La santé publique 

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Ce document explore l'histoire et les multiples facettes de la santé publique, de ses origines à ses manifestations contemporaines. Il aborde les définitions, les concepts clés tels que l'épidémiologie, les inégalités sociales de santé, ainsi que les modèles de gestion administrative et les disciplines scientifiques qui la composent. Des exemples historiques comme les pandémies de peste et de choléra aux enjeux actuels tels que la COVID-19, le cours détaille les actions de prévention, les politiques de santé et l'organisation des systèmes de soin. Enfin, il met en lumière l'importance de la justice sociale et de l'équité dans l'approche de la santé publique.

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Domanda
Combien de décès la pandémie de COVID-19 a-t-elle causés dans le monde, selon l'OMS ?
Risposta
La pandémie a causé environ 7 millions de décès dans le monde, répartis sur tous les continents.
Domanda
Quelles mesures de prévention collectives ont été prises en France durant la crise du COVID-19 ?
Risposta
Des confinements, la police sanitaire, le dépistage et l'isolement des cas ont été mis en place.
Domanda
Quel impact la pandémie de COVID-19 a-t-elle eu sur la santé mentale en France ?
Risposta
Une augmentation de l'anxiété, de la dépression et du suicide, notamment chez les jeunes et les soignants.
Domanda
Qu'a révélé la crise du COVID-19 sur l'industrie du médicament ?
Risposta
La mondialisation de l'industrie, avec une production parfois exclusive en Chine et en Inde.
Domanda
Selon Didier Fassin, que signifie la santé publique comme réalité épidémiologique ?
Risposta
C'est la description de l'état de santé de la population, incluant les affections et leurs facteurs de risque.
Domanda
Comment Didier Fassin définit-il la santé publique en tant que mode de gestion étatique ?
Risposta
Elle englobe les politiques, lois, l'organisation et le financement des services de santé par l'État.
Domanda
Que représente la santé publique en tant que domaine d'activité spécialisé ?
Risposta
Elle comprend des formations spécialisées (médicales, scientifiques) et des institutions dédiées.
Domanda
Qu'est-ce que la santé publique en tant que champ disciplinaire ?
Risposta
C'est un champ regroupant des savoirs, des règles, des ouvrages et des sociétés savantes.
Domanda
Qui est l'un des premiers épidémiologistes pour son étude sur le choléra à Londres en 1854 ?
Risposta
Le médecin anglais John Snow, qui a réalisé des études d'observation pionnières.
Domanda
Qu'a démontré John Snow avant même l'isolement de l'agent du choléra ?
Risposta
Il a incriminé le rôle de l'eau contaminée dans la transmission de la maladie.
Domanda
Quelle compagnie des eaux a été liée à une forte mortalité par choléra par John Snow ?
Risposta
La compagnie Southwark & Vauxhall, qui puisait de l'eau contaminée par des eaux usées.
Domanda
Quel agent pathogène est responsable du choléra ?
Risposta
Le vibrion cholérique (Vibrio cholerae), observé par Pacini et isolé par Koch.
Domanda
Combien de grandes pandémies de peste sont recensées dans l'histoire ?
Risposta
Trois pandémies : celle de Justinien, la Peste noire (1348), et celle de 1720 en Provence.
Domanda
Quel est l'agent responsable de la peste ?
Risposta
Le bacille Yersinia pestis, isolé par Alexandre Yersin en 1894.
Domanda
Comment la peste bubonique se transmettait-elle principalement ?
Risposta
Par des piqûres de puces infectées, qui passaient des rongeurs aux humains.
Domanda
Qu'est-ce que la peste pulmonaire ?
Risposta
Une forme de l'infection atteignant les poumons, transmissible d'homme à homme par voie aérienne.
Domanda
Quelle mesure prônait la vision contagionniste pour lutter contre la peste ?
Risposta
La mise en quarantaine des malades et la construction de lazarets pour les isoler.
Domanda
Quelle était la théorie de la vision non-contagionniste sur la transmission de la peste ?
Risposta
Elle attribuait la maladie aux miasmes portés par l'air, s'opposant à l'isolement.
Domanda
Quel rôle a joué Adrien Proust dans la lutte contre les épidémies ?
Risposta
Il a prôné la coopération sanitaire internationale et le confinement des épidémies à leur source.
Domanda
Qui a lié l'espérance de vie réduite des ouvriers à leurs faibles revenus et conditions de vie en 1840 ?
Risposta
Louis-René Villermé, dans son 'Tableau de l'état physique et moral des ouvriers'.
Domanda
Qu'a observé Villermé concernant la mortalité dans les prisons de la Seine ?
Risposta
Un gradient de mortalité : les prisonniers les plus pauvres mouraient beaucoup plus que les plus fortunés.
Domanda
Qui a mis en évidence un gradient social de mortalité en Angleterre en 1840 ?
Risposta
L'avocat anglais Edwin Chadwick, dans un rapport sur les conditions sanitaires.
Domanda
Qui a mis en cause les conditions économiques dans l'étude de la fièvre typhoïde en Silésie en 1848 ?
Risposta
Le médecin allemand Rudolph Virchow, qui a aussi plaidé pour une prise en charge par l'État.
Domanda
Qu'a montré le Rapport Black (1980) en Grande-Bretagne ?
Risposta
D'importantes inégalités de mortalité infantile selon la classe sociale, avec un gradient social régulier.
Domanda
Qui a mené la 'British Doctors Study' sur le lien entre tabac et cancer du poumon ?
Risposta
Les chercheurs Richard Doll et Austin Bradford Hill.
Domanda
Quel type d'étude Doll et Hill ont-ils mené pour étudier le tabagisme ?
Risposta
Ils ont d'abord conduit une étude cas-témoin (1950), puis une étude de cohorte prospective (1951).
Domanda
Quel était le risque de cancer du poumon pour un fumeur de plus de 25 cigarettes/jour ?
Risposta
Le risque était 25 fois supérieur à celui d'un non-fumeur.
Domanda
Quel traité d'Hippocrate est une base de la santé publique ?
Risposta
Le traité "Airs, eaux, lieux", qui étudie l'effet de l'environnement sur la santé.
Domanda
Quels furent les apports majeurs de l'Empire romain à la santé publique ?
Risposta
L'hygiène environnementale avec les aqueducs et égouts, et la médecine sociale.
Domanda
Quel est le paradoxe fondateur de la santé publique entre Grecs et Romains ?
Risposta
Les Grecs excellaient en clinique, mais les Romains ont brillé par leur ingénierie et administration sanitaire.
Domanda
Quelle nouvelle conception de l'État par Rome explique ses avancées en santé publique ?
Risposta
L'État s'est donné pour mission d'œuvrer pour le bien-être de l'ensemble des populations.
Domanda
Citez deux exemples historiques de santé publique hors de l'Occident.
Risposta
Les ordonnances de l'empire inca et la promotion de la natalité ou l'aide aux populations vulnérables.
Domanda
Quelles sont les trois filières pour se former en santé publique en France ?
Risposta
La filière grande école (EHESP), la filière médicale (DES) et la filière universitaire (LMD).
Domanda
Quelle école a été créée en 2004 suite à la loi de santé publique, intégrant l'ENSP ?
Risposta
L'EHESP (École des hautes études en santé publique).
Domanda
Quand a été créé le diplôme d'étude spécialisée (DES) en santé publique pour les médecins ?
Risposta
Le DES en santé publique a été créé en 1982 dans les facultés de médecine.
Domanda
Qu'est-ce que le corps des médecins inspecteurs de santé publique créé en 1964 ?
Risposta
Un corps de fonctionnaires assurant le contrôle et la protection de la santé publique pour l'État.
Domanda
Citez deux directions importantes du ministère de la Santé en France.
Risposta
La Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de l'offre de soins (DGOS).
Domanda
Quelle agence sanitaire nationale assure la veille sanitaire en France ?
Risposta
Santé publique France (SPF).
Domanda
Quel est l'équivalent européen du CDC américain ?
Risposta
L'ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies).
Domanda
Quelle est la principale institution de santé publique au niveau mondial ?
Risposta
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ou WHO en anglais.
Domanda
Au sein de quelle section du Conseil national des universités (CNU) trouve-t-on la santé publique ?
Risposta
Dans la section 46 "Santé publique, environnement et société".
Domanda
Citez une sous-section de la section 46 "Santé publique" du CNU.
Risposta
La sous-section 46.01 : "Épidémiologie, économie de la santé et prévention".
Domanda
En quoi la santé publique se distingue-t-elle de la médecine clinique ?
Risposta
Par son approche collective et populationnelle centrée sur la promotion de la santé, et non la guérison individuelle.
Domanda
Citez les quatre réalités que recouvre historiquement la santé publique.
Risposta
Une réalité épidémiologique, un mode de gestion administrative, un domaine d'activité spécialisé et un champ disciplinaire.
Domanda
Sur quel principe de justice la santé publique est-elle fondée ?
Risposta
Sur la justice sociale, qui vise un partage équitable des bénéfices et coûts collectifs.
Domanda
Quelle est la différence entre égalité et équité en santé publique ?
Risposta
L'égalité donne la même chose à tous, tandis que l'équité donne à chacun selon ses besoins.
Domanda
Pourquoi dit-on que la santé publique a une nature politique ?
Risposta
Parce que la fixation des priorités de santé et l'allocation des budgets relèvent de choix politiques gouvernementaux.
Domanda
Quel exemple illustre l'impact des normes sociales en santé publique ?
Risposta
L'interdiction de fumer dans les lieux publics, qui a normalisé le fait de ne pas fumer.
Domanda
Qu'a permis l'obligation vaccinale de 1964 en France ?
Risposta
Elle a permis l'éradication de la poliomyélite en France en 1992.
Domanda
Quel modèle illustre les multiples déterminants de la santé ?
Risposta
Le modèle de la roue de Dahlgren & Whitehead (1991).
Domanda
Citez deux types de facteurs influençant la santé selon le modèle de Dahlgren & Whitehead.
Risposta
Les facteurs de style de vie individuels et les réseaux sociaux et communautaires.
Domanda
Citez un facteur environnemental proximal selon Dahlgren & Whitehead.
Risposta
Les conditions de travail, le logement, l'accès à l'eau potable ou les services de soins.
Domanda
Que sont les facteurs environnementaux distaux selon Dahlgren & Whitehead ?
Risposta
Ce sont les conditions socio-économiques, culturelles et environnementales générales de la société.
Domanda
Citez un des rôles principaux du gouvernement en santé publique.
Risposta
Faciliter l'identification et la priorisation des problèmes de santé et agir en conséquence.
Domanda
Citez un exemple d'action gouvernementale limitant les droits privés pour la santé publique.
Risposta
Imposer à l'industrie agro-alimentaire d'informer sur la composition des aliments.
Domanda
Qu'est-ce qu'une vision paternaliste en santé publique ?
Risposta
Une vision où les intérêts de la société priment sur les intérêts et libertés des individus.
Domanda
Que signifie une vision équitable de la société en santé publique ?
Risposta
Que les personnes reçoivent des aides selon leurs besoins et contribuent selon leurs ressources.
Domanda
Citez deux types de sciences sur lesquelles se base la santé publique, en plus des sciences biologiques.
Risposta
Les sciences quantitatives (épidémiologie, biostatistiques) et les sciences humaines et sociales.
Domanda
À quoi servent les sciences quantitatives en santé publique ?
Risposta
À identifier les causes des maladies, évaluer les interventions et pratiquer la veille sanitaire.
Domanda
Quel est l'apport des sciences humaines et sociales à la santé publique ?
Risposta
Elles aident à comprendre l'impact des facteurs comportementaux et sociaux sur la santé.
Domanda
Quelle est la différence entre prévention primaire et secondaire ?
Risposta
La prévention primaire empêche la survenue de la maladie, tandis que la secondaire vise au dépistage précoce.
Domanda
Quelle action de prévention a permis de réduire drastiquement la mort subite du nourrisson (MSN) ?
Risposta
La recommandation de coucher les nourrissons sur le dos, mise en place dans les années 1990.
Domanda
Pourquoi la santé publique est-elle considérée comme interdisciplinaire ?
Risposta
Car elle mobilise de nombreuses disciplines pour agir sur les multiples déterminants de la santé.
Domanda
Quelle est la définition positive de la santé selon l'OMS (1946) ?
Risposta
C'est un "état complet de bien-être physique, mental et social", pas juste une absence de maladie.
Domanda
Quelle est la définition négative et historique de la santé ?
Risposta
L'absence de maladie ou d'infirmité, ou "La vie dans le silence des organes" (Leriche).
Domanda
Quelle est la différence entre disease, illness et sickness en anglais ?
Risposta
Disease est la maladie biologique, illness sa perception par l'individu, et sickness son impact social.
Domanda
Sur quel point de vue le modèle biomédical est-il centré ?
Risposta
Celui du professionnel de santé, axé sur le dysfonctionnement organique et la maladie (disease).
Domanda
À quel type de maladies le système de santé biomédical est-il mal adapté ?
Risposta
Il est mal adapté à la prise en charge efficace des maladies chroniques.
Domanda
Quelle classification internationale des maladies est basée sur le modèle biomédical ?
Risposta
La Classification Internationale des Maladies (CIM) de l'OMS, qui classe les atteintes organiques et fonctionnelles.
Domanda
Sur quelles relations se base le modèle bio-psycho-social ?
Risposta
Sur les interactions multiples entre processus biologiques, psychologiques et comportementaux.
Domanda
Quelle classification de l'OMS s'appuie sur le modèle bio-psycho-social ?
Risposta
La Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF).
Domanda
Quels sont les trois éléments qui composent le handicap selon la CIF ?
Risposta
La déficience (altération de fonction), l'incapacité (limitation d'activité) et le désavantage (restriction de participation).
Domanda
Qu'est-ce qu'une déficience dans le modèle du handicap ?
Risposta
C'est une altération d'une fonction (ex: auditive) ou d'une structure corporelle.
Domanda
Qu'est-ce que l'incapacité dans le modèle du handicap ?
Risposta
C'est une limitation dans l'exécution d'activités (ex: incapacité à marcher).
Domanda
Comment la qualité de vie est-elle définie ?
Risposta
C'est la perception qu'a un individu de sa place dans l'existence, en relation avec ses objectifs personnels.
Domanda
Qu'est-ce que le modèle bio-psycho-social souligne dans la prise de décision médicale ?
Risposta
Il souligne l'importance de la participation du sujet à ses propres décisions de santé.
Domanda
Qu'est-ce que la promotion de la santé ?
Risposta
Un processus donnant aux populations les moyens d'améliorer leur santé, reposant sur la participation communautaire.
Domanda
Quelle est la définition de la santé publique par Winslow (1920) ?
Risposta
C'est la "science et l'art de prévenir les maladies, prolonger la vie et promouvoir la santé par un effort collectif".
Domanda
Comment Vickers (1958) définit-il la santé publique de manière évolutive ?
Risposta
Comme des "redéfinitions successives de l'inacceptable", soulignant le changement des priorités de santé.
Domanda
Quelle est la définition de la santé publique selon l'IOM (1988) ?
Risposta
La mission d'assurer des conditions sociétales dans lesquelles les gens peuvent être en bonne santé.
Domanda
Citez les trois critères pour définir un problème de santé publique.
Risposta
Une fréquence élevée, des conséquences graves (coût, mortalité) et une possibilité de correction.
Domanda
Pourquoi l'illettrisme peut-il être un problème de santé publique ?
Risposta
Car il est associé à des difficultés de santé et peut être corrigé par des interventions collectives.
Domanda
À quelle triade s'intéresse-t-on pour poser un diagnostic de santé publique ?
Risposta
À la triade Besoins, Demandes et Réponses de la population concernée.
Domanda
Donnez un exemple pour : besoin identifié, demande existante, mais pas de réponse satisfaisante.
Risposta
L'accès limité aux trithérapies pour le VIH dans de nombreux pays en développement.
Domanda
Donnez un exemple pour : besoin identifié, réponse existante, mais absence de demande.
Risposta
Le refus de la vaccination (ex: contre le HPV), malgré le besoin et l'existence de vaccins.
Domanda
Donnez un exemple pour : demande existante, réponse fournie, mais absence de besoin réel.
Risposta
Le mésusage d'antibiotiques pour des infections virales, où un traitement est demandé mais inefficace.
Domanda
Quelle situation est considérée comme l'idéal en santé publique concernant les besoins, demandes et réponses ?
Risposta
Celle où les besoins, les demandes et les réponses pour un problème de santé sont alignés.
Domanda
Quel est l'un des premiers constats de la pandémie de COVID-19 ?
Risposta
Une prise de conscience de l'impuissance de la biomédecine face à une telle crise.
Domanda
Quelle polémique autour d'un traitement expérimental a marqué la crise du COVID-19 ?
Risposta
La polémique autour de l'usage de l'hydroxychloroquine.
Domanda
Quelles sont les trois vagues principales de mortalité du COVID-19 en France ?
Risposta
Elles sont survenues en 2020, 2021 et 2022, avec des pics importants.
Domanda
Comment était la répartition de la mortalité du COVID-19 sur le territoire français ?
Risposta
Elle était inégale, les grandes villes et le Nord étant plus touchés que les régions moins peuplées.
Domanda
Quelle fut une conséquence sociale majeure de la pandémie de COVID-19 ?
Risposta
La révélation et l'aggravation des inégalités territoriales et sociales face à la maladie.
Domanda
Quelle nouvelle forme de maladie chronique a émergé suite à la pandémie de COVID-19 ?
Risposta
L'émergence du COVID long, affectant de nombreux patients après l'infection initiale.
Domanda
Quelle prise de conscience majeure la crise du COVID-19 a-t-elle engendrée ?
Risposta
La prise de conscience de l'interdépendance des systèmes de santé mondiaux et de leurs composantes socio-économiques.
Domanda
Quel était le principal biais des études cas-témoins sur le tabac menées par Doll & Hill ?
Risposta
Le biais de mémorisation, qui affecte la justesse des informations rétrospectives données par les participants.
Domanda
Dans le modèle du handicap (CIF), que signifie la restriction de la participation (désavantage) ?
Risposta
C'est un problème qu'un individu rencontre dans son implication dans les situations de la vie courante.
Domanda
Qu'est-ce que le concept de promotion de la santé, au-delà du secteur sanitaire ?
Risposta
C'est un processus qui vise le bien-être général en donnant aux populations les moyens d'améliorer leur santé.

La santé publique est un domaine complexe qui englobe plusieurs réalités : épidémiologique, administrative, activité spécialisée et champ disciplinaire. Elle se distingue de la médecine clinique par son approche collective et son objectif de promouvoir la santé.

I. Introduction : Exemple de la pandémie de COVID-19

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière plusieurs aspects cruciaux de la santé publique.

1. Les constats

  • 7 millions de décès dans le monde (OMS), répartis sur tous les continents, justifiant le terme de pandémie.

  • Impuissance de la biomédecine confrontée à la crise.

  • Évolution en trois vagues, l'épidémie n'étant pas complètement éteinte.

  • Déception face aux traitements expérimentaux (ex. polémique sur l'hydroxychloroquine).

  • Débats sur l'usage des masques, l'insuffisance des lits de réanimation en France.

  • Critiques sur la mondialisation de l'industrie du médicament (production concentrée en Chine et en Inde), entraînant des pénuries.

  • Révélation des inégalités territoriales et sociales face à la maladie, touchant davantage les populations vulnérables.

2. L'évolution de la mortalité

  • Croissance importante de la mortalité mondiale entre 2020 et 2024, avec trois vagues distinctes en 2020, 2021 et 2022.

  • En France, pics de mortalité associés aux vagues, avec une répartition inégale selon les territoires (grandes villes et Nord plus touchés, régions moins peuplées moins touchées).

3. Mesures de prévention

  • À l'échelle individuelle : vaccination (d'abord populations exposées, puis élargissement).

  • À l'échelle collective : état d'urgence, confinements, police sanitaire, dépistage et isolement des cas.

  • Finalité : réduire la mortalité, notamment par la vaccination et les confinements au moment des pics de mortalité.

4. Conséquences indésirables en France

  • Économiques et sociales : récession (chômage, pauvreté), augmentation des dépenses publiques (déficit, dette nationale).

  • Restrictions des libertés : circulation, droit au travail, à l'éducation, à une fin de vie digne.

  • Sur la santé :

    • Altération de la santé mentale : augmentation de l'anxiété, dépression, suicide (surtout chez les femmes, soignants et populations vulnérables).

    • Émergence du COVID long comme nouvelle maladie chronique.

    • Ailleurs dans le monde : augmentation des naissances prématurées et des troubles neurodéveloppementaux.

5. Autres conséquences

  • Prise de conscience de l'interdépendance des systèmes de santé et de leurs composantes économiques et sociales.

  • La santé publique (re)devient une réalité majeure, comme lors de crises sanitaires antérieures (distilbène, sang contaminé, canicule 2003, Mediator).

II. Histoire de la Santé Publique

1. Santé publique

L'expression "santé publique" recouvre plusieurs sens:

  • Réalité épidémiologique : description de l'état de santé de la population, des affections et de leurs facteurs de risque.

  • Mode de gestion étatique : politiques, lois, organisation et financement des services de santé.

  • Domaine d'activité spécialisé : formation (médicale, scientifique) et institutions dédiées.

  • Champ disciplinaire : savoirs, règles, ouvrages et sociétés savantes.

2. Épidémiologie des infections

A. Le choléra

L'exemple de l'épidémie de choléra à Londres en 1854 est fondamental.

John Snow (1813-1858)

Un des premiers épidémiologistes à réaliser des études d'observation. Il a incriminé le rôle de l'eau dans l'épidémie de Londres en 1854, avant même l'isolement du vibrion cholérique par Koch en 1833 (observé par Pacini en 1854).

L'expérience de J. Snow

Il a cartographié les zones desservies par deux compagnies d'eau à Londres, la Southwark & Vauxhall et Lambeth, et le nombre de décès liés au choléra dans chacun des trois districts.

Observations

Les foyers desservis par la société Southwark & Vauxhall avaient des taux de mortalité jusqu'à 20 fois supérieurs à ceux des foyers desservis par Lambeth.

Résultat de l'expérience

La compagnie Southwark & Vauxhall était située en aval de la Tamise et puisait son eau après le déversement des eaux usées (contenant les déjections contaminées) dans la capitale. Ses eaux étaient donc contaminées, causant la propagation de la maladie.

John Snow a mis en évidence le rôle de l'eau usée dans la diffusion du choléra et ses causes en comparant deux sources, avant la découverte avérée du vibrion cholérique.

B. Pandémies de peste

Trois pandémies majeures de peste ont jalonné l'histoire :

  1. Justinien (Antiquité/Moyen-Âge) : 10 millions de décès.

  2. Peste Noire (1348) : >50 millions de décès (estimations entre 50 et 200 millions).

  3. Peste du Grand Saint-Antoine (1720) : 100 000 décès en Provence.

L'agent responsable est Yersinia pestis, isolé en 1894 par Alexandre Yersin (élève de Pasteur).

La propagation s'explique par:

  • Transmission par les puces infectant les rongeurs sauvages.

  • Transition aux rongeurs commensaux vivant près de l'homme.

  • Transmission aux humains par puces, surtout dans des contextes d'hygiène insuffisante ou via les rats sur les bateaux.

La bactérie provoque des bubons. Si l'infection atteint les poumons (peste pulmonaire), elle devient transmissible d'homme à homme par voie aérienne.

Deux visions s'opposent sur l'origine de la peste avant l'identification de Yersinia pestis :

  • Vision non-contagionniste (notamment en Angleterre) : maladie transmise par les miasmes dans l'air, s'opposant aux mesures d'isolement pour des raisons économiques.

  • Vision contagionniste (notamment en France et à Marseille) : mesures de quarantaine, construction de lazarets (ex: Lazaret d'Arenc), et du mur de la peste en 1720 en Provence pour limiter la propagation.

Adrien Proust (1834-1903)

Père de Marcel Proust, il a lutté contre la peste et le choléra, suivant la lignée de René Clovis Prus et Sulpice Antoine Fauvel. Il s'intéresse à l'hygiène industrielle et à la prévention des épidémies. Ses mesures incluaient :

  1. Empêcher les épidémies de sortir de leur lieu d'origine.

  2. Limiter les contraintes économiques (lazarets et quarantaines).

  3. Développer la coopération sanitaire internationale.

III. Épidémiologie des inégalités sociales

De nombreuses personnalités ont mis en évidence les inégalités sociales de santé.

1. Louis-René Villermé

  • A montré la réduction de l'espérance de vie des ouvriers due aux faibles revenus et mauvaises conditions de vie (1840).

  • Son traité sur l'état physique et moral des ouvriers illustre comment la misère et la mauvaise santé affectent les ouvrières en soie au revenu faible, contrastant avec les ouvriers en soieries mieux rémunérés et en meilleure santé.

  • Il a aussi étudié la mortalité dans les prisons parisiennes entre 1815 et 1818, révélant un gradient de mortalité directement lié à la richesse des détenus. Les prisons avec des prisonniers fortunés (ex. Grande-Force, 1/41) avaient une mortalité bien plus basse que celles accueillant des pauvres (ex. Saint-Denis, 1/4).

  • Il conclut que la mortalité élevée est liée à la constitution détériorée des pauvres par les privations avant l'emprisonnement et à leur incapacité à se procurer des commodités de vie.

2. Et ailleurs en Europe ...

A. Edwin Chadwick

  • Avocat anglais, il a mis en évidence un gradient social de mortalité en Angleterre vers 1840.

  • Son rapport a montré que les classes ouvrières avaient une mortalité jusqu'à 10 fois supérieure à celle des classes aisées.

B. Rudolph Virchow

  • Médecin allemand, il a étudié en 1848 les causes de la fièvre typhoïde en Silésie.

  • Il a mis en cause les conditions économiques et sociales des habitants et la responsabilité de l'État.

  • En tant que député au Reichstag, il a préconisé la prise en charge des dépenses de santé par l'État.

  • Il est à l'origine de l'instauration du tout-à-l'égout et de l'approvisionnement central en eau potable à Berlin.

C. Rapport Black (ouvrage de 1980)

  • Mise en évidence des différences d'état de santé en fonction de la classe sociale en Grande-Bretagne.

  • A souligné les inégalités de mortalité infantile :

    • Infections : mortalité très élevée chez les enfants, avec un gradient social clair (plus la classe sociale est basse, plus la mortalité augmente).

    • Accidents domestiques : inégalités encore plus marquées chez les classes défavorisées.

  • A également montré une différence de mortalité entre hommes et femmes (moins importante chez les femmes).

  • Ces différences s'observent aussi pour la morbidité (fréquence des maladies) et l'accès aux services de santé, et ce, à l'international.

IV. Épidémiologie du tabagisme

Les travaux de Doll et Hill ont été essentiels pour établir le lien entre tabac et cancer.

Travaux de Doll et Hill

Contexte

De 1900 à 1950, augmentation du nombre de décès par cancer du poumon en Grande-Bretagne.

Étude Cas-Témoins en 1950

  • Concluent que le risque de cancer du poumon chez les fumeurs de plus de 25 cigarettes/jour est 25 fois supérieur à celui des non-fumeurs.

  • Cette étude rétrospective présentait des limites, notamment des biais de mémorisation.

Étude de Cohorte en 1951

  • Étude prospective pour limiter les biais : 34 440 hommes médecins inclus.

  • Questionnaire sur la consommation de tabac à l'inclusion.

  • Suivi sur 50 ans pour détecter l'apparition de cancers du poumon.

  • Résultats : les taux de mortalité liés aux cancers du poumon, de l'appareil respiratoire supérieur et digestif étaient nettement plus élevés chez les fumeurs.

V. Histoire de la santé publique comme mode de gestion par une administration étatique de la santé

1. Apports majeurs des Grecs à la médecine

  • Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.) et ses disciples, avec le traité "Airs, Eaux, Lieux", ont mis en évidence :

    • La saisonnalité des maladies.

    • L'effet de la qualité de l'eau sur la santé.

    • L'effet du mode de vie (alimentation, activité physique) sur la santé.

  • Les médecins grecs étaient des praticiens ambulants, rémunérés à l'acte.

2. Apports majeurs de l'empire romain à la santé publique

L'Empire romain a repris les savoirs grecs en y ajoutant des contributions majeures :

  • Hygiène environnementale :

    • Approvisionnement en eau potable par aqueducs.

    • Évacuation des eaux usées par les égouts.

    • Implantation de thermes et latrines.

  • Ces constructions résultaient de savoirs en urbanisme, architecture, ingénierie hydraulique.

  • Administration par un Conseil de l'eau, présidé par un fonctionnaire consulaire.

  • Développement d'une médecine sociale : prévention et soins pour les populations vulnérables.

  • Mise en place d'une médecine publique : financée par la ville pour les indigents, création d'hospices et infirmeries pour les esclaves.

  • Émergence d'une médecine du travail : amélioration des connaissances sur les pathologies liées au travail.

« Quand Rome conquit le monde méditerranéen et reprit l'héritage de la culture grecque, elle en adopta aussi la médecine et les idées sur la santé. En tant que cliniciens, les Romains étaient de pâles imitateurs des Grecs, mais en tant qu'ingénieurs et administrateurs, en tant que constructeurs de systèmes d'assainissement, en tant qu'organisateurs de services de soins, ils ont donné au monde un exemple et laissé leur marque dans l'histoire. » – George Rosen (cité par Didier Fassin)

3. Paradoxe fondateur de la santé publique

Ce paradoxe entre l'héritage grec et la contribution romaine s'explique par :

  • Hypothèse démographique : Augmentation de la population dans les villes.

  • Hypothèse politique : Nouvelle conception de l'État par Rome.

A. Empereur Auguste

Les nouvelles fonctions de l'État romain sous Auguste étaient innovantes pour l'époque :

  • Mission régalienne de défense (ennemis extérieurs).

  • Mission régalienne de police (ennemis intérieurs).

  • Œuvrer pour le bien-être de l'ensemble des populations sous son autorité.

B. Autres exemples historiques

Le développement de la santé publique n'est pas uniquement occidental. D'autres exemples existent :

  • Empire Inca : Ordonnances sur la gestion des épidémies (prescriptions et proscriptions), organisation et contrôle des métiers médicaux, promotion de la natalité, aides publiques aux populations vulnérables.

VI. Histoire de la santé publique comme domaine d'activité

1. Former les spécialistes en santé publique

En France, il existe trois filières de formation pour les spécialistes en santé publique :

  • Filière grande école : Débouchés dans l'administration de la santé publique.

  • Filière médicale : Administration de la santé publique, carrières hospitalières et hospitalo-universitaires, carrières industrielles et conseil.

  • Filière universitaire (LMD) : Recherche (doctorat), professionnels de santé publique (Master) en épidémiologie, promotion de la santé (secteurs public, associatif, privé).

2. École nationale de santé publique (ENSP)

  • 1945 : Créée comme département de l'Institut national d'hygiène, avec pour mission de former scientifiquement les médecins de santé, pharmaciens inspecteurs et techniciens sanitaires.

  • 1960 : Devient une école à part entière, complétant l'enseignement des disciplines de santé publique et d'administration sanitaire et sociale.

  • 1993 : Élargissement des missions à la recherche collaborative avec les universités et à la coopération internationale.

  • Public cible : Personnel des services administratifs sanitaires et sociaux, spécialistes (directeurs, infirmiers, ingénieurs, médecins, pharmaciens, techniciens).

  • Ambitions (selon Robert Debré, président en 1966) : internationale, excellence du diplôme, recherche en santé publique.

  • Recentrage : Malgré ces ambitions, l'ENSP s'est recentrée sur le secteur curatif (institutions, organisation, dépenses) en raison de l'influence de l'État-providence et d'un système de santé centré sur l'approche biomédicale curative, au détriment du secteur préventif.

3. École des hautes études en santé publique (EHESP)

  • 2004 : Créée par la loi de santé publique.

  • 2006 : Décret intégrant l'ENSP et reprenant ses missions.

  • L'EHESP propose des formations diplômantes (Master, Doctorat) reconnues dans l'espace européen.

4. La santé publique comme spécialité médicale

  • 1958 : Réforme des études médicales et création du diplôme d'État de santé publique.

  • 1964 : Création du corps des médecins inspecteurs de santé publique, chargés des mesures techniques de protection de la santé publique, du contrôle des activités médicales, de la direction des bureaux d'hygiène et des examens médicaux.

  • 1951 : Création du Certificat d'études spécialisées (CES) d'hygiène et d'action sanitaire et sociale mixte, puis d'autres CES en santé publique.

  • 1982 : Création du Diplôme d'études spécialisées (DES) en santé publique dans les facultés de médecine.

  • Offre de formations continues : DEA, Master de santé publique, et plus récemment, Licence (LAS) avec parcours en santé publique, et écoles doctorales.

5. Les institutions de santé publique

Ces institutions caractérisent la dimension et la réalité de la santé publique :

  • Au niveau national en France :

    • Ministère de la Santé et de l'Accès aux Soins (DGS, DGOS, DGAS, IGAS).

    • Autres institutions : HAS, CCNE, ANSM, HCSP, l'Assurance Maladie.

    • Santé Publique France (SPF) : veille sanitaire, prévention et promotion de la santé.

    • INCa, EFS, ABM, etc.

  • Au niveau européen : ECDC (Centre européen de contrôle des maladies transmissibles).

  • Aux États-Unis : CDC (Centre de contrôle et de prévention des maladies).

  • Au niveau mondial : OMS (Organisation mondiale de la santé).

VII. Histoire de la santé publique comme champ disciplinaire

A. La santé publique comme champ disciplinaire universitaire en santé

  • 1982 : Création de la section 46 « Santé publique, environnement et société » du Conseil national des universités (CNU) santé.

  • Elle comprend 4 sous-sections initiales :

    • 46.01 : Épidémiologie, économie de la santé et prévention.

    • 46.02 : Médecine et santé au travail.

    • 46.03 : Médecine légale et droit de la santé.

    • 46.04 : Biostatistiques, informatique médicales et technologies de la communication.

  • L'hygiène hospitalière, initialement rattachée à la section 46, l'a été ensuite à la section 45 « Microbiologie, maladies transmissibles et hygiène ».

  • 2016 : Ajout d'une sous-section 46.05, nommée « Épistémologie clinique » puis renommée « Médecine palliative » en 2019.

  • Les enseignants de santé publique sont regroupés en Collège et rédigent des référentiels pour la formation des médecins.

B. Savoirs et sociétés savantes

  • En France : Société française de santé publique.

  • En Europe : Société européenne de santé publique.

  • À l'international : Fédération mondiale des associations de santé publique.

VIII. Conclusion

La santé publique s'est développée historiquement à travers plusieurs facettes :

  • Une réalité épidémiologique des problèmes de santé et de leurs déterminants.

  • Un mode de gestion administrative des questions de santé.

  • Un domaine d'activité spécialisé impliquant divers professionnels.

  • Un champ disciplinaire avec ses sociétés savantes, recherches et savoirs.

Elle se distingue de la médecine clinique par :

  • Son centre d'intérêt : la santé, qu'elle promeut, par opposition aux maladies que la médecine clinique cherche à guérir.

  • Son approche collective et populationnelle , à l'inverse de l'approche individuelle de la médecine clinique.

IX. Cadre théorique et priorités de la santé publique

A. Particularités de la santé publique

La santé publique possède sept particularités fondamentales :

  1. Justice sociale : La santé publique est ancrée dans la justice sociale.

    • Elle considère que la santé de la population est un reflet des décisions sociétales.

    • Elle promeut un partage équitable des bénéfices et des coûts collectifs, en contradiction avec une loi du marché privilégiant les libertés individuelles au détriment des responsabilités collectives.

    • Les inégalités (ex: niveau d'éducation, revenus) affectent la santé, nécessitant des actions collectives axées sur l'équité. L'équité consiste à "donner plus à ceux qui en ont le plus besoin" pour un même coût collectif, afin que tous puissent en bénéficier, contrairement à l'égalité qui donne la même chose à chacun.

  2. Nature politique :

    • Les innovations scientifiques ne suffisent pas toujours à améliorer la santé des populations sans décisions et actions politiques.

    • Exemples : l'interdiction de fumer dans les lieux publics a significativement réduit le tabagisme, et les obligations vaccinales ont permis l'éradication de la poliomyélite en France en 1992.

    • Les politiques fixent des priorités de santé en fonction des budgets limités. Ce choix est intrinsèquement politique.

    • Les agences de santé publique, mandatées par les politiques, identifient les problèmes, ce qui peut générer des demandes croissantes de la société et des conflits d'intérêts.

  3. Cadre en perpétuelle expansion :

    • L'accroissement des connaissances en biologie humaine, environnementale, systèmes de santé et comportemental (l'alimentation, tabagisme) élargit constamment le champ d'action de la santé publique.

    • La "roue de Dahlgren & Whitehead" (1991) illustre les multiples facteurs agissant sur la santé :

    • Facteurs biologiques (âge, sexe, génétique) et modes de vie.

    • Réseaux sociaux et communautaires.

    • Facteurs environnementaux proximaux (agriculture, éducation, travail, logement, hygiène, services de soins).

    • Conditions socio-économiques, culturelles et environnementales générales (facteurs distaux).

    • Les actions de santé publique visent à cibler ces facteurs de risque pour favoriser la bonne santé des populations.

    • Lien avec les gouvernements :

      • Le gouvernement assure la mise en place des infrastructures clés (urbanisme, gestion de l'eau, système de santé) et le respect des missions.

      • Il limite les droits individuels ou privés dans des domaines comme l'agro-alimentaire (information du consommateur), le traitement de l'eau, la sécurité du médicament ou la santé au travail.

      • Il facilite l'identification et la priorisation des problèmes de santé (ex: loi de santé publique de 2004).

      • Les méthodes gouvernementales incluent les directives et contrôles (ex: vaccination obligatoire) et le financement (ex: sécurité sociale).

      • Les visions sociétales (paternaliste, utilitariste, égalitaire, équitable) orientent ces choix :

      Paternaliste

      Les intérêts de la société priment sur ceux des individus, entraînant plus d'obligations.

      Utilitariste

      L'amélioration de la santé de la population est liée à l'augmentation de la force de travail.

      Égalitaire

      Tout le monde reçoit et donne la même chose.

      Équitable

      Les personnes reçoivent selon leurs besoins et contribuent selon leurs ressources.

      • Basée sur les sciences : La santé publique s'appuie sur diverses sciences.

        • Sciences biologiques et physiques : compréhension des mécanismes humains, identification des micro-organismes, vecteurs de maladies et risques environnementaux.

        • Sciences quantitatives (épidémiologie et biostatistiques) : identification des causes de maladies (J. Snow), évaluation de l'efficacité des interventions (J. Lind), description de la fréquence des maladies pour orienter les politiques.

        • Sciences humaines et sociales : identification de l'effet des facteurs comportementaux et sociaux sur la santé.

        • Sciences managériales.

      • Priorité à la prévention, par rapport aux soins curatifs :

        • Prévention primaire : empêcher la maladie sur une population saine, en agissant sur les facteurs de risques.

        • Prévention secondaire : dépistage et prise en charge précoce des maladies (population à risque) pour empêcher l'aggravation.

        • Les résultats de la prévention sont souvent visibles à long terme, rendant les choix politiques difficiles et l'intérêt populaire orienté vers le curatif.

        • Exemple : les recommandations de couchage du nourrisson (dos/ventre) et la mort subite du nourrisson (MSN). Les changements de recommandations ont montré un délai de 5 à 7 ans avant l'observation de l'effet sur la santé, et de plusieurs années avant une diminution significative des cas.

      • Interdisciplinarité : La roue de Dahlgren et Whitehead met en évidence le besoin de multiples disciplines.

        • Biologie et génétique.

        • Hygiène et urbanisme.

        • Médecine du travail.

        • Sciences de l'éducation.

        • Agronomie, industrie, géographie.

        • Économie.

        • Sociologie et psychologie.

        • Autres : épidémiologie, anthropologie, droit, éthique.

    B. Définitions de la santé et modèles

    1. Santé

    Les définitions de la santé ont évolué au fil du temps :

    Négative (historique)

    Absence de maladie, d'infirmité. Selon Leriche, « La vie dans le silence des organes ».

    Positive (OMS, 1946)

    « État complet de bien-être physique, mental et social, et pas seulement l'absence de maladie ou d'infirmité. »

    Dynamique

    Capacité à interagir avec son environnement (Dubos) ; « Capacité de s'affirmer face au milieu ou de prendre la responsabilité de sa transformation » (Illich).

    La santé peut être perçue comme un capital (« Être en bonne santé, c'est pouvoir tomber malade et s'en relever », M. Canguilhem), un état idéal ou un équilibre.

    Trois mots en anglais pour parler de la maladie :

    • DISEASE : Maladie dans son acception biologique (pathologie).

    • ILLNESS : Maladie telle que perçue par l'individu.

    • SICKNESS : Maladie comme empêchement de travailler ou de fonctionner socialement.

    A. Le modèle biomédical

    Le modèle biomédical

    Point de vue

    Celui du professionnel de santé.

    Définition de la santé

    Négative, par l'absence de maladie.

    Construction rationnelle

    Maladie comme dysfonctionnement (tissus, cellules), approche anatomique, clinique, expérimentale, causes exogènes.

    Priorité

    Le curatif domine le préventif (réparation du corps, approche combative).

    Système de santé

    Organisé pour les maladies aiguës (96% des dépenses), inadapté aux maladies chroniques (9 millions en ALD, 15 millions affections chroniques, 28 millions consommateurs de médicaments au long cours).

    Classification

    Distinction entre maladies organiques et troubles fonctionnels, avec la Classification Internationale des Maladies (CIM10) de l'OMS.

    B. Le modèle bio-psycho-social

    Ce modèle présente des relations complexes entre processus biologiques, psychologiques et comportementaux.

    • Il identifie des phénomènes mesurables (observation extérieure, perception individuelle).

    • Les mécanismes psychologiques (coping, résilience), les événements de vie et les interventions professionnelles ont des effets directs ou indirects sur la santé.

    • La Classification internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF) de l'OMS s'appuie sur ce modèle et se décline en trois parties liées :

      • Fonctions et structures : fonctions physiologiques et parties anatomiques (ex: fonctions digestives, appétit).

      • Activités : exécution d'une tâche par le sujet (ex: manger, monter les escaliers).

      • Participation : implication dans les situations de vie.

    • Ces concepts différencient :

      • Déficience : altération des fonctions et structures (ex: auditive, visuelle).

      • Incapacité : limitation des activités (ex: motrice).

      • Désavantage : restriction de la participation (interaction sociale).

    • Ces trois éléments contribuent au handicap.

    C. Qualité de vie

    • Définition : Perception par l'individu de sa place dans l'existence, en relation avec ses objectifs, attentes, normes et inquiétudes.

    • Influences : Concept large influencé par la santé physique, l'état psychologique, le niveau d'indépendance, les relations sociales et l'environnement.

    • Dans le modèle bio-psycho-social, la qualité de vie est essentielle pour mesurer les altérations de la santé et interagit avec les fonctions, structures, activités et participation.

    • En résumé : la santé résulte de relations complexes entre de nombreux facteurs. L'implication du sujet dans les décisions médicales et les approches interdisciplinaires sont cruciales pour des interventions préventives efficaces.

    C. La communauté et la promotion de la santé

    • Communauté : Groupe d'individus partageant des conditions d'organisation, de cohésion sociale, des caractéristiques (politiques, économiques, sociales, culturelles), des intérêts et des aspirations communes.

    • En anglais, le terme "community" a des sens différents du français :

      • Community care : soins de ville, en dehors de l'hôpital.

      • Community nurse : infirmière libérale.

      • Community medicine : médecine générale, médecine de ville.

    • Promotion de la santé : Processus qui permet aux populations d'améliorer leur santé à l'échelle communautaire. Cela dépasse le seul secteur sanitaire pour viser le bien-être et repose sur la participation communautaire.

    D. Qu'est-ce que la santé publique ?

    L'expression "santé publique" peut avoir diverses significations selon l'interlocuteur :

    • Un grand système ou une entreprise sociale.

    • Des professionnels et acteurs dédiés à la résolution de problèmes de santé.

    • Un corpus de connaissances et de techniques.

    • Des activités confiées aux agences gouvernementales.

    • La santé des populations (sens privilégié par les épidémiologistes).

    Ces multiples définitions soulignent la complexité du domaine.

    • Winslow (1920) : "Science et art de prévenir les maladies, prolonger la vie, promouvoir la santé et l'efficience grâce à un effort collectif."

    • Vickers (1958) : "Redéfinitions successives de l'inacceptable" (idée de priorités de santé).

    • IOM (1988) : "Mission de répondre aux intérêts de la société en assurant des conditions dans lesquelles les personnes peuvent être en bonne santé" (actions sur les facteurs individuels et environnementaux).

    La santé publique représente le souci collectif face aux menaces pour la santé et un projet collectivement défini pour un bien commun.
    Bien que l'expression soit récente (XIXe siècle), la réalité sociologique qu'elle représente est bien antérieure.

    Les attentes des Américains envers le système de santé (1999) montrent une priorité à la prévention :

    1. Protéger les populations des maladies (définition non négative de la santé).

    2. Rechercher les causes et modes de prévention des maladies.

    3. Vacciner les populations (prévention primaire, objectif positif).

    4. Assurer une eau potable, un air pur, sans déchets toxiques (prévention environnementale).

    5. Réduire les décès et blessures liés à la violence.

    Ces attentes placent clairement la prévention avant la médecine curative.

    X. Problème de santé publique

    1. Critères pour définir un problème de santé publique

    Fréquence

    Doit être suffisante. La relativité de l'importance dépend de la zone géographique et de l'époque.

    Conséquences

    Gravité (mortalité, morbidité, séquelles), forte implication et coûts importants pour le système de soins.

    Possibilité de correction

    Prévention ou traitement curatif. Sans correction possible, il n'y a pas de problème de santé publique car aucune action collective n'est envisageable.

    2. Le problème de santé publique

    Définition

    Difficulté de santé (ou liée à la santé) à l'échelle de la population, nécessitant des interventions collectives.

    Exemples

    • Maladies cardiovasculaires, cancers : fréquentes, corrigibles, impliquent fortement le système de soins, entraînent des conséquences graves.

    • Tabagisme : consommation fréquente, conséquences graves (maladies cardiovasculaires, cancers), corrigeable (sevrage).

    • Illettrisme : entraîne des difficultés de santé moins observées chez les personnes lettrées.

    • Canicule : fréquente, conséquences graves (mortalité, morbidité), surcoût pour la société, forte implication du système de soins, corrigible collectivement.

    3. Démarches de santé publique : Besoins, demandes, réponses

    Pour définir un problème de santé publique, il faut réaliser un diagnostic en identifiant :

    1. Les besoins de la population en santé.

    2. Les demandes de la population en santé.

    3. Les réponses déjà proposées pour le problème.

    Cette approche permet de situer la situation dans la triade besoins-demandes-réponses :

    Zone 1

    Besoins identifiés, demandes existantes, pas de réponse satisfaisante.

    • Exemple : Accès aux trithérapies pour le VIH en Afrique (besoin et demande existent, mais accès limité).

    Zone 2

    Besoins identifiés, réponses satisfaisantes, absence de demande.

    • Exemple : Recours à la vaccination (besoin et réponses existent, mais refus ou absence de demande de certains). Ex : Vaccin HPV.

    Zone 3

    Absence de besoins, demandes existantes, réponse satisfaisante.

    • Exemple : Mésusage d'antibiotiques pour les infections virales (demande de traitement et réponse par prescription existent, mais pas de besoin réel car inefficaces).

    Zone Grise

    IDEAL pour la santé publique. Les besoins, demandes et réponses correspondent.

    • Le problème de santé publique peut être résolu.

    • Exemple : Dépistage systématique du cancer du sein.

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