Chap 2
80 cardsSynthèse des paramètres physico-chimiques, physiologiques et formulationnels qui modulent la solubilité, la dissolution, l'absorption et le métabolisme des principes actifs administrés par voie orale, incluant les effets du pH, du repas, du polymorphisme, des excipients et des méthodes d'évaluation bioéquivalente.
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Généralités sur la Biodisponibilité et la Biopharmacie
La biopharmacie est une discipline scientifique qui étudie les relations entre les propriétés physico-chimiques d'un principe actif (PA) formulé sous une forme galénique et la réponse pharmacologique, toxicologique ou clinique observée après son administration. Son objectif principal est d'optimiser l'effet thérapeutique et la tolérance du principe actif.
Devenir du Médicament dans l'Organisme
Le parcours d'un médicament dans l'organisme se divise en plusieurs phases distinctes :
- Phase d'Administration : C'est l'étape initiale où le médicament est introduit dans l'organisme via une voie spécifique (orale, intraveineuse, cutanée, etc.).
- Phase Biopharmaceutique : Cette phase cruciale implique la libération du principe actif à partir de sa forme galénique, sa dissolution dans les liquides physiologiques, son comportement au sein de ces liquides et, finalement, son passage à travers les membranes biologiques pour atteindre la circulation sanguine.
- Phase Pharmacocinétique (PK) : Elle décrit l'évolution des concentrations du principe actif et de ses métabolites dans l'organisme au fil du temps. Elle englobe quatre processus fondamentaux :
- Absorption : Passage du PA du site d'administration vers la circulation systémique.
- Distribution : Répartition du PA dans les différents compartiments de l'organisme (tissus, liquides).
- Métabolisation : Transformation du PA par des enzymes, principalement au niveau hépatique, en métabolites souvent inactifs ou plus hydrosolubles pour faciliter leur élimination.
- Excrétion : Élimination du PA et de ses métabolites de l'organisme, principalement par les reins ou la bile.
- Phase Pharmacodynamique (PD) : Elle concerne l'action du principe actif sur l'organisme au niveau moléculaire, cellulaire ou physiologique, entraînant l'effet thérapeutique ou toxique.
Une relation étroite existe souvent entre la concentration plasmatique (Cp) d'un PA et son effet pharmacologique/toxicologique, illustrée par des courbes dose-action. La prédiction du début et de la fin de l'action d'un médicament peut être faite à partir de la courbe Cp en fonction du temps. Cependant, cette relation n'est pas toujours simple pour les substances avec un modèle pharmacocinétique multi-compartimental profond ou certains modes d'action spécifiques (ex: diphosphonates).
Notions de Biodisponibilité et d'Équivalence
Les concepts de biodisponibilité et de bioéquivalence sont apparus dans les années 1960 suite à des observations inattendues où des médicaments "identiques" (même forme galénique, même dose du même PA) ne produisaient pas la même efficacité chez les mêmes patients. Ces différences étaient attribuées à des variations dans la cinétique de libération/dissolution et la biodisponibilité du PA.
Définitions de la Biodisponibilité
La biodisponibilité est définie comme l'étendue (quantité) et la vitesse avec lesquelles un principe actif ou son dérivé actif est résorbé à partir d'une forme pharmaceutique donnée, devenant ainsi disponible dans la circulation systémique (biodisponibilité systémique) ou au site d'action (pour les médicaments à action locale). Elle combine donc un aspect quantitatif et un aspect cinétique de la résorption.
- La biodisponibilité d'un PA administré par voie intraveineuse (IV) est par définition de 100%, car le PA est introduit directement dans la circulation systémique, rapidement et complètement.
- Étendue : Représente la quantité de PA résorbée. Elle est estimée par l'Aire Sous la Courbe (ASC ou AUC) des concentrations plasmatiques en fonction du temps ().
- Biodisponibilité absolue (F%) :
- Biodisponibilité relative (F%) :
- Vitesse : Représente la cinétique de résorption. Elle est estimée par :
- La concentration plasmatique maximale ()
- Le temps nécessaire pour atteindre ()
- La constante de vitesse de résorption ()
- La demi-vie d'absorption ()
Il est crucial de considérer simultanément l'étendue et la vitesse pour évaluer adéquatement une forme pharmaceutique.
Méthodes d'Évaluation de la Biodisponibilité
- Méthodes primaires (in vivo chez l'homme) :
- Détermination des concentrations de PA et/ou de ses métabolites dans les fluides biologiques (sang, urine, salive) après administration unique ou répétée.
- Évaluation de la réponse pharmacologique ou thérapeutique (clinique).
- Méthodes secondaires :
- In vivo sur animaux : après différentes voies d'administration (gavage, IM, IV, SC).
- In vitro :
- Sur organes isolés, tissus ou cultures cellulaires.
- Tests de dissolution : mesure de la quantité de PA dissoute en fonction du temps. Ces tests sont valables si la résorption du PA est plus rapide que sa dissolution (notamment pour les médicaments de la classe I du BCS ayant une haute perméabilité membranaire).
La séquence typique est : Forme galénique Libération () Particules du PA Dissolution () Molécules du PA Résorption () Élimination ().
Intérêt des Études de Biodisponibilité
Ces études sont essentielles pour :
- Déterminer indirectement l'effet thérapeutique et la posologie.
- Choisir la voie d'administration appropriée.
- Évaluer l'incidence des paramètres physiologiques et pathologiques sur le devenir du médicament.
- Étudier les interactions (médicaments-aliments, PA-excipients).
- Établir des corrélations entre les résultats chez l'homme et l'animal, entre la biodisponibilité et l'activité pharmacologique, et entre les études in vivo et in vitro (dissolution).
- Établir la bioéquivalence et l'équivalence thérapeutique.
Notions d'Équivalence
- Produits chimiquement équivalents : Contiennent les mêmes quantités du même PA (base, sels, esters) dans la même forme pharmaceutique et répondent aux critères de qualité pharmacopées. Cependant, les sels d'un même PA peuvent avoir des propriétés physico-chimiques (solubilité, stabilité) différentes, impactant la biodisponibilité.
- Équivalents pharmaceutiques (selon la FDA) : Médicaments de forme galénique similaire, contenant la même quantité du même principe actif sous la même forme chimique (mêmes sels/esters) et administrés par la même voie. La non-exigence de bioéquivalence pour certains génériques peut poser problème si les sels ou excipients n'ont pas les mêmes propriétés.
- Exemple 1 : Bésylate d'amlodipine (Amlor®) et maléate d'amlodipine générique ont été considérés bioéquivalents, mais le maléate peut générer des effets indésirables non observés avec la forme originale.
- Exemple 2 : Deux sels de trazodone (chlorhydrate et tosylate) n'avaient pas la même biodisponibilité malgré une solubilité identique, nécessitant des études cliniques approfondies.
- Médicaments bioéquivalents : Équivalents pharmaceutiques qui démontrent les mêmes biodisponibilités (vitesse et étendue) après administration dans des conditions identiques (même schéma posologique, mêmes individus). Les critères sont fixés par l'OMS et les agences réglementaires comme l'EMA et la FDA.
- Équivalents thérapeutiques : Équivalents pharmaceutiques qui ont les mêmes efficacités thérapeutiques et les mêmes profils d'effets indésirables, après administration dans des conditions identiques.
- Alternatives pharmaceutiques : Médicaments contenant le même dérivé actif (ou son précurseur) mais pouvant différer par la teneur, la nature chimique du PA (sel, ester) ou la forme galénique.
- Spécialité pharmaceutique : Médicament préparé à l'avance, mis sur le marché sous une dénomination spéciale (souvent ® ou TM).
- Médicaments génériques (copies) : Équivalents thérapeutiques d'une spécialité existante dont les principes actifs sont dans le domaine public. Le générique doit idéalement contenir les mêmes énantiomères que la spécialité originale.
- Médicaments multisources : Équivalents pharmaceutiques vendus par plusieurs fabricants après l'expiration du brevet, mais pas nécessairement bioéquivalents ou thérapeutiquement équivalents (selon l'OMS).
Critères pour l'Établissement de la Bioéquivalence (FDA, EMA)
- Études cliniques : Doivent être réalisées en cross-over randomisées sur un échantillon de 18 à 36 adultes sains (minimum 12), âgés de 18 à 55 ans (IMC idéalement entre 18,5 et 30 kg/m²).
- Administration : Unique. Des problèmes peuvent survenir pour les formes à libération prolongée ou en cas de modification de la biodisponibilité après administrations multiples (ex: oméprazole).
- Paramètres clés : , et . L'AUC extrapolée ne doit pas dépasser 20% de l'AUC totale.
- Intervalle d'acceptation : L'évaluation se base sur des intervalles de confiance à 90% pour le rapport des moyennes géométriques (test/référence) de et . Cet intervalle doit être compris entre 80,0% et 125,0%. Pour certains PA à fenêtre thérapeutique étroite, l'intervalle peut être plus strict (ex: 90,0% à 111,0%).
- Il est important de considérer la distribution des données plutôt que la simple moyenne pour garantir la bioéquivalence au niveau de la population et de l'individu.
Polymorphisme et Génériques
Le polymorphisme des principes actifs peut avoir un impact majeur sur la biodisponibilité et la bioéquivalence. Une même substance peut exister sous différentes formes cristallines (polymorphes) ou amorphes, ayant des stabilités, solubilités et points de fusion différents.
- La forme la plus stable est généralement la moins soluble.
- La forme amorphe est souvent plus soluble mais tend à se transformer en formes stables au fil du temps (recristallisation), ce qui peut altérer la biodisponibilité.
- Exemple : Le ritonavir (anti-HIV) a connu des problèmes de précipitation après deux ans de stockage à cause de l'évolution polymorphique.
- Exemple : La terfénadine (forme I la plus stable, spécialité Seldane® mélange I et II). Le générique initial avec seulement la forme I n'était pas bioéquivalent, problème résolu par l'ajout de tensioactif.
Les excipients dans les génériques peuvent être différents, mais doivent être présents en proportion identique par rapport au PA. Leur nature peut influencer la biodisponibilité et la tolérance :
- Des apparences différentes (couleur, goût, taille) peuvent générer de la confusion.
- Le lactose ou le gluten peuvent provoquer des troubles gastro-intestinaux chez les intolérants.
- Certains excipients ou conservateurs peuvent être allergènes.
- Les excipients doivent être "Generally Recognized As Safe" (GRAS) pour la voie d'administration.
La substitution par un générique peut être risquée pour les PA présentant :
- Une fenêtre thérapeutique étroite (ex: digoxine, carbamazépine). La FDA considère qu'une fenêtre est étroite si le seuil toxique n'est pas au moins 2 fois supérieur au seuil thérapeutique, et si un suivi plasmatique est requis pour l'efficacité.
- Une forte variabilité intra- et inter-sujet (ex: antidépresseurs tricycliques).
- Une grande variabilité pharmacocinétique due au polymorphisme génétique des enzymes métaboliques (ex: ésoméprazole, inhibiteurs de la pompe à protons et CYP2C19).
- Une faible solubilité aqueuse (ex: digoxine, phénytoïne).
- Une pharmacocinétique non linéaire (ex: antiépileptiques) où la relation dose-concentration plasmatique n'est pas proportionnelle, souvent due à la saturation des processus d'absorption, de métabolisme ou d'excrétion.
- Une libération modifiée de la forme galénique.
- Un risque d'inefficacité non souhaitable (ex: contraceptifs, antiasthmatiques).
- Un traitement pour les populations à risque (enfants, personnes âgées).
Critères de Dispense ou d'Obligation des Études de Bioéquivalence
Le tableau suivant résume les situations où les études de bioéquivalence sont obligatoires ou peuvent être dispensées :
| Critères | Obligation | Dispense |
|---|---|---|
| Marge thérapeutique | Étroite | Large |
| Risque de modification de l’efficacité | Élevé | Faible |
| Indications mettant en jeu le pronostic vital | Oui | Non |
| Induction de résistance | Oui | Non |
| Corrélation entre effets pharmacologiques et concentrations plasmatiques | Non | Oui |
| Problèmes de biodisponibilité connus | Oui | Non |
| Pharmacocinétique | Compliquée | Classique |
| Absorption | Faible (F < 50%) | Rapide |
| Absorption modifiée par les adjuvants | Oui | Non |
| Fenêtre de résorption et/ou instabilité | Oui | Non |
| Effet de 1er passage hépatique | Important | Nul |
| Élimination | Lente | Rapide |
| Solubilité | Faible (S < 5 mg/ml) | Élevée |
| Cinétique de dissolution | Lente (< 50% en 30 min.) | Rapide |
| Solubilité et vitesse de dissolution modifiées par les paramètres physiques | Oui | Non |
| Dosage faible (< 2 mg) | Oui | Non |
| Rapport Excipient / Principe actif | Élevé (> 5) | Faible |
Les études in vitro de dissolution peuvent remplacer les études in vivo dans certains cas, notamment pour les formes à libération immédiate contenant un PA à résorption rapide et totale, ou pour des modifications mineures de formulation.
Résorption des Substances Actives
La résorption est le processus par lequel un principe actif passe du site d'administration vers la circulation systémique. Elle est influencée par les barrières biologiques et différents mécanismes de transport.
Les Barrières Biologiques
Principalement représentées par les membranes cellulaires (ex: épithélium des muqueuses), elles agissent comme des filtres sélectifs. La polarisation cellulaire et la position des jonctions serrées (entre cellules) sont essentielles.
Mécanismes de Résorption
- Diffusion passive :
- Mécanisme principal pour la majorité des PA.
- Le PA traverse la membrane lipidique selon un gradient de concentration, sans dépense d'énergie.
- Régie par la loi de Fick :
- = quantité résorbée par unité de temps.
- = coefficient de diffusion (selon Stokes-Einstein, , où est le rayon de la molécule, la viscosité, le nombre d'Avogadro).
- = surface de résorption.
- = coefficient de partage membrane/eau.
- = épaisseur de la barrière.
- = concentration du PA dissous au site de résorption.
- = concentration du PA dans le sang au site de résorption.
- In vivo, est souvent bien inférieur à ("conditions sink"), ce qui simplifie l'équation à (phénomène d'ordre 1).
- Diffusion par filtration ou convection :
- Concerne les petites molécules hydrophiles (taille ) passant par des pores (ex: urée, méthanol).
- .
- Transport facilité :
- Dépend du gradient de concentration.
- Implique un transporteur spécifique localisé ("fenêtre de résorption").
- Processus spécifique et saturable, généralement unidirectionnel.
- Transport actif :
- Indépendant du gradient de concentration et nécessite une dépense d'énergie (ATP).
- Implique un transporteur spécifique localisé ("fenêtre de résorption").
- Processus spécifique et saturable, peut s'effectuer contre un gradient de concentration (non-unidirectionnel).
- Les transporteurs à efflux peuvent rejeter le PA vers l'extérieur de la cellule, ce qui est une source de résistance.
- Exemples : 5-fluorouracil, méthotrexate, L-Dopa, riboflavine (vitamine B2), vitamine B12, amoxicilline sont résorbés via une fenêtre dans l'intestin grêle.
- Transport par diffusion passive après formation d'une paire d'ions : Concerne les cations et anions qui forment une paire plus lipophile.
- Résorption par pinocytose : Pour les macromolécules (protéines, globules graisseux) ou particules colloïdales.
Principes de Formulation des Formes Conventionnelles
Pour l'administration extravasculaire, une résorption complète et rapide est souvent souhaitée pour :
- Obtenir une concentration plasmatique élevée et une réponse thérapeutique intense.
- Assurer une réponse pharmacologique uniforme et reproductible.
- Permettre un début d'action rapide.
- Minimiser la dégradation et les interactions au site d'administration.
Ainsi, tout facteur influençant la vitesse de dissolution et l'absorption du PA aura un impact sur sa biodisponibilité et, par conséquent, sur son efficacité et sa tolérance.
Facteurs Influencant la Résorption et la Biodisponibilité des Médicaments
Facteurs Liés aux Propriétés des Substances Actives
Solubilité et Vitesse de Dissolution (VD)
Un PA doit être dissous pour être résorbé. La solubilité et la VD influencent directement la biodisponibilité.
- Équation de Noyes-Whitney : Décrit la vitesse de dissolution d'un solide.
- = quantité de substance dissoute par unité de temps.
- = surface effective du solide en contact avec le milieu.
- = concentration à saturation (solubilité).
- = concentration de la substance dans la solution.
- = coefficient de diffusion de la substance dissoute.
- = épaisseur de la couche de diffusion (film stagnant).
- La réduction de la taille des particules augmente la surface de contact et donc la VD.
- La tension superficielle du milieu de dissolution peut affecter la VD, surtout pour les PA hydrophobes (ex: phénacétine dissoute plus rapidement en milieu de faible tension superficielle).
- Conditions "sink" : La dissolution se fait in vivo dans ces conditions où < 0,1 . In vitro, on distingue les conditions "sink" ( < 10-15% ) et "non-sink" ( > 15% ).
- La Vitesse de Dissolution Intrinsèque (VDI), mesurée en , est un bon indicateur de la solubilité d'un PA.
- VDI : pas de problème de biodisponibilité.
- 0,1 VDI < 1 : risques de problèmes.
- VDI < 0,1 : toujours des problèmes de biodisponibilité.
Coefficient de Partage Huile/Eau () et Structure Chimique
- Le reflète la liposolubilité du PA et influence la résorption par diffusion passive. Un élevé (bonne liposolubilité) favorise la résorption.
- Cependant, un trop élevé (substances très hydrophobes) n'est pas favorable, car le PA aura du mal à se dissoudre dans les fluides aqueux.
- La règle des 5 de Lipinski donne des indications sur la perméabilité membranaire pour la diffusion passive : une bonne perméabilité est attendue si :
- log P (octanol/eau) est entre 2 et 5.
- Il y a moins de 5 donneurs de liaisons hydrogène.
- Il y a moins de 10 accepteurs de liaisons hydrogène.
- La masse moléculaire est inférieure à 500 Da.
Taille Moléculaire du Principe Actif
Une masse moléculaire élevée diminue le coefficient de diffusion et par conséquent la perméabilité membranaire (ex: Mannitol vs Inuline vs Dextran).
pKa des Principes Actifs et pH du Site d'Administration (Théorie de Partage selon le pH)
Cette théorie explique la relation entre la constante de dissociation (pKa), la liposolubilité, le pH et la résorption des PA dans le TGI.
- Seules les molécules non ionisées peuvent être résorbées par diffusion passive, car elles sont plus lipophiles.
- L'ionisation dépend du pKa du PA et du pH du milieu, calculable par l'équation de Henderson-Hasselbalch :
- Acide faible : , fraction non ionisée .
- Base faible : , fraction non ionisée .
- Les acides faibles sont mieux résorbés en milieu acide (estomac), tandis que les bases faibles sont mieux résorbées en milieu basique (intestin grêle).
- Exemple : L'aspirine (AAS, pKa = 3,5) est à 99,5% sous forme non ionisée à pH 1,2 (estomac), favorisant sa résorption gastrique. La quinine (pKa = 8,5) est à 37,75% sous forme non ionisée à pH 8,0 (iléon distal), favorisant sa résorption intestinale.
Concentration du Principe Actif en Solution ()
Selon la loi de Fick, la vitesse d'absorption est proportionnelle à la concentration du PA au site de résorption (), suivant une cinétique d'ordre 1 apparent.
Surface Effective des Particules du Principe Actif – Granulométrie
Une granulométrie plus faible (taille des particules réduite) augmente la surface effective et, par conséquent, les vitesses de dissolution et de résorption (biodisponibilité).
- Exemples : Phénacétine, digoxine, griséofulvine.
- Pour les PA très hydrophobes, une réduction excessive de la taille peut parfois ralentir la dissolution due à l'agglomération des particules. L'ajout d'un tensioactif peut remédier à ce problème.
- Méthodes de réduction de taille : broyage, microcristallisation, atomisation, homogénéisation.
- La diminution de taille n'est pas toujours souhaitable :
- PA à solubilité aqueuse élevée.
- PA à action locale (ex: antihelminthique).
- PA entraînant des effets indésirables à VD trop rapide (ex: nitrofurantoïne).
- PA instables en milieu gastrique (ex: érythromycine).
Paramètres Influencant la Solubilité ()
Tout ce qui augmente la solubilité des PA augmente la VD et la résorption.
- Polarité des substances actives : La solubilité varie fortement selon la polarité.
- Salification : Les formes ionisées des PA sont généralement plus solubles dans l'eau que leurs formes non ionisées.
- Exemples : Chlorhydrate de tétracycline est plus soluble que la tétracycline.
- L'utilisation de sels de PA peu solubles peut améliorer la biodisponibilité. Cet effet est plus marqué avec les sels d'acides faibles (création de conditions de sursaturation).
- Polymorphisme : Les différentes formes cristallines d'une substance ont des solubilités variées. Les formes amorphes sont généralement plus solubles mais moins stables (ex: novobiocine amorphe stabilisée par méthylcellulose).
- Pseudopolymorphisme (hydrates ou solvates) : La cristallisation avec des molécules de solvant peut modifier les propriétés physiques et biopharmaceutiques (ex: hydrates de théophylline, érythromycine).
- Complexation : La formation de complexes (ex: tétracyclines et sels de fer) peut réduire la biodisponibilité.
- Interactions : Des interactions avec d'autres substances peuvent altérer la résorption (ex: lincomycine et kaopectate).
Autres Moyens pour Augmenter la Solubilité et la Biodisponibilité des PA
Les Dispersions Solides
Définition : Dispersion à l'état moléculaire ou finement divisé d'un PA peu soluble dans un véhicule solide hydrosoluble, visant à augmenter sa vitesse de dissolution et sa biodisponibilité. Le véhicule stabilise souvent le PA sous forme amorphe.
- Coprécipités (obtenus par fusion) : Un mélange PA-véhicule est brutalement refroidi après fusion. Le PA est dispersé sous forme de particules fines, non cristallisées.
- Véhicules : Polyéthylène glycols (PEG) de haut poids moléculaire.
- Limitations : PA stables, ratios véhicule/PA élevés, forte affinité, stabilité précaire.
- Coévaporés (obtenus par évaporation) : Un mélange PA-véhicule est dissous dans un solvant volatil, puis le solvant est rapidement éliminé (évaporation sous vide, atomisation). Le PA est dispersé sous forme amorphe.
- Véhicules : Polyvinylpyrrolidone (PVP), Copovidone.
- Limitations : Difficulté à trouver un solvant commun, ratios véhicule/PA élevés, forte affinité, stabilité précaire.
L'efficacité des dispersions solides est due à la dispersion fine et à l'état amorphe du PA. Il est crucial de garantir la stabilité physique (éviter la recristallisation) et de créer des conditions de sursaturation dans le TGI pour un effet significatif sur la résorption.
Il est également important de vérifier la réversibilité de la formation des complexes PA-véhicules, car les complexes ne diffusent pas. La dialyse d'équilibre ou différentielle sont des méthodes utilisées pour vérifier la libération du PA.
Exemples de spécialités : Tacrolimus (Prograft®), Itraconazole (Sporanox®), Lopinavir/ritonavir (Kaletra®).
Les Complexes d'Inclusion (Cyclodextrines - CD)
Définition : Complexes formés par l'inclusion d'un PA dans la cavité hydrophobe d'un oligosaccharide cyclique (cyclodextrine).
- La formation du complexe est spontanée en solution aqueuse.
- Il existe trois familles principales : -CD (6 unités glucoses), -CD (7 unités), et -CD (8 unités).
- L'inclusion dépend de la taille et de la conformation du PA par rapport à la cavité de la CD.
- Des dérivés de synthèse (ex: hydroxypropyl--CD, sulfobutyléthers--CD) sont développés pour améliorer la solubilité ou la tolérance des CD.
- Applications des CD :
- Augmenter la solubilité aqueuse des PA peu solubles.
- Améliorer la stabilité chimique du PA et masquer le goût.
- Interagir avec les membranes de résorption pour promouvoir l'absorption.
- Il est crucial de vérifier l'impact positif sur la solubilité/dissolution et que la formation du complexe est réversible.
- Exemples de spécialités : Sporanox® (itraconazole solubilisé par HP--CD), Brexine® (piroxicam--cyclodextrine).
Facteurs Anatomiques et Physiologiques (Voie Orale)
Caractéristiques du TGI
- Système Radiotélémétrique : Utilisation de gélules avec émetteur et radioélément pour déterminer le pH et les temps de résidence dans le TGI. Cela permet de suivre le parcours de la gélule et d'évaluer l'influence de divers facteurs.
- Facteurs physiologiques influençant la biodisponibilité orale : Fluides gastro-intestinaux, vidange gastrique, transit intestinal, débit sanguin, métabolisme TGI, effet de premier passage.
Estomac
- pH : Très acide (1 à 2,5 à jeun, 3 à 6 après repas).
- Fonctions : Stockage, mélange, broyage et vidange du contenu vers l'intestin grêle.
- Transit ou séjour gastrique :
- Phase digestive : Sphincter pylorique contracté, vidange "saccadée". Les grosses particules sont retenues.
- Phase interdigestive (à jeun) : Caractérisée par le Complexe Moteur Migrant Interdigestif (CMMI) en 4 phases, dont une phase 3 de "nettoyage intestinal" avec de fortes contractions, permettant la vidange des formes solides de plus de 5 mm.
- Conséquences : Le transit gastrique des formes monolithiques non désagrégées est variable et imprévisible. Les liquides et petites particules () se vidangent plus rapidement, surtout avec les repas.
Intestin Grêle
- Surface de résorption : Très élevée (~200 m²) grâce aux replis de Kerckring, villosités et microvillosités.
- pH : Plus neutre, allant de 6,63 (duodénum) à 7,49 (iléon).
- Transit : Relativement constant, environ 3 1 heures.
- La surface absorbante diminue le long du TGI.
Côlon
- Structure : Faible surface (pas de villosités).
- Fonctions : Absorption d'eau et d'électrolytes, stockage et élimination des matières fécales.
- pH : Varia de 6,37 (caecum) à 7,04 (côlon ascendant).
- Transit : Très variable, 35 heures en moyenne.
Influence des Fluides Gastro-intestinaux
La composition, viscosité, volume et pH des fluides du TGI affectent la VD, l'ionisation et la résorption des médicaments.
| Paramètres | Type d’influence |
|---|---|
| 1. Viscosité (ex: augmentée après repas) | Si augmentée diminution de la biodisponibilité (F) car : diminution de la VD des particules solides ; diminution de la diffusion des molécules dissoutes vers la membrane absorbante. |
| 2. Volume. (ex: augmenté si ingestion de liquide) | Si V augmenté, augmentation de F car : augmentation de la VD des particules solides ; augmentation de la surface de contact Principe actif / Membrane absorbante. |
| 3. pH : Varie selon l’endroit du TGI, la présence de repas, le régime alimentaire, le stress, l’état de santé, … | Modifie F des principes actifs acides et basiques : Action sur la résorption (forme ionisée / non ionisée) ; Action sur la solubilisation et VD. |
| Constituants – Sels biliaires, – Lécithines (surfactifs), – Mucines (mucopolysaccharides) | Augmentation de F car : diminution de la tension superficielle (ex : estomac = 35 – 50 dynes / cm) ; augmentation de la VD. N.B. : possible diminution de F par complexation. Ex. : Sels biliaires / Néomycine, kanamycine ; Mucines / Streptomycine. |
Influence de la Vidange Gastrique
- La vitesse de vidange gastrique est proportionnelle au volume du repas.
- Un retard de vidange gastrique retarde et/ou diminue la vitesse de résorption des PA, car l'intestin grêle est le principal site d'absorption.
- Des corrélations sont observées entre la vitesse de vidange et les paramètres pharmacocinétiques : diminue et augmente si la vidange ralentit.
- De nombreux facteurs influencent la vidange gastrique : volume et type de repas (les graisses ralentissent fortement), pression osmotique, état physique du contenu, pH gastrique, médicaments (métoclopramide accélère, anticholinergiques ralentissent), position du corps, viscosité, état émotif, maladies (diabète, ulcères).
Influence du Repas
Les effets du repas sur la biodisponibilité sont multiples et complexes :
- Modification du pH et de la vidange gastriques.
- Ralentissement de la désintégration des formes sèches.
- Modifications de la solubilité, de l'ionisation et de la stabilité des PA.
- Interactions possibles (ex: complexation des tétracyclines avec ions divalents des aliments).
En général, la prise de repas retarde et/ou diminue la résorption. Il est souvent recommandé d'administrer les médicaments à jeun avec un grand verre d'eau.
Exceptions : Prendre le médicament avec un repas si :
- Le délitage ou la dissolution sont plus rapides dans l'estomac.
- Le PA est très lipophile (ex: griséofulvine, atovaquone).
- Le PA est irritant (ex: AINS).
- Le PA a une fenêtre de résorption dans l'intestin proximal (ex: L-DOPA, riboflavine).
L'importance de l'effet des aliments dépend de la solubilité et de la perméabilité membranaire des PA (Classification Biopharmaceutique - BCS).
- Classe I (haute solubilité, haute perméabilité) : Peu de problèmes de biodisponibilité. Les aliments affectent surtout la vitesse.
- Classe II (faible solubilité, haute perméabilité) : Les facteurs de dissolution ont une influence marquée (ex: griséofulvine avec repas gras).
- Classe III (haute solubilité, faible perméabilité) : Les facteurs de perméabilité membranaire ont une influence marquée.
- Classe IV (faible solubilité, faible perméabilité) : Mauvais candidats pour l'administration orale.
Influence du Débit Sanguin au Niveau de la Muqueuse
La vascularisation intense du TGI maintient des conditions "sink" favorables à la résorption. Une diminution du débit sanguin (états pathologiques, jeun prolongé) réduit la biodisponibilité, surtout pour les PA à haute perméabilité.
Influence du Métabolisme Intestinal et Hépatique (Effet de Premier Passage)
- Après administration orale, la totalité du PA passe par le foie, contrairement aux voies IV/IM.
- Le métabolisme peut avoir lieu dans les fluides/muqueuses du TGI (premier passage intestinal), sous l'influence de la flore intestinale (surtout côlon), ou au niveau hépatique (premier passage hépatique).
- Les voies buccales et sublinguales permettent d'éviter cet effet de premier passage.
- L'effet de premier passage réduit la biodisponibilité de nombreux PA (ex: lidocaïne, propranolol).
- La variabilité du bagage enzymatique (interindividuelle, liée à l'âge) peut entraîner de grandes variations de biodisponibilité.
Influence de la Dose Administrée
La relation entre la quantité résorbée et la dose est généralement linéaire, sauf si :
- L'absorption est un processus saturable (transport actif ou facilité) (ex: riboflavine, acide ascorbique).
- Le métabolisme de premier passage est un processus enzymatique saturable (ex: propranolol, salicylamide). Pour ces PA, une dose minimale est nécessaire pour saturer le système enzymatique, et les formulations à libération ralentie sont à éviter.
Facteurs Liés à la Forme Pharmaceutique
La forme galénique influence fortement la vitesse de résorption et la durée d'action.
| Début d’action | Forme pharmaceutique |
|---|---|
| Quelques secondes | Injections intraveineuses |
| Quelques minutes | Injections intramusculaires et sous-cutanées ; formes sublinguales, aérosols (nasale, pulmonaire) ; gazes |
| Minutes à heures | Injections dépôts ; solutions, suspensions, poudres, capsules/gélules, comprimés, formes à libération modifiée |
| Plusieurs heures | Formes gastro-résistantes |
| Jours à semaines | Injections dépôts ; implants |
| Variable | Préparations topiques |
Les paramètres de formulation (ex: nature du lubrifiant, densité de la poudre) et le processus de fabrication (ex: force de compression) affectent également la désintégration et la dissolution.
Facteurs Liés à la Voie d'Administration
La biodisponibilité varie considérablement selon la voie d'administration, principalement en fonction de la vascularisation du site et de l'évitement de l'effet de premier passage hépatique.
- Voies parentérales (haute F) :
- Intra-artérielle (i.a.) : F max.
- Intraveineuse (i.v.) : F max.
- Intramusculaire (i.m.) : F élevée si site vascularisé (deltoïde > cuisse > fesse). F faible si tissu adipeux épais.
- Sous-cutanée (s.c.) : F plus faible qu'i.m. car moins vascularisée.
- Voies entérales et autres (F variable) :
- Voie orale.
- Voie sublinguale (évite le premier passage).
- Voie buccale.
- Voie pulmonaire.
- Voie rectale.
- Voie nasale.
- Voie vaginale.
- Voie transdermique.
Synthèse des Principaux Facteurs Influencant la Biodisponibilité Orale
La biodisponibilité des médicaments administrés par voie orale est un phénomène complexe influencé par une multitude de facteurs interdépendants :
- Propriétés physico-chimiques du principe actif :
- Lipophilie (coefficient de partage)
- Taille moléculaire
- pKa
- Stabilité chimique et enzymatique
- Solubilité en fonction du pH
- Formation de complexes et liaison
- Granulométrie
- Forme cristalline (polymorphisme)
- Hydratation (pseudopolymorphisme)
- Facteurs physiologiques (cas de la voie orale) :
- Mécanismes de transport membranaire
- Motilité gastro-intestinale
- Vidange de l’estomac
- États pathologiques
- Sécrétions biliaires et pancréatiques
- Clairance intestinale et hépatique (effet de premier passage)
- Gradient du pH du TGI et des surfaces membranaires
- Effets pharmacologiques des médicaments (interactions)
- Dose administrée :
- Absorption saturable
- Métabolisme saturable
- Facteurs liés à la forme pharmaceutique :
- Nature de la forme pharmaceutique (solutions, suspensions, comprimés, etc.)
- Caractéristiques intrinsèques (désintégration, vitesse de dissolution, cinétiques de libération)
- Variables de formulation et de fabrication
- Facteurs liés à la voie d’administration :
- Vascularisation (volume)
- Impact du premier passage hépatique
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