminer la proposition.

  • Contrôle aposteriori : Jurisdictionnel par la CJUE (contrôle d'erreur manifeste d'appréciation).

B) Le principe de proportionnalité

  • Principe général du droit (1972), codifié à l'Art. 5 §4 TUE.

  • Le contenu et la forme de l'action n'excèdent pas ce qui est nécessaire pour atteindre le but.

  • S'applique à tous les types de compétences (exclusives ou non).

1. Contrôle du principe

  • Pas de contrôle a priori formel.

  • Contrôle a posteriori juridictionnel limité (erreur manifeste d'appréciation).

  • Porte sur la nécessité, la non-dépassement et le choix de la mesure la moins contraignante.

C) L'exercice différencié

  • Certains pans du droit de l'UE ne concernent pas tous les États membres (Europe à plusieurs vitesses).

  • Deux formes :

    • Clauses dérogatoires ("opting-out") : Ex: Danemark, Irlande sur l'espace de liberté et de sécurité.

    • Coopérations renforcées : Possibilité pour un groupe d'États d'aller plus loin dans l'intégration (min. 9 États, encadré par les Art. 326 TFUE et 20 TUE).

Chapitre 2 : Les principes structurels de l'exercice du pouvoir

Section 1 : La coopération loyale (Art. 4 §3 TUE)

  • Obligation réciproque entre l'UE et les États membres, ainsi qu'entre les institutions de l'UE.

A) Dimension de la coopération loyale

  • Dimension verticale (États membres et UE) : Les États doivent prendre toutes les mesures pour assurer l'exécution du droit de l'UE (facilitateurs).

  • Dimension horizontale (entre les institutions de l'UE) : Toutes les institutions doivent coopérer (Art. 13 §2 TUE).

  • Particularité de la PESC (Art. 24 TUE) : Obligation de solidarité politique mutuelle(décisions prises à l'unanimité), mais non-justiciable devant la CJUE.

B) Portée de la coopération loyale

  • Généralement une obligation de moyens (procédurale), mais peut devenir une obligation de résultat si concrétisée par un acte spécifique (ex: accords inter-institutionnels).

Section 2 : Le principe d'équilibre institutionnel

  • Pas une séparation des pouvoirs classique (légitimité étatique, supranationale, directe).

  • Définition jurisprudentielle : "Une institution ne peut agir au-delà des pouvoirs qui lui sont conférés" (Art. 13 TUE).

  • Principe général du droit, invocable et justiciable devant la CJUE.

  • La base juridique est fondamentale pour le respect de cet équilibre.

Partie 2 : L'ordre juridique de l'UE

Chapitre 1 : Les actes juridiques

Section 1 : Les actes de la nomenclature (Art. 288TFUE)

A) Le Règlement

  • Directement applicable dans tous les États membres, obligatoire dans tous ses éléments, de portée générale.

  • Applicabilité directe (dès publication) différente de l'applicabilité immédiate (entrée en vigueur différée).

  • Types : Règlements de base et d'application/exécution (hiérarchiquement inférieurs).

B) La Directive

  • Lie les États membres quant au résultat à atteindre, mais laisse le choix des moyens.

  • Nécessite une transposition en droit national dans un délai imparti.

  • Avant transposition, les États doivent s'abstenir de mesures contraires et les juridictions nationales doivent interpréter le droit national conformément à ladirective.

C) La Décision

  • Obligatoire dans tous ses éléments.

  • Lorsqu'elle désigne des destinataires (États, entreprises), elle n'est obligatoire que pour eux (acte individuel).

  • Lorsqu'elle ne désigne pas de destinataires (depuis Lisbonne), elle a une portée générale et ne nécessite pas de transposition (ex: accords internationaux, PESC).

D) Les actes dépourvus d'effet obligatoire

  • Lesavis et les recommandations : Pas de force contraignante, mais fonction d'orientation.

Section 2 : Les actes hors nomenclature

  • Actes issus de la pratique institutionnelle (nonprévus par les traités, mais admis si conformes).

  • Actes spécifiquement prévus par les traités (ex: règlement intérieur du Parlement, avis conforme du PE pour accords internationaux).

Chapitre II : Les caractéristiques du droit de l'UE

  • Le droit de l'UE est intégré à l'ordre juridique international et national.

  • Sa spécificité repose sur l'effet direct et la primauté.

Section 1 : L'effet directdu droit de l'UE

  • Définition : Aptitude d'une disposition de droit de l'UE à être invoquée par un particulier devant le juge, créant des droits ou obligations pour le particulier.

  • L'effet direct n'est pas automatique, ilest conditionné.

1. Les critères de l'effet direct

  • CJCE, Van Gend en Loos (1963) : Le TCE "constitue plus qu'un accord...". Les dispositions du traité peuvent créer des effets directs pour les particuliers.

  • Conditions cumulatives pour l'effet direct : La norme doit être claire, précise et inconditionnelle.

  • Effet horizontal (entre particuliers) ou vertical (entre particulier et puissance publique).

  • Les principes généraux du droit et la Charte des droits fondamentaux ont une applicabilité différenciée.

2. L'effet direct du règlement

  • CJCE, Politi (1971) : Le règlement a, par sa nature, un effet direct pleinement reconnu.

  • Nuance : Certaines dispositions d'un règlement peuvent perdre leur caractère inconditionnel si elles nécessitent des mesures d'application.

3. L'effet direct des directives

  • CJCE, Van Duyn (1974) : L'effet direct est possible pour une directive, surtout pour protéger son effet utile.

  • CJCE, Ratti (1979) : Reconnaissance de l'effet direct si la directive est précise, inconditionnelle et claire, surtout si le délai de transposition est expiré.

  • Effet direct des directives partiel et vertical ascendant (particulier contre État) : Invocabilité d'exclusion, de substitution, d'interprétation conforme.

  • CE, Mme Perreux (2009) : Assouplissement de la position française, reconnaissant l'effet direct des directives contraires à la jurisprudence Cohn-Bendit.

4. L'effet direct des décisions

  • CJCE, Grad (1970) : Les décisions peuvent avoir un effet direct, même si elles sont destinées à un État membre, si elles sont claires, précises et inconditionnelles.

Section 2 : La primauté du droit de l'Union Européenne

  • Définition (Martucci) : Instrument pour régler les conflits normatifs (incompatibilité entre norme UE et nationale).

1. Le principe de primauté

  • CJCE, Costa contre Enel (1964) : Principe fondamental et non explicité dans les traités.

  • Le droit de l'UE prime sur la loi nationale (antérieure ou postérieure).

  • Les États membres ont transféré une partie de leur souveraineté de manière définitive.

  • Conséquence : Le juge national doit écarter la norme nationale contraire au droit de l'UE.

2. La traduction du principe de primauté

  • Vaut pour toutes les sources du droit de l'UE (primaire, règlements, directives, décisions).

  • En France :

    • Cass. mixte, Jacques Vabre (1975) et CE, Nicolo (1989) : Reconnaissance de la primauté des traités sur la loi nationale.

    • CC, 1975, IVG :Refus de contrôler la conventionnalité des lois (laisse au juge ordinaire).

3. La primauté du droit de l'Union sur la norme constitutionnelle

  • Perspective européenne : Primauté du droit de l'UE sur la Constitution nationale.

  • Perspective nationale : La Constitution est au-dessus du droit européen. Les juridictions nationales varient.

  • En France :

    • Contrôle de compatibilité préalable (Art. 54 C.) : Le Conseil Constitutionnel peut exiger la révision de la Constitution avant la ratification d'un traité incompatible.

    • CE, Arcelor (2007) : En cas de conflit entre une loi de transposition de directive et la Constitution, le Conseil d'État vérifie d'abord si le principe constitutionnel est garanti par le droit de l'UE. Si oui, il contrôle la loi au regard du droit de l'UE. Sinon, il applique la Constitution française.

    • Le Conseil Constitutionnel (depuis 2004) accepte de contrôler les lois de transposition des directives, mais avec des limites (erreur manifeste, atteinte à des principes inhérents à la Constitution).

  • Ailleurs en Europe (ex: Allemagne, Italie) : Les cours constitutionnelles posent des limites à la primauté du droit del'UE (réserve de fondamentalité, contrôle "ultra vires").

Chapitre II : Le respect du droit de l'UE par la CJUE

Section 1 : Le juge national, juge de droit commun du droit de l'UE

  • Le juge national doit assurer la primauté du droit de l'UE (Simmenthal, 1978).

  • Interprétation conforme, action en répétition de l'indu, action en réparation du dommage.

  • CJUE, Francovich (1991) et Brasserie du Pêcheur (1996) : Établissent la responsabilité de l'État pour violation du droit de l'UE (conditions: droits aux particuliers, violation grave, lien de causalité).

  • Protection juridictionnelle effective (Art. 19 §3 TUE) : Les justiciables doivent disposer de voies de droit effectives et équivalentes.

Section 2 : Le renvoi préjudiciel, mécanisme de coopération de juge à juge (Art. 267TFUE)

  • Permet d'assurer une application uniforme du droit de l'UE.

  • Qui peut renvoyer ? Les juridictions des États membres (notion autonome: critère organique et fonctionnels).

  • Quelles normes ? Droit primaire (interprétation), actes des institutions (interprétation et validité), accords internationaux (hors PESC sauf contrôle de base juridique ou de mesures restrictives).

  • Facultatif ou obligatoire ? Facultatif pour les juridictions inférieures, obligatoire pour les juridictions suprêmes (sauf si la question a déjà été tranchée ou est évidente).

  • Procédure : Le juge national transmet une question préjudicielle à la CJUE. La CJUE interprète le droit de l'UE. L'arrêt a une autorité erga omnes et s'impose à tous les États.

Chapitre III : La protection des droits fondamentaux

Section 1 : Les mécanismes de protection des droits fondamentaux

1. La protection des droits fondamentaux grâce aux principes généraux du droit

  • Les traités fondateurs étaient muets sur les droits fondamentaux.

  • La CJUE a dégagé des PGD non écrits issus des traditions constitutionnelles nationales et des instruments internationaux (notamment la CEDH).

  • CJCE, Internationale Handelsgesellschaft (1970) : Le droit communautaire prime sur le droit national, même constitutionnel.

  • La protection des DF est possible, mais peut faire l'objet de limites proportionnées et prévues par la loi.

  • CJCE, Kadi (2008) : Affirmation de l'autonomie du droit communautaire dans l'adoption de mesures restrictives.

2. L'adhésion à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme (CEDH)

  • Initialement, avis négatif de la CJCE (1996) car l'UE n'avait pas la compétence.

  • Le Traité de Lisbonne (Art. 6 §2 TUE) a introduit expressément l'obligation pour l'UE d'adhérer à la CEDH.

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