1 Analyse des organisations
No cardsL'analyse des organisations couvre les structures, théories et dynamiques des organisations, incluant les concepts de Mintzberg et Crozier, ainsi que les institutions totales et les associations d'action sociale (AAS). Diverses configurations organisationnelles, logiques institutionnelles et stratégies d'acteurs sont explorées pour comprendre leur fonctionnement et leur impact.
Analyse des Organisations : Un Guide Essentiel
L'analyse des organisations est une discipline complexe visant à comprendre leur structure, leur fonctionnement et leurs dynamiques. Elle s'appuie sur des théories et des modèles pour décrypter les interactions entre les individus et les systèmes, ainsi que l'impact de l'environnement.
Définition de l'Organisation (selon Bourricaud)
Bourricaud : « Toute organisation comporte des éléments invariants. C'est un ensemble d'acteurs dotés d'une structure d'autorité, de rôles, et d'un système de communication permettant la coordination et le contrôle des activités afin de réaliser un (ou des) but(s). »
Une organisation est une construction sociale.
Elle se caractérise par la fixité et la mouvance (le changement est souvent lent).
C'est un regroupement de personnes.
Relation interactionnelle (échanges) ≠ relation interdépendante (besoin mutuel).
Coordination (chacun fait sa part) ≠ coopération (travailler ensemble vers un but).
C'est un ensemble d'objectifs en tension et en interaction.
Finalité : visée large et utopique (ligne vers laquelle on tend).
Mission : répond aux finalités.
Objectif : déclinaison des missions, toujours évaluable et opérationnalisable.
C'est un système social ouvert, en interaction constante avec son environnement.
C'est un espace d'incertitudes et de règles.
Concepts Clés (Définitions rapides)
Le pouvoir : Avoir des ressources pour obliger quelqu'un à faire quelque chose (pas toujours légitime).
L'autorité : Du pouvoir légitime.
La culture d'entreprise : Valeurs, croyances et référentiels de l'organisation.
L'Institution vs L'Organisation
Institution (Mendras) : « un ensemble de normes qui s'appliquent dans un système social et qui définissent ce qui est légitime et ce qui ne l'est pas ».
Définit ce qui est établi, a force de loi, régit un type de relations.
Évolue lentement, rôle régulateur (cadres de référence).
Exemple : l'éducation est une institution.
Organisation : Opérative, produit des biens et services.
Exemple : l'ISFSC est une organisation.
Les Parties de l'Organisation (Mintzberg)
Mintzberg identifie six parties fondamentales dans toute organisation, bien qu'elles ne soient pas toutes toujours présentes (sauf le centre opérationnel et le sommet stratégique).
Le centre opérationnel : Les employés qui font le travail de base (production de biens/services).
Le sommet stratégique : La direction, preneurs de décisions importantes.
La ligne hiérarchique : Niveaux de chefs entre le centre opérationnel et la direction (circulation des ordres/infos).
Les fonctions de support logistique : Services qui aident le centre opérationnel (tâches secondaires).
La technostructure : Spécialistes/experts qui créent les règles, méthodes et outils (organisent le travail).
L'idéologie / La culture de l'entreprise : Valeurs et croyances partagées.
À retenir : Le centre opérationnel et le sommet stratégique sont toujours présents.
Mécanismes de Coordination (Mintzberg)
Pour assurer le bon fonctionnement, les organisations utilisent diverses façons de coordonner le travail :
L'ajustement mutuel : Coopération horizontale, discussion et adaptation informelle.
La supervision directe : Posture hiérarchique, ordres et instructions.
La standardisation des procédures : Division du travail en tâches précises, définies par des experts.
La standardisation des résultats : Fixer les résultats attendus, avec une liberté sur les moyens.
La standardisation des qualifications : Exiger des qualifications spécifiques pour les postes.
La standardisation des normes : Basée sur les valeurs et la culture partagées (idéologie).
Configurations Organisationnelles (Mintzberg)
Selon Mintzberg, chaque partie de l'organisation peut devenir dominante, menant à six types de configurations :
Type de configuration | Partie clé | Processus de coordination dominant | Caractéristiques clés | Exemple |
Structure simple (entrepreneuriale) | Sommet stratégique | Supervision directe | Petite, jeune, leader central, polyvalente, survie | Petite boulangerie |
Bureaucratie mécaniste | Technostructure | Standardisation des procédés | Grande, formalisée, règles rigides, lente, peu d'innovation | Usine de voitures |
Bureaucratie professionnelle | Centre opérationnel | Standardisation des qualifications | Moyenne/grande, experts qualifiés, autonomie des opérateurs | Hôpital |
Structure divisionnelle (divisionnalisée) | Ligne hiérarchique | Standardisation des résultats | Multinationales, "mère" + "filiales", autonomie encadrée | McDonald's |
Adhocratie | Fonctions de support logistique | Ajustement mutuel | Petite, travail par projet, experts, innovation | Agence publicitaire |
Organisation missionnaire/politique | Idéologie/Culture | Standardisation des normes | Défend des valeurs, buts de mission, adhésion des membres | Amnesty International |
L'Association d'Action Sociale (AAS)
Une AAS est un groupe qui défend un projet citoyen et militant (projet d'intervention sociale solidaire), souvent peu ou pas soutenu par l'État. Elle vise à transformer les orientations de la société.
Construction sociale : Dépend d'une démarche personnelle et volontaire, et d'un système de coopération.
Souvent sous forme d'ASBL : l'argent est réinvesti dans le projet ou pour payer les employés.
Caractéristiques du projet :
Question sociale défendue (ex: enfants dehors à BXL).
Bien commun idéalisé.
Culture du triangle projet : Valeurs, images, représentations partagées autour de ce bien commun.
Interactions : Coopération autour du projet, l'engagement varie mais la culture doit être partagée.
Tensions fragilisantes : Devenir un agent économique ou une annexe des pouvoirs publics.
Paradoxe associatif : Entre versant éthico-politique et technico-managérial.
Dépendant : Souvent des subsides et politiques publiques.
L'Instituant vs L'Institué (Haertinger et Traversaz)
Institué : Ce qui est accepté et légitime dans la société à un moment donné (ex: mariage d'intérêt avant 1900).
Instituant : Un mouvement militant qui combat pour qu'une nouvelle conception devienne légitime et reconnue (ex: mariage d'amour, puis mariage homosexuel).
Une AAS a pour objectif premier de défendre un instituant.
Logiques Institutionnelles Émergentes (LIE) des AAS
Les LIE définissent la logique dominante d'une AAS, celle vers laquelle on se tourne en cas de problème.
LIE d'aide : L'objectif est d'aider des populations. Logique asymétrique (aidant ≠ aidé).
Exemple : famille aidant une autre famille sans abri.
LIE d'entraide : Mutualisation des ressources pour l'autonomie des individus. Logique symétrique.
Exemple : Alcooliques Anonymes (groupes de parole).
LIE de mouvement : Militance pour modifier les droits et intégrer les exclus. Impact sur le droit.
LIE domestique : Liens entre personnes partageant les mêmes valeurs, groupe restreint non encore reconnu. Souvent hiérarchique malgré la symétrie des valeurs.
Exemple : association de pères divorcés pour l'égalité des droits parentaux.
Logiques Institutionnelles Subséquentes (LIS)
Les LIS viennent de l'extérieur (pouvoirs publics, marché) en réaction aux quatre registres principaux : intérêt général, gestion des ressources, participation citoyenne, professionnalisation. Elles peuvent étouffer ou accompagner la LIE.
LIS professionnelle (registre de la professionnalisation) : Imposer le recrutement de personnel qualifié (diplômé).
LIS de volontariat (registre de la participation citoyenne) : Encourager l'investissement sans contrepartie.
LIS d'entreprise (registre des gestions des ressources) : Logique managériale liée aux subsides et à l'optimisation budgétaire.
LIS de bien public (registre de l'intérêt général) : Défendre l'intérêt général tel que perçu par l'État. Peut menacer le projet lui-même.
Structure et Projet : Les Deux Triangles
Pour comprendre une AAS, il faut articuler deux aspects à la fois distincts et liés :
Le triangle du Projet : L'espace public particulier qui organise la coopération des acteurs autour de la question sociale et du bien commun.
Culture du projet : Valeurs, images, représentations partagées.
Interactions : Coopération autour du projet.
Le triangle de la Structure : L'organisation formelle qui produit des services, le mode de gestion et la mise en œuvre du projet.
Culture de la structure : Culture interne de l'organisation.
Interactions : Comportements stratégiques des individus (agenda personnel).
Lien entre les triangles : Le processus de socialisation permet d'acquérir les normes et valeurs :
Socialisation civique (Projet) : Apprendre les valeurs, la cause et les objectifs.
Socialisation professionnelle (Structure) : Apprendre les règles, rôles et pratiques pour travailler ensemble.
Analyse de l'Organisation (Crozier)
Michel Crozier s'intéresse aux dynamiques de pouvoir et aux stratégies des acteurs dans les organisations, surtout bureaucratiques.
Rationalité limitée (March et Simon) : Les décisions sont prises après l'examen de quelques solutions, choisissant la moins problématique.
Critique de la bureaucratie : Malgré l'inflation des règles, des dysfonctionnements existent.
Étude de la SEITA :
Acteurs : Chef d'atelier, ouvrières de production, ouvriers d'entretien.
Tensions : Dépendances mutuelles (financière, reconnaissance, rendement) entre ces groupes.
Règles claires vs réalité : Les pannes créent des zones d'incertitude et des stratégies.
Concepts Crozieristes
Six éléments pour comprendre la structure et le fonctionnement d'une organisation :
Le pouvoir : Toujours relationnel. Sources principales :
L'expertise (savoirs spécifiques).
La connaissance des règles de l'organisation.
La maîtrise de l'information (en interne).
La maîtrise d'un réseau / de l'environnement.
La stratégie : Plan d'action pour réagir à une situation.
Défensive : Préserver un acquis, se protéger (peu de risque).
Offensive : Obtenir quelque chose de nouveau (souvent liée au risque).
Les règles du jeu :
Indiquent ce que l'on peut/ne peut pas faire (cadre normatif).
Incitent à la réussite.
Entraînent des attentes réciproques.
Particularités des organisations : Règles jamais complètement écrites, ambiguës, construites socialement, toujours un enjeu.
Les statuts et rôles :
Statut social : Place dans la hiérarchie sociale, visible par des signes. Toujours relationnel.
Statut actuel : Position à un moment donné.
Statut latent : Autre statut que l'on possède mais non mobilisé (peut créer des problèmes s'il s'oppose à l'actuel).
Rôle : Réponse attendue par rapport au statut (attentes différentes selon les publics).
La zone d'incertitude : Ce qui perturbe le jeu des acteurs, une situation non maîtrisée ou floue. L'incertitude bouscule les acquis et les transforme en enjeux.
Le système d'action concret : L'organisation est un système où l'individu est au centre, mais où la réalité systémique (environnement) est cruciale.
Les Institutions Totales (Goffman)
Lieu de résidence et de travail où un grand nombre d'individus, coupés du monde extérieur, mènent une vie recluse et minutieusement réglée.
5 types d'IT :
Personnes incapables de subvenir à leurs besoins et inoffensives (maison de repos).
Personnes incapables de s'occuper d'elles-mêmes et dangereuses (hôpital psychiatrique).
Protection de la communauté contre des menaces intentionnelles (prison).
Création des meilleures conditions pour une tâche donnée (caserne militaire).
Assurer une retraite hors du monde (temple bouddhiste).
Caractéristiques des IT :
Tous les aspects de l'existence sous une seule autorité, dans un même cadre.
Grande promiscuité.
Programme rationnel et routinier imposé par la direction.
Traitement collectif bureaucratique (règlement explicite).
Couple surveillant-reclus : opposition structurelle (dehors vs dedans, légitime vs clandestin).
Vie évaluée par référence à une idéologie.
Techniques de mortification : Faire sentir à l'individu son inutilité.
Système de privilèges : Récompenses (non assurées) pour bon comportement.
Nombreuses obligations, perte de droits acquis à l'extérieur.
Stratégies des reclus pour préserver l'autonomie :
Adaptation primaire (attachement) : Jouer le jeu, rentrer dans les règles.
Adaptation secondaire (détachement) : Utiliser des moyens défendus/fins illicites, s'écarter du rôle.
Intégrée : Diminue la tension.
Désintégrée : Augmente la tension.
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