La courbe d'oubli, point de départ
En 1885, le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus a publié les premières mesures expérimentales de l'oubli humain. En s'auto-testant sur des syllabes sans signification, il a montré que sans révision, on oublie environ 50 % du contenu en 24 heures, 70 % en une semaine, 90 % en un mois. La courbe d'oubli est exponentielle, pas linéaire.
Cette découverte est restée longtemps une curiosité académique. Mais Ebbinghaus a aussi observé qu'une révision juste avant le moment où la trace mnésique est sur le point de disparaître renforce considérablement la mémoire pour la prochaine fois. C'est l'effet de répétition espacée.
Pourquoi ça marche neurologiquement
Quand tu mémorises une information, ton cerveau crée une trace mnésique fragile. Sans réactivation, cette trace s'efface. Une révision réactive la trace, mais le timing compte énormément. Une révision trop rapprochée n'apporte rien (la trace n'avait pas besoin d'être réactivée). Une révision trop tardive arrive après l'oubli (tu repars de zéro).
Le sweet spot, c'est juste avant l'oubli : la trace est fragile mais encore présente. La récupérer dans cet état renforce la consolidation neuronale, et la trace devient plus durable. À chaque cycle, l'intervalle optimal s'allonge.
L'algorithme SuperMemo, ancêtre des outils modernes
Dans les années 1980, le chercheur polonais Piotr Wozniak a transformé l'idée d'Ebbinghaus en algorithme exploitable. Son SuperMemo (puis SM-2 en 1987) calcule pour chaque carte le moment optimal de la prochaine révision en fonction de tes réponses précédentes. SM-2 est devenu le standard, repris par Anki et la plupart des apps de flashcards.
FSRS-5, l'évolution moderne utilisée par Diane
FSRS (Free Spaced Repetition Scheduler) est un algorithme plus récent, conçu en 2022 et affiné jusqu'à FSRS-5 en 2024. Il améliore SM-2 sur plusieurs points : modélisation plus fine de la courbe d'oubli individuelle, prise en compte de la difficulté intrinsèque de chaque carte, adaptation à ton historique personnel.
Concrètement, FSRS-5 prédit pour chaque carte la probabilité que tu t'en souviennes à un instant donné, et te la propose quand cette probabilité descend à un seuil cible (typiquement 90 %). Tu peux régler ce seuil pour réviser plus ou moins fréquemment.
Combien de temps par jour
La règle empirique : 10 à 30 minutes par jour suffisent pour entretenir un deck de plusieurs centaines de cartes. Au début, tu vois plus de cartes (toutes nouvelles). Au fil des semaines, le rythme se stabilise parce que les cartes maîtrisées s'espacent.
Sur un deck de 500 cartes en cours d'apprentissage, attends-toi à 20-30 minutes par jour pendant 2-3 semaines, puis 10-15 minutes par jour pour entretenir.
Limites de la méthode
La répétition espacée fonctionne bien pour la mémorisation factuelle : définitions, dates, vocabulaire, formules, classifications. Elle est moins efficace pour la compréhension profonde et les compétences pratiques (résolution de problèmes, écriture, oral). Pour ces compétences, il faut combiner répétition espacée et exercices d'application.
C'est pourquoi Diane combine flashcards (mémorisation) et quiz (application active). Les deux modes ensemble couvrent à la fois la rétention et l'utilisation des connaissances.