Macroéconomie: Rareté, PIB et Chômage

Nessuna carta

Notes de cours sur les principes de la macroéconomie, la rareté, le PIB, l'inflation et le chômage.

Introduction à la Macroéconomie

La macroéconomie est une branche de l'économie qui étudie les phénomènes économiques au niveau global d'un pays, comme l'inflation, le chômage et la croissance économique. Contrairement à la microéconomie, qui se concentre sur les décisions individuelles des ménages et des entreprises, la macroéconomie analyse les comportements agrégés de ces agents, cherchant à comprendre et à modéliser les relations entre les grands agrégats économiques. Cette analyse est essentielle pour les gouvernements afin de définir et d'évaluer l'impact des politiques économiques visant à atteindre des objectifs sociétaux tels que la croissance économique, la réduction du chômage et l'amélioration du pouvoir d'achat. L'étymologie du mot "économie" vient du grec "oikonomia" (gestion de la maison), soulignant l'idée fondamentale de la gestion des ressources. Deux notions essentielles sous-tendent toute l'analyse économique : la rareté et les choix (ou arbitrages). La rareté désigne la caractéristique des ressources économiques qui sont disponibles en quantités limitées (ex: revenus, ressources naturelles, temps). Cette rareté conduit inévitablement à la nécessité de faire des choix, impliquant un coût d'opportunité, c'est-à-dire ce à quoi on renonce en faisant un choix donné. Par exemple, pour un étudiant, le coût d'opportunité des études peut être le salaire auquel il renonce. La rareté peut être abordée sous l'angle de l'offre (les ressources productives sont insuffisantes pour tous les usages) ou de la demande (le budget des agents limite leurs choix de consommation). Cette universalité de la rareté explique pourquoi l'analyse économique s'étend à de nombreux domaines de la vie, tels que l'économie de la santé, du sport ou de l'environnement.

Microéconomie vs. Macroéconomie

La distinction entre microéconomie et macroéconomie réside dans le niveau d'analyse des phénomènes économiques.
  • La microéconomie s'intéresse aux décisions individuelles (ex: un étudiant décidant de poursuivre ses études).
  • La macroéconomie se concentre sur les problèmes affectant l'économie dans son ensemble (ex: l'État favorisant la croissance économique). Elle étudie les agrégats macroéconomiques (ou agrégats économiques), qui sont des grandeurs décrivant les comportements globaux des agents économiques ou des groupes d'agents (secteurs institutionnels).
Quelques exemples d'agrégats économiques incluent la consommation finale des ménages, la formation brute de capital fixe (FBCF), le PIB, le chômage et l'inflation. Ces agrégats sont présentés de manière précise dans la comptabilité nationale, un système qui décrit et quantifie les activités économiques d'un pays.

Le Circuit Économique

Le circuit économique est une représentation simplifiée des flux de biens, services et monnaie entre les différents agents économiques au sein d'une économie. Il illustre l'interdépendance des décisions de production, de revenu et de dépense.

Approches de Représentation

Il existe deux approches principales pour représenter un circuit économique :
  1. Par les opérations : en se concentrant sur les fonctions exercées par les agents (production, revenu, dépense).
  2. Par les flux : en visualisant les transferts entre les agents.
Pour simplifier, on regroupe les opérations en trois fonctions principales :
  • Production () : Création de biens et services par les entreprises.
  • Revenu () : Le chiffre d'affaires généré par la production est distribué aux agents (salariés, détenteurs de capitaux). On a ainsi une relation d'équivalence entre production et revenus des facteurs de production (en omettant les impôts) : .
  • Dépense () : Le revenu est dépensé par les ménages en consommation. Si tout le revenu n'est pas dépensé, il devient de l'épargne (), qui est ensuite allouée à des agents ayant besoin de financement (entreprises, administrations publiques). Ainsi, le revenu épargné est également dépensé (sauf ce qui est thésaurisé et sort du circuit). Il y a donc une relation d'équivalence entre revenu et dépense, et par extension entre production et dépense : .

Visions Macroéconomiques

Cette représentation met en évidence deux grandes visions de la macroéconomie :
  • Vision Classique/Néoclassique : Le passage de la production à la dépense suppose une production préalable. La richesse d'une économie repose avant tout sur la production (). Ceci est représentatif de la loi des débouchés de Say ("l'offre crée sa propre demande") et de l'économie de l'offre.
  • Vision Keynésienne : Le circuit peut être bouclé en considérant le passage de la dépense à la production (). Les choix de dépenses des ménages influencent alors les choix de production des entreprises. La richesse d'une économie est influencée par la stimulation de la dépense, justifiant l'intervention de l'État pour stimuler la demande.
Ces deux visions s'opposent sur la causalité entre l'offre et la demande globales et mènent à des politiques macroéconomiques drastiquement différentes.

Introduction des Agents et des Marchés

En complexifiant le circuit, on introduit des agents et des marchés supplémentaires :
  • Ménages : Décident de la consommation et offrent du travail.
  • Entreprises : Produisent des biens et services, demandent du travail et réalisent des investissements.
Ces agents interagissent sur divers marchés :
  • Marché des biens et services : Confrontation de l'offre des entreprises et de la demande des ménages, régulée par les prix.
  • Marché du travail : Offre de travail des ménages, demande de travail des entreprises. L'équilibre détermine les salaires.
  • Marché des capitaux (marché financier) : Les ménages, structurellement épargnants, offrent des capitaux. Les entreprises, structurellement en besoin de financement pour leurs investissements, demandent des capitaux. Les banques agissent comme intermédiaires, transformant l'épargne en prêts. L'État peut aussi être demandeur de capitaux en cas de déficit public.
  • État : Intervient via impôts, subventions, et offre de biens et services publics.
  • Reste du Monde (RDM) : Introduit pour une économie ouverte, gérant les importations et exportations.

Secteurs Institutionnels et Comptabilité Nationale

La comptabilité nationale est un système qui offre une représentation quantifiée et cohérente de l'économie d'un pays, regroupant les agents économiques en secteurs institutionnels.

Les Secteurs Institutionnels

Ces "unités" ou "secteurs institutionnels" sont définis par leur fonction économique principale et sont résidents sur le territoire national. En plus du Reste Du Monde (RDM), on distingue cinq secteurs principaux :
  1. Sociétés non financières (SNF) :
    • Fonction principale : Production de biens et services marchands non financiers. Ce sont les entreprises (privées ou publiques comme la SNCF), à l'exclusion des entrepreneurs individuels dont le patrimoine n'est pas séparé du leur.
  2. Sociétés financières (SF) :
    • Fonction principale : Fourniture de services d'intermédiation financière, activités auxiliaires financières et assurance.
    • Sous-secteurs :
      • Banque de France : Émission de monnaie fiduciaire, politique monétaire.
      • Autres institutions monétaires : Reçoivent des dépôts, distribuent des crédits (banques).
      • Autres intermédiaires financiers : Services d'intermédiation sans collecte de ressources publiques (crédit-bail, courtiers).
      • Auxiliaires financiers : Sociétés de gestion de portefeuilles, holdings, bureaux de change.
      • Sociétés d'assurances et fonds de pension : Mutualisation des risques, versement de retraites par capitalisation.
  3. Administrations publiques (APU) :
    • Fonction principale : Production et fourniture de services non marchands, opérations de redistribution des revenus et richesses. Leurs ressources proviennent principalement des contributions obligatoires (impôts).
    • Types : Administrations publiques centrales, locales, et de sécurité sociale. Ces dernières produisent le service non marchand de la sécurité sociale par la distribution de prestations financées par des cotisations sociales.
  4. Ménages :
    • Fonction principale : Consommation de biens et services. Pour les entrepreneurs individuels, ils produisent aussi des biens et services marchands.
    • Décomposition : Différentes catégories socio-professionnelles (agriculteurs, artisans, cadres, employés, ouvriers, retraités, etc.).
  5. Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM) :
    • Fonction principale : Production de biens et services non marchands au profit des ménages (cultes, partis politiques, syndicats, associations culturelles, etc.). Leurs ressources proviennent de contributions volontaires des ménages et de versements des APU.
  6. Reste du Monde (RDM) : Recense les opérations entre résidents et non-résidents.

Principes de la Comptabilité Nationale

La comptabilité nationale utilise le SEC 2010 (Système Européen de Comptabilité), harmonisé avec le SCN 2008 des Nations-Unies, pour assurer la comparabilité internationale. Elle fournit des données pour l'analyse macroéconomique, bien qu'elle soit parfois critiquée pour ses limites.

Historique et Influence

  • François Quesnay (XVIIIe siècle) : Physiocrate, a développé le "Tableau Économique" représentant la circulation des richesses entre classes (productive, stérile, propriétaires). Il a introduit l'idée d'équilibre emplois-ressources ("tout ce qui est acheté est vendu, tout ce qui est vendu est acheté").
  • Wassily Leontief (XXe siècle) : Économiste américain, inventeur du Tableau Entrées-Sorties (TES) qui décrit l'interdépendance des branches de l'économie et les flux interindustriels. Ces travaux lui ont valu le Prix Nobel (1973).
  • John Maynard Keynes (XXe siècle) : Sa "Théorie Générale" (1936) a marqué la création de la macroéconomie moderne, nécessitant la construction et la définition d'agrégats.
  • Autres contributeurs notables : Kuznets, Colin Clark, Alfred Sauvy, Tinbergen, Meade, Stone.

Types d'Opérations

La comptabilité nationale représente trois grands types d'opérations :
  1. Opérations sur les biens et services : Origine (production, importations) et utilisation (consommation, investissement, exportations). Ces opérations sont cruciales pour le calcul du PIB.
  2. Opérations de répartition : Décrivent la redistribution des revenus (salaires, profits, impôts, prestations sociales) entre les secteurs.
  3. Opérations financières : Retracent les flux liés aux instruments de paiement, de placement et de financement (prêts, emprunts, achat de titres).

Flux et Stocks

La comptabilité nationale distingue les variables de flux et les variables de stock :
  • Un flux est une grandeur mesurée sur une période donnée (ex: PIB annuel, investissement annuel).
  • Un stock est une grandeur mesurée à un instant précis (ex: capital à une date t, dette publique à une date t).
Le stock est souvent le résultat d'une accumulation de flux (ex: l'investissement alimente le stock de capital ; le déficit public annuel alimente le stock de dette publique). On utilise souvent l'analogie de la baignoire, où l'eau qui rentre est un flux et le niveau d'eau est un stock.

Comptes des Secteurs Institutionnels

Les opérations des secteurs institutionnels sont représentées sous forme de comptes à deux parties : les emplois (décaissements, dépenses) et les ressources (encaissements, recettes). Le principe de la comptabilité en partie double assure que les emplois et les ressources sont toujours égaux pour chaque compte. Le solde d'un compte (créditeur ou débiteur) est reporté vers le compte suivant.
Comptes des Opérations Courantes (Répartition)
  1. Compte de production :
    • Ressource : Production marchande et non marchande.
    • Emploi : Consommations intermédiaires (biens détruits dans le processus de production).
    • Solde : Valeur ajoutée (VA). La VA est la véritable richesse créée. Elle peut être brute (avant déduction de la consommation de capital fixe) ou nette.
    • Ex: `[Emplois: Consommations intermédiaires | Ressources: Production marchande et non marchande]` Solde: Valeur ajoutée.
  2. Compte d'exploitation :
    • Ressource : Valeur ajoutée.
    • Emplois : Dépenses liées à la production (salaires, cotisations sociales, impôts d'exploitation).
    • Solde : Excédent brut d'exploitation (EBE), ou profit. Pour les entrepreneurs individuels (ménages), le solde est appelé revenu mixte.
    • Ex: `[Emplois: Dépenses liées à la production | Ressources: Valeur ajoutée]` Solde: EBE.
  3. Compte d'affectation des revenus primaires :
    • Ressource : EBE, revenus de la propriété reçus, rémunération des salariés (pour les ménages), impôts - subventions (pour les APU).
    • Emplois : Revenus primaires versés (intérêts, dividendes, revenus des terrains).
    • Solde : Solde des revenus primaires. Ce compte distingue les revenus du capital et de la propriété.
    • Ex: `[Emplois: Revenus primaires | Ressources: EBE, Revenus de la propriété]` Solde: Solde des revenus primaires.
  4. Compte de distribution secondaire du revenu :
    • Ressource : Solde des revenus primaires bruts et transferts reçus (impôts, cotisations sociales, prestations sociales).
    • Emplois : Transferts versés.
    • Solde : Revenu disponible brut (RDB). Il retrace les opérations de redistribution du revenu.
    • Ex: `[Emplois: Transferts versés | Ressources: Solde des revenus primaires, Transferts reçus]` Solde: Revenu disponible brut.
  5. Compte d'utilisation du revenu :
    • Ressource : Revenu disponible brut.
    • Emplois : Dépenses de consommation finale (ménages, APU, ISBLM) et épargne brute (solde si la consommation < RDB).
    • Solde : Épargne brute. Pour les SF et SNF, n'ayant pas de consommation finale, RDB = épargne.
    • Ex: `[Emplois: Consommation, Solde: Épargne brute | Ressources: Revenu disponible brut]`
Comptes des Modifications des Actifs et Passifs
  1. Compte de capital :
    • Ressource : Épargne brute.
    • Emplois : Formation brute de capital fixe (FBCF), c'est-à-dire l'investissement (acquisition d'actifs fixes utilisés pendant au moins un an, ex: bâtiments, équipements).
    • Solde : Capacité de financement (ressources > emplois) ou besoin de financement (ressources < emplois). Structurellement, les APU et SNF ont un besoin, les ménages une capacité de financement.
    • Ex: `[Emplois: FBCF, Solde: Capacité de financement | Ressources: Épargne brute, Solde: Besoin de financement]`
  2. Compte financier :
    • Décrit les opérations permettant d'utiliser ou de combler le besoin/capacité de financement (emprunts, acquisitions d'actifs financiers comme actions, obligations).
    • Catégories : or monétaire, numéraire et dépôts, titres, crédits, actions, provisions techniques d'assurance, autres comptes.
    • Le solde de ce compte (besoin ou capacité de financement) est le même que celui du compte de capital.
  3. Compte de patrimoine :
    • C'est un compte de stock, qui présente la valeur des actifs (financiers et non financiers) et des passifs d'un SI à un instant donné (début et fin de période).
    • Le solde est la valeur nette du patrimoine.
    • Ex: `[Emplois: Actifs financiers, Actifs non financiers | Ressources: Passifs, Solde: Valeur nette]`

Les Grands Agrégats de la Macroéconomie

Trois agrégats sont fondamentaux pour analyser la performance macroéconomique : le PIB, l'inflation et le chômage.

Le Produit Intérieur Brut (PIB)

Le PIB mesure la valeur de marché de tous les biens et services finaux produits dans un pays au cours d'une période donnée (trimestre, année).

Définition et Composantes

  • "Mesure la valeur de marché..." : Le PIB valorise des produits hétérogènes (biens tangibles, services intangibles) à leur prix de marché. Il inclut les ventes légales et estime la valeur des services publics (ex: enseignants, policiers) ainsi que des services locatifs imputés pour les propriétaires-occupants. Il exclut les biens illicites et la production domestique non valorisée.
  • "... de tous les biens et services finaux..." : Il inclut les biens et services finaux pour éviter la double comptabilisation des consommations intermédiaires (biens détruits dans le processus de production). Par exemple, la valeur des légumes achetés par un restaurateur n'est comptée qu'une fois dans le PIB, comme partie du plat final.
  • "... produits..." : Seule la production de la période considérée est incluse. La revente de biens d'occasion n'y figure pas.
  • "... dans un pays..." : Le PIB est une mesure géographique, incluant la valeur produite à l'intérieur des frontières d'un pays, quelle que soit la nationalité du producteur.
  • "... au cours d'une période" : C'est une variable de flux, mesurée sur un intervalle de temps défini. On peut analyser sa valeur ou son taux de croissance. Une récession correspond à un taux de croissance négatif.

PIB Nominal vs. PIB Réel

  • PIB nominal (ou courant) : Mesuré aux prix courants de l'année étudiée. Il est influencé par la quantité de biens/services et l'évolution des prix. Ce n'est pas un bon indicateur pour la croissance de la richesse car une hausse des prix seule peut l'augmenter sans augmentation réelle de la production.
  • PIB réel (ou à prix constants) : Calcule la valeur de la production en utilisant les prix d'une année de base, neutralisant ainsi l'effet de l'inflation.
    • Deux méthodes de calcul :
      1. Appliquer les prix d'une année de base à la production de chaque année.
      2. Déflater le PIB nominal avec un indice des prix (ex: IPC) : .
    • En général, le PIB réel augmente moins vite que le PIB nominal en période d'inflation.

Les Trois Approches du PIB

Le PIB mesure simultanément la production, le revenu et la dépense totale de l'économie, d'où l'identité comptable : Dépense = PIB = Revenu.
  1. Approche par la Valeur Ajoutée (Production) :
    • Le PIB est la somme des valeurs ajoutées () créées par toutes les unités de production résidentes.
    • .
    • .
    • Pour inclure les taxes, .
    • Le Produit Intérieur Net (PIN) est le PIB moins l'amortissement.
  2. Approche par le Revenu :
    • Le PIB est égal à la somme des revenus distribués aux facteurs de production (travail et capital).
    • Partage de la Valeur Ajoutée :
      • Part des salariés (salaires et cotisations).
      • Part des apporteurs de capitaux (profits, EBE, dividendes, intérêts).
      • Part de l'État (impôts).
      • Revenus mixtes des entrepreneurs individuels.
    • Relation comptable : (Consommation, Épargne, Impôts). Puisque (noté ), on a .
  3. Approche par la Dépense :
    • Le PIB est la somme des dépenses finales de tous les agents économiques.
    • Les composantes de la dépense :
      • Consommation (C) : Dépenses des ménages en biens et services (hors logements neufs).
      • Investissement (I) (FBCF) : Achats de biens capitaux, variations de stocks, structures (bâtiments) par entreprises, ménages et APU.
      • Dépenses publiques (G) : Achats de biens et services par les APU (salaires, travaux publics).
      • Exportations nettes () : Exportations () moins importations ().
    • Identité fondamentale : . Les importations () sont retranchées car elles ne sont pas produites nationalement mais sont incluses dans C, I ou G. On peut aussi écrire , montrant que les importations sont une ressource supplémentaire.

PIB et PNB

  • Produit Intérieur Brut (PIB) : Mesure la valeur ajoutée générée par les unités résidentes sur le territoire national, quelle que soit leur nationalité. (Ex: Usine Toyota en France => PIB français).
  • Produit National Brut (PNB) : Mesure la valeur ajoutée générée par les unités nationales, quelle que soit leur localisation géographique. (Ex: Usine Renault en Roumanie => PNB français).
  • .

Identités Comptables et Équilibres

L'équilibre comptable entre emplois et ressources est toujours assuré ex-post. 1. Économie à deux agents (entreprises, ménages) sans épargne : Production () = Revenu = Dépense. Si , alors Revenu = 1000, Dépense = 1000. 2. Économie à deux agents avec épargne : Le revenu () se décompose en consommation () et épargne (), donc . La dépense est (où est l'investissement, financé par l'épargne). Il en découle que , donc . Cette identité comptable signifie que, ex post, l'investissement est financé par l'épargne. 3. Économie à trois agents (entreprises, ménages, État) avec épargne : L'État prélève des impôts () et réalise des dépenses publiques (). Revenu : . Dépense : . En égalisant les deux, on obtient , ce qui simplifie en . On peut réécrire cette relation pour isoler l'investissement : .
  • représente l'épargne privée (revenu des ménages après impôt et consommation).
  • représente l'épargne publique (solde budgétaire : excédent si , déficit si ).
L'investissement est donc financé par l'épargne nationale (privée + publique). Une diminution des dépenses publiques, augmentant l'épargne publique, peut théoriquement accroître l'épargne nationale et l'investissement (toutes choses égales par ailleurs). 4. Économie à quatre agents (entreprises, ménages, État, RDM) avec épargne et ouverture sur l'extérieur : On introduit les exportations () et les importations (). L'identité emplois-ressources devient : ou . En substituant , on arrive à . Cette relation complexe montre que le déséquilibre entre épargne privée et investissement domestique peut être compensé par le solde budgétaire et/ou le solde de la balance commerciale.
  • Si (excédent d'épargne privée) et , alors (excédent commercial) : l'excédent d'épargne est exporté et investi à l'étranger.
  • Si (déficit d'épargne privée) et , alors (déficit commercial) : le déficit d'épargne est importé, financé par l'épargne du RDM.
L'investissement peut être réécrit comme : . .

Limites du PIB comme Indicateur de Richesse et Bien-être

Bien que le PIB soit très utilisé, il a des limites :
  • Il ne reflète pas toujours le bien-être : une production de biens polluants augmente le PIB mais dégrade la santé.
  • Il se concentre sur les biens matériels et le revenu, ignorant des dimensions "qualitatives" du développement humain comme la santé, l'éducation, l'accès à la culture.
  • Pour pallier cela, d'autres indicateurs existent, comme l'Indice de Développement Humain (IDH), qui est une moyenne géométrique de trois indices : longévité (), éducation (), et revenu ().
  • Malgré la subjectivité des indices composites (choix et pondération des critères), le PIB reste une mesure quantitative objective, et il est positivement corrélé à l'IDH.

L'Inflation

L'inflation est une hausse durable et générale du niveau des prix.
  • Durable : Une augmentation temporaire n'est pas de l'inflation.
  • Générale : Une augmentation du prix d'un seul bien ne constitue pas de l'inflation.
Le taux d'inflation mesure le changement en pourcentage de l'indice des prix à la consommation (IPC) sur une période.

L'Indice des Prix à la Consommation (IPC)

L'IPC est une mesure du coût global des biens et services achetés par un consommateur représentatif. En France, il est calculé par l'INSEE.
  • C'est un indice pondéré : il intègre un "panier de consommation" de nombreux biens et services, auxquels on attribue des pondérations en fonction de leur importance dans les dépenses des ménages.
  • Les défis du calcul de l'IPC :
    • Représentativité du panier : certains biens peuvent être oubliés, ou leur pondération sous-estimée.
    • Actualisation régulière : le panier et les pondérations doivent être mis à jour pour refléter les évolutions des marchés, l'innovation technologique et les effets de substitution (les consommateurs changent leurs habitudes d'achat si les prix relatifs varient).
  • Calcul : On choisit une année de base (IPC = 100) pour comparer les prix des autres années.
  • Variantes de l'IPC :
    • Taux d'inflation sous-jacente : Exclut les prix soumis à intervention de l'État (électricité, gaz) et les produits à prix volatils (produits frais, pétrole) pour dégager une tendance de fond.
    • Indice des prix à la production : Mesure le coût d'un panier de biens/services achetés par les entreprises, pouvant anticiper l'évolution de l'IPC standard.
    • IPC harmonisé (IPCH) : Calculé par Eurostat pour permettre la comparaison entre pays européens.

Le Chômage

Le chômage est un agrégat crucial, souvent la finalité des analyses et politiques macroéconomiques.

Définition et Critères

Une personne "sans emploi" n'est pas forcément au chômage selon la définition macroéconomique :
  • L'individu doit être en âge de travailler.
  • L'individu n'a pas d'emploi.
  • L'individu doit être capable, disponible pour travailler (même au taux de salaire courant) et être activement à la recherche d'un emploi.
Il n'existe pas de définition objective unique du chômage. Les statiques varient selon les organismes (ex: Pôle Emploi vs. BIT).
  • Définition du BIT (Bureau International du Travail) : Personne sans emploi (n'ayant pas travaillé au moins une heure dans la semaine de référence), qui désire travailler dans les deux prochaines semaines et qui cherche un emploi depuis 4 semaines ou attend de commencer.
  • Pôle Emploi (en France) : Distingue différentes catégories de demandeurs d'emploi (A, B, C, D, E) selon leur statut et leur disponibilité.

Calcul du Taux de Chômage

Le taux de chômage exprime la proportion de chômeurs dans la population active.
  • Population totale : Divisée en population active et population inactive.
  • Population active : Personnes en âge de travailler, disponibles et présentes sur le marché du travail (occupés ou chômeurs).
  • Population active occupée : Personnes ayant un emploi.
  • Chômeurs : Membres de la population active sans emploi et en recherche.
  • Population inactive : Personnes non en âge de travailler, ou non disponibles/recherche d'emploi (étudiants, retraités, femmes/hommes au foyer, travailleurs découragés). Les chômeurs ne sont PAS inclus dans la population inactive.
Formules :
  • .
  • .
  • : Indique la part de la population qui participe au marché du travail.

Les Équilibres Macroéconomiques

La macroéconomie s'intéresse à l'équilibre entre l'offre globale et la demande globale. Deux courants majeurs s'opposent sur les mécanismes de cet équilibre : les néoclassiques et les keynésiens.

L'Équilibre Macroéconomique Néoclassique

Contexte Historique et Intellectuel

  • Classiques (XVIIIe-XIXe siècles) : Adam Smith, David Ricardo, Thomas Malthus, Jean-Baptiste Say.
    • Promouvoir le libéralisme, la défense du droit de propriété, l'importance du marché libre.
    • Théorie de la valeur-travail.
    • Rôle neutre de la monnaie (simple instrument d'échange).
    • Intervention de l'État limitée au strict nécessaire.
  • Néoclassiques (fin XIXe siècle) : Léon Walras, William Stanley Jevons, Carl Menger (révolution marginaliste).
    • Reprennent les principes libéraux des classiques.
    • Redéfinition de la valeur basée sur l'utilité marginale, permettant l'introduction d'outils mathématiques.
    • Accent sur l'efficacité économique des marchés et l'auto-régulation à long terme.
    • Les agrégats macroéconomiques sont la somme des comportements individuels (approche micro-fondée).

Hypothèses Néoclassiques

  • Flexibilité des prix et des salaires : Les marchés s'auto-régulent grâce à l'ajustement des prix.
  • Vision de long terme : Les déséquilibres se résorbent avec le temps par l'ajustement des prix.
  • Monnaie neutre : La monnaie n'est qu'un voile ; elle facilite les transactions mais n'a pas d'impact sur la sphère réelle (production, emploi). Les agents ne détiennent de la monnaie que pour échanger.
  • Loi de Say : "L'offre crée sa propre demande" ; les produits s'échangent contre des produits, une crise de surproduction généralisée est impossible à long terme.

Mécanisme d'Équilibre

L'équilibre macroéconomique est atteint par l'ajustement du taux d'intérêt sur le marché des fonds prêtables. Cet équilibre sur le marché des fonds prêtables implique nécessairement un équilibre entre offre et demande globales. La demande de fonds prêtables (pour l'investissement) est une fonction décroissante du taux d'intérêt, car un taux élevé rend les emprunts plus coûteux. L'offre de fonds prêtables (l'épargne) est une fonction croissante du taux d'intérêt, car un taux élevé rend l'épargne plus rémunératrice. L'intersection de l'offre et de la demande de fonds prêtables détermine le taux d'intérêt d'équilibre () où (Épargne = Investissement). Si le taux d'intérêt est trop élevé, , le taux diminue, encourageant l'investissement et décourageant l'épargne jusqu'à l'équilibre.
  • Déficit public : Si l'État accroît son déficit public (), la demande de fonds prêtables augmente. La courbe se déplace vers la droite. Cela augmente le taux d'intérêt d'équilibre et la quantité de fonds prêtables. Cet effet est appelé l'effet d'éviction, car l'investissement public se substitue à l'investissement privé en absorbant de l'épargne et en augmentant les taux.
  • Réduction de l'impôt sur l'épargne : Encourage l'épargne, déplace l'offre de fonds prêtables vers la droite, réduisant le taux d'intérêt et stimulant l'investissement.
  • Le taux d'intérêt est une variable réelle, reflétant le renoncement à la consommation immédiate et la productivité des entreprises.

L'Équilibre Macroéconomique Keynésien

Contexte Historique et Intellectuel

Keynes développe ses idées en pleine Grande Dépression (crise de 1929), marquée par le chômage de masse et la récession – une situation que l'orthodoxie néoclassique peinait à expliquer et résoudre. Keynes se concentre sur le court terme (contrairement aux néoclassiques) et remet en question la capacité d'auto-régulation des marchés.

Hypothèses Keynésiennes

  • Rigidité des prix (et des salaires) : À court terme, les prix ne s'ajustent pas suffisamment vite pour résorber les déséquilibres.
  • Monnaie non neutre : La monnaie a un impact sur l'économie réelle. Les agents économiques détiennent de la monnaie pour plusieurs motifs :
    • Motif de transaction : Pour financer les dépenses courantes (dépend positivement du PIB).
    • Motif de précaution : Pour faire face aux imprévus (dépend positivement du PIB).
    • Motif de spéculation : Pour arbitrer entre la monnaie et d'autres actifs financiers (dépend négativement du taux d'intérêt, car un taux élevé augmente le coût d'opportunité de détenir de la monnaie).
  • Inversion de la loi de Say : "La demande crée sa propre offre". C'est la demande globale qui détermine le niveau de production et d'emploi. Une crise de surproduction est possible et peut persister si les agents thésaurisent de la monnaie plutôt que de consommer ou investir.
  • Équilibre de sous-emploi : Contrairement aux néoclassiques, l'équilibre macroéconomique n'assure pas le plein emploi ; l'économie peut être "coincée" dans un équilibre où l'offre égale la demande, mais avec un chômage involontaire.

Mécanisme d'Équilibre Keynésien

Keynes étudie l'équilibre ex-ante, considérant que la production s'ajuste à la demande globale anticipée. La fonction de consommation keynésienne :
  • : Consommation incompressible (même si ).
  • : Propension marginale à consommer (PMC). Représente la part d'une augmentation de revenu qui est consacrée à la consommation (). Le reste est épargné (Propension marginale à épargner ).
L'investissement () et les dépenses publiques () sont souvent considérés comme exogènes dans les modèles simples (, ). L'équilibre agrégé s'écrit : . La production s'ajuste pour égaliser la demande globale. Si la production dépasse la demande, les stocks s'accumulent, incitant les entreprises à réduire la production. Si la production est inférieure, les stocks diminuent, incitant à augmenter la production.

Le Multiplicateur des Dépenses Publiques

En cas de sous-emploi, l'État peut stimuler la demande par une augmentation des dépenses publiques (). Cela entraîne un mécanisme vertueux : L'effet sur le PIB () est plus que proportionnel à l'augmentation initiale des dépenses. Ce phénomène est quantifié par le multiplicateur budgétaire : Plus la propension marginale à consommer () est élevée, plus l'effet multiplicateur est important. L'épargne est considérée comme un "vice" si elle réduit la demande globale en période de sous-emploi.

Investissement et Efficacité Marginale du Capital

Pour Keynes, l'investissement n'est pas exogène mais dépend de l'efficacité marginale du capital (EMC) et du taux d'intérêt. L'EMC représente le taux d'escompte qui égalise la valeur actualisée des rendements futurs d'un investissement avec son coût de remplacement. Les entreprises investissent tant que l'EMC est supérieure au taux d'intérêt. L'investissement est une fonction décroissante du taux d'intérêt. Une baisse du taux d'intérêt stimule l'investissement, la demande globale et donc la production (effet multiplicateur).

Taux d'Intérêt et Marché de la Monnaie

Contrairement aux néoclassiques, Keynes considère le taux d'intérêt comme un phénomène purement monétaire. Il est déterminé sur le marché de la monnaie, où l'offre de monnaie (contrôlée par la Banque Centrale) rencontre la demande de monnaie (basée sur les motifs de transaction, précaution et spéculation). (exogène) et (décroissante du taux d'intérêt, croissante du PIB) déterminent le taux d'intérêt d'équilibre. Une politique monétaire expansionniste (hausse de l'offre de monnaie) entraîne une baisse du taux d'intérêt, ce qui stimule l'investissement et la production.

Le Modèle IS-LM (non traité dans ce cours)

Le modèle IS-LM est une synthèse des approches keynésienne et néoclassique, permettant d'étudier l'équilibre simultané sur le marché des biens et services (courbe IS) et le marché monétaire (courbe LM). Il permet d'analyser l'efficacité des politiques budgétaires et monétaires.

Conclusion

La macroéconomie fournit des cadres d'analyse essentiels pour appréhender la complexité des économies nationales. Les modèles classiques/néoclassiques et keynésiens, malgré leurs divergences, ont chacun enrichi notre compréhension des mécanismes économiques, offrant des outils pour diagnostiquer les problèmes et orienter les politiques. L'étude des grands agrégats (PIB, inflation, chômage) et les outils de la comptabilité nationale sont fondamentaux pour cette analyse.

Inizia un quiz

Testa le tue conoscenze con domande interattive