Politique française d'après-guerre : défis et coalitions

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Politique française après la Première Guerre mondiale, abordant les défis économiques, sociaux et politiques, ainsi que la montée des coalitions et les élections.

Chapitre 3 : Du Bloc National au Cartel des Gauches

Le chapitre explore le retour à la vie politique normale en France après la Première Guerre mondiale, confrontée à des défis majeurs liés aux destructions et aux conséquences du conflit. Trois enjeux principaux émergent :

1. Enjeux Socio-Démographiques

  • Saignée Démographique et Poids Social :

    • La guerre a causé 1,4 million de morts, 5,5 millions de blessés et 1,2 million de mutilés.

    • On dénombre 600 000 veuves et plus d'un million d'orphelins.

    • Toutes les classes sociales sont touchées, comme l'illustre l'exemple de Paul Doumer.

    • La surmortalité masculine et la baisse de la fécondité entraînent un déficit de naissances.

  • Réinsertion des Anciens Combattants :

    • 6,5 millions d'anciens combattants forment une force sociale et politique nouvelle.

    • Ils développent un lien de solidarité fort et un attachement au pacifisme, souhaitant que la Grande Guerre soit la der des der.

    • La réinsertion des gueules cassées est un défi majeur.

2. Enjeux Économiques

  • Situation Économique Difficile :

    • De nombreuses villes sont détruites (620 villages, 62 000 km de routes).

    • La situation financière est désastreuse, avec un financement de la guerre par emprunt :

      • 39,5 milliards de francs-or de dette externe (États-Unis, Grande-Bretagne).

      • 75 milliards de francs de dette intérieure.

    • Le retour de la croissance est difficile, marqué par un déficit durable jusqu'aux Trente Glorieuses.

    • La perte de confiance dans la monnaie entraîne une dévaluation du franc :

      • 1 dollar valait 5,18 francs en 1914, 10,87 francs en 1919.

      • 1 livre valait 25,5 francs en 1914, 41,8 francs en 1919.

    • Les gouvernements refusent de dévaluer le franc pour des raisons économiques et symboliques, fragilisant la confiance des investisseurs.

    • La France cherche à obtenir des réparations de l'Allemagne pour relancer sa production.

3. Enjeux Politiques

  • Incertitudes Politiques :

    • Un sentiment de mise en danger du régime républicain et un climat politique tendu règnent.

    • Les conflits sociaux, notamment les grèves, sont fréquents.

    • La peur d'une révolution communiste est présente après les révolutions russe et allemande, renforcée par le Congrès de Tours qui a créé le premier parti communiste en France.

I. La Vie Politique de l'Après-Guerre

La période d'après-guerre est marquée par des élections et une évolution politique en trois temps.

Contexte Politique pendant la Guerre

  • Le Parlement a maintenu un fonctionnement quasi ordinaire, et l'Union Sacrée a permis l'intégration de techniciens au gouvernement.

Élections de 1919 : Victoire du Bloc National

  • La victoire inattendue du Bloc National surprend, la Chambre étant surnommée la Chambre introuvable.

  • De nombreux anciens combattants entrent au Parlement.

  • Composition du Bloc National :

    • L'Action Française (condamnée par le Pape en 1926).

    • La Fédération Républicaine (droite conservatrice, libérale économiquement, républicaine).

    • L'Action Libérale Populaire (héritage du ralliement catholique à la République) et l'Alliance Démocratique (centre-droit).

  • Partis de Gauche :

    • Parti Radical.

    • Parti Républicain-Socialiste (Aristide Briand).

    • SFIO.

    • SFIC (futur Parti Communiste).

A. 1920-1924 : La Réponse de la Droite avec le Bloc National

Le Bloc National cherche à maintenir l'idée de l'Union Sacrée, mais avec de nouveaux équilibres.

  • Stabilité Politique :

    • Six gouvernements se succèdent, certains dominés par deux personnalités.

    • La Fédération Républicaine constitue le pivot des gouvernements du Bloc National.

    • La Chambre est renouvelée avec des députés anciens combattants, souvent peu politisés.

  • Lutte contre les Défaitistes (1919-1920) :

    • Le procès de Joseph Caillaux, critique de la guerre, symbolise cette lutte.

  • Décisions Controversées concernant les Catholiques :

    • Retour des congrégations religieuses (contre la loi Combes).

    • Maintien du Concordat en Alsace-Lorraine.

    • Rétablissement de l'ambassade de France au Vatican (supprimée en 1904).

  • Répression Sociale et Prévention de la Menace Communiste :

    • 1920 : Répression sévère de la grève des cheminots, avec 15 000 révocations et violents affrontements.

    • Incarcération de Gaston Wommagesser, leader de la CGT, accusé d'avoir créé des communautés syndicalistes révolutionnaires.

Détournement du Parti Radical (Becker et Berstein)

L'Union Sacrée ne tient pas, pour trois raisons :

  1. Changement de Génération : Renouvellement du parti autour d'Édouard Herriot, l'ancrant plus à gauche.

  2. Occupation de la Ruhr : Le Parti Radical adopte une position plus ouverte envers l'Allemagne, acceptant la libération de la Ruhr.

  3. Rapprochement avec la SFIO : La SFIO cherche de nouvelles alliances en vue des élections de 1924.

Approche des Élections de 1924 : Trois Blocs Coexistent

  • Le Bloc National (reconstruit autour de la Fédération Républicaine et des Radicaux indépendants).

  • Le Cartel des Gauches (Parti Radical et SFIO).

  • Le Bloc Ouvrier-Partisan (principalement le Parti Communiste).

Une nouvelle majorité favorable à la gauche émerge, menant une campagne polarisée dénonçant l'inefficacité du Bloc National face aux défis économiques et politiques.

Résultats des Élections de 1924

  • Le scrutin est équilibré en voix (Cartel des Gauches : 43,22%; Bloc National : 43,13%), avec une participation élevée (82%).

  • Le Cartel des Gauches l'emporte cependant en nombre de sièges (287), devenant la force majoritaire, le Parti Radical agissant comme pivot.

  • Cette victoire ouvre une crise politique.

Crise Politique et Démission du Président Millerand (1924)

  • Le président Millerand refuse de nommer Herriot, qui exige sa démission.

  • Millerand désigne son proche Marsand, qui n'obtient pas la confiance.

  • Le Cartel des Gauches réclame la démission du Président et de Marsand.

  • 11 juin 1924 : Démission de Millerand.

  • 13 juin : Gaston Doumergue est élu président avec 60% des voix face à Paul Painlevé.

B. 1924 : Une Réponse de Gauche avec le Cartel des Gauches

Le Cartel des Gauches essaie de restaurer la situation d'avant-guerre, avec Herriot à la Présidence du Conseil.

  • Programme de Réformes Ambitieuses :

    • Loi d'amnistie pour les condamnations de guerre (sauf trahison).

    • Réintégration des cheminots révoqués.

    • Renoncement à la politique laïque radicale.

    • Loi des huit heures.

    • Impôt sur le revenu.

    • Assurances sociales.

Problèmes du Cartel

  • La SFIO théorise un soutien sans participation, ce qui fragilise le cartel.

  • Dominance des Radicaux.

Difficultés Croissantes

  • Résistance de la droite : Le Sénat (bicaméral) bloque les réformes (ex: loi d'amnistie).

  • Mobilisation catholique contre la laïcité et les réformes (abolition du Concordat en Alsace-Lorraine).

  • La droite critique la faiblesse du cartel envers l'Allemagne (Accords de Locarno, octobre 1925).

Problème Majeur : Économique et Financier

  • L'endettement de la France reste élevé, et les réformes nécessitent des fonds.

  • Le gouvernement ne peut plus recourir aux emprunts faute de pouvoir rembourser ses alliés.

  • Le cartel demande des avances à la Banque de France au-delà des seuils autorisés.

  • Janvier 1925 : Le gouverneur de la Banque de France exige le remboursement ou une loi sur l'augmentation des plafonds.

  • Scandale révélé par la presse (car illégal et accusations de pressions sur la Banque de France).

  • Avril 1925 : Le gouvernement Herriot démissionne. Herriot dénonce le mur de l'argent et les 200 familles du conseil de la Banque de France.

Gouvernements Suivants

  • Dirigés par des centristes (Painlevé, Briand).

  • Tensions internes au Parti Radical (conflit Herriot-Caillaux) fragilisent la cohabitation.

  • Instabilité ministérielle, dépréciation du franc : fin du cartel.

C. 1926-1929 : La Stabilisation avec le Retour de Poincaré

Poincaré parvient à restaurer des équilibres économiques et institutionnels jusqu'à la crise de 1929.

  • 1926 : Poincaré revient au pouvoir.

    • Il veut restaurer l'Union Sacrée, mais les partis issus du Cartel refusent.

    • Un gouvernement légitime est formé avec six anciens Présidents du Conseil (dont Herriot, Painlevé, Briand) issus du cartel mais avec une orientation plus à droite.

    • Le ralliement du Parti Radical est une condition d'équilibre.

  • Stabilisation Financière : Poincaré obtient des Chambres des mesures importantes.

    • Augmentation des impôts et taxes.

    • Programme économique budgétaire (création d'une caisse pour rembourser la dette).

    • 1928 : Dévaluation du franc (Franc Poincaré ou le Franc à 4 sous), marquant la fin de l'illusion d'un retour à la situation d'avant-guerre.

  • Bilan Étonnant :

    • Lutte assumée contre les ennemis intérieurs (communistes, autonomisme alsacien).

    • Politique réformiste conforme à l'agenda radical (politique d'éducation ouverte).

    • Politique d'extension de la protection sociale :

      • 1928 : Instauration d'assurances maladie, vieillesse, accident (sur cotisations et gérées par caisses privées).

      • Première trace d'assurance sociale (financement corporatiste), perçue comme une ouverture pour la gauche.

      • Le patronat dénonce une loi folle car coûteuse.

  • Élections de 1928 : Le pouvoir en place est favorisé.

    • La campagne joue sur la peur des rouges et du cartel.

    • Poincaré reste Président du Conseil.

    • La législature est dominée par les partis de droite et de centre-droit.

  • 1929 : Poincaré est remplacé par Briand, puis la majorité passe à droite (1928-1932).

II. Le 6 Février 1934

Cet événement est un point de bascule, annonçant les évolutions futures et structurant la vie politique française. Il condense plusieurs crises.

Crises Structurelles

  • Crise Économique de 1929 :

    • Début en France en 1931, impact durable.

    • Fragilisation des équilibres sociaux (baisse du commerce, augmentation du chômage).

  • Délitement Démocratique et Montée du Fascisme en Europe :

    • 1922 : Marche sur Rome et prise de pouvoir de Mussolini (1924).

    • 1923 : Putsch de Munich par Hitler, accession au pouvoir (1933).

    • L'idéologie fasciste (menace pour la démocratie libérale) est perçue comme une alternative.

    • Pour certains historiens, la France est un foyer du fascisme, avec des mouvements d'extrême droite pré-fascistes.

Années 1930 : Apparition de Mouvements Fascistes en France (Ligue, Partis)

  • Action Française (les Camelots du Roi).

  • Jeunesses Patriotes (Taittinger).

  • Francisme.

  • Ligue des Croix de Feu (Colonel de La Roque), devenant une grande ligue d'extrême droite.

Scandales qui Fragilisent le Régime

  • Scandale de la Gazette du franc (Marthe Hanau et le système de Ponzi).

  • Scandale Ousric.

  • 1934 : Scandale Stavisky.

    • 7 janvier 1934 : Stavisky est retrouvé mort.

    • La gauche met en cause Chiappe.

    • 28 janvier : Chute du gouvernement Chautemps.

    • Daladier arrive au pouvoir et décide la mutation de Chiappe.

Les mouvements d'extrême droite appellent à manifester le 6 février 1934, jour de l'installation du nouveau gouvernement.

Déroulement du 6 Février 1934

  • La manifestation se concentre à la Concorde, face à la Chambre des députés.

  • Elle dégénère en émeutes, avec des violences.

  • Certains mouvements se retirent (La Croix de Feu refuse de participer à ce qui serait un coup d'État).

  • Les manifestations se poursuivent pendant la nuit, causant 16 morts et 2000 blessés.

Conséquences Politiques

  • La presse est contrastée : Le Populaire dénonce un coup de force fasciste qui a échoué.

  • Daladier démissionne. Le 9 février, Paul Doumergue est investi.

  • 12 février : Début du Front Populaire, la gauche réagit au fascisme.

Personnalité d'André Tardieu (1876-1945)

Moins connu, sa carrière politique courte a eu une influence durable sur les institutions de la Ve République. Surnommé le Mirobolant.

  • Biographie :

    • Né à Paris en 1876, issu de la grande bourgeoisie.

    • Élève brillant, refuse l'ENS pour une carrière diplomatique rapide (ambassade de France à Berlin en 1897, Secrétaire à la présidence du Conseil en 1899).

    • Dreyfusard convaincu.

    • Éditorialiste pour Le Figaro et Le Temps à partir de 1904.

  • Controverses et Scandales (le requin) :

    • 1910-1912 : Impliqué dans les scandales Homs-Bagdad et du Congo.

  • Carrière Politique :

    • Député de Seine-et-Oise en 1914, orienté à droite.

    • Engagé dans la propagande pendant la guerre, puis volontaire au combat (capitaine en 1915).

    • Haut-Commissaire à Washington (1917) pour organiser l'aide américaine.

    • Collaborateur proche de Clemenceau (Traité de Versailles).

    • Réélu député en 1920 (Bloc National), battu par le Cartel des Gauches en 1924.

    • Ascension après 1926 : Député de Belfort, ministre des Travaux publics sous Poincaré.

    • De 1929 à 1932 : Ministre de l'Agriculture, de l'Intérieur, des Affaires étrangères.

    • Président du Conseil à trois reprises (1929-1930, 1932).

    • Retrait de la vie politique en 1934, décès en 1945.

  • Pensées et Réformes :

    • Auteur de nombreux ouvrages sur la modernisation de la société et du système politique français, influencé par le modèle américain.

    • Analyse des situations parfois prophétique (analyse de Mein Kampf en 1933, des Accords de Munich en 1938).

    • Propose des réformes socio-économiques (électrification des campagnes, vote des femmes) et politiques.

    • Critique la faiblesse de l'exécutif et l'éloignement entre gouvernement et gouvernés.

    • Idées clés : Utilisation de la dissolution, procédure référendaire, nouvelles règles budgétaires (Art. 40 de la Constitution de 1958).

  • Figure Ambiguë : Personnalité décalée, fin de carrière marquée par des positions ambiguës (financement de La Croix de Feu, écrits dans Gringoire), sans jamais être associé aux ligues d'extrême droite.

Chapitre 4 : Du Front Populaire à l'Entrée en Guerre

Introduction

Le début des années 1930 est une période contrastée :

  • Stabilisation grâce aux réformes de Poincaré (confiance dans la monnaie, lois sociales).

  • Renouveau des crises économiques et internationales avec la montée du fascisme.

Impact de la Crise de 1929 en France

  • Impact différé à partir de 1931, mais plus durable qu'ailleurs.

  • Taux de croissance négatif (-2,1% de 1929 à 1937, contre +5,8% de 1922 à 1929).

  • Chômage de masse (800 000 chômeurs en 1936, chiffre sous-estimé).

  • Paupérisation, apparition des Soupes populaires.

  • Diminution d'un tiers des revenus agricoles, baisse moyenne de 4% des salaires et retraites.

Amortisseurs de la Crise en France

  • Situation économique plus saine au début de la crise (sous-évaluation du franc, bas taux d'intérêt).

  • Maintien de la croissance et augmentation des revenus.

  • Mesures favorables à la consommation.

  • Existence d'assurances sociales (amortisseurs sociaux).

Élections de 1932 : Retour du Cartel des Gauches

  • Forte poussée de la gauche, surtout de la SFIO.

  • La SFIO maintient sa stratégie de soutien sans participation.

  • Rétablissement du scrutin uninominal à deux tours en 1927.

  • Grande dispersion parlementaire, rendant les coalitions difficiles.

L'assassinat du président Paul Doumer par Paul Gorgulov crée un deuil national.

Nouvelles Têtes de l'Exécutif après 1932

  • L'ancienne Chambre des députés élit Albert Lebrun à la présidence de la République (président de droite élu par une Chambre plus à droite, malgré une majorité législative à gauche).

  • Retour d'Herriot à la Présidence du Conseil, confronté aux Jeunes Turcs du Parti Radical (Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendes-France).

  • Décembre 1932 : Chute du gouvernement Herriot, succession de gouvernements fragiles et de plus en plus orientés à droite.

Vie Politique Dominée par les Effets du 6 Février 1934

  • Mars 1934 : Création du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA) par Alain, Paul Rivet, Paul Langevin.

  • Multiplication des initiatives locales (Printemps des comités) : l'antifascisme devient une cause commune de la gauche.

  • Le Parti Radical des Jeunes Turcs souhaite des réformes plus ambitieuses.

  • Le PC évolue sous la pression du Komintern (Maurice Thorez cherche un rapprochement avec les radicaux).

  • La SFIO s'organise autour de Léon Blum.

Grandes Initiatives Politiques

  • 18 janvier 1935 : Première réunion des rassemblements populaires à Paris (partis, associations, comités d'intellectuels, syndicats).

  • 10 février 1935 : Première manifestation commune entre communistes et socialistes.

Élections Municipales de Mai 1935

  • Succès de la gauche (victoire symbolique de Paul Langevin à Paris).

  • La gauche se perçoit comme unifiée et est encouragée à former une coalition.

Construction du Front Populaire (Fin 1935 - Début 1936)

  • 14 juillet 1935 : Manifestations spectaculaires.

  • Décembre 1935 : Alliance pragmatique entre communistes et socialistes.

  • Fin 1935 : Herriot est remplacé par Daladier à la tête du Parti Radical, favorable au rassemblement.

  • 11 janvier 1936 : Conclusion du programme commun Pour le Pain, la Paix et la Liberté (réduction du temps de travail, augmentation des salaires, lutte contre les ligues fascistes).

  • Début 1936 : Grèves importantes.

  • Mars 1936 : Réunification syndicale.

  • 13 février 1936 : Tentative de lynchage de Léon Blum par des militants de l'Action Française, symbolisant la violence politique (Maurice Maurras le qualifie de monstre de la république démocratique).

Élections Législatives de 1936

  • Campagne marquée par l'utilisation de la radio et des affiches.

  • 17 avril 1936 : Discours de Maurice Thorez la main tendue sur Radio-Paris, appelant à l'union.

  • Résultat : Nette victoire du Front Populaire (57,8%).

  • La presse de gauche parle de Victoire ! (L'Humanité, Le Populaire).

  • La presse de droite est plus factuelle.

Grèves Surprises (Mai-Juin 1936)

  • Les grèves commencent après le 1er mai et les élections, notamment dans l'aéronautique (11 mai).

  • 26 mai : 600 000 personnes devant le Mur des Fédérés.

  • Grève générale dans la métallurgie et à Paris (ex: Galeries Lafayette).

  • Mouvement festif, avec une appropriation des lieux de travail.

  • Crainte du lock-out.

  • 11 juin : Maurice Thorez déclare : Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue.

  • Les grèves se poursuivent, voire s'amplifient, pour obtenir l'application des accords.

Nomination Tardive de Blum

  • Le président Lebrun tente d'éviter de le nommer.

  • Blum insiste sur son légalisme et attend la fin formelle de la législature.

  • 4 juin : Blum est appelé à former le gouvernement, avec une large majorité à la Chambre (348 voix contre 210).

Polémiques et Nouveautés dans le Gouvernement Blum

  • La formation du gouvernement n'arrête pas la violence verbale et physique.

  • Xavier Vallat (droite) provoque en séance, déclarant : Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné... par un juif.

  • Trois femmes entrent au gouvernement : Cécile Brunschvig (Éducation nationale), Irène Joliot-Curie (Recherche scientifique), Suzanne Lacore (Protection de l'enfance).

Premiers Dossiers : Mouvement Social et Programme

  • 4 juin : La Confédération Générale de la Production Française (CGPF) demande à rencontrer Blum.

  • 6 juin : Réunions avec la CGT à Matignon.

  • 8 juin (1h du matin) : Signature des Accords de Matignon (sur les contrats collectifs de travail, augmentations de salaires, liberté syndicale).

  • 9 juin : Dépôt de cinq textes de loi concrétisant les accords.

  • Blum présente son action à la Chambre, promettant de gouverner en républicains et d'assurer l'ordre républicain.

  • Amplification des réformes sociales (INA).

Réformes Sociales Inédites

  • Accords de Matignon : Augmentation de 12% des salaires, liberté syndicale, absence de sanctions pour faits de grève.

  • Textes de loi : Congés payés annuels (12 jours ouvrables) et semaine des 40 heures.

  • Départs en vacances facilités par les billets populaires ou billets Lagrange (40% de réduction sur les billets de 3e classe).

  • Vacances à Paris (pour une minorité), le tandem devient un objet totémique.

  • Lettres de remerciement à Blum (ex : adolescent de 17 ans).

  • Réactions contraires, présentées avec ironie (caricaturiste Dubosc).

Réformes Économiques

  • Réforme de la Banque de France : Le conseil de régence des actionnaires est remplacé par un Conseil général (lutte contre le Mur de l'argent).

  • Esquisse de planification économique avec la création d'un Conseil national économique.

  • Rationalisation des prix agricoles avec un Office national interprofessionnel du blé (ONIB).

Nouvelles Modalités d'Exercice du Pouvoir

  • Installation durable des services de la présidence du Conseil à l'Hôtel Matignon.

  • Importance de personnalités ministérielles comme Jean Zay (ministre de l'Éducation : allongement de l'âge de scolarisation, nouveaux programmes, sport à l'école).

L'Idée de Fenêtre Politique (John Kingdon)

Caractérise les moments favorables aux réformes :

  • Concentre sur les élections et l'alternance.

  • La taille de la fenêtre (Keeler) : petites, moyennes, grandes, énormes.

  • Mécanismes de crise (gravité sociale, économique, géopolitique).

  • Mécanismes de mandat (autorisation d'agir, leviers institutionnels, pression partisane).

  • Le Front Populaire est une petite fenêtre.

Été 1936 : Tout est Possible

  • Sentiment de joie de vivre et d'unité de la gauche.

  • Début de la guerre civile en Espagne.

    • Février 1936 : Victoire du Frente Popular aux législatives espagnoles.

    • 17/18 juillet : Tentative de coup d'État avortée, début de la guerre civile.

    • La question du soutien à la République espagnole divise la gauche.

    • Aide apportée au début (Pierre Cot, ministre de l'Air) et accueil des réfugiés.

  • Opposition des radicaux et des pacifistes.

Difficultés Croissantes en France

  • Opposition du Sénat à plusieurs réformes (ex : nationalisation de la Banque de France).

  • Crise économique et dévaluation du franc.

  • Affaire Salengro (campagne calomnieuse contre le ministre de l'Intérieur).

Fin du Premier Gouvernement Blum

  • Juin 1937 : Refus du Sénat d'accorder les pleins pouvoirs financiers.

  • 1937-1938 : Gouvernement Chautemps (dominance des radicaux et pause des réformes).

  • Mars-avril 1938 : Retour éphémère de Blum (fin réelle du Front Populaire).

II. Léon Blum (1872-1950)

Seconde grande figure de gauche après Jaurès.

  • Biographie :

    • Né à Paris en 1872, famille juive aisée d'origine alsacienne.

    • Élève brillant (lycée Charlemagne, Henri IV, ENS).

    • Fréquente les milieux littéraires (André Gide, Pierre Louÿs), participe à des revues.

    • Après des études de droit, réussit le concours du Conseil d'État (juif d'État pendant 25 ans).

    • Entrée en politique marquée par l'affaire Dreyfus (rupture avec Barrès).

    • Rencontre Jaurès en 1897.

  • Du mariage (1907) : Essai provocateur qui lui vaut notoriété et scandale.

  • 1914-1916 : Chef de cabinet de Marcel Sembat (ministre socialiste des Travaux publics).

  • 1919 : Élu député de la Seine, tente de maintenir l'unité du parti.

  • Rôle essentiel au Congrès de Tours.

  • Leader de la SFIO, écrit dans Le Populaire.

  • Artisan du Cartel des Gauches et adepte du soutien sans participation.

  • Reconnaissance tardive des dangers du nazisme (après le 6 février 1934).

  • Deux fois président du Conseil pendant la législature du Front Populaire.

  • 10 juillet 1940 : Vote les pleins pouvoirs à Pétain.

  • Septembre 1940 : Emprisonné par Vichy.

  • Février-avril 1942 : Procès de Riom, où il retourne l'accusation (Mauriac).

  • 1943 : Déporté près de Buchenwald, dans un camp spécial. Son frère est tué à Auschwitz.

  • Julliet 1945 : Témoigne au procès de Pétain.

  • Mai 1946 : Négociation des accords Blum-Byrnes.

  • Impliqué dans la création de l'UNESCO.

  • Décembre 1946-janvier 1947 : Président du Conseil d'un gouvernement transitoire.

  • 1948 : Retrait de la vie politique, décès en 1950.

  • Postérité : Figure forte et ambiguë dans les mémoires (Milo Lévy-Bruhl), longue vie, riche, diverse, complète (Jean Rabaud).

Chapitre 3b760155 (IIIe République et Seconde Guerre Mondiale)

Le régime du Front Populaire connaît trois phases :

  • Juin 1936 - juin 1937 : Blum.

  • Juin 1937 - mars 1938 : Chautemps.

  • Mars - avril 1938 : Blum.

Le délitement du FP et l'approche de la guerre entraînent une succession de gouvernements à droite :

  • Avril 1938 - mars 1940 : Daladier.

  • Mars - juin 1940 : Reynaud.

  • Juin - juillet 1940 : Pétain.

Comment l'Assemblée élue du Front Populaire a-t-elle voté les pleins pouvoirs à Pétain ?

L'explication tient aux débuts de la Seconde Guerre Mondiale et aux conditions de la prise de pouvoir de Philippe Pétain.

  • 3 septembre 1939 : Déclaration de guerre à l'Allemagne (Drôle de guerre).

  • Mai 1940 : Attaque allemande, la débâcle et l'exode.

  • Chute de la IIIe République (délitement des institutions et des partis).

  • 10 juin : Le gouvernement se réfugie à Bordeaux.

  • 16 juin : Lebrun désigne Pétain président du Conseil.

  • 22 juin : Armistice.

  • 10 juillet : Vote des pleins pouvoirs à Pétain.

Blum, pendant le procès Pétain, décrit cette période comme une altération des hommes par la peur, conduisant à une modification de la Constitution en présence de l'ennemi.

Vie Politique sous Vichy

Difficile de parler de vie politique normale sous l'occupation : pas de pluralisme, territoire occupé, guerre civile.

Séance du Parlement du 10 Juillet 1940 : Vote des Pleins Pouvoirs

  • L'Assemblée Nationale donne les pleins pouvoirs au gouvernement, sous l'autorité de Pétain, pour promulguer une nouvelle constitution garantissant les droits du travail, de la famille et de la patrie.

  • Résultat : 570 oui, 80 non.

  • 11-12 juillet 1940 : La République n'est pas formellement abrogée, mais des actes constitutionnels rapides créent l'État Français.

Formalisation Progressive de l'État Français

  • Propagande autour de Philippe Pétain (Êtes-vous plus français que lui ?).

  • Justification idéologique de la Révolution Nationale.

  • Collaboration assumée avec l'occupant allemand.

  • L'Article 4 des actes constitutionnels prévoit une dictature héréditaire (Laval, Darlan).

  • Henri Rousso voit l'État Français comme s'inscrivant dans une tradition française (bonapartisme, boulangisme) mais empruntant à son époque (franquisme, salazarisme, fascisme italien, national-socialisme allemand).

La Révolution Nationale

  • Pétain est convaincu de la nécessité d'un redressement intellectuel et moral.

  • Remise en cause de l'individualisme et de l'égalité au profit des hiérarchies et structures sociales traditionnelles.

  • Axes :

    • La terre, elle, ne ment pas (discours de Pétain, 25 juin 1940).

    • Politique familialiste (Fête des mères).

    • Contrôle de l'administration (prestation de serment, statut des juifs).

    • Antisémitisme d'État (Rafle du Vél'd'Hiv, juillet 1942).

Vie Politique Tronquée

  • Décisions prises autour d'un Conseil restreint présidé par Pétain.

  • Vie de cour confuse (7 remaniements ministériels de 1940 à 1942).

  • Organisations périphériques soutenant l'État français (Légion française des combattants, PPF).

Phases de la Collaboration

  • 11 octobre 1940 : Pétain appelle à une paix de collaboration.

  • 24 octobre 1940 : Rencontre Pétain-Hitler à Montoire.

  • Fiction d'une autonomie en Zone Libre.

  • À partir de 1941 : Concessions multiples.

    • Service du Travail Obligatoire (STO).

    • Accords Darlan-Abetz (mai 1941).

  • 1942 : Invasion de la Zone Sud (Opération Anton).

  • Retour de Pierre Laval au pouvoir, fuite en avant idéologique et répressive.

  • 1943 : Création de la Milice (Joseph Darnand) et participation aux opérations contre la Résistance (assassinats de Jean Zay, Georges Mandel).

II. Les Mouvements de Résistance

Résistance Intérieure : Marginale au Début

  • Actes isolés (Étienne Achanne, 1940).

  • Manifestations ponctuelles (11 novembre 1940).

Constitution des Premiers Réseaux

  • Réseau du Musée de l'Homme (Paul Rivet) : fondé dès l'été 1940, publication du journal Résistance, démantelé en 1941.

  • Individus comme Germaine Tillon, Pierre Brossolette.

  • Les premiers résistants sont issus de deux familles d'esprit (Azéma) : catholiques militants et socialistes (Daniel Mayer).

Différenciation Réseaux et Mouvements

  • Les réseaux visent la participation militaire (renseignement, sabotage, évasion).

  • Les mouvements cherchent à sensibiliser et organiser la population (dimension politique).

Extension et Structuration après 1942

  • Entrée du PCF dans la Résistance et militarisation (armée des ombres).

  • Position ambiguë du PCF (Pacte Ribbentrop-Molotov), changement avec l'Opération Barbarossa (Juin 1941).

  • Création du Front national de lutte pour l'indépendance de la France avec sa branche militaire, les Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

Structuration des Mouvements et Unification

  • Volonté de rendre la Résistance plus efficace militairement et politiquement.

  • Jean Moulin est parachuté en 1942 par de Gaulle pour unifier la Résistance.

  • Résistance à l'unification due aux frictions gauche-droite et à l'indépendance des mouvements.

  • Janvier 1943 : Fondation des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) autour de Combat, Franc-Tireur, Libération-Sud.

  • 27 mai 1943 : Création du Conseil National de la Résistance (CNR) (intégration des partis politiques classiques).

  • Juin 1943 : Assassinat de Jean Moulin.

  • Unification militaire autour de l'Armée Secrète (AS).

Principaux Mouvements de Résistance (N. Beaupré)

  • Zone Nord : Ceux de la Libération (droite), Ceux de la Résistance (droite républicaine), Organisation Civile et Militaire (principalement droite au début, gauche à la fin), Front National (communiste), Libération Nord (syndicalistes et SFIO).

  • Zone Sud : Libération Sud (gauche non communiste), Franc-Tireur (gauche), Combat (conservateur).

Rationalisation par le découpage du territoire (zones occupées, zones libres), maquis dans les zones montagneuses.

Préparation de la Libération et Reconstruction Institutionnelle

  • 1943 : Création du Comité Français de Libération Nationale (CFLN) à Alger (co-dirigé par Giraud et de Gaulle).

  • Création d'une Assemblée Consultative Provisoire.

  • Volonté d'éviter l'hégémonisme américain (AMGOT).

  • 3 juin 1944 : Création du Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) et engagement à reconstruire la République.

Programme Commun du CNR

  • Restaurer les libertés publiques (suffrage universel, liberté de la presse).

  • Plan économique et social (démocratie économique et sociale, planification, éviction des grandes féodalités économiques).

Libération de la France et Renouveau Politique

  • La libération est longue (un an entre débarquement et armistice).

  • Octobre 1944 : Reconnaissance de la loi.

  • Épuration d'une partie de l'État français (9000 exécutions sommaires, 20000 femmes tondues, 350000 poursuites judiciaires).

Victoire Française Ambiguë

  • Se fait avec les armées alliées (300000 hommes français).

  • Héroïsation des troupes françaises (2e Division Blindée du Général Leclerc).

Question de la Reconstruction

  • Importantes pertes humaines (170000 militaires, 280000 prisonniers, 150000 civils).

  • Destructions matérielles (74 départements, 22000 km de voies ferrées).

  • Inflation des prix et pénuries (rationnement, 900 calories/jour à Paris en août 1944).

  • Épuration (gestion des exactions, fuite des élites de Vichy à Sigmaringen).

  • Procès de Pétain (juillet-août 1945), Laval, Darnand, De Brinon fusillés.

Réaffirmation de la Légitimité et Réappropriation de la Résistance

  • 1940 : Création des Compagnons de la Libération par de Gaulle.

  • Le PCF tente de capitaliser sur son engagement dans la Résistance (les 75000 fusillés).

  • Échec de la formation d'un parti de la Résistance.

  • Les partis classiques reprennent leur place : SFIO, PCF.

  • Création du Mouvement des Républicains Populaires (MRP) en novembre 1944.

Refondation des Institutions de la République

  • Légitimation progressive des acteurs politiques français contre l'AMGOT.

  • De Gaulle arrive rapidement sur le territoire français (Bayeux, 14 juin 1944).

Mise en Place de Nouvelles Institutions et Premières Élections

  • Premières élections municipales : Percée du MRP au premier tour, puis victoire des maires modérés grâce à un rejet au second tour.

  • 21 octobre 1945 : Référendum (Assemblée constituante ? Petite Constitution provisoire ?). Les deux sont adoptées avec 79% de participation.

  • 21 octobre 1945 : Législatives (tripartisme ou nouveau FP).

    • Front de Gauche : PCF (159 députés), SFIO (146).

    • MRP (151).

  • De Gaulle réélu à la tête du gouvernement. Félix Gouin (SFIO) élu président de l'Assemblée constituante.

Désaccords De Gaulle - Gouin

  • Conflits croissants entre de Gaulle et les communistes (refus de postes importants).

  • 20 janvier 1946 : Démission de de Gaulle (désaccord politique de fond).

  • L'opinion française est divisée sur son départ (41% de réussite, 36% d'échec).

Préparation du Texte Constitutionnel

  • Un tripartisme (MRP, PCF, SFIO) élabore un compromis, avec des propositions communistes dominantes.

  • La Constitution prévoit une assemblée unique pour 5 ans, un président élu par l'assemblée, et un président du Conseil responsable devant l'assemblée.

  • Les règles de dissolution sont complexes, empêchant le contrôle du législatif par l'exécutif.

  • 5 mai 1946 : Référendum. Le projet est rejeté (52,82% de non).

Deuxième Assemblée Constituante (2 Juin 1946)

  • Noyvelles élections : Victoire du MRP (166 sièges), PCF (153), SFIO en baisse (128).

  • Rennaissance du Parti Radical.

Discours de Bayeux (16 Juin 1946)

  • De Gaulle propose ses idées constitutionnelles.

  • Il diagnostique l'instabilité chronique de la France et prône un renforcement de l'exécutif.

  • Le discours est prophétique, annonciateur de l'échec de la IVe République et de l'avènement de la Ve.

Nouveau Texte Constitutionnel

  • Élaboré par les partis dominants, c'est un texte de compromis.

  • De Gaulle s'y oppose (discours d'Épinal).

  • Référendum positif (53,24% de oui), mais avec une faible participation (67%).

I. Une Nouvelle République Parlementaire (IVe République)

Un sentiment de retour à la vie politique classique, avec la réémergence des partis et l'effritement du tripartisme.

  • Jean-Pierre Rioux : Mal aimée mais légitime, elle s'installe.

Nouvelles Élections après la Constitution

  • 10 novembre 1946 : Législatives (scrutin proportionnel).

  • Campagne difficile pour les partis minoritaires.

  • Résultat :

    • Le RGR (Rassemblement des Gauches Républicaines) obtient 42 sièges.

    • Le gaullisme ne perce pas (3% des suffrages).

    • Le tripartisme (MRP : 171, PCF : 162, SFIO : 102) coexiste avec un pluralisme de partis.

  • Novembre-décembre 1946 : Élections du Conseil (Sénat).

  • Début 1947 : Élection du président de la République (socialiste Félix Gouin).

Mise en Place de l'Action Gouvernementale

  • Nomination de Paul Ramadier (socialiste) à la tête d'un gouvernement élargi (avec radicaux, UDSR, indépendants).

  • 28 janvier 1947 : Ramadier accepte un vote de confiance pour l'ensemble de son gouvernement (non prévu par la Constitution).

Premières Crises et Ruptures : Entrée dans la Guerre Froide

  • Mars 1946 : Discours de Churchill sur le rideau de fer.

  • Début 1947 : Doctrine Truman (endiguement du communisme).

  • Émergence de logiques de blocs.

Influence en France

  • Les États-Unis veulent empêcher l'endiguement communiste, alors que des communistes sont au gouvernement.

  • Le Plan Marshall (aide américaine) est un moyen de pression.

Problèmes Sociaux et Économiques Internes

  • La reconstruction est lente, le quotidien des Français difficile.

  • Les prix augmentent (20% pour la viande).

  • Mauvaises récoltes, émeutes pour le pain.

  • Grèves multiples (Renault).

  • La Ramadiète : Ramadier écarte les ministres communistes du gouvernement, accusés de fomenter une insurrection.

  • 1947 : Les communistes passent dans l'opposition.

Retour à l'Instabilité

  • 9 gouvernements en 3 ans, dirigés par des centristes ou des radicaux.

  • La SFIO revient à sa posture de soutien sans participation.

  • Scission radicale de la CGT, création de Force Ouvrière (FO) soutenue par les Américains.

Début de la Question Coloniale

  • Émergence de mouvements de décolonisation (indépendance de l'Inde et du Pakistan).

  • Soutien américain aux mouvements d'émancipation (idéalisme, extension de l'influence).

  • Demandes des populations colonisées (humiliation par la guerre).

Émeutes dans les Colonies

  • Mai 1945 : Répression des émeutes de Sétif et Guelma en Algérie (11000 morts algériens).

  • Septembre 1945 : Rêve d'août en Indochine, Ho Chi Minh proclame l'indépendance de la République Démocratique du Vietnam.

  • La France reprend le contrôle, mais le bombardement de Haïphong (novembre 1946) marque le début de la guerre d'Indochine.

  • Nuit du 29/30 mars 1947 : Tentative d'insurrection à Madagascar (550 européens tués, 1900 malgaches).

  • Répression brutale de l'insurrection malgache (89000 morts).

Illusion d'une Union Française

  • Avril 1946 : Loi Houphouët-Boigny (abolition du travail forcé), loi Lamine Gueye (généralisation du statut de citoyens).

  • Ouverture vers l'égalité des droits, inscrite dans la Constitution de 1946 (égalité des droits et des devoirs).

  • Mais aucune conséquence pratique (maintien des deux collèges électoraux).

Chapitre 41-43 (Construction Européenne)

Facilitée par l'alignement des forces politiques en Europe (démocrates-chrétiens).

  • Pères fondateurs : Robert Schuman (ministre des Affaires étrangères), Konrad Adenauer (Chancelier allemand), Alcide de Gasperi (président du Conseil italien).

  • 9 mai 1950 : Déclaration Schuman (intérêt pour le charbon et l'acier, reconstruction, sécurité, solidarités de fait).

  • Soutien américain.

Jean Monnet : Commissaire au Plan (1945-1952)

  • Intégration européenne graduelle et sectorielle.

  • Modèle de décision calqué sur les agences américaines.

  • Futur premier président de la Haute Autorité de la CECA.

La Communauté Européenne de Défense (CED)

  • Armée européenne pour répondre à la menace soviétique (guerre de Corée) et réarmer l'Allemagne.

  • Opposition française, craintes de parasitage des négociations CECA.

  • Octobre 1950 : Plan Pleven.

Plan Pleven

  • Réarmement allemand au sein de forces armées multinationales.

  • Création d'un Ministère de la Défense européen, budget commun, structure sous autorité de l'OTAN.

  • 27 mai 1952 : Traité de Paris.

    • Armée de 40 divisions nationales (12 allemandes) sous uniforme commun.

    • Duplication du cadre institutionnel de la CECA (commissariat, conseil des ministres, assemblée).

    • Intégration des souhaits de la RFA (fin de l'occupation).

    • Fédéralisme : l'article 38 confie à l'Assemblée CED l'élaboration d'un projet fédéral.

Rejet de la CED

  • Traité ratifié par la RFA et le Benelux.

  • Pressions américaines sur la France.

  • Poids accru des partis anti-système (PCF, RPF).

  • Tensions internes à la troisième force.

  • Scission du pays sur le modèle de l'Affaire Dreyfus.

  • Gouvernement PCF divisé (guerre d'Indochine).

  • La coalition des oppositions rejette le projet (319 voix contre 264) : PCF, gaullistes, une partie des socialistes, radicaux et UDSR.

La fin de la législature est marquée par l'effritement des équilibres hérités de la Résistance et la polarisation de la vie politique.

Chapitre 44 (Le RPF et la Troisième Force)

Avril 1947 : Création du Rassemblement du Peuple Français (RPF) par de Gaulle

  • Mouvement de masse contre le jeu partisan.

  • Objectif : Mettre fin aux équilibres constitutionnels.

  • Anti-communiste (séparatistes).

  • Prône l'alliance entre capital et travail.

  • Revendique la souveraineté française dans les colonies.

1947 : Élections Municipales

  • Victoire du RPF (38%), qui conquiert de grandes villes (Paris, Bordeaux).

  • PCF : 30%. MRP laminé (10%).

  • Près de 60% des partis s'opposent au gouvernement.

Création de la Troisième Force

  • Le gouvernement décide de former la troisième force pour rationaliser l'offre politique.

  • Modifie la règle électorale (7 mai 1951) : le système des apparentements favorise les alliances pour la distribution des sièges.

1951 : Élections Législatives

  • Forte opposition et forte participation.

  • Résultat :

    • Troisième Force : 50,9%.

    • PC : 25,9%.

    • RPF : 21,7%.

    • SFIO : 14,5%.

    • MRP : 12,5%.

  • Les partis obtiennent la majorité des sièges, mais pas des voix.

  • Victoire confirmée au Conseil de la République.

Sentiment d'un rétrécissement de la légitimité et de la capacité des gouvernements face aux problèmes domestiques et internationaux.

Développement de la IVe République

  • Jean Lapointe : Il n'est aucun problème assez urgent en politique qu'une absence de décision ne puisse résoudre.

  • Un mois pour former le gouvernement HAART (UDSR), composé uniquement de partis centristes.

Chapitre 46 (Plan Marshall)

Le Plan Marshall : Outil d'Intégration des Pays Européens au Bloc Occidental

  • Contexte de situation économique compliquée (inflation, baisse du pouvoir d'achat).

  • Lenteur de la reconstruction (hiver 1946-1947, problèmes d'approvisionnement).

  • Menace soviétique sur l'Europe (Coup de Prague, février 1948).

  • Volonté américaine de gestion directe des fonds.

Juin 1947 : Discours de George C. Marshall à Harvard

  • Il est logique que les États-Unis fassent tout pour aider à rétablir la santé économique du monde...

  • Logiciel américain de reconstruction pour la stabilité politique mondiale.

Mise en Œuvre du Plan

  • Juin-juillet 1947 : Conférence de Paris, proposition aux pays européens.

  • L'URSS refuse et oblige ses pays satellites à quitter la réunion.

  • 20 septembre 1947 : Le Plan Marshall est signé par 15 pays.

Le Programme de Rétablissement Européen (ERP)

  • Financements : 85% de dons, 15% de prêts par des banques américaines.

  • Circuits de financement pour des projets européens et des achats matériels aux États-Unis.

Impact en France

  • La France est le 2e bénéficiaire après le Royaume-Uni (l'Italie est 3e).

  • Effet ambigu sur la reconstruction (obligation d'acheter américain empêche le relancement de la production).

  • Effet positif : Transfert de technologies.

  • Effet sur la croissance : ~2,25% par an entre 1948 et 1952.

Conséquences Politiques

  • Perte d'autonomie sur la reconstruction.

  • Création de l'OECE (future OCDE) qui répartit les crédits et coordonne les politiques européennes.

  • Domination américaine sur l'Europe occidentale (stratégie d'imposition de la démocratie et du capitalisme).

  • Importance des passeurs dans la réussite du Plan (Jean Monnet en France).

Autres Formes d'Atlantisme

  • 1946 : Accords Blum-Byrnes (suppression des quotas pour les films américains en France, impérialisme culturel).

  • Implantation militaire américaine et canadienne en France (OTAN).

Le Plan Marshall et les Trente Glorieuses

  • Théorie de Jean Fourastié.

  • Effet de levier sur la modernisation économique et la croissance.

  • Amélioration du bien-être des ménages.

  • Modernisation de l'appareil productif (plans, ZIP, aéronautique civile).

III. Jean Monnet (1888-1979)

  • Né à Cognac, issu de la bourgeoisie provinciale.

  • Arrête ses études à 16 ans, développe un intérêt pour les questions commerciales à Londres.

Première Guerre Mondiale

  • Réformé pour raisons de santé.

  • Facilite l'utilisation des frets maritimes.

  • Membre de la commission de coordination économique interalliée.

  • 1919 : Prépare la rédaction de la SDN, nommé n°2.

Carrière dans les Affaires et la Diplomatie

  • 1923 : Reprend l'entreprise familiale, devient banquier et crée sa propre banque.

  • Fonde un réseau politique et économique influent au niveau international (rôle en Chine dans les années 1930).

  • 1934 : Se marie avec Silvia de Bondini (à Moscou, car déjà mariée).

Seconde Guerre Mondiale

  • 1939 : Reprend ses fonctions à Londres.

  • Mai 1940 : Propose une union franco-britannique (rejetée par Reynaud, puis Pétain).

  • Se méfie de de Gaulle, refuse de rejoindre la France Libre.

  • Devient vice-président du British Supply Council à Washington.

  • Proche d'Henry Stimson, acteur du Victory Program américain.

  • 1943 : Envoyé à Alger par Roosevelt pour unifier les forces françaises (convainc Giraud d'abandonner les références à Vichy).

Relations Monnet - De Gaulle

  • Tensions au début, puis normalisation.

  • De Gaulle nomme Monnet commissaire à l'armement en juin 1943.

  • Novembre 1943 : Retour à Washington pour mettre en place le French Supply Council.

L'Homme de la Planification

  • Mélange de pragmatisme et d'influence des mouvements intellectuels des années 1930.

  • Participe à la création et dirige le Commissariat au Plan (1945-1952).

Père Fondateur de l'Europe

  • Inspire la CECA et la CED.

  • Dirige la CECA (1952-1955).

  • Intégration européenne par l'unification des marchés (stabilité économique pour la stabilité politique).

  • À l'origine d'une architecture d'agences européennes originale.

  • Critiqué comme père de l'Europe (Antonin Cohen), mais acteur clé.

Fin de Carrière Politique

  • 1955 : Crée le Comité d'Action pour les États-Unis d'Europe.

  • S'oppose à de Gaulle dans les années 1950 (cultures et conceptions divergentes : économie vs politique).

  • Inhumé au Panthéon en 1988.

Chapitre 53 (La IVe République)

Vie Politique autour de Trois Ensembles : le Tripartisme

  • Troisième Force : 51% des suffrages, mais 2/3 des sièges.

  • PCF : 26%, 16% des sièges.

  • RPF : 21%, 19% des sièges.

Chapitre 105ffbfe (La IVe République : Chute et Bilan)

Le RPF de de Gaulle

  • Mouvement jeune, mais incertitude sur la stratégie de de Gaulle (refus du bonapartisme, mais aussi du jeu des coalitions).

  • 1953 : Défaite aux municipales (perte de villes, moitié des voix).

  • De Gaulle se retire de la vie politique (6 mai 1953), libérant les parlementaires gaullistes.

  • 1955 : Fin du RPF, création des Républicains Sociaux.

  • Début de la traversée du désert (écriture des Mémoires de guerre).

Incertitude Politique

  • 13 gouvernements successifs de 1951 à 1958, instabilité ministérielle.

  • La IVe République, perçue comme transitoire, est jugée inefficace face aux crises.

  • Michel Dobry : Sociologie des crises politiques (2009).

  • Nicolas Beaupré : La IVe République est une période de reconstruction et de modernisation.

  • Jean-Pierre Rioux : Succès de la IVe République (sécurité sociale, planification, construction européenne, modernisation sociale).

Avancées Sociales : la Sécurité Sociale

  • Premiers systèmes mutualistes au XIXe siècle.

  • Années 1930 : Nouvelles réflexions sur le dérèglement du marché et les risques sociaux.

  • Sous Vichy : Loi sur le système de retraite par répartition (1942).

  • Rapport Beveridge (Alliés, 1942) : protection sociale pour prévenir les crises.

  • Reconnaissance des droits sociaux.

  • Principes des trois U : Uniformité, Unité, Universalité.

  • La sécurité sociale est inscrite dans les principes réformateurs du CNR.

  • Création d'une commission parlementaire et d'experts sous Ambroise Croizat.

  • 1946 : Mise en place de 123 caisses primaires de sécurité sociale.

Modernisation de la Vie Quotidienne : le Logement

  • Début des années 1950 : 1/3 des Français mal logés, logements insalubres.

  • Construction de grands ensembles.

  • Début de la consommation de masse (automobiles, réfrigérateurs).

  • Jacques Tati, Mon Oncle (1958).

Tyrannie des Politiques Étrangères

  • Gestion contrastée de la décolonisation.

  • Mars 1956 : Indépendance de la Tunisie et du Maroc.

  • 1956 : Loi-cadre Deferre (autonomie politique, suffrage universel, collège unique).

Conflits Majeurs en Algérie et en Indochine (1954)

  • 1er novembre : Toussaint Rouge en Algérie (Ici c'est la France - Pierre Mendes-France).

  • Défaite militaire à Dien Bien Phu (mars-mai 1954).

1956 : Intervention Franco-Britannique au Canal de Suez

  • Nationalisation du canal par Nasser, contre les intérêts français et britanniques.

  • 29 octobre : Attaque des troupes israéliennes.

  • 31 octobre : Intervention de la France et du Royaume-Uni.

  • Défaite politique : pression des États-Unis et de l'URSS.

Fragilisation du Régime par la Décolonisation

  • Absence d'accord entre les partis, difficulté à gouverner.

  • Médiocrité des personnalités politiques (selon Rioux).

  • Élections présidentielles de 1953 (René Coty élu).

Gouvernement de Pierre Mendes-France (PMF)

  • Vient du Parti Radical-Socialiste.

  • Image de modernité et de légitimité, critique de la guerre d'Indochine.

  • Entouré d'acteurs politiques et intellectuels (L'Express, clubs politiques).

  • Gouvernement éphémère (18 juin 1954 - 5 février 1955) mais grandes réalisations.

    • Juillet 1954 : Accords de Genève (règlement du conflit indochinois).

    • Relance de la décolonisation (Tunisie, Maroc).

    • Distribution de lait dans les écoles, développement scientifique, programme nucléaire militaire.

  • Chute due au délitement de son soutien (conflit sur la CED, ambiguïté des socialistes).

Retour du Sentiment de Chaos de la IVe République

  • Changement de position du PC après la mort de Staline (1953), ouverture aux partis de gauche.

  • Nouveau rassemblement : le Front Républicain (SFIO, Parti Radical, Républicain-Socialiste, UDSR).

  • Centre-droit autour du CNIP, MRP.

  • Réémergence de l'extrême droite : le Mouvement Poujade (antifiscal, antimoderne, violent).

Législatives de 1956

  • Front Républicain affaibli (27,1%).

  • Centre-droit (32,4%).

  • PC (25,36%).

  • UDCA (Poujade) : 12,62%.

  • Émergence de quatre blocs politiques, reflet d'une fracture sociale et politique.

Dernier Acte : le Gouvernement Guy Mollet (Janvier 1956)

  • On attendait Mendès France, ce fut Guy Mollet (M. Winock).

  • 6 février 1956 : La journée des tomates à Alger. Mollet donne des pouvoirs spéciaux à l'armée (justice dérogatoire, camps d'internement).

1957 : Bataille d'Alger

  • Indifférence des Français envers les gouvernements successifs.

Mai 1958 : Crise Finale

  • 8 mai : Départ de Robert Lacoste.

  • 9 mai : Pierre Pflimlin est désigné président du Conseil.

  • 13 mai : Manifestation à Alger, formation d'un Comité de Salut Public.

  • 14 mai : Pflimlin obtient la majorité à l'Assemblée.

  • 15 mai : Salan à Alger scande Vive De Gaulle.

  • 19 mai : Conférence de presse de De Gaulle, qui se pose en solution pour sortir la France de la situation.

  • 24 mai : Parachutistes militaires en Corse.

  • 28 mai : Démission de Pflimlin.

  • 29 mai : De Gaulle accepte de former le gouvernement.

  • 1er juin : Le gouvernement de De Gaulle est investi.

Analyse : Coup d'État ou Processus Révolutionnaire ?

  • Définition de coup d'État (Dalloz) : prise illégale et brutale du pouvoir.

  • Winock compare avec un coup d'État par l'armée, mais les événements sont associés à trois crises : décolonisation, système politique, armée.

  • Opération Résurrection : volonté de prendre Paris.

  • Rôle ambigu de De Gaulle, qui défend l'armée mais se pose en solution.

  • Salan défend De Gaulle contre une intervention à Paris.

  • Manifestations du 28 mai montrent le soutien à De Gaulle (Mitterrand, PMF).

  • De Gaulle et ses ministres : incarnent un statut moral, influencent la gauche, mais ont peu participé au pouvoir.

Biographie de Pierre Mendes-France (1907-1982)

  • Né à Bordeaux, famille portugaise et séfarade.

  • Élève brillant (LLG, Sciences Po), avocat à 28 ans.

  • Milite dans la Ligue d'Action Universitaire Républicaine et Socialiste.

  • Fait partie des Jeunes Turcs : modernisation du pays, planification, renforcement de l'État dans l'économie, favorable à l'UE.

  • 1932 : Député de l'Eure (le plus jeune) et maire de Louviers.

  • 1938 : Sous-secrétaire d'État au Trésor (plan de relance économique, hausse des impôts).

  • Mobilisé en 1940, arrêté et condamné en 1941, s'évade et rejoint Londres en 1942.

  • Refuse de siéger avec de Gaulle. 1943 : Commissaire aux finances.

  • Relations fortes mais conflictuelles avec de Gaulle.

  • Avril 1945 : Démissionne, retrait partiel de la vie politique. Fonctions internationales.

  • Revient en France, mais refuse le poste de ministre de l'Économie sans pleine autonomie.

  • Figure importante à l'Assemblée, critique de la guerre d'Indochine.

  • Président du Conseil (1954-1955), discours d'investiture marquant.

  • Style de gouvernement : proximité avec les citoyens, gouvernement large.

  • S'oppose à la politique algérienne de Guy Mollet et au retour de de Gaulle.

  • Retrait de la vie politique, soutien Mitterrand. Décès en 1982.

Chapitre 8 : La Ve République Gaullienne

Arrivée de De Gaulle : Logique de Compromis

  • De Gaulle doit composer avec les partis en place.

  • Compromis sur la procédure et le fond de la nouvelle Constitution.

  • Comité du 3 juin 1958 : rédaction rapide de la Constitution.

  • De Gaulle doit garantir le respect des principes républicains (suffrage universel, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le Parlement).

  • Vialat (juriste) : démarche illégale mais légitime.

Rédaction de la Constitution

  • Un avant-projet (comité d'experts de Michel Debré, comité interministériel de De Gaulle).

  • Passe par un comité consultatif parlementaire.

  • Validé par le Conseil d'État.

  • 4 septembre 1958 : De Gaulle propose le texte aux citoyens. 28 septembre : Référendum.

  • Participation importante (80,6%), adoption large (82,6% de oui).

Mise en Place des Institutions

  • 23 et 30 novembre 1958 : Élections législatives.

    • Baisse du PCF (-19%).

    • Union pour la Nouvelle République (UNR) : 17,6%.

    • SFIO : 15,6%.

  • Effet du scrutin majoritaire : disproportionnalité entre voix et sièges (PCF : 10 députés, UNR : 34,6% des sièges).

  • La plupart des grandes figures perdent leur siège (PMF, Faure, Mitterrand).

  • 21 décembre 1958 : Élection présidentielle par un grand collège électoral. De Gaulle obtient 78,5% des suffrages.

  • Avril 1959 : Élections sénatoriales : le gaullisme n'a pas de succès, le Sénat s'affirme comme un contre-pouvoir.

  • Mise en place d'autres institutions (Conseil constitutionnel).

Le Domaine Réservé et l'Ambiguité du Régime

  • Fin 1959 : Première théorisation du domaine réservé du Président (place prépondérante).

  • Texte ambigu, équilibre des forces politiques instable (cohabitation).

I. La Vie Politique dans les Années 1960 : Genèse d'un Régime (Semi) Présidentiel

Berstein et Winock soulignent l'ambiguïté du régime, entre lecture parlementaire et présidentielle.

  • Les acteurs s'appuient sur d'autres textes pour comprendre la logique institutionnelle chère à De Gaulle.

  • Duverger : Le texte n'est pas clair.

Nouveau Gouvernement Dirigé par Michel Debré

  • Michel Debré, conseiller d'État, réformateur de l'administration (ENA, 1945).

  • Volonté de poser les bases du développement économique et de rationaliser l'économie française.

  • Deux initiatives :

    • Adoption du nouveau franc (100 anciens francs) pour lutter contre l'inflation.

    • Plan Rueff-Armand : rapport sur les obstacles à l'expansion, remise en cause des avantages des professions réglementées.

Guerre d'Algérie et Évolution de la Position de De Gaulle

  • Maintien des forces militaires (400 000 hommes).

  • 16 septembre 1959 : De Gaulle propose le droit à l'autodétermination aux Algériens (sécession, francisation, association).

  • Radicalisation des Français d'Algérie (déçus par le discours de Je vous ai compris).

  • Début 1960 : Semaine des barricades.

  • Général Massu démis de ses fonctions.

  • Violences autour de Pierre Lagaillarde (22 morts, 147 blessés).

Développements 1960-1961

  • Mars 1960 : De Gaulle en Algérie (tournée des popotes).

  • 14 juin 1960 : De Gaulle appelle à l'arrêt des combats.

  • Septembre 1960 : Procès du réseau Jeanson (porteurs de valises).

  • 8 janvier 1961 : Référendum sur l'autodétermination. Victoire du oui (75,25% en métropole, 69,09% en Algérie).

  • Février 1961 : Création de l'OAS (Organisation Armée Secrète).

  • 21 avril 1961 : Putch des généraux (Challe, Jouhaud, Salan, Zeller).

  • 17 octobre 1961 : Manifestation des Algériens à Paris.

1962 : Année Décisive

  • 8 février 1962 : Attentat du métro Charonne (9 morts).

  • 18 mars 1962 : Accords d'Évian.

  • 8 avril 1962 : Référendum en métropole valide les accords (90,81% de oui).

  • 14 avril 1962 : Georges Pompidou Premier Ministre.

  • 1er juillet 1962 : Référendum sur l'indépendance en Algérie (99,7% de oui).

  • 22 août 1962 : Attentat du Petit-Clamart.

Accélération de la transformation des institutions.

Réforme Constitutionnelle de 1962

  • 20 septembre 1962 : De Gaulle annonce le souhait d'adopter le suffrage universel direct pour l'élection présidentielle (forfaiture selon Monnerville).

  • 5 octobre : Vote de la censure.

  • 9 octobre 1962 : Dissolution de l'Assemblée Nationale.

  • 28 octobre 1962 : Référendum adopté (62,25% de oui).

  • 18 et 25 novembre 1962 : Élections législatives.

Résultats des Législatives

  • UNR : 32,6%. PCF : 21,87%. SFIO : 12,43%.

  • Disproportionnalité en sièges : le mouvement gaulliste est majoritaire (230 sièges).

  • Le pouvoir de De Gaulle est légitimé.

Indépendances Africaines

Le conflit algérien masque les indépendances pacifiques de certaines colonies françaises :

  • Cameroun (janvier 1960), Sénégal (avril 1960), Côte d'Ivoire (août 1960), Mali (septembre 1960), etc.

Vème République : Héritage de la IVème vis-à-vis de la Construction Européenne

  • Volonté de De Gaulle de lutter contre la pente libérale.

  • Janvier 1964 : Reconnaissance par la France de la République Populaire de Chine.

  • Mars 1966 : Retrait du commandement intégré de l'OTAN.

Plans Fouchet

  • Juillet 1961 : Sommet de Bonn, objectif de coopération politique complète.

  • De Gaulle insiste sur la défense européenne et l'autonomie vis-à-vis de l'OTAN.

  • Méfiance à l'égard de la Commission européenne.

  • Octobre 1961 : Plan Fouchet II (projet d'union indissoluble des États fondé sur la coopération intergouvernementale).

  • Forte opposition des autres membres (Allemagne, Italie, Benelux).

  • Janvier 1962 : Plan Fouchet II (rattachement des compétences économiques à la nouvelle Union politique), à nouveau refusé.

Alternative Bilatérale : Traité de l'Élysée (1963)

  • Traité d'amitié franco-allemande, création de l'OFAJ.

  • Mise en place de jumelages.

Crise de la Chaise Vide (1965)

  • Initiative Hallstein de renforcer les outils financiers de la PAC.

  • Janvier 1966 : Hallstein demande la simplification de la décision (majorité et non unanimité).

  • De Gaulle vide la chaise française pour bloquer le mouvement.

  • Compromis de Luxembourg (janvier 1966) : ralentissement du processus décisionnel, adoption de l'unanimité pour les questions d'intérêt vital.

  • De Gaulle : On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l'Europe !" [...] mais cela n'aboutit à rien.

Reconfiguration de l'Opposition (1965)

  • Fin de la guerre d'Algérie et suffrage universel direct libèrent les oppositions.

  • Partis traditionnels : la SFIO considère le régime comme une trahison.

  • Recomposition de la gauche : création du PSU, clubs politiques.

  • 1964 : Création du CIR (Convention des Institutions Républicaines).

Élections Présidentielles de 1965

  • Retour à une forme de normalité politique.

  • Six candidats : De Gaulle (candidature tardive), Mitterrand (candidat unique de gauche), Jean Lecanuet (MRP), Pierre Marcilhacy (libéral), Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême droite), Marcel Barbu (indépendant).

Campagne et Résultats

  • Importance de la radio, de la télévision, des sondages.

  • Surprise au premier tour : De Gaulle en ballotage (44%) face à Mitterrand (31%).

  • Second tour : De Gaulle (55,20%) contre Mitterrand (44,8%).

  • Ancrage territorial de la gauche (Sud-Ouest).

Présidentialisation du Régime (Poguntke et Webb, 2005)

Trois séries de facteurs :

  1. Caractère du pouvoir exécutif : De Gaulle envisage le Premier Ministre comme un collaborateur (court-circuitage de Pompidou).

  2. Lien au parti : Le parti est organisé pour servir le leader, empêcher les concurrents.

  3. Dimension électorale : Forte exposition médiatique du leader, le parti comme machine électorale.

La pratique du pouvoir de De Gaulle atteste de ces éléments.

  • Volatilité du parti gaulliste (UNR, UNR-UDT, UD-5, UDR).

  • Forte visibilité et ritualisation de la fonction présidentielle (visite au Québec, panthéonisation de Jean Moulin).

Législatives de 1967 : Avertissement

  • Réserves au sein de la majorité gaulliste (VGE : Oui, mais...).

  • Double crise de lèse-majesté.

  • Reconstitution de la gauche.

  • Résultat : UD-Ve (Union Démocratique pour la Ve République) en tête au premier tour, mais correction au second.

  • UD-Ve : 42,14% (259 sièges).

  • Fédération de la gauche démocrate et socialiste : 24,13% (116 sièges).

  • PCF : 21,34% (73 sièges).

Mai 1968 fragilise le Général de Gaulle, malgré la victoire aux législatives.

Nouveau Premier Ministre : Maurice Couve de Murville

  • Resserrement sur les fidèles de De Gaulle, quelques gaullistes de gauche.

Référendum sur la Régionalisation (1969)

  • Interprétation de Mai 1968 comme une demande de représentation.

  • Réformes des universités, participation des salariés, autonomie régionale.

  • Fusion du Sénat avec le Conseil Économique et Social.

  • Engagement de De Gaulle à quitter son poste en cas d'échec.

  • Critiques (réforme trop technique).

  • Résultat : 52,41% de non.

  • Démission de De Gaulle dans la nuit. Le président du Sénat, Alain Poher, assure l'intérim.

La France des Années 1960

  • Moderne, forte croissance économique (5,9% par an).

  • Société jeune (reprise de la natalité, baby-boomers).

  • Augmentation des revenus, société de consommation.

  • Changement culturel (radio Salut les copains, Nouvelle Vague, télévision).

Une France qui s'Ennuie

  • Article de Pierre Viansson-Ponté (Le Monde) : ennui des Français, désintérêt pour les guerres.

  • Ennui de la jeunesse (revendications étudiantes).

  • Guy Debord prophétise les événements de Mai 1968.

  • Ambigüité : réalisation matérielle mais insatisfaction individuelle.

Chronologie de Mai 1968

  • Mars : Création du Mouvement du 22 mars (revendications étudiantes et anti-guerre du Vietnam).

  • Fin avril : Tensions à Nanterre, interventions policières.

  • 3 mai : Meeting à la Sorbonne, évacuation par la police, affrontements, arrestations massives.

  • 6-9 mai : Grèves, conseils de discipline, fermeture de la Sorbonne.

  • Nuit du 10 au 11 mai : Nuit des barricades, violents affrontements.

Extension du Mouvement aux Salariés

  • 13 mai : Grève générale, cortège syndicats/étudiants/travailleurs à Paris, occupation de la Sorbonne.

  • 14-20 mai : Grèves dans les sites industriels (Sud-Aviation, Renault), jusqu'à 10 millions de grévistes.

  • Blocage total du pays (absence d'essence, de transports).

  • À partir du 15 mai : Occupations symboliques de lieux culturels (Odéon), mobilisation d'intellectuels (Sartre).

Slogans

  • Sois jeune et tais-toi !, La beauté est dans la rue.

Réactions Initiales du Pouvoir

  • Incompréhension du mouvement.

  • 18 mai : De Gaulle écourte son voyage.

  • 19 mai : Réunions à l'Élysée et Matignon. De Gaulle : La réforme, oui ; la chienlit, non.

  • 24 mai : Allocation désastreuse de De Gaulle (caractère désuet, décalage générationnel).

Gestion de la Crise par Pompidou

  • Stratégie de scinder les mouvements étudiants et syndicaux.

  • Accords de Grenelle (27 mai) : Forte hausse du SMIC, mais mal reçus par les grévistes.

  • 29 mai : Disparition de De Gaulle (se réfugie à Baden-Baden).

  • 30 mai : Reprise en main par De Gaulle, allocation télévisée (Je ne me retirerai pas), dissolution de l'Assemblée Nationale.

  • Manifestation gaulliste sur les Champs.

  • Début juin : Reprise progressive des activités, fragmentation du mouvement étudiant.

Législatives de 1966 : Victoire Éclatante des Gaullistes

  • Union des Républicains de Progrès : 49,98% (367 sièges).

  • Fédération de la gauche démocrate et socialiste : 21,84% (57 sièges).

  • PCF : 20,13% (34 sièges).

Départ de Pompidou.

Fracture à Gauche

  • Radicalisation de mouvements d'extrême gauche, nécessaire recomposition.

  • Effet de génération.

III. Le Général de Gaulle (1890-1970)

  • Né à Lille, famille bourgeoise catholique.

  • Père : Fonctionnaire, enseignant, Monarchiste de regret et républicain de raison.

  • Mère : Passion intransigeante pour la patrie.

Éducation et Carrière Militaire

  • Élève difficile et médiocre.

  • Prépare St-Cyr, y est admis en 1909.

  • 1912 : Diplômé, intègre l'artillerie (sous les ordres de Pétain).

  • Première Guerre Mondiale : Blessé trois fois, fait prisonnier en 1916.

  • Après 1919 : Missions en Pologne.

Vie Personnelle

  • 1921 : Mariage avec Yvonne Vendroux (Tante Yvonne). Trois enfants.

Carrière Militaire (Suite)

  • Enseignant d'histoire à St-Cyr.

  • 1922 : Admission à l'École de Guerre.

  • Protection de Pétain, qui le nomme à son état-major (1927).

  • Conférencier remarqué.

  • 1931 : Affectation au secrétariat général de la défense nationale.

Théoricien Militaire dans les Années 1930

  • Publications : Le Fil de l'Épée (1932), La France et son armée (1938) (cause de la brouille avec Pétain).

Seconde Guerre Mondiale

  • 1937 : Colonel, prend le commandement d'un régiment de chars.

  • Mai 1940 : Bataille de Montcornet.

  • 6 juin 1940 : Sous-secrétaire à la guerre sous Reynaud.

  • 17 juin : Départ définitif à Londres.

Retraite et Mort

  • 28 avril 1969 : Départ du pouvoir.

  • Retraite à Colombey pour rédiger ses mémoires.

  • 9 novembre 1970 : Décès.

De Gaulle et le Gaullisme

  • Hans Hainsack, Les Droites en France : le gaullisme est un amalgame hétérogène, mais cohérent, sous le signe de l'autorité et du nationalisme.

  • Ouvrage de 1977 examine sa pensée (nationalisme, conservatisme, puissance de l'État, pragmatisme).

  • Classé dans la droite bonapartiste.

  • Touchard : Pas de gaullisme sans De Gaulle, mais tout le monde s'en réclame.

Chapitre 9 : La Continuité dans le Changement (1969-1981)

Départ de De Gaulle

  • Désir de changement, besoin d'organiser les élections présidentielles.

  • Alain Poher assure l'intérim.

  • Candidats : Georges Pompidou, Alain Poher.

  • Gauche divisée (Gaston Defferre).

  • Campagne rapide (Pompidou, Defferre, Duclos).

1-15 Juin 1969 : Présidentielles

  • Résultat 1er tour : Pompidou (44%), Poher (23%). Duclos (PCF) n'est pas qualifié.

  • La gauche boycotte le 2nd tour (mot d'ordre de Duclos : blanc bonnet ou bonnet blanc).

  • Forte abstention (22,4% au 1er tour, 31,15% au 2nd).

  • Résultat 2nd tour : Pompidou (58,21%), Poher (41,79%).

  • Pompidou est dominant dans toutes les catégories d'âge et classes sociales (même chez les ouvriers).

Premier Changement avec le Suffrage Universel Direct

Stephen Skowronek, The politics presidents make (1997) :

  • Typologie des présidents (identité, cadre d'action).

  • Président s'affirme dans la rupture ou assume un héritage.

  • Cadre d'action : engagement vulnérable (crises) ou résistant.

  • Quatre types de présidents : reconstruction (Roosevelt), disjonction (après Roosevelt), préemption (Nixon), articulateur (continuité).

  • Transposer à la France (régime, durée, ressources).

I. Poursuite de la Ve République par d'Autres Moyens

Pompidou assure la continuité dès sa campagne électorale.

  • Affaire Markovic (rumeurs sur sa femme).

  • Il défend une partie du programme gaulliste (libéralisation, UE).

Arrivée de Pompidou : Infléchissements

  • Nomme Jacques Chaban-Delmas Premier Ministre.

  • Volonté de modernité : programme de la Nouvelle Société.

  • Chaban-Delmas (Sciences Po, droit, espion à Vichy, maire de Bordeaux).

Gouvernement de la Nouvelle Société

  • Équilibre entre centristes et gaullistes.

  • Ministres gaullistes traditionnels (Debré, Guichard, Chalandon).

  • Centristes ralliés (Giscard, Marcellin, Pléven).

  • Conseillers de Chaban issus de la gauche (Simon Nora, Jacques Delors).

  • Programme : moderniser l'économie et la société.

  • Réformes importantes :

    • Libéralisation des médias (réforme de l'ORTF, 2e chaîne).

    • Amélioration du dialogue social (conventions collectives, formation professionnelle).

    • Réforme institutionnelle (dynamisation des pouvoirs locaux, partage de l'autorité parentale).

    • Élargissement de l'UE (Danemark, Norvège, Royaume-Uni, Irlande).

  • Tensions entre Président et Premier Ministre :

    • Réformes jugées trop novatrices par les gaullistes.

    • Conflits de compétences (Chaban-Delmas très présent).

    • Juillet 1972 : Pompidou met fin aux fonctions de Chaban-Delmas.

  • Retour au gaullisme originel : Pierre Messmer Premier Ministre, orientation plus conservatrice.

Recomposition à Gauche : Création du Parti Socialiste

  • Fusion de la SFIO et d'autres clubs (UCRG).

  • 1971 : Congrès d'Épinay, unification avec le CIR de Mitterrand.

  • Mitterrand l'emporte et devient leader, prônant l'union avec le PC.

  • 12 juillet 1972 : Signature du Programme Commun Changer la vie.

    • Social : Augmentation des salaires, réduction du temps de travail, droits syndicaux, égalité des sexes.

    • Économique : Planification, nationalisations (banques, industrie).

    • Institutions : État de droit, abolition de la peine de mort, proportionnelle, décentralisation, libéralisation des médias.

    • Relations Internationales : Pacifisme, construction européenne.

  • Rapprochement avec le PC, mais désunion idéologique subsiste.

Législatives de 1973

  • Premier test pour la gauche unifiée.

  • Résurgence du clivage droite-gauche.

  • Émergence du Front National (créé en 1972).

  • Résultat : Poussée de la gauche, mais pas de majorité.

    • Union des Républicains de Progrès : 47,02% (311 sièges).

    • Union de la Gauche : 46,19% (177 sièges).

Décès Prématuré de Pompidou (1974)

  • Maladie de Waldenström cachée aux Français.

  • Alain Poher assure l'intérim.

5 et 19 mai 1974 : Présidentielles

  • Droite divisée (VGE contre Chaban-Delmas, soutenu par Chirac).

  • Unité de la gauche derrière Mitterrand.

  • 12 candidats, premier débat télévisé (Vous n'avez pas le monopole du cœur).

  • Résultat 1er tour : Mitterrand (44%), VGE (32%), Chaban (15%).

  • Résultat 2nd tour : VGE (50,81%) contre Mitterrand (49,19%).

  • Division électorale : gauche dans le Nord ouvrier, Est et Sud-Ouest ; droite en Bretagne et dans l'Est.

Nouveaux Rapports de Force

  • Changement générationnel : Chirac Premier Ministre.

  • Une femme au gouvernement : Simone Veil.

Mandat de Valéry Giscard d'Estaing (VGE) : Volonté de Réforme

  • Majorité à 18 ans.

  • Divorce par consentement mutuel.

  • Abaissement de l'âge de la retraite.

  • Augmentation du minimum vieillesse.

  • Partisan de la construction européenne (création du Conseil européen, Système Monétaire Européen, élargissement à la Grèce).

  • Nouvelles formes de communication (match de foot, déjeuners avec les citoyens).

  • Loi Veil sur l'IVG (17 janvier 1975).

Autres Éléments Marquants du Mandat VGE

  • Durcissement de la politique migratoire (suspension de l'immigration en 1974).

  • Loi sécurité et liberté (1981) par Alain Peyrefitte (durcissement pénal).

  • Crises économiques liées aux chocs pétroliers.

Équilibre de la Coalition Modifié

  • 1976 : Démission de Chirac.

  • Chirac fonde le Rassemblement pour la République (RPR) (travaillisme à la française, légitimité gaulliste).

  • VGE fonde l'Union pour la Démocratie Française (UDF) (confédération de partis).

1977 : Élections Municipales

  • Succès de la gauche (51% des suffrages).

Législatives de 1978

  • Avènement du quadrille bipolaire (Duverger) : gaullistes, giscardiens, socialistes, communistes.

  • Campagne par l'UDF et Raymond Barre (PM).

  • Stratégie du RPR de jouer sur la peur de la gauche.

  • Gauche désunie après l'abandon du Programme Commun (septembre 1977).

  • Forte participation (84,79%).

  • Résultat : Nouveau échec de la gauche.

    • Majorité présidentielle (droite) : 50,56% (291 sièges), le RPR dominant.

    • Gauche parlementaire : 49,54% (200 sièges), le PS dominant.

Fin de Mandat VGE : Délitement

  • Chocs pétroliers, multiplication des scandales (Canard enchaîné : Elf, avions renifleurs, affaire des diamants).

  • Conflit croissant entre Chirac et VGE (appel de Cochin, 1978).

Avant 1981 : Incertitude à Gauche

  • Rocard, la deuxième gauche.

  • Victoire de Mitterrand.

  • Les affres du Programme Commun.

Stabilisation Début 1981

  • Janvier 1981 : Mitterrand désigné candidat.

  • Le PS reprend le programme commun (110 propositions, dont la 100e sur le prix unique du livre).

II. Les Chocs Pétroliers

Mettent fin aux Trente Glorieuses. Événements qui transforment la vie politique.

Choc Pétrolier de 1973

  • Causes : Pic de production aux États-Unis, fin du système de Bretton Woods, Guerre du Kippour (1973).

  • Conséquences immédiates : Augmentation du prix du baril de 70% par l'OPEP.

  • Choc dans les pays occidentaux, embargo partiel sur les États-Unis.

Deuxième Choc Pétrolier (1979)

  • Éléments déclencheurs : Changement de régime en Iran, paix Israël-Égypte, guerre Iran-Irak.

  • Prix du baril à 40$.

Conséquences

  • Forte inflation, baisse du PIB (de 6% à 2,5% en France).

  • Augmentation du chômage (de 3% à près de 10%).

  • La sidérurgie est directement impactée, désindustrialisation, mobilités sociales.

Perte de Contrôle : Réaction des Gouvernements

  • Plans d'État visant à relancer l'économie (investissement dans de nouvelles industries, nucléaire).

  • Plans keynésiens (audacieux et coûteux, mais effets limités et creusent le déficit).

  • Plan de Raymond Barre : politique de rigueur (restructuration de la sidérurgie).

Plan de Relance (1980)

  • Chocs pétroliers et raisons politiques (réélection de VGE).

  • Augmentation des revenus, baisse des cotisations sociales.

  • Effets limités, impact incertain.

La cote de popularité de VGE devient négative. Crise nourrie du duel de 1981 (Mitterrand contre VGE : Homme du passif).

III. Georges Pompidou (1911-1974)

  • Né dans le Cantal, fils d'instituteur.

  • Ascenseur social, père militant SFIO.

Études et Carrière Professionnelle

  • Brillantes études (ENS, Sciences Po), agrégé de lettres (1er).

  • Professeur à Henri IV.

  • Mobilisé en 1940.

  • Entre au cabinet de De Gaulle (proche conseiller).

  • 1946 : Conseiller d'État.

  • Passe dans le privé (Rothschild, 1954-1958).

  • Juin 1958 : Directeur de cabinet de De Gaulle.

  • 1959-1962 : Membre du Conseil Constitutionnel.

  • Rôle dans les négociations avec le FLN.

  • Avril 1962 : Premier Ministre (pendant la crise constitutionnelle, renommé par De Gaulle).

Méfiance sur le Jeu Politique Traditionnel

  • Refus de s'engager dans le parti gaulliste.

  • Peu de mandats électoraux avant la Présidence.

Appétence pour l'Art Contemporain

  • Commande à Pierre Paulin la redécoration de l'Élysée (critiqué).

  • Rôle de son épouse Claude Pompidou.

  • 1969 : Création du Centre Pompidou sur le plateau Beaubourg.

Chapitre 90 (Élection Présidentielle de 1981)

Campagne Très Polarisée

  • VGE vite contesté par l'ARGE (appel de Cochin, 1979).

  • Conflits au sein de la majorité (blocage budgétaire, rejet de textes).

  • Gauche désunie (abandon du Programme Commun, durcissement du PC).

Campagne Marquée par la Dispersion (10 Candidatures)

  • Gaullistes : Chirac, Debré, Marie-France Garaud.

  • Gauche : Mitterrand, Marchais, Michel Crépeau, Brice Lalonde (écolo), Huguette Bouchardeau (PSU).

  • Stratégie de VGE : se poser en évidence, déclaration tardive (2 mars 1981).

  • Affiches célèbres : Mitterrand la force tranquille.

Élection Présidentielle

  • Forte participation, maintien du quadrille bipolaire.

  • VGE en tête au 1er tour.

  • Report ambigu des voix (Chirac ne pousse pas au vote VGE).

  • Mitterrand reçoit des voix du PC.

  • Sondages contradictoires.

  • Résultat : Victoire de Mitterrand : 51,76% contre VGE (48,24%).

  • Vote clivé : VGE chez les âgés, agriculteurs, CSP+ ; Mitterrand chez les cadres moyens, ouvriers.

Réactions à la Victoire de Mitterrand

  • Jack Lang : La France passe de l'ombre à la lumière.

  • Peur du communisme.

  • 21 mai 1981 : Première passation de pouvoir.

Chapitre 91 (Le Gouvernement Mauroy et les Réformes)

Cérémonie du Panthéon

  • Mitterrand dépose une rose sur les tombes de Jaurès, Moulin, Schoelcher.

Gouvernement Mauroy

  • Installation de l'équipe à l'Élysée : Bérégovoy, Attali, Hollande.

  • 22 mai 1981 : Mauroy Premier Ministre.

Juin 1981 : Élections Législatives

  • Forte abstention.

  • Accords UDF et RPR sur des candidatures uniques.

  • Accords de désistement à gauche.

  • Résultats : Députés socialistes (285, majorité absolue). RPR (88), UDF (62), PC (44).

  • Mitterrand ouvre son gouvernement au PC (stratégie d'épuisement).

I. La Gauche au Pouvoir

Robert Dahl insiste sur l'importance de l'alternance dans les régimes démocratiques.

  • Le nouveau pouvoir s'adapte au fonctionnement de la Ve République.

  • Mitterrand : Les institutions n'étaient pas faites à mon intention. Mais elles sont bien faites pour moi.

  • Fenêtre moyenne : éléments qui empêchent le nouveau pouvoir de mettre en place son programme.

  • Sénat majoritairement à droite, poids du Conseil Constitutionnel.

  • Le PC joue un rôle ambigu.

  • Nécessité d'agir vite pour profiter du capital politique.

  • Choix de ministres expérimentés.

Gouvernement Fabius (17.1.81) : Équilibre de la Coalition

  • Figures socialistes : Gaston Defferre (Intérieur), Michel Jobert (Commerce extérieur), Charles Hernu (Défense), Jacques Delors (Économie et Finances).

  • Experts : Robert Badinter (Justice), Claude Cheysson (Affaires étrangères).

  • Ministres communistes : Charles Fiterman (Transports).

Programme de Restructuration Économique

  • Nationalisations importantes :

    • Secteur bancaire (39 banques).

    • Secteur financier (Paribas, Suez).

    • Secteur industriel (CGE, Pechiney).

  • Sauvetage d'entreprises (Usinor, Sacilor).

  • Investissement dans des domaines stratégiques (Matra, Dassault).

  • Le Conseil Constitutionnel bloque certaines nationalisations.

  • Hausse de l'emploi public (de 6% à 10%).

  • Principes keynésiens : favoriser l'offre et la demande.

  • Augmentation du SMIC et des aides sociales.

Chapitre 93 (Réformes Sociales et Institutionnelles)

  • Baisse de l'âge de la retraite (de 65 à 60 ans).

  • Augmentation du SMIC (5,2%).

  • 3e semaine de congés payés.

  • Création de l'impôt sur la fortune.

  • Augmentation des prestations sociales (allocation logement).

  • Baisse du temps de travail à 39h.

  • Août-décembre 1982 : Lois de réforme du Code du travail (droits des salariés).

  • Régularisation des travailleurs en situation irrégulière.

  • Réformes politiques et institutionnelles :

    • Fin de la justice d'exception (abolition de la Cour de Sûreté de l'État et des tribunaux militaires).

    • Décentralisation (lois Defferre de 1982 et 1983).

    • Abolition de la peine de mort (Robert Badinter).

Chapitre 94 (Culture, Tournant de la Rigueur et Cohabitation)

  • Libéralisation de l'audiovisuel (nouvelles chaînes, radios libres).

  • Dépénalisation de l'homosexualité.

  • Avancées culturelles (Fête de la Musique, doublement du budget).

  • Dès 1983 : Tournant de la rigueur (choc Volcker).

  • Relance française contre le cycle dominant, effets limités.

  • Jacques Delors : il faut dépenser moins.

Tournant de la Rigueur

  • Assumé par Fabius, mal vécu par certains ministres.

  • Période compliquée pour la gauche (défaites municipales).

  • Projet de nationalisation des écoles privées par Alain Savary (grandes manifestations, démission de Savary et Mauroy).

  • Juin 1984 : Laurent Fabius nommé Premier Ministre (le plus jeune de l'histoire : 37 ans).

  • Continuité, mais réorientation accrue.

  • Défaite législative en 1986 : Première cohabitation, suspension de la capacité de Mitterrand à gouverner.

Chapitre 95 (Campagne de 1988)

  • Climat conflictuel, polarisation politique forte.

  • Série d'événements dramatiques (Nouvelle-Calédonie).

  • Campagne violente (Duhamel).

  • 1er tour : Mitterrand (34,10%) devant Chirac (19,94%). Percée de Le Pen.

  • Cartographie électorale : Mitterrand en tête presque partout.

  • Duel télévisé très tendu.

  • 4 mai 1988 : Dissolution d'Ouvéa.

  • Victoire de Mitterrand : 54,02% contre Chirac (45,98%).

Chapitre 96 (Gouvernement Rocard)

  • 10 mai 1988 : Michel Rocard Premier Ministre.

  • 14 mai : Dissolution de l'Assemblée Nationale.

  • Retour au scrutin majoritaire à deux tours, redécoupage électoral par Charles Pasqua.

  • Effet du redécoupage : PS majoritaire relative.

  • La gauche remporte le 2nd tour (277 sièges contre 270).

Chapitre 97 (Politique de Rocard)

  • Style pragmatique, transparence.

  • Six femmes au gouvernement, ouverture aux écologistes (Brice Lalonde).

  • Juin 1988 : Accords de Matignon (Nouvelle-Calédonie).

Chapitre 98 (Réformes Sociales)

  • Revenu Minimum d'Insertion (RMI).

  • Droit au logement.

  • Loi sur le désendettement.

  • Financement public des partis.

Chapitre 99 (Utilisation du 49.3)

  • Mitterrand utilise beaucoup le 49.3.

Chapitre 100 (Fin de Mandat Mitterrand)

  • Maladie cachée.

  • Scandales de financement du PS (Pierre Péan, Urba).

  • Passivité face aux changements internationaux (chute de l'URSS).

  • Nombreux changements ministériels : Édith Cresson (1ère femme PM, 1991-1992), Pierre Bérégovoy (1992-1993).

Chapitre 101 (Cohabitations)

  • Majorités contraires obligent Mitterrand à nommer des Premiers Ministres de droite (Chirac, Balladur).

  • 1986 : Polarisation très forte.

  • 1993 : Chirac refuse de revenir, Édouard Balladur est nommé.

Chapitre 102 (Élections de 1986)

  • Changement de mode de scrutin (proportionnelle départementale).

  • Évolution de la droite vers le libéralisme.

  • Division de la gauche (PC sorti du gouvernement).

  • Résultat contrasté : PS en tête (31%), listes communes RPR et UDF (21%), FN (35 députés), PC (35 députés).

Chapitre 103 (Partage du Pouvoir)

  • Période conflictuelle à la tête de l'État.

  • Chirac garde un rôle important.

  • Mitterrand refuse de signer certaines lois (nationalisation, redécoupage électoral).

  • Agenda libéral : privatisations, suppression de l'impôt sur la fortune, facilitation des licenciements.

  • Loi Devaquet (sélection à l'entrée des universités, mob étudiante).

Chapitre 104 (Second Mandat Mitterrand et Chirac PM)

  • Second mandat Mitterrand plus difficile.

  • Législatives : rétablissement du scrutin majoritaire.

  • Faible participation.

  • Scrutin majoritaire à droite (484 députés à droite contre 68 à gauche).

  • Gouvernement Chirac : respecte le domaine réservé.

  • Nomme des ministres UDF (tensions avec Chirac).

  • Agenda libéral et conservateur : loi Pasqua sur l'immigration, réforme des retraites, durcissement pénal.

III. François Mitterrand (1916-1996)

Biographie

  • Né à Jarnac, famille bourgeoise catholique conservatrice.

  • Études dans des institutions catholiques.

  • Engagement politique précoce (Volontaires Nationaux, proche de l'extrême droite).

  • Mobilisé en 1939.

  • 1940 : Devient contractuel dans le gouvernement de Vichy.

  • 1942 : Double jeu : réseau de résistance et travail à Vichy (rencontre Pétain).

  • 1943 : Résistant sous le nom de Morland, décoré de la Francisque.

  • Période trouble mais conforme à d'autres parcours de l'époque (Chaban).

  • Première rencontre avec De Gaulle après la guerre, difficile.

Acteur Politique de Premier Plan

  • Secrétaire général aux Prisonniers, Déportés et Réfugiés.

  • Dès 1946 : Député.

  • Dès 1947 : Ministre (Anciens Combattants, Outre-Mer, Intérieur, Justice).

Image Contrastée

  • Acquis politiques importants à la présidence (collaboration avec Helmut Kohl).

  • Part de mystère (rôle à Vichy, attentat de l'Observatoire, fille cachée, maladie cachée).

Ouvrages

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