Biotechnologies Médicinales : Concepts Fondamentaux
25 cardsBiotechnologies : Définition, Types et Applications dans le domaine pharmaceutique
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Les Biotechnologies et le Développement des Médicaments : De la Découverte à l'Évaluation Clinique
La biotechnologie, définie par l'OCDE, est l'application des principes scientifiques et de l'ingénierie à la transformation de matériaux par des agents biologiques pour produire des biens ou des services. Elle englobe un ensemble de méthodes utilisant la biologie moléculaire et des organismes vivants pour des transformations ou des synthèses utiles en chimie, agroalimentaire, environnement et pharmacie.
Différenciation entre Biotechnologies Traditionnelles et Contemporaines
Les biotechnologies ont évolué, passant de méthodes traditionnelles à des approches contemporaines, notamment le génie génétique.
- Biotechnologies Traditionnelles :
- Ont permis l'obtention de produits biologiques tels que les antibiotiques, les vitamines, les enzymes, et les préparations antigéniques.
- Ces substances actives (SA) sont issues d'organismes naturellement capables de les produire et ne sont pas issues de l'ADN recombinant.
- Biotechnologies Contemporaines :
- Permettent l'obtention de produits biologiques comme les anticorps monoclonaux, les vaccins et les protéines recombinantes.
- Ces produits sont issus d'organismes génétiquement modifiés par génie génétique, impliquant l'utilisation d'ADN recombinant.
- Actuellement, ce sont ces biotechnologies qui sont majoritairement utilisées.
Impact des Biotechnologies Contemporaines en Pharmacie
L'approbation de la première protéine recombinante, l'insuline, par la FDA en 1982, a marqué un tournant. Aujourd'hui, plus de 500 protéines recombinantes ont obtenu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) par la FDA ou l'EMA. En France, 200 biomédicaments sont en usage, incluant :
- Hormones : insuline, glucagon, hormone de croissance ().
- Cytokines : interférons (), anti-TNF ().
- Facteurs sanguins : , facteurs de coagulation VIII et IX.
- Antigènes vaccinaux : hépatite B, toxine pertussique.
Les anticorps monoclonaux, souvent utilisés dans le traitement des cancers, représenteront plus de 50% des SA obtenant une AMM dans un futur proche.
Avantages par rapport aux procédés traditionnels
Les biotechnologies contemporaines offrent des solutions pour des molécules trop complexes à synthétiser chimiquement (protéines, peptides) et constituent une alternative plus sûre et plus intéressante.
- Hormone de croissance : Avant les biotechnologies, elle était extraite de l'hypophyse de cadavres, ce qui a conduit au développement de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, causant de nombreux décès en raison d'un manque de précautions lors de l'extraction et de la purification.
- Insuline : Autrefois extraite du pancréas de porc, elle pouvait provoquer de graves réactions allergiques et des contaminations.
Le génie génétique garantit des critères de qualité, sécurité et efficacité supérieurs, faisant des origines biotechnologiques une alternative plus sûre.
Processus de Production d'une Protéine Recombinante
La production d'une substance active d'origine biotechnologique en laboratoire suit un processus rigoureux en plusieurs étapes.
1. Sélection de l'organisme et identification du gène
- Sélection d'un organisme où la protéine d'intérêt est naturellement exprimée.
- Identification du gène codant pour cette protéine.
- Utilisation d'enzymes de restriction pour isoler le fragment d'ADN correspondant.
2. Insertion dans un vecteur d'expression
- Le gène isolé est inséré dans un vecteur (plasmide ou virus). Les vecteurs peuvent être sauvages (naturels) ou synthétiques (entièrement développés par l'Homme).
- Ces vecteurs, une fois le gène intégré, sont nommés «vecteurs d'expression».
- Ils sont choisis pour une expression forte et souvent constitutive du gène d'intérêt, assurant une synthèse continue de la protéine.
3. Intégration dans un organisme hôte génétiquement modifié
Le vecteur d'expression est intégré dans un organisme hôte, qui devient ainsi génétiquement modifié. Le choix de l'hôte dépend des besoins spécifiques de la protéine :
- Bactéries (ex: Escherichia coli, Bacillus) :
- Produisent l'insuline, les interférons, les interleukines.
- Production intracellulaire, nécessitant le broyage des bactéries pour récupérer la protéine.
- Levures (ex: Saccharomyces cerevisiae, Pichia pastoris) :
- Produisent l'insuline, l'antigène de surface de l'hépatite B, l'albumine sérique humaine.
- Production intracellulaire et extracellulaire.
- Cellules d'insectes (ex: Spodoptera frugiperda) :
- Nombreuses voies de recherche (interférons, interleukines), mais pas de produit commercialisé.
- Production intracellulaire et extracellulaire.
- Cellules de mammifères ou humaines (ex: CHO, BHK, HeLa) :
- Les plus utilisées en biotechnologie.
- Produisent des facteurs de coagulation, l', des anticorps monoclonaux.
- Production intracellulaire et extracellulaire.
- Plantes transgéniques (ex: tabac, colzas) :
- Uniquement pour la recherche (lipase, interférons, facteurs de croissance, hémoglobine, lactoferrine).
- Production via fruits, feuilles ou plants entiers.
- Animaux transgéniques (ex: lapins, chèvres) :
- Produisent l'antithrombine humaine III. Le lapin est l'animal le plus intéressant (reproduction rapide, rendement élevé, faible coût).
- Le lait est le mode de production le plus facile et moins traumatisant.
Facteurs de choix du système de production
Aucun système n'est idéal. Le choix dépend de plusieurs critères :
- Pathologie et nombre de patients à traiter.
- Quantité de protéines recombinantes souhaitée.
- Activité biologique requise (nécessité de modifications post-traductionnelles).
- Localisation de la protéine (intra- ou extracellulaire).
- Coût global du procédé (les bactéries/levures sont peu coûteuses, les animaux transgéniques sont très onéreux).
Phases Industrielles de Production des Biomédicaments
La production industrielle des substances actives d'origine biotechnologique se divise en trois étapes principales :
1. Phase de production (Upstream) - Valable pour organismes unicellulaires
- Multiplication de l'organisme hôte : Utilisation de bioréacteurs (cuves agitées avec milieu nutritif).
- Conventionnels : Cuves en inox, 50 à 25 000 L, réutilisées après nettoyage (long et coûteux).
- À usage unique : Cuves ou poches en plastique, 50 à 2000 L, non réutilisées, minimisant les coûts de nettoyage et augmentant le nombre de productions.
- Paramètres de suivi : Température, pH, oxygène dissous, vitesse d'agitation, asepsie, concentrations en glucose, lactate, glutamine, aération. Ces paramètres sont cruciaux pour la croissance cellulaire et la production protéique. Le processus peut durer jusqu'à 3 semaines.
- Procédés de culture :
- Batch : Tous les éléments nutritifs sont apportés au début.
- Fed-batch : (le plus utilisé) Les éléments sont ajoutés au fur et à mesure de la multiplication, prolongeant la production et augmentant la quantité de cellules.
- Perfusion : (en étude) Le volume de suspension est maintenu constant par renouvellement continu ou périodique, permettant d'allonger le temps et d'augmenter les quantités.
- Récolte cellulaire ou clarification primaire : Séparer les cellules du surnageant selon la localisation de la protéine.
- Intracellulaire : Centrifugation des organismes hôtes pour les concentrer, suivie d'une lyse cellulaire (avec un homogénéisateur haute pression) pour libérer la protéine.
- Extracellulaire : Récolte du surnageant après centrifugation.
2. Phase de séparation, d'extraction et de purification (Downstream)
Cette phase vise à éliminer les contaminants et à concentrer la protéine d'intérêt, souvent comparée à un «entonnoir» :
- Capture : Très rapide après centrifugation pour éliminer la majorité des protéases, évitant la dégradation de la protéine et la concentrant.
- Purification intermédiaire : Élimination de la majeure partie des impuretés restantes (endotoxines, virus) et réduction du volume.
- Polissage : Élimination des contaminants à l'état de trace, des substances apparentées (polymères, fragments, formes mal repliées), concentration accrue et ajustement du milieu pour la mise en forme galénique.
3. Mise en forme galénique (pour les injectables)
Après l'élimination virale et la filtration stérilisante, la protéine recombinante est formulée. Les produits biotechnologiques contemporains sont exclusivement administrés par voie parentérale (injectable) car la voie orale dégraderait la protéine rapidement.
- Propriétés requises :
- Stériles : Sans micro-organismes.
- Apyrogènes : Ne provoquant pas de fièvre.
- Isotoniques : Pression osmotique entre 240 et 320 .
- pH proche de la neutralité : Proche de 7.
- Excipients utilisés :
- Solvant : Eau pour préparation injectable (PPI) - OBLIGATOIRE.
- Co-solvants : (alcools, propylène glycols, polysorbate) pour favoriser la dissolution.
- Ajusteurs de pH : (acide chlorhydrique, soude, acide citrique).
- Ajusteurs de l'osmolarité : (mannitol, chlorure de sodium, glycine) pour l'isotonicité.
- Conservateurs : (benzoate de benzyle, alcool benzylique) pour les préparations multidoses.
Exemples pour identifier une SA d'origine biotechnologique :
- Métoprolol tartrate (comprimé sécable) : Non biotechnologique. Voie orale, absence d'excipients parentéraux (pas d'eau PPI).
- Époétine (solution injectable) : Oui biotechnologique. Injectable (voie parentérale), SA est une protéine (EPO), présence d'excipients parentéraux (Eau PPI, Polysorbate 80).
- Lactobacillus casei rhamnosus (gélule) : Non biotechnologique. Pas de modification génétique, voie orale, excipients non injectables.
Drug Discovery : Découverte et Conception de Médicaments
Le cheminement vers un nouveau médicament est long et complexe. Le chimiste joue un rôle fondamental dans l'identification de la molécule active ou substance active (), responsable de l'activité pharmacologique. Ce processus, appelé Drug Discovery, est itératif et comprend plusieurs étapes :
- 1. Identification de HITS : Petites molécules de départ prometteuses.
- 2. Optimisation en LEADS : Les hits sont améliorés pour leurs capacités biologiques, physiques et pharmaceutiques.
- 3. Optimisation en CANDIDATS CLINIQUES : Les leads sont affinés pour leur puissance, sécurité et propriétés. Ils sont testés in vivo.
- 4. CANDIDAT MÉDICAMENT : Développement de formulation et synthèse.
- 5. MÉDICAMENT : Après essais cliniques réussis et approbation réglementaire.
Historique de la découverte médicamenteuse
- Antiquité au 19ème Siècle : Traitement par préparations végétales brutes, suivies d'extraits plus ou moins purs, puis isolement des molécules actives. L'ethnopharmacologie étudie encore ces savoirs et pratiques traditionnels.
- Début 2ème millénaire : Prise de conscience qu'un ingrédient spécifique était responsable de l'activité, menant à des préparations végétales semi-pures et standardisées, et la publication de pharmacopées.
- Progrès en chimie (fin 19ème Siècle) : Isolement de composés purs et élucidation des structures chimiques.
- Exemples : Morphine (Papaver somniferum), Quinine (Cinchona), Colchicine (Colchicum automnale), Éphédrine (Ephedra sinica), Acide Salicylique (Salix alba).
- Les alcaloïdes (contenant C, H, N, basiques et activité biologique marquée) sont essentiels. La morphine fut le 1er alcaloïde isolé en 1806 par Sertürner.
Hémisynthèse et Synthèse Totale
- Composés hémisynthétiques : Molécules dérivées d'un produit naturel ayant subi une modification chimique en quelques étapes.
- Exemple : L'acide acétylsalicylique (aspirine), obtenu par acétylation de l'acide salicylique (issu de la salicine). L'aspirine a réduit l'amertume et la toxicité de l'acide salicylique tout en conservant ses propriétés antipyrétiques et antalgiques.
- Synthèse Totale (à partir de molécules simples) :
- Intérêts : Plus rapide, moins cher, résultats plus réguliers, plus écologique, grandes quantités.
- Les molécules obtenues par synthèse totale sont identiques aux molécules naturelles (stéréochimie incluse).
- Permet l'accès à de nouveaux analogues (non naturels) et à des isomères optiques.
- Exemples de premières molécules synthétiques : Arsphenamine (Salvarsan) pour la syphilis, Sulfanilamide comme antibactérien.
Identification et analyse structurale
- Avant 1900 : Identification par apparence et propriétés physico-chimiques simples (point de fusion).
- Après 1900 : Progrès en purification (chromatographie) et sources diverses (bactéries, champignons, composés marins).
- Développement des méthodes spectroscopiques (IR, RMN, Masse) permettant de déterminer rapidement des structures complexes (ex: Taxol en 1-2 ans, contre 20 ans pour la morphine).
Cibles médicamenteuses et mécanismes d'action
Les SA interagissent avec des cibles macromoléculaires spécifiques. Les trois classes principales de cibles sont les enzymes, les récepteurs et les acides nucléiques (ADN, ARN).
- Hypothèse de la serrure et de la clé (Fisher, 1907) : Explique l'interaction entre un substrat et une enzyme, ou une SA et son récepteur (ex: morphine sur son récepteur morphinique).
- Visualisation de l'interaction SA-enzyme par : cristallographie aux rayons X, spectroscopie RMN, cryo-microscopie électronique.
- Compréhension des bases moléculaires des pathologies a conduit au développement de médicaments agissant sur des mécanismes biochimiques spécifiques, vers une médecine de précision.
Sérendipité et reconversion de médicaments
La sérendipité est le don de faire des découvertes heureuses par hasard. Pasteur : «Le hasard ne favorise que les esprits préparés».
- Médicaments reconvertis : Des molécules testées pour une indication voient des effets inattendus mais bénéfiques, parfois plus intéressants que l'objectif initial.
- Exemples :
- Minoxidil : Initialement vasodilatateur pour hypertension, effet indésirable de pilosité excessive reconverti en traitement de l'alopécie.
- Sildénafil (Viagra®) : Initialement pour l'angor, découvert efficace contre les troubles de l'érection.
- Exemples :
- Découverte de la Pénicilline (Fleming, 1928) : Observation accidentelle d'une moisissure (Penicillium notatum) inhibant la croissance des staphylocoques. Re ASA par Florey et Chain en 1939.
Molécules issues du milieu naturel et développement d'analogues
Les plantes restent une source majeure :
- Éphédrine : Utilisée comme stimulant, a conduit au Méthylphénidate (traitement ) en conservant le squelette.
- Morphine : A inspiré la Méthadone, avec ressemblance 3D (cycle aromatique, chaîne carbonée, amine tertiaire conservés).
- Paclitaxel (Taxol) : Extrait de l'if du Pacifique (Taxus brevifolia), agent anticancéreux. Son faible rendement a poussé au développement du Docétaxel à partir des aiguilles de l'if européen (Taxus baccata) par hémisynthèse par l'équipe de Pierre Potier, offrant une molécule plus active et sans déforestation.
- Microorganismes : Recherches sur la pénicilline G ont mené aux pénicillines hémisynthétiques avec de meilleures caractéristiques (voie orale, résistance aux , spectre élargi).
- Animaux supérieurs : Le Ziconotide, analogue synthétique d'un du venin d'escargot marin, est utilisé pour les douleurs intenses.
Approche basée sur les ligands endogènes
Les progrès dans la compréhension des mécanismes physiologiques ont mis en lumière les ligands endogènes (molécules naturelles) comme point de départ pour la conception de médicaments.
- Agonistes : Effet identique au ligand endogène.
- Antagonistes : Effet inverse en bloquant le récepteur.
- Exemples :
- Histamine/ : Produit la Cimétidine, un antagoniste anti-ulcéreux.
- Sérotonine/ : Produit le Sumatriptan, un agoniste anti-migraineux.
Composés bioactifs connus
Approche basée sur des composés déjà décrits dans la littérature pour une activité biologique donnée.
- Exemple : L'Azidothymidine (AZT), développée en 1960 pour le cancer (inefficace), a montré une activité contre le rétrovirus murin en 1974. Avec l'identification du VIH comme rétrovirus dans les années 1980, l'AZT a obtenu l'AMM en 1987 pour le traitement du VIH.
Criblage de Molécules (Screening)
Le criblage est un processus essentiel qui permet de tester de vastes collections de molécules pour identifier celles ayant une activité biologique d'intérêt. Les méthodes modernes utilisent des technologies avancées pour accélérer ce processus.
Stratégies de criblage
Historiquement, le criblage était individuel (test phénotypique, long). Aujourd'hui, les progrès en biochimie, biologie moléculaire, imagerie et informatique ont mené à des capacités de criblage rapide via la robotique et le calcul.
Une bonne compréhension des bases moléculaires des maladies a orienté la recherche vers des composés à activité biologique spécifique. Cela implique le criblage de bibliothèques de composés souvent synthétiques, avec un nombre très élevé de molécules testées simultanément (des centaines à un million), dont la majorité sont inactives.
- Bibliothèques de composés : Composées de molécules synthétisées précédemment ou conservées. Elles proviennent des industries ou universités. Elles permettent de découvrir des hits ou médicaments, mais les chances de succès sont faibles (1/10 000 en moyenne).
- Exemple : Le Gabapentine, un intermédiaire de synthèse (1979) ajouté à une bibliothèque, a été identifié comme anticonvulsivant via un screening phénotypique et commercialisé en 1996.
Bibliothèques combinatoires et synthèse orientée vers la diversité
Combinent les bibliothèques existantes à un grand nombre de composés synthétiques. Elles sont caractérisées par leur diversité chimique.
- Synthèse combinatoire : Développée pour la synthèse peptidique, elle combine systématiquement des blocs chimiques de manière sélective et répétitive pour générer simultanément de grandes quantités de composés.
- Avantages : Diminue le coût et le délai de recherche.
- Inconvénient : Choix restreint des éléments chimiques de base.
Intelligence Artificielle Générative (IA Générative)
Révolutionne la conception de médicaments, un processus traditionnellement long (plus de 12 ans), coûteux ( milliards de dollars) et avec de nombreux échecs.
- L' générative rend le processus plus rapide et moins coûteux, notamment durant la phase de conception.
- Elle peut :
- Prédire des cibles potentielles et des interactions médicament-cible.
- Générer de nouveaux composés et optimiser des existantes.
- Identifier de nouvelles indications thérapeutiques ou prédire des interactions médicamenteuses dangereuses.
Méthodes de screening (Criblage)
Le criblage est l'analyse quasi simultanée d'une collection de petites molécules.
- Criblage Haut Débit (HTS - High Throughput Screening) :
- Tests in vitro miniaturisés, robotisés sur microplaques.
- Débits moyen, élevé ou ultra-élevé.
- Échantillons testés aléatoirement ou de manière ciblée.
- Nombreuses méthodes de détection rapides et efficaces (ex: Test d'Intensité de Fluorescence (FLINT)).
- Avantages : Criblage rapide, molécules de entre 300 et 600 , détection de composés très actifs ().
- Inconvénients : Taux élevé de faux positifs.
- Criblage par la méthode des fragments (FBDD - Fragment-Based Drug Design) :
- Apparu fin des années 1990, criblage de molécules organiques de très faible masse moléculaire ().
- Ces «molécules fragments» se lient spécifiquement, même si leur activité est modeste ().
- L'optimisation se fait par combinaison de fragments liés à différents sites.
- Avantages : Évite un grand nombre de faux positifs en identifiant des composés qui se lient directement à une cible protéique spécifique.
- Inconvénients : Hits peu puissants, charge de travail de synthèse importante pour l'optimisation (longueur, position, structure optimale du linker).
- Criblage virtuel (in silico) :
- Apparu début des années 1990, utilise des calculs et modèles informatiques (silicium des ordinateurs).
- Analyse par ordinateur et prédiction de l'activité.
- Avantages : Bibliothèques virtuelles de millions de composés (PubChem, DrugBank), criblage rapide, coût réduit.
- Inconvénients : Tests en laboratoire toujours nécessaires pour confirmer l'activité.
- Types de criblage virtuel :
- Basé sur la structure : Connaissance de la structure de la protéine cible et de son ligand (cristallographie, RMN). Utilise le docking (ajustement de composés dans le site de liaison).
- Avantages : Méthode peu coûteuse, criblage rapide.
- Inconvénients : Taux élevé de faux positifs, composés virtuels pas toujours disponibles.
- Basé sur le ligand : Appliqué lorsque la structure de la cible n'est pas connue mais que des ligands le sont. La structure du ligand est décrite par ses propriétés (taille, polarité, liaisons H, hydrophobicité) pour identifier des composés similaires.
- Basé sur la structure : Connaissance de la structure de la protéine cible et de son ligand (cristallographie, RMN). Utilise le docking (ajustement de composés dans le site de liaison).
Du Hit au Lead et Optimisation
Le processus hit-to-lead caractérise et hiérarchise les hits validés pour ne conserver que ceux qui sont susceptibles d'être améliorés vers un lead.
- Lead : Un composé efficace (), sélectif pour une cible biologique, avec des RSA définies, et des propriétés physiques/pharmaceutiques appropriées (solubilité, perméabilité).
- L'optimisation du lead débute par des tests in vitro, puis in vivo (modèle animal), menant à un candidat clinique testé chez l'homme.
Affinité et interactions médicament-cible
L'optimisation de l'activité biologique est cruciale. Une forte affinité pour la cible et une faible affinité pour d'autres cibles améliorent la sélectivité et la sécurité.
- L'affinité est mesurée par la constante de dissociation . Plus le est petit, plus l'interaction médicament/protéine est forte.
- Les médicaments se lient par des interactions de faibles énergies (ex: Salbutamol- adrénergique).
- Parfois, les interactions sont covalentes (ex: Aspirine-).
Stéréochimie
L'organisation tridimensionnelle des substituants est essentielle pour l'interaction médicament-cible.
- Scénarios d'énantiomères :
- Même activité.
- Eutomère : Plus actif. Distomère : Moins actif.
- Un actif, l'autre inactif (ex: Escitalopram (S), 167 fois plus actif que (R)).
- Spectres d'activité différents (ex: Méthylphénidate (R,R) pour , (S,S) comme antidépresseur).
- Un toxique (ex: Thalidomide (R) sédatif, (S) tératogène (phocomélie)), retiré du marché après le scandale.
Relations Structure-Activité (RSA)
Les RSA permettent de comprendre comment une modification structurale affecte l'activité biologique. Elles sont utilisées pour optimiser le lead en modifiant des groupes fonctionnels et en mesurant l'impact sur l'activité.
- Exemple vulgarisé : «cuisiner» la molécule en ajoutant ou retirant des «ingrédients» (fonctions chimiques) pour améliorer le «goût» (activité).
Modélisation QSAR (Relations Quantitative Structure-Activité)
Permet de relier quantitativement les propriétés physico-chimiques d'une molécule à son activité biologique.
- Objectifs : Comprendre les RSA, améliorer l'activité, prédire l'activité avant synthèse.
- Principe : Synthétiser les molécules dont l'activité est prédite par le modèle QSAR.
- L'activité biologique est souvent exprimée par (C étant la concentration minimale pour une réponse biologique).
Paramètres Physico-chimiques
Les propriétés clés incluent :
- Lipophilie : Affinité pour les lipides ou milieu apolaire. Importante pour le passage des membranes et l'interaction avec la cible.
- Mesurée par le coefficient de partage P (distribution dans n-octanol/eau). positif = lipophile, négatif = hydrophile.
- Une relation parabolique lie la lipophilie à l'activité biologique : un log(P) optimal est nécessaire pour une activité maximale.
- Optimisation : Si logP est faible (polaire) → éliminer/remplacer fonctions polaires ou incorporer groupes hydrophobes. Si logP trop élevé → introduire hétéroatomes (O, N, F).
- pKa et Ionisation : L'ionisation de la SA dépend du pH du milieu et du pKa de la substance.
- Forme ionisée = hydrosoluble (hydrophile).
- Forme non ionisée = non hydrosoluble (hydrophobe).
- Une substance acide est non ionisée à pH acide et ionisée à pH basique.
- Une substance basique est non ionisée à pH basique et ionisée à pH acide.
- Importance du pKa pour prévoir le comportement de la SA dans l'organisme.
- Solubilité aqueuse : Quantité de composé qui se dissout dans l'eau. Fondamentale pour la pharmacocinétique et la formulation.
- Facteurs clés : Polarité de la molécule (introduction de groupes polaires, formation de sels) et l'énergie du réseau cristallin.
- Solubilité idéale entre 100 et ( entre 0,5 et 3,5).
Propriétés Pharmaceutiques (ADME et Biodisponibilité)
L'aptitude d'un composé à atteindre le flux sanguin ou un organe cible dépend de ses propriétés pharmaceutiques, évaluées par les études : Absorption, Distribution, Métabolisme, Élimination. L'état physique du composé (cristaux non hygroscopiques et stables) est également crucial.
Biodisponibilité Orale ()
Fraction du médicament administré qui atteint la circulation générale. Une biodisponibilité élevée permet d'administrer une faible dose, réduire les effets hors cibles, simplifier la formulation et réduire le coût en SA.
Pour être efficace par voie orale, un médicament doit :
- Survivre à l'environnement acide du tractus gastro-intestinal.
- Pénétrer les membranes.
- Ne pas subir un métabolisme hépatique trop rapide.
Règles de Lipinski et Veber
- Règle des 5 de Lipinski (1997) : Pour prédire la biodisponibilité. Un composé ne doit pas avoir plus de deux critères non respectés.
- Poids Moléculaire .
- donneurs de liaison Hydrogène ( ou ).
- accepteurs de liaison Hydrogène (, ou ).
- .
- Règle des 3 (version modifiée pour fragments) :
- PM .
- donneurs de liaison H.
- accepteurs de liaisons H.
- .
- Règles de Veber : Intègrent la flexibilité moléculaire et la surface polaire.
Pharmacologie : Pharmacocinétique et Pharmacodynamie
La pharmacologie est l'étude des interactions entre une substance active et l'organisme, dans un but thérapeutique. Elle se compose de deux aspects majeurs :
1. Pharmacocinétique : Ce que l'organisme fait au médicament (LADME-R)
Étudie le devenir du médicament depuis son entrée jusqu'à sa sortie de l'organisme. Elle permet d'optimiser la thérapeutique, définir la posologie, diminuer la toxicité et augmenter l'efficacité. Le système décrit les 5 phases :
- Libération : Solubilisation de la SA. Varie selon la forme pharmaceutique (instantanée, rapide, modifiée, prolongée). Pas de libération pour les solutions.
- Absorption : Passage à travers les membranes pour atteindre la circulation sanguine. Nécessaire pour les voies extravasculaires.
- Distribution : Transport dans la circulation systémique vers les tissus et organes cibles.
- Métabolisation : Transformations biochimiques pour rendre les métabolites plus hydrosolubles et faciliter leur élimination.
- Élimination : Disparition du médicament (inchangé et/ou ses métabolites) de l'organisme par excrétion.
Détails des Phases Pharmacocinétiques
A. Libération
- Seule la voie intraveineuse () ne nécessite ni libération ni absorption.
- Les autres voies (IM, SC, orale, etc.) nécessitent une étape de libération.
- La vitesse de libération dépend de la forme pharmaceutique (solutions, poudres, comprimés, gélules).
B. Absorption
Le passage transmembranaire des SA se fait par différentes voies :
- Paracellulaire : Entre les jonctions serrées.
- Transcellulaire : À travers la cellule, avec ou sans transporteur.
Comparaison des transports transcellulaires :
| TRANSPORT PASSIF | TRANSPORT ACTIF | |
| Diffusion simple (à travers les lipides directement) | Diffusion facilitée (nécessite des transporteurs) | |
| ✓ Procédé majeur pour SA solubilisées lipophiles et non ionisées. | ✓ Nécessite de l'énergie (). | |
| ✓ Fonction de la masse molaire. | ✓ Va contre un gradient de concentration. | |
| ✓ Dans le sens du gradient de concentration (du + au - concentré). | ✓ Spécificité structurelle et spatiale. | |
| ✓ Non spécifique, non saturable, pas de compétition. | ✓ Compétition, saturable, dépend de l'affinité pour bicouche lipidique. | |
| ✓ Vitesse directement proportionnelle à la surface et au gradient. | ||
| ✓ Vitesse inversement proportionnelle à l'épaisseur de la membrane. |
C. Distribution
La SA peut être sous forme libre (active) ou liée aux protéines plasmatiques (réserve, réversible, spécifique, rapide, saturable, compétition). L'équilibre est crucial car la compétition peut libérer trop de , provoquant un danger.
Deux types de distribution successifs :
- Vasculaire : Traversée de la cellule par la SA présente dans le sang.
- Tissulaire : Concerne les molécules liposolubles et non ionisées qui traversent les membranes lipido-protéiques. La liposolubilité est donc fonction de la distribution, et inversement.
D. Métabolisation (Biotransformations)
Principalement hépatique (CYP450) et pulmonaire, visant à rendre les métabolites plus hydrosolubles pour faciliter l'élimination (rénale).
- Phases de métabolisation :
- Phase 1 : Fonctionnalisation (avec ) - OBLIGATOIRE. Peut suffire.
- Phase 2 : Conjugaison - NON OBLIGATOIRE (si la Phase 1 n'a pas suffi).
- Phase 3 : Transport - Le produit est sorti de la cellule et éliminé.
- Une molécule polaire/hydrosoluble est facile à éliminer. Une apolaire/liposoluble est difficile.
E. Élimination
Disparition du médicament sous forme inchangée et/ou ses métabolites.
- Voies principales :
- Rénale : () Substances hydrosolubles.
- Biliaire (gastro-intestinale) : Molécules de PM élevé.
- Pulmonaire : Composés volatils (alcool, anesthésiques).
- Autres : Lait maternel, salive, peau (sueur), phanères, larmes.
2. Pharmacodynamie : Les effets du médicament sur l'organisme
Décrit l'action, le site d'activité et le mécanisme d'action des médicaments.
Demi-vie ()
Temps nécessaire pour éliminer 50% de la quantité initiale d'une SA. Caractéristique de la SA, indépendante de la voie d'administration, de la forme galénique et de la dose.
- 5 à 7 demi-vies sont nécessaires pour la disparition de la SA.
- La demi-vie détermine la fréquence des prises.
- Elle ne peut être modifiée qu'en modifiant la physiologie de l'organisme.
Toxicologie et Éthique dans le Développement des Médicaments
Le développement de médicaments, bien que visant des bénéfices thérapeutiques, comporte toujours des risques (effets indésirables à dose thérapeutique, toxicité à dose supra-thérapeutique).
Ratio Bénéfices/Risques
Pour l'AMM, le ratio B/R doit être favorable et dépend de la pathologie traitée. Pour les cancers (maladies graves), des risques importants sont acceptables. Pour les maladies bénignes, la tolérance aux risques est faible.
Exemples d'accidents historiques :
- Thalidomide : Sédative/anti-nauséeuse chez la femme enceinte, mais tératogène (phocomélie). Aujourd'hui utilisée pour maladies hématologiques.
- Diéthylstilbestrol : Pour fausses couches, mais cause malformations et cancers gynécologiques dans la descendance (10-15 ans plus tard). Toujours utilisé pour le cancer de la prostate.
- Cisapride : Contre le reflux gastro-œsophagien, mais retiré car allongeant l'intervalle et provoquant des troubles du rythme cardiaque (morts subites).
Évaluation de la Toxicité
Les études de toxicité reposent sur l'exposition d'animaux (petits groupes, fortes doses) pour évaluer un risque chez l'homme (grands groupes, faibles doses). L'objectif n'est pas de montrer qu'une molécule est sans danger, mais de définir sa marge de sécurité et son ratio B/R.
- Risque = Danger x Exposition.
- Le danger est évalué chez l'animal.
- L'exposition est évaluée par la dose reçue chez l'homme ou l'animal.
- Cadre réglementaire strict : Tests fiables et reproductibles, guidés par l'ICH et l'OCDE.
- Démarche éthique (Règle des 3 R) :
- Replace : Remplacer les animaux par modèles in vitro ou in silico.
- Reduce : Réduire le nombre d'animaux.
- Refine : Affiner les tests pour plus de pertinence.
Limites des Études sur Animaux
- Facteur de variabilité animalier : Les espèces ne sont pas sensibles de la même manière aux xénobiotiques (ex: Thalidomide tératogène chez le lapin, pas chez le rat/souris).
- Conditions d'expérimentation : Voie d'administration, stabulation, stress animal.
- Extrapolation des doses : Les animaux métabolisent plus rapidement, supportent des doses (mg/kg) bien plus importantes que l'homme. La dose totale administrée à l'humain est plus importante.
Types d'Études Précliniques
Réalisées in vivo (animal), in vitro (cultures cellulaires) ou in silico (modélisation).
- Génotoxicité : Étude systématique explorant les modifications permanentes des caractères héréditaires (mutations géniques, chromosomiques, génomiques). Détecte les risques de cancer (cellules somatiques) ou d'anomalies congénitales (cellules germinales).
- Tests obligatoires : test d'Ames (bactéries), dommages chromosomiques/mutations géniques (cellules eucaryotes), dommages chromosomiques (animal in vivo).
- Toxicité après administration unique/répétée : Évalue le profil toxicologique (organes touchés, réversibilité, délai, relation dose/effet) et détermine le NOAEL (No Observed Adverse Effect Level).
- Toxicocinétique : Devenir de la molécule chez l'animal à dose toxique, incluant le métabolisme et les métabolites toxiques.
- Pharmacologie de sécurité : Évalue les effets indésirables à dose thérapeutique.
- Tolérance locale et phototoxicité : Recherche du profil irritant, corrosif, ou hypersensibilité à la lumière.
- Reprotoxicité : Évalue l'impact sur la reproduction (comportement à l'accouplement, embryons/fœtus, périnatalité, atteintes tardives de la descendance).
- Segment 1 : Fertilité (gamétogenèse, nidation).
- Segment 2 : Tératogènes (embryogenèse et fœtogenèse, rongeurs et non-rongeurs).
- Segment 3 : Péri et postnatalité (parturition, lactation, croissance).
- Immunotoxicité : Toxicité sur le système immunitaire.
- Carcinogénicité : Profil cancérigène pour traitements de longue durée.
Ces études protègent les participants aux essais cliniques (avant ) et tous les patients exposés au médicament (après ).
Développement Clinique du Médicament
Le développement clinique, d'une durée moyenne de 10 ans, fait suite aux études précliniques et s'inscrit dans un cadre réglementaire et éthique strict. Il vise à évaluer la toxicité, la dose efficace minimale, les effets indésirables et l'efficacité de la molécule chez l'homme.
Cadre Réglementaire et Éthique
- Code de Nuremberg (1947) : Premier texte encadrant l'expérimentation humaine.
- Déclaration d'Helsinki (1964) : Document officiel de l'Association Médicale Mondiale, base des comités d'éthique.
- Lois Françaises et Européennes : Bonnes pratiques cliniques (1987), loi sur la recherche biomédicale (1988), directives européennes (2001), loi Jardé (2012, appliquée 2016).
Acteurs de la Recherche Biomédicale
- Promoteur : Personne physique ou morale à l'initiative du projet. Assure les aspects administratifs, financiers, la gestion et la souscription d'assurance. Engage sa responsabilité civile.
- Investigateur : Personne physique (médecin) dirigeant et surveillant la recherche.
- Personnes se prêtant à la recherche : Volontaires sains ou malades. Affiliés à l'assurance maladie, bénéficient d'un examen médical préalable et donnent un consentement libre et éclairé révocable.
- ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) : Autorité compétente en France. Surveille les essais cliniques, assure la sécurité des participants, la qualité des produits, et la bonne conduite des essais. Le promoteur notifie les effets indésirables graves/inattendus à l'ANSM.
- CPP (Comité de Protection des Personnes) : Indépendant des équipes de recherche, un par région. Leur avis favorable est obligatoire.
- Rôles : Délivrent un avis éthique sur le projet (information des participants, évaluation du B/R), et jouent un rôle dans la pharmacovigilance de l'essai.
- CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) : Veille à la protection des données personnelles.
- CEREES (Comité d'Expertise pour la Recherche, les Études et les Évaluations dans le domaine de la Santé) : Expertise sur le plan méthodologique des études n'impliquant pas la personne humaine.
Phases de Développement Clinique (4 phases)
Chaque phase a ses objectifs et caractéristiques, avec un nombre croissant de patients.
Phase I : Premières Administrations chez l'Humain
Après validation des études précliniques. Études sur la tolérance, la pharmacocinétique et la pharmacodynamie.
- Objectifs :
- Tolérance : Doses maximales tolérées, nature des effets indésirables, impact sur paramètres vitaux/biologiques.
- Pharmacocinétique : Biodisponibilité, volume de distribution, , , , linéarité PK, variabilités inter/intra-individuelles, métabolisme, voies d'élimination.
- Pharmacodynamie : Seuil des doses, relation dose/effet, délai et durée de réponse, évolution de la réponse après administrations répétées.
- Lieu : Structures spécialisées (agrément ministériel), personnel formé.
- Participants : Généralement 20 volontaires sains (95% des cas) avec critères d'inclusion stricts. Parfois des patients pathologiques (5% des cas, si toxicité prévisible ou échec thérapeutique).
- Études :
- Toxicité aiguë : Doses uniques progressives pour identifier les EI et la plage de dose sûre.
- Toxicité cumulative à court terme : Doses répétées sur 7 à 10 jours, surveillance biologique étroite et prolongée.
Phase II : Thérapeutique Exploratoire
Premières administrations à des sujets malades pour prouver l'efficacité pharmacologique. Réalisées en milieu hospitalier ( patients).
- Objectifs :
- Mise en évidence d'une activité thérapeutique.
- Évaluation de la tolérance (doses maximales tolérées chez malades).
- Profil pharmacocinétique (influencé par la pathologie).
- Étude des relations concentration/effet.
- Phase IIa (exploratoire) : Petits groupes (100-200) homogènes, surveillance étroite.
- Phase IIb (confirmatoire) : Détermime les doses optimales (B/R). Étude pivot, essais contrôlés, double aveugle, randomisés. Durée suffisante, schémas complexes.
Phase III : Thérapeutique de Confirmation
Études pivots pour l'obtention de l'AMM. Évaluent l'efficacité par rapport à une thérapeutique de référence ou placebo, sur de grands groupes de patients (centaines/milliers).
- Objectifs :
- Prouver l'efficacité sans hasard ou biais.
- Positionner le médicament par rapport à l'arsenal thérapeutique existant.
- Méthodologie : Essais contrôlés, longue durée (si traitement chronique), multicentriques.
- Participants : Centaines/milliers de patients aux caractéristiques variées, suivis en milieu hospitalier.
Phase IV : Après Mise sur le Marché
Ces essais ont lieu après l'AMM et corrigent les limites des phases précédentes (les "5 Trop" : nombre restreint de patients, trop simples, trop de patients d'âge "moyen", trop "étroits", durée trop courte).
- Objectifs :
- Étude "en vie réelle" de l'efficacité et tolérance.
- Dépistage d'effets indésirables rares mais graves (agranulocytose, syndrome de Lyell, hépatite cytolytique).
- Optimiser l'utilisation (rythme, durée).
- Évaluation médico-économique (coût-efficacité, coût-utilité, coût-bénéfice).
- Déceler de nouvelles indications.
- Méthodologie : Études en ouvert, non contrôlées, sur toute la population traitée (plusieurs dizaines de milliers), toutes posologies et galéniques.
Pharmacovigilance et Plans de Gestion des Risques (PGR)
- Pharmacovigilance : Surveillance de la sécurité du médicament pendant TOUTE sa vie. Basée sur la notification spontanée des effets indésirables par les soignants ou patients.
- PGR : Dispositif de pharmacovigilance renforcé pour les nouvelles SA, celles à risque identifié, ou en cas de modifications significatives du médicament.
Placébo et Effets Associés
Le placébo est une substance inerte dépourvue d'activité pharmacologique spécifique mais présentée comme efficace. Son antonyme est le verum (produit actif).
Types de Placébo
- Placébo "pur" : Inerte et neutre (ex: eau).
- Placébo "impur" : Possède des propriétés pharmacodynamiques sans lien avec la pathologie, dose infra-thérapeutique, substance d'efficacité non prouvée scientifiquement (ex: homéopathie), ou temporalité incohérente (antidépresseurs).
Effets Placébo et Nocébo
- Effet Placébo : Effet positif produit par la prescription d'un médicament ou la prise d'une substance inerte. Il est présent dans tout acte médical (). Bien que d'origine psychologique, ses effets sur la santé sont réels (baisse de tension, diminution de la douleur).
- Effet Nocébo : Apparition d'effets indésirables ou aggravation d'une pathologie après administration d'une substance. C'est l'inverse de l'effet placébo.
Facteurs influençant l'Effet Placébo
- Modalités thérapeutiques (ex: injection > comprimé).
- Facteurs psychologiques (attente du patient).
- Qualité de la relation médecin-malade (confiance).
- Certains facteurs (sexe, niveau intellectuel, âge) n'ont pas d'influence.
Utilisation des Placébos en Recherche Clinique
Les placébos sont essentiels dans les essais cliniques contrôlés en double aveugle pour :
- Évaluer la réelle efficacité du verum en retirant l'effet placébo et l'évolution naturelle de la pathologie.
- Si les résultats des groupes placébo et verum sont similaires, le médicament est inefficace.
- L'utilisation d'un placébo doit être validée par le (pour les malades, ne pas traiter un groupe est éthiquement discutable).
Conception et Méthodologie des Essais Cliniques
Le programme de développement clinique confronte des hypothèses thérapeutiques à des observations cliniques. Le protocole est le plan expérimental de l'étude, il définit l'objectif (principal et secondaires), le critère de jugement, le déroulement de l'essai, la méthodologie d'analyses statistiques et les critères d'inclusion/exclusion des patients.
Sélection des Patients
- Groupes homogènes pour réduire la variabilité et augmenter la sensibilité statistique.
- Groupes représentatifs de la population cible pour l'extrapolation des résultats.
- Définition des critères d'inclusion et de non-inclusion précis.
Nombre de Sujets
Calculé avant l'essai et inscrit au protocole, il tient compte de 5 critères :
- Objectif de l'essai (plus petite différence d'efficacité à détecter).
- Variabilité du critère de jugement principal.
- Puissance de l'essai.
- Risque alpha (faux positifs).
- Plan expérimental et statistique.
Méthodes de Comparaison
L'efficacité et la tolérance sont validées par comparaison à un produit de référence ou un placébo, grâce à :
- Randomisation : Attribution aléatoire des traitements.
- Double aveugle : Ni patient ni médecin ne connaissent le traitement attribué, pour éviter les biais.
Plans Expérimentaux
- Groupes parallèles : Les sujets sont aléatoirement divisés en groupes, chacun recevant une molécule (A, B, placébo) pendant toute l'étude.
- Avantages : Simplicité d'organisation et d'analyse.
- Inconvénients : Variabilité interindividuelle, risque de groupes non comparables.
- Permutations croisées (crossover) : Chaque sujet est son propre témoin. Les groupes reçoivent alternativement le traitement A ou B sur deux périodes. Une période de wash-out (fenêtre thérapeutique sans traitement) est incluse entre les périodes pour éviter les interférences.
- Avantages : Efface la variabilité interindividuelle, diminue la taille de l'échantillon.
- Inconvénients : Organisation complexe, inapplicable pour pathologies évolutives rapides ou traitements curatifs, durée d'étude prolongée, incertitudes sur les effets rémanents, risque de biais si les patients détectent le changement de traitement.
Critère de Jugement
Indicateur unique, objectif, direct, reproductible, validé, sensible et spécifique, dont la mesure permet de tirer les conclusions sur l'efficacité. Il peut être clinique (morbidité, mortalité, qualité de vie) ou intermédiaire (paramètre biologique, électrophysiologique, imagerie).
Collecte et Analyse des Données
- Déclarations obligatoires : Effets indésirables graves, déviations au protocole, perdus de vue.
- Cahiers d'observation () : Pour le recueil des données.
- Analyses statistiques :
- Per Protocole () : Inclut uniquement les patients ayant suivi le protocole.
- En Intention De Traiter () : Inclut l'ensemble de la population, y compris les sortis d'étude ou avec mauvaise observance.
- Analyses en sous-groupes possibles si prévues pour affiner l'effet du médicament dans des situations spécifiques.
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