Cours 11
67 cardsVue d'ensemble des procédés de fabrication des comprimés conventionnels, incluant les types de formes, les exigences de compressibilité, les méthodes de granulation (sèche et humide), les équipements de compression et d'enrobage, ainsi que les critères de qualité et les essais de performance pour assurer l'uniformité, la dureté, la friabilité et la dissolution des produits finis.
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Les Comprimés Conventionnels : Une Approche Exhaustive
Les comprimés représentent l'une des formes pharmaceutiques les plus courantes et les plus polyvalentes, se définissant comme des préparations solides, généralement obtenues par compression, contenant une unité de prise d'un ou plusieurs principes actifs (PA). Leur conception vise à optimiser l'administration, l'efficacité et la stabilité des médicaments, répondant à des besoins thérapeutiques variés.I. Définition et Caractéristiques Générales des Comprimés
Un comprimé est une préparation pharmaceutique solide à dose unitaire, majoritairement destinée à la voie orale. Il résulte de l'agglomération par compression d'un volume constant de particules de poudre.A. Composition typique
Les comprimés sont constitués d'un ou plusieurs PA, auxquels s'ajoutent des excipients, des substances inertes mais essentielles pour la fabrication et la performance du comprimé. Ces excipients peuvent inclure :- Diluants : Augmentent le volume de la masse à comprimer pour atteindre la taille désirée du comprimé (ex. lactose, amidon, mannitol).
- Liants : Assurent la cohésion des particules pour former un compact résistant (ex. povidone, HPMC).
- Désagrégeants : Favorisent la désintégration du comprimé dans les fluides corporels, permettant la libération du PA (ex. croscarmellose sodique, amidon).
- Glidants : Améliorent les propriétés d'écoulement de la poudre (ex. silice colloïdale).
- Lubrifiants : Réduisent la friction entre la poudre et les parois de la matrice et empêchent l'adhésion aux poinçons (ex. stéarate de magnésium).
- Colorants : Pour l'identification et l'esthétique.
- Édulcorants/Aromatisants : Pour masquer les goûts désagréables, notamment pour les comprimés à croquer ou sublinguaux.
- Composés modifiant le comportement dans le tube digestif : Pour les libérations modifiées.
B. Forme et Présentation
Les comprimés se présentent le plus souvent sous la forme d'un cylindre plein, avec des extrémités plates ou convexes et des bords biseautés. Ils peuvent comporter des barres de cassure (permettant de diviser le comprimé), un sigle ou d'autres marques d'identification.C. Catégories de Comprimés
La Pharmacopée distingue plusieurs catégories de comprimés oraux, en fonction de leur conception et de leur mode de libération :- Comprimés non enrobés : À couche unique ou multiples (parallèles ou concentriques).
- Comprimés enrobés : Recouverts d'une couche protectrice.
- Comprimés effervescents : Se dissolvent dans l'eau en libérant du CO.
- Comprimés solubles : Se dissolvent complètement dans l'eau avant administration.
- Comprimés dispersibles (ou orodispersibles) : Se dispersent rapidement dans l'eau ou directement dans la bouche.
- Comprimés gastrorésistants : Conçus pour résister aux sucs gastriques.
- Comprimés à libération modifiée : Qui contrôlent la vitesse ou le lieu de libération du PA.
- Comprimés à utiliser dans la cavité buccale : Sublinguaux, buccaux, muco-adhésifs, à croquer, à mâcher.
D. Comprimés Sécables
La sécabilité des comprimés est une caractéristique importante :- Sécables quantitativement : Mention "compr. séc. quantit.". Une ligne de sécabilité garantit que chaque moitié contient la même quantité précise de PA. Exemple : Bisoprolol EG®.
- Sécables non quantitativement : Mention "compr. séc. non quantit.". La barre de cassure facilite la prise mais ne garantit pas une répartition égale du PA entre les moitiés. Exemple : Algostase Mono®.
II. Conditions et Procédés de Fabrication des Comprimés
La fabrication de comprimés nécessite des propriétés spécifiques du mélange de poudres pour garantir la qualité du produit final. Trois conditions sont essentielles :- Le mélange doit être compressible pour former un compact résistant.
- La poudre doit s'écouler librement et régulièrement pour un remplissage constant de la chambre de compression.
- Les particules de PA doivent être facilement mouillables pour une dissolution rapide et une biodisponibilité élevée.
A. Compression Directe
Le procédé le plus simple si les trois qualités (compressibilité, écoulement, mouillabilité) sont réunies. Il consiste en un simple mélange des poudres suivi d'une compression.B. Granulation
Lorsque les qualités de la poudre sont insuffisantes, la granulation est nécessaire. Elle vise à :- Augmenter la compressibilité et la densité apparente des poudres.
- Améliorer l'écoulement et le remplissage.
- Hydrophiliser les surfaces hydrophobes.
- Éviter le démélange des particules.
1. Granulation Sèche (Compaction / Slugging)
Ce procédé est utilisé lorsque le seul défaut est l'écoulement (ex. présence de nombreuses particules fines), et qu'on souhaite éviter l'utilisation de liquides. Les étapes sont :- Mélange des poudres (PA + ½ désintégrant + lubrifiant).
- Compaction : Formation de grosses briquettes ou plaques par les compacteurs à cylindres ou pastilleuses.
- Concassage : Transformation des briquettes en grains.
- Calibrage : Sélection de la fourchette granulométrique par tamisage.
- Addition de la phase externe (½ désintégrant + lubrifiant + glissant).
- Compression des grains en comprimés.
2. Granulation Humide
Utilisée lorsque les qualités d'écoulement et/ou de compressibilité font défaut. Les étapes sont :- Mélange des poudres (PA + ½ désintégrant + autres).
- Agglutination : Formation d'une pâte par ajout d'un liquide avec un agent liant.
- Granulation : Formation de grains à l'aide d'équipements (granulateur oscillant ou à haute vitesse).
- Séchage : Élimination du liquide de granulation.
- Calibration : Sélection de la granulométrie.
- Addition de la phase externe (½ désintégrant + lubrifiant + glissant).
- Compression.
3. Équipements de Granulation
- Granulateurs oscillants : Forcent la pâte humide à travers un tamis, puis les grains sont séchés.
- Granulateurs en V : Récipient en V rotatif avec bras d'agitation. Le liquide est pulvérisé dans la masse de poudre, et le séchage peut se faire dans le même équipement.
- Granulateurs à haute vitesse (High Shear Mixers) : Permettent de réaliser plusieurs opérations (mélange, mouillage, granulation, séchage) dans le même équipement. Ils sont équipés d'un bras principal de mélange (Impeller) et d'un couteau (Chopper).
- Granulateurs à lit d'air fluidisé : Les particules sont mises en mouvement par un courant d'air à grande vitesse, et la solution de granulation est pulvérisée. Le séchage est simultané. Cependant, ils sont coûteux et volumineux.
- Compacteurs à cylindres (granulation sèche) : Forcent la poudre entre deux cylindres rotatifs pour former un laminé ou des briquettes, qui sont ensuite concassés et calibrés.
4. Fabrication de Microbilles (Pellets)
Un cas particulier de granulation humide. Après humidification, la pâte subit une extrusion (formation de cylindres) puis une sphéronisation (transformation en billes sphériques). Cette technique est utilisée lorsque la teneur en PA est élevée (> 20-30%). Pour de faibles teneurs en PA, on préfère l'enrobage de microbilles neutres. Les pellets sont ensuite séchés et souvent enrobés pour des libérations modifiées.C. La Compression
La compression est l'étape finale où la poudre ou les granulés sont transformés en comprimés.1. Comprimeuses Alternatives
Équipements simples, à faible cadence, constitués d'une chambre de compression (matrice), de poinçons supérieur et inférieur, et d'une trémie de distribution de poudre. Le remplissage se fait par gravité, suivi de la compression et de l'éjection du comprimé. Utilisées principalement pour la mise au point de formulations, non pour la production de masse.2. Comprimeuses Rotatives
Machines à stations multiples (jusqu'à 80), avec plusieurs jeux de poinçons sur une couronne circulaire rotative. Les étapes sont :- Remplissage par écoulement libre, suivi du réglage du poids et du raclage de l'excès de poudre.
- Précompression et compression successives par passage sur des galets. La force de compression maximale est atteinte à la distance minimale entre les poinçons.
- Éjection et évacuation du comprimé.
3. Fabrication de Comprimés Particuliers par Compression
Il est possible de fabriquer des comprimés à couches multiples :- Comprimés bicouches : Deux distributeurs de poudre et deux postes de compression séparés permettent de superposer deux couches. Utiles pour séparer des PA incompatibles ou obtenir des cinétiques de libération différentes. Ex. Cirrus®.
- Comprimés manteau (Dry coating) : Application d'une couche sèche par compression sur un comprimé préformé. Les points critiques sont le centrage du noyau et l'homogénéité de l'épaisseur du manteau. Ex. Arthrotec®.
4. Aspects Théoriques de la Compression
L'application d'une force sur la poudre entraîne des déformations élastiques, plastiques et destructives. La composante plastique doit être majoritaire pour former un compact résistant. Des forces de friction () existent entre la poudre et la matrice, réduisant la force effective transmise au comprimé (). Le travail de compression () représente l'énergie totale appliquée, tandis que le travail effectif () est celui nécessaire à la formation du compact. La différence correspond aux pertes par friction et recouvrance élastique. L'efficacité de la lubrification est évaluée par l'indice de lubrification (), idéalement proche de 1. Le stéarate de magnésium est un excellent lubrifiant (). Les forces de friction influencent la force d'éjection () et peuvent entraîner des problèmes comme l'échauffement, l'endommagement des comprimés, le grippage des poinçons, et l'adhésion. L'élasticité excessive peut causer un manque de cohésion ou une fragilisation lamellaire (capping). L'ajout de lubrifiant et d'agent liant est crucial pour optimiser ces propriétés.5. Contrôle de la Régularité de Poids et Choix de la Force de Compression
Des variations de masse sont inévitables, même avec un bon écoulement. Les pharmacopées fixent des limites strictes. Le poids est contrôlé indirectement par la mesure de la force de compression (liée à la masse de poudre) ou par la mesure du facteur de déplacement du galet. Le choix de la force de compression vise à obtenir une résistance à la rupture (dureté) minimale, suffisante pour les contraintes ultérieures (ex. enrobage). Un excès de force peut provoquer une fragilisation lamellaire (capping).6. Problèmes et Remèdes (Capping / Décalottage)
Le capping (décalottage) est la séparation lamellaire des faces du comprimé. Ses causes et remèdes sont :- Adhésion aux poinçons : Ajout d'antiadhérent (talc), polissage des poinçons, utilisation de poinçons chromés.
- Trop grande élasticité du matériau : Augmenter le % d'agent liant, granulation humide.
- Structure lamellaire due à la fragmentation : Diminuer la force de compression, augmenter le % d'agent liant.
- Poudres aérophiles (inclusions d'air) : Diminuer les cadences de compression, instaurer une précompression.
- Matériau trop sec : Régler l'humidité résiduelle entre 1-2%.
III. Adjuvants Principaux Utilisés dans les Comprimés Conventionnels
Les excipients sont classés selon leur fonction et le type de comprimé ou méthode de fabrication.A. Diluants
Augmentent la masse du comprimé. Ils sont hydrophiles (lactose, amidon, mannitol, saccharose, phosphate dicalcique).- Pour compression directe : Importantes propriétés d'écoulement et de compressibilité. Ex. lactoses cristallins (Pharmatose®), β-lactose anhydre (meilleure compressibilité), α-lactose anhydre (très compressible mais cher), lactose atomisé (Pharmatose® DCL11, excellente compressibilité et écoulement, mais hygroscopique). Phosphate dicalcique (Emcompress® Special) pour PA solubles ou hygroscopiques.
- Pour granulation humide : Granulométrie fine pour améliorer l'agglomération (ex. lactoses impalpables, amidons).
- Pour comprimés spéciaux :
- À sucer : Saccharoses cristallins (Sugar Tab, Dipac).
- À croquer/mâcher : Mannitol (sensation de fraîcheur), saccharose.
B. Liants
Assurent la cohésion des particules.- Liants secs (pour compression directe ou slugging) :
- Celluloses microcristallines (Avicel®) : Très plastiques, hydrophiles, hygroscopiques, ont des propriétés désintégrantes.
- Amidon de riz à haute teneur en amylopectines (Remyline® Ac).
- Polyvinylpyrrolidone (PVP) : Principalement pour granulation humide.
- Liants pour granulation humide : Ajoutés en solution (aqueuse, alcoolique, hydro-alcoolique) pour atteindre 2-5% dans le produit sec.
- Empois d'amidon, gélatine.
- Dérivés cellulosiques hydrophiles à faible DP (MC, HPMC, HPC) : Methocels®.
- Mucilages de gommes (gomme arabique).
- PVP (Povidone) : Le plus utilisé.
- Copovidone : Moins hygroscopique que la PVP, meilleure plasticité et compressibilité.
- Sirop de saccharose.
- Liants pour granulations spéciales :
- Granulation thermoplastique (melt granulation) : PEG solides, corps gras à faible point de fusion.
- Formes à libération modifiée : Polymères entérosolubles, polymères acryliques, éthylcellulose.
C. Désagrégeants ou Désintégrants
Substances hydrophiles insolubles à fort pouvoir de gonflement, favorisant la pénétration de l'eau et le délitage du comprimé. Mécanisme : Gonflement des particules du désintégrant, créant des tensions mécaniques qui fragmentent le compact et libèrent le PA. Exemples :- Amidons (10-20%).
- Carboxyméthylamidons Na (Primojel®, Explotab®) : 2-5%, fort pouvoir de gonflement.
- Carboxyméthylcelluloses Na (Nymcel®) : 2-5%.
- CMC Na réticulée (Croscarmellose Na, Ac-Di-Sol®) : Super désintégrant, 0.5-3%.
- PVP réticulée (Crospovidone, Polyplasdone XL®, Kollidon CL®) : Super désintégrant, 1-3%.
D. Agents de Glissement (Glidants)
Améliorent l'écoulement de la poudre et le remplissage de la chambre de compression. Ils sont surtout utiles en compression directe et doivent être incorporés en phase externe. Exemples : Silice colloïdale (Aerosil®), Alumine colloïdale (Al2O3 colloïdal), talc (également antiadhérent).E. Lubrifiants
Réduisent les frictions (entre poudre et matrice) et l'adhésion (aux poinçons). Sous forme de poudres fines.- Hydrophobes (les plus efficaces) : Stéarate de Mg (0.5-1%), acide stéarique, palmito-stéarate de glycérol, huiles végétales hydrogénées, paraffines. Précautions : Limiter les concentrations (), éviter les mélanges intenses et prolongés pour ne pas hydrophobiser les particules, ce qui pourrait allonger le temps de délitage, réduire la vitesse de dissolution et la cohésion du comprimé.
- Hydrophiles (moins efficaces, pour formes solubles) : PEG 4000 et 6000, benzoate de Na, LS Na et Mg.
F. Antiadhérents
Réduisent l'adhérence de la poudre aux poinçons et à la matrice (ex. talc).IV. Comprimés Spéciaux
A. Comprimés Buccaux et Sublinguaux
Destinés à une libération et une absorption dans la cavité buccale.- Comprimés buccaux : Ne se délitent pas mais s'érodent lentement (45-60 min) entre la joue et la gencive. Contiennent du saccharose, plus de liant, des édulcorants et pas de désintégrant. Permettent d'éviter le premier passage hépatique (ex. analgésiques morphiniques, hormones stéroïdes).
- Comprimés sublinguaux : Appliqués sous la langue pour une action systémique. Généralement à délitage rapide ( min), sauf pour certains PA comme les dérivés nitrés (nitroglycérine) où la rapidité est essentielle pour les crises d'angor. Ex. Cedocard® 5 mg. Ils doivent avoir un bon goût et ne pas irriter les muqueuses.
B. Comprimés Solubles, Dispersibles et Orodispersibles
Non enrobés, destinés à être solubilisés ou dispersés dans l'eau avant administration, ou directement dans la bouche (orodispersibles). Particularités de formulation : Désintégrants puissants (crospovidone), mélanges effervescents, lubrifiants hydrosolubles, édulcorants et agents masquant le goût (cyclodextrines). Avantages : Rapidité de libération et meilleure biodisponibilité, meilleure observance (facilité d'usage), amélioration de la tolérance (moins d'irritation). Inconvénients : Masquage du goût difficile, formulation complexe, conditionnement délicat (sensibilité à l'humidité). Exemples : Dafalgan Odis® (paracétamol microencapsulé), Prozac® dispersible (fluoxétine).C. Comprimés Effervescents
Comprimés non enrobés contenant des substances acides (acide citrique, tartrique) et des carbonates/bicarbonates qui réagissent en présence d'eau pour libérer du CO. Particularités : Ingrédients entièrement solubles, dissolution rapide (moins de 5 min à 20°C). Utilisation de liquides de granulation anhydres ou granulation séparée des composants acides/basiques. Nécessitent des locaux de fabrication à faible humidité (20-25% HR) et un conditionnement étanche avec agent desséchant. Fortes teneurs en sels sont à prendre en compte pour certains patients.D. Comprimés Lyophilisés (Lyophilisats Oraux)
Formes solides à libération accélérée, obtenues par lyophilisation d'une solution ou suspension de PA dans des blisters. Très poreux, se dissolvent rapidement au contact de faibles volumes d'eau. Formulation : PA (analgésiques, anti-inflammatoires, etc.), substances de charge hydrophiles (sucres, acides aminés, macromolécules), liants (polysaccharides, gélatine, PVP), tensioactifs, édulcorants. Intérêt : Rapidité d'action, amélioration de la tolérance et de l'observance (pédiatrie, gériatrie). Inconvénients : Formulation complexe, teneurs limitées en PA, coût et durée de fabrication élevés, fragilité et conditionnement spécifique. Ex. Feldene Lyotabs®, Imodium Instant®.E. Formes Sèches Particulières (Obsolètes)
- Pilules : Forme obsolète, préparée à l'officine par mélange de poudres avec du sirop simple et de la gomme arabique, roulée en boudin puis coupée et séchée. Poids unitaire d'environ 25 ctg.
- Cachets : Enveloppe en pain d'azyme (amidon de froment et de maïs), se dissolvant lentement dans l'estomac et plus rapidement au niveau du jéjunum. Possibilité d'incorporer du CaCO ou des α-amylases.
V. Essais des Comprimés (Contrôle Qualité)
Les comprimés doivent se conformer aux normes des Pharmacopées (Eur., USP, BP) pour garantir leur qualité et leur efficacité.A. Uniformité de Masse
La masse individuelle de 20 unités est mesurée. Au plus 2 unités peuvent s'écarter de la masse moyenne d'un % supérieur à la limite spécifiée, mais aucune ne doit s'écarter de plus du double de ce %.B. Uniformité de Teneur
Détermination de la teneur individuelle en PA sur 10 unités. La teneur individuelle de chaque unité doit être comprise entre 85% et 115% de la teneur moyenne. Une unité au maximum peut être entre 75% et 125%. Si ce n'est pas le cas, l'essai est répété sur 20 autres unités. Pour les PA faiblement dosés, le dosage est souvent effectué sur la forme unitaire.C. Résistance à la Rupture (Dureté)
Mesure de la force (en N ou Kgf) nécessaire pour écraser le comprimé entre deux mâchoires. Évalue la cohésion du compact. La tension de rupture () permet de comparer des comprimés de tailles différentes.D. Friabilité (Perte à l'Effritement)
Mesure la résistance des comprimés non enrobés aux chocs mécaniques. Les comprimés sont placés dans un tambour rotatif (20 tr/min) qui les fait chuter. La perte de masse après 100 rotations ne doit pas dépasser 1%.E. Désagrégation (Essai de Délitage)
Évalue le temps nécessaire au comprimé pour se désintégrer dans un liquide simulant les conditions physiologiques. Un panier avec 6 tubes contenant les comprimés plonge dans un vase cylindrique (eau, HCl 0.1N ou milieu tamponné à 36-38°C) avec un mouvement vertical alternatif. Normes :- Comprimés conventionnels : min.
- Comprimés pelliculés : min.
- Comprimés dragéifiés : min.
- Comprimés effervescents : min (dans 200 ml d'eau à 19-21°C).
- Comprimés sublinguaux (nitrés) : min.
F. Essai de Dissolution
Détermine la vitesse de libération du PA à partir de la forme solide. Des prélèvements sont effectués à des temps définis pour quantifier le PA dissous. Buts :- Optimisation et contrôle qualité des formulations.
- Comparaison de lots ou de différentes formes.
- Recherche de corrélations in vitro – in vivo pour prédire la biodisponibilité.
- Conditions Sink : La concentration du PA dans le milieu de dissolution () doit être inférieure à 10% de sa solubilité ().
- Appareillages : Appareils à palette ou à panier (volume fixe de 1000 ml), appareil à flux continu (pour PA peu solubles).
- Liquide d'épreuve : Température de 37.0 0.5 °C. Nature (pH, force ionique, tension superficielle, enzymes) adaptée (eau distillée, HCl 0.1N, milieux tamponnés, SGF, SIF, FASSIF, FESSIF).
- Volume : Respect des conditions Sink (ex. 250 ml minimum pour paracétamol 500 mg).
- Vitesse d'agitation : Suffisante pour l'homogénéisation, mais pas excessive pour ne pas masquer les différences entre les formes.
VI. Les Formes Enrobées
L'enrobage est une technique visant à recouvrir les formes solides (comprimés, pellets, granules, poudres) d'une couche mince ou épaisse pour diverses raisons.A. Buts de l'Enrobage
- Protection :
- PA sensible à l'humidité (vapeur d'eau), à l'oxygène (oxydation).
- Masquage du goût amer ou désagréable.
- Protection de la muqueuse gastrique contre les PA irritants (AINS, sels de fer).
- Protection du PA contre la dégradation par le suc gastrique (érythromycine, oméprazole).
- Technique : Augmentation de la résistance mécanique (dureté, friabilité), aide au conditionnement industriel, identification du dosage par la couleur.
- Esthétique : Améliore l'apparence du produit.
- Biopharmaceutique : Modification de la libération du PA.
- Formes gastrosolubles (libération rapide).
- Formes gastrorésistantes/entérosolubles (libération retardée).
- Formes à libération prolongée (libération soutenue).
B. Enrobage au Sucre (Dragéification)
Technique ancienne et complexe, consistant à enrober le substrat d'une couche très épaisse de sucre. La masse du revêtement peut doubler celle du noyau. Risques : Altération du PA, pénétration d'eau dans le noyau. Étapes successives :- Isolation du noyau : Application d'un film non hydrosoluble (ex. Eudragit® E) pour empêcher l'eau de pénétrer.
- Gommage : Réalisation d'une couche d'accrochage avec un sirop de gomme arabique et des substances de charge insolubles (talc, CaCO). Opération délicate et subjective.
- Montage : Augmentation du poids par addition de sirops de saccharose concentrés, avec des substances de charge.
- Lissage : Suppression des imperfections de surface avec des solutions diluées de saccharose.
- Coloration : Application de laques colorantes, pigments (oxydes de fer) ou opacifiants (TiO) en suspension dans un sirop de saccharose.
- Polissage : Application d'une solution organique de cire (carnauba) pour donner du brillant.
C. Pelliculage (Film Coating)
Enrobage par un film mince (2-4% du poids pour formes conventionnelles, 7-15% pour libération modifiée) constitué d'une résine ou d'un polymère. Utilisé pour comprimés, pellets, granules, poudres, gélules. Les dispersions d'enrobage contiennent des polymères, plastifiants, substances de charge, colorants, opacifiants, tensioactifs.1. Polymères Utilisés pour l'Enrobage
Classification selon la solubilité :- Polymères hydrosolubles : Se dissolvent dans la salive et l'estomac. Surtout dérivés cellulosiques de faible DP (HPMC, MC, HEC, HPC). Utilisés en solutions aqueuses (7-10%) avec un plastifiant. Formes films perméables à la vapeur d'eau. Peuvent être associés à l'éthylcellulose pour diminuer la perméabilité. Ex. Methocels® E5 et E15.
- Polymères gastrosolubles : Solubles en milieu acide (< pH 5.0), insolubles au-dessus de pH 5.0. Copolymères cationiques de diméthylaminoéthyl méthacrylate (ex. Eudragit® E). Utilisés en solutions organiques. Protection contre l'humidité et l'oxygène, masquage de goût efficace.
- Polymères entérosolubles : Insoluble en milieu acide et dans l'estomac, mais soluble dans l'intestin (pH 5.0-7.5). Contiennent des radicaux acide carboxylique libres.
Buts : Protéger le PA de la destruction gastrique, protéger la muqueuse gastrique, obtenir une libération retardée, action locale intestinale, cibler un site de résorption.
Exemples :
- Dérivés cellulosiques : Acétylphtalate de cellulose (CAP, pH de dissolution 6.0), Phtalates d'HPMC (HP 50/55), HPMC Acétate succinate, Cellulose acétate trimellitate (CAT, pH 5.5).
- Dérivés vinyliques : Acétophtalate de polyvinyle (PVAP, pH > 5.0).
- Dérivés acryliques (très utilisés) : Copolymères anioniques d'acide méthacrylique et éthylacrylate/méthylméthacrylate. Ex. Eudragit® L100-55 (pH 5.5), Eudragit® L100 (pH 6.0), Eudragit® S100 (pH 7.0), Eudragit® FS30D (pH > 7.0). Ces derniers sont utilisés pour cibler des zones spécifiques de l'intestin (colon).
- Polymères insolubles : Insolubles dans les liquides du TGI quel que soit le pH. Forment un film barrière à travers lequel le PA diffuse. Utilisés pour les formes à libération prolongée et continue.
Exemples :
- Dérivés cellulosiques : Éthylcelluloses (Ethocels®). Nécessitent des composés hydrosolubles (HPMC, PEG) pour augmenter la porosité et la perméabilité.
- Dérivés acryliques : Copolymères d'esters d'acides acrylique et méthacrylique. Ex. Eudragit® RL100 (plus perméable), Eudragit® RS100 (moins perméable). Peuvent être mélangés pour obtenir une perméabilité intermédiaire. Eudragit® NE30D (neutre, peu perméable).
2. Mécanisme de Formation du Film
- À partir de solutions de polymère : Le film se forme en 3 étapes (sol gel vernis solide) par évaporation progressive du solvant.
- À partir de latex (dispersions colloïdales aqueuses) : Plus complexe, nécessite la fusion des particules de polymère (coalescence) après évaporation de l'eau. Les particules doivent être suffisamment ramollies (état caoutchouteux). Phénomène de "Further Gradual Coalescence" (FGC) : La formation du film peut se poursuivre après l'enrobage, modifiant les propriétés du film au fil du temps (diminution de la perméabilité, retard de dissolution). Pour éviter cela, des périodes de maturation artificielles (à 40-60°C sous humidité contrôlée) sont mises en place.
3. Paramètres Influencant la Formation du Film et la Composition des Dispersions
- Type et structure chimique du polymère : Déterminent l'hydrophilie, la solubilité et les caractéristiques mécaniques du film.
- Conditions d'application : Température de séchage (trop élevée film poreux ; trop faible risque de collage), conditions de pulvérisation.
- Maturation : Essentielle pour stabiliser les films issus de latex.
- Substrat : Taille (petites particules plus de film), forme (biconvexe ou microbilles préférables), nature (alcaline/acide du substrat peut interagir avec le filmogène couche d'isolation).
- Épaisseur du film : Une épaisseur minimale est nécessaire pour une couverture complète et une protection efficace.
- Composition de la dispersion :
- Agent(s) filmogène(s).
- Plastifiant : Diminue la cristallinité du film, améliore la flexibilité et réduit la Tg des polymères, favorisant la coalescence. Ex. glycérol, PEG, esters citriques, huile de ricin. Utilisés à 10-30% du poids du polymère.
- Substances solides dispersées (charge, laques, opacifiants) : Talc, CaCO, TiO.
- Tensioactifs, édulcorants, aromatisants.
- Solvant : Choix crucial pour son pouvoir solvant, sa volatilité, son inflammabilité et sa toxicité.
D. Équipements d'Enrobage
- Turbines classiques : Inclinées à 45°, tournantes, avec baffles. Équipées d'un système de pulvérisation, séchage (air chaud) et contrôle. Réservées aux noyaux résistants et de grande taille.
- Turbines à tube immergé : Air chaud et dispersion sont amenés directement dans la masse des noyaux. Moins utilisées.
- Turbines à parois perforées (Accela-Cota, Hi-Coater) : Augmentent l'efficacité de séchage grâce aux perforations. Permettent de contrôler précisément la température des noyaux (40-45°C).
- Enrobage en lit d'air fluidisé (Wurster) : Pour noyaux de faible dimension (pellets, granules). Grande efficacité de séchage et rapidité. Inconvénients : Faible capacité, encombrement, chocs sur le substrat.
E. Exemples de Formes Enrobées Spécialisées
- Dragées (obsolètes en Belgique) : Nurofen®, Cataflam®.
- Enrobages gastrosolubles : Augmentin® (masquage de goût, esthétique).
- Formes entériques : Acenterine®, Naprosyne®, Depakine® entérique. Souvent identifiées par "EC", "EN", "MUPS" (Multiple Unit Pellet System). Ex. Losec MUPS®.
- Formes à libération prolongée : Xanthium®, Tramium®.
- Les comprimés gastrorésistants ne doivent pas être broyés.
- Les gélules avec microbilles (MUPS) ou les comprimés "MUPS" peuvent être ouverts ou sécables, mais les microbilles ne doivent pas être broyées.
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