Conception et Construction des Escaliers
20 cardsCe document détaille la conception, la typologie, la structure porteuse, le dimensionnement, et les matériaux des escaliers, incluant des sections sur les escaliers en bois, métalliques, en pierre et en béton. Il aborde également les normes de sécurité et de confort, ainsi que les techniques de construction spécifiques comme le poteau-poutre et l'ossature bois.
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Les Escaliers : Définition, Fonctions, Typologie, Conception et Construction
L'escalier est un élément fondamental de circulation verticale dans une construction, permettant de passer d'un niveau à l'autre par une succession de plans horizontaux appelés marches. Sa conception est régie par des considérations de sécurité, de confort et d'esthétique, et doit respecter de nombreuses réglementations.
1. Contexte Réglementaire et Normatif
La conception et la réalisation des escaliers sont encadrées par une série de réglementations visant à assurer la sécurité des usagers, notamment en matière de prévention des chutes et de protection incendie. Ces normes sont applicables à tous les types d'escaliers, à l'exception généralement des escaliers d'habitations privées unifamiliales.
- RGPT (Règlement Général pour la Protection du Travail) : Concerne les aspects de sécurité en milieu professionnel.
- A.R. du 7 juillet 1994 (modifié) : Fixe les normes de base en matière de prévention contre l'incendie et l'explosion pour les bâtiments neufs.
- Règlement de sécurité, de salubrité et de police : Spécifique aux lieux accessibles au public, souvent basé sur l'A.R. du 7 juillet 1994.
- CWATUP ARW 25-02-1999 : Régit l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite (PMR).
- NBN S21-204 : Norme spécifique à la protection contre l'incendie dans les bâtiments scolaires.
- NBN B 03-103 : Définit les charges d'exploitation à respecter pour les balcons et garde-corps.
- NBN NEN 3509 (Norme belge enregistrée) : Concerne les escaliers à l'intérieur des habitations.
- NF P 01-012 (Norme française) : Détaillé les règles de sécurité relatives aux dimensions des garde-corps et rampes d'escalier.
- NIT 196 et 198 : Notes d'information technique concernant respectivement les balcons et les escaliers.
- STS 54 : Spécifications techniques unifiées pour les garde-corps.
2. Définition et Fonctions de l'Escalier
L'escalier est un élément de circulation verticale oblique qui, par l'intermédiaire de marches, permet de relier différents niveaux. Bien qu'une pente douce soit moins fatigante, l'escalier offre l'avantage d'une occupation au sol beaucoup plus réduite, ce qui est souvent plus économique en termes d'espace.
Les fonctions des escaliers varient considérablement en fonction de leur utilisation et attribution :
- Escaliers de collectivité : Pour des lieux publics (bureaux, écoles, immeubles d'appartements, etc.).
- Escaliers privés : Dans les habitations individuelles.
- Escaliers principaux : Destinés à l'usage courant.
- Escaliers de service : Pour le personnel ou les usages secondaires.
- Escaliers de secours : Essentiels pour l'évacuation en cas d'urgence.
- Escaliers d'apparat : Mettent en valeur l'architecture d'un bâtiment.
- Escaliers d'accès : Au grenier, à la cave, etc.
La conception d'un escalier nécessite un environnement bâti adapté à ses dimensions et aux exigences de stabilité.
2.1. Cage d'Escalier
La cage d'escalier est le volume architectural dédié à l'installation de l'escalier. Elle peut être de taille minimale ou inclure des espaces supplémentaires comme des couloirs ou des mezzanines. Le terme «jour» désigne l'espace central autour duquel l'escalier se développe ou le côté visible vers lequel est placée la rampe. Un escalier peut ne pas avoir de jour (murs de chaque côté) ou, à l'inverse, un jour important pour les escaliers libres.
L'interdépendance entre la cage d'escalier et l'escalier est cruciale. Un escalier d'accueil nécessite une cage spacieuse, tandis qu'un escalier de service n'exige pas de tels attributs. Dans les habitations, la cage est souvent intégrée au hall d'entrée. Pour des raisons de sécurité incendie, les cages d'escalier des immeubles collectifs ou publics doivent être conçues avec une résistance au feu minimale, selon les avis des pompiers, et prévoir des escaliers de secours.
2.2. Trémie
La trémie est l'ouverture réservée dans un plancher pour l'escalier. Sa largeur doit toujours être au moins égale à l'emmarchement de l'escalier. Pour assurer la continuité de la rampe, la trémie est souvent plus large que l'escalier lui-même. Une trémie plus grande peut aussi servir à mettre l'escalier en valeur ou à créer un puits de lumière. L'enchevêtrement des planchers au niveau de la trémie doit être adapté au type de plancher et permettre la fixation des volées et garde-corps, en assurant une cohérence structurelle et esthétique.
2.3. Confort et Sécurité
L'utilisation d'un escalier doit être aisée et nécessiter le moins d'effort possible, ce qui implique de maintenir une cadence de pas régulière. Des paliers intermédiaires sont nécessaires pour les grandes hauteurs d'étage, généralement toutes les 15 marches environ.
La notion de confort est subjective : un escalier menant à une cave sera moins exigeant qu'un escalier public. Le confort est directement lié à la forme et à l'inclinaison de l'escalier.
La sécurité est primordiale. Un escalier doit être solide, facilement praticable, et convenablement éclairé. Les garde-corps sont essentiels pour prévenir les chutes. Pour les bâtiments soumis aux pompiers, aucune tolérance n'est admise sur les contraintes dimensionnelles (giron, emmarchement) et la résistance au feu.
3. Typologie des Escaliers
La typologie d'un escalier est définie par ses fonctions, sa position, sa forme, son inclinaison, ses matériaux, et son degré de confort et de sécurité.
3.1. Selon la Situation
Les escaliers sont souvent situés au centre des circulations horizontales, à proximité d'autres circulations verticales comme les ascenseurs ou les escalators. Ils peuvent être :
- Libres : Ne touchant le bâtiment qu'aux paliers de départ et d'arrivée.
- Dans une cage : Courant dans les immeubles collectifs ou administratifs.
- Extérieurs : Devant résister aux intempéries, aux végétaux et aux insectes. Leurs marches doivent être antidérapantes et légèrement déclives () pour éviter la stagnation de l'eau. Les escaliers de secours sont souvent extérieurs.
- Intérieurs : Principaux, secondaires, de cave, de grenier, etc.
3.2. Escaliers Spéciaux
Pour les locaux à fréquentation réduite ou en cas de contraintes d'espace, il existe des escaliers spéciaux :
- Escamotables, coulissants, télescopiques : Accès à des espaces non habitables, peuvent se ranger sur la trappe d'accès.
- Échelles de meunier : Angle raide ( à , souvent ). La hauteur de marche maximale est de 200 mm et le giron minimal de 150 mm. Rarement avec contremarches.
- Escaliers à pas japonais (ou à marches décalées) : Utilisation limitée, gain de place. Pente de à (souvent ). Moins sécurisant car on l'utilise toujours du même pied. Plus confortable que l'échelle de meunier car le pied a plus de place.
Pour tous ces escaliers à utilisation restreinte, la largeur minimale est de 60 cm.
3.3. Selon la Forme
Les escaliers peuvent prendre diverses formes :
- Escaliers droits : Tous les bords de marche sont perpendiculaires à la ligne de foulée rectiligne.
- Escaliers à quart ou demi-tournant : Le changement de direction peut être réalisé par un palier intermédiaire ou par des marches balancées (quartiers tournants).
- Escaliers hélicoïdaux (en colimaçon) : Marches tournant autour d'un noyau central.
- Escaliers obliques : Angles non conventionnels.
- Sur plan : Carré, rectangulaire, rond, ovale, en L, en T, etc.
3.4. Selon l'Inclinaison
La pente de l'escalier est un critère essentiel pour le confort et la sécurité.
| Type d'accès | Pente usuelle |
| Échelles | - |
| Échelles de meunier, escaliers à marches décalées | - |
| Escaliers secondaires (caves, greniers) | - |
| Escaliers habituels en habitation | - |
| Rampes et certains escaliers publics | - (max 5% pour PMR) |
Les bâtiments publics sont soumis à des réglementations strictes pour les PMR et la sécurité incendie. Par exemple :
- Rampes d'accès de maximum 5% de pente sur 10 mètres maximum.
- Paliers de repos/retournement de 150x150 cm aux extrémités des rampes, avec double main courante à 75 et 90 cm du sol.
- Marches antidérapantes.
- Maximum 15 marches entre paliers.
4. Structure Portante
La structure portante assure la stabilité de l'escalier et le transfert des charges vers les fondations.
4.1. Fondation sur Sol
Utilisée principalement pour les escaliers extérieurs. Si la structure est en maçonnerie ou béton, elle s'appuie sur les fondations. On parle de «mur d'échiffre» lorsqu'un mur côté jour soutient l'escalier.
4.2. Maçonnerie
Les marches peuvent reposer directement dans ou sur la maçonnerie, reportant ainsi les charges aux murs puis aux fondations.
4.3. Paillasse en Béton Armé
Une paillasse est une dalle inclinée en béton armé qui constitue le support des marches et des contremarches, formant une structure monolithique.
4.4. Limons
Les limons sont des éléments de structure inclinés (poutres) qui supportent les marches et reportent les charges sur les paliers.
- Limon de jour : Côté vide de l'escalier.
- Limon de mur : Côté paroi verticale.
- Faux limon : Limon contre un mur et soutenu par celui-ci.
Deux types de liaisons marches/limons existent :
- Escalier à la française : Les marches sont fixées latéralement aux limons, leurs extrémités étant cachées.
- Escalier à l'anglaise : Les marches sont posées sur le limon, dont le profil en crémaillère laisse voir le profil des marches.
4.5. Poteaux
Les poteaux sont des éléments structurels verticaux qui transfèrent les charges de l'escalier à un plancher et assurent la liaison entre les différents éléments de l'escalier (départ de limon, jonction de volées).
4.6. Noyau
Pour un escalier hélicoïdal, le noyau (ou fût) est le poteau central sur lequel les marches sont fixées en porte-à-faux ou sur un limon intérieur. Autrefois en bois ou en pierre, il est aujourd'hui souvent métallique pour des raisons de résistance.
4.7. Escalier Suspendu
Dans un escalier suspendu, les marches sont supportées par des éléments travaillant en traction, généralement des tirants métalliques, offrant une grande finesse et un bon rapport résistance/coût. Ces tirants peuvent servir de garde-corps côté jour. Côté mur, les marches peuvent être encastrées ou supportées par des consoles. Le plancher supérieur doit être adapté pour supporter cette surcharge.
5. Marches
Les marches sont les surfaces horizontales de l'escalier. La face supérieure est appelée plan de marche ou pas. Toutes les marches d'une volée ont une dénivellation régulière. Elles doivent être solides, résistantes aux chocs et à l'usure, avec un bord non glissant.
5.1. Contremarches
Les contremarches sont les parties verticales entre les marches. Leurs rôles sont multiples :
- Structure : Transmettent les efforts entre marches.
- Finition : Pour paillasse en béton, tôle pliée, etc.
- Sécurité : Résistance au feu, empêchent la chute d'objets.
- Confort : Isolation phonique, thermique ou visuelle.
5.2. Nez de Marche et Autres Termes
- Nez de marche : Partie de la marche qui surplombe la marche inférieure ou la contremarche. Augmente la surface de marche.
- Marche palière : Dernière marche d'une volée, au même niveau que le palier.
- Collet : Largeur de la marche mesurée sur le limon de jour, ou extrémité étroite des marches balancées/hélicoïdales.
- Queue : Extrémité la plus large d'une marche balancée ou hélicoïdale (opposé au collet).
- Palier : Espace de repos entre deux volées, ou au départ/arrivée d'une volée. Permet de briser le rythme ( marches), de changer de direction ou d'accéder à une porte.
- Volée d'escalier : Suite ininterrompue de marches entre deux paliers consécutifs.
6. Main Courante et Garde-corps
La rampe d'escalier comprend la main courante et le garde-corps, assurant sécurité et facilité de circulation.
6.1. Main Courante
La main courante est un élément linéaire, parallèle à l'inclinaison de l'escalier, destiné à être tenu manuellement pour :
- Éviter les chutes.
- Faciliter la montée et la descente.
- Aider la marche sur un plan horizontal.
Idéalement, elle ne doit pas être interrompue, sauf aux paliers. Les mains courantes doivent être solides et résister à des efforts importants. Les bâtiments très fréquentés ou de prestige peuvent nécessiter plusieurs mains courantes ou une main courante intermédiaire. La hauteur confortable est de 80 cm pour les plans horizontaux ( de pente) et de 90 cm pour les volées d'escalier (mesurée à partir du nez de marche). Pour des raisons de sécurité, la hauteur des garde-corps prime sur le confort de la main courante. Dans les lieux fréquentés par des enfants, des dispositions spéciales sont nécessaires (éléments structurels ne dépassant pas 11 cm pour éviter le passage d'une tête d'enfant). La main courante doit permettre une prise facile (écartée du mur de 40 mm, largeur max 60 mm, arêtes au rayon de courbure minimal de 7 mm).
6.2. Garde-corps
Le garde-corps est un ouvrage, côté jour de l'escalier, qui protège des chutes dans le vide en remplissant totalement ou partiellement la hauteur de protection. Les normes imposent des dimensions strictes (ex: espacement maximal de 110 mm entre éléments verticaux, 50 mm entre éléments horizontaux pour les enfants).
7. Dimensionnement et Tracé de l'Escalier
7.1. Généralités
La conception d'un escalier doit tenir compte de l'environnement, de la hauteur d'étage et de l'encombrement. La hauteur d'étage est la distance verticale entre les planchers finis. L'étendue de l'escalier est la distance horizontale qu'il occupe. L'échappée (ou hauteur de passage) est la hauteur libre au-dessus de l'escalier, mesurée à la verticale du nez des marches sur la ligne de foulée. Elle doit être d'au moins 210 cm (parfois 190 cm pour les escaliers secondaires). L'emmarchement est la largeur utile de l'escalier (distance entre les rampes ou entre rampe et mur moins 50 mm). La largeur de l'escalier inclut l'emmarchement et l'encombrement des limons et rampes. Un emmarchement de 80 cm est prévu pour une personne, et 60 cm par personne pour plusieurs.
7.2. Dimensionnement des Marches
La ligne de foulée est la ligne imaginaire suivie par l'utilisateur, sur laquelle les girons sont calculés. Pour les escaliers de moins de 100 cm de largeur, elle est au milieu de l'emmarchement. Généralement, elle est à de la main courante.
- Hauteur de marche (H) : Distance verticale entre les faces supérieures de deux marches successives. Environ 18 cm pour une maison. Se calcule en divisant la hauteur d'étage par un nombre entier de marches.
- Giron (G) : Distance horizontale entre deux contremarches ou nez consécutifs. Doit être identique pour toutes les marches. Généralement 23 à 30 cm en habitation.
- Profondeur de marche : Giron augmenté du nez de marche. Minimum 10 cm au collet pour les escaliers circulaires.
7.3. Formule de Blondel
Le module du pas, , selon la formule de Blondel, représente la moyenne d'un pas humain (environ 60 cm, variant entre 57 et 63 cm). C'est la règle élémentaire pour un escalier confortable :
Un escalier comprend toujours un nombre de girons égal au nombre de hauteurs moins un. Par exemple, un escalier de 3 marches a 2 girons.
7.4. Profondeur des Paliers
La profondeur du palier est généralement égale à l'emmarchement, mais peut aussi se calculer en fonction du module du pas :
ou
7.5. Exemple de Calcul pour Escalier Droit
Soit une hauteur d'étage de 280 cm :
- Hauteur présumée de marche : 18 cm.
- Nombre de marches : . On arrondit à 15 marches.
- Hauteur de marche exacte : .
- Nombre de girons : .
- Calcul du giron avec Blondel () : .
- Étendue de l'escalier droit : .
- Dimensionnement du palier : .
7.6. Particularités de l'Escalier Balancé à Quartier Tournant
Les escaliers tournants classiques peuvent être dangereux en raison du rétrécissement des marches au collet. Le balancement permet d'élargir progressivement les marches dans la partie tournante, rendant l'escalier plus praticable. Cette méthode utilise des tracés géométriques basés sur des progressions arithmétiques. Pour les escaliers à limons, les mesures des collets sont appliquées dans l'axe du limon de jour. On reporte sur la ligne de foulée les girons des marches à balancer. Les méthodes incluent la méthode traditionnelle et la méthode de balancement en herse.
8. Typologies Matérielles des Escaliers
La construction des escaliers varie considérablement en fonction des matériaux utilisés, chacun présentant ses propres spécificités structurelles, esthétiques et d'entretien.
8.1. Escalier en Bois
Les escaliers en bois sont courants pour leur esthétique chaleureuse et leur polyvalence. La structure portante peut être constituée de limons, et les marches peuvent être renforcées (plats ou consoles métalliques) si le bois est trop souple. Les assemblages doivent être précis pour garantir la stabilité et la durabilité. Des précautions sont à prendre concernant l'humidité, les insectes et le feu.
8.2. Escalier Métallique
Les escaliers métalliques offrent une grande finesse structurelle et sont souvent utilisés dans un style moderne ou industriel, ou pour des applications spécifiques comme les escaliers de secours extérieurs. Ils peuvent être à limons, hélicoïdaux (souvent avec un noyau métallique), ou en tôle pliée. La résistance à la corrosion et les risques d'incendie doivent être gérés (revêtements, protections).
8.3. Escalier en Pierre
Les escaliers en pierre, qu'ils soient à marches massives ou hélicoïdaux, sont réputés pour leur robustesse et leur durabilité. Ils sont souvent associés à des bâtiments historiques ou d'apparat. Les précautions concernent le poids, les fondations, la résistance à l'usure et le type de pierre.
8.4. Escalier en Béton
Les escaliers en béton sont très résistants, incombustibles et peuvent être réalisés sur place (paillasse) ou préfabriqués. Ils sont polyvalents et peuvent être revêtus de divers matériaux. Les précautions concernent la mise en œuvre, le ferraillage et les finitions.
Conclusion
L'escalier est bien plus qu'un simple moyen de passer d'un niveau à l'autre ; c'est un élément architectural complexe, dont la conception doit intégrer des considérations réglementaires strictes pour la sécurité, des principes ergonomiques pour le confort, et des choix esthétiques pour l'intégration architecturale. Une compréhension approfondie de ses composants, de ses typologies et des méthodes de calcul est essentielle pour tout concepteur ou constructeur.
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