Cours 13

21 cards

Cette note explore les concepts fondamentaux des formes à libération modifiée, y compris leurs objectifs, définitions, et les principes pharmacocinétiques sous-jacents. Elle détaille les stratégies de formulation visant à contrôler la libération des principes actifs et les facteurs influençant leur biodisponibilité, ainsi que les méthodes d'évaluation de ces formes innovantes.

21 cards

Review
Question
Quelle est la différence fondamentale entre les *formes à action modifiée* et les *formes à libération modifiée*?
Answer
Les formes à action modifiée visent à modifier la durée et/ou le lieu d'action du principe actif pour répondre à des besoins thérapeutiques ou de confort. Les formes à libération modifiée, quant à elles, ciblent spécifiquement la vitesse de libération du principe actif, la rendant différente de celle des formes conventionnelles.
Question
Expliquez le fonctionnement des *pompes osmotiques* (systèmes OROS) et quels sont leurs avantages en termes de cinétique de libération.
Answer
Les pompes osmotiques (OROS) sont des formes monocompartimentales ou bicompartimentales entourées d'une membrane semi-perméable. Un orifice permet la libération du principe actif (PA) sous l'impulsion d'une pression osmotique créée par un agent osmotique interne. Cette pression pousse le PA à travers l'orifice. Leur avantage est une libération d'ordre 0, continue et indépendante de la solubilité du PA, assurant une cinétique prévisible et prolongée.
Question
Justifiez pourquoi les *formes à libération prolongée* ne doivent généralement pas être broyées.
Answer
Les formes à libération prolongée ne doivent généralement pas être broyées car cela détruit la technologie de formulation qui contrôle la libération du principe actif. Le broyage entraîne une libération massive et instantanée du principe actif, ce qui peut conduire à un surdosage et à une perte de l'effet prolongé recherché.
Question
Quels sont les *objectifs principaux* des formes à action ou à libération modifiée pour le formulateur moderne?
Answer
Les objectifs principaux sont de programmer la libération et/ou l'action du principe actif dans le temps ou l'espace. Cela vise à améliorer le confort du patient par une posologie simplifiée, à optimiser l'efficacité et la sécurité du médicament, et à améliorer la biodisponibilité de certaines molécules.
Question
Pourquoi les *formes à base de résines échangeuses anioniques* et les *complexes peu solubles* sont-elles généralement déconseillées pour la libération prolongée?
Answer
Les formes à base de résines échangeuses anioniques sont déconseillées car la libération du principe actif est fortement influencée par la composition cationique du TGI. Les complexes peu solubles sont déconseillés car leur libération est très marquée en milieu acide, les rendant peu sûrs avec de grandes variations intra et inter-sujets dues au temps de séjour gastrique et à la nature des repas.
Question
Décrivez les deux phases de libération du principe actif à partir des *formes matricielles hydrophiles*.
Answer
Les formes matricielles hydrophiles libèrent le principe actif en deux phases principales :
1. **Libération initiale (burst effect)** : due au principe actif situé à la surface de la forme, dont la vitesse dépend de la solubilité du PA, de la gélification du polymère, de la compression et de la porosité.
2. **Libération principale** : par diffusion à travers le réseau de pores aqueux créé par la gélification de la matrice, où la quantité libérée est souvent proportionnelle à la racine carrée du temps (√t) si la diffusion est le facteur limitant.
Question
Quels sont les principaux *objectifs* et *exemples de principes actifs* pour lesquels les *formes entériques* sont utilisées?
Answer
Les formes entériques visent principalement à protéger la muqueuse gastrique d'actifs irritants (ex: AINS comme le diclofénac, naproxène) ou à protéger des principes actifs instables en milieu acide (ex: oméprazole, érythromycine). Elles peuvent aussi empêcher la dilution prématurée d'actifs agissant localement dans l'intestin (ex: sulfasalazine, mésalazine), ou encore prolonger l'activité.
Question
Expliquez le principe de fonctionnement des *formes flottantes* et leurs conditions d'administration pour garantir l'efficacité.
Answer
Les formes flottantes sont conçues pour **flotter à la surface du contenu stomacal**, prolongeant ainsi le temps de résidence gastrique et permettant une libération contrôlée du principe actif. Elles sont élaborées avec des densités inférieures à celle des fluides gastriques, souvent grâce à des matrices hydrophiles gonflantes ou des systèmes générant du CO₂. Pour garantir leur efficacité, leur administration doit se faire **après un repas léger**. Elles ne sont pas recommandées en position couchée, car cela peut entraîner une vidange gastrique prématurée et aléatoire. L'objectif est de maintenir le principe actif dans l'estomac pour des principes actifs à absorption proximale ou nécessitant une action locale.
Question
Comment les *formes à libération prolongée* contribuent-elles à l'amélioration de la *compliance du patient* et à la *diminution des effets indésirables*?
Answer
Les formes à libération prolongée améliorent la *compliance* en réduisant le nombre de prises quotidiennes, simplifiant ainsi le schéma thérapeutique. Elles diminuent les *effets indésirables* en réduisant la valeur de Cmax, ainsi que les fluctuations entre pics et vallées de concentration plasmatique. Cela évite les pics de concentration potentiellement toxiques et maintient le principe actif dans l'intervalle thérapeutique plus longtemps, assurant une action plus uniforme et réduisant les irritations locales potentielles.
Question
Décrivez la méthode de la *scintigraphie gamma* et son importance pour l'étude du comportement des formes orales dans le TGI.
Answer
La scintigraphie gamma est une méthode non invasive qui marque des formes pharmaceutiques avec des radioéléments à vie courte. Ces marqueurs sont ensuite suivis par scintigraphie gamma pour étudier leur localisation, transit, désagrégation et site de libération du principe actif dans le TGI. Elle est essentielle pour comprendre les variations intra- et inter-sujets et l'influence de facteurs comme l'alimentation ou les pathologies sur le comportement des formes orales.
Question
Quels sont les problèmes d'utilisation et les *précautions d'administration* des formes rigides monolithiques comme les pompes osmotiques?
Answer
Les formes rigides monolithiques, telles que les pompes osmotiques, posent des problèmes aux patients ayant des troubles de la vidange gastrique, comme un rétrécissement du pylore ou après une gastroplastie. Leur administration est également déconseillée en cas de sensation de satiété rapide. Il est crucial de ne pas les broyer ou les mâcher pour garantir la libération contrôlée du principe actif. Une attention particulière doit être portée à leur administration avec des boissons chaudes, qui pourraient altérer la libération du médicament.
Question
Expliquez l'impact des *phases de l'IMMC* (Interdigestive Migrating Motor Complex) sur le transit gastrique des formes monolithiques.
Answer
Les formes monolithiques non désagrégées (> 5 mm) ne quittent l'estomac qu'à jeun, lors de la phase 3 de l'IMMC (Interdigestive Migrating Motor Complex). Cette phase, appelée "Intestinal Housekeeper", se caractérise par des contractions puissantes qui nettoient le tractus. Hors de cette phase, le sphincter pylorique est fermé, empêchant le passage de ces formes. Ainsi, leur transit est variable et imprévisible, dépendant de la survenue de cette phase.
Question
Quels sont les principaux *facteurs limitant la présentation* d'un principe actif sous une forme à action prolongée?
Answer
Plusieurs facteurs peuvent limiter la mise en place de formes à action prolongée : * Index thérapeutique étroit : Risque d'effets secondaires accrus. * Fenêtre de résorption étroite : Si le principe actif est mal absorbé dans certaines parties du TGI, comme la partie proximale de l'intestin grêle (ex : L-Dopa). * Solubilité dépendante du pH : Les variations de pH le long du TGI peuvent affecter la dissolution (ex : diclofénac). * Faible solubilité : Diminue la biodisponibilité. * Pharmacocinétique complexe : Modèles multicompartimentaux avec compartiment profond, ou pharmacocinétique non linéaire. * Demi-vie courte (< 4h) : Nécessite des doses élevées pour compenser.
Question
Expliquez le concept du *modèle pharmacocinétique Flip-Flop* et son application dans les formes à action prolongée.
Answer
Le modèle pharmacocinétique **Flip-Flop** survient lorsque la constante de vitesse d'absorption (KA) est nettement inférieure à la constante de vitesse d'élimination (ke). Dans ce cas, la vitesse d'absorption, et non l'élimination, contrôle l'évolution des concentrations plasmatiques. Les formes à action prolongée exploitent ce modèle en ralentissant la vitesse de dissolution (kd) ou de libération (kl) pour qu'elle devienne le facteur limitant (kd << ka). Cela permet de diminuer Cmax, d'augmenter tmax, et d'obtenir une libération plus lente et contrôlée du principe actif, réduisant ainsi les fluctuations plasmatiques et le nombre d'administrations.
Question
Quel est l'intérêt des *essais de dissolution en gradient de pH* pour l'évaluation des formes à libération modifiée?
Answer
Les *essais de dissolution en gradient de pH* permettent d'évaluer la libération du principe actif (PA) en simulant les variations de pH rencontrées dans le tractus gastro-intestinal (TGI). Ils sont essentiels pour les formes à libération modifiée car ils aident à déterminer si la forme est sensible au pH ou non. Cela permet de comprendre comment le PA sera libéré dans différents segments du TGI, d'identifier les formes pH-dépendantes ou indépendantes, et d'anticiper les profils de dissolution, notamment pour les principes actifs dont la solubilité est pH-dépendante, comme la quinidine.
Question
Comparez la *libération continue* et la *libération discontinue* du principe actif dans les formes à libération prolongée.
Answer
La **libération continue** vise un profil de concentration plasmatique constant et prédictible, sans pics ni creux marqués, en assurant une libération progressive et linéaire (ou d'ordre défini) du principe actif (PA) sur une longue durée. À l'inverse, la **libération discontinue** associe une dose initiale pour un effet rapide à une ou plusieurs doses de maintenance pour prolonger l'action. Le défi majeur réside dans le passage fluide entre ces doses.
Question
Dans quels cas est-il intéressant de développer des *formes à rétention gastrique*, et quelles en sont les limitations?
Answer
Les **formes à rétention gastrique** sont intéressantes pour les principes actifs à fenêtre de résorption proximale intestinale (ex: L-Dopa), ceux devant exercer une action locale gastrique (ex: éradication d'Helicobacter pylori), les principes actifs basiques, ou pour prolonger le temps de transit.

Elles sont contre-indiquées pour les principes actifs instables ou insolubles en milieu acide (ex: oméprazole) ou irritants pour la muqueuse gastrique (AINS).
Question
Quels moyens *chimiques et physiques* peuvent être mis en œuvre pour prolonger l'activité ou la libération d'un principe actif?
Answer
Pour prolonger l'activité ou la libération d'un principe actif, plusieurs moyens existent :
Moyens chimiques :
- Synthèse de dérivés à métabolisation ou excrétion plus lente (ex: sulfamides retard, AINS à prise unique).
- Préparations injectables dépôt.
- Formation de complexes peu solubles.
- Estérification.
- Association avec des substances qui suppriment l'excrétion tubulaire (ex: probénécid).
Moyens physiques :
- Modification de la granulométrie (ex: macrocristaux).
- Choix d'un véhicule qui ralentit la diffusion (véhicules huileux, substrats inertes).
Moyens galéniques :
- **Formes orales à libération prolongée :** microbilles enrobées, formes matricielles, systèmes osmotiques.
- **Formes parentérales à libération prolongée :** implants, microsphères biodégradables.
- **Systèmes de délivrance transdermique (TTS).**
Ces moyens visent à diminuer la constante d'élimination (ke) ou la constante globale d'absorption (KA).
Question
Décrivez les différentes approches utilisées pour cibler la *libération du principe actif dans le côlon*.
Answer
Plusieurs stratégies visent le ciblage de la libération du PA dans le côlon. Premièrement, l'utilisation d'enrobages sensibles au pH (ex : Eudragits L, S) qui se dissolvent à des pH supérieurs à 6,0-7,0. Deuxièmement, l'exploitation des temps de transit intestinaux avec des systèmes à libération différée de 3-4 heures. Troisièmement, l'utilisation de polymères dégradables par la flore microbienne intestinale (ex : prodrogues azoïques comme la sulfasalazine). Enfin, les formes peuvent être conçues pour une libération dépendante des enzymes spécifiques du côlon.
Question
Décrivez le mécanisme de libération du principe actif à partir des *formes enrobées à libération continue* (enrobages barrière).
Answer
La libération du principe actif (PA) des formes enrobées à libération continue, utilisant des enrobages barrières, s'effectue par diffusion à travers le film polymérique. Le PA sort de la forme via des canaux formés par des substances hydrosolubles dans l'enrobage, ou par diffusion à travers les pores aqueux sous l'effet d'un gradient de pression osmotique. La vitesse de libération dépend de l'épaisseur et de la perméabilité du film, ainsi que de la surface de diffusion.
Question
Comparez les *matrices hydrophobes* et les *matrices inertes* en termes de composition et de mécanisme de libération.
Answer
Les matrices hydrophobes utilisent des excipients gras (glycérides, cires) qui sont peu solubles dans l'eau. La libération du PA, souvent proportionnelle à t1/2, dépend de la nature et proportion des excipients, de la solubilité du PA, et de la force de compression. Leur libération peut être plus rapide en milieu intestinal. Les matrices inertes sont composées d'un polymère insoluble, le PA étant libéré par diffusion à travers un réseau de pores. La libération est proportionnelle à t1/2 et dépend du pourcentage de matière inerte, de la granulométrie, et de la force de compression. La matrice conserve sa forme initiale.

Généralités sur les Formes à Action ou à Libération Modifiée

Les formes à action ou à libération modifiée représentent une avancée majeure dans la pharmacie moderne, visant à optimiser l'efficacité thérapeutique, la sécurité et le confort du patient. Elles se distinguent des formes pharmaceutiques conventionnelles par leur capacité à contrôler la durée, le lieu, et/ou la vitesse de libération du principe actif (PA) dans l'organisme.

Objectifs Principaux du Formulateur Moderne

Le développement de ces formes répond à plusieurs objectifs clés :
  • Sécurité et Efficacité : Mettre à disposition des médicaments sûrs, efficaces et de haute qualité.
  • Renouveau Économique : "Redonner vie" à des molécules existantes en améliorant leur profil d'utilisation, ce qui a un impact économique positif.
  • Programmation Temporelle et Spatiale : Contrôler précisément la libération du PA dans le temps (libération prolongée, retardée) et/ou dans l'espace (libération ciblée sur un site spécifique).
  • Confort du Patient (Compliance) : Simplifier la posologie et/ou la méthode d'administration, ce qui améliore l'observance thérapeutique. Le tableau ci-dessous illustre l'impact du nombre de prises sur la compliance :
    Nombre de prises / jour Compliance (%)
    1 93
    2 70
    3 60
    4 30
  • Amélioration des Propriétés Physico-chimiques : Optimiser la dissolution, la perméabilité à travers les barrières biologiques et la stabilité de certains PA.
  • Biodisponibilité Accrue : Améliorer la dissolution et la biodisponibilité du PA.
  • Nouvelles Voies d'Administration : Explorer et valider des voies d'administration plus adaptées aux objectifs thérapeutiques ou à la molécule.
  • Nouveaux Excipients : Rechercher et évaluer de nouveaux excipients aux propriétés spécifiques.

Définitions Clés

Il existe une terminologie spécifique pour ces formes pharmaceutiques :
  • Formes à action modifiée (Modified-action dosage forms) : Préparations dont la durée et/ou le lieu d'action sont choisis pour des objectifs thérapeutiques ou de confort non atteints par les formes conventionnelles. Elles englobent toutes les formes "non conventionnelles". L'action contrôlée est souvent obtenue par le contrôle du lieu, de la durée ou de la vitesse de libération du PA.
  • Formes à libération modifiée (Modified-Release Dosage Forms) : Préparations dont la vitesse de libération du PA diffère de celle d'une forme conventionnelle pour la même voie.
  • Formes à libération ralentie (Extended-Release Dosage Forms) : Libération plus lente du PA, permettant de réduire la fréquence d'administration d'au moins deux fois par rapport aux formes conventionnelles (selon l'USP 25).
  • Formes à libération différée ou retardée (Delayed-Release Dosage Forms) : Libération du PA est retardée dans l'organisme (Note Pro Pharmacopea n°365) ou à un moment autre qu'immédiatement après administration (USP 25).
  • Formes à libération contrôlée (Controlled-Release Dosage Forms) : Assurent non seulement une libération prolongée mais aussi une cinétique prédictible et reproductible (Y.W. Chien, 1982). Elles permettent un contrôle temporel et/ou spatial de la libération (J.R. Robinson & V.H.L. Lee, 1987).

Autres Appellations (Synonymes ou concepts apparentés)

  • Faisant allusion à la durée :
    • Formes à libération prolongée (prolonged-release dosage forms)
    • Formes à libération soutenue (sustained-release dosage forms)
  • Faisant allusion à la vitesse :
    • Formes à libération accélérée (Ex. : Lyotabs)
    • Formes à libération lente (slow-release dosage forms)
    • Formes à libération préprogrammées (preprogrammed-release dosage forms)
  • Faisant allusion à la destination :
    • Formes à libération dirigée ou ciblée (Targeted-release dosage forms)
    • Formes à libération localisée (localized-release dosage forms)
  • Autres concepts :
    • Formes dépôt
    • Formes à action prolongée
Il est important de noter qu'une même formulation peut combiner plusieurs de ces propriétés. Par exemple, les formes flottantes peuvent être à libération prolongée et localisée. Le lieu et/ou le moment de la libération sont cruciaux, car la longueur disponible pour la résorption varie selon la localisation dans l'intestin (proximal ou distal).

Formes à Action et/ou à Libération Prolongée

Ces formes visent à maintenir les concentrations plasmatiques du PA (Cpss) dans l'intervalle thérapeutique le plus longtemps possible, tout en diminuant le nombre de prises.

Buts

  • Simplifier la posologie, améliorer le confort du patient et augmenter la compliance.
  • Diminuer les risques d'erreurs et de confusions.
  • Diminuer la , réduisant ainsi les effets indésirables liés aux pics de concentration.
  • Réduire les fluctuations entre pics et vallées observées avec des administrations fréquentes, conduisant à des effets thérapeutiques plus uniformes.
  • Diminuer l'action irritante de certains PA au niveau des sites d'administration (ex: muqueuses gastro-intestinales) grâce à une libération lente et progressive.

Aspects Pharmacocinétiques

Le processus d'absorption et d'élimination du PA après administration extravasculaire comprend la libération, la dissolution et la résorption. Où :
  • = Dose administrée
  • = Coefficient de biodisponibilité
  • = Constante de vitesse globale d'absorption du médicament
  • = Constante de vitesse de libération du PA de la forme galénique
  • = Constante de vitesse de dissolution du PA
  • = Constante de vitesse intrinsèque d'absorption du PA
  • = Constante de vitesse d'élimination du PA
Pour prolonger l'activité et augmenter l'intervalle d'administration tout en maintenant , on peut :
  • Augmenter la dose () : Risque de toxicité (sortir de l'intervalle thérapeutique).
  • Augmenter le coefficient de biodisponibilité () : Ex: Stabilité des esters d'érythromycine, augmentant la dose disponible et la durée d'action.
  • Diminuer la constante globale d'élimination () : Augmente les concentrations plasmatiques et allonge la durée d'action.
  • Diminuer la constante de vitesse globale d'absorption () :
    • Une diminution de entraîne une diminution de , une augmentation de et une diminution de la vitesse d'élimination globale apparente du PA ().
    • Ce principe est exploité en formulation pour les formes à action prolongée, en ajustant et (via ) pour maintenir la courbe dans l'intervalle thérapeutique.
    • Lorsque , on parle de modèle pharmacocinétique Flip-Flop : la constante de vitesse globale apparente d'élimination () diminue, car la vitesse de dissolution () devient le facteur limitant du processus d'absorption et d'élimination.

Facteurs Limitants la Présentation en Forme à Action Prolongée

Certains PA ne sont pas de bons candidats pour des formes à action prolongée :
  • Index thérapeutique faible : Risque élevé d'effets indésirables en cas de "dose dumping".
  • Fenêtre de résorption étroite : Si la résorption est limitée à une petite portion du tractus gastro-intestinal (TGI), comme l'intestin grêle proximal (ex: Riboflavine, L-Dopa), une libération prolongée pourrait déplacer le PA hors de cette zone.
  • Absorption diminuée dans le côlon : (ex: Érythromycine, Ciprofloxacine).
  • Solubilité dépendante du pH : (ex: Diclofénac, Ibuprofène) où des variations de pH le long du TGI peuvent altérer la libération.
  • Faible solubilité dans les liquides du TGI : → faible biodisponibilité.
  • Distribution dans un compartiment "profond" : Modèles multicompartimentaux où les concentrations plasmatiques ne reflètent pas les concentrations dans le compartiment cible (ex: Diphosphonates), augmentant le risque d'accumulation.
  • Demi-vie () > 6-8 heures : Risque d'accumulation excessive avec des doses répétées.
  • Demi-vie () < 4 heures mais forte dose : La taille de la forme pourrait être trop grande.
  • Pharmacocinétique non linéaire : Si la biodisponibilité et l'action dépendent de la dose suite à un processus enzymatique saturable.

Moyens pour Prolonger l'Activité et/ou la Libération

Plusieurs stratégies sont employées : Exemple de formes orales à libération prolongée : microbilles enrobées, formes matricielles, pompes osmotiques ; Formes parentérales : implants et microsphères biodégradables ; Systèmes de délivrance contrôlée : transdermique, oculaire.
  • Diminution de la constante d'élimination () :
    • Chimiques : Synthèse de dérivés à métabolisation ou excrétion plus lente (ex: Sulfalène Longum, AINS à prise unique comme Piroxicam).
    • Pharmacologiques : Associations (anesthésiques + vasoconstricteur comme adrénaline + xylocaïne ; probénécide + pénicillines pour bloquer l'excrétion tubulaire).
  • Diminution de () :
    • Chimiques : Préparations dépôt injectables, formation de complexes peu solubles, estérification.
    • Physiques :
      • Modification de la granulométrie (ex: macro-cristaux de Nitrofurantoïne).
      • Choix d'un véhicule qui ralentit la diffusion (adsorption, véhicules huileux, agents viscosifiants).
    • Galéniques : Ralentissement de la vitesse de dissolution et/ou de libération (ex: microbilles enrobées, formes matricielles, pompes osmotiques pour voie orale ; implants et microsphères biodégradables pour voie parentérale ; systèmes transdermiques).

Lorsque ou , l'activité thérapeutique est principalement déterminée par les caractéristiques de libération du PA imposées par la formulation.

Libération Continue ou Discontinue du Principe Actif

Libération Continue (Idéale)

  • Début d'action rapide et maintien prolongé de l'activité.
  • La libération du PA suit une cinétique d'ordre déterminé par le PA et la forme galénique (ordre 0, 1, 1/2...).
  • L'évolution des concentrations plasmatiques dépend principalement de la constante de vitesse de libération ( ou ) car (ou ) .
  • Il est possible de remplacer par (ou ) dans les équations pharmacocinétiques.
  • Un "burst effect" (libération initiale plus rapide) peut survenir à cause du PA en surface, qu'il faut minimiser.

Libération Discontinue

  • Combinaison d'une dose initiale (Di) à libération immédiate et d'une ou plusieurs doses de maintenance (Dm) à libération prolongée.
  • Le défi majeur est le réglage de la prise de relais entre Di et Dm.
  • Ces formes sont sensibles aux paramètres physiologiques (pH, vidange gastrique).
  • Calcul de Di : ;
    • = facteur de biodisponibilité
    • = volume de distribution
    • = constante d'élimination d'ordre 1
    • = temps pour atteindre
  • Calcul de Dm : et
    • = Dose par heure (ordre 0) pour maintenir
    • = temps pendant lequel maintenir
    • Exemple : si , , , alors . Pour , .
  • Correction de Di : Pour éviter des concentrations plasmatiques trop élevées, on soustrait de Di la quantité de PA libérée par Dm entre et : . La dose totale est .
  • En pratique : on associe souvent une forme à libération immédiate (IR) et une forme à libération contrôlée (CR).
  • Calcul de la dose d'attaque () : Dose administrée au début du traitement pour atteindre rapidement une à l'équilibre ().

Méthodes d'Évaluation des Formes à Libération Prolongée

Elles visent à estimer la prolongation de la libération et/ou de l'action, ainsi que la réduction des fluctuations entre pics et vallées.

Après Administration Unique

  • Temps plateau : Durée pendant laquelle les concentrations plasmatiques sont supérieures ou égales à une concentration arbitraire (, souvent 50% de , appelée Half Value Duration (HVD)).
  • Rapport HVD (RHVD) :
    • → Inefficace
    • → Faible prolongation
    • → Prolongation modérée (à revoir)
    • → Prolongation importante (efficace)

Après Administration Multiple

  • Concentration moyenne à l'équilibre () : (où est l'aire sous la courbe et l'intervalle d'administration).
  • "Therapeutic occupancy time" : Temps plateau pour des concentrations supérieures ou égales à la concentration minimale efficace.
  • Réduction des fluctuations :
    • Pourcentage de fluctuation pic-vallée (% PTF) :
    • Swing :
    • Fluctuations de surfaces (% AUCF) : (idéalement 0).

Formes à Action et/ou Libération Localisée ou Ciblée

Ces formes visent à concentrer le PA au site d'action tout en minimisant l'exposition systémique.

Buts

  • Traitement localisé et efficace : Concentrer le PA au site d'action.
  • Réduction des effets secondaires : Limiter l'action du PA sur d'autres parties de l'organisme.
  • Protection du PA : Éviter la dégradation ou l'inactivation du PA lors du transit.
  • Optimisation de la dose : Limiter les pertes par dilution, maximisant l'activité et économisant les substances actives (peptides, anticorps monoclonaux). Très utile pour les PA à index thérapeutique étroit (ex: antinéoplasiques).
  • Prolongation de l'action : Dans certains cas.

Limitations des Systèmes de Délivrance Ciblée

  • Le vecteur doit être non toxique, stable, biodégradable ou facilement éliminé.
  • L'efficacité du système doit être reproductible.
  • Souvent, le rapport cellules non-cibles/cibles est élevé (10³ à 10⁶), ce qui rend difficile d'obtenir une sélectivité absolue et maintient des rapports de distribution proches de 1 entre cellules cibles et non-cibles.

Moyens de Ciblage

  • Activation de la libération : Exploiter une propriété spécifique de l'organe cible (pH, temps de transit, potentiel redox, flore microbienne, enzymes).
  • Associations PA-vecteur : Utiliser des liposomes, niosomes, microsphères, nanoparticules, avec ou sans substances spécifiques (antigènes, anticorps).

Formes Orales à Libération Modifiée

Leur conception est intimement liée à l'anatomie et la physiologie du tractus gastro-intestinal (TGI).

Anatomie et Physiologie du TGI

  • Les approches de formulation sont basées sur les caractéristiques du TGI.
  • Ces formes ne doivent pas compromettre le fonctionnement normal de l'organisme.
  • Des variations importantes intra- et inter-sujets sont observées malgré une bonne standardisation, dues à l'inadaptation de certaines formes aux conditions physiologiques de transit.

Scintigraphie Gamma

Méthode non invasive pour suivre le comportement des formes orales in vivo.
  • Intérêts :
    • Localisation de la forme dans le TGI.
    • Suivi du transit à travers les différentes parties du TGI.
    • Comportement et distribution des unités multiples (ex: microbilles).
    • Lieu et vitesse de désagrégation in vivo.
    • Site de libération du PA.
    • Influence de divers paramètres (aliments, âge, pathologies, etc.).
    • Relation entre concentrations plasmatiques et localisation/état de la forme (études pharmaco-scintigraphiques).
    • Étude de l'influence des variables de formulation (densité, bioadhésion, viscosité).
  • Radioéléments utilisés : (marquage sur résines échangeuses d'ions pour solides).
    Émetteur Forme radiochimique Pic d'énergie (KeV) Demi-vie (hrs) Fonction de marquage
    In¹¹¹ Indium oxyde 205 67,4 Forme galénique
    Tl²⁰¹ Thallium Chlorure 70 73,1 Forme galénique
    Tc⁹⁹ᴹ Pertechnétate de sodium 140 6,0 Estomac → Forme galénique
  • Contraintes : Réglementation stricte, radioéléments à courte demi-vie, nécessite un environnement hospitalier spécialisé.

Données Physiologiques du TGI

Les différentes parties du TGI (estomac, duodénum, jéjunum, iléon, côlon) ont des longueurs, durées de transit, pH, potentiels redox et populations bactériennes spécifiques qui influencent la performance des formes à libération modifiée.

Transit des Formes Pharmaceutiques

  • Formes monolithiques non désagrégées (diamètre ) : Vidange gastrique uniquement à jeun (période interdigestive) durant la phase 3 de l'IMMC (Interdigestive Migrating Motor Complex), caractérisée par de puissantes contractions. La durée est variable et imprévisible (15 à 200 min à jeun, jusqu'à 10h après un repas).
  • Liquides et particules ou formes multiparticulaires (microbilles, pellets) :
    • À jeun : vidange rapide en bolus. Dispersion faible dans l'intestin grêle, augmente après la valve iléo-cæcale.
    • Après un repas : vidange gastrique différée mais non bloquée. Dispersion plus élevée. Pas de stagnation au niveau de la valve iléo-cæcale.
  • Conséquences :
    • Les caractéristiques de libération et la biodisponibilité peuvent varier selon l'administration (phase digestive ou interdigestive).
    • Augmentation possible de la biodisponibilité après un repas pour les formes monolithiques à libération prolongée.
    • Les formes multiparticulaires sont souvent préférables pour une meilleure maîtrise du transit.
    • Le transit dans l'intestin grêle est constant (environ ).
    • Les formes monolithiques non délitées peuvent stagner (4 à 12 heures) à la valve iléo-cæcale.
    • La durée du transit colique est longue (moyenne de 35 heures). Les meilleurs candidats sont les PA bien résorbés tout au long du TGI.
    • La durée totale du transit TGI est de 20 à 72 heures. La durée de programmation des formes orales à libération prolongée doit être .
    • Des systèmes bioadhésifs ou formes flottantes peuvent augmenter le temps de résidence gastrique, mais comportent des risques (ulcérations, obstructions pour les bioadhésifs).
  • pH : Le pH varie considérablement le long du TGI (estomac à jeun = 1-2.5, après repas = 3-6 ; jéjunum = 6.63, iléon = 7.49, côlon = 6.37-7.04). Ces variations influencent la solubilité du PA et le fonctionnement des enrobages.
    Site Nombre de sujets pH ()
    Jéjunum 55 6,63 ± 0,53
    Mi-intestin grêle 52 7,41 ± 0,36
    Iléon 58 7,49 ± 0,46
    Entièreté de l’intestin grêle 51 7,30 ± 0,34
    Côlon droit 66 6,37 ± 0,58
    Mi-côlon 51 6,61 ± 0,83
    Côlon gauche 50 7,04 ± 0,67
    Entièreté du côlon 48 6,63 ± 0,67

    N.B. : Valeurs du pH de l'estomac : à jeun = 1 à 2,5 ; après un repas = 3 à 6.

  • Flore intestinale : La concentration bactérienne augmente considérablement de l'estomac au côlon. Des enzymes spécifiques (β-saccharidases, azo-réductases) peuvent être exploitées pour déclencher la libération du PA.
    Estomac Jéjunum Iléon Fèces
    Total des bactéries 0 à 0 à à à
    Entérobactéries 0 à 0 à à à
    Streptocoques 0 à 0 à à à
    Staphylocoques 0 à 0 à à à
    Lactobacilles 0 à 0 à à à
    Bactéroïdes Rare 0 à à à
    Bifidobactéries Rare 0 à à à
    Coques à Gram (+) Rare 0 à à à
    Clostridies Rare Rare à à
    Eubactéries Rare Rare Rare à
    Champignons 0 à 0 à à à

    Enzymes spécifiques : β-saccharidases, azo-réductases.

Essais de Dissolution des Formes à Libération Modifiée

Les conditions expérimentales doivent refléter les variables physiologiques du TGI (durée de transit, pH, tension de surface, force ionique, enzymes, microorganismes).
  • Essais en gradient de pH : Pour évaluer les formes pH-dépendantes ou pH-indépendantes. Permettent une représentation topographique de la dissolution en fonction du temps et du pH.
  • Essais à pH fixes : Simulent le pH gastrique et intestinal.
  • Milieux de dissolution "standards" : Contiennent des tampons, tensioactifs (lécithine, sels biliaires), enzymes (lipases, pancréatine).
  • Normes de dissolution : Évaluent la libération initiale, l'épuisement de la forme en PA et au moins 3 points intermédiaires.

Concepts de Libération pour les Formes Orales

Formes Commerciales Courantes

De nombreuses appellations existent (Chrono, CIR, Divitab, EXEL, FAS, LA, MR, OROS, Perlonguette, PR, Retard, SR, Uno, ZOK) et indiquent le type de libération ou la fréquence d'administration.

Remarque importante : En général, les formes à libération prolongée ne peuvent pas être broyées, au risque de provoquer une libération massive et instantanée du PA (dose dumping). Cependant, certaines gélules contenant des microbilles peuvent être vidées sans être écrasées, et certains comprimés sont sécables (Divitab, ZOK).

Formes Enrobées

Classées selon le type d'enrobage (entérique, barrière), le substrat (pellets, comprimés, gélules) et le type de libération (discontinue ou continue).
Formes Enrobées à Libération Discontinue
  • Enrobages à temps de désagrégation croissants : Application d'enrobages d'épaisseur ou de composition variables sur des fractions pour libérer la Dm à intervalles "programmés".
    • Ex: Mini-comprimés enrobés (mélanges HPMC/EC) en gélules (Catapressan Perlonguettes, Effortil Perlonguettes).
    • Précautions : ne pas broyer, mâcher, éviter boissons chaudes.
  • Polymères entérosolubles (pH-dépendants) :
    • Di = fraction non enrobée ; Dm = fraction enrobée avec polymère entérique (CAP, Eudragit L100-55, etc.).
    • Ex: Gélules avec micrograins (Ponderal Unicaps), comprimés multicouches (Polaramine Repetabs), comprimés "arlequin" (Bellergal retard), granulation avec polymère entérosoluble (Theolair LA).
    • Précautions : pas de boissons chaudes, alcalines ou lactées ; ne pas broyer, mâcher.
    • Inconvénient majeur : Réglage difficile de la prise de relais entre Di et Dm, fortement influencé par le transit gastrique. Peut entraîner une surcharge en PA (vidange rapide) ou des concentrations sous-thérapeutiques (transit prolongé). Ces formes sont en voie de disparition.
Formes Enrobées à Libération Continue (Enrobages "Barrière")
Ces enrobages sont insolubles dans les fluides du TGI. La libération du PA se fait par diffusion à travers le film, fonction de son épaisseur et de sa perméabilité.
  • Formulation : Polymères insolubles (éthylcellulose, Eudragits RL, RS, NE30D, acétate de polyvinyle), parfois mélangés à des substances hydrosolubles pour créer des "pores" et augmenter la diffusion. Des plastifiants et substances hydrophiles sont souvent ajoutés.
  • Méthodes d'application : Trempage, pulvérisation (turbines, lit d'air fluidisé), microencapsulation.
  • Libération du principe actif :
    • Par diffusion à travers le film (Loi de Fick) : .
      • = Coefficient de diffusion du PA à travers l'enrobage.
      • = Surface de l'enrobage.
      • = Épaisseur de l'enrobage.
      • = Coefficient de partage Eau / Enrobage du PA.
      • = Gradient de concentration.
    • Cinétique d'ordre 0 jusqu'à épuisement du PA, puis ordre 1.
    • La vitesse de libération peut être augmentée en : diminuant , augmentant (plus de substances hydrophiles), ou augmentant (répartir la dose en microbilles).
    • Mécanismes potentiels : solubilisation/diffusion à travers une phase polymérique homogène, à travers des canaux de plastifiants, ou à travers les pores aqueux (souvent sous pression osmotique).
    • Ces systèmes sont réservés aux PA suffisamment solubles en milieu aqueux ().
    • Ex: Microbilles de théophylline (Theo-2, Xanthium, Théo-Dur, Selozok®), gros cristaux d'ASA enrobés (Rhonal).
    • Précautions : ne pas broyer, mâcher, éviter boissons chaudes.

Pompes Osmostiques

Formes monolithiques entourées d'une membrane semi-perméable, libérant le PA de manière continue (ordre 0) via un orifice, sous l'impulsion d'une pression osmotique générée à l'intérieur. Utiles même pour les PA peu solubles.
  • Composition :
    • Intérieur : Compartiment PA et compartiment agent osmotique (KCl, NaCl). Peut être unifié (OROS) ou séparé par une membrane flexible (OROS push-pull).
    • Membrane semi-perméable externe (acétate de cellulose) : Contrôle la vitesse de pénétration de l'eau.
    • Orifice : Créé par laser, permet la libération du PA.
  • Libération du principe actif :
    • Moteur : Différence de pression osmotique entre l'intérieur () et l'extérieur ().
    • Cinétique d'ordre 0 si le gradient est élevé, ordre 1 si faible.
    • Équation de libération (simplifiée) : (ordre 0), où dépend de la perméabilité de la membrane (), sa surface (), son épaisseur (), la solubilité du PA () et la différence de pression osmotique ().
    • Ex: Nifédipine (Adalat® OROS), Métoprolol (Lopresor OROS), Palipéridone (Invega), Méthylphénidate (Concerta).
  • Exemple de Concerta : Noyau à trois couches (deux pour le PA, une pour l'agent osmotique), membrane semi-perméable, couche extérieure à libération immédiate (22% de la dose). L'eau pénètre, l'agent osmotique gonfle, expulsant le PA par l'orifice. La libération est contrôlée sur 12 heures.
  • Problèmes d'utilisation : Formes rigides et monolithiques, non adaptées aux patients avec problèmes de vidange gastrique (pylore étroit, gastroplastie).

Formes Matricielles

Formes monolithiques (souvent comprimés ou gélules) où le PA est dispersé dans une matrice homogène d'excipients. La libération se fait en 2 phases :
  • Phase initiale ("burst effect") : Libération du PA en surface.
  • Phase principale : Libération par diffusion à travers le réseau de pores aqueux ou par érosion de la matrice. La quantité libérée est souvent proportionnelle à .
  • Les formes matricielles peuvent être sécables, contrairement aux formes à enrobage.
  • Classification : Matrices hydrophiles, hydrophobes, inertes.
Matrices Hydrophiles
Mélange homogène PA-polymère(s) hydrophile(s) + adjuvants, compressé en comprimés.
  • Polymères utilisés (20-50%) : Dérivés cellulosiques (HPMC, MC, HEC, HPC, CMC Na), polyacrylates (Carbopols), pectines, alginates, gomme guar, xanthane, carraghénanes.
  • Préparation : Compression directe ou granulation humide.
  • Libération :
    • Initiale : Influencée par solubilité du PA, nature du polymère, force de compression, porosité.
    • Après formation d'une couche hydratée (mucilagineuse) : La diffusion du PA à travers cette couche est le facteur limitant (diffusion Fickienne), si le PA est soluble.
    • Si la solubilité du PA est limitante (ex: Théophylline), (ordre 0).
  • Discussion : Effet de la sécabilité (augmente la surface), cas des PA peu solubles (nécessité de micro-pH via tampon interne).
Matrices Hydrophobes (Lipidiques)
Mélange homogène PA-excipient(s) gras + adjuvants.
  • Excipients lipidiques (10-40%) : Glycérides (Compritol®, Precirol®), huiles hydrogénées, acides gras, alcools gras, esters d'acides gras, cires. Un additif hydrophile (lactose) peut faciliter la pénétration des liquides.
  • Préparation : Granulation conventionnelle, "spray congealing", incorporation en fusion suivie de granulation.
  • Libération :
    • Di en surface, si trop lente, manteau hydrophile avec Di.
    • Proportionnelle à ou cinétique d'ordre 1 (érosion, attaque enzymatique).
    • Influencée par nature des excipients, solubilité/granulométrie du PA, force de compression, surface de contact.
  • Inconvénients : Composition complexe/variable des excipients gras, polymorphisme, libération plus rapide en milieu intestinal (érosion enzymatique, sels biliaires) et variable selon l'individu. Faible libération initiale. Réservées aux PA facilement solubles en aqueux (formes divisées).
  • Spécialités : Fenistil Retard, Novotril TR, Parlodel SRO (matrices mixtes), MS Contin, Codicontin, Voltaren retard, Dolzam® Uno/Retard.
  • Précautions : ne pas broyer, administrer à jeun.
Matrices Inertes
Mélange homogène PA-polymère insoluble + adjuvants. Formes rigides qui gardent leur forme initiale et sont retrouvées intactes dans les selles.
  • Polymères utilisés (25-50%) : Polymethylméthacrylate (Gradumet Abbott), acétate de polyvinyle (Durettes Astra), polyéthylène, éthylcellulose, Eudragits RL, RS, NE30D.
  • Un "channeling agent" (polymère hydrophile, lactose) peut être ajouté pour créer des canaux.
  • Libération : Pénétration des liquides, dissolution et sortie du PA. Quantité libérée proportionnelle à .
  • Vitesse de libération dépend de : pourcentage de matière inerte, de "channeling agent", granulométrie du polymère, solubilité/granulométrie du PA, force de compression, surface totale.
  • Di en surface, si insuffisante, enrobage par un film hydrophile avec Di.
  • Précautions : ne pas broyer.

Principes Actifs Cationiques Fixés sur Résines Échangeuses Anioniques

Le PA (cationique) est fixé sur des résines (copolymères de styrène sulfonates réticulés) et est déplacé par les cations (H⁺) des liquides du TGI.
  • Préparation : Percolation ou agitation de la résine avec la solution du PA.
  • Présentation : "Vrac" (préparations magistrales), gélules (Ionamin), comprimés à délitage rapide (Tussionex comp.), suspensions (Tussionex sirop).
  • Vitesse de libération : Influencée par les caractéristiques de la résine (granulométrie, degré de réticulation) et du milieu (concentration en cations échangeables).
  • Précautions : Attention aux cations dans la formulation ou les boissons (jus de fruits). Administrer au moins 1 heure avant les repas.
  • Inconvénients : Pouvoir de fixation limité (réservé aux faibles doses), forte influence de la composition cationique du TGI. Formes non recommandées et obsolètes.

Principes Actifs Présents sous Forme de Complexes Peu Solubles

Complexe PA basique + substance acide, peu soluble.
  • Ex: Complexes phényléphrine/amphétamine/atropine avec acide tannique (abandonnés), polygalacturonate de quinidine (Cardioquin), arabogalactane sulfate de quinidine (Longacor).
  • La libération est marquée en milieu acide, influencée par le temps de séjour gastrique et la nature des repas.
  • Formes peu sûres, avec de grandes variations inter- et intra-sujets. Obsolètes.

Dispersions Solides à Libération Prolongée

Le PA est dispersé (à l'état moléculaire) dans un véhicule solide hydrophile (PEG, PVP), améliorant la dissolution des PA peu solubles.
  • Application à la libération prolongée : Utilisation de polymères insolubles (Eudragits RS et RL) et/ou entérosolubles (Eudragits L-100-55, L et S).
  • Formes multiparticulaires (gélules, comprimés) où chaque particule agit comme un réservoir.
  • La cinétique de libération dépend de la taille particulaire, de la nature et de la concentration des polymères.
  • Ex: Coévaporés clonidine-Eudragit NE30D, indométacine-Eudragits RL/RS.

Formes Orales à Libération Localisée

Formes à Rétention Gastrique

Formes conçues pour rester plus longtemps dans l'estomac afin d'y libérer leur PA.
  • Intérêt pour :
    • PA avec fenêtre de résorption proximale (Riboflavine, L-Dopa).
    • PA à action locale (antibiotiques contre Helicobacter pylori).
    • PA basiques (protection en milieu intestinal).
    • Augmenter la durée totale du transit TGI.
  • Ne conviennent pas aux :
    • PA insolubles/instables en milieu acide (Ibuprofène, Indométacine, Oméprazole).
    • PA irritants pour la muqueuse gastrique (AINS).
  • Moyens pour augmenter le temps de résidence gastrique (GRT) :
    • Méthodes pharmacologiques (anticholinergiques) : Non recommandées.
    • Excipients gras (dérivés de l'acide myristique) : À éviter (perturbations digestives).
    • Formes bioadhésives : Polymères interagissant avec les mucines. Risques d'ulcération, perforation, obstruction. Efficacité limitée au niveau gastrique.
    • Formes monolithiques de grande taille, non délitables : Administrées après un repas copieux. Risque de rétention permanente, fragmentation par péristaltisme entraînant un "dose dumping".
    • Pellets de densité élevée (lourds) : Incorporation de BaSO₄ pour une densité de 2.6-2.8. Stagnation dans l'estomac.
    • Formes flottantes (densité ) : Flottent à la surface du contenu stomacal sans affecter la vidange gastrique.
      • Ex: Prolopa HBS (Hypromellose, huile végétale hydrogénée). La flottabilité est assurée par une porosité élevée et le gonflement d'HPMC, ainsi que des substances hydrophobes.
      • La libération est prolongée (), contrôlée par la gélification.
      • Vidange gastrique à jeun ou en position couchée. Administrer après un repas léger.
      • Améliore la biodisponibilité (ex: Riboflavine) et le confort du patient (ex: Diazépam CR).
      • Critiques : Vidange gastrique aléatoire en position couchée, GRT = temps de digestion du repas, difficulté à dissocier flottabilité et vitesse de libération, pas de formes flottantes à unités multiples disponibles.

Formes Entériques

Libèrent sélectivement leur contenu dans l'intestin grêle.
  • Intérêt pour :
    • Protéger la muqueuse gastrique (sels de Fe²⁺, AINS).
    • Protéger les PA instables en milieu acide (polypeptides, oméprazole, érythromycine).
    • Empêcher la dilution gastrique des PA agissant localement (Sulfasalazine, Mésalazine).
    • Prolonger l'activité des PA.
  • Enrobages :
    • Gomme laque (Shellac) : Résine polymérique sensible aux estérases et au pH intestinal.
    • Polymères sensibles au pH intestinal :
      • Dérivés cellulosiques (Acétophtalate de cellulose (CAP, pH 6.0), Phtalate d'HPMC (HP50 pH 5.0, HP55 pH 5.5), CAT (pH 5.5)).
      • Dérivés acryliques (Eudragit L100-55/L30D-55 (pH 5.5), Eudragit L (pH 6.0), Eudragit S (pH 7.0), Eudragit FS30D (pH 7.5)).
      • Dérivés vinyliques (Acétophtalate de polyvinyle (PVAP, pH 5.0)).
  • Essais :
    • Gastrorésistance : HCl 0.1 N à pendant 2h. Pas de désagrégation/craquelures, diffusion (idéalement ).
    • Désagrégation intestinale : Tampon phosphate pH 6.8 (ou 6.5) dans les 30 min.
    • Essais de dissolution séquentiels (milieu acide puis pH 6.8).

Formes Coliques

Visent à libérer le PA spécifiquement dans le cæcum et le côlon ascendant.
  • Buts :
    • Traitement local des maladies du côlon (maladie de Crohn, colite ulcéreuse) avec des PA comme la Sulfasalazine, Mésalazine.
    • Administration orale de polypeptides et macromolécules (Calcitonine, Insuline, Héparine).
    • Retarder l'absorption (asthme nocturne).
    • Prolonger l'activité des PA.
  • Approches :
    • Exploitation des changements de pH : Enrobages entériques (Eudragits L, S, FS30D) ciblant un pH de dissolution proche de 7. Succès mitigés à cause de la variabilité inter/intra-sujets du pH du TGI et du manque de spécificité (temps et site).
    • Exploitation des temps de transit (intestin grêle) : Systèmes à libération après un temps de latence préprogrammé (3-4 heures), précédé d'un enrobage entérique pour la protection gastrique.
      • Enrobages avec polymères hydrophiles (HPC, HPMC) ou polymères thermosensibles.
      • Système Pulsincap : Gélule insoluble avec tête soluble, bouchon polymérique gonflant et enrobage entérosoluble. Libération en milieu intestinal par gonflement et expulsion du bouchon. Limitations : stagnation à la jonction iléo-cæcale, variabilité individuelle.
    • Exploitation de l'activité enzymatique de la flore intestinale : La libération est déclenchée par l'activité métabolique de la flore, démarrant à l'entrée du côlon.
      • Pro-drugs azoïques (Sulfasalazine, Balsalazide, Olsalazide) : Réduction par les bactéries coliques libérant le 5-ASA.
      • Pro-drugs glycosidiques (Dexaméthasone-β-glucoside).
      • Matrices ou systèmes enrobés avec des polymères dégradables par la flore (ponts disulfures, polymères azoïques, polysaccharides comme l'amylose, gomme guar, dextrans, inuline, chitosans, pectines). Ces polymères sont biodégradables et biocompatibles.

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