Chap 16
99 cardsVue d'ensemble complète des aérosols pharmaceutiques, incluant la classification (naturels, artificiels, médicamenteux), les mécanismes de génération, les types de propulseurs, les systèmes biphasés et triphasés, les dispositifs d'administration (nébuliseurs, inhalateurs doseurs, DPI, Soft Mist) ainsi que les facteurs influençant la déposition pulmonaire, la stabilité chimique des fréons et les perspectives d'ingénierie particulaire pour une délivrance optimale.
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Aérosols et Administration Pulmonaire des Médicaments
L'administration de médicaments par voie pulmonaire via les aérosols est une stratégie thérapeutique cruciale, permettant une action locale ciblée ou systémique grâce à la grande surface d'échange des poumons. Les aérosols sont des suspensions de fines particules liquides ou solides dans un gaz, généralement de l'air, dont la destinée est influencée par des forces de gravité, d'impaction et le mouvement brownien.
1. Généralités sur les Aérosols
Les aérosols se définissent comme des suspensions de fines particules liquides ou solides dans un gaz. Leur comportement est dicté par des forces de gravité et d'impaction, qui tendent à les faire sédimenter ou se déposer, et par le mouvement brownien, qui affecte les particules les plus fines. On distingue plusieurs types d'aérosols :
1.1. Aérosols Naturels
- Nuages atmosphériques : particules de 100-400 µm.
- Brouillard : 2-15 µm.
- Fumées diverses (ex. fumée de tabac) : 0.2-15 µm.
- Gouttelettes exhalées (bioaérosols) : de à . Elles sont produites lors de la respiration (0.8-2 µm), l'élocution, le rire, le chant, la toux et l'éternuement, ainsi que les soins bucco-dentaires. Ces gouttelettes peuvent transporter des agents infectieux (virus de 50 nm à 1 µm, SARS-CoV-2 125 nm, Mycobacterium tuberculosis 1-3 µm).
1.2. Aérosols Artificiels
Ils sont générés par des procédés de nébulisation, condensation, pulvérisation ou réactions chimiques.
- Aérosols non pharmaceutiques : utilisés dans des produits variés comme les extincteurs, insecticides, produits d'entretien, d'hygiène (mousses à raser, dentifrices) et cosmétiques (laques, produits solaires).
- Aérosols médicamenteux (médicaux, pharmaceutiques) : Contiennent des principes actifs (PA) dissous, mis en suspension ou en émulsion dans un véhicule, un mélange de solvants ou de l'air.
1.3. Classification des Aérosols Médicamenteux par Action
- Action locale :
- Sur la musculature bronchique : traitement des spasmes de l'asthme et des BPCO (Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive) par agonistes β-adrénergiques et corticoïdes.
- Sur la flore bactérienne : antibiotiques en cas d'infections respiratoires.
- Sur les muqueuses (nasales, pharynx, larynx, trachée) : action décongestionnante ou antiseptique.
- En dermatologie : stéroïdes, antihistaminiques, antiprurigineux, anesthésiques, substances émollientes.
- Par voie rectale : mousses pour le traitement local des affections du côlon (Ex. Claversal® mousse rectale à base de 5-ASA).
- Action générale (systémique) : Administrés par voie nasale ou pulmonaire (résorption transpulmonaire au niveau des alvéoles pulmonaires) pour une action systémique. Exemples : peptides (insuline, cyclosporine, calcitonine), anticorps monoclonaux, antigènes, thérapie génique.
- Exemples de peptides : Insuline (Exubera®, Afrezza®), cyclosporine, calcitonine (Miacalcic®), -antitrypsine, hormone parathyroïde, hormone de croissance.
L'efficacité et les sites d'action dépendent crucialement de la taille des particules générées. Pour les voies pulmonaires, une taille de particule de 0.2 à 5 µm est optimale pour atteindre les poumons profonds.
1.4. Avantages de la Forme Aérosol
- Facilité d'application et d'administration.
- Possibilité d'incorporer des PA sous diverses formes (solide, liquide, gaz).
- Protection efficace du contenu contre la contamination (humidité, O2, microorganismes).
- Réduction des irritations par application mécanique, notamment pour les peaux lésées.
- Possibilité de dosage précis grâce aux valves doseuses.
- Avantages spécifiques à l'administration pulmonaire : action locale ou transpulmonaire, début d'action rapide.
2. Génération des Aérosols
2.1. Aérosols Générés par Récipients à Gaz Propulseurs (Récipients Pressurisés)
Ces systèmes contiennent les produits à disperser sous pression, avec une valve qui permet la libération instantanée d'aérosols.
2.1.1. Conditionnements à Gaz Comprimés
Utilisent un gaz propulseur comprimé (N2, CO2, NO2, argon).
- Avantages :
- Prix de revient faible.
- Inertie chimique du gaz (protection contre l'oxydation), atoxique.
- Faible variation de pression avec la température.
- Pas de sensation de froid à la pulvérisation.
- Seul le produit est expulsé et divisé mécaniquement.
- Inconvénients :
- Réduction de la pression à l'usage ( selon la loi de Boyle-Mariotte).
- Nécessite des pressions de remplissage élevées et un volume important de gaz.
- Manipulation erronée (tête vers le bas) peut entraîner une vidange rapide du gaz.
- Taille particulaire non constante en raison de la pression variable, ce qui limite leur usage pour les voies respiratoires profondes.
2.1.2. Conditionnements à Gaz Liquéfiés
Le gaz propulseur est liquéfié à hautes pressions et/ou basses températures. La tension de vapeur du gaz détermine la pression de pulvérisation. Ils maintiennent une tension de vapeur constante durant l'utilisation et sont utilisables pour les voies respiratoires profondes (pMDI).
- Dépendance : Forte dépendance de la tension de vapeur (et donc de la pression) en fonction de la température.
- Systèmes :
- Biphasés : Solution ou suspension du PA dans le gaz propulseur (avec ou sans co-solvant comme l'éthanol). PA insolubles sont micronisés (corticostéroïdes, antibiotiques) avec des agents dispersants (lécithine, trioléate de sorbitane, acide oléique).
- Triphasés : Deux phases liquides non miscibles (ex: eau-propulseur) et l'agent propulseur gazeux. Ces systèmes nécessitent de faibles quantités de propulseur.
- Liquides superposés : La position du gaz liquéfié dépend de sa densité (hydrocarbures halogénés au fond, hydrocarbures liquides surnagent l'eau).
- Systèmes émulsionnés : Génèrent des mousses (émulsion Propulseur/eau) ou de fines particules d'aérosol (émulsion Eau/propulseur).
2.1.3. Classification et Nomenclature des Gaz Liquéfiés
On utilise principalement les hydrocarbures paraffiniques et les dérivés halogénés d'hydrocarbures.
- Hydrocarbures halogénés (CFCs ou Fréons) :
- Utilisation interdite depuis 1989 (attaque de la couche d'ozone, effet de serre), avec un moratoire pour certains systèmes pharmaceutiques (pMDI) en attente de remplacement.
- Nomenclature des dérivés chlorofluorés ou fluorés du méthane, éthane et propane (Ex: Fréon 114, dichlorotétrafluoroéthane C2Cl2F4). Le 1er chiffre est le nombre d'atomes de F, le 2ème est H+1, le 3ème est C-1.
- Non inflammables, apolaires, densité élevée. Tension de vapeur constante.
- Stabilité chimique : Certains fréons peuvent se dégrader en présence de co-solvants (éthanol), générant des produits acides (HCl). La stabilité dépend de la liaison C-Cl et du nombre d'atomes de F. Les fréons 12 et 114 sont les plus stables.
- Compatibilité : Compatibles avec Bakélite, PVC, PE, polyamides. Incompatibles avec le caoutchouc, le polystyrène.
- Hydrofluoroalcanes (HFAs ou HFCs) :
- Alternatives aux CFCs, ne contiennent pas de chlore et ont un ou plusieurs atomes d'H. Moins destructeurs d'ozone mais l'effet n'est pas nul.
- Utilisés : P-134a et R-227.
- Nécessitent des modifications des techniques de fabrication et formulations. Tous les pMDI actuels sont basés sur les HFA.
- Diminution de la sensation de froid.
- Autres dérivés halogénés : Dérivés 22, 142b et 152a (HCFC) ne détruisant pas la couche d'ozone, utilisés pour les formes topiques. Pouvoir solvant supérieur pour les solvants apolaires.
- Hydrocarbures paraffiniques :
- Butane, propane, isobutane, diméthyle éther (miscible à l'eau).
- Utilisés dans les produits de consommation et aérosols pharmaceutiques (hors pMDI).
- Peu coûteux, acceptables pour l'environnement.
- Densité plus faible que l'eau. Très inflammables.
2.1.4. Valves de Pulvérisation
Composées d'une tête de pulvérisation, d'un gicleur, d'une coupelle, d'un joint, d'une soupape, d'un ressort, d'un porte-tube et d'un tube plongeur. Des valves doseuses permettent un dosage précis et peuvent être utilisées dans diverses positions.
2.2. Production d'Aérosols Liquides à partir de Récipients Non Pressurisés
2.2.1. Dispositifs Munis d'une Pompe (Sprays)
Fonctionnent sans gaz propulseur. Ex: sprays nasaux ou cutanés. Délivrent des volumes précis (25µl à 0.5-1.0 ml). Nécessitent un amorçage de la pompe. La taille des gouttelettes (> 10-20µm) est plus grande que celle des récipients pressurisés, convenant pour application topique ou voies respiratoires supérieures.
2.2.2. Générateurs d'Aérosols à Air Comprimé (Nébuliseurs Pneumatiques)
Appareillages cliniques pour le traitement des affections respiratoires.
- Composition : Source d'air comprimé (compresseur), générateur d'aérosol (pulvérisateur et dispositif de captation des grosses particules), réchauffeur (pour compenser le refroidissement dû à la détente du gaz), masque ou embouts.
- Fonctionnement : L'air comprimé crée une dépression (effet venturi), aspirant le liquide et générant des gouttelettes.
- Réglage : Possibilité de régler la taille des particules (pression d'air, ouverture du gicleur, paroi brise-jet).
- Performances : Débit d'air de 15-20 L/min, durée max 30 min. Génèrent 50-60% de particules .
2.2.3. Générateurs Ultrasoniques
Produisent des aérosols par vibrations à haute fréquence d'un quartz situé au fond du réservoir. La taille des gouttelettes diminue avec l'augmentation de la fréquence de vibration (jusqu'à 70% de diamètre ). Pour les nébuliseurs de grande contenance, la solution médicamenteuse est placée dans une coupelle plongeant dans un réservoir d'eau pour absorber la chaleur.
2.2.4. Nébuliseurs à Tamis Vibrant
Génèrent un aérosol fin et homogène par vibration à haute fréquence d'une membrane micro-perforée, poussant le liquide à travers ses pores. Offrent une délivrance pulmonaire efficace (MMAD 2-5 µm), silencieuse et avec peu de pertes.
2.3. Production d'Aérosols au moyen d'Inhalateurs à Poudre Sèche (IPS ou DPI)
Les particules de poudre, préalablement micronisées, sont mises en suspension dans l'air par le mouvement inspiratoire du patient. Le flux inspiratoire nécessaire peut varier de 30 à 130 L/min.
- Composition : Réservoir avec mécanisme doseur (multidoses ou doses pré-séparées), mécanisme d'aérosolisation, mécanisme de dispersion de la poudre, adaptateur buccal.
- Méthodes de dispersion : Rotation (hélice, gélule), flux d'air dans le lit de poudre, géométrie du dispositif (plus le dispositif est tortueux, meilleure est la dispersion, mais plus la résistance est élevée).
- Transporteur : L'ajout d'un transporteur (ex. lactose 325 ou 350 mesh) améliore la dispersion des particules de PA, mais une séparation du PA de la surface du transporteur est nécessaire pour une pénétration profonde.
3. Administration Pulmonaire des Médicaments (Préparations pour Inhalation)
3.1. Définitions (Pharmacopée Européenne)
Préparations liquides ou solides destinées à être administrées dans les poumons, sous forme de vapeurs ou d'aérosols, pour une action locale ou systémique. Elles contiennent un ou plusieurs PA dissous ou dispersés dans un excipient approprié, et peuvent inclure des gaz propulseurs, co-solvants, diluants, conservateurs, solubilisants, stabilisants. Les excipients ne doivent pas avoir d'effet notable sur la muqueuse respiratoire. Elles peuvent être conditionnées en récipients multidoses ou unidoses, pressurisés ou non.
Les dispositifs utilisés pour convertir ces préparations en aérosols sont :
- Nébuliseurs.
- Inhalateur « Soft Mist ».
- Inhalateurs pressurisés à valve doseuse (pMDI).
- Inhalateurs à poudre sèche (IPS ou DPI).
3.2. Avantages et Inconvénients de l'Administration Pulmonaire
3.2.1. Avantages
- Action locale ciblée : sur la musculature lisse bronchique (bronchodilatateurs, corticoïdes), action anti-inflammatoire, action antibactérienne.
- Moins d'effets secondaires systémiques : doses plus faibles.
- Début d'action rapide.
- Pour l'action systémique : Grande surface d'absorption (100-140 m²), barrière alvéolo-capillaire fine (0.1-0.2 µm), flux sanguin élevé, évite le premier passage hépatique, système enzymatique réduit.
3.2.2. Inconvénients
- Accès difficile aux voies respiratoires profondes.
- Faible pourcentage de déposition, variabilité de la dose délivrée.
- Absorption rapide des substances (élimination du site d'action) → durée d'action courte, nécessitant des administrations répétées.
- Difficulté d'utilisation de certains inhalateurs (problèmes de synchronisation des MDI).
- Nombre limité d'excipients.
3.3. Facteurs Influant sur l'Efficacité de la Délivrance Pulmonaire
- Anatomie et physiologie du tractus respiratoire : Filtrage trachéo-bronchique.
- Paramètres de respiration : Flux d'inhalation, pathologies respiratoires (asthme, BPCO).
- Paramètres liés au patient : Mode d'utilisation, éducation.
- Caractéristiques physiques des particules : Taille et distribution de taille, état d'agglomération, densité, porosité, hygroscopie. La fraction respirable (particules atteignant le poumon profond) correspond à un diamètre aérodynamique () entre 0.5 et 5 µm.
- Formulation : Tolérance du PA et excipients, dose, présence d'un transporteur.
- Choix du dispositif d'inhalation : Nébuliseurs, Soft Mist, MDI, IPS.
4. Anatomie et Physiologie Pulmonaire
Les voies respiratoires sont un système complexe allant de la cavité nasale aux sacs alvéolaires.
4.1. Structure des Voies Respiratoires
- Cavité nasale et sinus.
- Nasopharynx, oropharynx, larynx.
- Trachée, bronches, bronchioles, bronchioles terminales.
- Bronchioles respiratoires, canaux alvéolaires, sacs alvéolaires.
Les voies respiratoires inférieures sont divisées en trois zones physiologiques :
- Zone d'amenée de l'air (conduction) : Trachée, bronches et bronchioles. Mouvements d'air brusques.
- Zone de transition : Bronchioles terminales et distales. Écoulement rapide et turbulent.
- Zone respiratoire : Conduits et sacs alvéolaires. L'air circule lentement et de manière laminaire, lieu des échanges gazeux.
Le modèle de Weibel décrit une morphologie symétrique avec un système d'embranchements dichotomiques.
4.2. Biologie Pulmonaire
- Mécanismes de défense : Couche unique de cellules épithéliales, mucus, escalator mucociliaire, ventilation, toux.
- Cellules ciliées : battement ciliaire intense (1000-1500/min) assurant le drainage (0.5-1 mm/min dans les voies profondes, 5-20 mm/min dans la trachée).
- Cellules caliciformes : sécrétion de mucus.
- Mucus : Présent des voies aériennes supérieures aux bronchioles terminales (0.5 à 5 µm d'épaisseur). Composé de mucopolysaccharides et glycoprotéines (mucines), il a des propriétés viscoélastiques, protège l'épithélium de la déshydratation, humidifie l'air et agit comme une barrière contre les particules étrangères.
- Région alvéolaire : Absence de couche de mucus manifeste, présence de surfactant pulmonaire.
- Pneumocytes de type I : 95% de la surface alvéolaire, échanges gazeux, clairance des substances solubles.
- Pneumocytes de type II : 3% de la surface alvéolaire, produisent le surfactant pulmonaire.
- Macrophages : Cellules mobiles, abondantes, demi-vie de 1-5 semaines. Principal mécanisme de clairance des particules insolubles, protection de l'épithélium, phagocytose des substances étrangères.
- Surfactant pulmonaire : Maintient une tension superficielle faible et stable, prévient le collapsus alvéolaire. Stabilise les alvéoles, augmente la compliance pulmonaire, régule l'homéostasie du liquide alvéolaire, participe aux mécanismes de défense. Composé de lipides (80%, dont phosphatidylcholine, phosphatidylglycérol, phosphatidyléthanolamine, phosphatidylsérine, phosphatidylinositol, cholestérol) et de protéines (10%), ainsi que de glucides.
- Vascularisation pulmonaire : Apport par la circulation pulmonaire et systémique.
- Ventilation pulmonaire : Une respiration lente et profonde favorise les échanges et la déposition des particules.
5. Déposition Pulmonaire et Devenir des Particules Inhalées
La déposition pulmonaire est complexe et sujette à des limitations (géométrie, mécanismes de clairance, pertes au niveau du dispositif).
5.1. Mécanismes de Déposition
La déposition pulmonaire peut se produire durant l'inspiration, l'expiration ou après. Elle augmente avec l'intensité et la durée de la respiration. Trois principaux mécanismes dépendent des propriétés physiques des particules (taille, densité, forme) :
- Impaction inertielle : Concerne les grosses particules (). Les particules heurtent la paroi des voies aériennes lorsque leur énergie cinétique est supérieure aux forces du flux aérien. Elle augmente avec le diamètre et la vitesse des particules, et le débit aérien. Elle se produit principalement dans les courbures et bifurcations des grosses voies aériennes et est augmentée par une inspiration rapide. L'utilisation d'une chambre d'expansion (spacer) avec les MDI réduit ce phénomène dans l'oropharynx.
- Sédimentation : Due à la pesanteur, concerne les petites particules (2-5 µm) dans les petites voies aériennes où le débit d'air est faible et le flux laminaire. Une inspiration lente et profonde, suivie d'une pause respiratoire, favorise la sédimentation périphérique.
- Diffusion : Déposition due au mouvement brownien des particules de très petite taille () qui peuvent atteindre les sacs alvéolaires.
D'autres mécanismes incluent l'interception et l'attraction électrostatique.
5.2. Paramètres Influant sur la Déposition Pulmonaire
- Taille des particules (diamètre aérodynamique, ) : Diamètre d'une sphère parfaite de densité 1 ayant la même vitesse de sédimentation que la particule. (où = diamètre d'une sphère équivalente, = densité de la particule, = densité de référence de , = facteur géométrique). C'est un paramètre critique pour cibler le médicament. La fraction respirable ( entre 0.5 et 5 µm) est optimale. Les particules sont impactées dans les voies supérieures, tandis que les particules sont principalement exhalées.
- Paramètres de ventilation (pour DPI) :
- L'inspiration du patient fournit l'énergie pour la dispersion et le transport des particules.
- Les flux inspiratoires élevés favorisent l'impaction et la désagglomération des particules, augmentant la quantité déposée.
- Les flux inspiratoires lents sont défavorables à une bonne dispersion et favorisent la sédimentation dans les petites voies non distales.
- Un ralentissement du rythme respiratoire augmente le temps de séjour des particules, améliorant l'index de pénétration et réduisant les pertes par expiration.
- Méthode d'inhalation / Éducation du patient : Cruciale pour l'efficacité. Une mauvaise coordination main-bouche (MDI) ou une technique incorrecte peut réduire l'efficacité et augmenter la déposition oropharyngée.
- Formulation : L'utilisation de transporteurs (ex. lactose) dans les DPI permet d'améliorer la dispersion des particules cohésives de PA, mais doit être optimisée pour éviter l'irritation ou la bronchoconstriction.
6. Dispositifs d'Inhalation
6.1. Nébuliseurs
- Avantages : Administration de doses élevées (jusqu'à 80% de la dose délivrée dans la fourchette de taille appropriée), pas de gaz propulseur, pas de problème de coordination, utilisent des solutions ou suspensions de PA (éviter les pH acides).
- Inconvénients : Encombrants (clinique ou domicile), coût élevé, formulations peuvent contenir des co-solvants et excipients irritants, bruyants, durée d'inhalation longue (>15 min), volume mort important, faible reproductibilité et efficacité pulmonaire (2-10%), risque de contamination bactérienne.
- Exemples commerciaux : Ventolin® (salbutamol), Flixotide® (fluticasone propionate), Atrovent® (ipratropium), Pulmozyme® (dornase alpha), Tobi® (tobramycine).
6.2. Aérosols Doseurs (AD ou pMDI)
- Avantages : Portables, discrets, coût modéré, systèmes multidoses, efficacité indépendante du flux d'inhalation.
- Inconvénients : Toxicité des gaz propulseurs (CFC remplacés par HFA), dose limitée par activation (50 µg -1 mg), problèmes de formulation (solubilité, stabilité), problème de coordination déclenchement/inhalation, faible fraction de dose délivrée au niveau pulmonaire (max. 10%).
- Vitesse de sortie : Particules à haute vitesse (100 km/h), ce qui favorise l'impaction oropharyngée.
- Utilisation d'un « spacer » (chambre d'inhalation) : Permet de s'affranchir du problème de coordination, supprime les grosses particules, diminue la déposition oropharyngée et améliore la déposition pulmonaire.
- Inconvénients du spacer : Encombrement, charges électrostatiques, déposition au niveau du dispositif (nécessite nettoyage).
- Mode d'utilisation : Retirer capuchon, agiter, expirer profondément, commencer à inspirer et appuyer sur le poussoir, inspirer profondément (5-6 sec), maintenir apnée (± 10 sec).
- Erreurs courantes : Oublier d'agiter, mauvaise position du flacon, mauvaise synchronisation, inhalation par le nez, apnée au lieu d'inspiration.
- Ingrédients : PA (micronisé ou non), gaz propulseurs (HFA), solvants (éthanol), agents dispersants/surfactants (trioléate de sorbitane, lécithines), stabilisants.
- Exemples commerciaux (HFA-134a) : Becotide® (béclométhasone), Flixotide® (fluticasone), Atrovent® (ipratropium), Ventolin® (salbutamol), Combivent® (ipratropium + salbutamol).
6.3. Inhalateur Soft Mist
- Caractéristiques : Portable, multidose (60 doses), solution de PA dans un réservoir pressurisé (sans gaz propulseur liquéfié).
- Fonctionnement : Système de ressort met sous pression lors de l'activation, générant un aérosol lentement (quelques secondes).
- Avantages : Très faible déposition dans la gorge et les voies respiratoires supérieures, doses nominales plus faibles.
- Exemple : Spiriva Respimat® (tiotropium).
6.4. Inhalateurs à Poudre Sèche (IPS ou DPI)
- Avantages : Amélioration de la déposition pulmonaire (10-40%), diminution du dépôt buccal, transportables, discrets, coût modéré, systèmes unidoses et multidoses, facilité d'utilisation (pas de coordination), pas de gaz propulseur (écologique), doses > 1 mg (max. 20-30 mg), formulation simple, stabilité (poudre sèche).
- Inconvénients : Nécessitent une force inspiratoire suffisante (ne conviennent pas aux enfants < 5 ans, personnes âgées, patients avec obstruction bronchique sévère), taux de déposition variables, parfois pas de "retour" d'administration (bien que des dispositifs connectés émergent).
- Techniques de production de microparticules : Micronisation (broyage à jet d'air), atomisation (spray drying, spray congealing), fluides supercritiques (RESS).
6.4.1. Types de DPI
- IPS monodoses (nécessitent plus de manipulation) :
- Spinhaler® : Bras perforants, hélice rotative, pas d'excipient (Lomudal Spinhaler®).
- Rotahaler® : Coupe la gélule en 2, flux d'air fait tournoyer la gélule, poudre passe à travers un tamis (Spreor®, Spir®).
- Aerolizer® : Perce la gélule, passage de l'air par les trous, contrôle de dose (auditif, olfactif, visuel), bonne conservation. Flux inspiratoire min. 60 L/min (Foradil®, Formagal®, Onbrez®).
- Systèmes multidoses à doses pré-séparées (blisters) :
- Diskhaler® : Disque circulaire avec plusieurs doses sous blister (4 ou 8 doses), semi-multi-dose, difficile d'utilisation (Ventolin diskhaler®).
- Diskus® : Doses individuelles sur bande enroulée (60 doses), flux inspiratoire 30 L/min, simple d'utilisation, compteur de doses (Serevent Diskus®, Flixotide Diskus®).
- Systèmes multidoses à réservoir :
- Turbohaler® : Réservoir de poudre, dose calibrée par rotation, canaux tortueux, flux inspiratoire min. 30 L/min, sans excipient, pas de goût, pas de retour d'administration, simple d'utilisation, facile à transporter (Bricanyl®, Pulmicort®).
7. Méthodes d'Évaluation des Formes Pulmonaires
L'évaluation des formes pulmonaires est essentielle pour garantir leur efficacité et leur sécurité.
7.1. Détermination de la Dose Délivrée (DD) et de l'Uniformité de la Dose Délivrée (UDD)
Ces contrôles vérifient la quantité de PA délivrée à chaque dose et sa reproductibilité. Les pharmacopées admettent des normes de variation (75-125% de la dose moyenne) mais n'imposent pas de normes sur la dose absolue. Un débit d'air est ajusté en fonction de la résistance du dispositif (dépression de 4 KPa).
7.2. Détermination de la Taille des Particules (PA + Excipients)
Utilise des méthodes d'évaluation aérodynamique in vitro, basées sur le principe de l'impaction.
- Dose/Fraction en Particules Fines (FPD/FPF) : Proportion des particules de taille adéquate.
- Diamètre Massique Médian Aérodynamique (MMAD).
7.2.1. Appareil A : Impacteur à Cascade en Verre (Glass Impinger)
Dispositif à 2 étages avec liquide, pour la séparation des particules. L'étage supérieur dépose les particules , l'inférieur les particules fines. Utilisé pour les inhalateurs à poudre, avec aspiration d'air (60 ± 5 L/min) pendant 5 sec, pour 10 décharges. La quantité de substance déposée est déterminée après extraction et dosage.
7.2.2. Appareil B : Impacteur à Cascade en Métal (Metal Impinger)
Comprend une chambre de dépôt avec un disque en verre fritté et un filtre pour les particules fines.
7.2.3. Appareil C : Impacteur à Cascade Multi-Étages (Multi-Stage Liquid Impinger)
Comprend une tuyère d'admission coudée, 4 étages de dépôt (contenant un solvant) et un étage de filtration. Chaque étage a un plafond métallique avec un gicleur et une plaque de dépôt, et un plancher avec un gicleur pour l'étage inférieur. Le gicleur de l'étage 4 a un dispositif multi-jets. Utilisé pour les inhalateurs à poudre avec un débit Q déterminé par l'UDD. Les particules sont extraites et dosées à chaque étage. Permet de calculer le MMAD, la FPD et la FPF (granulométrie ).
7.2.4. Appareil D : Échantillonneur Granulométrique Andersen (Andersen Sizing Sampler)
Contient 8 étages et un filtre, ainsi qu'un pré-séparateur pour les inhalateurs à poudre. Pas de solvants. Utilisé à 28.3 ± 1.5 L/min (ou 60 L/min). Les valeurs de diamètres seuils (cut-off) sont définies pour chaque étage.
7.2.5. Appareil E : Impacteur de Nouvelle Génération (NGI)
Contient 7 étages (buses de plus en plus fines) et un collecteur terminal. Comprend un pré-séparateur et des coupelles amovibles. Peut être utilisé à différents débits (30 à 100 L/min). Permet de déterminer le MMAD, FPD et FPF.
8. Perspectives Futures et Nouveaux Développements
8.1. Amélioration de l'Efficacité de la Délivrance
- Optimisation des dispositifs d'inhalation.
- Reformulation des formes particulaires solides : faible densité, forces de cohésion interparticulaires réduites.
- Méthodes d'« ingénierie particulaire » :
- Particules larges poreuses (PulmoSphere®, Tobi Podhaler) : pour échapper aux macrophages, densité pour une meilleure dispersion, pour une bonne déposition.
- Particules « Trojan » : Microparticules contenant des nanoparticules pour échapper aux macrophages et favoriser la déposition.
- Particules « Torus » : Pour une déposition pulmonaire ciblée.
- Nouveaux excipients/transporteurs, PA sous forme amorphe stabilisée, PA micronisée enrobée, agrégats de nanoparticules.
8.2. Prolongation de la Durée de Séjour
- Formes pulmonaires à libération prolongée pour réduire le nombre de prises.
- Amélioration de la délivrance pulmonaire de peptides et protéines.
8.3. Autres Axes de Recherche
- Localisation de la déposition des particules (bronchioles, conduits alvéolaires, sacs alvéolaires).
- Devenir des particules après déposition.
- Évaluation et utilisation de nouveaux excipients (lipides).
- Application de la voie à d'autres pathologies (infections pulmonaires, tuberculose, aspergillose invasive, cancer du poumon).
9. Administration Pulmonaire des Liposomes
Les liposomes offrent des solutions aux difficultés de l'administration pulmonaire.
9.1. Difficultés Actuelles
- Nécessité de coordination respiration/inhalation.
- Absorption rapide des PA → administrations fréquentes et effets secondaires systémiques.
- Risques d'irritations/inflammations pour les poudres (PA insolubles).
- Faible pénétration intracellulaire limitant l'atteinte des agents pathogènes.
9.2. Potentialités des Liposomes
- Dispersables en aérosols via nébuliseurs à air comprimé.
- Inhalables sous forme de poudre sèche (DPI).
- Servent de matrice solubilisante pour substances peu solubles.
- Agissent comme réservoirs pour une libération continue et prolongée.
- Facilitent la pénétration intracellulaire des médicaments (endocytose, phagocytose par les macrophages alvéolaires).
- Préparables à partir de constituants naturels du surfactant pulmonaire.
9.3. Avantages de l'Encapsulation de PA dans les Liposomes
- Prévention des irritations locales et diminution de la toxicité.
- Prolongation des concentrations efficaces localement, réduisant les effets secondaires systémiques.
- Génération de concentrations intracellulaires élevées, notamment dans les macrophages alvéolaires infectés.
9.4. Méthodes d'Administration des Liposomes
- Nébulisation d'une dispersion aqueuse de liposomes.
- Formation in situ de liposomes à partir de solutions de phospholipides dans l'éthanol ou CFCs lors de la décharge d'un récipient pressurisé.
- Utilisation d'un lyophilisat liposomial délivré en poudre sèche.
9.5. Conditions d'Efficacité
- Utilisation de substances lipophiles (ou rendues lipophiles) pour un meilleur taux d'encapsulation et moins de pertes lors de la nébulisation.
- Taille des gouttelettes émises par l'aérosol supérieure à celle des liposomes.
- Taille des particules émises par l'aérosol entre 0.5 et 5 µm.
9.6. Clairance des Liposomes
- Déglutition, expectoration, toux.
- Battement des cils et sécrétion de mucus (escalator mucociliaire).
- Endocytose par les macrophages alvéolaires.
- Incorporation dans le pool phospholipidique du surfactant pulmonaire et recyclage.
En conséquence, un risque faible d'accumulation ou de toxicité des lipides liposomiaux au niveau pulmonaire est attendu.
9.7. Exemples de PA étudiés
Anticancéreux (adriamycine), antibiotiques (gentamycine sulfate), peptides, enzymes, substances antiasthmatiques et antiallergiques (salbutamol, métaprotérénol, cromoglycate), corticoïdes (dexaméthasone).
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