Critique du monde biomédical contemporain
52 cardsAnalyse des fondements, enjeux et limites de la biomédecine moderne, incluant les dimensions épistémologiques, anthropologiques et éthiques.
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Introduction aux Sciences Humaines en Santé
Cette fiche récapitulative aborde l'évolution des professions de santé, l'approche critique du monde biomédical et le dialogue entre médecine et philosophie, en soulignant l'importance des sciences humaines.
Les Professions de Santé : Un Contrat Social
Cursus commun : Fondé sur les connaissances scientifiques sur le corps humain.
Pratique : Concerne l'être humain dans son vécu, ses expériences du corps et la privation de fonctions vitales.
Monopole du soin : Repose sur un contrat social basé sur le savoir scientifique et les sciences humaines et sociales.
Interrogations sur les Professions de Santé
Les professionnels de santé répondent à une demande complexe de l'homme souffrant et du citoyen.
La santé est un sujet omniprésent (médias, réseaux sociaux, biotechnologies).
Nécessité d'une problématisation globale de l'activité médicale contemporaine.
Approche Critique du Monde Biomédical Contemporain
Analyse de la transformation de la médecine et des défis posés par le scientisme.
Médecine Moderne et Biomédecine
Médecine moderne (XIXème siècle) : Rupture avec les pratiques anciennes mêlant expérience, morale et religion.
Biomédecine (milieu du XXème siècle) : Basée sur la connaissance du vivant, née de l'interaction entre recherche scientifique et clinique (CHU).
Le Scientisme : Espoir et Fissure
Idéologie née avec la médecine scientifique, espérant que les méthodes scientifiques résoudraient tous les besoins humains.
Fissure fin XXème siècle : Remise en cause de la « foi aveugle » dans la science.
Analyse critique via un double questionnement :
Épistémologique : Nature des connaissances.
Anthropologique : Modalités de l'existence humaine.
3 Axes de Questionnement des Pratiques de Santé
Épistémologie :
Étude critique des principes, hypothèses et résultats des sciences (Piaget).
3 questions fondamentales (Lemoigne) : Qu'est-ce que la connaissance ? Comment est-elle constituée ? Comment apprécier sa validité ?
Anthropologie :
Étude de l'homme dans les modalités qualitatives de son existence concrète (façon de vivre).
Éthique :
Questionnement sur la finalité, sur ce qu'il est bon de faire.
Appréciation de la valeur et orientation des pratiques souhaitables.
Problématique Épistémologique du Savoir Scientifique
Le savoir scientifique, bien que dominant, présente des limites et une fonction idéologique.
Un Savoir Dominant
Conditionne le rapport au corps et est perçu comme un progrès continu.
Implique un regard spécifique sur le corps.
Considéré comme une norme de référence (« la science est un fait » selon Nadeau).
Objectifs de l'épistémologie : justifier, évaluer et légitimer ce savoir.
Savoir porteur d'une fonction idéologique de normalisation et légitimation (Habermas).
MAIS les données biomédicales ne sont pas toujours suffisantes pour le jugement clinique.
Questionnement de l'Épistémologie au Regard des Pratiques
Origine : insuffisance des connaissances scientifiques pour le jugement médical, nécessitant la prise en compte des aspects cliniques.
Le bagage scientifique est insuffisant pour aborder la singularité de la pratique.
Remise en question des limites pratiques de l'interprétation biomédicale du pathologique (« théorie officielle du malheur » selon Favret-Saada).
Dialogue entre Médecine et Philosophie
Historique des interactions entre ces deux disciplines.
Origines d'une Approche Rationnelle (VIIIème siècle av. J.-C.)
Médecine : Coexistence de médecine rationnelle (raisonnement, observation) et magique/religieuse.
Philosophie : Approche rationnelle du monde (Présocratiques, souvent médecins).
Convergences (Vème siècle av. J.-C.)
Approche rationnelle globale : Hippocrate en médecine (santé comme finalité), Platon en philosophie (représentation globale de l'être), Aristote (logique).
Implantation culturelle et sociale par l'enseignement (la médecine est un segment important de la vie sociale).
Valorisation de la santé : Objet le plus précieux, modèle de l'Art selon Platon.
Double exigence : Connaissance organisée et art de bien vivre.
Divergences (Vème siècle av. J.-C.)
Médecine | Philosophie | |
Fondements | Pratique, tradition, objet la santé. | Instance critique de questionnement (réflexion, expérience). |
Démarches | Privilégie la clinique (singularité de la personne, pathogénèse, histoire individuelle). | Fonde l'art médical sur la connaissance de la nature de l'homme et du vivant (Aristote, biologie), privilégiant l'étiologie (causes et effets). |
Inversion du Dialogue (XXème siècle)
Biomédecine | Philosophie | |
Dimension Clinique | Occultée par les technologies. | |
Approche du corps | Discours scientifique, corps comme objet décomposable (« it »). | Corps-propre inscrit dans une existence singulière (Merleau-Ponty), abordé à la 1ère personne (« je »). |
Sciences de la Nature et Sciences Humaines
Deux approches complémentaires pour comprendre l'homme et la santé.
Deux Postures de Connaissances Différentes
Sciences de la Nature | Sciences Humaines | |
Fondement | Modèle des sciences exactes (physique, chimie). | Modèle des sciences de la nature, puis émancipation (homme non seulement objet naturel - psychologie, anthropologie, philosophie). |
Objectif | Étudier quantitativement les objets naturels (mesure). | Étudier l'homme dans les modalités qualitatives de son existence (travail, culture, recherche de sens). |
Deux Regards Complémentaires
Sur l'homme : un « être bioculturel unique » (Jacquard), conscient, incarné, sensible, capable de choix, semblable et altérité.
Sur les activités de santé :
Pratiques d'intersubjectivité (réciprocité des consciences, patient-professionnel).
Non indépendantes d'autres pratiques humaines.
Dimension éthique (ce qu'il vaut mieux faire pour l'autre).
Inscrites dans une culture.
Objectivation de la Maladie - L'Esprit Scientifique (Positif)
Comment la connaissance scientifique s'est construite et a influencé la perception de la maladie.
Construction des Connaissances Scientifiques (Thomas Kuhn)
Élaboration sur base de paradigmes (modèles partagés par une communauté scientifique).
Progression discontinue sous forme de révolutions (changements de modèles).
Grâce à l'efficience du système des croyances collectives (croire = donner confiance, plus large que la connaissance).
Développement Historique
Développement continu du savoir scientifique par abstraction et généralisation.
Conduit à la démarche scientifique moderne :
Distinction entre connaissance scientifique et spontanée (Auguste Comte).
Recherche de lois scientifiques et de rapports de causalité (Montesquieu).
3 États de l'Esprit Humain (Auguste Comte)
Théologique : Explications religieuses (animisme, polythéisme, monothéisme).
Métaphysique : Explications par de grands principes abstraits.
Positif : Explications par des lois de la nature et relations de causalité.
Positivisme (Auguste Comte)
Philosophie qui a défini les fondements de la science moderne.
Définition
Désigne le « réel » par opposition au « chimérique ».
Se concentre sur ce qui est « accessible à notre intelligence » (le « comment »).
Exclut les « impénétrables mystères » (le « pourquoi », le sens).
Objectifs
Dépasser les interprétations religieuses et philosophiques.
Faire des phénomènes un objet de science (objectivation).
Contribuer au progrès continu du savoir.
Rendre compte des faits donnés par l'expérience (restriction au « réel »).
Passer des causes premières (signification) aux causes efficientes (relations de causalité).
Fécondité
Permet de dépasser les obstacles épistémologiques (Bachelard) : sensations, préjugés.
Limites
Impossibilité d'accéder aux faits réels (les réalités scientifiques sont construites par abstraction).
Mise à l'écart de la contextualisation des connaissances et de l'horizon de sens des pratiques médicales.
Construction de l'Esprit Scientifique : Les 3 Systèmes Religieux
L'évolution des croyances religieuses a jalonné le chemin vers la pensée scientifique moderne.
L'Animisme (Fétichisme)
Figures divines : Sacralisation de la nature entière.
Religion archaïque, caractérisée par un faible niveau de connaissance.
Vision du monde anthropomorphique (intentions humaines aux phénomènes), comme un jeu de forces où l'homme peut intervenir (techniques « magiques »).
Connaissances : empirique (observation des ressemblances, index de plantes par Mauss).
Le Polythéisme
Figures divines : Sacralisation des dieux, et non plus de la nature.
Absence de pouvoir sur le destin (fatalité), qui s'oppose à la notion de causalité et renvoie à l'impuissance.
Le déterminisme (cause engendre effet) s'oppose à la fatalité.
Impact sur la connaissance : Développement du discours philosophique et du 1er discours médical autonome avec Hippocrate.
La Maladie dans l'Horizon du Sacré (Polythéisme)
La maladie comme malédiction (sanction d'un tabou, colère des Dieux, ex. : peste de Thèbes).
Absence de causalité stricte (châtiment collectif pour transgression individuelle).
Vision fataliste (impuissance face aux événements, destin entre les mains d'une puissance surnaturelle).
Le Monothéisme
Figure divine : Sacralisation de Dieu comme principe unique (soumission à sa toute-puissance).
Évolution ultime de l'état théologique (forme de connaissance la plus abstraite).
La Maladie dans l'Horizon de la Morale (Monothéisme)
La maladie comme châtiment (sanction collective d'une faute), pensée à l'image du péché (conception ontologique).
Prémices d'une vision dualiste : le sujet maîtrise son corps, le malade peut mériter sa maladie.
Coexistence d'une causalité naturelle et divine (Basile de Césarée) : les épidémies ont des causes naturelles, Dieu en est l'origine non le mal, les maladies préviennent de maux plus graves (péché).
La maladie comme mise à l'épreuve de Dieu (la lèpre perçue comme une épreuve divine, permet la rédemption dans l'Islam).
Recherche des Causes de la Maladie en Médecine Occidentale
L'évolution de la compréhension des causes de la maladie à travers les époques.
Entre le Vème et le XVIème siècle
Recherche de la signification de la maladie (horizon sacré, divin, moral).
Prépondérance d'une causalité naturelle (alchimie au Moyen Âge, R. Bacon).
Stagnation de la pensée médicale en Occident : Rupture du christianisme avec la pensée hippocratique (contrôle de la nature = péché).
Influence de la médecine arabe (Vème – XIIème siècle) : héritage hippocratique, tolérance religieuse, retour des textes hippocratiques (Avicenne, Averroès).
À Partir du XVIIème siècle
Prépondérance de la causalité efficace (refoulement du « pourquoi », rupture avec le qualitatif).
Objectivation de la maladie : objet d'étude, émergence de la normalité (basée sur la mesure).
Modification du rapport homme-nature : Descartes (nous qui connaissons, objets à connaître).
Déconnexion entre connaissance médicale et le divin : Galilée (parole de Dieu vs œuvre de Dieu), substitution des décrets de Dieu par les lois de la nature (Montesquieu), soigner c'est commander la nature, non la suivre.
Actuellement
« Démythologisation » de la science (Ricoeur) : absence de relation entre mythes et causalité.
Réintroduction de la question du sens : dimension essentielle de l'expérience de la maladie, présente dans la construction de symptômes et la souffrance.
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