Destins cellulaires : Apoptose, Sénescence, Différenciation
50 cardsFlashcards détaillant la sénescence, l'apoptose, la nécrose et la différenciation cellulaire, incluant leurs mécanismes et conséquences.
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Les Destins Cellulaires : Vieillissement et Mort Cellulaire
Ce chapitre explore les différents destins possibles d'une cellule, en se concentrant sur la sénescence, l'apoptose et la différenciation. Comprendre ces mécanismes est crucial pour saisir l'homéostasie de l'organisme et les pathologies associées.
I. Le Destin Cellulaire
Une cellule en phase G1 a deux options principales :
- Rester dans le cycle cellulaire pour proliférer.
- Sortir du cycle cellulaire et entrer en quiescence (phase G0). Cette phase est réversible, permettant à la cellule de réintégrer le cycle ou de s'engager définitivement dans la différenciation, l'apoptose ou la sénescence.
Les cinq principaux destins cellulaires sont la prolifération, la quiescence, la différenciation, l'apoptose et la sénescence.
II. Apoptose
A. Généralités, vue d'ensemble
L'apoptose est une mort cellulaire programmée, un "suicide cellulaire" essentiel à l'homéostasie de l'organisme. Elle régule la vie et la mort cellulaire, sculpte les organes (ex: formation des doigts chez le fœtus) et protège contre le cancer en éliminant les cellules anormales.
C'est un processus physiologique (ou parfois pathologique), programmé, régulé et qui se déroule sans inflammation. Elle se distingue de la nécrose, qui est une mort cellulaire non programmée, toujours pathologique et inflammatoire.
Un troisième type de mort cellulaire est l'autophagie, un phénomène physiologique d'élimination de pathogènes ou de composants cellulaires endommagés. Une autophagie dérégulée peut devenir pathologique (diabète, obésité, maladies neurodégénératives).
Caractéristiques de l'apoptose :
- Mort cellulaire programmée (suicide cellulaire).
- Processus physiologique ou pathologique.
- Régulé et sans inflammation.
- Rôle dans l'homéostasie, la morphogenèse et la protection anti-cancer.
B. Déroulement de l'apoptose
1. Les deux voies de l'apoptose
L'apoptose peut être déclenchée par deux voies principales : la voie intrinsèque (mitochondriale) et la voie extrinsèque.
| Voie Intrinsèque (Mitochondriale) | Voie Extrinsèque |
| Cause : Dommages à l'ADN (principalement) ou signaux internes. | Cause : Médiée par des récepteurs de mort à la surface cellulaire. |
| Étape 1 : Activation de la protéine p53 en cas de dommage à l'ADN. | Étape 1 : Trimérisation du récepteur de mort (ex: Fas). |
| Étape 2 : p53 entraîne la libération du cytochrome C de la mitochondrie. Le cytochrome C se lie à Apaf-1, recrutant la pro-caspase 9 pour former l'apoptosome. | Étape 2 : L'association des trois récepteurs permet le recrutement d'une protéine adaptatrice FADD (Fas-Associated protein with Death Domain). |
| Étape 3 : La pro-caspase 9 (caspase initiatrice) est activée par l'apoptosome. Elle clive la pro-caspase 3 en caspase 3 active, qui déclenche la mort cellulaire. | Étape 3 : FADD recrute la pro-caspase 8. |
| Étape 4 : La pro-caspase 8 est activée par sa liaison avec les récepteurs et FADD, formant le DISC (Death-Inducing Signaling Complex). | |
| Étape 5 : La caspase 8 clive la pro-caspase 3 en caspase 3 active, qui déclenche la mort cellulaire. |
Ces deux voies sont interconnectées :
- La voie extrinsèque peut contrôler la voie intrinsèque via la protéine Bid. La caspase 8 clive Bid, qui active la voie intrinsèque par libération du cytochrome C.
- La voie intrinsèque peut contrôler la voie extrinsèque via les protéines Smac/Diablo, libérées par la mitochondrie avec le cytochrome C. Elles inhibent les IAPs (Inhibitors of Apoptosis Proteins), qui sont des inhibiteurs de l'apoptose.
2. Déroulement de l'apoptose
Les caspases sont des cystéines protéases, enzymes cytosoliques clés de l'apoptose. Elles clivent des protéines cibles et existent en deux types :
- Caspases initiatrices (ex: caspases 8 et 9) : Possèdent un long pro-domaine permettant leur auto-activation. Elles clivent et activent les caspases effectrices.
- Caspases effectrices (ex: caspases 3 et 7) : Possèdent un court pro-domaine. Elles sont activées par les caspases initiatrices et clivent de nombreuses protéines cibles, conduisant à la mort cellulaire.
La caspase 3, une caspase effectrice majeure, clive divers substrats, entraînant des conséquences biochimiques variées qui mènent à l'apoptose :
- Protéines structurales : Actine, fodrine, gelsoline, kératines, lamines.
- Protéines de signalisation : Nombreuses kinases.
- Protéines du métabolisme de l'ADN/ARN : Poly ADP ribose polymérase, DNA-dependent protéine kinase, Histone H1, hnRNP-C (ribonucléide nucléaire).
- Protéines "facteur nucléaire" et du cycle cellulaire : pRb, cycline A2.
Le clivage de ces substrats conduit à la fragmentation de l'ADN et aux changements morphologiques caractéristiques de l'apoptose.
3. Contrôle moléculaire et cellulaire de l'apoptose
a. La voie intrinsèque dépend de la libération du cytochrome C mitochondrial :
- La libération du cytochrome C est contrôlée par les protéines de la famille Bcl-2.
- Cette famille comprend des protéines anti-apoptotiques (ex: Bcl-2) et pro-apoptotiques (ex: Bax).
- Ces protéines forment des complexes variables au niveau de la membrane mitochondriale, contrôlant l'ouverture de canaux et donc la libération du cytochrome C.
b. La voie intrinsèque est contrôlée par la protéine p53 "gardienne du génome" :
- La protéine p53 détecte les dommages à l'ADN.
- Si l'ADN est réparable, p53 active l'expression de p21, bloquant la cellule en G1/S pour permettre la réparation.
- Si l'ADN est définitivement endommagé, p53 déclenche l'apoptose.
c. La voie extrinsèque est initiée par l'activation de récepteurs de signaux de mort :
- Un ligand de mort se fixe à un récepteur, entraînant sa trimérisation.
- Ceci recrute les protéines adaptatrices FADD, puis la pro-caspase 8.
- La formation du DISC (Death-Inducing Signaling Complex) active la caspase 8, initiant la cascade apoptotique.
III. Sénescence
A. Généralités, vue d'ensemble
La sénescence est un état de vieillissement cellulaire caractérisé par une perte irréversible de la capacité de proliférer, sans que la cellule ne soit en apoptose. Elle ne répond plus aux mitogènes.
Il existe deux types de sénescence :
- Sénescence physiologique (réplicative) : Dépendante de l'érosion télomérique. Les télomères raccourcissent à chaque division, limitant le nombre de réplications (limite de Hayflick).
- Sénescence pathologique (prématurée) : Résulte de stress cellulaires comme les dommages à l'ADN, le stress oxydant (ROS/EROS), le stress métabolique, le stress du réticulum endoplasmique ou l'activation d'oncogènes.
Les cellules sénescentes sont difficiles à distinguer morphologiquement, mais présentent un phénotype biochimique distinct (arrêt permanent du cycle, résistance aux mitogènes) et un phénotype sécrétoire (SASP).
B. Sénescence réplicative, l'érosion télomérique et limite de Hayflick
1. Télomères et télomérases
- Les télomères sont des séquences d'ADN non codantes répétées (TTAGGG chez l'homme) situées aux extrémités des chromosomes.
- Ils sont synthétisés par les télomérases, des enzymes spécifiques.
2. Télomères et sénescence réplicative
- Dans les cellules somatiques normales, la télomérase est peu ou pas exprimée. Lors de la réplication, l'ADN polymérase ne peut pas répliquer l'extrémité du chromosome, entraînant un raccourcissement des télomères de 50 à 200 pb par mitose.
- Un télomère humain mesure environ 5-15 kb, permettant une cinquantaine de mitoses en moyenne avant que la cellule n'atteigne la limite de Hayflick et entre en sénescence.
- La limite de Hayflick est le nombre maximal de divisions qu'une population de cellules normales peut effectuer avant d'arrêter de se diviser.
- Dans les cellules germinales, la télomérase est fortement exprimée, maintenant la longueur des télomères.
3. Télomères, télomérase et différenciation cellulaire
La régulation de la télomérase et la longueur des télomères sont liées à la différenciation cellulaire. Les cellules souches ont une activité télomérase élevée, tandis que les cellules différenciées ont une activité faible, contribuant à leur sénescence réplicative.
C. Sénescence prématurée, stress cellulaire et dommages de l'ADN
La sénescence prématurée est induite par divers facteurs de stress qui causent des dommages à l'ADN :
- Anomalies des télomères.
- Stress oxydant (ROS/EROS).
- Activation des oncogènes.
- Culture cellulaire prolongée.
- Médicaments cytotoxiques.
- Stress métabolique (ex: diabète induisant la sénescence des cellules pancréatiques).
D. Les deux grands mécanismes de la sénescence cellulaire
1. La réponse aux dommages de l'ADN : DDR (DNA Damage Response)
- La DDR est un ensemble de voies de signalisation et de mécanismes enzymatiques qui tentent de réparer les cassures de l'ADN.
- Des senseurs détectent les dommages, des médiateurs transmettent l'information aux effecteurs.
- La DDR peut soit empêcher la sénescence (si réparation efficace), soit la provoquer (si dommages irréparables).
- La protéine p53 est un acteur majeur de la DDR, reconnaissant les dommages à l'ADN et pouvant orienter la cellule vers la réparation ou la sénescence/apoptose.
2. Le SASP : Senescence-Associated Secretory Phenotype
- Les cellules sénescentes ont une forte activité métabolique et produisent et sécrètent de nombreuses molécules, formant le SASP.
- Ces molécules sont souvent pro-inflammatoires (cytokines) et agissent sur la cellule elle-même (autocrine) ou sur son environnement (paracrine).
E. Les différentes conséquences de la sénescence
1. Conséquences cellulaires
- L'accumulation de cellules sénescentes sécrétant des molécules pro-inflammatoires recrute des cellules immunitaires.
- Ces cellules immunitaires phagocytent les cellules sénescentes (clearance des cellules sénescentes).
- Si le système immunitaire est dépassé, l'accumulation de cellules sénescentes peut conduire au vieillissement, à l'apoptose ou au développement de cancers.
2. Conséquences tissulaires
- L'accumulation de cellules sénescentes affecte tous les tissus.
- Le système immunitaire, lui aussi touché par la sénescence, devient moins efficace pour la clearance.
- Les marqueurs de la sénescence tissulaire incluent la DDR et la perte de la lamine B1.
3. Conséquences sociétales
- Le vieillissement de la population est un défi, avec une espérance de vie en bonne santé qui diminue.
- Le vieillissement est une conséquence de la sénescence cellulaire, tissulaire et de l'organisme, influencé par le patrimoine génétique, l'environnement et les stress.
- La fréquence des maladies augmente avec l'âge.
4. Pathologies du vieillissement
- Maladies rares liées à la sénescence :
- Progéria : Vieillissement prématuré (mort vers 13-14 ans), causée par une mutation sur le gène de la lamine A. Fréquence : 1/4 à 1/8 millions.
- Syndrome de Werner : Causé par une mutation sur le gène WRN. Fréquence : 1/(1 à 10 millions).
- Maladies associées à la sénescence (fréquentes) : Cancer, maladie d'Alzheimer, ostéoporose, athérosclérose.
IV. Différenciation
A. Définition et vue d'ensemble de la différenciation
La différenciation est un phénomène cellulaire génétiquement déterminé et hautement contrôlé par lequel une cellule acquiert des caractéristiques spécifiques et des fonctions particulières. Elle est souvent accompagnée d'un arrêt durable (mais réversible) du cycle cellulaire et confère un phénotype spécifique aux cellules.
B. Cellules souches, cellules totipotentes et pluripotentes
- La différenciation est capitale durant le développement embryonnaire, permettant de générer tous les types cellulaires à partir de la cellule œuf.
- Les cellules totipotentes (ex: cellules du stade blastocyste) peuvent se différencier en n'importe quel type cellulaire et donner naissance à des cellules unipotentes ou multipotentes. Elles sont à l'origine de l'organogenèse.
- Les cellules pluripotentes peuvent se différencier en presque tous les types cellulaires, mais pas en un organisme entier (contrairement aux totipotentes).
C. Mécanismes moléculaires de la différenciation
1. Expression/répression de gènes
La différenciation implique la sélection et l'expression d'un panel de gènes spécifiques :
- Gènes du groupe 1 (housekeeper) : Exprimés dans presque toutes les cellules (fonctions de base).
- Gènes du groupe 2 (prolifération) : S'éteignent dans les cellules différenciées.
- Gènes du groupe 3 (spécifiques, non différenciées) : Ex: gènes spécifiques des cellules intestinales non différenciées.
- Gènes du groupe 4 (spécifiques, différenciées) : Ex: gènes spécifiques des cellules intestinales différenciées (fonction).
- Gènes du groupe 5 (spécifiques, cutanées) : Ex: gènes spécifiques des cellules cutanées différenciées ou non.
2. Facteurs déterminant la différenciation
Trois types de facteurs influencent la différenciation :
- Facteurs diffusibles : Sécrétés par les cellules de l'environnement (hormones, facteurs de transcription).
- Matrice extracellulaire : Agit via les intégrines.
- Contact cellule-cellule : Médié par des molécules comme la cadhérine.
La part du hasard est également à prendre en compte.
D. Reprogrammation cellulaire : cellules IPS
- Il est possible de restaurer la pluripotentialité d'une cellule unipotente pour obtenir des cellules souches pluripotentes induites (iPS).
- L'expression de quatre gènes est suffisante et nécessaire : Oct3/4, Sox2, c-Myc, Klf4.
- Les cellules iPS peuvent être redifférenciées en n'importe quel type cellulaire.
- Cette reprogrammation est utile en thérapeutique pour reprogrammer des cellules malades ou restaurer des fonctions cellulaires déficientes (neurones, cellules cardiaques, hépatocytes, cellules pancréatiques bêta).
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