La santé publique
97 carteCe document explore l'histoire et les multiples facettes de la santé publique, de ses origines à ses manifestations contemporaines. Il aborde les définitions, les concepts clés tels que l'épidémiologie, les inégalités sociales de santé, ainsi que les modèles de gestion administrative et les disciplines scientifiques qui la composent. Des exemples historiques comme les pandémies de peste et de choléra aux enjeux actuels tels que la COVID-19, le cours détaille les actions de prévention, les politiques de santé et l'organisation des systèmes de soin. Enfin, il met en lumière l'importance de la justice sociale et de l'équité dans l'approche de la santé publique.
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La santé publique est un domaine complexe qui englobe plusieurs réalités : épidémiologique, administrative, activité spécialisée et champ disciplinaire. Elle se distingue de la médecine clinique par son approche collective et son objectif de promouvoir la santé.
I. Introduction : Exemple de la pandémie de COVID-19
La pandémie de COVID-19 a mis en lumière plusieurs aspects cruciaux de la santé publique.
1. Les constats
7 millions de décès dans le monde (OMS), répartis sur tous les continents, justifiant le terme de pandémie.
Impuissance de la biomédecine confrontée à la crise.
Évolution en trois vagues, l'épidémie n'étant pas complètement éteinte.
Déception face aux traitements expérimentaux (ex. polémique sur l'hydroxychloroquine).
Débats sur l'usage des masques, l'insuffisance des lits de réanimation en France.
Critiques sur la mondialisation de l'industrie du médicament (production concentrée en Chine et en Inde), entraînant des pénuries.
Révélation des inégalités territoriales et sociales face à la maladie, touchant davantage les populations vulnérables.
2. L'évolution de la mortalité
Croissance importante de la mortalité mondiale entre 2020 et 2024, avec trois vagues distinctes en 2020, 2021 et 2022.
En France, pics de mortalité associés aux vagues, avec une répartition inégale selon les territoires (grandes villes et Nord plus touchés, régions moins peuplées moins touchées).
3. Mesures de prévention
À l'échelle individuelle : vaccination (d'abord populations exposées, puis élargissement).
À l'échelle collective : état d'urgence, confinements, police sanitaire, dépistage et isolement des cas.
Finalité : réduire la mortalité, notamment par la vaccination et les confinements au moment des pics de mortalité.
4. Conséquences indésirables en France
Économiques et sociales : récession (chômage, pauvreté), augmentation des dépenses publiques (déficit, dette nationale).
Restrictions des libertés : circulation, droit au travail, à l'éducation, à une fin de vie digne.
Sur la santé :
Altération de la santé mentale : augmentation de l'anxiété, dépression, suicide (surtout chez les femmes, soignants et populations vulnérables).
Émergence du COVID long comme nouvelle maladie chronique.
Ailleurs dans le monde : augmentation des naissances prématurées et des troubles neurodéveloppementaux.
5. Autres conséquences
Prise de conscience de l'interdépendance des systèmes de santé et de leurs composantes économiques et sociales.
La santé publique (re)devient une réalité majeure, comme lors de crises sanitaires antérieures (distilbène, sang contaminé, canicule 2003, Mediator).
II. Histoire de la Santé Publique
1. Santé publique
L'expression "santé publique" recouvre plusieurs sens:
Réalité épidémiologique : description de l'état de santé de la population, des affections et de leurs facteurs de risque.
Mode de gestion étatique : politiques, lois, organisation et financement des services de santé.
Domaine d'activité spécialisé : formation (médicale, scientifique) et institutions dédiées.
Champ disciplinaire : savoirs, règles, ouvrages et sociétés savantes.
2. Épidémiologie des infections
A. Le choléra
L'exemple de l'épidémie de choléra à Londres en 1854 est fondamental.
John Snow (1813-1858)
Un des premiers épidémiologistes à réaliser des études d'observation. Il a incriminé le rôle de l'eau dans l'épidémie de Londres en 1854, avant même l'isolement du vibrion cholérique par Koch en 1833 (observé par Pacini en 1854).
L'expérience de J. Snow
Il a cartographié les zones desservies par deux compagnies d'eau à Londres, la Southwark & Vauxhall et Lambeth, et le nombre de décès liés au choléra dans chacun des trois districts.
Observations
Les foyers desservis par la société Southwark & Vauxhall avaient des taux de mortalité jusqu'à 20 fois supérieurs à ceux des foyers desservis par Lambeth.
Résultat de l'expérience
La compagnie Southwark & Vauxhall était située en aval de la Tamise et puisait son eau après le déversement des eaux usées (contenant les déjections contaminées) dans la capitale. Ses eaux étaient donc contaminées, causant la propagation de la maladie.
John Snow a mis en évidence le rôle de l'eau usée dans la diffusion du choléra et ses causes en comparant deux sources, avant la découverte avérée du vibrion cholérique.
B. Pandémies de peste
Trois pandémies majeures de peste ont jalonné l'histoire :
Justinien (Antiquité/Moyen-Âge) : 10 millions de décès.
Peste Noire (1348) : >50 millions de décès (estimations entre 50 et 200 millions).
Peste du Grand Saint-Antoine (1720) : 100 000 décès en Provence.
L'agent responsable est Yersinia pestis, isolé en 1894 par Alexandre Yersin (élève de Pasteur).
La propagation s'explique par:
Transmission par les puces infectant les rongeurs sauvages.
Transition aux rongeurs commensaux vivant près de l'homme.
Transmission aux humains par puces, surtout dans des contextes d'hygiène insuffisante ou via les rats sur les bateaux.
La bactérie provoque des bubons. Si l'infection atteint les poumons (peste pulmonaire), elle devient transmissible d'homme à homme par voie aérienne.
Deux visions s'opposent sur l'origine de la peste avant l'identification de Yersinia pestis :
Vision non-contagionniste (notamment en Angleterre) : maladie transmise par les miasmes dans l'air, s'opposant aux mesures d'isolement pour des raisons économiques.
Vision contagionniste (notamment en France et à Marseille) : mesures de quarantaine, construction de lazarets (ex: Lazaret d'Arenc), et du mur de la peste en 1720 en Provence pour limiter la propagation.
Adrien Proust (1834-1903)
Père de Marcel Proust, il a lutté contre la peste et le choléra, suivant la lignée de René Clovis Prus et Sulpice Antoine Fauvel. Il s'intéresse à l'hygiène industrielle et à la prévention des épidémies. Ses mesures incluaient :
Empêcher les épidémies de sortir de leur lieu d'origine.
Limiter les contraintes économiques (lazarets et quarantaines).
Développer la coopération sanitaire internationale.
III. Épidémiologie des inégalités sociales
De nombreuses personnalités ont mis en évidence les inégalités sociales de santé.
1. Louis-René Villermé
A montré la réduction de l'espérance de vie des ouvriers due aux faibles revenus et mauvaises conditions de vie (1840).
Son traité sur l'état physique et moral des ouvriers illustre comment la misère et la mauvaise santé affectent les ouvrières en soie au revenu faible, contrastant avec les ouvriers en soieries mieux rémunérés et en meilleure santé.
Il a aussi étudié la mortalité dans les prisons parisiennes entre 1815 et 1818, révélant un gradient de mortalité directement lié à la richesse des détenus. Les prisons avec des prisonniers fortunés (ex. Grande-Force, 1/41) avaient une mortalité bien plus basse que celles accueillant des pauvres (ex. Saint-Denis, 1/4).
Il conclut que la mortalité élevée est liée à la constitution détériorée des pauvres par les privations avant l'emprisonnement et à leur incapacité à se procurer des commodités de vie.
2. Et ailleurs en Europe ...
A. Edwin Chadwick
Avocat anglais, il a mis en évidence un gradient social de mortalité en Angleterre vers 1840.
Son rapport a montré que les classes ouvrières avaient une mortalité jusqu'à 10 fois supérieure à celle des classes aisées.
B. Rudolph Virchow
Médecin allemand, il a étudié en 1848 les causes de la fièvre typhoïde en Silésie.
Il a mis en cause les conditions économiques et sociales des habitants et la responsabilité de l'État.
En tant que député au Reichstag, il a préconisé la prise en charge des dépenses de santé par l'État.
Il est à l'origine de l'instauration du tout-à-l'égout et de l'approvisionnement central en eau potable à Berlin.
C. Rapport Black (ouvrage de 1980)
Mise en évidence des différences d'état de santé en fonction de la classe sociale en Grande-Bretagne.
A souligné les inégalités de mortalité infantile :
Infections : mortalité très élevée chez les enfants, avec un gradient social clair (plus la classe sociale est basse, plus la mortalité augmente).
Accidents domestiques : inégalités encore plus marquées chez les classes défavorisées.
A également montré une différence de mortalité entre hommes et femmes (moins importante chez les femmes).
Ces différences s'observent aussi pour la morbidité (fréquence des maladies) et l'accès aux services de santé, et ce, à l'international.
IV. Épidémiologie du tabagisme
Les travaux de Doll et Hill ont été essentiels pour établir le lien entre tabac et cancer.
Travaux de Doll et Hill
Contexte
De 1900 à 1950, augmentation du nombre de décès par cancer du poumon en Grande-Bretagne.
Étude Cas-Témoins en 1950
Concluent que le risque de cancer du poumon chez les fumeurs de plus de 25 cigarettes/jour est 25 fois supérieur à celui des non-fumeurs.
Cette étude rétrospective présentait des limites, notamment des biais de mémorisation.
Étude de Cohorte en 1951
Étude prospective pour limiter les biais : 34 440 hommes médecins inclus.
Questionnaire sur la consommation de tabac à l'inclusion.
Suivi sur 50 ans pour détecter l'apparition de cancers du poumon.
Résultats : les taux de mortalité liés aux cancers du poumon, de l'appareil respiratoire supérieur et digestif étaient nettement plus élevés chez les fumeurs.
V. Histoire de la santé publique comme mode de gestion par une administration étatique de la santé
1. Apports majeurs des Grecs à la médecine
Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.) et ses disciples, avec le traité "Airs, Eaux, Lieux", ont mis en évidence :
La saisonnalité des maladies.
L'effet de la qualité de l'eau sur la santé.
L'effet du mode de vie (alimentation, activité physique) sur la santé.
Les médecins grecs étaient des praticiens ambulants, rémunérés à l'acte.
2. Apports majeurs de l'empire romain à la santé publique
L'Empire romain a repris les savoirs grecs en y ajoutant des contributions majeures :
Hygiène environnementale :
Approvisionnement en eau potable par aqueducs.
Évacuation des eaux usées par les égouts.
Implantation de thermes et latrines.
Ces constructions résultaient de savoirs en urbanisme, architecture, ingénierie hydraulique.
Administration par un Conseil de l'eau, présidé par un fonctionnaire consulaire.
Développement d'une médecine sociale : prévention et soins pour les populations vulnérables.
Mise en place d'une médecine publique : financée par la ville pour les indigents, création d'hospices et infirmeries pour les esclaves.
Émergence d'une médecine du travail : amélioration des connaissances sur les pathologies liées au travail.
« Quand Rome conquit le monde méditerranéen et reprit l'héritage de la culture grecque, elle en adopta aussi la médecine et les idées sur la santé. En tant que cliniciens, les Romains étaient de pâles imitateurs des Grecs, mais en tant qu'ingénieurs et administrateurs, en tant que constructeurs de systèmes d'assainissement, en tant qu'organisateurs de services de soins, ils ont donné au monde un exemple et laissé leur marque dans l'histoire. » – George Rosen (cité par Didier Fassin)
3. Paradoxe fondateur de la santé publique
Ce paradoxe entre l'héritage grec et la contribution romaine s'explique par :
Hypothèse démographique : Augmentation de la population dans les villes.
Hypothèse politique : Nouvelle conception de l'État par Rome.
A. Empereur Auguste
Les nouvelles fonctions de l'État romain sous Auguste étaient innovantes pour l'époque :
Mission régalienne de défense (ennemis extérieurs).
Mission régalienne de police (ennemis intérieurs).
Œuvrer pour le bien-être de l'ensemble des populations sous son autorité.
B. Autres exemples historiques
Le développement de la santé publique n'est pas uniquement occidental. D'autres exemples existent :
Empire Inca : Ordonnances sur la gestion des épidémies (prescriptions et proscriptions), organisation et contrôle des métiers médicaux, promotion de la natalité, aides publiques aux populations vulnérables.
VI. Histoire de la santé publique comme domaine d'activité
1. Former les spécialistes en santé publique
En France, il existe trois filières de formation pour les spécialistes en santé publique :
Filière grande école : Débouchés dans l'administration de la santé publique.
Filière médicale : Administration de la santé publique, carrières hospitalières et hospitalo-universitaires, carrières industrielles et conseil.
Filière universitaire (LMD) : Recherche (doctorat), professionnels de santé publique (Master) en épidémiologie, promotion de la santé (secteurs public, associatif, privé).
2. École nationale de santé publique (ENSP)
1945 : Créée comme département de l'Institut national d'hygiène, avec pour mission de former scientifiquement les médecins de santé, pharmaciens inspecteurs et techniciens sanitaires.
1960 : Devient une école à part entière, complétant l'enseignement des disciplines de santé publique et d'administration sanitaire et sociale.
1993 : Élargissement des missions à la recherche collaborative avec les universités et à la coopération internationale.
Public cible : Personnel des services administratifs sanitaires et sociaux, spécialistes (directeurs, infirmiers, ingénieurs, médecins, pharmaciens, techniciens).
Ambitions (selon Robert Debré, président en 1966) : internationale, excellence du diplôme, recherche en santé publique.
Recentrage : Malgré ces ambitions, l'ENSP s'est recentrée sur le secteur curatif (institutions, organisation, dépenses) en raison de l'influence de l'État-providence et d'un système de santé centré sur l'approche biomédicale curative, au détriment du secteur préventif.
3. École des hautes études en santé publique (EHESP)
2004 : Créée par la loi de santé publique.
2006 : Décret intégrant l'ENSP et reprenant ses missions.
L'EHESP propose des formations diplômantes (Master, Doctorat) reconnues dans l'espace européen.
4. La santé publique comme spécialité médicale
1958 : Réforme des études médicales et création du diplôme d'État de santé publique.
1964 : Création du corps des médecins inspecteurs de santé publique, chargés des mesures techniques de protection de la santé publique, du contrôle des activités médicales, de la direction des bureaux d'hygiène et des examens médicaux.
1951 : Création du Certificat d'études spécialisées (CES) d'hygiène et d'action sanitaire et sociale mixte, puis d'autres CES en santé publique.
1982 : Création du Diplôme d'études spécialisées (DES) en santé publique dans les facultés de médecine.
Offre de formations continues : DEA, Master de santé publique, et plus récemment, Licence (LAS) avec parcours en santé publique, et écoles doctorales.
5. Les institutions de santé publique
Ces institutions caractérisent la dimension et la réalité de la santé publique :
Au niveau national en France :
Ministère de la Santé et de l'Accès aux Soins (DGS, DGOS, DGAS, IGAS).
Autres institutions : HAS, CCNE, ANSM, HCSP, l'Assurance Maladie.
Santé Publique France (SPF) : veille sanitaire, prévention et promotion de la santé.
INCa, EFS, ABM, etc.
Au niveau européen : ECDC (Centre européen de contrôle des maladies transmissibles).
Aux États-Unis : CDC (Centre de contrôle et de prévention des maladies).
Au niveau mondial : OMS (Organisation mondiale de la santé).
VII. Histoire de la santé publique comme champ disciplinaire
A. La santé publique comme champ disciplinaire universitaire en santé
1982 : Création de la section 46 « Santé publique, environnement et société » du Conseil national des universités (CNU) santé.
Elle comprend 4 sous-sections initiales :
46.01 : Épidémiologie, économie de la santé et prévention.
46.02 : Médecine et santé au travail.
46.03 : Médecine légale et droit de la santé.
46.04 : Biostatistiques, informatique médicales et technologies de la communication.
L'hygiène hospitalière, initialement rattachée à la section 46, l'a été ensuite à la section 45 « Microbiologie, maladies transmissibles et hygiène ».
2016 : Ajout d'une sous-section 46.05, nommée « Épistémologie clinique » puis renommée « Médecine palliative » en 2019.
Les enseignants de santé publique sont regroupés en Collège et rédigent des référentiels pour la formation des médecins.
B. Savoirs et sociétés savantes
En France : Société française de santé publique.
En Europe : Société européenne de santé publique.
À l'international : Fédération mondiale des associations de santé publique.
VIII. Conclusion
La santé publique s'est développée historiquement à travers plusieurs facettes :
Une réalité épidémiologique des problèmes de santé et de leurs déterminants.
Un mode de gestion administrative des questions de santé.
Un domaine d'activité spécialisé impliquant divers professionnels.
Un champ disciplinaire avec ses sociétés savantes, recherches et savoirs.
Elle se distingue de la médecine clinique par :
Son centre d'intérêt : la santé, qu'elle promeut, par opposition aux maladies que la médecine clinique cherche à guérir.
Son approche collective et populationnelle , à l'inverse de l'approche individuelle de la médecine clinique.
IX. Cadre théorique et priorités de la santé publique
A. Particularités de la santé publique
La santé publique possède sept particularités fondamentales :
Justice sociale : La santé publique est ancrée dans la justice sociale.
Elle considère que la santé de la population est un reflet des décisions sociétales.
Elle promeut un partage équitable des bénéfices et des coûts collectifs, en contradiction avec une loi du marché privilégiant les libertés individuelles au détriment des responsabilités collectives.
Les inégalités (ex: niveau d'éducation, revenus) affectent la santé, nécessitant des actions collectives axées sur l'équité. L'équité consiste à "donner plus à ceux qui en ont le plus besoin" pour un même coût collectif, afin que tous puissent en bénéficier, contrairement à l'égalité qui donne la même chose à chacun.
Nature politique :
Les innovations scientifiques ne suffisent pas toujours à améliorer la santé des populations sans décisions et actions politiques.
Exemples : l'interdiction de fumer dans les lieux publics a significativement réduit le tabagisme, et les obligations vaccinales ont permis l'éradication de la poliomyélite en France en 1992.
Les politiques fixent des priorités de santé en fonction des budgets limités. Ce choix est intrinsèquement politique.
Les agences de santé publique, mandatées par les politiques, identifient les problèmes, ce qui peut générer des demandes croissantes de la société et des conflits d'intérêts.
Cadre en perpétuelle expansion :
L'accroissement des connaissances en biologie humaine, environnementale, systèmes de santé et comportemental (l'alimentation, tabagisme) élargit constamment le champ d'action de la santé publique.
La "roue de Dahlgren & Whitehead" (1991) illustre les multiples facteurs agissant sur la santé :
Facteurs biologiques (âge, sexe, génétique) et modes de vie.
Réseaux sociaux et communautaires.
Facteurs environnementaux proximaux (agriculture, éducation, travail, logement, hygiène, services de soins).
Conditions socio-économiques, culturelles et environnementales générales (facteurs distaux).
Les actions de santé publique visent à cibler ces facteurs de risque pour favoriser la bonne santé des populations.
Lien avec les gouvernements :
Le gouvernement assure la mise en place des infrastructures clés (urbanisme, gestion de l'eau, système de santé) et le respect des missions.
Il limite les droits individuels ou privés dans des domaines comme l'agro-alimentaire (information du consommateur), le traitement de l'eau, la sécurité du médicament ou la santé au travail.
Il facilite l'identification et la priorisation des problèmes de santé (ex: loi de santé publique de 2004).
Les méthodes gouvernementales incluent les directives et contrôles (ex: vaccination obligatoire) et le financement (ex: sécurité sociale).
Les visions sociétales (paternaliste, utilitariste, égalitaire, équitable) orientent ces choix :
Paternaliste
Les intérêts de la société priment sur ceux des individus, entraînant plus d'obligations.
Utilitariste
L'amélioration de la santé de la population est liée à l'augmentation de la force de travail.
Égalitaire
Tout le monde reçoit et donne la même chose.
Équitable
Les personnes reçoivent selon leurs besoins et contribuent selon leurs ressources.
Basée sur les sciences : La santé publique s'appuie sur diverses sciences.
Sciences biologiques et physiques : compréhension des mécanismes humains, identification des micro-organismes, vecteurs de maladies et risques environnementaux.
Sciences quantitatives (épidémiologie et biostatistiques) : identification des causes de maladies (J. Snow), évaluation de l'efficacité des interventions (J. Lind), description de la fréquence des maladies pour orienter les politiques.
Sciences humaines et sociales : identification de l'effet des facteurs comportementaux et sociaux sur la santé.
Sciences managériales.
Priorité à la prévention, par rapport aux soins curatifs :
Prévention primaire : empêcher la maladie sur une population saine, en agissant sur les facteurs de risques.
Prévention secondaire : dépistage et prise en charge précoce des maladies (population à risque) pour empêcher l'aggravation.
Les résultats de la prévention sont souvent visibles à long terme, rendant les choix politiques difficiles et l'intérêt populaire orienté vers le curatif.
Exemple : les recommandations de couchage du nourrisson (dos/ventre) et la mort subite du nourrisson (MSN). Les changements de recommandations ont montré un délai de 5 à 7 ans avant l'observation de l'effet sur la santé, et de plusieurs années avant une diminution significative des cas.
Interdisciplinarité : La roue de Dahlgren et Whitehead met en évidence le besoin de multiples disciplines.
Biologie et génétique.
Hygiène et urbanisme.
Médecine du travail.
Sciences de l'éducation.
Agronomie, industrie, géographie.
Économie.
Sociologie et psychologie.
Autres : épidémiologie, anthropologie, droit, éthique.
B. Définitions de la santé et modèles
1. Santé
Les définitions de la santé ont évolué au fil du temps :
Négative (historique)
Absence de maladie, d'infirmité. Selon Leriche, « La vie dans le silence des organes ».
Positive (OMS, 1946)
« État complet de bien-être physique, mental et social, et pas seulement l'absence de maladie ou d'infirmité. »
Dynamique
Capacité à interagir avec son environnement (Dubos) ; « Capacité de s'affirmer face au milieu ou de prendre la responsabilité de sa transformation » (Illich).
La santé peut être perçue comme un capital (« Être en bonne santé, c'est pouvoir tomber malade et s'en relever », M. Canguilhem), un état idéal ou un équilibre.
Trois mots en anglais pour parler de la maladie :
DISEASE : Maladie dans son acception biologique (pathologie).
ILLNESS : Maladie telle que perçue par l'individu.
SICKNESS : Maladie comme empêchement de travailler ou de fonctionner socialement.
A. Le modèle biomédical
Le modèle biomédical
Point de vue
Celui du professionnel de santé.
Définition de la santé
Négative, par l'absence de maladie.
Construction rationnelle
Maladie comme dysfonctionnement (tissus, cellules), approche anatomique, clinique, expérimentale, causes exogènes.
Priorité
Le curatif domine le préventif (réparation du corps, approche combative).
Système de santé
Organisé pour les maladies aiguës (96% des dépenses), inadapté aux maladies chroniques (9 millions en ALD, 15 millions affections chroniques, 28 millions consommateurs de médicaments au long cours).
Classification
Distinction entre maladies organiques et troubles fonctionnels, avec la Classification Internationale des Maladies (CIM10) de l'OMS.
B. Le modèle bio-psycho-social
Ce modèle présente des relations complexes entre processus biologiques, psychologiques et comportementaux.
Il identifie des phénomènes mesurables (observation extérieure, perception individuelle).
Les mécanismes psychologiques (coping, résilience), les événements de vie et les interventions professionnelles ont des effets directs ou indirects sur la santé.
La Classification internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF) de l'OMS s'appuie sur ce modèle et se décline en trois parties liées :
Fonctions et structures : fonctions physiologiques et parties anatomiques (ex: fonctions digestives, appétit).
Activités : exécution d'une tâche par le sujet (ex: manger, monter les escaliers).
Participation : implication dans les situations de vie.
Ces concepts différencient :
Déficience : altération des fonctions et structures (ex: auditive, visuelle).
Incapacité : limitation des activités (ex: motrice).
Désavantage : restriction de la participation (interaction sociale).
Ces trois éléments contribuent au handicap.
C. Qualité de vie
Définition : Perception par l'individu de sa place dans l'existence, en relation avec ses objectifs, attentes, normes et inquiétudes.
Influences : Concept large influencé par la santé physique, l'état psychologique, le niveau d'indépendance, les relations sociales et l'environnement.
Dans le modèle bio-psycho-social, la qualité de vie est essentielle pour mesurer les altérations de la santé et interagit avec les fonctions, structures, activités et participation.
En résumé : la santé résulte de relations complexes entre de nombreux facteurs. L'implication du sujet dans les décisions médicales et les approches interdisciplinaires sont cruciales pour des interventions préventives efficaces.
C. La communauté et la promotion de la santé
Communauté : Groupe d'individus partageant des conditions d'organisation, de cohésion sociale, des caractéristiques (politiques, économiques, sociales, culturelles), des intérêts et des aspirations communes.
En anglais, le terme "community" a des sens différents du français :
Community care : soins de ville, en dehors de l'hôpital.
Community nurse : infirmière libérale.
Community medicine : médecine générale, médecine de ville.
Promotion de la santé : Processus qui permet aux populations d'améliorer leur santé à l'échelle communautaire. Cela dépasse le seul secteur sanitaire pour viser le bien-être et repose sur la participation communautaire.
D. Qu'est-ce que la santé publique ?
L'expression "santé publique" peut avoir diverses significations selon l'interlocuteur :
Un grand système ou une entreprise sociale.
Des professionnels et acteurs dédiés à la résolution de problèmes de santé.
Un corpus de connaissances et de techniques.
Des activités confiées aux agences gouvernementales.
La santé des populations (sens privilégié par les épidémiologistes).
Ces multiples définitions soulignent la complexité du domaine.
Winslow (1920) : "Science et art de prévenir les maladies, prolonger la vie, promouvoir la santé et l'efficience grâce à un effort collectif."
Vickers (1958) : "Redéfinitions successives de l'inacceptable" (idée de priorités de santé).
IOM (1988) : "Mission de répondre aux intérêts de la société en assurant des conditions dans lesquelles les personnes peuvent être en bonne santé" (actions sur les facteurs individuels et environnementaux).
La santé publique représente le souci collectif face aux menaces pour la santé et un projet collectivement défini pour un bien commun.
Bien que l'expression soit récente (XIXe siècle), la réalité sociologique qu'elle représente est bien antérieure.Les attentes des Américains envers le système de santé (1999) montrent une priorité à la prévention :
Protéger les populations des maladies (définition non négative de la santé).
Rechercher les causes et modes de prévention des maladies.
Vacciner les populations (prévention primaire, objectif positif).
Assurer une eau potable, un air pur, sans déchets toxiques (prévention environnementale).
Réduire les décès et blessures liés à la violence.
Ces attentes placent clairement la prévention avant la médecine curative.
X. Problème de santé publique
1. Critères pour définir un problème de santé publique
Fréquence
Doit être suffisante. La relativité de l'importance dépend de la zone géographique et de l'époque.
Conséquences
Gravité (mortalité, morbidité, séquelles), forte implication et coûts importants pour le système de soins.
Possibilité de correction
Prévention ou traitement curatif. Sans correction possible, il n'y a pas de problème de santé publique car aucune action collective n'est envisageable.
2. Le problème de santé publique
Définition
Difficulté de santé (ou liée à la santé) à l'échelle de la population, nécessitant des interventions collectives.
Exemples
Maladies cardiovasculaires, cancers : fréquentes, corrigibles, impliquent fortement le système de soins, entraînent des conséquences graves.
Tabagisme : consommation fréquente, conséquences graves (maladies cardiovasculaires, cancers), corrigeable (sevrage).
Illettrisme : entraîne des difficultés de santé moins observées chez les personnes lettrées.
Canicule : fréquente, conséquences graves (mortalité, morbidité), surcoût pour la société, forte implication du système de soins, corrigible collectivement.
3. Démarches de santé publique : Besoins, demandes, réponses
Pour définir un problème de santé publique, il faut réaliser un diagnostic en identifiant :
Les besoins de la population en santé.
Les demandes de la population en santé.
Les réponses déjà proposées pour le problème.
Cette approche permet de situer la situation dans la triade besoins-demandes-réponses :
Zone 1
Besoins identifiés, demandes existantes, pas de réponse satisfaisante.
Exemple : Accès aux trithérapies pour le VIH en Afrique (besoin et demande existent, mais accès limité).
Zone 2
Besoins identifiés, réponses satisfaisantes, absence de demande.
Exemple : Recours à la vaccination (besoin et réponses existent, mais refus ou absence de demande de certains). Ex : Vaccin HPV.
Zone 3
Absence de besoins, demandes existantes, réponse satisfaisante.
Exemple : Mésusage d'antibiotiques pour les infections virales (demande de traitement et réponse par prescription existent, mais pas de besoin réel car inefficaces).
Zone Grise
IDEAL pour la santé publique. Les besoins, demandes et réponses correspondent.
Le problème de santé publique peut être résolu.
Exemple : Dépistage systématique du cancer du sein.
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