CHAP 5 / Engagement des jeunes pour les causes écologiques

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This note explores the sociological dimensions of youth engagement in ecological causes, analyzing the socio-historical context, organizational structures, and biographical trajectories that influence participation. It contrasts different forms of engagement, from activism to individual actions, and highlights the interplay between social and ecological issues.

Engagement des Jeunes pour les Causes Écologiques : Une Approche Sociologique Approfondie

L'engagement des jeunes en faveur des causes écologiques est un phénomène complexe et multidimensionnel qui révèle de profondes transformations sociétales et individuelles. Cette analyse sociologique, présentée par Sandrine Nicourd, s'appuie sur trois piliers interdépendants pour éclairer la dynamique de cet engagement : le contexte sociohistorique, les offres collectives et les trajectoires biographiques. Loin d'être une simple expression de bonne volonté, l'engagement est un processus socialement construit, influencé par des socialisations initiales et des apprentissages dans l'action collective.

1. Le Contexte Sociohistorique : Une Caisse de Résonance pour l'Écologie

Le premier facteur essentiel est la problématisation de la question écologique dans l'espace public. Cette mise en visibilité ne date pas d'hier, mais a connu des amplifications significatives.

1.1. Émergence et Amplification de la Cause Écologique

Bien que les premiers lanceurs d'alerte écologistes aient émergé dès les années 1970, la cause écologique a connu une concentration et une construction sociale soutenues depuis les années 1990, avec une intensification notable après 2010.

  • Acteurs Clés :

    • Scientifiques : Diffusion de travaux et de conclusions sur le dérèglement climatique, créant un consensus scientifique alarmant.

    • Médiatiques : Amplification des discours et des images, notamment des catastrophes naturelles.

    • Politiques : Émergence d'« entrepreneurs de cause » qui construisent politiquement la cause écologique, la font apparaître et tentent de rallier un maximum de personnes à travers des délibérations et des débats publics.

  • Controverses et Inquiétudes :

    • Malgré un large consensus scientifique, des controverses persistent, notamment de la part des climatosceptiques (environ 30% de la population selon une enquête de l'ADEME).

    • Les enquêtes quantitatives (ex: CREDOC 2023) montrent une inquiétude massive dans la population générale, principalement face aux manifestations visibles du dérèglement climatique (catastrophes naturelles).

1.2. Nouveaux Rapports au Temps, à l'Espace et au Progrès

Le contexte actuel engendre un rapport très singulier à ces concepts fondamentaux.

  • Rapport au Temps :

    • Incertitude radiale : Une incertitude sur l'avenir, probablement inédite dans l'histoire, se manifeste avec des échéances fréquemment citées (2030, 2050).

    • Annonces de catastrophe : Le registre de l'urgence est omniprésent, avec un discours sur l'effondrement et une intensité dramatique (ex: "le monde se réveille et le changement arrive").

    • Impact sur les jeunes : Cette incertitude affecte des dimensions intimes, comme la projection dans l'avenir et l'intérêt même d'avoir des enfants. Des chiffres de l'ADEME montrent que 60% des 15-24 ans pensent que le changement climatique ne sera pas limité à des niveaux acceptables, et 75% craignent des conditions de vie pénibles.

  • Rapport à l'Espace :

    • Problème planétaire : Bien que les inégalités entre pays du Nord et du Sud quant aux causes et conséquences du dérèglement climatique soient évidentes, la question écologique est perçue comme un problème sans frontières.

  • Rapport au Progrès :

    • Remise en question : Les objectifs de croissance économique et les finalités du progrès sont interrogés, interpellant directement les modalités de développement capitaliste.

1.3. Complexité de l'Information et Difficulté de Prise de Décision

Dans ce contexte, la surabondance d'informations sur des sujets complexes rend difficile la compréhension et la prise de position pour les jeunes.

  • Difficulté à faire sens : Les jeunes interrogés expriment un défi à se repérer dans la masse d'informations et à prendre part au débat.

  • Construction de la dramaturgie : Cette complexité est renforcée par une dramatisation de l'avenir, basée sur des éléments réels mais parfois difficilement interprétables.

1.4. Le Débat sur la "Génération Climat"

Malgré une perception courante d'une jeunesse unanimement engagée, les analyses sociologiques nuancent cette idée.

  • Nuances statistiques : Des enquêtes montrent une faible influence de l'âge sur les valeurs et pratiques environnementales (référence à Camille Peugny). L'hypothèse de la "génération climat" est difficile à soutenir, les jeunes n'ayant pas des comportements radicalement différents des classes d'âge plus âgées sur toutes les variables.

  • La "jeunesse" est un mot : Comme le disait Pierre Bourdieu, la catégorie "jeune" est flottante et masque des différences importantes liées notamment à l'origine sociale et au niveau de diplôme.

  • Défiance envers la politique institutionnelle : Une enquête de L. Lardeux et V. Tiberj (2021) révèle une forte défiance des jeunes envers la politique institutionnelle et un faible taux de participation électorale.

  • Précarité et sentiment d'appartenance : La précarité, particulièrement préoccupante chez les jeunes depuis la pandémie de COVID-19, diminue le sentiment d'appartenance à la collectivité et peut influencer l'engagement.

Tableau Comparatif : Engagement par Tranche d'Âge et Type

Catégorie

18-30 ans

Autres Tranches d'Âge

Observations

Engagement associatif (bénévole régulier)

26%

Comparable

Pas de différence significative par rapport aux autres tranches d'âge.

Engagement dans associations environnementales

15%

Non spécifié / Nécessite des études qualitatives

Proportion intéressante mais qui demande une analyse plus fine des dynamiques.

Défiance politique institutionnelle

Forte

Moins forte

Taux de participation électorale inférieur de 10 points.

2. Définition Sociologique de l'Engagement et Cadres d'Analyse

Pour comprendre l'engagement écologique, une définition précise est nécessaire, s'appuyant sur des travaux sociologiques reconnus.

2.1. L'Engagement : Une Participation Durable à une Activité Collective

Selon Savicki et Siméant (2009), l'engagement se définit comme une participation durable à une activité collective orientée vers une cause ou un bien commun.

  • Distinction Cruciale : Ne se confond pas avec les comportements individuels éco-responsables (ex: tri des déchets). L'engagement sociologique se focalise sur l'action collective et concrète, bien que les deux convergent souvent chez les personnes engagées.

  • Croyance et Sens :

    • Mobilisation pour une croyance : L'engagement traduit une mobilisation pour une croyance, un espoir, une "foi" en la possibilité de changer les pratiques et la société. Ce vocabulaire de "mission", de "fibres écologiques" est courant.

    • Recherche de sens : L'engagement permet de trouver du sens, à travers une signification (finalité précise) et une direction (mise en œuvre d'actions concrètes).

  • Processus Socialement Construit :

    • L'engagement n'est pas une "vocation" innée mais le résultat de socialisations. La "bonne volonté ne suffit pas".

    • Socialisations initiales : Héritages familiaux, territoriaux, culturels (trajectoires biographiques).

    • Socialisations dans l'action : Apprentissage des codes sociaux, des normes, des modalités concrètes dans des organisations et offres collectives.

3. Les Offres Collectives : Matrices Sociopolitiques de l'Engagement Écologique

Les cadres d'engagement sont structurés par différentes "matrices sociopolitiques", offrant des réponses collectives et diverses modalités d'action. Ces matrices sont comparables à celles observées pour la question sociale depuis le début du XXe siècle.

3.1. Matrice de l'Action Collective Contestataire : Les Activistes

C'est la forme d'engagement la plus médiatisée, caractérisée par une critique radicale et un répertoire d'action directe.

  • Slogan Moteur : « Il n'y a pas de planète B », soulignant l'urgence et la nécessité de préserver la seule planète disponible.

  • Terminologie : Les acteurs se désignent souvent comme « activistes » (en référence à l'activisme anglo-saxon) plutôt que « militants », soulignant la dimension internationale du mouvement.

  • Figures Iconiques :

    • Severn Cullis-Suzuki (1992, Sommet de la Terre à Rio) : À 12 ans, elle dénonce un crime et une injustice intergénérationnelle, critiquant directement la croissance économique.

    • Greta Thunberg (née en 2003) : Engagée depuis 2018 (grève du climat en Suède), devenue une icône mondiale après son discours à l'ONU en 2019.

      • Charisme et Audace : Son autisme et son audace sont présentés comme des forces.

      • Discours Critique : "Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et ma jeunesse avec vos mots creux." Critique du capitalisme vert, des solutions techniques superficielles.

      • Renversement des Hiérarchies : "Nous mettons une limite ici et maintenant." Les jeunes ("nous") imposent des conditions aux adultes/dirigeants.

      • Double Message : Alarmiste sur la situation, mais porteur d'espoir pour la mobilisation.

      • Disqualification des Institutions : Première militante à disqualifier publiquement les réponses institutionnelles, appelant à une "croisade" pour une autre voie.

  • Actions et Mouvements :

    • Marches du Climat : Notamment les "Fridays for Future" (Vendredis pour le Climat) qui ont mobilisé lycéens et étudiants, bien que l'ampleur des marches ait diminué récemment.

    • Convergence des Causes : Articulation avec le féminisme (écoféminisme), l'anticolonialisme, le combat contre le racisme, s'inscrivant dans une contestation plus large de l'ordre social, politique et économique. De nombreuses figures féminines (Camille Étienne en France) sont visibles.

    • Organisations Radicales :

      • Extinction Rebellion : Vise à "choquer et secouer" l'opinion par des actions médiatisées.

      • Dernière Rénovation : Utilise la désobéissance civile (jet de peinture sur des œuvres d'art, blocage de routes). Héritage de Henri David Thoreau (anti-esclavagisme) et Martin Luther King (droits civiques). La radicalisation des actions entraîne désormais des condamnations pénales.

      • Les Soulèvements de la Terre : Issus de l'expérience des ZAD (ex: Notre-Dame-des-Landes), ils visent à contester des projets écocides et expérimenter des modes de vie alternatifs. Ex: Sainte-Soline.

    • Bifurqueurs d'AgroParisTech : En 2022, des jeunes diplômés dénoncent le modèle agro-industriel promu par leur école, refusant de "diffuser le capitalisme vert". Ils optent pour des "bifurcations" de trajectoire (apiculteurs, vie rurale), acceptant des sacrifices financiers. Ce mouvement s'est étendu à d'autres écoles.

  • Caractéristiques Communes des Activistes :

    • Transition par la rupture : Volonté de rompre avec l'ordre économique dominant et l'idée de progrès incessant.

    • Critique des institutions et des choix de transition.

    • Mouvements internationaux et horizontalité (refus du vertical, du "chef").

    • Visibilité médiatique comme objectif essentiel.

    • Renouveau de la conflictualité et mobilisation du registre émotionnel.

    • Tonalité anticapitaliste, décroissante, inclusive, non-violente, autogérée.

    • Plaidoyer : Prise de positions publiques et engagement juridique pour faire évoluer les cadres légaux.

3.2. Matrice Chrétienne : Sauvegarder la Création

Moins médiatisée mais non moins influente, cette matrice s'appuie sur des valeurs religieuses et une approche par les comportements individuels.

  • Origines : Parallèle avec l'encyclique du Pape Léon XIII (1891) sur la question sociale (engagement pour les pauvres).

  • Encyclique "Laudato Si" (2015, Pape François) : Feuille de route pour l'engagement écologique selon la doctrine catholique, articulant question sociale et écologique.

  • Principes et Modalités :

    • Efforts individuels : Le changement passe par des comportements individuels.

    • Changer le monde sans prendre le pouvoir : Moins de critique radicale de l'ordre social/économique, davantage dans la "composition".

    • Nature comme "cadeau de Dieu" : Insistance sur la préservation des milieux vivants, la sobriété joyeuse (ex: mouvement du Colibri d'après Pierre Rabhi).

    • Déclics et Conversion : L'engagement est décrit comme un "déclic", une "conversion" (par ex. suite à un pèlerinage ou une activité comme le scoutisme écologique).

    • "Sauvegarder la création" et "être en mission".

    • Attention aux vulnérables : Les plus pauvres sont les premières victimes du dérèglement climatique, et l'Église se concentre sur leur soutien.

  • Exemple : Le Campus de la Transition :

    • Fondé par Cécile Renouard (religieuse de l'Assomption).

    • Propose des stages (summer school) avec une vie communautaire pour former et "convertir" à l'écologie (ex: jardins partagés).

    • Se dit "non confessionnel" mais utilise un répertoire et des référentiels directement inspirés du christianisme.

Tableau Comparatif : Matrices Activiste et Chrétienne

Caractéristique

Matrice Activiste Contestataire

Matrice Chrétienne

Vision du Changement

Rupture de l'ordre établi, transformation structurelle

Changement des comportements individuels, composition avec l'ordre existant

Critique de l'Ordre Social/Économique

Très forte (anticapitalisme, décroissance)

Moins forte, cherche à "composer"

Nature de l'Action

Collective, directe, parfois coup-de-poing, désobéissance civile

Comportements individuels, vie communautaire, sensibilisation interne

Motivation Principale

Urgence de la menace, injustice intergénérationnelle, volonté de lutte

Devoir de "sauvegarder la création", mission, bienveillance, sobriété

Figures de Référence

Greta Thunberg, Severn Cullis-Suzuki, Camille Étienne

Pape François (Laudato Si), Pierre Rabhi, Cécile Renouard

Médiatisation

Très élevée

Plus discrète

3.3. Matrice de l'Éducation Populaire : Mobiliser sans l'Élite

Cette matrice vise à rendre l'engagement écologique accessible à tous, en particulier aux populations traditionnellement éloignées par les discours élitistes.

  • Longue Histoire : Offres éducatives parallèles (voire "contre") l'école et les institutions, visant la formation et l'émancipation des non-diplômés.

  • Principes : Faire et apprendre ensemble, restaurer l'égalité, éviter l'asymétrie de classe et la violence symbolique des cadres institutionnels.

  • Figure Clé : Féris Barkat (Banlieue Climat) :

    • Critique du Clivage : Dénonce le clivage "peuple/élite" qui exclut une partie de la population de l'engagement écologique.

    • "Écolos de la misère" : Met en avant le fait que les habitants des quartiers populaires ont toujours vécu avec peu, considérant leur mode de vie comme intrinsèquement moins polluant.

    • Revendication de Voix Propres : "On ne veut plus laisser les gens parler à notre place." Mise en lumière des injustices sociales à travers l'écologie. "On sait tous que les classes populaires ne polluent pas le plus."

    • Dénonciation de l'élitisme : "On ne voit que les bobos sur le sujet."

    • Point d'entrée : L'écologie est un sujet "hype" utilisé comme moyen de mettre en lumière les injustices sociales et la nécessité d'émancipation.

    • Offre Concrète : Propose des formations par et pour les jeunes de banlieue, créant des opportunités de professionnalisation et d'engagement local, via des subventions publiques.

3.4. Matrice Institutionnelle de l'Action Publique : Sensibilisation et Réparation

Cette matrice regroupe les actions menées par l'État et les collectivités, axées sur l'information, la sensibilisation et la réparation.

  • Nature de l'Offre : Essentiellement informationnelle, visant la modification des comportements individuels par la prise de conscience.

  • Mot Clé : "Sensibiliser" aux "bons gestes".

  • Approche : Perçue comme neutre et objective, mais qualifiée de "dépolitisée" par certains sociologues (Jean-Baptiste Comby). Elle individualise souvent les problèmes collectifs pour responsabiliser les "écocitoyens".

  • Limites : Le caractère "performatif" de la diffusion de connaissances pour résoudre les problèmes atteint souvent ses limites.

  • Politiques d'Encouragement des Jeunes :

    • L'État encourage l'engagement des jeunes depuis des décennies, mais pas n'importe quel engagement.

    • Exemples de Dispositifs : "Envie d'agir" (2002), Service Civique (2010), labellisation de l'engagement comme Grande Cause Nationale (2014), ECTS pour valoriser l'engagement (2017), Service National Universel (SNU) (2019, mais quasiment terminé), Service Civique Écologique (2024).

    • Nature des Engagements Encouragés : Plutôt non-contestataires, orientés vers la réparation, la diffusion d'informations et les bonnes pratiques.

  • Dispositif Original : La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) (2019-2021) :

    • Contexte : Décision du Président de la République suite au mouvement des gilets jaunes.

    • Composition : 150 citoyens tirés au sort (incluant des jeunes, des profils variés de diplôme et de territoires) chargés d'élaborer des mesures pour réduire de 40% les émissions de GES d'ici 2030, dans un esprit de justice sociale.

    • Déroulement : Élaboration de propositions sur huit week-ends. Le Président avait promis une soumission "sans filtre" au Parlement.

    • Bilan mitigé : Déception des participants, car seulement 10% des propositions ont été appliquées dans la loi Climat et Résilience d'août 2021. De nombreuses propositions ont été mises de côté, jugées non prioritaires par l'action publique.

En fin de compte, il existe une "nuance de vert" dans ces offres collectives. Un consensus existe souvent sur les constats scientifiques, mais un clivage apparaît sur les modalités et les référentiels d'action. Les filiations sociopolitiques dépassent l'écologie, oscillant entre le rejet et le compromis avec le capitalisme et les institutions. Ces espaces sont aussi des lieux de socialisation et de professionnalisation pour les jeunes, bien que la mobilisation collective directe des activistes semble parfois en baisse.

4. Les Facteurs Socio-Biographiques : Trajectoires de l'Engagement

Au-delà du contexte et des offres collectives, les caractéristiques individuelles et les expériences de vie jouent un rôle majeur dans l'engagement.

4.1. Transmissions Familiales : Le Terreau de l'Engagement

L'impact des transmissions familiales est un facteur important dans la disposition à s'engager.

  • Dispositions à l'engagement : Non-mécanique, mais forte influence des pratiques écologiques et des traditions d'engagement transmises, notamment dans les milieux populaires et ruraux (rapport à la terre, aux déchets).

  • Reproduction familiale : Les familles déjà engagées politiquement ou religieusement tendent à encourager l'engagement, même avec un déplacement vers la cause écologique, perçue comme "globale".

  • Exemple : Une étudiante des Ardennes, habituée aux pratiques respectueuses de l'environnement, se sent décalée par rapport aux demandes de sensibilisation à Reims.

4.2. Rencontres Déterminantes : Les "Autruis Significatifs"

Des rencontres spécifiques peuvent être des catalyseurs essentiels de l'engagement.

  • Rôle des "Passeurs" : Inspiré des travaux de Mead sur les "autruis significatifs", il s'agit de personnes qui traduisent la complexité de la cause, invitent à l'action et établissent des liens de confiance.

  • Confiance et Durabilité : La simple invitation ne suffit pas ; la constance dans la relation est nécessaire pour tisser cette confiance.

  • Passage de l'Éco-anxiété à l'Éco-colère : Les rencontres peuvent aider à transformer une anxiété passive en une colère active et un engagement (Laurent Lardeux).

  • Événements de Vie : Avoir vécu directement des catastrophes climatiques peut susciter l'engagement, à condition qu'une offre collective structurée existe pour l'accueillir.

4.3. Rapports Sociaux de Classe : Une Singularité Structurante

La question écologique révèle et met en scène les inégalités sociales, structurant profondément les formes d'engagement.

  • Clivage entre Élites et Classes Populaires :

    • Élite sécurisée : Souvent diplômée (études supérieures), avec un capital culturel et une sécurité économique, fortement affiliée socialement. Elle se donne le "devoir d'éveiller" ceux qui ne le seraient pas.

    • Sentiment d'infériorité culturelle/politique : Les personnes des classes populaires peuvent ressentir un manque de légitimité ou de capacité à s'engager, se sentant "à part" et inaccessibles par rapport aux figures activistes.

    • Importance de la sécurité : L'engagement est plus accessible aux individus se sentant sécurisés dans leur trajectoire de vie. La précarité agit comme un frein.

  • Illustré par "Banlieue Climat" : Féris Barkat met en lumière cette inégalité, revendiquant une voix pour ceux qui sont les "écolos de la misère" et dénonçant l'élitisme du mouvement.

5. Conclusion : Articuler Dispositions et Offres pour Solidifier l'Engagement

En définitive, l'engagement écologique est une question sociopolitique complexe qui nécessite une approche multidimensionnelle.

  • Enjeu Majeur : Trouver des lieux et des espaces d'interaction et de médiation qui articulent les dispositions individuelles (héritages, rencontres) avec les offres collectives.

  • Soutien Collectif : Les "comportements vertueux" nécessitent un soutien collectif et des structures (associations, communautés).

  • Partage de l'Action : L'expérience du partage de l'action est déterminante, car elle permet de tisser des liens de confiance sans asymétrie hiérarchique, créant des espaces de dialogue durables.

  • Socialisation et Conversion : Le "vocabulaire de la conversion" (utilisé dans diverses matrices) doit être compris comme un processus de socialisation, d'incorporation de nouvelles normes, plutôt qu'une révélation soudaine.

  • Question Sociopolitique :

    • La question écologique est intrinsèquement sociopolitique, impliquant une socialisation politique et une compréhension des rapports de domination et des complexités de l'action publique.

    • Articulations "social-écologie" : Il existe des liens étroits entre la question sociale et la question écologique, souvent sur les mêmes matrices sociopolitiques.

  • Mythe de la "Génération Climat" : Il est difficile de parler d'une "génération climat" homogène en raison des différences importantes au sein des mondes sociaux. Les activistes, bien que très visibles, représentent une infime minorité.

  • Triple Regard : Pour comprendre l'engagement, il faut toujours un triple regard : sur le contexte sociohistorique, les trajectoires biographiques et les formes organisationnelles.

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