CM 5/06 Délires chroniques non schizophréniques
No cardsVue d'ensemble des différents délires chroniques non schizophréniques, incluant les délires paranoïaques, les psychoses hallucinatoires chroniques et les paraphrénies, avec leurs caractéristiques cliniques, étiopathogénie, sémiologie et prises en charge infirmières.
Délires Chroniques Non Schizophréniques
Les délires chroniques non schizophréniques sont des affections psychiatriques caractérisées par leur caractère non dissociatif, permanent et relativement systématisé. Ils ne tendent pas vers des formes « déficitaires » de manière absolue et apparaissent généralement après 30 ans. Le DSM-5 les classe sous le terme de Trouble délirant.
En France, on distingue principalement trois catégories selon le mécanisme délirant prédominant : les délires paranoïaques, les psychoses hallucinatoires chroniques et les paraphrénies.
Des événements tels que la séparation, le deuil, la retraite ou des traumatismes physiques peuvent déclencher ces délires, mais il est important de considérer l'état antérieur du patient. Ils peuvent aussi être inauguraux de syndromes démentiels, d'affections intracrâniennes, ou compliquer un alcoolisme chronique ou une épilepsie.
1. Les Délires Paranoïaques
Également appelés « folies raisonnantes », les délires paranoïaques d'interprétation touchent plus souvent les hommes et se développent sur une personnalité paranoïaque, caractérisée par :
Méfiance, réticence et rancune
Psychorigidité et autoritarisme
Hypertrophie du moi, égocentrisme et intolérance
Fausseté du jugement sous l'emprise des affects
A) Étiopathogénie et Diagnostic
Les psychanalystes évoquent des mécanismes de projection des conflits inconscients. Le diagnostic repose sur l'observation de délires :
Systématisés, organisés et cohérents, paraissant logiques et plausibles.
À mécanisme essentiellement interprétatif : un raisonnement faux sur un fait réel, ou un raisonnement juste sur une idée de base erronée (idée prévalente).
Les hallucinations sont rares, mais les intuitions délirantes sont fréquentes.
Chronique, vécu en pleine lucidité, avec une conviction totale.
Thèmes principalement persécutifs, parfois de grandeur.
Au début, la dissimulation du patient peut rendre l'examen clinique apparemment normal.
B) Délire de Relation des Sensitifs= pas apprendre
Individualisé par E. Kretschmer, ce délire de référence se manifeste sur un terrain hyposthénique et hyperémotif. Les idées délirantes se développent de manière concentrique autour d'un événement primaire, le patient étant convaincu de la malveillance de son entourage. Il est souvent anxieux et dépressif, avec un risque d'actes suicidaires. L'hospitalisation peut être vécue comme un soulagement.
A retenir :
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C) Délires Passionnels
Délires érotomaniaques : ( le plus souvent une femme ) Illusion délirante d'être aimé par une personne de rang social élevé que le sien artiste , son propre médecin (G. G. de Clérembault). Le délire évolue en trois stades : espoir, dépit, rancune et haine, pouvant mener à des violences. Cette dernière phase expose à des mesures , des voies de fait , voire un drame passionnel
Délires de revendication : Le sujet se sent victime d'une injustice et cherche réparation. On distingue :
Les procéduriers : Plaideurs infatigables de litiges véniels.
Les inventeurs méconnus : Se sentent spoliés de leurs inventions.
Les idéalistes passionnés : Énoncent des systèmes politiques, philosophiques ou religieux.
Délires de jalousie : Apparaissent souvent sans raison réelle parfois à ‘occasion de faits plausibles , avec interprétation de faits anodins comme preuves d'infidélité. Fréquents chez les alcooliques.
D) Actions Infirmières
Il est crucial de trouver la juste distance thérapeutique : ne pas adhérer aux convictions délirantes, mais éviter une distance excessive qui pourrait renforcer l'hostilité du patient . Ne jamais rentré dans le délire d’un patient délirant . Il est important de fixer des limites claires et précises (visites, sorties, etc.). Ce cadre structurant donne au patient un statut de malade, souvent mal accepté au début, mais ayant une valeur thérapeutique à terme.
Technique de désescalade : faire souffle / respiré le patient
2. Psychose Hallucinatoire Chronique (PHC)
Autrefois appelée « folie sensorielle », la PHC apparaît souvent sans prédisposition de personnalité et touche plus fréquemment les femmes. Elle est caractérisée par un automatisme mental où le patient assiste passivement à des hallucinations.
Définition : se caractérise par un automatisme mental , le patient assistant , du moins au debut , passivement à l’éruption d’une activité hallucinatoire s’installe progressivement dans un climat d’inquiétude croissant .
A) Sémiologie
Les troubles peuvent faire suite à un traumatisme affectif. L'automatisme mental est constant et se manifeste par :
Hallucinations auditives (voix menaçantes) et hallucinations psychiques (voix intérieures, transmissions de pensée).
Ces voix constituent le canal d'un syndrome de persécution, d'influence et de possession.
Présence possible d'hallucinations cénesthésiques et tactiles (sensations de transformation corporelle, notamment génitales).
Plus rarement, hallucinations olfactives, gustatives (odeurs étranges, goûts anormaux) et visuelles.
Contrairement à la schizophrénie, il n'y a pas de rupture du contact avec la réalité. Le patient maintient une adaptation sociale, est réticent à évoquer ses hallucinations, et tend à l'isolement. Il vit ces hallucinations comme un "parasite familier" qu'il accepte avec gêne et tristesse.
3. Paraphrénie
Maladie rare qui apparaît après 35 ans, la paraphrénie est caractériser par un délire essentiellement imaginatif. Le patient maintient une bonne adaptation sociale en dehors des épisodes délirants, et son activité mentale reste peu altérée, voire exaltée.
A) Sémiologie
Le délire est souvent dissimulé par le patient, seule une personne proche étant au courant. Les thèmes sont fréquemment fantastiques et mégalomaniaques, évoquant des romans de science-fiction. Ils peuvent inclure des sentiments de persécution, de possession et d'influence, ou une exaltation du moi avec des thèmes de mission mystique, d'invention fabuleuse ou de pouvoirs surnaturels.
L'état affectif est constamment altéré (désordre thymique), le délire engageant toute l'affectivité du sujet. Les troubles du comportement se manifestent par un discours intarissable alimentant le délire, ou au contraire par du mutisme et de la méfiance. Une excitation motrice est souvent présente, pouvant entraîner de l'agressivité et un comportement bizarre ou incohérent.
Conclusion
La compréhension des spécificités de chaque type de délire chronique non schizophrénique est essentielle pour une prise en charge adaptée. La distinction entre ces troubles, bien que parfois complexe, guide les stratégies thérapeutiques et infirmières, notamment en matière de communication et de fixation des limites avec le patient.
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