Développement Libidinal de l'Enfant : Stades et Concepts
10 cardsCe document détaille les stades du développement libinal chez l'enfant selon la psychanalyse, abordant des concepts clés tels que l'appareil psychique, le principe de plaisir et de réalité, l'étayage, la préoccupation maternelle primaire, le fœtus, la naissance, le holding, le handling, l'objet transitionnel, le stade oral, le sevrage, et le stade du miroir.
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Les Différents Stades du Développement Libidinal chez l'Enfant
Ce document, rédigé par Marie-Gina LECONTE, Docteur en Psychologie Clinique et Psychopathologie, Psychothérapeute Familiale Psychanalytique, explore les étapes cruciales du développement libidinal de l'enfant, de la période fœtale au sevrage, en s'appuyant sur les concepts fondamentaux de la psychanalyse.
Définitions et Concepts Fondamentaux
Le développement libidinal de l'enfant est un processus complexe, jalonné de stades où l'énergie psychique, la libido, s'investit dans différentes zones corporelles et relations. Comprendre ces étapes est essentiel pour appréhender la construction psychique de l'individu.
L'Appareil Psychique
L'appareil psychique est composé de trois instances (Ça, Moi, Surmoi) qui fonctionnent selon un ordre et une succession temporelle. Il est animé par l'énergie pulsionnelle, dont la fonction est de maintenir l'énergie interne au niveau le plus bas possible. La pulsion, à la limite du somatique et du psychique, possède une source (excitation interne), un but (éliminer la tension pour atteindre la satisfaction) et un objet (ce par quoi le but est atteint).
- Les pulsions sont initialement autonomes et anarchiques, avec une énergie libre.
- Elles sont de deux types : d'autoconservation et sexuelles.
- Les pulsions sexuelles se décomposent en pulsions partielles (orale, sadique-anale, phallique) qui prévalent à chaque étape du développement infantile, constituant la sexualité infantile.
- Le travail psychique de différenciation permet la transformation de l'énergie de l'état libre à l'état lié (travail de liaison).
Le Concept de Sexualité Infantile
Sigmund Freud définit la sexualité infantile comme «tout ce qui concerne les activités de la première enfance en quête de jouissance locale que tel ou tel organe est susceptible de procurer». Elle est distincte de la génitalité et s'organise sur un mode prégénital chez le bébé et l'enfant, avant de s'organiser sur un mode génital à partir de l'adolescence.
Fonctionnement de l'Appareil Psychique
L'appareil psychique fonctionne selon le principe de plaisir, visant à trouver le plaisir et éviter le déplaisir en déchargeant l'énergie pulsionnelle. Ce n'est pas la pulsion elle-même qui agit, mais son représentant psychique, comprenant une représentation pulsionnelle (trace sensorielle interne) et un affect pulsionnel (résonance émotionnelle).
- En processus primaire, l'énergie pulsionnelle est libre, représentation et affect sont peu liés.
- En processus secondaire, l'énergie pulsionnelle est liée, représentation et affect sont étroitement liés.
- L'énergie des pulsions sexuelles est la libido, celle des pulsions d'autoconservation est l'«intérêt du Moi».
- Initialement, le Ça est le réservoir de l'énergie pulsionnelle. Le Moi se constitue progressivement en s'appropriant cette énergie et en la modelant sur le mode narcissique (primaire), donnant naissance au Moi idéal.
- Ce processus est étayé par des soins maternels adéquats, éveillant le plaisir de vivre et l'auto-érotisme, et étayant le narcissisme du bébé.
Principe de Plaisir, Principe de Réalité, Frustration et Représentation
- Le principe de plaisir régit la vie du bébé durant la période néonatale.
- La frustration tolérable est nécessaire à l'avènement du principe de réalité, obligeant l'appareil psychique à distinguer les exigences internes et externes.
- Le principe de réalité s'affronte constamment au principe de plaisir, source de conflits psychiques.
- La représentation permet de former le contenu concret d'un acte de pensée, reproduisant une perception antérieure.
L'Étayage
Le concept d'étayage (de l'anglais «anaclisis» ou de l'allemand «anlehnung») décrit la relation étroite entre la pulsion sexuelle et les fonctions corporelles. Freud (1905) le définit comme l'«appui primitif que trouvent les pulsions sexuelles sur les besoins vitaux et les fonctions qui leur correspondent».
- Le corps nourrit le psychique, l'étayage étant un processus psychique essentiel dans la construction biologique/psychique.
- La fonction corporelle fournit à la sexualité une source (zone érogène), un but (satisfaire un plaisir non réductible à l'assouvissement corporel) et un objet.
- Les pulsions sexuelles se détachent progressivement des pulsions d'autoconservation pour devenir autonomes, tout en restant étayées sur les fonctions corporelles. La satisfaction devient auto-érotique.
- Exemple : Au stade oral, la succion du pouce, détachée du besoin de nourriture, revêt un aspect libidinal, réactualisant le plaisir oral et permettant au bébé de supporter la frustration.
- L'étayage est un appui et un modèle, les fonctions corporelles (handling et holding de Winnicott) et maternelles étant essentielles à la constitution du psychisme.
- Il intervient aussi dans le choix d'objet amoureux ultérieur.
- En psychopathologie, l'organe support des pulsions peut devenir le lieu d'un symptôme en cas de conflit psychique.
- Des événements sociétaux (maladie, deuil) peuvent constituer des menaces de désétayage.
- Chez le professionnel, l'étayage répond au besoin d'accompagnement du patient.
La Préoccupation Maternelle Primaire (PMP)
La Préoccupation Maternelle Primaire (PMP) est un état particulier de la mère, apparaissant en fin de grossesse et persistant plusieurs semaines après l'accouchement. C'est un repli narcissique nécessaire pour l'accueil et l'adaptation de la mère au bébé, et son adoption. Elle est cruciale pour la mise en place de la parentalité.
Une Capacité d'Empathie Particulière
- La PMP correspond à la capacité de la mère de se mettre à la place de son bébé et de répondre à ses besoins avec une sensibilité importante.
- Winnicott (1956) la décrit comme une «maladie normale» ou une sorte de «folie» où la mère est très réceptive à son bébé.
- Cet état de communion primitive est nécessaire pour que la mère fournisse un environnement «suffisamment bon», indispensable au développement harmonieux du bébé et à la formation de son «sentiment continu d'exister».
- Cette adéquation précoce conditionne la structuration du Moi naissant du bébé et son investissement du self.
- La mère joue un rôle de miroir, supportant le Moi immature du bébé.
Élaboration de la PMP
- Cette hypersensibilité est favorisée par l'ouverture sur les processus psychiques inconscients des futurs parents durant la grossesse (Monique BYDLOWSKI).
- L'histoire des relations entre les futurs parents y intervient également.
- La PMP nécessite que la jeune mère soit encadrée par un tiers (le père, la mère de la jeune mère, un professionnel, etc.) qui lui assure la possibilité d'être elle aussi maternée. Ceci favorise la régression et l'identification empathique, protège des intrusions archaïques et permet de réinvestir sa féminité.
- La PMP s'estompe progressivement après la naissance, lorsque la mère investit un ailleurs, se libérant de l'emprise du bébé (notion de «censure de l'amante» de Denise BRAUNSCHWEIG et Michel FAIN). Le bébé peut alors investir ailleurs (pouce, objets transitionnels).
- Si la mère ne peut effectuer cette régression, elle risque d'être «trop intellectuelle», inadéquate, et de ressentir de l'agressivité, voire de la haine envers le bébé, augmentant le risque de maltraitance. Elle doit être étayée.
Le Fœtus
Dès le stade fœtal, le fœtus perçoit et traite des informations de son environnement via la mère (voix, bruits, odeurs, contact sensoriel). Cette mémoire biologique permet l'établissement d'un lien privilégié mère-bébé après la naissance.
- Ce lien, associé à la PMP, permet au bébé de constituer son psychisme et de s'humaniser.
- Ceci est possible si la mère parvient à faire le deuil de l'enfant fantasmatique de la grossesse et de la complétude narcissique, acceptant et adoptant le bébé réel.
La Naissance
À la séparation biologique succède une relation corps à corps, essentielle pour la satisfaction des besoins du bébé, en état de néotonie et de dépendance absolue envers un objet maternant.
Besoins Physiologiques
- Apport d'oxygène.
- Alimentation adéquate et rythme veille/sommeil stable.
- Maintien d'un milieu ambiant stable (température, rythmes des tétées, portage). Un mauvais portage peut entraîner insécurité, cris, refus de tétée.
- Protection contre les infections.
Besoins Psychologiques
Le bébé naît avec des compétences qui ne se développent qu'avec l'environnement maternant. La relation libidinale mère-bébé est essentielle pour sa survie et son développement. Les besoins psychologiques permettent l'établissement d'une atmosphère affective stable et sécurisante.
- Besoin d'être contenu dans sa vie mentale : Pour se sentir unifié, le bébé a besoin de la jonction de modalités sensorielles (portage, enveloppement, regards, contact du mamelon, paroles tendres). La fonction contenante de la mère calme les angoisses de désintégration.
- Besoin de contact corps à corps : Les contacts tactiles sécurisants sont vitaux. Winnicott souligne qu'«un bébé seul ça n'existe pas» sans bras qui le portent et le bercent (handling et holding).
- La PMP et les fonctions contenante et pare-excitations de la mère permettent au bébé de se sentir contenu et sécurisé. Il développe alors un sentiment d'omnipotence et d'illusion créatrice (Moi-monde). La mère «suffisamment bonne» présente le sein «ni trop tôt, ni trop tard».
- Besoin d'être porté : Porter, consoler, parler détoxifie les angoisses catastrophiques et les transforme en sentiments supportables.
- Besoin de succion : Indépendant du besoin alimentaire, c'est le versant libidinal de la prise de nourriture (Freud). La valeur d'amour du lait et la manière de tenir le bébé influencent sa satisfaction et son bien-être.
- Besoin de stimulations sensitivo-sensorielles : Comblé par l'allaitement (stimulations buccales, communication par le regard), le bercement (vestibulaire, kinesthésique), le chant (auditif), et les soins corporels (cutané, caresses). Ceci assure le handling et le holding (Winnicott) et stimule la zone érogène cutanée.
- Besoin de pleurer : Seul moyen d'exprimer le malaise. Les pleurs sont positifs s'ils ne durent pas trop longtemps et sont tolérables.
- Besoin de stabilité dans l'espace des personnes assurant des fonctions parentales : Ces personnes doivent être accessibles, à portée et durables.
- Besoin social de l'autre : Henri WALLON souligne le caractère primaire de l'autre. Winnicott parle d'«objectpresenting» (présentation de l'objet) pour la connaissance de l'environnement. Bowlby met en avant le besoin inné de contact social, de sécurité et d'attachement.
- Besoin de symboliser les expériences : Le jeu (notamment autoérotique) permet d'intérioriser les expériences et leurs charges émotionnelles, construisant des représentations et les objets du monde interne. Ce processus permet le passage de la trace mnésique perceptive à la représentation chose de l'objet, et la création de l'unité psyché-soma.
Le Holding et le Handling
Le développement du bébé dépend d'un environnement maternant favorable, d'où l'importance de la PMP. Cette capacité d'identification empathique se traduit par :
- Le handling (maniement) : contacts, manipulations du corps du bébé. Il l'aide à sentir son corps, à relier ses parties, participant à la personnalisation et au sentiment d'habiter son corps.
- Le holding (maintien) : manière de porter, soutenir physiquement et psychiquement le bébé, lui offrant un support continu pour un sentiment continu d'existence.
- Il correspond aux soins répondant aux besoins physiologiques du bébé, s'adaptant à ses changements.
- Le maintien physique et psychique enveloppe le bébé, diminuant son angoisse de morcellement.
- La fonction du holding est d'éviter l'interruption du sentiment de continuité d'être.
- La mère «suffisamment bonne» permet au bébé d'acquérir son unité et un sentiment de continuité d'être, base de son potentiel inné et d'une brève expérience d'omnipotence. Le holding est un support au Moi naissant, essentiel à l'intégration somatopsychique.
- L'environnement maternant «suffisamment bon» (Winnicott) constitue le «pare-excitations» (Freud) grâce à la fonction contenante (Bion) de la mère. La satisfaction de ces besoins constitue la maternalité (Racamier), conduisant à l'individualisation du bébé vers un an.
- En cas de défaillance maternelle, le sentiment d'être du bébé s'interrompt, entraînant des ruptures de soins, une angoisse d'annihilation («s'en aller en morceaux, faire une chute sans fin, mourir...» Winnicott). Un bébé ignoré peut sombrer dans la détresse.
- L'angoisse maternelle, un rythme chaotique ou rigide, empêchent la sécurité, entraînant pleurs prolongés, troubles du sommeil et de l'alimentation.
- Des traces psychosomatiques (courbe pondérale, troubles digestifs) ou maladies psychosomatiques peuvent apparaître.
- Le père joue un rôle de substitut maternel pour la mère durant cette période.
La Nécessaire Expérience Progressive de la Frustration
Le bébé doit progressivement faire l'expérience de la frustration, c'est-à-dire de l'écart entre le malaise et la réponse maternelle («mère suffisamment adéquate» de J. Mc DOUGALL). Cette frustration doit être tolérable.
- Si la frustration est excessive (carence, mauvais portage, sein tardif), le bébé vit trop tôt l'absence de l'objet, un «mauvais sein», et supprime tout désir pour ne pas être anéanti, se soumettant passivement.
- Si le sein arrive trop tôt (excès de stimulations), le bébé n'a pas le temps de connaître le besoin et ne peut faire l'expérience du manque et du désir. Il réagit par la création d'un faux self.
- Si tout se passe bien, le bébé incorpore les qualités de rêverie de la mère, construisant son propre appareil psychique et ses capacités de rêverie. Un lien mère-bébé sécurisant se met en place.
- L'amour de la mère est le prototype de l'amour ultérieur (Freud). La frustration tolérable est une épreuve capitale qui oblige l'appareil psychique à distinguer les exigences internes et externes.
Le Stade Oral (0-1 An)
Introduction
Le bébé humain naît inachevé, soumis à un «bombardement de sensations» (Donald Meltzer; Frances Tustin). Il perçoit le monde au stade d'aperception (René Spitz). Son système nerveux central immature fait que les modalités perceptives sont isolées. L'intervention de la mère (étayage maternel) permet de les rassembler et de structurer psychiquement le bébé. Après la césure de l'accouchement, la relation fusionnelle mère-bébé s'établit.
L'Exemple Princeps : La Relation au Sein
L'expérience princeps est la relation au sein, «moment d'attraction consensuelle maximum» (Donald MELTZER), avec deux composantes :
- Une nutritionnelle, en réponse à un besoin physiologique.
- Une libidinale, pour soulager la tension et apporter satisfaction.
La Composante Nutritionnelle
Le bébé éprouve un état de malaise, de tension, se désorganise et pleure. La mère interprète ses pleurs comme la faim et y répond en lui donnant le sein ou le biberon. Le bébé s'apaise, se relâche, sourit, s'endort satisfait. La mère apaise ses besoins pulsionnels, lui apportant un plaisir. Le bébé aime téter.
- L'incorporation orale : Cette alternance frustration/satisfaction se répète. Le bébé incorpore la nourriture et l'expérience du sein (objet partiel) avec les qualités de la relation mère-bébé, sans distinguer le monde interne/externe, Moi/non-Moi. L'incorporation du sein est fantasmatique.
- L'incorporation concerne tout le corps (vision, respiration, audition, peau) et permet la constitution progressive du Moi.
La Composante Libidinale
- Le bébé recherche progressivement un plaisir pulsionnel oral en dehors des repas, par la succion du pouce. La satisfaction de ce besoin vital étaye la pulsion orale : la composante libidinale du stade oral se met en place. C'est le début de l'autoérotisme, un retournement de la satisfaction pulsionnelle sur son corps propre.
- Les pulsions sexuelles se dés-intriquent des pulsions d'autoconservation.
- Le sein maternel garde une valence érotique pour la mère, même inconsciente, pouvant parfois freiner l'allaitement.
Cette relation autour de l'alimentation organise le premier stade de la vie affective. La bouche, zone perceptive fonctionnelle dès la naissance, devient le premier lieu d'entrecroisement du sensoriel et de l'affectif. La source de la pulsion est la zone bucco-labiale, son objet le sein, et son but la satisfaction d'un plaisir auto-érotique.
Des «Qualités» Maternelles Indispensables
Ceci n'est possible que si la mère (ou son substitut) ne se contente pas d'alimenter le bébé. L'amour et la séduction sont vitaux pour l'émergence du Moi et le sentiment d'être. La capacité de rêverie de la mère (W. R. Bion) est essentielle :
- Être présente physiquement et psychiquement.
- Penser à son bébé.
- Introduire l'expérience du regard (D. W. Winnicott) : la mère est un miroir où le bébé se voit et se sent exister. Le Moi de la mère sert de support au Moi immature du bébé.
- Éprouver, ressentir par identification au bébé (empathie).
Ceci permet les prémices du lien d'attachement et l'apparition d'un sentiment de réalité. Le processus de séparation Moi/non-Moi débute, aboutissant à l'idée de la mère comme objet total distinct.
Les Étapes du Stade Oral
Karl Abraham a divisé le stade oral en deux phases :
- La phase orale primitive ou stade oral passif (0-6 mois).
- La phase sadique orale ou stade oral tardif (6-12 mois).
La Phase Orale Primitive (0-6 mois)
Elle est rattachée exclusivement à la succion.
- Entre 0 et 2/3 mois : période d'omnipotence
- Indifférenciation mère-bébé : Stade anobjectal (S. Freud). Le bébé et la mère forment un tout, le sein est un prolongement du corps propre. Phase d'indifférenciation Moi/non-Moi, dedans/dehors, et de non-intégration somato-psychique. Relation d'objet fusionnelle.
- Dépendance absolue (Winnicott) aux soins maternels, caractérisée par l'autosensualité au service du sentiment de continuité d'existence.
- Identification adhésive et identité adhésive (E. Bick parle de position adhésive).
- Narcissisme primaire : Le bébé est «retourné» vers lui, ne distinguant pas lui et le sein. Relation d'objet narcissique.
- Oralité incorporative : Vise à incorporer l'objet-sein fantasmatiquement, avec toutes les qualités de la relation mère/bébé.
- Absence d'ambivalence affective : Le bébé ne connaît ni amour ni haine. Existence d'une «violence fondamentale» (Jean Bergeret), pulsionnelle et nécessaire à sa survie.
- Précurseurs somatiques de l'angoisse : Traits comportementaux (cri, tachycardie) associés à l'afflux d'excitations et à la séparation biologique.
- Phase autistique normale (M. Mahler) : Le bébé vit dans une «coquille autistique» (F. Tustin parle de «position autistique»).
- Entre 0 et 2 mois :
- Pas de séparation, mais des arrachements auxquels le bébé réagit par des crispations et une cuirasse musculaire.
- L'absence de la mère est un vide menaçant d'angoisses de «chute sans fin», de liquéfaction, d'anéantissement.
- Si la mère ne contient pas l'excitation, le bébé est débordé, vivant une «terreur sans nom» (Bion) et se défend par une «carapace autistique».
- Le lien d'attachement est crucial : «bienveillance» pour le développement, «maltraitance» pour des conduites à risques ultérieures.
- Fin de cette période (2-3 mois) : Correspond au stade de l'objet précurseur et au premier organisateur du psychisme (R. Spitz) :
- La perception du visage humain (de face, souriant, en mouvement) induit une réaction-sourire, un «sourire réponse» (Spitz), première réponse sociale indiquant une discrimination du monde externe.
- Ce sourire signe un pré-affect et une ébauche de peur devant l'inconnu. Le visage est un pré-objet.
- Ce «sourire intentionnel du troisième mois» est le premier organisateur du psychisme, base des relations sociales ultérieures.
- Cette expérience répétée permet d'ébaucher la représentation du monde externe et des éprouvés internes. Le bébé passe d'un état passif à actif.
- Le bébé sort de l'indifférenciation mère-bébé, du stade anobjectal, vers le début du stade pré-objectal. Un Moi rudimentaire commence à fonctionner, séparé du Ça. Spitz situe ici le stade pré-ambivalent.
- De 3 à 6 mois : stade préobjectal
- L'expérience de frustration orale permet au bébé de percevoir que la satisfaction vient de l'extérieur. La mère ne fusionne plus, pense à un ailleurs (censure de l'amante de Braunschweig et Fain). Les frustrations augmentent.
- Le sein est perçu, le processus de séparation-individuation (M. Mahler) commence.
- La relation d'objet devient anaclitique (Freud, Spitz) : le bébé s'appuie sur les moments de satisfaction avec l'objet partiel pour former les premières traces mnésiques.
- Les premiers affects agressifs apparaissent avec la frustration.
- Apparition du premier conflit avec un objet extérieur (le sein maternel). C'est la phase de désillusion, de perte de l'omnipotence illusoire (Winnicott), importante pour que le sein puisse être halluciné.
- L'alternance présence/absence de l'objet permet le début de la représentation. L'écart entre présence et absence, s'il est supportable, permet l'inscription de «représentations d'interactions généralisées» (Stern) et l'introduction de la tiercéité.
Processus Psychiques durant la Phase Orale Primitive (3-6 mois)
- M. Klein : la position paranoïde-schizoïde ou schizo-paranoïde.
- Le sein est clivé en «bon sein» (gratifiant) et «mauvais sein» (frustrant, persécuteur), non perçus comme le même.
- Apparition des premiers affects : colère et rage envers le «mauvais sein» (projection de l'agression), amour envers le «bon sein» idéalisé (projection de la libido).
- Les expériences sont morcelées. L'angoisse prédominante est l'angoisse de persécution.
- Mécanismes de défense : clivage, projection, idéalisation, identification projective, défenses maniaques.
- M. Mahler : la phase symbiotique et préobjectale.
- La phase préobjectale permet un lien symbiotique normal.
- La relation d'objet symbiotique coïncide avec l'apparition de la relation à des objets partiels.
- En cas de fixation ou régression à la psychose symbiotique, l'enfant oscille entre fusion avec le «bon objet» et évitement du «mauvais objet».
- S. Freud : l'hallucination négative.
- Passage de l'auto-sensualité à l'autoérotisme avec l'apparition du principe de réalité et une ouverture vers la réalité externe.
- Apparition de l'hallucination négative : le bébé commence à halluciner la mère en son absence.
À noter : Il est important de traduire en paroles les pleurs du bébé. Une préparation progressive est nécessaire lors de la reprise du travail de la mère ou de la garde du bébé. Dans les situations à risque (hospitalisation, prématurité), la création d'une «enveloppe psychique» contenante (parole, massages, odeurs) est essentielle. L'intervention professionnelle favorise le lien mère-bébé et déculpabilise les parents.
Sur le plan psychopathologique, les troubles du bébé s'expriment par le corps (l'intégration somatopsychique n'étant pas accomplie) :
- Troubles somatiques (sommeil, alimentation, digestifs, respiratoires, métaboliques).
- Troubles psychosomatiques (dermatologiques, infections, retard de développement).
- Fixations ou régressions d'allure autistique ou psychotique.
- Automutilations psychotiques ultérieures pour se sentir exister.
La Phase Sadique Orale (6 mois - 1 an)
Avec l'apparition des premières dents, la succion se complète d'une activité de morsure. Succion + morsure devient le premier instrument pour déployer activement l'agressivité sur le mode sadique. Le désir de sucer et de détruire l'objet constitue le sadisme oral.
Cette phase est dite :
- De dépendance relative (Winnicott) : Le bébé prend conscience de sa dépendance et commence à comprendre le langage.
- Ambivalente : Le bébé réalise que le «bon sein» et le «mauvais sein» sont le même objet. Le sein n'est plus clivé et devient un objet total, source de sentiments contradictoires (amour et haine). L'unification des pulsions agressives et libidinales a lieu. Freud : «l'objet naît dans la haine». Winnicott : «de la haine de la mère que naît la mère «suffisamment bonne»».
- Sadique : Morsure du sein, tirage de cheveux, griffures du visage de la mère.
- Cannibalique : L'incorporation devient destructrice. Les pulsions cannibaliques prédominent. Fantasmes de dévoration et de morcellement du corps maternel s'associent aux fantasmes d'incorporation.
- Les pulsions cannibaliques et l'ambivalence sont réactivées chez la mère, s'exprimant par des plaintes d'épuisement. Cette ambivalence ne doit pas être excessive.
- L'angoisse prédominante est l'angoisse de dévoration, succédant à celle de persécution.
Mouvements Psychiques durant le Stade Sadique Oral
- Mélanie Klein : La position dépressive et la dépression princeps.
- Vers 8 mois, le bébé intériorise sa mère comme objet total. Il devient un individu (distinct de sa mère) et un sujet (vie psychique propre, Moi propre, distinction Moi/non-Moi). L'identification avec la mère augmente.
- C'est le stade de la position dépressive : Les angoisses d'abandon, de perte de l'objet aimé (la mère, objet total d'amour et de haine) prévalent.
- Cette période est structurante. Le bébé accède à la reconnaissance de son existence propre. Il éprouve envers la mère (personne totale, source du bon et du mauvais) des affects d'amour, d'agressivité et de haine.
- L'angoisse dépressive est l'angoisse de perte de cet objet total. En l'absence de la mère, des affects de peur et de désarroi surviennent, liés à des fantasmes destructeurs. Un intense sentiment inconscient de culpabilité primaire apparaît, ainsi qu'un Surmoi archaïque et cruel.
- Cette angoisse est une étape normale du développement : la dépression princeps, source de toutes les dépressions ultérieures. Elle est anaclitique, induite par l'absence de la mère.
- Les émotions du bébé sont variées (peur, colère, amour, haine, détresse, culpabilité archaïque), s'accompagnant du rejet des inconnus et de l'agrippement à la mère.
- Un mécanisme de défense apparaît : la réparation, permettant de préserver l'objet maternant, d'inhiber l'agressivité et de dépasser l'angoisse dépressive. Le bébé peut aussi recourir à la défense maniaque (déni, clivage, idéalisation, contrôle omnipotent).
- Pour aider à dépasser la position dépressive, la mère doit contenir la culpabilité du bébé en acceptant ses manifestations de réparation.
- René Spitz : Le deuxième organisateur du psychisme.
- Spitz nomme l'angoisse dépressive l'«angoisse du 8ème mois», première angoisse structurante.
- Il insiste sur la peur des personnes non familières et le refus de contact. Cette angoisse devant l'étranger est induite par la peur de perdre la mère (objet primaire), personne unique et totale.
- L'angoisse du 8ème mois prouve que l'enfant rejette tout sauf l'objet unique, ayant trouvé le partenaire pour des relations objectales au sens propre.
- Elle permet l'intégration progressive du Moi du bébé grâce à l'augmentation des traces mnésiques, distinguant le Moi du non-Moi. Le Moi établit des frontières.
- Cette angoisse est l'indicateur du deuxième organisateur du psychisme. Une véritable relation objectale avec la mère a lieu. La position persécutive est abandonnée, l'intégration somatopsychique a lieu.
- L'angoisse du 8ème mois est structurante car elle permet des relations discriminées, des conduites d'imitation et d'identification.
- La structuration concerne les secteurs perceptif, moteur et affectif. Le bébé devient capable de décharger volontairement ses tensions affectives (jalousie, colère, joie).
- Avec l'angoisse de perte de l'objet aimé, les angoisses de séparation et d'abandon entraînent le besoin de possession de l'objet, d'où son introjection.
- Winnicott : Le stade de l'inquiétude.
- L'accueil par la mère des manifestations du bébé lui permet de constater qu'elle lui survit, n'a pas été détruite. Le bébé fait la différence entre ses intentions/fantasmes et la réalité.
- La réparation développe les capacités de don, diminue la culpabilité, développe la socialisation et les premiers éléments du sens moral.
- Si le bébé s'appuie sur de bonnes expériences et les introjecte, il accepte ses pulsions destructrices et l'angoisse dépressive, la dépasse. Le processus de deuil, la nostalgie, le désir de réparation naissent, ainsi que l'acceptation de la réalité concrète. Il accède au symbolisme et à l'activité de penser.
- La mère doit survivre aux attaques du bébé, transformer son agressivité en quelque chose de ludique, de gérable, de sociable (introjection). Elle signifie au bébé qu'il n'est pas mauvais.
- En l'absence de la mère, le bébé peut s'appuyer sur d'autres objets d'attachement. La répétition de la perte et de la réparation enrichit le Moi et met en place les mécanismes de la symbolisation (langage, sublimation, créativité).
- La position dépressive est une étape décisive du développement du sentiment d'identité, élaboré dans l'intersubjectivité. C'est un travail douloureux, jamais achevé.
- Si les mauvaises expériences prédominent, le bébé ne dépasse pas la position dépressive, entraînant un arrêt du développement psychique, une vacuole vide dans le Moi, un Surmoi archaïque et cruel, et des entraves à la socialisation. Il risque d'être submergé par les angoisses de séparation, d'abandon et de perte. L'objet maternel ne peut être intériorisé comme objet total.
Winnicott : L'Objet Transitionnel et les Phénomènes Transitionnels
Entre 5-6 mois et un an, des bébés s'accrochent à des objets doux (peluche, chiffon) qui acquièrent une grande valeur. Winnicott relie l'autoérotisme et la relation objectale, concluant que l'objet transitionnel permet le passage entre le principe de plaisir et le principe de réalité, si la mère est «suffisamment bonne».
- L'objet transitionnel est la première possession «non-Moi» du bébé. Il n'est ni externe, ni interne, ni une hallucination. Il exprime une activité autoérotique dans des situations anxiogènes, créant l'illusion qu'un objet (sein, mère) absent est présent.
- Il se situe dans une zone intermédiaire entre le bébé et l'objet maternel, dans l'espace potentiel de leur réunion après séparation.
Caractéristiques de l'Objet Transitionnel
- Il participe à la créativité et à la vie imaginative du bébé. C'est un objet créé par le bébé, réel, mais mis à la place du sein ou de la mère.
- Utilisé dans des situations anxiogènes (absence de la mère, coucher), il représente la difficulté à se représenter psychiquement la mère absente.
- Il représente l'image de l'environnement maternant en voie d'introjection mais non encore symbolisée. Il permet de se représenter le lien avec la mère et de supporter son absence, gardant la continuité de son existence et de sa sécurité. C'est le symbole de la mère.
- Il permet la «capacité d'être seul en présence de la mère» (Winnicott), base de l'amitié et matrice du transfert.
- Il permet une expérience positive de la solitude et lutte contre les angoisses dépressives. C'est une défense contre l'angoisse dépressive.
- Il aide le bébé à établir une emprise sur les expériences de séparation, matérialisant le lien absent.
- Le bébé intériorise l'objet maternant. Avec le langage symbolique, il peut être seul sans l'objet transitionnel (le mot «maman» suffit).
- Normalement, l'objet transitionnel est désinvesti progressivement et abandonné sans regret. Il répond à une nécessité développementale.
Utilisation de l'Objet Transitionnel
Il est important de ne pas le laver ni le changer pour qu'il garde sa fonction (odeurs, affects), car cela détruirait sa signification.
Ses Qualités
- L'utilisation de l'objet est plus importante que l'objet lui-même. Le bébé l'utilise uniquement si l'objet maternel en voie d'intériorisation est vivant, réel et «suffisamment bon».
- Si l'objet maternel est carencé, l'objet interne devient persécuteur ou mort. L'objet transitionnel perd alors sa signification.
- En cas de carence maternelle, le bébé peut rester fixé à une relation fusionnelle, désinvestir prématurément l'objet transitionnel, ou l'utiliser de façon pervertie (troubles alimentaires).
L'Objet Transitionnel est un Objet Culturel
Il n'existe pas dans toutes les cultures, notamment celles qui privilégient le contact corporel mère-bébé.
L'Espace Transitionnel : un Espace A-conflictuel et Intermédiaire
Le phénomène transitionnel, en tant qu'espace transitionnel, est un espace psychique intermédiaire entre le bébé et sa mère, aménagé par la fonction d'étayage. C'est une aire de jeu a-conflictuelle qui permet d'élaborer les angoisses de séparation et d'insécurité, de supporter la séparation et la régression liées à l'endormissement. Il est nécessaire au développement de l'enfant.
En cas de troubles du sommeil ou d'hospitalisation, la présence d'un objet réel transitionnel et de rituels peut aider à diminuer les angoisses.
Psychopathologie de l'Objet Transitionnel
Des distorsions peuvent exister dans son utilisation :
- Utilisation excessive après 5-6 ans : impossibilité de renoncer à l'illusion de toute-puissance ou à la protection régressive. Risque de devenir un objet fétiche.
- Chez les enfants autistiques : absent ou dur, métallique, à morphologie bizarre. L'objet est cassé puis abandonné.
- Chez les enfants psychotiques : absent ou mou, mécanique, détruit et abandonné.
- Les enfants prépsychotiques utilisent un objet réel transitionnel.
Lacan : Le Stade du Miroir (Entre le 6ème et le 18ème mois)
Jacques Lacan a étudié l'intégration de l'image du corps dans la constitution du sujet. Le stade du miroir permet au bébé de conquérir l'image de son corps propre unifié, différent du fantasme du corps morcelé, par identification à l'image du semblable, lorsque la mère devient un objet total et qu'il se conçoit comme un sujet total.
Trois Étapes du Stade du Miroir
- Vers 6 mois : Le bébé perçoit son reflet, le confond avec une autre personne (sa mère), ne distinguant pas l'image de la réalité.
- Vers 1 an : Il comprend que l'image n'est pas un objet réel, mais ne la reconnaît pas encore comme sienne. Il regarde le miroir, puis sa mère.
- Vers 18 mois : Reconnaissance de sa propre image. Il comprend que l'image dans le miroir est une représentation symbolique de lui-même, une image totale de son corps. Il s'admire, rit, s'assume comme personne unique et unifiée. Il conquiert son identité par identification.
Par le regard de l'autre (miroir) et la reconnaissance de l'objet comme autre, le bébé construit la connaissance de soi et la reconnaissance d'autrui, la différenciation Moi/non-Moi, et son identité. Cette reconnaissance n'est stable qu'à la fin de la période œdipienne (5-6 ans).
En psychopathologie, l'échec de cette expérience dans les psychoses infantiles entraîne une régression ou fixation au fantasme du corps morcelé, altérant le sentiment d'identité et l'image du corps propre.
Le Sevrage
Avec la résolution du stade oral vers un an, la relation corps à corps doit cesser d'être exclusive au moment du sevrage, pour favoriser la séparation-individuation, l'autonomisation et la naissance à la subjectivité du bébé.
- Le sevrage est le conflit relationnel caractéristique de la fin du stade sadique oral.
- C'est souvent un traumatisme psychique, une crise vitale et psychique liée à l'ablactation (introduction d'aliments non lactés, discontinuité de la cuillère).
- Ce conflit laisse une trace permanente de la relation biologique interrompue.
Pour Winnicott, le sevrage est un processus interactif d'«illusion-désillusionnement». La mère, passant de «suffisamment bonne» à «suffisamment mauvaise», doit «désillusionner progressivement» le bébé pour lui permettre de passer du principe de plaisir au principe de réalité. C'est un désillusionnement fondateur.
Françoise Dolto appelle ce «deuxième grand renoncement» (après la «castration ombilicale») la «castration orale», «castration symboligène de la langue du téton» (castration humanisante) qui interdit symboliquement la relation corps à corps.
Cette castration orale, nécessaire à la séparation-individuation, permet de symboliser sans traumatisme l'interdit du corps à corps et du cannibalisme, de l'intérioriser et de l'accepter.
Pour éviter un traumatisme psychique négatif, le sevrage doit être ponctué de séparations progressives (Dolto) :
- Une seule rupture à la fois : d'abord du sein, puis de l'espace de sécurité (biberon donné par une autre personne, puis en l'absence de la mère).
- La mère doit accepter de renoncer au plaisir du corps à corps pour un plaisir à distance :
- Renforcement du holding lors de l'alimentation à la cuillère (toucher, regard, paroles).
- Au niveau du langage, nommer les objets, multiplier les imitations et vocalises.
Ces échanges ludiques facilitent la mémorisation des traces mnésiques de la mère et la permanence de sa présence psychique. La présence physique permanente de la mère n'est plus un besoin. La maîtrise du langage et des échanges à distance enrichit les interactions.
L'alimentation solide doit être présentée comme une appropriation, non un gavage. Le destin des pulsions orales est déterminé par les conditions du sevrage. Un sevrage harmonieux et symbolique conduit à :
- L'interdit du cannibalisme.
- La construction d'un lien sécurisant, d'un espace imaginaire et d'un fonctionnement mental riche.
- La découverte de nouveaux moyens de communication avec des objets totaux. L'incorporation n'est plus possible.
- L'interdiction du maintien permanent de la relation corps à corps pour une relation à distance médiatisée par le langage. Les pulsions orales, sublimées, se transforment en désir et en possibilité de parler. Le mot «maman» signifie la représentation de la mère absente et son manque.
Freud avait souligné le rôle de l'absence dans la naissance du sujet et de l'objet comme personne unique, ainsi que dans l'accession à la parole-langage. La séparation et le deuil de l'objet primaire sont nécessaires. Nicolas Abraham et Maria Torok ont décrit le passage de la «bouche pleine de sein à la bouche pleine de mots» via l'«expérience de bouche vide» comme les débuts de l'introjection.
Psychopathologie des Pulsions Orales
Le destin des pulsions orales est pathologique dans deux cas :
- Sevrage trop précoce : Avant que les pulsions investies sur l'objet maternel n'aient pu se déplacer. Le bébé risque de rester fixé à une relation de type oral primitif.
- Sevrage trop tardif : Maintien prolongé de la relation corps à corps, entraînant un excès de plaisir et d'incorporation. L'introjection de l'objet total est empêchée, le renoncement au plaisir répétitif est difficile, la sublimation des pulsions orales ne peut se faire.
Le Refus du Sevrage chez le Bébé
Il correspond à une tentative de rétablir l'image de la relation nourricière à la mère. L'image inconsciente (imago) du sein maternel demeure clivée en une bonne imago nourricière et une mauvaise imago persécutrice.
Les Ratés du Sevrage
- Difficultés alimentaires (anorexie, boulimie, pica, potomanie).
- Difficultés d'apprentissage de la parole-langage.
- Troubles du sommeil (terreurs nocturnes).
- Déclenchement de maladie somatique après l'entrée en crèche.
- Recours itératif à la succion du pouce/index.
- Besoin d'être porté en permanence.
- Incapacité à gazouiller et vocaliser au réveil.
- Bébés trop sages ou qui crient continuellement de manière stéréotypée.
- États dépressifs (dépression anaclitique, hospitalisme).
Fin du Stade Oral
L'alternance de présences et d'absences (tolérables) de soins maternels offre un rythme rassurant, donnant au bébé le sentiment de continuité d'être au monde. Le bébé découvre qu'il est une personne autonome (marche, verticalité), capable d'accomplir de plus en plus de choses. Des régressions sont possibles, il ne faut pas attendre trop d'autonomie.
Si la séparation est vitale et la perte symbolique nécessaire, les soins maternels doivent être «suffisamment adéquats» pour permettre au bébé d'intérioriser un «bon objet interne» (Freud), image inconsciente d'une bonne mère contenante et secourable. La culpabilité primaire du bébé doit être dédramatisée et prise en charge par son environnement.
Les soignants doivent être attentifs à la qualité des relations mère-bébé et repérer les difficultés pour mettre en place un accompagnement parental, en prévention de problématiques psychopathologiques et de pathologies lourdes chez le bébé.
En cas d'hospitalisation du bébé seul, les pleurs sont un indice que la séparation n'a pas induit de clivage et qu'il exprime sa souffrance. Un environnement stimulant (décorations, jouets), la présence d'un adulte de confiance, la parole des soignants et les visites de la fratrie sont importants.
À la fin de la première année, avec l'acquisition de la marche autonome, le bébé différencie dedans/dehors, Moi/non-Moi, interne/externe : il perçoit que la tension naît en lui et que la satisfaction vient du dehors.
La période de un à deux ans constitue une transition entre la vie de nourrisson et celle de petit enfant.
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