comment expliquer l'engagement politique
No cardsCe cours explore les diverses formes de l'engagement politique, incluant le vote, le militantisme, et la consommation engagée. Il analyse les raisons pour lesquelles les individus s'engagent, malgré le paradoxe de l'action collective, en considérant les incitations sélectives, les gains symboliques, et les opportunités politiques. De plus, il examine comment les variables sociodémographiques telles que la catégorie socioprofessionnelle, le niveau de diplôme, l'âge, la génération et le sexe influencent l'engagement. Enfin, le cours aborde la transformation des objets, des acteurs et des répertoires de l'action collective au fil du temps.
Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
1. Les formes variées de l'engagement politique
L'engagement politique est toute action motivée par des valeurs politiques (justice, égalité, liberté). Il vise généralement à influencer les décisions de l'État ou des entreprises, souvent sous forme de participation à une action collective.
Les sociétés démocratiques offrent plusieurs formes d'engagement :
- Le vote : participation à une élection légalement organisée. Le citoyen exprime une opinion politique en votant pour un candidat ou en votant blanc pour manifester son insatisfaction.
- Le militantisme : participation active à la défense d'une cause au sein d'organisations comme :
- Les partis politiques (La France Insoumise, Rassemblement National, Renaissance) qui visent à remporter des élections
- Les syndicats (CGT, CFDT) qui défendent les intérêts des travailleurs
- Les associations caritatives, humanitaires ou environnementales
- La consommation engagée : choix de consommation exprimant une opinion politique. Elle prend deux formes :
- Le boycott : refus de consommer certains biens (refuser la viande pour lutter contre la souffrance animale, refuser les vêtements produits par esclavage)
- Le buycott : consommation de biens spécifiques (acheter un vélo plutôt qu'une voiture, consommer local, trier ses déchets)
II. Pourquoi les individus s'engagent-ils ?
A. Le paradoxe de l'action collective : il n'est pas rationnel de s'engager
Selon l'économiste Mancur Olson, le paradoxe de l'action collective stipule qu'en théorie, si tous les individus se comportaient rationnellement, il ne devrait pas y avoir d'action collective, pourtant on l'observe dans la réalité.
Logique du paradoxe : Un participant à une action collective subit toujours des coûts (financiers, temporels, corporels) tandis que les gains sont identiques qu'il participe ou non, car les conséquences profitent à tous. Exemple : un gréviste subit un manque de salaire et des risques professionnels, mais obtiendra l'augmentation généralisée que seule la grève obtient, indépendamment de sa participation personnelle. Il existe donc une stratégie plus rentable : celle du « passager clandestin » qui bénéficie des gains sans supporter les coûts. Or, si tous adoptaient cette stratégie, aucune action collective ne serait possible.
B. Pourquoi les individus s'engagent-ils tout de même ?
Malgré ce paradoxe, les individus s'engagent pour trois raisons principales :
- Les incitations sélectives : méthodes utilisées par les organisations pour combattre les comportements de passagers clandestins. Elles consistent à :
- Accorder des avantages aux participants (allocations financières, assistance juridique, repas gratuit)
- Pénaliser les non-participants (piquets de grève empêchant le travail)
- Les rétributions symboliques : gains non matériels comme se constituer un réseau, projeter une image valorisante de soi, appartenir à un groupe, vivre en accord avec ses valeurs, ressentir la joie de la victoire. C'est la motivation principale pour la plupart des personnes engagées politiquement.
- La structure des opportunités politiques : les individus s'engagent lorsque le contexte politique favorise le succès de l'action collective.
III. L'engagement politique dépend de variables sociodémographiques
Les caractéristiques sociodémographiques influencent fortement la probabilité d'engagement politique.
A. La catégorie socioprofessionnelle et le niveau de diplôme
Catégorie socioprofessionnelle :
- Les cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS) votent davantage aux élections que les ouvriers et employés (45% vs 26% en 2017)
- 57% des CPIS sont adhérents d'une association contre 33% des ouvriers
Niveau de diplôme :
- 42% des diplômés du supérieur votent à toutes les élections contre 27% des personnes sans diplôme (2017)
- Les diplômés militent aussi plus fréquemment dans les partis, syndicats et associations
Explication : Les individus de milieux favorisés et les plus diplômés possèdent un « sentiment de compétence politique » plus important — c'est-à-dire le sentiment de comprendre les enjeux politiques et de savoir agir comme militant. Les moins diplômés peuvent ne pas voter s'ils ont le sentiment de ne pas comprendre les enjeux électoraux.
B. L'âge et la génération
Âge : Les individus plus âgés s'engagent davantage :
- Participation électorale : 17% des 25-29 ans votent à toutes les élections contre 36% des 40-49 ans (2017)
- Syndicalisation : 0,8% des 16-24 ans sont syndiqués contre 11,2% des 40-49 ans
Génération : Les générations nées après 1980 s'engagent moins que les précédentes. Les individus s'engagent moins en 2020 qu'il y a 50 ans, indépendamment de leur âge.
Explications :
- Les jeunes sont davantage touchés par le chômage et la précarité (intérim, CDD, temps partiel), réduisant la probabilité d'adhésion syndicale
- Les jeunes et générations récentes expriment une plus grande méfiance envers la politique et ne souhaitent pas s'y investir
Important : Distinguer l'âge (position dans le cycle de vie, change chaque année) de la génération (ensemble des individus nés sur une période donnée, inchangée durant toute la vie).
C. Le sexe
Les hommes s'engagent légèrement plus que les femmes, mais la vraie différence se manifeste dans les modalités d'engagement :
- Secteurs d'engagement différents : Les femmes militent davantage dans les associations humanitaires et caritatives ; les hommes davantage dans les syndicats et partis politiques
- Positions de leadership : Les femmes occupent moins souvent des postes de direction dans les organisations militantes
Explications :
- Socialisation de genre : Les hommes intègrent davantage le goût pour la compétition et la prise de parole publique, facilitant leur accès aux postes de dirigeants
- Charge des tâches domestiques : Les femmes réalisent les deux tiers des tâches domestiques, leur laissant moins de temps pour s'investir activement dans les organisations militantes
IV. Diversité et transformations de l'action collective
A. La transformation des objets de l'action collective
Avant 1980 : Les actions collectives portaient principalement sur le travail (augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail). Ces conflits du travail opposaient les travailleurs (souvent ouvriers) à leurs patrons. Les syndicats en étaient les principaux acteurs, organisant manifestations et grèves pour obtenir des avancées sociales majeures (congés payés de 1936, semaine de 40 heures).
Après 1980 : Le répertoire s'élargit avec l'émergence de nouveaux objets de mobilisation :
- Défense d'opinions ou de droits éthiques et moraux
- Mouvements écologistes
- Luttes minoritaires : actions collectives défendant les droits des femmes, des noirs et arabes, des homosexuels et autres groupes
- Certains sociologues qualifient ces nouveaux mouvements de « Nouveaux Mouvements Sociaux » (NMS)
Note : Les actions collectives à revendications économiques (salaires, pouvoir d'achat, stabilité de l'emploi) restent importantes et régulières.
B. Transformation des acteurs de l'action collective
Jusqu'aux années 1980 : Les syndicats dominaient l'action collective, aux côtés des partis politiques et des associations. Ces acteurs organisaient les actions (coordination, stratégie, porte-parole, négociation).
À partir des années 1980 : Émergence de groupements de citoyens — rassemblements spontanés de citoyens défendant une cause, organisés sans l'aide des syndicats, partis ou associations. Ils se caractérisent par :
- Absence de structure hiérarchique (chaque participant a une voix égale)
- Naissance autour d'une cause précise, disparition une fois les objectifs atteints
Exemple : La Zone à Défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (2010s) a regroupé plusieurs centaines de citoyens sans affiliation politique pour empêcher la construction d'un aéroport destructeur pour l'environnement. Après l'abandon du projet en 2018, la ZAD a disparu.
C. Transformation du répertoire de l'action collective
Le répertoire d'actions collectives est l'ensemble des modes d'action qu'organisations et citoyens peuvent utiliser pour protester. Il évolue au fil du temps selon :
- La légitimité sociale (la violence physique est devenue illégitime)
- Les changements législatifs (les monarchies répriment sévèrement les manifestations)
- Les évolutions technologiques (imprimerie, internet facilitent les pétitions et mobilisations internationales)
Avant 1980 : Principalement grèves et manifestations (aussi distribution de tracts, pétitions, grève de la faim).
Après 1980 : Répertoire élargi incluant :
- Occupations de sites : Occupation illégale de terrains pour empêcher des projets (ZAD Notre-Dame-des-Landes)
- Dénonciation sur réseaux sociaux : Mouvements comme #MeToo pour dénoncer les violences sexuelles
- Hacktivisme : Utilisation du piratage informatique comme mode d'action collective
| Dimension | Avant 1980 | Après 1980 |
| Objets | Conflits du travail | Conflits du travail (moins centraux) + nouveaux enjeux éthiques/morales (écologie, luttes minoritaires) |
| Acteurs | Syndicats, partis, associations | Syndicats, partis, associations + groupements de citoyens |
| Répertoire | Principalement grèves et manifestations | Grèves, manifestations + occupations, dénonciation sur réseaux sociaux, hacktivisme |
Start a quiz
Test your knowledge with interactive questions