Anémies hémolytiques : diagnostic et prise en charge
No cardsSynthèse complète des anémies hémolytiques, couvrant définition, étiopathogénie, types congénitaux et acquis, critères diagnostiques, examens biologiques, étiologies, et stratégies thérapeutiques, avec un focus sur la situation en Afrique noire.
Les Anémies Hémolytiques (AH)
Les anémies hémolytiques (AH) sont caractérisées par une diminution du taux d'hémoglobine due à une destruction accélérée des globules rouges (GR), réduisant leur durée de vie. Elles sont très fréquentes en Afrique noire et peuvent être aiguës ou chroniques. L'étude des AH présente un double intérêt : diagnostiquer l'étiologie (congénitale ou acquise) et comprendre l'évolution de la maladie.
I. Étiopathogénie et Physiopathologie
L'étiopathogénie des AH repose sur deux mécanismes principaux :
- GR anormal (Anémie hémolytique congénitale ou corpusculaire) : L'anomalie constitutionnelle du GR peut affecter sa membrane érythrocytaire, son hémoglobine ou ses enzymes érythrocytaires. Ces formes évoluent généralement toute la vie.
- GR normal (Anémie hémolytique acquise ou extracorpusculaire) : Le GR, initialement normal, est agressé par des agents extérieurs. Ces agents peuvent être immunologiques (complexes antigène-anticorps), infectieux (virus, parasites, bactéries), toxiques (médicaments, métaux) ou mécaniques (prothèses valvulaires).
Physiopathologie de l'Hémolyse
L'hémolyse pathologique est une hyper-hémolyse qui peut être aiguë ou chronique.
- Hémolyse aiguë : La destruction des GR est brutale et intravasculaire. Elle entraîne une libération d'hémoglobine dans le plasma (hémoglobinémie), une diminution du taux d'hémoglobine (anémie) et une consommation de l'haptoglobine plasmatique. Si le seuil de réabsorption tubulaire est dépassé, on observe une hémoglobinurie (urines rouges ou brunes).
- Hémolyse chronique : Le siège de l'hémolyse est principalement tissulaire (rate, foie, moelle osseuse). Les conséquences incluent une augmentation du fer sérique, une augmentation de la bilirubine libre (causant un ictère), une diminution de l'hémoglobine, une splénomégalie (parfois hépatomégalie).
II. Diagnostic
Le diagnostic des AH se fait en deux étapes : affirmer l'anémie et affirmer l'hémolyse.
Diagnostic positif
- Affirmer l'anémie : L'hémogramme révèle une anémie (taux d'hémoglobine chez l'homme, chez la femme) souvent normochrome normocytaire régénérative (avec un taux de réticulocytes élevé). Le frottis sanguin peut montrer des anomalies morphologiques spécifiques (ex: drépanocytes, cellules cibles).
- Affirmer l'hémolyse :
- Raccourcissement de la durée de vie des GR (mesurée par test isotopique au Chrome 51).
- Stigmates biologiques d'hémolyse : augmentation de la bilirubine libre et du fer sérique, diminution de l'haptoglobine, augmentation des LDH. En cas d'hémolyse aiguë, on observe aussi une hémoglobinémie et une hémoglobinurie/hémosidérinurie.
- Examen clinique (pour AH chroniques) : Pâleur cutanéo-muqueuse, ictère ou subictère, et splénomégalie. L'association de ces trois signes constitue la triade de Chauffard, caractéristique du syndrome anémique hémolytique chronique.
- Examen clinique (pour AH aiguës) : Urgence médicale avec douleurs vives (lombaires, abdominales, myalgies, céphalées), fièvre, frissons, anémie brutale, choc, collapsus cardio-vasculaire et hémoglobinurie.
Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel se pose avec d'autres causes d'ictère sans anémie, comme les ictères rétentionnels, la maladie de Crigler-Najjar, la maladie de Gilbert, l'ictère néonatal physiologique ou le syndrome de Rotor. Ces affections se distinguent par l'absence d'anémie et des bilans spécifiques de la bilirubine.
III. Étiologies
L'enquête étiologique combine interrogatoire, examen clinique et examens biologiques spécifiques (électrophorèse de l'Hb, dosage du G6PD, test de Coombs, hémocultures, goutte épaisse).
A. Anémies Hémolytiques Congénitales ou Corpusculaires
Elles résultent d'une anomalie héréditaire du GR.
- Maladies de la membrane :
- Sphérocytose héréditaire (maladie de Minkowski-Chauffard) : Fréquente en Europe, se manifeste par des GR sphériques.
- Elliptocytose ou ovalocytose héréditaire : Fréquente en Afrique, présence de GR ovales.
- Autres formes rares : pyro-poïkilocytose héréditaire, stomatocytose héréditaire.
- Hémoglobinopathies : Représentent la majorité des AH corpusculaires.
- Anomalies de structure de l'hémoglobine (hémoglobinoses) : La drépanocytose (HbS) est la plus fréquente. Diagnostic par électrophorèse de l'hémoglobine.
- Anomalies de synthèse de l'hémoglobine (thalassémies) : Inhibition de la synthèse des chaînes de globine (alpha, bêta, delta thalassémies). Fréquentes en Afrique, diagnostic par électrophorèse de l'hémoglobine et biologie moléculaire.
- Anomalies enzymatiques (enzymopathies érythrocytaires) :
- Déficit en Glucose-6-Phosphate Déshydrogénase (G6PD) : Le plus fréquent. Entraîne une hémolyse aiguë en cas d'exposition à des agents oxydants (médicaments, fèves). Il existe 5 classes de variants enzymatiques (Classe I: sévère, hémolyse chronique; Classe II: sévère, hémolyse intermittente; Classe III: modérée, hémolyse suite à stress oxydatif; Classe IV: pas de déficit; Classe V: activité accrue). Le traitement est surtout préventif.
- Déficit en Pyruvate Kinase : Plus fréquent en Europe, transmission autosomique récessive. Cause une hémolyse chronique avec poussées. Diagnostic par dosage de l'activité enzymatique, traitement par transfusions et parfois splénectomie.
- Déficit en Glucose-6-Phosphate Déshydrogénase (G6PD) : Le plus fréquent. Entraîne une hémolyse aiguë en cas d'exposition à des agents oxydants (médicaments, fèves). Il existe 5 classes de variants enzymatiques (Classe I: sévère, hémolyse chronique; Classe II: sévère, hémolyse intermittente; Classe III: modérée, hémolyse suite à stress oxydatif; Classe IV: pas de déficit; Classe V: activité accrue). Le traitement est surtout préventif.
B. Anémies Hémolytiques Acquises
Le GR est normal mais agressé par un agent extérieur.
- Causes infectieuses : Bactériennes (septicémies à staphylocoques, clostridium perfringens), parasitaires (paludisme, bartonellose). Diagnostic par hémocultures ou examens directs (goutte épaisse).
- Causes immunologiques : Présence d'anticorps anti-érythrocytaires.
- Anémies Hémolytiques Auto-Immunes (AHAI) : Auto-anticorps fixés sur la membrane des GR. Diagnostic par les tests de Coombs direct et indirect.
- Anémies Hémolytiques par allo-immunisation : Liées à des transfusions ou à l'incompatibilité fœto-maternelle (rhésus D).
- Anémies Hémolytiques par anticorps immuno-allergiques.
- Causes mécaniques : Prothèses cardiaques, microangiopathies (maladie de Moschowitz), syndrome hémolytique et urémique, coarctation de l'aorte, fistules artério-veineuses. Diagnostic par la présence de schizocytes au frottis sanguin.
- Causes toxiques : Toxiques industriels (saturnisme), médicamenteux (phénacétine, sulfamides), animaux (venins), végétaux (amanite phalloïde).
C. Cause corpusculaire acquise
La maladie de Marchiafava-Micheli ou hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) est une cause rare. L'hémolyse est due à l'hypersensibilité des GR au complément en milieu acide. Diagnostic par le test de Ham-Dacie ou cytométrie en flux (déficit en CD59, CD55).
IV. Traitement
Le traitement des AH vise à corriger l'anémie, prévenir et traiter les complications, et traiter l'étiologie.
- Bilan pré-thérapeutique : Groupage ABO/Rhésus, phénotypage, recherche d'agglutinines irrégulières, sérologies (VIH, hépatites B, C).
- Moyens :
- Transfusions : Culots globulaires principalement, sang total en cas d'hémorragie. Toujours utiliser du sang iso-groupe iso-Rhésus ou compatible. Les quantités sont calculées selon le ΔHb et le poids ( pour les culots globulaires). Un test ultime de compatibilité est réalisé au lit du malade.
- Autres moyens : Antibiothérapie, traitement anti-paludéen, arrêt du médicament incriminé.
- Indications de transfusion : Anémie aiguë ou signes de mauvaise tolérance (polypnée, tachycardie, hypotension, troubles de la conscience, angor, déficit neurologique), ou anémie chronique sévère ().
- Surveillance : Clinique (tension artérielle, pouls, conscience, diurèse) et biologique (taux d'Hb).
Conclusion
Les Anémies Hémolytiques sont prédominantes en Afrique noire. Leur diagnostic repose sur l'hémogramme et les stigmates d'hémolyse. Une enquête étiologique rigoureuse est essentielle pour orienter le traitement. La transfusion sanguine est un moyen thérapeutique crucial dans les formes graves, mais doit toujours s'accompagner d'un traitement étiologique.
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