Approches structuralistes et sémiologiques

58 cards

Analyse des théories de Saussure, Jakobson et Barthes sur la linguistique, la communication et la sémiologie, incluant les concepts de signe, fonctions linguistiques et connotations.

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Review
Question
Qui a fondé le « cercle linguistique de Prague » (Source 8) ?
Answer
Roman Jakobson, linguiste russe émigré, a fondé le « cercle linguistique de Prague ».
Question
Qu'est-ce que l'approche américaine de l'information selon la Source 1 ?
Answer
Elle se concentre sur la quantification de l'information et les signaux codés, sans considérer la signification.
Question
Comment l'Europe analyse-t-elle le langage, selon la Source 1 ?
Answer
L'Europe analyse le langage comme un support de sens produit par l'arrangement des signes.
Question
Qu'est-ce que la linguistique structurale a étudié initialement (Source 1) ?
Answer
Elle s'est intéressée à la structure du langage et à la signification, sans la communication.
Question
Quel était l'intérêt principal de l'approche mécaniste de la langue (Source 1) ?
Answer
Elle considérait la langue comme une structure logique capable de produire du sens, indépendamment des locuteurs.
Question
Qui est Ferdinand de Saussure, selon la Source 2 ?
Answer
Ferdinand de Saussure est un linguiste suisse, fondateur de l'approche structuraliste, n'ayant jamais rien écrit directement.
Question
Qu'est-ce qu'un signifiant d'après Ferdinand de Saussure (Source 3) ?
Answer
Un signifiant est une image acoustique, un son, la dimension matérielle d'un mot.
Question
Quelle est l'attitude oblique des classes populaires face aux médias (Source 23) ?
Answer
L'attitude oblique caractérise une attention rapide et superficielle aux messages médiatiques.
Question
Quelle est la définition d'un signifié selon la Source 3 ?
Answer
Un signifié est un concept, la dimension immatérielle associée à un son.
Question
Qu'est-ce qu'un signe selon la Source 4 ?
Answer
Un signe est un rapport arbitraire entre un signifiant (son) et un signifié (concept).
Question
Pourquoi le rapport entre signifiant et signifié est-il arbitraire (Source 4) ?
Answer
Ce rapport est arbitraire car c'est une convention sociale, sans lien naturel entre le son et l'idée.
Question
Dans quel cas un signifiant peut-il ressembler à un signifié (Source 5) ?
Answer
Un signifiant peut ressembler à un signifié dans le cas des onomatopées (ex: boum, splash).
Question
Quelle est la différence entre la langue et la parole, selon la Source 6 ?
Answer
La langue est une institution sociale et un ensemble de signes, tandis que la parole est un acte individuel.
Question
Quelles sont les caractéristiques d'une approche mécaniste de la communication (Source 7) ?
Answer
Elle se focalise sur le code (la langue), est linéaire et atomistique, sans intérêt pour les sujets ou le contexte.
Question
Quelle est la fonction expressive selon le schéma de Jakobson (Source 8) ?
Answer
La fonction expressive caractérise le message centré sur l'émetteur, exprimant ses émotions et pensées.
Question
Quand la fonction référentielle est-elle utilisée (Source 8) ?
Answer
La fonction référentielle est utilisée pour communiquer sur un sujet ou un objet, en donnant des informations sur le contexte.
Question
Quel est le but de la fonction conative en communication (Source 9) ?
Answer
La fonction conative vise à agir sur le destinataire pour lui faire adopter un comportement ou une action.
Question
Quand la fonction poétique est-elle mise en œuvre (Source 9) ?
Answer
La fonction poétique est mise en œuvre lorsque le message met l'accent sur sa propre forme et son esthétisme.
Question
Quel est l'objectif de la fonction phatique (Source 9) ?
Answer
La fonction phatique cherche à établir, maintenir ou rompre le contact entre les interlocuteurs, sans forte information.
Question
Quand la fonction méta-linguistique est-elle dominante (Source 9) ?
Answer
La fonction méta-linguistique est dominante lorsque la communication porte sur le code lui-même (ex: parler de la langue).
Question
Quel conseil peut-on donner en se basant sur Jakobson (Source 14) ?
Answer
Analyser la situation de communication, cibler la fonction linguistique principale du message.
Question
Quelle est la racine du storytelling, selon la Source 15 ?
Answer
La racine du storytelling est l'anthropologie structurale et l'intérêt pour les mythes sociaux.
Question
Quel est l'intérêt de Claude Lévi-Strauss concernant les mythes (Source 16) ?
Answer
Il s'intéresse aux structures et aux mythes universels qui sous-tendent les sociétés humaines.
Question
Qu'est-ce qu'une fonction des personnages selon Vladimir Propp (Source 17) ?
Answer
Une fonction est une action significative d'un personnage dans l'intrigue, limitée en nombre et à l'ordre constant.
Question
Combien de fonctions des personnages Propp a-t-il identifiées (Source 17) ?
Answer
Propp a identifié un nombre limité de fonctions, soit 31, qui se succèdent toujours dans le même ordre.
Question
Donnez un exemple de fonction de la « séquence préparatoire » (Source 18).
Answer
L'Absence ou l'Éloignement du héros est un exemple de fonction de la séquence préparatoire.
Question
Donnez un exemple de rôle type selon Propp (Source 19).
Answer
L'Agresseur, qui produit le méfait et combat le héros, est un exemple de rôle type.
Question
Quels sont les trois axes fondamentaux de chaque récit selon Greimas (Source 19) ?
Answer
Les trois axes fondamentaux de chaque récit sont la transmission (connaissance), le pouvoir et le vouloir.
Question
Qu'est-ce que « la coopération interprétative » d'après Umberto Eco (Source 20) ?
Answer
C'est l'activité du lecteur qui donne du sens au texte en remplissant les non-dits et implicites.
Question
Comment le lecteur construit-il un « monde possible » (Source 21) ?
Answer
Le lecteur construit un « monde possible » en mobilisant ses connaissances et son imagination à partir des traces de l'auteur.
Question
Quelle est l'une des limites de la théorie d'Umberto Eco (Source 22) ?
Answer
Eco soulève la question de la multiplicité des lecteurs et des interprétations possibles d'un texte.
Question
Qu'est-ce que la « intelligence collective » (Source 47) ?
Answer
C'est l'importance des interactions sociales, la consommation comme un processus collectif et une source de pouvoir médiatique.
Question
Qu'est-ce que la consommation nonchalante selon Richard Hoggart (Source 23) ?
Answer
C'est le plaisir de consommer les médias tout en gardant une distance critique, évitant l'identification forte.
Question
Quel est un usage structural de la télévision selon James Lull (Source 24) ?
Answer
Un usage structural de la télévision est d'organiser la vie quotidienne en régulant le temps partagé ou les conversations.
Question
Comment la télévision peut-elle faciliter la communication familiale (Source 25) ?
Answer
Elle peut fournir des éléments pour illustrer des expériences, introduire des conversations difficiles ou développer une culture familiale.
Question
Selon Edgar Morin, qu'est-ce que l'organisation (Source 26) ?
Answer
L'organisation est l'agencement des relations entre les composants qui produit un système.
Question
Quels étaient les déclencheurs de la rumeur d'Orléans (Source 27) ?
Answer
Un article de magazine et le lancement d'un rayon de vêtements pour jeunes femmes furent les déclencheurs initiaux.
Question
Décrivez un élément du « échafaudage mythologique » de la rumeur d'Orléans (Source 30).
Answer
Un élément était le fantasme de la traite des Blanches ou la piqûre hypnotique dans les cabines d'essayage.
Question
Quel est le principe de l'école de Palo Alto concernant la communication (Source 32) ?
Answer
L'école de Palo Alto estime que la communication est la clé et l'explication de tous les comportements humains.
Question
Que signifie « On ne peut pas ne pas communiquer » (Source 33) ?
Answer
Cela signifie que tout comportement, ou son absence, a une valeur de message dans une interaction.
Question
Quelle est la distinction entre contenu et relation dans la communication (Source 33) ?
Answer
Le contenu est ce qui est dit, tandis que la relation est la manière dont le message est interprété, englobant le contenu.
Question
Comment les acteurs de la communication « ponctuent »-ils les séquences (Source 33) ?
Answer
Ils ponctuent le flux de la communication pour interpréter leurs échanges, chaque comportement induisant l'autre.
Question
Quelle est la différence entre communication analogique et digitale (Source 34) ?
Answer
L'analogique communique par ressemblances (non-verbal), le digital par conventions (mots, écrits).
Question
Qu'est-ce qu'une interaction symétrique (Source 34) ?
Answer
Une interaction symétrique se fonde sur l'égalité où les partenaires minimisent les différences et agissent en miroir.
Question
Quel est le conseil de l'école de Palo Alto concernant la relation (Source 36) ?
Answer
Il faut soigner la relation en fonction de l'interlocuteur, en s'identifiant (symétrique) ou en marquant la différence (complémentaire).
Question
Quelle est la différence entre un énoncé et une énonciation (Source 37) ?
Answer
L'énoncé est le contenu dit, l'énonciation est la manière de le dire et le contexte de la production.
Question
Comment repérer les traces de l'énonciation dans un énoncé (Source 37) ?
Answer
Les déictiques (pronoms personnels, adverbes spatiaux/temporels) sont des mots dont le sens dépend de la situation d'énonciation.
Question
Quelle est la différence entre un discours et une histoire selon Benveniste (Source 38) ?
Answer
Le discours contient des embrayeurs qui situent l'échange, tandis que l'histoire évoque des faits indépendants, sans marques d'adresse.
Question
Quel est le but d'un énoncé performatif (Source 39) ?
Answer
Un énoncé performatif sert à agir, à accomplir un acte par le fait même de le dire (ex: « Je vous parie »).
Question
Qu'est-ce que l'inférence en communication (Source 39) ?
Answer
L'inférence est une association d'idées qui permet de compléter le sens implicite d'un message, au-delà des mots.
Question
Quel est l'objet d'étude de l'anthropologie de la communication (Source 42) ?
Answer
Elle étudie les actes de communication en situation sociale et culturelle, ainsi que les règles, rites et symboles.
Question
Quel est l'apport de Ray Birdwhistell à l'anthropologie de la communication (Source 42) ?
Answer
Il a analysé les systèmes de communication non verbale, comme les rituels amoureux, et les règles sociales associées.
Question
Quelle était la différence culturelle dans l'approche amoureuse (UK vs USA) étudiée par Birdwhistell (Source 43) ?
Answer
Au Royaume-Uni, un baiser était une étape avancée, tandis qu'aux USA, c'était un début de conquête.
Question
Qu'est-ce que le transmédia storytelling (Source 46) ?
Answer
C'est un processus où des éléments d'une fiction sont dispersés sur diverses plateformes pour une expérience coordonnée.
Question
Qu'est-ce que la « culture participative » dans la convergence médiatique (Source 47) ?
Answer
C'est lorsque les usagers sont actifs, à la fois producteurs et consommateurs interagissant avec les médias.
Question
Qui est le « pro-sumer » (Source 48) ?
Answer
C'est un individu qui est à la fois producteur et consommateur de médias, souvent un fan actif.
Question
Quelle est l'une des limites des études sur les fans (Source 49) ?
Answer
Ces études idéalisent un public hyperactif, alors que les fans ne représentent pas le grand public et subissent des barrières.
Question
Pourquoi étudier les SIC (Sciences de l'Information et de la Communication) (Source 50) ?
Answer
Pour penser de manière critique la communication et les médias, et développer une expertise interdisciplinaire face aux idées reçues.

Sémiotique et Narration : De la Langue aux Récits Complexes

La sémiotique est la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale. Elle s'intéresse à la manière dont le sens est construit et interprété, qu'il s'agisse de signes linguistiques ou non-linguistiques. Cette discipline est essentielle pour comprendre la communication sous toutes ses formes.

Ferdinand de Saussure et la Linguistique Structurale

Ferdinand de Saussure, linguiste suisse, est considéré comme le père de la linguistique structurale, puis de la sémiologie. Son approche, bien que n'ayant jamais été publiée directement par lui (ses étudiants l'ont fait), a révolutionné la compréhension de la langue.

  • Contexte Historique :
    • Aux USA, l'information était quantifiée et basée sur des signaux codés, sans intérêt pour la signification.
    • En Europe, l'analyse de la langue visait à comprendre le sens produit par l'arrangement des signes.
  • Approche Structuraliste :
    • Décrire les relations et les unités de base d'un système, comme le langage.
    • Initialement, peu d'intérêt pour l'utilisation concrète de la langue ou le contexte. La langue était vue comme une structure logique, indépendante de son utilisation.
    • Progressivement, cette approche a évolué vers des questions de communication.
  • Le Circuit de la Parole (Schéma Mécaniste) :
    • Décrit un processus linéaire, même entre deux humains, où la communication se fait "de bouche à oreille". Saussure s'intéresse à la langue comme un code.
    • Le signe linguistique est une association entre :
      • Signifiant : La dimension matérielle (image acoustique, son).
        • Exemple : Le son "arbre", "chien", "bonheur".
      • Signifié : La dimension immatérielle (le concept, la pensée).
        • Exemple : L'idée d'arbre, de chien, ou de bonheur que le son évoque.
    • Arbitraire du signe : Le rapport entre signifiant et signifié est une pure convention. Il n'y a pas de lien "naturel" ou objectif.
      • Exemple : "chien", "dog", "Inu" désignent tous le même concept par des signifiants différents. Il s'agit d'un accord collectif au sein d'une société donnée.
    • La Langue et la Parole :
      • Langue : Une institution sociale, l'ensemble des signes et des règles.
      • Parole : L'acte individuel d'utiliser la langue pour s'exprimer.
    • Limites de l'Approche Structuraliste :
      • Pas d'intérêt pour les sujets parlants ou la parole en contexte.
      • Peu d'intérêt pour l'interaction et la relation.
      • La langue est vue comme un système "fermé".

Roman Jakobson et les Fonctions du Langage

Roman Jakobson, linguiste russe et fondateur du "cercle linguistique de Prague", a prolongé l'approche structuraliste, tout en prenant ses distances avec la coupure radicale entre langue et parole.

  • Intérêt pour l'Utilisation du Langage : Jakobson s'intéresse au langage comme moyen d'expression personnelle et comme instrument d'action sur autrui.
    • Communiquer n'est pas seulement transmettre des informations, c'est aussi agir ou inciter à agir.
    • Exemple : Dire "il y a trop de bruit dans l'auditoire" n'est pas qu'une information, c'est une invitation à se taire.
  • La Communication Réciproque : Il insiste sur les relations qui s'établissent entre le locuteur et l'auditeur. Un acte de parole implique un message et quatre éléments clés : l'émetteur, le receveur, le thème (référent) et le code. Le message requiert un contact pour maintenir la communication.
  • Schéma de Jakobson (1963) : Décrit six fonctions linguistiques pour caractériser la communication, chacune centrée sur un élément du processus communicatif.
    Fonction Élément Centré Description Exemples
    Expressive / Emotive Destinateur Expression de l'attitude, de la personnalité, des pensées du locuteur. "C'est joli !", "Je pense que..."
    Référentielle Contexte Transmettre des informations objectives sur le monde. "Bruxelles est la capitale de la Belgique", "Il est midi."
    Conative Destinataire Cherche à influencer le destinataire, à lui faire adopter un comportement. "Garde à vous !", "Silence en auditoire !"
    Poétique Message Met l'accent sur la forme du message, son esthétique. Extraits littéraires (Zola, Germinal)
    Phatique Contact Établir, maintenir ou interrompre le contact communicationnel. "Allô ?", "Comment ça va ?", "Quel temps !"
    Méta-linguistique Code Utiliser le langage pour parler du langage lui-même. "Que voulez-vous dire ?"
  • Apports de Jakobson :
    • La communication est réciproque, incluant sujets, contact et contexte.
    • Le langage est un moyen d'action.
    • Prend en compte la relation, l'esthétique et les intentions.

Roland Barthes et la Sémiologie de la Signification

Roland Barthes, un sémiologue français, a étendu la sémiologie de Saussure en s'intéressant non seulement aux signes linguistiques mais aussi aux signes non-linguistiques, intentionnels ou non, qui composent notre culture.

  • La Sémiologie comme Science des Signes Sociaux : Il vise à débusquer les "sens seconds" et l'idéologie sous-jacente à tout objet social, ce qu'il appelle les "mythologies".
    • Exemple : Une voiture, une coupe de cheveux racontent des choses sur nous, sur notre culture.
  • Dénotation et Connotation : Barthes distingue deux niveaux de signification.
    • Dénotation : Le sens littéral, objectif, universellement perçu.
      • Exemple : Rouge dénote "une couleur".
    • Connotation : Le sens subjectif, culturel, émotionnel, qui s'ajoute à la dénotation.
      • Exemple : Rouge connote "passion, sang, amour, interdiction".
  • Applications dans la Publicité : Les publicitaires jouent sur les connotations pour vendre des produits.
    • Exemple : La bouteille d'Evian dénote "montagne, blanc, bleu, dégradé", mais connote "pureté, nature".
    • Exemple : La bouteille de Contrex dénote "corps de femme, représentation mince, rose", mais connote "beauté, minceur".
  • Conseil pratique : Lors de la communication, il est crucial de considérer non seulement le sens littéral (dénotation), mais aussi les sens implicites et culturels (connotations) qui peuvent être transmis.

Le Storytelling et les Modèles Sémiotiques des Récits

Le storytelling (narration) est un processus fondamental dans l'évolution humaine, basé sur l'anthropologie structurale et l'étude des mythes.

  • Claude Lévi-Strauss : S'intéresse aux mythes et contes populaires, cherchant les structures universelles qui se ressemblent à travers le monde. Il identifie des éléments invariants et inconscients qui structurent les sociétés humaines. Les mythes apportent des réponses aux angoisses existentielles.
  • Récits Média : Aujourd'hui, les médias construisent les récits organisateurs de la société, rendant le storytelling un outil puissant, mais à manier avec prudence. Les frontières entre réalité, mise en récit et fiction sont complexes.
  • Modèles Sémiotiques des Récits :
    • Vladimir Propp (1928) - La morphologie du conte :
      • Analyse des contes merveilleux russes pour identifier des structures récurrentes.
      • Il a identifié 31 "fonctions des personnages" qui se succèdent toujours dans le même ordre, quel que soit le conte.
        • Exemples de fonctions : Éloignement, Interdiction, Transgression, Demande d'aide, Combat, Victoire, Mariage.
      • Ces fonctions peuvent être regroupées en trois séquences : préparatoire, d'action, et de retour à l'ordre/récompense.
      • Il a également identifié 7 rôles types : Agresseur, Donateur, Auxiliaire magique, Objet de quête, Mandateur, Héros, Faux Héros.
    • Algirdas Julien Greimas (1966) - Schéma actanciel :
      • Un modèle généraliste pour analyser la structure de tout récit, basé sur six "actants" (rôles sémantiques thématiques) :
        • Sujet (Héros) : Qui agit.
        • Objet (Quête) : Ce que le sujet cherche à atteindre.
        • Destinateur (Mandateur) : Qui motive le sujet.
        • Destinataire (Bénéficiaire) : Pour qui l'action est menée.
        • Adjuvant : Aide le sujet.
        • Opposant : Fait obstacle au sujet.
      • Chaque récit passe par trois axes fondamentaux : transmission (connaissance), pouvoir (apparition du méchant), vouloir (persévérance du héros).
    • Critiques des Modèles (Propp et Greimas) :
      • Apports : Progrès significatifs pour l'étude des récits, approche descriptive systématique.
      • Limites : Peu d'intérêt pour les acteurs concrets (auteurs, lecteurs), analyse du récit comme un objet linguistique "clos", mécaniste.

Umberto Eco et la Coopération Interprétative

Umberto Eco, dans son œuvre "Lector in fabula" (1979), a déplacé l'attention de l'analyse du texte vers l'analyse de la lecture, soulignant le rôle actif du lecteur dans la construction du sens.

  • Le Texte Paresseux : Le texte est un "mécanisme paresseux" qui exige un "travail coopératif acharné" du lecteur pour "remplir les espaces non-dits ou de déjà-dits".
  • La Coopération Interprétative :
    • Un texte est "virtuel", offrant une série d'opportunités et de contraintes interprétatives organisées par l'auteur.
    • Il est truffé de blancs, de trous, d'implicites que le lecteur doit combler.
    • Exemple : "Jean entra dans la pièce. 'Tu es revenu alors !', s'exclama Marie, radieuse." Le lecteur infère que Jean et Marie sont humains, que Jean était parti, que Marie est surprise et contente de son retour.
  • Rôle du Lecteur :
    • Actif, il ne fait pas que décoder, il participe à l'activation des interprétations en mobilisant son imagination et en formulant des hypothèses.
    • Construit un "monde possible" basé sur les traces de l'auteur et sa propre expérience, ainsi que sa "mémoire collective partagée" (codes culturels).
  • Rôle de l'Auteur : L'auteur organise les traces pour orienter l'interprétation, en prévoyant un "lecteur modèle" capable d'interpréter le texte comme souhaité.
  • Limites selon Eco : Il reconnaît qu'il existe toujours une multiplicité de lecteurs et d'interprétations. Le lecteur peut sur-interpréter, sous-interpréter ou produire des interprétations nouvelles.
  • Conseils pratiques : Ne pas chercher à tout contrôler dans la communication. Il y a une marge d'interprétation de la part du récepteur. Il faut être attentif à cette coopération interprétative.

Les Cultural Studies et la Réception des Médias

Les Cultural Studies s'intéressent aux hiérarchies culturelles et à la réception des médias, notamment par les classes populaires.

  • Richard Hoggart (1957) - The Use of Literacy :
    • Les médias n'ont pas un pouvoir radical sur la culture populaire. Leurs exhortations se heurtent à la culture du groupe (intérêts, styles de vie, codes sociaux).
    • Les effets médiatiques sont des "glissements subtils".
    • Il y a une "résistance" des classes populaires, caractérisée par une méfiance vis-à-vis des médias de masse.
    • Attitude oblique : Le public n'est pas toujours attentif, l'exposition est souvent rapide et superficielle.
    • Consommation nonchalante : Le plaisir se mêle à une prise de distance, empêchant une identification forte.
  • James Lull (1980) - "The Social Use of Television" : Étudie comment la télévision s'insère dans la vie quotidienne.
    • Usages structurels : La télévision organise la vie quotidienne (bruit de fond, régulation du temps).
    • Facilitation de la communication : Permet d'illustrer des expériences, d'introduire des conversations difficiles.
    • Affiliation et évitement : Prétexte de contact ou d'évitement au sein de la famille.
    • Apprentissage social : Fournit des modèles de comportement et aide à la prise de décision.
    • Compétence et pouvoir : Renforce les rôles sociaux, permet d'affirmer son autorité.
  • Conclusions : Le public est actif, transforme les médias avec ses connaissances et idéologies. La réception est un processus de négociation et de co-construction du sens, souvent collectif.

Edgar Morin et la Rumeur d'Orléans

Edgar Morin, sociologue et philosophe, a étudié le concept d'organisation et de système, particulièrement en lien avec la communication.

  • L'Organisation Active : L'organisation est l'agencement des relations entre les composants d'un système qui lui donne sa cohérence. La communication est capitale pour comprendre ces systèmes.
  • L'Affaire d'Orléans (1969) : Étude d'une rumeur antisémite selon laquelle des commerçants juifs enlevaient des jeunes filles dans des cabines d'essayage.
    • Origine : Un article de magazine, le lancement d'un rayon de vêtements modernes.
    • Propagation : Commence dans la jeunesse féminine, puis se propage dans le monde adulte, amplifiée par des éléments comme les "souterrains" imaginaires, l'achat de la police, etc.
    • Mécanismes : La rumeur est nourrie par des phraséologies comme "Certifié de source sûre" ou "pas de fumée sans feu".
    • Interprétation : La rumeur révèle des fantasmes (traite des Blanches, piqûre hypnotique), un antisémitisme latent, et une inquiétude face à la modernité, l'émancipation féminine.
  • Leçons : Le public est actif, transformant les médias avec ses connaissances, expériences et idéologies. La réception est un processus de négociation et de co-construction du sens, souvent influencé par des cadres d'interprétation collectifs.

L'École de Palo Alto et la Communication Interpersonnelle

L'École de Palo Alto, groupe de chercheurs interdisciplinaires fondé par Gregory Bateson dans les années 1950, a révolutionné l'analyse de la communication interpersonnelle, en la liant à la psychiatrie.

  • Démarche Systémique : La communication est un objet complexe où de nombreux composants sont en relation et évoluent constamment.
  • Idée Centrale : La communication est la clé de tous les comportements humains, la "matrice dans laquelle sont enchâssées toutes les activités humaines".
  • Objectif : Développer une théorie, une méthode de changement et une pratique thérapeutique pour les troubles psychiques, vus comme des perturbations de la communication.
  • Hypothèses Essentielles :
    1. L'essence de la communication réside dans les processus relationnels et interactionnels.
    2. Tout comportement humain a une valeur communicative.
    3. Les troubles psychiques sont des perturbations de la communication.
  • Grands Propos de "Une Logique de la Communication" (1967) par Paul Watzlawick :
    1. "On ne peut pas ne pas communiquer" : Tout comportement est un message, même l'absence d'activité ou le silence.
    2. Contenu et Relation : Toute communication présente un aspect "contenu" (ce qui est dit) et un aspect "relation" (comment c'est dit et ce que cela implique sur la relation). La relation englobe le contenu et est une métacommunication.
      • Exemple : Un cours apprécié est perçu comme plus intéressant.
    3. Ponctuation de la Séquence d'Événements : La communication est un processus circulaire. Les interlocuteurs "ponctuent" le flux de communication pour interpréter les échanges, chacun ayant tendance à attribuer l'origine du problème à l'autre.
      • La communication n'a ni début ni fin.
    4. Communication Analogique et Digitale :
      • Analogique : Basée sur des ressemblances (dessins, gestes, non-verbal). Repose sur le contexte et joue sur la relation.
      • Digitale : Basée sur des conventions (mots écrits ou parlés). Abstraite et complexe.
      • L'humain est la seule espèce à utiliser les deux modes.
    5. Interaction Symétrique et Complémentaire :
      • Symétrique : Les partenaires minimisent les différences, agissent en miroir ("œil pour œil").
      • Complémentaire : Les partenaires maximisent les différences (une personne est en position haute, l'autre en position basse).
  • Apports et Limites :
    • Apports : Vision de la communication comme système, interprétation comme co-production, analyse de situations réelles, prise en compte du contexte.
    • Limites : Fortement orientée vers la thérapie, focalisation sur les individus et la communication interindividuelle, moins sur l'espace social plus large ou la communication médiatique.
  • Conseils pratiques : Adapter sa communication (minimiser ou maximiser les différences) en fonction du public, soigner la communication analogique et digitale, et prendre en compte la relation.

Sémiotique Pragmatique et Théories de l'Énonciation

La sémiotique pragmatique dépasse les limites de la linguistique structuraliste en étudiant le sens non seulement du côté de la langue, mais aussi de son usage concret en situation, du contexte et des personnes qui interagissent.

  • Énoncé et Énonciation :
    • Énoncé : Le contenu du message, ce qui est dit.
    • Énonciation : La manière de dire, de formuler l'énoncé, l'"apparition située" du message. Elle produit du sens sur la relation entre locuteur et allocutaire.
      • Exemple : "Interdiction de fumer" peut être dit de différentes manières selon le locuteur, l'interlocuteur et la situation (hôpital, restaurant, entre amis). Le sens de la relation et du contexte sera très différent, même si le fond de l'énoncé est le même.
  • Déictiques : Mots dont le sens dépend de la situation d'énonciation (pronoms personnels comme "je", "tu", "nous" ; adverbes spatiaux "ici", "là" ; adverbes temporels "maintenant", "demain" ; démonstratifs "ceci").
    • Exemple : La campagne "Ouvrez les yeux pour que le SIDA ne vous les ferme pas" (deuxième personne du pluriel, public indifférencié) versus "Ta santé est aussi celle des autres" (deuxième personne du singulier, plus direct).
  • Émile Benveniste : Histoire et Discours :
    • Discours : Contient des "embrayeurs" (déictiques) qui indiquent qui parle, à qui, où et quand. La réception est une mise à distance et une réflexion.
    • Histoire/Récit : Évoque des faits indépendants de la situation d'énonciation, sans marques d'adresse. La réception est alors une identification et une projection.
  • Théories des Actes de Langage (John L. Austin "Quand dire c'est faire", 1962) :
    • Beaucoup d'énoncés ne servent pas qu'à décrire la réalité, ils servent à agir.
    • Actes performatifs : En énonçant la phrase, le locuteur accomplit une action ("Je vous parie 5 euros", "Je vous déclare mari et femme", "Je promets"). Ils visent à avoir une influence sur le monde.
    • Actes constatifs : Décrivent un état de choses ("La porte est bleue").
    • La communication est souvent implicite, le sens étant construit par inférence et association d'idées (métaphores comme "Mon fils est un cochon").
  • Apports et Limites :
    • Apports : Distinction énoncé/énonciation, prise en compte du contexte et de la relation, actes de langage.
    • Limites : Les actes de langage peuvent être trop figés par les conventions, travail d'interprétation des interlocuteurs rudimentaire.

Anthropologie de la Communication

L'anthropologie de la communication (années 1960) s'intéresse aux actes de communication en situation sociale et culturelle, allant au-delà de l'individu pour inclure les codes et les rituels sociaux.

  • Reconstitution des Règles et Rites : Elle vise à comprendre l'ensemble des règles, des rites et des normes socioculturelles qui structurent la communication.
  • Ray Birdwhistell et la Kinésique :
    • S'intéresse à la communication non-verbale et aux systèmes de mouvements corporels.
    • Exemple : Étude des rituels amoureux et des différences culturelles dans l'approche amoureuse (un baiser à la fin au UK, au début aux USA).
    • La kinésique est divisée en :
      • Prékinésique : Mouvements corporels inconscients (cligner des yeux).
      • Microkinésique : Éléments isolables et lisibles des mouvements corporels ("kinés").
      • Sociokinésique : Étude des mouvements corporels en situation sociale et leurs interprétations.
    • Son objectif est de créer une grammaire des gestes.

Culture Participative et Transmédia Storytelling

L'arrivée du numérique et des nouveaux médias a conduit à une "culture de la convergence", caractérisée par la coopération entre industries, le flux de contenu et le comportement migrateur des publics.

  • Henry Jenkins et le Transmédia Storytelling : Décrit un processus où les éléments d'une fiction sont dispersés sur diverses plateformes médiatiques pour créer une expérience unifiée, chaque médium apportant sa propre contribution à l'histoire (ex : Star Wars). L'objectif est de susciter la participation.
  • La Figure du "Pro-sumer" : Le fan devient à la fois producteur et consommateur de médias, créant des fanfictions, artworks, vidéos, etc.
  • Communautés de Fans : L'interprétation des médias est un processus collectif qui passe par des communautés. Les fans se distinguent et se relient, développant leurs propres valeurs et interprétations, voire des formes d'activisme (ex : Sonic).
  • Apports et Limites :
    • Apports : Remise en avant de la relation producteurs/récepteurs, le pouvoir des fans, l'interprétation collective.
    • Limites : Vision idéalisée d'un public hyperactif, focalisation sur la fiction/divertissement, risque d'instrumentalisation des fans par les industries.
  • Conseils pratiques : Réfléchir à la cohérence, au storytelling, multiplier les canaux, accepter la critique et faire participer la communauté.

Synthèse et Conclusion

L'étude des Sciences de l'Information et de la Communication (SIC) permet de dépasser les idées reçues sur les médias et la communication. Elle offre une expertise documentée, distanciée et critique, se nourrissant de multiples disciplines (sociologie, psychologie, histoire, etc.). Elle ne se limite pas au journalisme ou à la publicité, mais englobe aussi la médiation des savoirs, la communication des organisations, et les interactions homme-machine. La communication est fondamentalement un système complexe où interagissent de nombreux acteurs et éléments.

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