Préparations Ophtalmiques : Composition et Administration
40 carteCe document détaille les préparations ophtalmiques, y compris leur composition, leurs types, leurs propriétés, leur fabrication et leur administration. Il aborde également la physiologie oculaire et les voies d'administration des médicaments.
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Préparations Ophtalmiques : Formes, Physiologie et Administration
Les préparations ophtalmiques sont des formes pharmaceutiques stériles conçues pour l'application topique sur l'œil, la conjonctive ou dans le sac conjonctival. Elles sont utilisées pour administrer des substances actives ayant une action locale et sont disponibles sous forme liquide, semi-solide ou solide.
Physiologie de l'Œil et Pharmacocinétique Oculaire
La compréhension de la physiologie oculaire est cruciale pour la formulation et l'administration des médicaments ophtalmiques.
La Cornée
La cornée est une structure transparente et avasculaire, riche en terminaisons nerveuses, assurant sa sensibilité. Elle a une épaisseur moyenne de 0,8 à 1,1 mm et est constamment humidifiée par le film lacrymal. Elle représente la principale barrière mais aussi la voie de perméation des principes actifs pour l'espace antérieur de l'œil.
Épithélium : Composé de kératinocytes (cellules épithéliales), il est très lipophile et assure une fonction de protection.
Couche de Bowman : Couche acellulaire contenant du collagène, impliquée dans la cicatrisation de la cornée et lipophile.
Stroma : La couche la plus épaisse, contenant des kératinocytes, des glycoprotéines et des protéines, conférant à la cornée sa structure mécanique.
Endothélium : Agit comme une barrière entre la cornée et l'intérieur de l'œil.
Le Film Lacrymal
Le film lacrymal est essentiel pour l'hydratation, la transparence de la cornée et la nutrition oculaire. La cornée étant non vascularisée, le film lacrymal empêche l'évaporation de l'eau. Il contient différentes protéines, anticorps et molécules organiques.
Couche Lipidique (externe) :
Produite par les glandes de Meibomius (Source 9).
Limites l'évaporation et stabilise le film lacrymal.
Composée de lipides non-polaires (esters de cire, esters de cholestérol, triglycérides, hydrocarbures) et lipides polaires (phospholipides, cholestérol libre, acides gras) (Source 10).
Agit comme un imperméable pour retenir l'eau (Source 8).
Couche Muqueuse (interne) :
Produite par les cellules caliciformes conjonctivales et les cellules épithéliales cornéennes (Source 11).
Contient des mucines qui confèrent une caractéristique de bioadhésivité (Source 12).
Rend la surface de la cornée hydrophile et capture les débris et agents pathogènes.
Couche Aqueuse (intermédiaire) :
Partie la plus abondante du film lacrymal, sécrétée par les glandes lacrymales principales et accessoires (Krause, Wolfring) (Source 13).
Composition (Source 14):
Eau ( 98–99 %)
Électrolytes :
Protéines et enzymes : Lysozyme (antibactérien), Lactoferrine (capte le fer), IgA sécrétoires (défense immunitaire), Lipocaline lacrymale (lie les lipides), Albumine, transferrine, peroxydase.
Facteurs de croissance et cytokines (faibles quantités) : EGF, TGF-β, IL-1, IL-6, TNF-α.
Petites molécules organiques : Glucose, urée, acides aminés, acide ascorbique (vitamine C), lactate.
Propriétés Physico-Chimiques du Liquide Lacrymal
pH : 7.1-7.6
Viscosité : 1.3 - 5.9 mPas
Température : 30-35 °C (moyenne 34 °C)
Osmolalité : 310 - 334 mmol/kg
Tension superficielle : 40 - 50 dynecm
Drainage et Élimination des Médicaments Ophtalmiques
L'œil a des mécanismes de défense et d'élimination qui réduisent la biodisponibilité des médicaments.
Environ 10% du principe actif est éliminé immédiatement par le clignement palpébral et la lacrymation basale et réflexe (1–2 l/min).
80% est drainé par le conduit lacrymo-nasal.
Seulement 10% du PA peut réellement agir (Source 16).
Le temps de résidence moyen d'une goutte de collyre est de 3-6 minutes.
Le sac conjonctival ne peut contenir qu'environ 25-30 L, alors qu'une goutte de collyre est souvent plus volumineuse, entraînant une perte significative du volume administré.
Indications Thérapeutiques et Diagnostiques
Les préparations ophtalmiques sont utilisées pour des traitements locaux, topiques, thérapeutiques ou diagnostiques (Source 17) :
Anti-glaucomateux
Anti-infectieux (infections virales ou bactériennes) (Source 18)
Anti-inflammatoires (stéroïdiens ou non stéroïdiens)
Anti-allergiques
Traitement de l'œil sec
Aide au diagnostic (mydriatiques, anesthésiques)
D'autres approches pour les pathologies oculaires incluent les injections locales (périoculaires, intraoculaires), les implants et l'administration systémique (intraveineuse) pour des affections comme la dégénérescence maculaire liée à l'âge ou la rétinopathie diabétique (Source 18, 19).
Catégories de Préparations Ophtalmiques
Plusieurs catégories distinctes de préparations ophtalmiques existent (Source 5, 20) :
Les collyres
Les solutions pour lavage ophtalmique
Les poudres pour collyres et les poudres pour solutions de lavage ophtalmique
Les préparations ophtalmiques semi-solides
Les inserts ophtalmiques
Collyres
Les collyres sont des préparations ophtalmiques liquides stériles destinées à être instillées dans l'œil. Ils se présentent sous forme de solutions, d'émulsions ou de suspensions (Source 22).
Les émulsions peuvent présenter une séparation de phases mais sont facilement redispersables.
Les suspensions peuvent former un sédiment, mais doivent être facilement redispersables par agitation pour administrer la dose voulue.
Qualités Critiques (CQAs) des Collyres (Source 22)
Stérilité : Essentielle pour toutes les préparations ophtalmiques. Préparation par processus aseptique suivi d'une stérilisation (Source 3, 4, 23).
pH : Doit être compatible avec le pH des larmes (7.1-7.6) mais des limites de tolérance plus larges (4.5-11) sont acceptées grâce au pouvoir tampon des larmes. Les tampons (acétate
, phosphate, borate) peuvent être utilisés pour stabiliser le pH, surtout si le principe actif est instable à pH physiologique (Source 27).
Isotonie :
Les larmes ont la même pression osmotique que le sang ou une solution de NaCl à 0,9%.
Une tolérance de 20% est acceptable.
L'ajustement est réalisé avec des isotonisants (ex: NaCl) ou d'autres sels en cas d'incompatibilité (ex: NaNO pour AgNO).
Les solutions hypertoniques sont généralement mieux tolérées que les hypotoniques.
Calcul de l'Isotonie (Exemple) (Source 25, 26, 27):
Déterminer la quantité de PA dans 10 mL de solution.
Calculer la masse de NaCl nécessaire pour rendre 10 mL de solution isotonique (0,09g).
Utiliser l'équivalent NaCl (E) du PA, qui exprime la quantité de NaCl produisant le même effet osmotique qu'un gramme du PA.
Calculer la masse de NaCl à ajouter = Masse totale de NaCl pour isotonie - (E du PA masse de PA).
En cas d'incompatibilité, substituer le NaCl par un autre agent isotonisant ayant un équivalent NaCl connu (ex: lactose).
Limpidité : Absence de particules visibles, importante pour la sécurité et le confort.
Taille des particules : Pour les suspensions, doit être < 25 m pour éviter l'irritation oculaire (Source 35). Utilisation de poudres micronisées et d'agents mouillants et viscosifiants pour une bonne redispersion.
Conservateurs Antimicrobiens (Collyres Multidoses) (Source 23, 24)
Les collyres conditionnés en récipients multidoses (valables jusqu'à 4 semaines après ouverture) nécessitent la présence de conservateurs pour prévenir la contamination microbienne après ouverture. Les conservateurs courants incluent :
Chlorure de benzalkonium (incompatible avec substances anioniques, salicylates, nitrates)
Chlorhexidine
Chlorobutanol
Phényléthanol
Cétrimide
Thiomersal
Attention : Les conservateurs peuvent entraîner des problèmes de tolérance (irritation), d'incompatibilité avec d'autres ingrédients et sont contre-indiqués avec les lentilles de contact. Pour les patients intolérants, les solutions unidoses sans conservateur sont à privilégier.
Agents Viscosifiants et Bioadhésifs (Source 28, 29, 30)
Ces agents prolongent le temps de résidence du collyre à la surface de l'œil, améliorent l'étalement et ralentissent le dessèchement. Ils sont également utilisés dans le traitement des yeux secs.
Exemples : Acide hyaluronique, dérivés de la cellulose (HPC, HPMC, MC), dextrane, povidone, acide polyvinylique, acide polyacrylique (Carbopol), alginate, chitosane.
Les polymères à haut poids moléculaire n'augmentent pas significativement la tonicité mesurée (osmolarité) car leur faible concentration molaire n'a qu'un faible effet osmotique. Un osmomètre peut être utilisé pour vérifier l'osmolalité finale si une précision est requise (Source 31).
Excipients des Collyres (Source 32)
Véhicule : Eau pour préparations injectables (Aqua ad injectabile), ou huiles de qualité injectable pour collyres huileux.
Autres excipients : Isotonisants, tampons, conservateurs antimicrobiens, antioxydants, agents mouillants (facilitent la pénétration des suspensions), agents prolongeant le temps de résidence (viscosifiants, bioadhésifs).
Préparation des Collyres (Processus Principal) (Source 33)
Calcul de l'osmolarité (isotonie).
Processus aseptique.
Dissolution
des principes actifs et des excipients.
Filtration clarifiante.
Stérilisation (choix en fonction de la stabilité des constituants : filtration ou autoclavage).
Remplissage et fermeture des flacons (sous gaz inerte si nécessaire).
Conditionnement en flacon compte-gouttes.
Collyres Huileux (Source 34)
Moins courants que les collyres aqueux.
Avantages : contact prolongé avec la cornée, libération plus lente, utiles pour molécules insolubles dans l'eau ou instables, pas besoin de conservateurs (les microbes ne se développent pas en milieu non aqueux).
Utilisent des huiles de qualité injectable et à faible degré d'acidité (ex: huile d'arachide, de ricin, triglycérides à chaînes courtes).
La tonicité n'est pas pertinente pour les solutions huileuses.
Suspensions Ophtalmiques (Source 35, 36)
Utiles si le PA n'est pas soluble dans l'eau ou pour un effet dépôt prolongé.
La taille des particules doit être < 25 m pour être tolérée par l'œil (poudres micronisées, taille homogène).
Utilisation d'agents viscosifiants et mouillants pour faciliter la redispersion.
Exemple : TOBRADEX® (tobramycine et dexaméthasone suspension ophtalmique stérile).
Préparations Ophtalmiques Semi-Solides (Pommades, Crèmes, Gels) (Source 38)
Stériles, appliquées sur l'œil.
Permettent un effet prolongé grâce à un temps de résidence allongé.
Excipients testés pour la tolérance : vaseline, huile de vaseline, Carbopol®, macrogols (PEG).
Peuvent contenir des antioxydants, stabilisants, émulsionnants, conservateurs.
Conditionnement en tubes munis de canule.
Stérilisation par chaleur sèche.
Inserts Ophtalmiques (Source 39)
Préparations ophtalmiques solides ou semi-solides unidoses stériles, introduites dans le sac conjonctival. Elles sont de taille et forme appropriées et contiennent un réservoir de substance active dans une matrice ou entouré de membranes de contrôle du débit. La substance active est libérée sur une durée donnée (Source 39).
Avantages (Source 40)
Cinétique de libération reproductible et modulable.
Bonne stabilité de l'actif.
Possibilité de combiner plusieurs principes actifs.
Diminution de la résorption systémique.
Inconvénients (Source 41)
Coût élevé.
Peut être inconfortable.
Risque d'expulsion ou d'infection.
Manipulation et insertion difficiles (notamment pour les personnes âgées).
Types d'Excipients pour Inserts Ophtalmiques (Source 42)
Insolubles : Dérivés de l'acide méthacrylique, silicone.
Matriciels hydrosolubles : Dérivés cellulosiques (MC, HPMC, HPC), alginate de Na, acide alginique, dérivés protéiques (collagène, fibrines modifiées).
Matriciels bioérodables : Polypeptides réticulés, dérivés du poly(N-acétyl D-glucosamine).
Méthodes de Fabrication des Inserts Ophtalmiques (Source 43)
Solution dans un solvant et évaporation pour former un film.
Extrusion (formes cylindriques) et compression à haute température : nécessitent des PA résistants à la chaleur.
Adjonction d'un plastifiant pour réduire la rigidité.
Stérilisation par rayonnements ionisants ou oxyde d'éthylène.
Conseils Généraux d'Emploi des Préparations Ophtalmiques
Pour assurer l'efficacité et la sécurité des traitements ophtalmiques, des règles d'hygiène et des techniques d'administration spécifiques doivent être suivies (Source 44) :
Respect des consignes de stockage et d'élimination.
Utilisation de présentations unidoses pour un usage unique.
Réchauffement de la préparation avant emploi (pour le confort et réduire la sensation de froid).
Éviter le contact de l'embout du flacon avec l'œil pour prévenir la contamination.
Technique d'instillation des Collyres (Source 46, 47, 48)
Incliner la tête vers l'arrière, garder l'œil ouvert et regarder vers le haut (ou être allongé).
Tirer légèrement la paupière inférieure vers le bas avec l'index pour créer un petit espace entre la paupière et l'œil.
Renverser le flacon et presser doucement pour qu'une seule goutte tombe dans l'œil. Si le patient ne peut garder l'œil ouvert, instiller la goutte dans le coin interne de l'œil et demander d'ouvrir les paupières.
Après l'instillation, fermer doucement l'œil et bouger le globe oculaire sous la paupière fermée pour répartir le collyre.
Appuyer légèrement le doigt sur le coin interne de l'œil, à côté du nez, pendant une dizaine de secondes pour éviter le drainage du liquide par le canal lacrymal et limiter le passage systémique du médicament.
Hygiène Visuelle et Ergonomie
Quelques astuces pour la santé oculaire, surtout en cas d'utilisation prolongée des écrans (Source 50, 51, 52) :
Règle des 20/20/20 : Toutes les 20 minutes, faire une pause de 20 secondes en regardant à 20 mètres.
Cligner des yeux doucement pendant 30 secondes en cas de gêne pour faciliter la production de larmes et lubrifier les yeux.
Frotter les mains pour les réchauffer et les appliquer doucement sur les yeux fermés pendant 30 secondes pour atténuer la tension oculaire.
Points Clés
Les préparations ophtalmiques doivent être stériles et formulées pour minimiser l'irritation.
La physiologie oculaire, notamment le film lacrymal et le drainage, influence considérablement la biodisponibilité.
Les collyres (solutions, suspensions, émulsions) sont les formes les plus courantes, avec des exigences strictes de pH, d'isotonie et de taille de particules.
Des conservateurs sont nécessaires pour les présentations multidoses, mais des alternatives existent pour les patients sensibles (unidoses).
Les agents viscosifiants prolongent le temps de résidence et améliorent l'efficacité.
Les pommades et inserts ophtalmiques offrent des libérations prolongées mais présentent d'autres défis en termes de confort et manipulation.
Une technique d'instillation correcte et une bonne hygiène visuelle sont essentielles pour l'efficacité du traitement et la santé oculaire.
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