Chap 15
97 cardsCe cours aborde les préparations nasales, incluant leurs types, formulations et systèmes de délivrance. Il détaille l'anatomie et la physiologie de la muqueuse nasale, les principes de formulation respectant la fonction mucociliaire, ainsi que les caractéristiques des solutions liquides et en aérosols. L'administration transnasale est explorée pour son potentiel systémique et vers le SNC, incluant les avantages, limitations et facteurs influençant la résorption. Les méthodes de caractérisation, comme la distribution granulométrique et l'utilisation de modèles in vitro/ex vivo, sont discutées, ainsi que le rôle des promoteurs d'absorption et de la bioadhésion pour prolonger le temps de séjour des principes actifs.
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Préparations Nasales : Types, Physiologie, Formulation, Administration et Caractérisation
Les préparations nasales sont des formes pharmaceutiques conçues pour être administrées dans la cavité nasale. Elles peuvent avoir une action locale ou systémique, offrant une voie d'administration non invasive et potentiellement rapide pour de nombreux principes actifs.Types de Préparations Nasales
Les préparations nasales se déclinent en plusieurs formes galéniques, chacune adaptée à des objectifs thérapeutiques spécifiques :- Liquides pour instillation (Gouttes) ou pulvérisation nasales (Aérosols/Sprays) : Ce sont les formes les plus courantes. Les gouttes sont généralement utilisées pour une action locale ciblée, tandis que les sprays, grâce à une meilleure dispersion, peuvent favoriser une action systémique ou une couverture plus large de la muqueuse.
- Poudres nasales : Elles permettent un temps de contact prolongé du principe actif avec la muqueuse, notamment la partie vascularisée.
- Pommades et Gels nasaux : Ces formes visqueuses sont idéales pour une action locale soutenue, par exemple pour l'hydratation ou l'application d'antiseptiques.
- Solutions pour lavage nasal : Destinées à l'hygiène nasale, elles permettent d'éliminer les débris, les allergènes et l'excès de mucus.
Anatomie et Physiologie de la Muqueuse Nasale
La cavité nasale est tapissée de deux types de muqueuses principales, chacune ayant un rôle spécifique :- La muqueuse olfactive (muqueuse blanche), située dans la partie supérieure, est responsable de l'olfaction.
- La muqueuse pituitaire ou respiratoire (muqueuse rouge), située à l'avant, est fortement vascularisée, présentant des capillaires sanguins élargis appelés "lacs sanguins". Cette vascularisation intense joue un rôle crucial dans les échanges thermiques, permettant de réchauffer l'air inspiré avant qu'il n'atteigne les poumons.
Composition et Importance du Mucus
Le mucus nasal est une hydrogel composé de 2,5 à 3 % de mucine, 1 à 2 % d'électrolytes et environ 95 % d'eau. Sa consistance et sa production sont vitales pour le bon fonctionnement du tapis mucociliaire :- Une surproduction de mucus (hyperhydratation), comme lors des rhinites, peut entraîner un mucus trop fluide et un tapis muqueux peu cohérent, bloquant le "tapis roulant".
- Une déshydratation du mucus augmente sa viscosité (), ce qui peut bloquer le mouvement ciliaire et provoquer des symptômes désagréables (ex: migraines).
Facteurs Influencant la Fonction Ciliaire et la Muqueuse
La fonction mucociliaire est sensible à divers facteurs, ce qui souligne l'importance d'une formulation appropriée des préparations nasales :- Affections microbiennes ou virales (grippe, rhinites) peuvent altérer l'intégrité de la muqueuse et la fonction ciliaire.
- Le pH est crucial : un pH optimal pour l'adulte est compris entre 6,5 et 8,3. Un pH inférieur à 6,5 peut être délétère. Les tampons borates doivent être évités.
- L'osmolarité : une solution hypotonique peut provoquer des lésions cellulaires ; il est donc impératif d'isotoniser les préparations. Des solutions légèrement hypertoniques (280-320 mosmol/kg) sont souvent préférées.
- Certains excipients et principes actifs peuvent impacter négativement la fonction ciliaire :
- Co-solvants : l'alcool (max 10%), les glycols et les huiles doivent être utilisés avec précaution.
- La température : des températures inférieures à 18°C peuvent inhiber les cils (réversible).
- Certains principes actifs et adjuvants : les dérivés organiques de l'argent (vitellinate), les agents conservateurs antimicrobiens (parabens) et certains vasoconstricteurs/antihistaminiques peuvent être irritants.
- L'éphédrine, la phényléphrine et la dimétindène (ex: Fenistil®) sont généralement mieux tolérés.
- Attention : certains de ces agents sont interdits chez le nourrisson en raison d'un risque de réflexe de mort.
Principes de Formulation des Préparations Nasales
La formulation des préparations nasales doit impérativement respecter l'intégrité de l'épithélium ciliaire et le fonctionnement normal des battements ciliés.- pH : Doit être maintenu entre 6,5 et 8,3. Des tampons (phosphates, citrates) sont utilisés pour ajuster le pH, à l'exclusion des tampons borates.
- Isotonicité : Les solutions doivent être isotoniques ou légèrement hypertoniques (280-320 mosmol/kg) pour éviter d'endommager les cellules ciliées. Toute solution hypotonique doit être isotonisée.
- Agents viscosifiants : L'acide polyacrylique ou la méthylcellulose (MC) peuvent être utilisés pour augmenter la viscosité, ce qui peut améliorer le temps de contact et la rémanence.
- Excipients à éviter ou à limiter :
- Pas de glycols et pas plus de 10% d'alcool.
- Les huiles minérales sont à proscrire en raison du risque de paraffinose pulmonaire en cas d'utilisation chronique. Des huiles neutres d'origine végétale ou synthétique (ex: Miglyol 812), sans acides gras libres, sont préférées pour les préparations huileuses.
- Hygiène microbienne et Stérilité : La stérilité n'est pas toujours obligatoire, mais une hygiène microbienne acceptable est exigée (< 100 germes/ml, absence de pathogènes). Des agents conservateurs comme le chlorbutanol, le thiomersal ou le chlorure de benzalkonium sont souvent ajoutés.
- Antioxydants : Peuvent être incorporés pour protéger les principes actifs sensibles à l'oxydation.
- Conditionnement : Les flacons compte-gouttes ou les nébuliseurs (microdoseurs) sont les conditionnements typiques.
- Les gouttes se déposent principalement dans les régions ciliées, entraînant une clairance plus rapide ( de 10-30 min).
- Les sprays (volumes de 50-150 µl) permettent un meilleur étalement et un dépôt dans les régions non ciliées, offrant une meilleure rémanence (action locale et taux de résorption accrus), avec une pouvant atteindre 3 heures.
Taille des Gouttelettes et son Influence
La taille des gouttelettes générées par les sprays est un paramètre critique :- Une taille de 60 à 80 µm est généralement visée pour les préparations nasales.
- Des gouttelettes inférieures à 10 µm risquent une déposition pulmonaire.
- Des gouttelettes de 100 µm ou plus ont tendance à se déposer dans le pharynx.
Exemples de Formules de Préparations Nasales
De nombreuses classes de principes actifs sont administrées par voie nasale, notamment :- Décongestionnants (vasoconstricteurs)
- Antihistaminiques
- Corticoïdes
- Antiseptiques
Exemples de spécialités :
- Vibrocil : Contient du maléate de dimétindène (antihistaminique) et de la phényléphrine (vasoconstricteur). Excipients : phosphate disodique anhydre, sorbitol, huile essentielle de lavande, acide citrique monohydrate, chlorure de benzalkonium, eau purifiée. Disponible en flacon de 15 ml (compte-gouttes ou nébuliseur).
- Rhinidine 0.1 % : Contient du chlorhydrate de xylométazoline (vasoconstricteur). Excipients : chlorure de benzalkonium, édétate de sodium, dihydrogénophosphate de sodium dihydraté, hydrogénophosphate de sodium dihydraté, chlorure de sodium, sorbitol 70% cristallisable, eau purifiée. Flacon de 10 ml (compte-gouttes ou nébuliseur).
Systèmes de Délivrance pour Administration Transnasale
La muqueuse nasale est un site privilégié pour l'administration de médicaments, non seulement pour des actions locales mais aussi pour des effets systémiques.Fonction de Protection de la Cavité Nasale
La cavité nasale assure plusieurs fonctions protectrices :- Elle filtre, réchauffe et humidifie l'air inhalé.
- Les particules inhalées sont retenues par les poils nasaux et la couche muqueuse.
- La fonction mucociliaire transporte les particules de l'avant vers l'arrière de la cavité.
- La muqueuse possède une capacité métabolique.
Action Systémique par Voie Transnasale
L'administration transnasale permet d'obtenir une action systémique grâce à la muqueuse respiratoire (pituitaire) rouge, qui est un site de résorption. Sa surface d'absorption est d'environ 150 cm² (augmentée par les villosités).Avantages de l'Administration Transnasale :
- Non invasive et facilement accessible.
- Site fortement vascularisé et très perméable pour les molécules de faible poids moléculaire (< 1000 Da).
- Pas d'effet de premier passage hépatique : les substances passent directement dans la circulation systémique, ce qui peut améliorer la biodisponibilité.
- Profils pharmacocinétiques (PK) parfois comparables à l'administration intramusculaire (IM).
Limitations de l'Administration Transnasale :
- Perméabilité limitée pour les substances hydrophiles et les molécules de poids moléculaire > 1000 Da.
- Fonction barrière naturelle de la cavité nasale.
- Temps de contact limité par la clairance mucociliaire rapide ( de 15-20 min).
- Surface d'absorption limitée (150 cm² pour le nez contre 120-150 m² pour les poumons).
- Sensibilité de l'épithélium au pH, à la tonicité et à certains excipients (promoteurs d'absorption).
- Les pathologies chroniques de la cavité nasale (rhumes, rhinites) peuvent affecter la résorption en augmentant la clairance nasale.
Intérêt pour certains Principes Actifs :
Cette voie est particulièrement intéressante lorsque le principe actif :- Est instable dans les fluides gastro-intestinaux.
- Est fortement métabolisé lors de sa résorption par les muqueuses du TGI et/ou lors de son premier passage hépatique.
- Est actif à faible dose et/ou possède une demi-vie sérique courte. Ex: peptides, polypeptides, et petites molécules.
Exemple de biodisponibilité du propanolol :
| VOIE | AUC₀- SEM | Biodisponibilité absolue (%) |
|---|---|---|
| IV (10 mg) | 175,4 ± 20,4 | — |
| Nasale (10 mg) | 190,3 ± 17,6 | 109 |
| Orale (80 mg) | 349,5 ± 35,2 | 25 |
Facteurs Influant la Résorption des Principes Actifs
- Caractéristiques physico-chimiques : La taille moléculaire, la structure tridimensionnelle, et le caractère hydrophile/lipophile sont déterminants.
- La résorption est importante pour les principes actifs lipophiles (Tmax 7 min, biodisponibilité élevée).
- La perméabilité est faible pour les molécules polaires.
- La perméabilité est fortement dépendante du poids moléculaire (limite d'environ 1000 Da). La biodisponibilité est généralement < 10% pour les principes actifs de PM élevé (ex: insuline, calcitonine, gonadoréline (~1%)). Le Sumatriptan présente une biodisponibilité de 15,8% par voie nasale contre 14,3% par voie orale.
- Dégradation enzymatique : Les peptidases et protéases présentes dans la muqueuse nasale peuvent dégrader les peptides et protéines, limitant leur biodisponibilité.
- Conditions pathologiques : Les rhumes et rhinites augmentent la clairance nasale, réduisant le temps de contact et la résorption.
- Système de délivrance :
- Le mode d'administration (gouttes vs spray) influence le temps de rémanence et la quantité résorbée (le spray est généralement supérieur).
- Les caractéristiques de la formulation (viscosité , présence de promoteurs d'absorption, bioadhésion du véhicule) jouent un rôle majeur.
Tableau 2 : Résorption nasale de quelques peptides (relative à la voie IV, SC ou IM)
| Peptide | Tmax (min) | Absorption relative (%) | Nbre d’ac. aminés |
|---|---|---|---|
| Enképhaline analogues | 5 - 10 | 70 - 90 | 5 |
| Ocytocine | 5 - 10 | 30 - 40 | 9 |
| LHRH agonistes et antagonistes | 10 - 30 | 2 - 5 | 9-10 |
| Somatostatine | 10 - 30 | 70 | 14 |
| Glucagon | 5 - 10 | 70 - 90 | 29 |
| Calcitonine | 5 - 10 | 50 - 100 | 32 |
| Growth hormone releasing factor (GHRF) | 20 - 40 | 2 - 20 | 40-44 |
| Insuline | 5 - 10 | 10 | 51 |
Tableau 3 : Biodisponibilité absolue calculée pour quelques peptides administrés par voie nasale (spray)
| Peptide | Méthode de détermination | Biodisponibilité |
|---|---|---|
| TRH | mesure de la sécrétion de TSH | 20% |
| ACTH analogue (Alsactide) | mesure de la sécrétion de cortisol | 12% |
| LHRH (Gonadoréline) | mesure de la sécrétion de LH | 1% |
| LHRH agoniste (Buséréline) | mesure de la sécrétion de LH | 2,5% |
Tableau 4 : Exemples de spécialités nasales enregistrées
| Spécialité | Principe actif | Forme galénique | Indications |
|---|---|---|---|
| Minirin (Ferring) | Desmopressine | Spray / goutte | diabète insipide central, polyurie et polydipsie |
| Suprefact (Hoechst), Kriptocur / Synarel (Searle) | Buséréline / Gonadoréline / Nafaréline | Spray / goutte / spray | procréation médicalement assistée, endométriose |
| Syntocinon | Ocytocine | Spray / goutte | inducteur du travail d’accouchement |
| Miacalcic (Novartis) | Salcatonine* | Spray | ostéoporose |
| Imitrex (Glaxo) | Sumatriptan (non peptidique) | Spray | antimigraineux |
| *Calcitonine synthétique de saumon. | |||
Potentiel pour une Délivrance au Système Nerveux Central (SNC)
L'administration transnasale présente un intérêt croissant pour la délivrance de médicaments au SNC :- Un effet plus rapide peut être observé pour certaines substances administrées directement au niveau de la muqueuse olfactive.
- Trois voies de passage possibles vers le SNC :
- Par les neurones olfactifs.
- Au niveau des cellules olfactives et des capillaires avoisinants (souvent plus rapide que la voie transneuronale).
- Passage direct au niveau du fluide cérébrospinal (FCS).
- Pour certaines substances, les ratios de concentration FCS/plasma sont plus élevés après administration transnasale qu'après des voies IV ou orale, suggérant un contournement partiel de la barrière hémato-encéphalique.
Potentiel pour l'Administration de Vaccins
La muqueuse nasale est un site clé pour la vaccination en raison de :- Son rôle de premier site de contact avec les antigènes inhalés (ex: rougeole, coqueluche, méningite, grippe).
- Sa richesse en tissu lymphoïde associé aux muqueuses nasales (Nasal-associated Lymphoid Tissue - NALT).
- La capacité à créer des réponses immunologiques à la fois mucosales (IgA sécrétoires) et systémiques (IgG).
- Les avantages pratiques : coût réduit, facilité et sécurité d'utilisation, et meilleure compliance du patient.
Exemple : Fluenz Tetra® est un vaccin tétravalent nasal (à virus vivants atténués) contre la grippe saisonnière chez l'enfant.
Exemples de Spécialités approuvées par la FDA
Des innovations récentes incluent des dispositifs spécifiques pour améliorer l'administration nasale :- Onzetra® Xsail® (Sumatriptan) : Pour le traitement de la migraine. Utilise un dispositif bidirectionnel qui ferme le palais mou lors de l'expiration du patient, évitant ainsi la déglutition et le passage gastro-intestinal.
- Narcan® (Naloxone HCl) : Traitement d'urgence de l'overdose aux opioïdes. Offre une rapidité d'action cruciale et peut être administré même à un patient inconscient. Ne remplace pas les soins ambulatoires.
- Baqsimi® (Glucagon) : Traitement d'urgence de l'hypoglycémie sévère. Permet une administration chez un patient inconscient, évitant la voie orale ou injectable.
- Trudhesa™ (dihydroergotamine mesylate) : Pour le traitement de la migraine. Formulation liquide à dose réduite, agissant en 15 minutes avec un effet pouvant durer jusqu'à 2 jours.
Méthodes de Caractérisation et Paramètres Importants pour une Formulation Nasale
L'évaluation rigoureuse des formulations nasales est essentielle pour garantir leur efficacité et leur sécurité.Évaluation de la Distribution de Taille dans l'Aérosol
La distribution de taille des gouttelettes ou particules dans l'aérosol influence directement la quantité de principe actif déposée dans la cavité nasale.- Si le diamètre (D) est trop grand, la déposition se fait à l'entrée du nez, entraînant une élimination par éternuement ou écoulement.
- Si le diamètre (D) est trop petit (< 10 µm), il y a un risque de déposition pulmonaire. Le cut-off est de 10 µm.
Équipements et méthodes :
- Diffraction laser : Permet de suivre le diamètre médian (Dv50) et le pourcentage de particules inférieures à 10 µm.
- La standardisation de l'actionnement du spray nasal (force, vélocité) est cruciale pour la répétabilité, souvent réalisée avec des stations automatisées.
Détermination de la Distribution du Principe Actif dans la Cavité Nasale
Des méthodes spécifiques sont utilisées pour évaluer où le principe actif se dépose dans le nez.- Cavités nasales artificielles ("Nasal Cast") : Ces modèles sont fabriqués à partir de scans d'imagerie médicale, convertis en fichiers pour impression 3D.
- Principe de la mesure : De l'eau est nébulisée dans le dispositif (mimant le mucus), le dispositif nasal est actionné, puis chaque section du modèle (séparable) est rincée avec un milieu de récupération. Le principe actif est quantifié dans chaque milieu (par HPLC, etc.).
- Intérêt : Permet de déterminer les pertes de principe actif (ex: au niveau du rhinopharynx), de cibler un site spécifique (ex: muqueuse olfactive pour le passage vers le SNC) et d'évaluer la déposition dans l'arbre respiratoire complet.
- Détermination de la fraction déposée dans la cavité nasale et de la fraction inhalable :
- Méthode : Association d'un impacteur (utilisé pour les formes pulmonaires) et d'une chambre d'expansion. L'impacteur représente la cavité nasale (où le spray se diffuse), et la chambre représente la partie inférieure de l'arbre respiratoire.
- Après activation du dispositif, le principe actif est quantifié dans les différents étages après rinçage.
- Interprétation : Permet de déterminer la fraction de particules inhalables et les pertes au niveau pulmonaire.
- Limitation : Les chambres d'expansion ont un volume beaucoup plus grand que la cavité nasale (1-5 litres vs 15-20 ml). Des études récentes explorent des chambres plus représentatives, ou l'utilisation de nasal casts en remplacement de la chambre d'expansion.
- Il est essentiel d'adapter le modèle au dispositif nasal et aux conditions d'administration (expiration/insufflation, occlusion d'une narine).
Évaluation du Passage du Principe Actif à Travers l'Épithélium
Cette évaluation est cruciale pour les délivrances transnasales ciblant une action systémique ou au SNC, ou pour évaluer l'effet d'un promoteur d'absorption.- Modèles in vitro : Cultures cellulaires (immortalisées ou primaires) sont utilisées.
- Les cellules primaires, prélevées directement de la cavité nasale, sont plus représentatives de la muqueuse réelle mais difficiles à maintenir (contaminations, sensibilité).
- Les cellules immortalisées (Calu-3, RPMI 2650) sont plus faciles à cultiver et présentent des similarités avec l'épithélium nasal (cils, production de mucus).
- Le modèle de l'« Air Liquid Interface » est utilisé, simulant la muqueuse respiratoire avec un côté en contact avec l'air et l'autre avec un liquide.
- La Résistivité Électrique Transépithéliale (TEER) est une mesure de l'intégrité de la couche cellulaire. Une chute de la TEER indique une ouverture des jonctions serrées, souvent observée avec des promoteurs d'absorption comme les chitosans.
- Modèles ex vivo : Utilisation de prélèvements de muqueuse nasale animale (mouton, lapin, cochon, rat) ou humaine (après chirurgie).
- Le tissu est fixé dans une « Cellule de Franz » où la formulation est déposée sur le côté muqueux (compartiment donneur). Le passage est suivi par prélèvement du milieu récepteur à intervalles réguliers.
- La température (32°C) et l'agitation magnétique peuvent être contrôlées.
- Administration in vivo : Tests sur animaux vivants (moutons, rats, souris) pour évaluer la cinétique et la distribution.
- Ex: chez la souris, la formulation liquide est déposée à l'entrée de la narine ou administrée par insufflation, et la poudre par un dispositif adapté.
- La quantification et le suivi du PA peuvent se faire par PET-scan/radio-marquage, fluorescence/microscopie confocale, etc.
- Ces techniques fournissent des informations cinétiques, sur la distribution dans l'organisme (organes spécifiques) et des aspects quantitatifs.
Les Promoteurs d'Absorption
Les promoteurs d'absorption sont des substances qui augmentent la résorption des principes actifs à travers les barrières biologiques (muqueuses, couche cornée).Caractéristiques Souhaitées pour un Promoteur d'Absorption Idéal
- Effet immédiat et durée d'action appropriée.
- Restauration des propriétés barrières normales des membranes traitées après leur action.
- Absence d'irritation ou de détérioration des membranes.
- Pas d'effet systémique indésirable.
- Pas d'augmentation de la pénétration de substances macromoléculaires (toxines bactériennes, antigènes), de virus ou de microparticules solides (y compris les germes).
Principales Substances Testées Expérimentalement
- Agents chélatants : Hydrophiles (EDTA.Na, citrate Na) ou lipophiles (dérivés énamines). Ils agissent en relâchant les barrières par séquestration des ions , mais peuvent provoquer des modifications histologiques importantes après un contact prolongé.
- Surfactifs :
- Anioniques (LSNa) et non ioniques (éthers de polyoxyéthylénés) peuvent entraîner des modifications histologiques importantes.
- Les sels biliaires et leurs dérivés synthétiques (ex: Taurodihydrofusidate de Na - STDHF) sont des surfactants moins toxiques à court terme.
- Adjuvants gras formant des micelles mixtes : Ex: monoglycérides ou taurocholate/glycocholate d'acides gras (linoléique, oléique). Non toxiques, ils agissent par transport micellaire à travers la cellule.
- Salicylates et dérivés : Ex: 2-méthoxysalicylate de Na. Ils perturbent les lipides et protéines membranaires, ayant un effet transitoire et rapidement réversible, et sont moins toxiques que le salicylate. Leur toxicité cellulaire à long terme est encore à l'étude.
La Bioadhésion (Formes Mucoadhésives)
La bioadhésion ou mucoadhésion vise à créer une liaison semi-permanente entre la forme pharmaceutique et la muqueuse, prolongeant ainsi le temps de séjour du médicament.Buts de la Bioadhésion
- Prolonger la libération du principe actif, assurant un temps de contact approprié.
- Localiser la libération et/ou l'action du principe actif.
Il est crucial de considérer le turnover du mucus (environ 2-3 heures) et le risque d'ulcération des muqueuses (ex: gastrique).
Mécanismes de la Bioadhésion/Mucoadhésion
La bioadhésion résulte d'interactions entre les glycoprotéines du mucus et les polymères ou autres substances de la forme pharmaceutique :- Liaisons physico-chimiques : Forces de Van der Waals (VDW) et liaisons hydrogène.
- Interactions ioniques : Entre charges contraires (ex: substances cationiques).
- Interactions physiques : Mouillage et interpénétration des chaînes polymériques avec les glycoprotéines (nécessite un volume libre élevé des polymères et une faible température de transition vitreuse (Tg) pour une mobilité accrue).
Excipients Mucoadhésifs Potentiels
- Les polymères contenant des fonctions -OH, -COOH (en particulier les anioniques).
- Les substances cationiques (chitosane, liposomes cationiques), bien que leur toxicité doive être évaluée.
- Autres systèmes gélifiés, comme les cristaux liquides à base de monooléine ou linoléine en présence d'eau.
Méthodes d'Évaluation de la Mucoadhésion
- Mesure de la force de séparation : La muqueuse est fixée sur le bras d'un appareil, la formulation entre en contact avec elle, et la force nécessaire pour séparer les deux éléments est mesurée.
- Fixation aux mucines : La formulation est mise en contact avec les mucines, puis centrifugée. Les mucines non fixées sont quantifiées (ex: par spectrophotométrie via la base de Schiff).
- Écoulement de la formulation sur la muqueuse : La formulation est déposée sur une muqueuse (nasale ou autre, ex: intestinale). Un liquide (ex: tampon phosphate) est écoulé sur la muqueuse, et le nombre ou le poids de particules récupérées après un temps défini est suivi.
Tableau 5 : Classification de la force d'adhésion au mucus de quelques polymères potentiellement bioadhésifs
| Polymère | F d’adhésion |
|---|---|
| CMC Na | 192,5 ± 12,0 |
| Carbopol | 185,0 ± 10,3 |
| Poly(méthylvinyléther-co-anhydride) maléique | 154,4 ± 7,5 |
| Alginate Na | 147,7 ± 9,7 |
| HPMC | 126,2 ± 4,8 |
| Gélatine | 115,8 ± 5,6 |
| Pectine | 100,0 ± 2,4 |
| PVP, P.M. = 44000 | 77,0 ± 2,4 |
| PEG 6000 | 96,0 ± 7,6 |
Voies d'Administration et Exemples d'Applications
Les formes mucoadhésives sont utilisées pour diverses voies, notamment buccale, nasale, vaginale et rectale.- Application vaginale (action locale) : Disques ou cylindres pour le traitement local du cancer du col de l'utérus.
- Principes actifs : Bléomycine, Fluorouracil.
- Véhicule : Association de Klucel (HPC) et Carbopol 934, permettant une libération lente par diffusion à travers la couche mucilagineuse formée par hydratation des polymères.
- Formes buccales :
- Action locale : Comprimés adhésifs pour le traitement des aphtes (à base de corticoïdes puissants).
- Action systémique : Ex: insuline, avec ou sans promoteur d'absorption.
- Formes pulvérulentes nasales : Destinées à augmenter le temps de séjour du principe actif au niveau de la partie vascularisée de la muqueuse nasale.
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