Chap 10
85 cardsCette note décrit les différents types de capsules (dures, molles), leurs compositions (gélatine, HPMC, glycérine), les procédés de fabrication et de remplissage industriels et d’officine, ainsi que les méthodes d’ajustement de dosage, les phénomènes de mouillage, d’hydrophilisation et d’influence du suc gastrique sur la dissolution, incluant les techniques d’évaluation in vitro et in vivo.
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Les Capsules (Gélules) : Types, Fabrication, Remplissage et Facteurs de Libération
Les capsules, communément appelées gélules, sont des formes pharmaceutiques orales constituées d'une enveloppe contenant une ou plusieurs substances actives (PA) et des excipients. Elles se distinguent principalement en deux catégories : les capsules à enveloppe dure (gélules) et les capsules à enveloppe molle.
1. Types et Composition des Enveloppes
Les capsules se déclinent en deux types principaux, chacun ayant des caractéristiques structurelles et compositionnelles spécifiques.
1.1. Capsules à Enveloppe Dure (Gélules)
Les gélules sont les plus courantes et comportent une enveloppe préfabriquée constituée de deux parties cylindriques ouvertes à une extrémité et dont le fond est hémisphérique. Le principe actif (PA), sous forme solide (poudre, granules, pellets), semi-solide ou liquide, est introduit dans l'une des parties, puis la seconde est emboîtée. Il existe des gélules à fermeture simple ou à fermeture renforcée (ex. : SNAP FIT® ou LOC CAP®).
1.1.1. Composition de l'Enveloppe des Gélules Dures
L'enveloppe des gélules dures est principalement composée de :
- Gélatine : Constitue 85-88% de l'enveloppe. L'eau (12-15%) et le glycérol agissent comme plastifiants, conférant résistance et élasticité à l'enveloppe.
- HPMC (Hydroxypropylméthylcellulose) : Constitue 88-95% de l'enveloppe. L'eau y est présente en moindre proportion (4-6%).
- Autres excipients : Pigments, opacifiants (pour les capsules colorées ou opaques), carraghénanes, KCl, conservateurs, etc.
| Capsules dures ou Gélules | Capsules molles | ||
|---|---|---|---|
| Gélatine | HPMC | ||
| Gélatine | 85-88% | - | |
| Glycérol | - | - | |
| HPMC | - | 88-95% | |
| Eau | 12-15% | 4-6% | |
| Autres | * | * | |
| Pigments / opacifiants | Capsules colorées ou opaques | ||
1.1.2. Avantages des Gélules en HPMC
- Matière première d'origine végétale, ce qui les rend aptes pour les régimes végétariens ou religieux.
- Teneur en eau plus faible, réduisant les risques d'interactions avec les PA hygroscopiques.
- Absence de risque de réticulation (durcissement) due aux résidus de formol, un problème potentiel avec la gélatine.
- Meilleure résistance mécanique et conservation en fonction de l'humidité relative.
1.1.3. Influence des Conditions de Stockage
La stabilité des gélules, en particulier celles à base de gélatine, est fortement influencée par la température et l'humidité.
- À la température ambiante de stockage, le mélange gélatine-eau doit être dans un état "caoutchouteux", c'est-à-dire que la température doit être supérieure à la température de transition vitreuse (Tg) du mélange.
- La Tg représente la transition d'un état rigide et cassant (état vitreux) à un état plus souple (état caoutchouteux) où les macromolécules sont moins rigides. Elle est influencée par la présence de plastifiants comme l'eau et peut être déterminée par des méthodes calorimétriques (DSC) ou thermomécaniques.
- Il est crucial d'éviter la dessiccation des gélules (stockage dans un environnement trop sec, HR < 30%) car cela rend l'enveloppe cassante.
- Inversement, des milieux trop humides peuvent entraîner une prise d'eau excessive, affectant l'intégrité de la gélule et potentiellement la stabilité du PA. La teneur idéale en eau pour les gélules de gélatine est de 12-15%.
- Le remplissage de gélules avec une poudre hygroscopique peut également entraîner une dessiccation de l'enveloppe de gélatine.
1.2. Capsules à Enveloppe Molle
Les capsules molles possèdent une enveloppe plus épaisse et unibloc, offrant des formes variées. Elles sont généralement formées, remplies et fermées au cours d'un même cycle de fabrication, exclusivement en milieu industriel. Les liquides et les semi-solides peuvent être directement encapsulés.
1.2.1. Fabrication des Capsules Molles
Le procédé de fabrication des capsules molles (ex. : procédé Scherer) implique des rouleaux de gélatine-glycérine-eau qui se déroulent, sont déformés par chauffage et découpés. Le remplissage se fait avant le scellage.
- Exemple de spécialité : Avodart® (Dutastéride) dont l'enveloppe contient gélatine, glycérol, dioxyde de titane et oxyde de fer jaune.
2. Fabrication des Gélules Vides
La fabrication des gélules vides est un processus industrialisé rigoureux :
- Préparation des solutions de gélatine : Gélatine, conservateur (ex. : 0.1% de bisulfite de sodium), eau, et pigments/colorants/opacifiants. La viscosité de ces solutions est strictement contrôlée (température 60°C) pour garantir l'épaisseur et les dimensions précises de la paroi de la gélule. Des mesures régulières de la viscosité () sont effectuées avec des réajustements si nécessaire par ajout d'eau.
- Trempage des mandrins : Des mandrins (moules des têtes et des corps) sont trempés dans des solutions de gélatine, souvent séparées pour permettre des colorations différentes.
- Séchage : Les mandrins sont soumis à des mouvements réguliers dans des "tunnels" de séchage. L'évaporation de l'eau forme une enveloppe dure et uniforme.
- Démoulage et Ajustement : Les têtes et corps sont enlevés des mandrins, puis leur longueur est ajustée.
- Assemblage : Les corps et têtes sont réunis (sans verrouillage initial).
- Tri et Contrôle : Un triage mécanique et une séparation grossière sont effectués, suivis d'un passage sur des machines trieuses pour inspection des cotes dimensionnelles.
Les cadences de production sont très élevées, allant de 1.2 à 1.5 million de gélules par machine par 24 heures, sauf pour les très grandes tailles (ex. : n°000, 600.000 / machine / 24h).
3. Remplissage des Gélules
Le remplissage des gélules est un aspect critique qui impacte la dose de PA et la libération du médicament.
3.1. Remplissage des Gélules avec des Poudres
Les forces de compression appliquées lors du remplissage industriel des poudres dans les gélules sont significativement inférieures à celles utilisées pour les comprimés (environ 50-200 N pour les gélules contre 5000-10000 N pour les comprimés). Cela conduit à la formation d'un lit de poudre présentant une porosité élevée.
3.1.1. Volume de Remplissage et Choix des Gélules
Le remplissage est volumétrique, ce qui signifie que la quantité de poudre dépend de sa densité apparente et de ses caractéristiques de tassement.
| Taille gélule | Volume interne (ml) | Capacité remplissage (g) en poudre pour une densité de | |||
|---|---|---|---|---|---|
| 0,6 g/ml | 0,8 g/ml | 1,0 g/ml | 1,2 g/ml | ||
| 000 | 1,37 | 0,822 | 1,096 | 1,370 | 1,644 |
| 00 | 0,91 | 0,546 | 0,760 | 0,910 | 1,092 |
| 0 | 0,68 | 0,408 | 0,544 | 0,680 | 0,816 |
| 1 | 0,50 | 0,300 | 0,400 | 0,500 | 0,600 |
| 2 | 0,37 | 0,222 | 0,296 | 0,370 | 0,444 |
| 3 | 0,30 | 0,180 | 0,240 | 0,300 | 0,360 |
| 4 | 0,21 | 0,126 | 0,168 | 0,210 | 0,252 |
| 5 | 0,13 | 0,078 | 0,104 | 0,130 | 0,156 |
3.1.2. Méthodes de Remplissage en Officine
- Méthode des nomogrammes : Détermination des volumes de poudre à l'aide d'une éprouvette cylindrique graduée avec un léger tassement. Le choix de la taille de gélule est fait en fonction du volume, et un diluant (souvent lactose) est utilisé pour compléter le volume nominal.
- Méthode des cylindres gradués : Utilisation de cylindres gradués spécifiques aux numéros de gélules (de 5 à 000) et aux quantités à fabriquer (20, 60, 100 gélules). Le mélange de poudres est introduit et complété avec du lactose jusqu'à la graduation supérieure après léger tassement. Il est primordial de remplir les gélules après une homogénéisation minutieuse de la poudre pour assurer l'uniformité de la dose.
3.1.3. Remarques sur le Remplissage en Officine
- Le remplissage se fait par écoulement libre et arasement du surplus de poudre.
- Un léger tassement est toléré, mais l'utilisation de tiges de tassement est déconseillée car elle peut excessivement diminuer la porosité du lit de poudre et entraîner une non-uniformité de masse.
- Un surdosage de 5% est recommandé pour les PA faiblement dosés et les triturations à base de corticoïdes, afin de compenser les pertes durant la manipulation (ex. : sur les surfaces mortier/pilon).
- L'uniformité de masse est contrôlée en pesant les gélules pleines, puis vides (après extraction du contenu) pour déterminer la masse du contenu par différence. La masse moyenne est calculée sur 20 unités. Au maximum 2 unités peuvent s'écarter de la masse moyenne d'un pourcentage supérieur à la limite spécifiée, mais aucune unité ne peut s'écarter de plus du double de ce pourcentage.
3.2. Méthodes de Remplissage Industriel des Gélules
Les procédés industriels sont automatisés et plus sophistiqués.
- Principe de l'arasement : Similaire à celui des comprimés, utilisé aussi pour le remplissage des gélules avec des granules ou microbilles.
- Procédé de dosage par vis sans fin : Abandonné car moins précis et plus sujet à la ségrégation des poudres.
- Machines industrielles modernes :
- Orientation et introduction des gélules dans des boîtiers.
- Séparation de la tête du corps de la gélule.
- Remplissage des poudres par bourrage ou compresso-doseur.
- Fermeture et éjection de la gélule.
3.2.1. Remplissage par Bourrage
Le bourrage implique des bourrages successifs de la poudre au niveau d'un disque de dosage, puis sa transmission dans le corps de la gélule. Cela forme progressivement une "carotte" de poudre.
3.2.2. Remplissage par Compresso-doseurs (Dosator)
La quantité de poudre est déterminée par un tube métallique équipé d'un piston de dosage (Dosator). Ce piston exerce une légère compression pour former une carotte de poudre. Ce procédé est légèrement moins rapide mais convient particulièrement bien aux poudres cohésives, minimisant les pertes lors des transferts.
Ces procédés de bourrage et compresso-doseurs ne sont pas adaptés aux granules, pellets ou mini-comprimés, pour lesquels un remplissage volumétrique par écoulement libre ou comptage individuel est préféré.
3.3. Surdosage des Préparations Magistrales (selon le FTM)
- Un surdosage de 5% de la teneur déclarée en principe actif est appliqué pour toutes les préparations unidoses dont la teneur unitaire est inférieure ou égale à 10 mg.
- Si une pesée de PA est inférieure à 100 mg, il faut réaliser une trituration (préparations solides/semi-solides) ou une solution concentrée (préparations liquides), à moins qu'une balance de haute précision ne soit disponible.
- Les triturations ne sont généralement pas surdosées, sauf celles de corticostéroïdes (5% de surdosage).
3.4. Exemples de Formulations Industrielles (Poudres)
- Indocid® capsules : Indométacine 25 ou 50 mg. Contient lactose (diluant hydrophile), lécithine végétale (agent mouillant), silice colloïdale anhydre, stéarate de magnésium. Le PA (indométacine) a une faible hydrophilie, d'où l'ajout d'excipients pour améliorer le mouillage.
- Vibramycine® capsules : Doxycycline hyclate 100 mg. Contient amidon de maïs, lactose, acide alginique, stéarate de magnésium, laurylsulfate de sodium (tensioactif).
4. Facteurs Influant la Libération du PA à Partir des Gélules
La libération du PA à partir d'une gélule est un processus en plusieurs étapes, dont certaines peuvent être limitantes.
4.1. Schéma de la Libération
Ouverture de l'enveloppe : La gélule (gélatine ou HPMC) s'ouvre par décalottage des deux pôles ou par dissolution de l'enveloppe entière. Un cylindre de gélatine entoure alors la poudre. Une bulle d'air peut se former au début.
Pénétration du liquide : Le liquide (ex. : suc gastrique) pénètre dans le cylindre de poudre. Cette étape est cruciale et peut être limitante.
Désagrégation de la masse pulvérulente : Si le mouillage est bon, la masse de poudre se désagrège. Cette étape peut être limitante.
Dissolution du PA : Le PA se dissout dans le liquide. Cette étape peut également être limitante.
Résorption du PA : Le PA dissous est ensuite absorbé par l'organisme.
Les étapes (1), (2) et (3) sont souvent les étapes limitantes.
4.1.1. Équation de Washburn et Pénétration du Liquide
La pénétration de l'eau dans un lit de poudre est décrite par l'équation de Washburn : où :
- = longueur de pénétration du liquide
- = rayon des pores du lit de poudre
- = tension superficielle du liquide
- = angle de mouillage (angle de contact)
- = viscosité du liquide pénétrant
- = temps
La vitesse de pénétration est donc .
La pénétration du liquide dépend fortement des caractéristiques du PA (hydrophilie – lipophilie) et des forces appliquées lors du remplissage des gélules. Un tassement élevé réduit le volume apparent () et la porosité, diminuant ainsi et rendant la pénétration difficile. La présence d'un agent tensioactif peut améliorer la pénétration.
4.1.2. Angle de Mouillage ()
L'angle de mouillage est l'angle formé entre un solide (compact de poudre) et une goutte de liquide déposée à sa surface. Il évalue l'étalement de la goutte et donc le mouillage du solide et la pénétration du liquide.
- Si : est positif. Le mélange est plus ou moins hydrophile, permettant une pénétration rapide du liquide (cas idéal : ).
- Si : . Valeur limite où il n'y a plus de pénétration.
- Si : est négatif. Poudres très hydrophobes, sans mouillage ni pénétration par les liquides aqueux.
| Substance | Angle de Contact () | Substance | Angle de Contact () |
|---|---|---|---|
| Acétaminophène (paracétamol) | 59° | KCl | 21° |
| Allobarbital | 61° | Pentobarbital | 86° |
| Aminophylline | 47° | Phénacétine | 78° |
| Aminopyrine | 60° | Phénobarbital | 70° |
| Amobarbital | 102° | Phénylbutazone | 109° |
| Aprobarbital | 75° | Phtalylsulfathiazole | 48° |
| AAS | 75° | Prednisolone | 43° |
| Barbital | 70° | Prednisone | 63° |
| Benorylate* | 102° | Procaïne | 55° |
| Caféine | 43° | Salicylamide | 70° |
| Chloramphénicol | 59° | Secobarbital | 82° |
| Chloramphénicol palmitate | 125° | NaCl | 28° |
| Diazepam | 83° | Stéarique acide | 98° |
| Digoxine | 49° | Stéarate de Mg | 121° |
| Hexobarbital | 88° | Sulfacétamide | 57° |
| Hydrochlorthiazide | 51° | Sulfadiazine | 71° |
| Indométhacine | 90° | Sulfamérazine | 58° |
| Isoniazide | 49° | Sulfaméthazine | 48° |
| Lactose | 30° | Sulfisoxazole | 57° |
| Lithium carbonate | 50° | Phénytoïne | 102° |
| Méprobamate | 83° | Théophylline | 48° |
| Nitrofurantoïne | 69° | Tolbutamide | 72° |
*AAS + Paracétamol
4.1.3. Exemples Pratiques de l'Influence du Mouillage
- Lactose : Excellent diluant car très hydrophile ().
- Indométhacine : PA hydrophobe (). Nécessite d'hydrophiliser la poudre pour améliorer la libération.
- Stéarate de Magnésium : Excellent lubrifiant et améliore l'écoulement des poudres. Cependant, il est très hydrophobe (). S'il est utilisé à forte concentration (ex. : 5%) ou mélangé trop longtemps, il peut hydrophobiser les particules de PA, réduisant la dissolution. La concentration en lubrifiant est généralement limitée à 1% maximum.
4.2. Hydrophilisation des Poudres
Si la formulation contient des PA hydrophobes, il est nécessaire d'améliorer la pénétration du liquide en :
- Diluant le PA avec des excipients hydrophiles et/ou ajoutant un agent mouillant (pour PA faiblement/moyennement dosés).
- Modifiant les propriétés de surface du PA par hydrophilisation.
4.2.1. Principe de l'Hydrophilisation
L'hydrophilisation modifie les propriétés de surface d'un PA hydrophobe par l'accrochage de molécules d'un polymère hydrophile (HPMC ou MC de faible degré de polymérisation) à la surface des particules de PA (similaire à la granulation humide).
- Mode opératoire : Addition lente d'une solution aqueuse du polymère (3-5% de Methocel E5 ou E15) dans un mélangeur à haute vitesse contenant le PA hydrophobe. Cela assure une bonne dispersion sans formation d'agglomérats.
- Les particules hydrophilisées sont récupérées après séchage et tamisage. Des teneurs de 0.6 - 1% de polymère dans le mélange sec final sont suffisantes pour une couverture efficace.
4.2.2. Effet du Traitement (Hydrophilisation) sur la Pénétration du Liquide
- Cas de la Phénytoïne () : Aucune pénétration d'eau sans traitement, pénétration augmentée avec un tensioactif, et pénétration instantanée après hydrophilisation. L'hydrophilisation réduit significativement le temps de désagrégation (ex. : < 2 min pour la poudre hydrophilisée contre > 15 min sans).
- Cas de l'Hexobarbital () : Effets similaires observés.
4.3. Influence du Suc Gastrique
Le suc gastrique contient naturellement des tensioactifs, ce qui peut influencer la pénétration du liquide dans le lit de poudre, surtout pour les PA hydrophobes. La tension de surface () du suc gastrique est inférieure à celle de l'eau pure ().
| Sujet | Tension de surface () | pH | Viscosité (mPa.s) |
|---|---|---|---|
| A | 41.5 | 5.57 | 78 |
| B | 44.5 | 2.96 | 80 |
| C | 45.1 | 1.90 | 83 |
| D | 53.6 | 1.33 | 73 |
| E | 54.1 | 1.33 | 74 |
| F | 54.8 | 1.30 | 75 |
- Le pH du suc gastrique est généralement entre 1 et 3, sauf en cas d'achlorhydrie (pH élevé).
- Il existe une grande variabilité interindividuelle de la tension de surface, avec deux groupes (γ > ou < ).
- Les essais in vitro avec du suc gastrique de volontaires montrent une pénétration immédiate pour le PA hydrophilisé, mais une mauvaise pénétration pour la poudre non traitée si (sujets D, E, F).
- Cette variabilité interindividuelle peut être simulée dans les tests de dissolution in vitro par l'ajout de tensioactifs (ex. : Polysorbates à 0.05-0.1% pour obtenir une tension de surface entre 40 et ).
5. Évaluation de la Libération du PA
5.1. Dispositifs d'Évaluation de la Pénétration du Liquide In Vitro
- Appareil de Nogami : Un réservoir de liquide aqueux thermostatisé est recouvert d'un disque poreux en verre fritté (G3), en contact avec une pipette graduée. Le compact de poudre est déposé sur le disque, et la diminution du niveau de liquide dans la pipette (ml/min) indique la vitesse de pénétration.
- Dispositif avec nacelle : Un solide dans une nacelle est raccordé à une balance et mis en contact avec un liquide. Le gain de poids enregistré correspond à la pénétration du liquide dans le lit de poudre.
5.2. Évaluation In Vivo par Scintigraphie
Cette méthode permet de visualiser le trajet et la désagrégation de la forme galénique dans le tractus gastro-intestinal (TGI).
- Principe : La forme galénique est marquée par un radioélément émetteur de courte durée de vie (ex. : , t½ ). Les rayons sont captés par une -caméra, convertis en énergie électrique et visualisés sur un oscilloscope.
- Déterminations qualitatives : La désagrégation de la forme correspond à un étalement de la surface d'émission. Pour une gélule de bénorylate non traité (), la surface d'émission ne varie pas, indiquant que la gélule quitte l'estomac sans délitage. Pour un bénorylate traité (), la gélule se désagrège 10-15 min après ingestion, avec une dispersion de la radioactivité.
- Déterminations quantitatives : La radioactivité est mesurée dans une zone d'intérêt englobant la gélule. La diminution de la radioactivité au fil du temps indique le temps de désagrégation.
- Remarques : Les temps de désagrégation in vivo sont généralement plus élevés que ceux in vitro en raison de la plus grande viscosité du suc gastrique (environ 80 mPa.s contre 1 mPa.s pour l'eau) et des conditions d'agitation plus intenses in vitro.
6. Influence de l'Hydrophilisation sur la Biodisponibilité
L'hydrophilisation des PA hydrophobes augmente la pénétration du liquide et la libération du PA, ce qui améliore sa résorption et donc la biodisponibilité.
- Bénorylate : La résorption est très limitée pour le PA hydrophobe, mais significative pour le PA hydrophilisé.
- Phénytoïne : La résorption est toujours meilleure pour le produit hydrophilisé, avec une concentration maximale (Cmax) plus élevée et un temps pour atteindre la concentration maximale (Tmax) plus court. Un temps de latence est observé pour le produit non traité.
- Hexobarbital : La résorption de la forme hydrophilisée est supérieure à celle de la forme hydrophobe. La forme ionisée du PA (sel sodique) présente la meilleure résorption (Cmax plus élevé et Tmax plus court). Les comprimés (obtenus par granulation humide) donnent de meilleurs résultats que les gélules de PA non traité.
6.1. Influence de l'Addition d'un Agent Désintégrant
Les agents désintégrants, qui agissent par gonflement et éclatement de la forme, sont indispensables dans les comprimés. Leur efficacité est cependant plus limitée dans les gélules en raison de leur porosité plus élevée, car ils ont tendance à pousser dans les espaces vides.
- Pour obtenir un effet notable sur le délitage des gélules, il faut augmenter considérablement les teneurs en agent désintégrant (ex. : pour les gélules contre 0.5-2% pour les comprimés avec un super-désintégrant comme l'Ac Di Sol® (CMC Na réticulée)).
- L'attention doit être portée aux teneurs en stéarate de magnésium, car il peut contrecarrer l'effet des désintégrants en hydrophobisant la poudre.
- Exemple : Des comprimés de Triludan® ont été comparés à des gélules contenant de la Terfénadine. Les comprimés broyés et remis en gélules n'avaient pas les mêmes propriétés de dissolution que les comprimés originaux. Cependant, en recomprimant la poudre broyée, les résultats étaient similaires, soulignant l'importance de la compression et de la structure du lit de poudre.
7. Gélules Contenant des Constituants Semi-Solides ou Liquides (Gélules Pâteuses)
Ces gélules contiennent un liquide ou un mélange semi-solide qui se solidifie après remplissage. Le PA peut être dissous ou dispersé dans un véhicule (gras ou hydrophile).
7.1. Applications et Avantages
- Applications :
- Préparations à libération prolongée (rare).
- Protection du PA (substances hygroscopiques, oxydables) et contre les contaminations particulaires.
- Amélioration de la solubilité et/ou de la dissolution des PA peu solubles (dispersion dans des véhicules hydrophiles ou auto-dispersibles, préparation de coprécipités PA-PEG).
- Avantages :
- Pas de dégagement de poussières (réduction des problèmes de contamination croisée).
- Absence de phénomène de démélange (vibrations mécaniques).
- Possibilité d'intégrer des PA ou additifs liquides/semi-solides (tensioactifs).
- Amélioration de la stabilité chimique des PA (meilleure protection contre l'air et l'humidité).
- Utilisation d'excipients qui augmentent la solubilité/dissolution (ex. : SEDDS - Self-Emulsifying Drug Delivery Systems).
7.2. Types de Véhicules Utilisables
- Formulations thixotropes : Consistance liquide obtenue par agitation, permettant le remplissage, puis solidification au repos.
- Formulations thermoplastiques : Forme liquide obtenue à chaud (point de fusion bas pour éviter la dégradation du PA), solidification par refroidissement après remplissage (pas de sédimentation).
- Systèmes mixtes : Combinaison de chauffage et d'agitation.
- Formulations liquides à Température ambiante : Contenant des cosolvants (éthanol, propylène glycol, PEG liquides) ou des mélanges auto-émulsionnables huiles-tensioactifs.
Les températures de remplissage sont souvent de 40-45°C. Les viscosités limites à froid et au repos sont d'environ 100 mPa.s pour éviter les pertes avant scellage. Des viscosifiants (ex. : silice pour formulations huileuses) peuvent être ajoutés.
Remarques : Risque de perte du contenu avant solidification et problèmes d'homogénéité de répartition de la masse dans la gélule, influençant les surfaces de contact avec le milieu de dissolution.
7.3. Exemples d'Excipients pour Gélules Pâteuses
- Corps gras : Huiles végétales (arachide), huiles végétales hydrogénées, cire d'abeille, beurre de cacao.
- PEG (Polyéthylèneglycols) : PEG 200 à 20 000, sous forme liquide, semi-solide ou solide.
- Gelucires® : Mélanges complexes de triglycérides (TG), diglycérides (DG), monoglycérides (MG), diesters de PEG et monoesters de PEG (ex. : Gelucires® 44/14, 50/13, 50/02). La valeur de l'HLB (Hydrophilic-Lipophilic Balance) des excipients permet de moduler la libération du PA.
- Agents viscosifiants : Aerosil, dérivés cellulosiques.
7.4. Fabrication des Gélules Pâteuses
- En officine : Mélange des constituants (PA + excipients), remplissage des gélules à chaud, puis fermeture après solidification.
- En industrie : Utilisation de cuves avec contrôle rigoureux de la température et de l'agitation, équipées de systèmes de dosage pour le remplissage (pompes à liquide).
7.5. Problèmes Liés à l'Utilisation des PEG dans les Gélules
Les polyéthers, tels que les PEG, peuvent se transformer en hydroperoxydes, puis en aldéhydes (formaldéhyde). Une accumulation de formaldéhyde peut provoquer :
- Une réticulation de la gélatine, entraînant une insolubilisation progressive de la paroi gélatineuse dans les liquides de dissolution traditionnels (nécessitant l'ajout d'enzymes protéolytiques pour les tests in vitro, mais sans problème in vivo).
- Une fragilisation de l'enveloppe de gélatine, la rendant cassante.
Solutions : Utiliser un antioxydant ou préférer les gélules en HPMC pour éviter ces problèmes.
Conclusion
Les capsules représentent une forme pharmaceutique polyvalente et largement utilisée, offrant des avantages significatifs en termes de facilité d'administration et de protection des principes actifs. La complexité de leur fabrication et de leur comportement in vivo nécessite une compréhension approfondie des matériaux d'enveloppe, des méthodes de remplissage, et des facteurs influençant la libération et la biodisponibilité des PA. L'innovation continue dans les matériaux et les techniques de formulation permet de surmonter les défis, notamment pour les PA hydrophobes ou sensibles, garantissant ainsi l'efficacité et la sécurité des médicaments.
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